Grande Bretagne (76) Armée de terre (1)

ARMEE DE TERRE (BRITISH ARMY)

Avant-Propos

L’armée de terre britannique ou British Army est la composante terre des forces armées britanniques placée sous le commandement du War Office remplacé en 1964 par le Ministry of Defence.

Longtemps connu sous le simple nom d’Army, l’armée de terre se dote d’une force de réserve en 1908 appelée Territorial Army ce qui fait que l’armée d’active sera désormais connu sous le nom de Regular Army.

Armée d’un territoire insulaire, l’armée de terre britannique à été rarement l’armée dominante en terme d’effectifs par rapport à la toute puissante Royal Navy.

Il fallait une menace continentale pour que l’armée de terre britannique devienne une armée importante en termes d’effectifs. Ce fût le cas au début du 18ème pour lutter contre Louis XIV, au 19ème siècle contre Napoléon et au 20ème siècle pour les deux guerres mondiales.

Depuis 1954 et la fin du second conflit mondial, les effectifs sont plus importants avec notamment le déploiement permanent de troupes sur le Continent.

Une brève histoire

Prémices

C’est seulement en 1660 que l’armée de terre britannique devient une armée permanente. Jusque là on utilisait des systèmes de milices. A chaque menace le Parlement devait voter des crédits pour lever des troupes ce qui était l’occasion de négociations interminables entre le roi et le parlement.

A cela s’ajoutait la crainte que la monarchie devienne absolutiste, crainte qui fût à l’origine d’une guerre civile qui permis à la Grande Bretagne de connaître sa première et seule expérience républicaine.

Elle fût déployée sur le continent au cours du 18ème siècle pour s’opposer à l’expansionisme français et pour maintenir l’équilibre des puissances sur le continent, l’alpha et l’omega de la politique étrangère britannique. Cet engagement sur le continent répondait au fait que les monarques anglais jusqu’à Victoria étaient prince de Hanovre.

Au 19ème siècle, elle va participer à la lutte contre Napoléon même si l’apport de Londres à été bien davantage financier qu’humain.

Armée de volontaires, la British Army participe également à la conquête du premier Empire colonial du monde.

A noter que si dans l’armée française la cavalerie est considérée comme l’arme la plus prestigieuse attirant les meilleurs officiers, dans l’armée britannique c’est l’infanterie qui attire les meilleurs officiers. Si elle participe à la guerre de Crimée, l’armée de terre britannique va rester une armée de taille réduite jusqu’au premier conflit mondial.

La British Army dans le premier conflit mondial

La Grande-Bretagne est entrainée dans le premier conflit mondial par le jeu des alliances mais surtout pas l’invasion de la Belgique neutre par les troupes allemandes.

Non seulement Londres est garante de cette neutralité depuis 1839 mais en plus la prise d’Anvers par les allemands serait un coup terrible pour la Grande-Bretagne un pistolet pointé sur la poitrine de l’Angleterre (ce qui explique le refus farouche de voir le drapeau français flotter à Anvers).

Quand le premier conflit mondial éclate, la British Army est un corps de volontaires destiné principalement aux guerres coloniales. De 1899 à 1902 elle avait affronté les Boers, montrant les déficiences en matière d’équipement, de commandement et d’entrainement.

En 1907/08, un état-major est créé et les unités de combat sont regroupées au sein de sept divisions à but expéditionnaire alors que la défense du territoire doit être assurée par une force territoriale, une Territorial Army composée de quatorze brigades de cavalerie et de quatorze divisions, ces unités qui remplacent la milice devant si besoin renforcer les unités régulières.

Fantassin britannique du Worcestershire Regiment en 1916

Fantassin britannique du Worcestershire Regiment en 1916

En août 1914, l’armée de terre britannique aligne 247432 hommes répartis en soixante-douze régiments d’infanterie (quatre de Garde et soixante-huit de «ligne»), trente et un régiments de cavalerie, d’artillerie et de soutien. La moitié est stationnée outre-mer.

Six divisions d’infanterie et une division de cavalerie sont envoyées sur le continent en soutien de l’armée française aux moyens nettement plus importants.

Au cours du conflit, six divisions régulières, quatorze divisions territoriales, trente-six divisions de la «Kitchener’s Army» et six divisions diverses dont la Naval Division formée de Royal Marines, division déployée très rapidement à Anvers pour empêcher les troupes de Von Kluck de s’emparer de ce port.

Durant le conflit les structures évoluent ainsi que la part des différentes armes, la part de l’infanterie et de la cavalerie se réduisant au profit notamment du génie dont la part double en quatre ans.

L’enthousiasme patriotique explique que l’armée britannique n’eut aucun mal à lever de nouvelles unités retardant une conscription qui devint nécessaire après que les lourdes pertes sur la Somme n’aient douché l’enthousiasme des volontaires.

Mitrailleuse Vickers servie en atmosphère toxique lors de la bataille de la Somme (1916)

Mitrailleuse Vickers servie en atmosphère toxique lors de la bataille de la Somme (1916)

La conscription est imposée aux hommes célibataires en janvier 1916 et quatre mois plus tard, tous les hommes âgés de 18 à 41 ans y sont astreints.

A noter que l’Irlande n’ait pas concernée, l’île frondeuse étant un véritable chaudron prêt à bouillir et que de nombreux volontaires venant de la verte Erin se sont engagés pour combattre dans l’armée britannique ce qui explique en partie pourquoi les révoltés de Paques 1916 furent d’abord vus comme des traitres plutôt que comme des héros.

Comme dans tous les pays belligérants, les femmes jouèrent un rôle important à l’arrière, remplaçant dans de nombreux métiers les hommes partis au front.

Durant les premiers mois du conflit, le BEF sur le Front de l’Ouest joua un rôle modeste mais à la auteur des moyens engagés. Si son rôle fût anecdotique dans l’arrêt de la progression allemande, il fût plus important dans la course à la mer qui le vit engager dans les Flandres. Les pertes furent importantes au point qu’on peut considérer que l’armée de volontaires pré-premier conflit mondial est morte à Ypres.

Après une série d’offensives limitées au printemps 1915, l’automne voit le lancement d’une offensive en Artois avec l’utilisation de gaz de combat en réponse à la première utilisation allemande le 22 avril 1915 à Ypres (d’où le nom d’ypérite donné au gaz moutarde). L’échec de cette offensive entraine le remplacement du Field Marshal French par le Général Haig.

En 1916 alors que les combats font rage à Verdun où l’armée allemande cherche à attirer l’armée française dans une bataille d’attrition, les britanniques s’attaquent à la Somme en lançant une offensive majeure le 1er juillet.

Ce jour est resté dans les mémoires comme le jour le plus sanglant de l’histoire de l’armée britannique avec 19000 morts et 40000 blessés pour des gains insignifiant. Ce fût le début de cinq mois de combats qui causèrent la perte de 420000 hommes (tués et blessés).

L’année 1917 marquée par des offensives à Arras (côté britannique) et en Champagne (Chemin des Dames) pour les français ne voient pas l’offensive décisive capable d’achever un conflit qui entrait dans sa quatrième année.

En 1916 sont engagés les premiers tank, les premiers chars de combat qui en petits paquets montrent leur efficacité mais il est certain qu’un engagement massif aurait été nettement plus efficace.

L’année 1918 commence mal pour l’armée britannique quand Ludendorff lance l’opération Michel, son offensive de la dernière chance. Elle tombe sur la 5ème armée britannique et le corps expéditionnaire portugais provoquant une brèche comblée par l’envoi de quarante divisions françaises. L’offensive allemande est finalement stoppée sur la Marne en juin et permet aux français d’imposer Foch comme généralissime des forces armées alliées.

Le 8 août 1918, la 4ème armée britannique attaque dans la région d’Amiens. C’est le début de l’offensive de 100 jours, une série d’offensives échelonnées pour empêcher les allemands de déplacer facilement les réserves jusqu’à un point menacé du front.

Le conflit s’achève par la signature le 8 novembre 1918 de l’armistice qui entre en vigueur le 11 novembre à 11.00.

Prisonniers de l'IRA escortés par des soldats britanniques après l'échec du soulèvement de Pâques déclenché le 24 avril 1916.

Prisonniers de l’IRA escortés par des soldats britanniques après l’échec du soulèvement de Pâques déclenché le 24 avril 1916.

Le Front Occidental ne fût pas le seul front sur lequel fût engagée l’armée britannique. On trouve également l’Irlande secoué par des troubles entamées à Paques 1916, les 1600 rebelles de l’IRA devant faire face à 18/20000 hommes, chiffre brièvement porté à 50000 hommes.

Après l’échec de l’opération aux Dardanelles et à Gallipoli en 1915, les alliés décident de s’engager dans les Balkans. Si l’Armée d’Orient fût composée essentiellement de troupes françaises, serbes, russes et grecques, les britanniques furent également engagées contre la Bulgarie qui signa l’armistice le 30 septembre 1918.

Des divisions britanniques sont également engagées en Italie pour soutenir en compagnie de troupes françaises l’armée italienne durement éprouvée par la bataille de Caporetto le 24 octobre 1917. L’arrivée de troupes alliées permet de stabiliser le front sur la Piave puis de participer à l’offensive décisive lancée contre la ville de Veneto (ultérieurement Vittorio Veneto). Un armistice est signé dès le 3 novembre 1918.

Soldats britanniques à Tsingtao en 1914, le comptoir allemand pris par les anglais et les japonais

Soldats britanniques à Tsingtao en 1914, le comptoir allemand pris par les anglais et les japonais

Hors d’Europe,les britanniques participèrent à la prise du port allemand de Tsingtao en soutien des troupes japonaises mais également aux opérations contre l’Afrique orientale allemande dont les dernières troupes ne se rendirent que le 25 novembre 1918 !

Un mot également sur la terrible campagne de Gallipoli, une opération stratégiquement bien pensée mais menée de manière désastreuse.

Après des opérations navales infructueuses en octobre 1914 et en mars 1915, les alliés débarquent dans la péninsule de Gallipoli sur un terrain favorable à la défense où s’illustre un certain Mustapha Kemal, le futur Attaturk. Après neuf mois de lutte, les alliés évacuent la région en janvier 1916.

mortier Stokes mis en oeuvre au Moyen-Orient par l'armée de terre britannique

mortier Stokes mis en oeuvre au Moyen-Orient par l’armée de terre britannique

L’armée britannique (essentiellement composée de troupes indiennes) fût également engagée en Mésopotamie dans l’actuel Irak, un territoire sous contrôle de l’Empire Ottoman et si Bagdad fût prise en mars 1917 ce ne fût pas sans difficultés avec notamment la défaite de Kut-al-Amara où 13000 britanniques et indiens durent se rendrent après un siège de cinq mois (décembre 1915-avril 1916). Citons également des campagnes menées dans le Sinai et dans le Caucase sans oublier les opérations de police coloniale.

De Rethondes à Coblence (1918-1939)

Comme toutes les armées, les effectifs de la British Army sont sensiblement réduits. Les pertes du premier conflit mondial (période 4 août 1914-30 septembre 1919) s’élèvent 573507 tués (au combat, des suites de leurs blessures ou de causes diverses), 254176 prisonniers et disparus sans oublier les blessés (1643469).

Comme pour les troupes françaises, l’armistice du 11 novembre 1918 ne marque pas la fin de la guerre pour les troupes britanniques qui vont être engagées dans la guerre civile russe en soutien des forces Blanches, en Afghanistan en mai 1919, dans le Somaliland en 1920 sans oublier la guerre anglo-irlandaise (21 janvier 1919-11 juillet 1921). De 1920 à 1929, une British Army on the Rhine (BAOR) marque le retour de troupes britanniques en Allemagne.

En dépit de tentatives de digérer l’expérience du premier conflit mondial (avec notamment l’Experimental Mechanized Force en 1927/28), l’armée britannique connait des temps difficiles, le budget de la défense passant de 766 millions de livres en 1919/20 à seulement 102 millions en 1932.

L’absence de réelle menace extérieure explique en grande partie l’absence d’investissements massifs dans la Défense. A cela s’ajoute un contexte économique compliqué.

Faible budget, répugnance à investir, voilà pourquoi face à la montée de l’Allemagne nazie, les autorités britanniques préféraient une politiquement d’apaisement (apeasment policy), espérant que les concessions allaient calmer Hitler.

Néanmoins à partir du milieu des années trente, les investissements militaires reprennent pour permettre à l’armée britannique de faire face à un conflit que certains considèrent comme inévitable à court terme.

Depuis 1929, un processus de mécanisation était en cours au sein de l’armée britannique, processus qui s’acheva au cours de la guerre de Pologne, les seuls régiments montés restant étant ceux de la Garde.

Le déclenchement de la guerre de Pologne voit l’engagement sur le continent d’un corps expéditionnaire britannique, la British Expeditionary Force (BEF). Placé sous le commandement de Lord Gort, il dépend du Groupe d’Armées n°1.

Il est déployé dans la région de Lille entre la 7ème armée placée à l’ouest et la 1ère armée à l’est avec une force de combat qui aurait du à terme être composée de treize divisions, cinq d’active (1st Infantry Division 2nd Infantry Division 3rd Infantry Division 4th Infantry Division et 5th Infantry Division), cinq issues de la mobilisation (42nd « East Lancashire Division », 44th «Home Counties Division», 48th « South Midland Division » 50th «Northumbrian Division» et 51th «Highland Division» ) et trois divisions de travailleurs, les 12th «Eastern Division» , 23rd «Northern Division» et 46th «North Midland Division ». Seules les divisions d’active ont été à temps déployées sur le continent.

A ces divisions d’infanterie ou assimilées s’ajoute une division blindée, la 1st Armoured Division qui dispose de deux brigades blindées à trois régiments de chars plus des unités de soutien.

On trouve également la 1st Armoured Brigade à trois régiments de chars ainsi que les 1st et 2nd Cavalry Brigade qui sont des unités mécanisées et non des unités montées sans oublier cinq régiments de reconnaissance.

-L’artillerie britannique déploie en France sept régiments d’artillerie légère, neuf régiments d’artillerie moyenne, trois régiments d’artillerie lourde, trois régiments d’artillerie super lourde et enfin deux régiments et deux batteries antichars.

-La défense antiaérienne est assurée par cinq brigade dont une fournie par la RAF auxquelles s’ajoute une brigade de projecteurs.

-Le génie royal déploie plusieurs compagnies notamment des unités comparables aux unités Z françaises (guerre chimiques)

-On trouve également sept bataillons de pionniers et six bataillons de mitrailleurs

Cette force de combat non négligeable n’aura pas à s’employer durant le court conflit qui s’ouvre le 1er septembre 1939. L’assassinat d’Hitler le 9 novembre 1939 ouvre une période d’incertitude qui inquiète Londres. Le retour de Guillaume II pour donner une façade présentable au triumvirat Borman-Goering-Himmler rassure un peu les autorités britanniques.

Le conflit est suspendu le 15 décembre 1939 mais il faut attendre l’échec de la conférence de Coblence (27-30 décembre 1939) pour que le BEF commence à rentrer de France.

Rentre-t-il au complet ? Non car la 1st Infantry Division va rester déployée dans la région de Lille pour permettre notamment une montée en puissance plus rapide des forces britanniques sur le continent.

Elle va s’entrainer régulièrement avec des unités françaises, permettant un fructueux échange d’informations et va apporter sa contribution aux travaux de fortifications de la frontière.

La British Army et la Pax Armada

Comme pour l’armée de terre française, la British Army réduit considérablement la voilure avec la démobilisation.

En Métropole, les différents commandements regroupent neuf divisions d’infanterie d’active, les divisions de mobilisation étant dissoutes. A cela s’ajoute huit divisions de réserve de la Territorial Army même si ces divisions sont loin d’être sur le pied de guerre.

A cela s’ajoute des unités de cavalerie et de chars, une division blindée, quatre brigades de cavalerie et sept brigades blindées sans oublier des unités d’artillerie et du génie.

Au Moyen-Orient, les moyens sont plus modestes avec deux divisions d’infanterie et une division blindée, les autres territoires disposant de moyens limités à des bataillons ou des régiments indépendants.

Dans l’Empire des Indes, il n’y à pas à proprement parlé d’unités britanniques. La défense repose sur l’Indian Army de recrutement local, les unités britanniques n’étant là que pour un déploiement temporaire.

Sur le plan des structures comme sur le plan matériel, les choses évoluent de manière importante, tout le monde prennant conscience que l’ogre allemand n’est pas totalement rassasié.

Des réformes de structures sont mises en place. Si les divisions d’infanterie évoluent peu, les unités de cavalerie et de chars subissent des modifications importantes, le Royal Tank Corps disposant en septembre 1948 de quatre divisions blindées et de six brigades blindées indépendantes, ces dernières étant plus destinées au soutien de l’infanterie que les premières.

L’artillerie et le génie restent composées de régiment tout comme les unités de transmission et de transport.

En ce qui concerne l’armement, l’infanterie voit sa puissance de feu augmenter avec l’introduction de pistolets mitrailleurs en grand nombre (même si le fusil reste l’arme de base). La grenade à fusil d’origine française fait également son apparition au sein de l’infanterie de sa Majesté.

Comme pour les structures ce sont les unités de chars qui connaissent le plus grand renouvellement en terme de matériel, les chars (trop) légers et (trop) faiblement armés sont remplacés par des chars mieux armés, mieux protégés et plus rapides.

La British Expeditionary Force (BEF) repart en guerre (septembre 1948)

A partir de l’été 1948 les tensions en Europe deviennent telles que l’ouverture du conflit est imminente, une question de semaines et de mois plutôt que d’années.

Dès le mois de juillet, discrètement, les autorités militaires britanniques et françaises mettent en place des équipes de liaison pour faciliter le transfert sur le continent d’un BEF musclé sans compter que d’autres divisions vont être intégrées à des Corps d’Armée français.

La 1st Infantry Division installée à Lille reçoit l’ordre de préparer les futurs cantonements des troupes britanniques, de préparer l’accès aux cantonements avec des panneaux indicateurs anglais et également d’écrire des guides pour éviter les problèmes avec la population locale.

Char médian A-27M Cromwell

Char médian A-27M Cromwell

Grace à la mobilisation, de nouvelles divisions sont mises sur pied. Le nouveau BEF destiné à être déployé au sein du Groupe d’Armées n°1 va se composer de douze divisions, dix divisions d’infanterie motorisées et deux divisions blindées, ces derniers disposant de chars lourds Churchill, de chars moyens Cromwell et de chars légers de reconnaissance.

Ces divisions sont regroupées en trois corps d’armée (1st 2nd 3rd British Corps), les deux divisions blindées formant un corps d’armée blindé (1st British Armoured Corps).

Cette puissante force occupe un secteur situé entre la 7ème et la 1ère armée française entre Armentières et Condé sur l’Escaut.

A ces douze divisions formant un corps autonome au sein du GA n°1 s’ajoute quatre divisions en deux corps d’armée destinées à renforcer les 3ème et 4ème armée déployées au sein du GA n°2 face à l’Allemagne.

Le 4th British Corps déployé au sein de la 3ème Armée est encadré par les 23ème et 24ème Corps d’Armée. Il se compose de deux divisions de mobilisation, les 51th Highland Division et 48th Northumberland Division.

Le 5th British Corps déployé au sein de la 4ème Armée dispose d’une division d’active, la 5th Infantry Division et une division de mobilisation, la 42th East Lancashire Division.

-L’Etat-major du BEF est installé à Lille et dispose d’unités qui lui sont directement rattachées en l’occurence une réserve conséquente d’artillerie (représentée par les 1st & 2nd RASG), des unités antiaériennes et antichar (quatre brigades AA et trois régiments antichars), deux régiments de cavalerie pour la reconnaissance et diverses unités de soutien.

1st British Corps : trois divisions d’infanterie : 1st Infantry Division 1st Canadian Infantry Division et 44th «Home Counties Division»

2nd British Corps : trois divisions d’infanterie : 2nd Infantry Division 3rd Infantry Division et 49th South Midland Division

3rd British Corps : trois divisions d’infanterie : 4th Infantry Division 6th Infantry Division et 50th «Northumbrian Division

-La 46th Nort Midland Division est une division de travailleurs mais aussitôt transformée en division d’infanterie ce qui explique qu’elle est en réserve, ne devant rejoindre le front qu’une fois bien entrainée.

1st British Armoured Corps avec la 1st Armoured Division et la 2nd Armoured Division

4th British Corps (3ème armée) : deux divisions d’infanterie, les 51th Highland Division et la 48th Northumberland Division

5th British Corps (4ème armée) : deux divisions d’infanterie, les 5th Infantry Division et d’une division territoriale, la 42nd East Lancashire Division.

Seize divisions britanniques sont donc déployées en Europe continentale auxquelles il faut ajouter six divisions déployées dans le Sud-Est de l’Angleterre à la fois pour défendre le territoire national mais également renforcer le dispositif allié sur le continent (43rd [Wessex] Infantry Division 47th [London] Infantry Division 49th (West Riding) Infantry Division 54th [East Anglian] Infantry Division 59th [Straffordshire] Infantry Division et 61st Infantry Division).

Cela porte le chiffre à vingt-deux divisions auxquelles il faut ajouter six divisions déployées en Ecosse, quatre divisions de mobilisation (15th [Scotish] Infantry Division 12th (Eastern) Infantry Division 38th [Welsh] Infantry Division 45th Infantry Division) plus deux divisions destinées à être engagées en Norvège (52nd Lowland Infantry Division 53rd [Welsh] Infantry Division)

-Le dispositif à été renforcé en Méditerranée avec le déploiement de deux divisions d’infanterie sur l’île de Malte (18th Infantry Divison 56th Infantry Division) plus trois divisions en Egypte et en Moyen-Orient (7th Infantry Division 8th Infantry Divison 66th Infantry Division), des divisions des Dominions devant les renforcer à moyen terme (deux ou trois divisions australiennes, une division néo-zélandaise).

-Enfin en Asie du Sud-Est, des troupes sont déployées à la fin de 1948, poursuivant une amélioration du dispositif allié dans la région.

En Inde, deux divisions britanniques sont déployées en novembre 1948 (76th et 77th) mais début 1949, la 76th Infantry Division est redéployée en Malaisie où elle retrouve deux divisions déployées depuis 1945 (70th & 71st Infantry Division).

L’essentiel de la défense est assurée par la Royal Indian Army qui dispose en septembre 1939 de deux divisions d’infanterie, de cinq brigades de cavalerie et de régiments d’artillerie, cette force connaissant une certaine croissance avec la levée de deux nouvelles divisions d’infanterie, la mécanisation des unités de cavalerie pour former des Independent Armoured Brigade.

-Ailleurs dans les autres territoires sous souveraineté britannique, les effectifs sont modestes dépassant rarement le bataillon ou le régiment.

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8-Croiseurs lourds (4)

B-Croiseurs lourds classe Suffren

Le croiseur lourd Suffren avec deux Gourdou-Lesseure sur catapultes

Le croiseur lourd Suffren avec deux Gourdou-Lesseure sur catapultes

Avant-propos

Dans la marine nationale de l’entre-deux-guerre, la vitesse est sanctifiée ce qui explique l’absence de protection sur les Duquesne qui méritent plus que tout le surnom donné aux croiseurs type Washington «Thinclad Battleship» ou cuirassés en papier d’étain.

La rivalité franco-italienne voit les deux pays se marquer à la culotte, la réalisation des Duquesne suscitant une riposte italienne avec les Trento et Trieste.

Le croiseur lourd Trento en 1936

Le croiseur lourd Trento en 1936

Les français avaient déjà prévu de construire de nouveaux croiseurs lourds. Ils financent ainsi la construction à la tranche 1925 du Suffren.

La marine nationale prend de l’avance avec le financement à la tranche 1926 du Colbert suivi à la tranche 1927 du Foch puis à la tranche 1929 du Dupleix souvent considéré comme le meilleur 10000 tonnes de la marine nationale hors de l’Algérie qui est un croiseur lourd avec une vraie protection.

Les italiens financent la construction au budget 1929 des Zara et Fiume, deux croiseurs d’un nouveau modèle puis au budget 1930 finance à la fois la construction du Bolzano, un croiseur lourd de type Trento amélioré et le troisième Zara baptisé Gorizia avant le Pola au budget 1931.

Bien que souvent regroupés en une seule classe, les croiseurs lourds Suffren Colbert Foch et Dupleix affichent un certain nombre de différences. Par rapport aux Duquesne, ces croiseurs lourds sont mieux protégés et propulsés par seulement trois hélices. Leurs chaudières peuvent fonctionner au mazout et au charbon.

Le Suffren dispose ainsi d’une protection améliorée avec une ceinture de 50mm, un pont blindé de 25mm et un bourrage de 640 tonnes de charbon pour la protection contre les torpilles. Sur le plan de l’armement, il conserve les canons de 75mm des Duquesne.

Il dispose d’une catapulte installée au même emplacement que pour les Duquesne. Il est reconnaissable à l’abri navigation installé au milieu du mât tripode.

Le Colbert à une protection semblable au Suffren mais son mat tripode est dépourvu de l’abri de navigation installé sur le Suffren. L’armement évolue, les canons de 75mm sont remplacés par huit canons de 90mm en affûts simples.

Le Foch à une protection améliorée avec un bordé de 20mm, un renforcement à 54mm de cloisons longitudinales et un pont blindé de 18mm au dessus des machines et 20mm au dessus des soutes à munitions. Le mat tripode à les jambes plus écartées (ce qui permet de l’identifier facilement) mais l’armement secondaire reste le même avec huit canons de 90mm en affûts simples.

Le Dupleix, dernier croiseur de type Suffren est considéré jusqu’à l’apparition de l’Algérie comme le meilleur croiseur lourd français notamment la protection qui représente près de 1500 tonnes. L’armement secondaire est toujours composé de huit canons de 90mm mais regroupés en quatre affûts doubles installés à l’avant de part et d’autre du bloc-passerelle pour les deux premiers et de part et d’autre du mat arrière pour les deux derniers.

Le Suffren

Le croiseur lourd Suffren en 1936

Le croiseur lourd Suffren en 1936

-Le Suffren est mis sur cale à l’Arsenal de Brest le 17 avril 1926, lancé le 3 mai 1927 et est admis au service actif le 8 mars 1930.

Comme la majorité des navires de la marine nationale construits à cette époque, le Suffren est affecté en Méditerranée au sein de la 1ère DL. Cette division va regrouper jusqu’à cinq croiseurs de 10000 tonnes au fur et à mesure de leur admission au service actif.

D’octobre 1930 à juillet 1931, le Suffren va servir de navire-école, faisant la jonction entre le croiseur cuirassé Edgar Quinet perdu sur les côtes algériennes et son remplaçant, le croiseur-école Jeanne d’Arc alors en construction à Saint-Nazaire. Il transporte des élèves officiers avec le Tourville et le Duquesne aux Antilles puis en Méditerranée orientale.

En octobre 1931, le Suffren effectue une mission aux Etats Unis avec le Duquesne avant d’être affecté définitivement en Méditerranée. Il est en travaux en 1933/34.

Le 1er novembre 1934, les «10000 tonnes» français sont réorganisés en deux divisions avec la 1ère DL composée de l’Algérie, du Colbert et du Dupleix et la 3ème DL composée du Foch, du Tourville, du Duquesne, le Suffren étant en réparations jusqu’à la fin de 1934.

La mise en service des croiseurs légers provoque la réorganisation des forces légères françaises avec en novembre 1937, la création de la 2ème DC avec les croiseurs lourds Duquesne Tourville et Suffren, les croiseurs Algérie Foch Colbert et Dupleix formant la 1ère DC.

Au printemps 1940, on décidé de clarifier le système, attribuant les numéros impairs aux croiseurs lourds et les numéros pairs aux croiseurs légers.

Les Tourville et Duquesne forment ainsi la 5ème Division de Croiseurs (5ème DC) basée à Toulon en compagnie de la 1ère DC formée des Dupleix et Suffren alors que la 3ème DC formée du Colbert et du Foch est basée à Brest. L’Algérie restant lui hors rang puisqu’il sert de navire-amiral de la Flotte de la Méditerranée.

Le Suffren lui rentrait d’un long déploiement en Indochine (juillet 1939-avril 1940), ce déploiement réussi d’un croiseur lourd réussit à convaincre les hautes autorités de la marine française à la faisabilité du déploiement d’un navire aussi important dans cette colonie.

Certains «Indochino-enthousiastes» réclament même le déploiement d’un cuirassé mais à l’époque, ce déploiement est utopique en l’absence d’une base bien outillée sans parler que le cuirassé était une ressource rare dans la Royale de l’époque.

Après un petit carénage dans le bassin Vauban n°8 jusqu’à la fin du mois d’août, le croiseur est en essais à la mer du 4 au 17 septembre puis en remise en condition avec son sister-ship Dupleix du 20 septembre au 14 octobre avant de rentrer à Toulon le 16 octobre 1940.

Le Suffren ressort le 2 novembre pour un exercice de défense aérienne à la mer au large de Toulon qui montre l’urgence de moderniser sa DCA, les travaux étant prévus au cours du prochain grand carénage en 1941/42.

Il fait ensuite escale à Port Vendres du 8 au 12 novembre 1940, participant aux commémorations du 11 novembre 1940, la compagnie de débarquement du croiseur (24 hommes), défilant dans la ville en compagnie d’une compagnie de tirailleurs sénégalais et d’un groupement de reconnaissance motorisé composé de motos avec side-car et d’autos blindés Panhard AMD178.

Il rentre à Toulon le 14 novembre puis est indisponible jusqu’au 2 décembre 1940 (problème de chaudières), sortant pour essais du 3 au 10 décembre avant de sortir d’entrainement du 12 au 23 décembre et du 26 au 31 décembre 1940.

Le Suffren participe aux manœuvres d’hiver de la flotte du 15 janvier au 5 mars 1941 avec des escales à Marseille du 27 janvier au 2 février et à Nice du 17 au 24 février notamment en compagnie du croiseur de bataille Dunkerque avec lequel le croiseur faillit entrer en collision. Il est de retour à Toulon le 7 mars 1941.

Le Suffren sort à nouveau avec le Dupleix du 12 mars au 14 avril pour différents exercices (défense aérienne à la mer, bombardement littoral, protection de convois) puis seul du 22 avril au 2 mai pour une évaluation de ses capacités militaires par le Centre d’Entrainement de la Flotte (CEF) qui note des «capacités militaires intéressantes mais qui ne pourraient qu’être améliorées après une véritable modernisation». Le Suffren sort pour entrainement au combat de nuit du 9 au 20 mai 1941.

Après une période d’indisponibilité du 23 mai au 16 juin 1941, le croiseur appareille de Toulon le 18 juin pour une mission de surveillance dans le Golfe de Gênes jusqu’au 5 août, mission entrecoupées d’escale de ravitaillement à Bastia tous les 4 ou 5 jours environ et d’une participation à la revue navale du 14 juillet 1941 en rade des vignettes. Il rentre à Toulon le 8 août 1941.

Il ressort du 22 août au 4 septembre 1941 pour un exercice de défense aérienne à la mer puis effectue deux transports rapides entre Toulon et Ajaccio, le premier du 8 au 15 septembre et le second du 20 au 30 septembre, transports de matériels spéciaux pour la construction de la base navale d’ Aspretto.

Il termine l’année par plusieurs exercices au large de la Provence, un premier du 5 au 15 octobre consacré au bombardement littoral (tirs simulés), un second de défense aérienne à la mer du 21 au 31 octobre et un troisième d’escorte de convois du 8 au 20 novembre avant une escale d’une semaine à Nice du 21 au 28 novembre, le croiseur lourd rentrant à Toulon le 29 novembre dans la soirée.

Le croiseur lourd sort encore deux fois pour entrainement, la première fois du 2 au 12 décembre et la seconde du 18 au 26 décembre, les deux sorties étant entrecoupées par une escale à Nice du 13 au 17 décembre.

Le Suffren appareille pour la croisière d’hiver de la flotte le 12 janvier 1942, faisant escale à Palma de Majorque le 16 janvier 1942, Carthagène du 18 au 22 janvier, Gibraltar du 25 au 27 janvier, Cadix du 30 janvier au 3 février, Lisbonne du 6 au 9 février, Casablanca du 13 au 16 février, Ajaccio du 18 au 21 février avant de rentrer à Toulon avec une grande partie de la flotte le 23 février 1942 dans la matinée.

Le croiseur lourd débarque ses munitions le 27 février 1942 et est échoué au bassin n°8. Il est au bassin jusqu’au 20 décembre 1943, perdant ses huit canons de 75mm remplacés par six canons de 90mm en affûts simples, recevant une DCA légère moderne avec douze canons de 37mm Schneider en six affûts doubles et huit canons de 25mm Hotchkiss en quatre affûts doubles. Son appareil propulsif est remis en état, ses hélices sont changées, sa catapulte est remplacée alors qu’un temps elle était menacée.

Le croiseur remis à l’eau, subit une période de travaux à quai jusqu’au 19 janvier 1943. Il subit une campagne d’essais à la mer du 20 au 31 janvier avant un stage de remise en condition avec son sister-ship Dupleix du 1er au 12 février.

Le Suffren sort pour entrainement aviation du 15 au 21 février avant une escale à Saint-Tropez du 22 au 27 février pour la signature de la charte de parrainage. Reprenant la mer le 28 février, le croiseur lourd subit un entrainement de défense aérienne à la mer jusqu’au 5 mars quand il arrive à Sète pour une escale qui s’achève jusqu’au 10 mars avant de rentrer à Toulon le 11 mars 1943.

Le Suffren reprend la mer pour un entrainement au combat antisurface du 15 au 23 mars avant de rentrer à Toulon le 27 mars 1943.

Après une période d’entretien à flot du 28 mars au 12 avril, le croiseur lourd sort pour essais du 13 au 18 avril avant de reprendre l’entrainement par un stage de remise en condition du 20 avril au 2 mai 1943.

Après un ravitaillement à Toulon le 3 mai, le croiseur lourd quitte le Var le 4 mai, relâche à Casablanca du 8 au 11 mai avant de gagner Dakar le 15 mai 1943 pour un important cycle d’entrainement.

Il commence par une école à feux au polygone de Rufisque du 16 au 30 mai avant une période d’entretien à Dakar du 31 mai au 2 juin avant un exercice de défense aérienne à la mer du 3 au 10 juin puis après un ravitaillement à Dakar le 11 juin, une deuxième école à feux au polygone de Rufisque du 12 au 30 juin avant de faire escale à Dakar du 1er au 5 juillet.

Il reprend la mer le 6 juillet, fait escale à Casablanca du 10 au 13 juillet avant de rentrer à Toulon le 16 juillet 1943. Il sort pour un entrainement aviation du 19 au 28 juillet 1943.

Durant l’été, le Suffren effectue plusieurs petits sorties au large de Toulon, allant aux Salins d’Hyères du 2 au 7 août, du 12 au 18 août et du 21 au 22 août. Orphelin du Dupleix alors en grand carénage, le Suffren effectue un exercice de défense aérienne à la mer au large de Port-Vendres du 25 août au 4 septembre avant de rentrer à Toulon le 7 septembre 1943.

Il ressort encore du 8 au 15 septembre pour un exercice de défense contre les sous-marins et des avions. Après une escale à Mers-El-Kebir jusqu’au 20 septembre, il fait escale à Bizerte du 21 au 27 septembre puis à Ajaccio du 28 au 30 septembre avant de rentrer à Toulon le 4 octobre après un mouillage aux Salins d’Hyères les 2 et 3 octobre 1943.

Indisponible du 4 au 20 octobre 1943, le Suffren ressort pour une sortie d’essais du 21 au 24 octobre avant de manœuvrer au large du Cap Corse avec d’autres navires de l’Escadre du 25 octobre au 10 novembre, faisant escale à Bastia du 11 au 15 novembre, sa compagnie de débarquement rendant les hommages aux morts du premier conflit mondial. Il fait ensuite escale à Nice du 16 au 21 novembre puis à Villefranche du 22 au 25 novembre avant de rentrer à Toulon le 26 novembre.

Mis à part une petite sortie du 6 au 9 décembre jusqu’aux Salins d’Hyères, le croiseur lourd reste à quai ou au mouillage à Toulon jusqu’à la fin de l’année, permettant aux marins et officiers de prendre leurs permissions.

Le Suffren ressort seul du 4 au 10 janvier, du 13 au 18 janvier et du 22 janvier au 3 février, mouillant aux Salins d’Hyères du 4 au 9 février 1944. Il participe ensuite à la remise en condition du Dupleix, sortant de grand carénage du 5 mars au 17 avril 1944.

Les deux croiseurs ressortant ensemble du 25 avril au 8 mai 1944, manœuvrant avec le groupement des contre-torpilleurs de la flotte de la Méditerranée, les 2ème (Guépard Lion Bison) et 5ème DCT (Aigle Albatros Gerfaut).

Les deux croiseurs commencent d’abord par simuler la présence d’un navire corsaire en Méditerranée, menaçant des convois entre l’Afrique du Nord et la métropole, convois protégés par les contre-torpilleurs avant que les deux croiseurs ne simulent des cargos rapides, cherchant à échapper à plusieurs groupes de ratissage formés par les contre-torpilleurs. Après une escale à Alger du 9 au 12 mai et à Ajaccio du 13 au 17 mai, les deux croiseurs rentrent à Toulon le 18 mai 1944.

Après une période d’entretien à flot du 19 au 31 mai, le Suffren quitte Toulon pour une mission de transport rapide à destination de la Tunisie. Il embarque deux compagnies d’infanterie qui sont mises à terre le 2 juin à Tunis et transportés ensuite en camions sur la ligne Mareth pour renforcer la présence française face à des mouvements de troupes en Libye italienne.

Ces mouvements en réalité ne concernaient qu’une relève. Les deux compagnies de renfort vont cependant rester en Tunisie pour s’entrainer au combat en milieu désertique jusqu’au 7 juillet. Le croiseur qui entre-temps avait effectué des exercices au large du Cap Bon les rembarque à Bizerte le 9 juillet pour les ramener en France le 11 juillet quand elles sont débarquées à Toulon.

Le croiseur lourd sort au large de Toulon du 15 au 20 juillet, mouille aux Salins d’Hyères  du 20 au 27 juillet puis ressort du 28 juillet au 4 août avant de rentrer à Toulon le 5 août. Il est indisponible pour entretien et permissions d’été du 7 au 27 août 1944.

Après un exercice de défense aérienne à la mer du 4 au 14 septembre et un exercice de protection de convois du 17 au 27 septembre, le Suffren subit un petit carénage. Il est échoué dans le bassin N°1 du Missiessy du 4 octobre 1944 au 20 janvier 1945. Après des travaux complémentaires à flot jusqu’au 2 février, le croiseur lourd effectue ses essais à la mer du 3 au 12 février avant un stage de remise en condition du 13 au 27 février 1945.

Il ressort le 7 mars 1945 en compagnie du Dupleix et du Saint Louis. Les trois croiseurs lourds vont effectuer une mission de présence en Adriatique, un an après celle du Joffre qui avait tellement enthousiasmé les marins yougoslaves que ceux-ci songèrent à en commander un !

Les trois croiseurs lourds quittent donc Toulon à l’aube le 7 mars, font escale à Ajaccio le 8 pour quelques heures (débarquement de matériel pour la base d’ Aspretto), se ravitaillent à Bizerte le 9 mars puis gagne l’Adriatique faisant escale à Corfou du 11 au 13 mars avant de pénétrer dans l’Adriatique, faisant escale à Kotor du 14 au 21 mars, à Split du 22 au 27 mars et à Zadar du 28 au 31 mars 1945.

Les trois croiseurs lourds participent à un exercice avec la marine yougoslave, exercice suivit attentivement par des avions et des sous-marins officiellement non identifiés mais que tout le monde sait italiens.

L’exercice qui se déroule du 1er au 12 avril voit les croiseurs simuler des bombardements contre la terre, des raids amphibies (mise à terre des compagnies de débarquement soit environ 200 hommes), de la défense aérienne à la mer, de protection et d’attaque de convois………… .

L’exercice terminé, la Division Navale Adriatique franchit le canal d’ Otrante et met cap à l’est, direction la Grèce. Elle fait escale à Patras du 14 au 20 avril, contourne la péninsule du Péloponnèse et arrive au Pirée le 23 avril et y restant jusqu’au 28 avril quand il appareille pour Thessalonique, le grand port du nord où la division fait escale du 29 avril au 4 mai. Pour ne pas mécontenter les turcs, la division fait escale à Istanbul du 5 au 9 mai, à Izmir du 10 au 12 mai et à Antalya du 13 au 16 mai.

La Division Navale Adriatique mène ensuite une mission de surveillance du Dodécanèse alors sous souveraineté italienne du 17 au 27 mai (ce qui suscite une protestation officielle de l’ambassade d’Italie à Paris), un exercice avec la Division Navale du Levant (DNL) du 28 mai au 4 juin avant une escale à Alexandrie du 4 au 7 juin, le roi d’ Egypte Farouk 1er visitant les trois croiseurs français en escale, se montrant impressionné par la modernité du Saint Louis.

La division quitte l’ Egypte le 7 juin, fait escale à Bizerte du 9 au 11 juin avant de rentrer à Toulon le 13 juin 1945.

Le Suffren est indisponible du 14 juin au 12 août 1945, passant au bassin n°1 du Missiessy du 20 juin au 8 juillet avant de terminer ses travaux à flot le 4 août. Il effectue ses essais à la mer du 5 au 8 août avant remise en condition du 12 au 25 août.

Le Suffren sort pour entrainement aviation du 30 août au 5 septembre, faisant escale à Sète du 6 au 10 septembre avant de rentrer à Toulon le lendemain 11 septembre.

Le croiseur lourd effectue quelques petites sorties à la mer du 17 au 21 et du 24 au 28 septembre, sorties qui le mène aux Salins d’Hyères. De retour à Toulon le 29 septembre, il reste au mouillage à l’entrée du port jusqu’au 3 octobre avant d’appareiller pour Mers-El-Kebir où le Suffren arrive le 5 octobre. Il participe à un exercice avec la 4ème escadre du 7 au 28 octobre avant de rentrer à Toulon le  31 octobre 1945.

Le Suffren sort entrainement aviation du 2 au 12 octobre, faisant escale à Saint Tropez du 13 au 19 octobre avant d’enchainer par un entrainement de combat de nuit du 20 au 28 octobre avant de rentrer à Toulon le 4 novembre après une escale à Bastia du 29 octobre au 3 novembre 1945.

Le croiseur lourd Suffren sort en compagnie du Dupleix pour un exercice du 10 au 21 novembre, faisant escale à Port-Vendres du 22 au 27 novembre avant un exercice de défense aérienne à la mer du 28 novembre au 7 décembre, rentrant à Toulon le 8 décembre 1945.

Les deux croiseurs lourds de la 1ère DC sortent à nouveau pour un entrainement combiné dans le Golfe du Lion du 13 au 27 décembre, rentrant à Toulon le 28 décembre 1945.

Il sort pour la première fois en 1946 du 9 au 12 janvier pour un entrainement à la mer (défense aérienne) puis du 18 au 25 janvier pour amariner les nouveaux appelés qui vont représenter jusqu’à 15% de l’effectif du croiseur.

Le 2 février 1946, il appareille de Toulon pour se rendre au Levant en compagnie de son sister-ship Dupleix, faisant escale à Ajaccio du 3 au 6 février, à Malte du 8 au 11 février, à Patras (Grèce) du 13 au 17 février, au Pirée du 19 au 25 février, à Antalya du 27 février au 1er mars, à Beyrouth du 3 au 7 mars, à Haïfa du 9 au 12 mars, à Alexandrie du 14 au 18 mars, à Bizerte du 21 au 25 mars avant de rentrer à Toulon le 28 mars et d’être en entretien à flot du 29 mars au 15 avril 1946.

Il sort pour essais du 15 au 20 avril avant remise en condition du 21 avril au 3 mai 1946. Il quitte Toulon le 5 mai, relâche à Casablanca du 8 au 10 mai avant d’arriver à Dakar le 14 mai. Il réalise une école à feux à du 15 mai au 5 juin, relâchant à Dakar du 6 au 10 juin avant de rentrer à Toulon le 17 juin après une escale de ravitaillement à Casablanca.

Le Suffren et le Dupleix sortent à nouveau pour entrainement du 24 juin au 2 juillet, entrainement suivi d’une escale à Ajaccio du 3 au 7 juillet. Les deux croiseurs effectuent ensuite un entrainement aviation du 8 au 13 juillet avant de relâcher à Bastia du 14 au 17 juillet puis à Nice du 18 au 21 juillet avant de rentrer à Toulon le 22 juillet 1946.

Après des travaux destinés à préparer une mission de représentation du 23 au 30 juillet, le Suffren effectue une sortie pour essais du 1er au 5 août. Il quitte Toulon le 17 août 1946 au matin en compagnie du croiseur léger Chateaurenault pour retrouver le Strasbourg, ses deux torpilleurs d’escadre et le pétrolier-ravitailleur La Baïse pour une mission de représentation dans les Caraïbes.

La jonction se fait le 19 août au large de l’Espagne, la petite escadre manœuvrant ensemble avant de faire une première escale à Casablanca le 24 août avant de traverser d’une traite l’Atlantique, arrivant à Fort de France le 2 septembre 1946.

Ils font escale à Pointe à Pitre du 7 au 12 septembre, Kingston (Jamaïque) du 14 au 17 septembre, Veracruz (Mexique) du 19 au 22 septembre, La Nouvelle Orléans du 25 au 28 septembre, Miami du 30 septembre au 3 octobre 1946 avant de traverser l’Atlantique faisant escale à Dakar le 7 octobre 1946 où ils se séparent, le croiseur de bataille et ses torpilleurs d’escadre rentrant directement à Mers-El-Kebir.

Le Suffren et le Chateaurenault appuyés par la Baïse vont prolonger cette croisière par un déploiement dans le Golfe de Guinée. Il quitte Dakar le 11 octobre, fait escale à Abidjan du 13 au 17 octobre, à Bioko (île de la Guinée Equatoriale alors colonie espagnole) du 19 au 21 octobre, à Libreville du 22 au 25 octobre, Abidjan à nouveau du 28 octobre au 2 novembre, Dakar du 4 au 8 novembre, à Casablanca du 11 au 14 novembre avant de rentrer à Toulon le 18 novembre après plus de trois mois loin de son port d’attache, Le PRE La Baïse rentrant lui à Mers-El-Kébir.

Après une période d’entretien à flot du 19 novembre au 12 décembre, le croiseur lourd sort pour essais du 13 au 19 décembre avant remise en condition du 20 au 30 décembre 1946.

Il sort à nouveau du 2 au 7 janvier et du 10 au 17 janvier pour entrainement de base au profit de ces nouveaux marins. Le croiseur lourd fait escale à Sète du 18 au 21 janvier avant de rentrer à Toulon le 22 janvier 1947.

Il reprend la mer le 27 janvier pour entrainement à la protection d’un convoi et ce jusqu’au 9 février, faisant ensuite escale à Nice du 10 au 15 février puis à Villefranche du 16 au 19 février avant de rentrer à Toulon le 21 février 1947.

Il effectue un entrainement aviation du 23 février au 3 mars 1947 puis pour un entrainement à la défense antiaérienne du 6 au 12 mars, rentrant à Toulon le 13 mars.

Il reprend la mer le 15 mars 1947 pour un exercice de combat de nuit entre Toulon et Marseille. Les conditions météo sont exécrables et l’exercice est annulé moins de deux heures après son déclenchement.

Cela est insuffisant pour empêcher la collision du croiseur lourd Suffren avec le paquebot Sampiero Corso. Naviguant tous feux éteints, le croiseur ne voit que trop tard le paquebot arrivant à bâbord et l’étrave du croiseur s’enfonce profondément dans la coque du paquebot.

L’accident qui à lieu près de la côte laisse craindre le pire mais fort heureusement, à l’aube les deux navires sont encore à flot, lié l’un à l’autre. Plusieurs navires arrivent rapidement sur zone et permettent l’évacuation des passagers du paquebot ce qui permet au croiseur de se dégager puis de prendre en remorque le paquebot pour le ramener à Marseille où il sera réparé.

Le croiseur assez sérieusement endommagé à bâbord rentre à 7 nœuds à Toulon, escorté par plusieurs torpilleurs et remorqueurs. Il est mis au bassin (bassin n°1 du Missiessy) le 18 mars 1947 pour des réparations doublé d’un grand carénage avancé de six mois.

Il est remis à flot le 20 décembre 1947 et la fin des travaux à lieu à flot jusqu’au 20 janvier 1948 quand il est de nouveau déclaré disponible bien qu’il ne soit jugé pleinement opérationnel que le 5 mars après les essais à la mer et la remise en condition en compagnie du Dupleix qui du attendre la disponibilité de son sister-ship pour subir un grand carénage.

Après un exercice de défense aérienne à la mer du 10 au 18 mars 1948 , le Suffren quitte Toulon le 20 mars, se ravitaille à Casablanca du 25 au 27 mars avant d’arriver à Dakar le 31 mars. Il effectue une Ecole à feux à Rufisque du 2 au 15 avril, quittant Dakar le 17 avril pour rentrer à Toulon le 25 avril 1948.

Après une indisponibilité accidentelle du 27 avril au 2 mai, il reprend la mer le 5 mai pour une mission de surveillance dans le Golfe de Gênes jusqu’au 12 juin, le croiseur effectuant de rapides ravitaillement à Bastia, quelques heures pour ravitailler les soutes et la cambuse avant de reprendre la mer. Il opère entre Vintimille, l’ile d’Elbe et Gênes en compagnie d’avions basés en Corse.

De retour à Toulon le 16 juin, il reste à Toulon, à quai ou au mouillage jusqu’au 12 juillet, reprenant brièvement la mer du 17 au 21 juillet et du 28 juillet au 5 août. Une partie de l’équipage prend ses permissions le 7 août mais dès le 20, l’équipage est rappelé , rappel qui se double de la mobilisation des réservistes. Il sort alors pour entrainement du 21 au 28 août et du 30 au 3 septembre.

A l’annonce des bombardements allemands sur la Norvège et le Danemark le 5 septembre 1948, le Suffren appareille en urgence pour Nice pour contrer une possible action italienne. Il arrive à destination le lendemain 6 septembre.