Benelux (43) Belgique (4)

Un nouveau royaume d’Europe : le Royaume de Belgique (1830-1914)

Léopold 1er, roi des Belges

Léopold 1er (1831-1865) 44

Léopold Georges Chretien Frédéric de Saxe-Cobourg-Saalfeld (Cobourg 16 décembre 1790-Bruxelles 10 décembre 1865) est donc un prince allemand et fondateur de la dynastie régnant sur la Belgique. Baptisé ainsi en l’honneur du nouvel empereur du Saint-Empire Romain Germanique Léopold II, il à cinq sœurs aînées et un frère cadet.

Comme sa sœur est l’épouse du grand-duc Constantin, successeur potentiel du tsar Alexandre 1er, Léopold intègre l’armée russe et va participer aux guerres napoléoniennes. Il retourne à Cobourg occupée par les français, vivant très difficilement pendant plusieurs années. Le jeune prince impressionne l’impératrice Joséphine mais aussi l’empereur lui-même par sa culture et sa prestance. Il doit cependant démissionner de l’armée russe en novembre 1808.

Plus généralement le futur roi des belges montre son habileté à négocier avec les plus grandes puissances. En mars 1813, il réintègre l’armée russe comme colonel du régiment russe des cuirassiers de l’impératrice Maria Feodorovna. Il s’illustre lors de la campagne d’Allemagne puis dans la campagne de France en 1814. Il accompagne ensuite le roi Alexandre en Angleterre puis se rend au Congrès de Vienne pour assister son frère Ernest, duc de Cobourg.

En juin 1814, on lui présente Charlotte, seule héritière du prince-régent de Grande-Bretagne, futur George IV. Le mariage à lieu le 2 mai 1816 et tout semble écrit pour qu’un prince d’une petite maison allemande devienne prince consort du Royaume-Uni. Hélas, Charlotte meurt en couche à l’âge de 21 ans ce qui laisse le futur roi des belges inconsolable.

Il reste en Grande-Bretagne pour justifier de la rente annuelle de 50000 livres que lui verse le gouvernement britannique (il renoncera à cette rente lors de son accession au trône de Belgique).

En mariant sa sœur Victoire à Edouard-Auguste duc de Kent, frère cadet du prince-régent, il allait devenir l’oncle de la future de la reine Victoria (et de son futur mari Albert, fils d’un deuxième mariage de son frère ainé Ernest). Il voyage énormément en Angleterre, en Ecosse mais aussi sur le continent.

A noter qu’avant de devenir roi des belges, on pensa à lui pour occuper le trône de Grèce après l’indépendance de ce pays. Le 4 juin 1831, il est élu roi des belges par 152 voix sur 196 votants. Il devient officiellement roi le 26 juin 1831. Il prête serment le 21 juillet 1831 (voilà pourquoi ce jour est la fête nationale belge).

Moins de quinze jours après sa prestation de serment, Léopold 1er doit faire face à une invasion néerlandaise, Guillaume 1er n’ayant pas renoncé à reconquérir les provinces méridionales de son royaume. L’armée belge ne brille guère faute d’expérience face à une armée aguerrie et expérimentée et doit beaucoup à l’intervention d’un corps expéditionnaire français. Comme nous l’avons vu plus haut, il faudra attendre 1839 pour que Guillaume 1er reconnaisse l’indépendance de la Belgique et le 8 août 1943 pour que le traité de Maastricht fixe définitivement les frontières belgo-néerlandaises.

Louise d'Orléans

Louise d’Orléans, reine des Belges (1812-1850)

Veuf depuis la mort de sa première épouse, le roi des belges doit absolument se marier pour avoir un héritier. Le 9 août 1832, il épouse Louise d’Orléans, fille de Louis-Philippe 1er. Si leur premier fils Louis-Philippe meurt en bas-âge, le second né le 9 avril 1835 survivra aux maladies infantiles pour devenir le roi Léopold II. Deux autres enfants vont naître de cette union, Philippe le 24 mars 1837 et Charlotte le 7 juin 1840. La reine Louise meurt le 11 octobre 1850 affectant énormément le roi qui devient taciturne et distant avec sa famille.

Les pouvoirs du roi sont en théorie assez limités par la constitution mais en pratique les possibilités de Léopold 1er sont bien plus importantes.

De 1831 à 1846, deux mouvements politiques dominent la vie politique belge : les catholiques et les libéraux.

Deux ans plus tard, au cours du «printemps des peuples», la Belgique est épargnée même si il y à quelques événements, notamment des tentatives d’exilés belges pour renverser la monarchie et établir la république. Cela à néanmoins le mérite de pousser le gouvernement belge à une série de réformes libérales pour tarir un potentiel foyer de mécontentement.

En 1856 pour le 25ème anniversaire de sa prestation de serment, Léopold 1er et ses deux fils visitent tout le pays. C’est un véritable triomphe, l’oncle de la reine Victoria est clairement en osmose avec son peuple. Après une crise politique en 1857, le roi des Belges qui à maintenant 67 ans se met un peu en marge de la vie politique belge, se montrant moins intime avec ses ministres.

Sur le plan diplomatique, il veille à garder la neutralité belge en ayant des relations cordiales avec ses voisins. Sur le plan privé,il marie ses enfants, ses nièces et neveux, inspirant en cela sa nièce Victoria qui deviendra la «Grand-Mère de l’Europe».

Il s’intéresse à la colonisation de certains territoires mais aucun projet impulsé par le roi ne finit par aboutir. Le plus aboutit étant une colonisation d’une partie du Guatemala mais les conditions sanitaires sont telles que le projet vire au fiasco. C’est ainsi qu’à la mort de Léopold 1er, la Belgique n’à encore aucune colonie.

Le roi Léopold 1er meurt le 10 décembre 1865 à 11h45 du matin à l’âge de 74 ans. Léopold II qui succède à son père à l’âge de 30 ans fait le 17 décembre son entrée à Bruxelles et régnera jusqu’en 1909.

La politique belge sous Léopold 1er (1831-1865)

Le 6 avril 1834, des émeutes anti-orangistes éclatent à Bruxelles montrant à ceux qui y croyaient encore que la rupture est définitive entre La Haye et Bruxelles. Le 16 mai 1834, une loi interdit toute propagande en faveur de la maison d’Orange.

Entre 1831 et 1846, les catholiques et les libéraux gouvernent le pays à l’aide de gouvernements unionistes. L’Eglise catholique est le pilier du nouvel Etat belge alors que le roi est luthérien.

Léopold 1er est cependant lucide. Son nouveau royaume est divisé sur le plan linguistique et le premier roi des Belges voit dans la religion catholique un ciment national.

En 1847, Charles Rogier est premier ministre. Le lien gouvernement/parlement se renforce, le rôle du roi est minoré. Les libéraux et les catholiques alternent au pouvoir avec une domination écrasante des libéraux qui sont au pouvoir de 1847 à 1870 à la seule exception de 1855 à 1857 où le dernier gouvernement unioniste de l’histoire belge est au pouvoir.

Durant les trente-quatre années de règne de Léopold 1er, on compte cinq premiers ministres catholiques et huit premiers-ministres libéraux, l’homme fort du règne de Léopold 1er étant Charles Rogier premier ministre de 1847 à 1852 et de 1857 à 1868, survivant donc au premier roi des belges.

Léopold II (1865-1909)

Léopold II (1865-1909)

Léopold II

Léopold Louis-Philippe Marie Victor de Saxe-Cobourg-Gotha plus connu sous son nom de règne Léopold II est né à Bruxelles le 9 avril 1835 et mort dans cette même ville le 17 décembre 1909.

C’est le deuxième fils du roi Léopold 1er et de la reine Louise, son frère aîné Louis-Philippe étant décédé à l’âge de un an seulement. Il à également un frère cadet, Philippe comte de Flandre et père du futur Albert 1er et une sœur, la malheureuse impératrice du Mexique Charlotte qui après la mort de son époux Maximilien sombrera dans la folie.

En 1840 alors âgé de cinq ans, il reçoit le titre de duc de Brabant _titre porté par l’héritier au trône de Belgique_ pendant que son cadet reçoit le titre de comte de Flandre. Sa langue maternelle est le français mais il apprendra l’anglais et l’allemand. En revanche, il n’apprendra jamais le néerlandais.

Le 22 août 1853, il épouse Marie-Henriette de Habsbourg-Lorraine, archiduchesse d’Autriche et princesse palatine de Hongrie. C’est la cousine de l’empereur François-Joseph. C’est un mariage de raison et non d’inclination. En effet sur le plan intellectuel, la future reine des Belges surclasse son époux plus timide et plus renfermé.

De santé fragile, le futur roi des Belges voyage quasiment non-stop de 1854 à 1865, visitant notamment des pays méditerranéens, l’Inde et la Chine. Il est favorablement à ce que la Belgique créé une colonie. Il visite également l’Asie du Sud-Est et Ceylan.

Le 10 décembre 1865, Léopold 1er meurt. Son fils lui succède sous le nom de Léopold II. Il prête serment _les rois des belges ne sont pas couronnés_ une semaine plus tard. Sa popularité est notée par tous les observateurs.

Le 22 janvier 1869, le prince héritier Léopold meurt des suites d’une pneumonie, laissant le roi sans aucun héritier puisque ses autres enfants sont des filles. Il se rapproche de la reine mais en 1872, Marie-Henriette donne naissance à une fille Clémentine.

Il se préoccupe de préparer au trône le prince Baudouin, fils de frère comte de Flandres mais ce jeune prince né en 1869 meurt en 1891. Ce sera donc Albert qui deviendra roi des Belges.

En 1870, Léopold II préserve la neutralité belge dans la guerre franco-allemande.

Si sous le règne de son père, les libéraux ont dominé les différents gouvernements, cette fois ce sont les catholiques qui domineront la vie politique belge, ne laissant que la portion congrue aux libéraux.

Sous son règne, l’économie belge est prospère mais la question sociale devient chaque jour plus prégnante. Une série de lois sera ainsi votée pour rendre plus supportable les conditions de travail des ouvriers mais aussi des femmes et des enfants.

C’est également sous son règne que la Belgique devient une puissance coloniale avec notamment le Congo d’abord comme possession personnelle (1885) puis comme territoire colonial belge (1908). Il s’intéresse beaucoup au patrimoine et à la modernisation des villes de Belgique.

Le 15 novembre 1902, un anarchiste italien, Gennaro Rubino, tente d’assassiner le Roi qui revient d’un service funèbre en hommage à la défunte reine Marie-Henriette. Rubino ne réussit cependant qu’à blesser légèrement John d’Oultremont le grand-maréchal de la cour. Le sieur Rubino sera condamné à la prison à perpétuité, décédant le 15 mars 1918 des suites de la grippe espagnole.

Il meurt le 17 décembre 1909 des suites d’une embolie foudroyante même si depuis le début du mois de décembre, la santé du roi à été très dégradée. Il est inhumé dans la crypte royale de l’église Notre-Dame de Laeken à Bruxelles.

N’ayant pas de fils, les filles ne pouvant régner selon l’Article 85, il fait de son neveu Albert (fils cadet du comte de Flandre) son successeur, le futur Albert 1er ayant profité si l’on peut dire de la mort prématuré de son frère ainé Baudouin.

La politique belge sous Léopold II (1865-1909)

A son avènement, le deuxième roi des belges maintient sa confiance à Charles Rogier qui va rester au pouvoir jusqu’en 1870. Ce choix s’explique par l’inexpérience du jeune roi en matière politique et une différence de caractère avec son père. Là où Léopold 1er était énergique et interventionniste, son fils souhaite jouer le rôle d’un roi constitutionnel.

Sur le plan politique, les libéraux vont rester être à nouveau au pouvoir de 1878 à 1884 mais à part ces six années, ils resteront dans l’opposition, le parti catholique revenu au pouvoir en 1884 le conservant jusqu’en 1937 soit la fin du règne de Léopold II, le règne complet de son successeur Albert 1er et les premières années du règne de son fils Léopold III, 53 années consécutives !

Au total on comptera seulement deux premiers ministres libéraux (Charles Rogier et Walter Frère-Orban) et neuf premiers ministres catholiques (Jules Joseph d’Anethan, Barthélémy de Theux de Meylandt,Jules Malou,Auguste Beernaert,Jules de Burlet, Paul de Smet de Naeyer,Jules Vandenpeereboom, Jules de Trooz et Frans Schollaert).

De 1879 à 1884 à lieu la 1ère guerre scolaire, une guerre opposant les libéraux partisans d’une laïcisation de l’enseignement et les catholiques qui y sont farouchement opposés. Les seconds l’emportent en revenant au pouvoir en 1884.

Bien que Léopold II soit un roi controversé (notamment pour son action au Congo voir ci-après), c’est sous son règne que sont votées une série de lois sociales.

Successivement on rend facultatif le livret ouvrier (1883), on impose le versement des salaires en argent et à date fixe (1887), on autorise le droit à la syndicalisation, on interdit le travail aux enfants de moins de douze ans, le travail de nuit aux enfants de moins de seize ans, le travail dans les mines aux femmes de moins de vingt et un an (1889), on impose des réparations lors des accidents de travail (1903) et le repos dominical (1905).

En 1893 à lieu la première révision constitutionnelle. L’Article 47 (aujourd’hui article 61) met en place le suffrage universel (tempéré par le vote plural), les conditions d’éligibilité au Sénat sont réduites, le mode de scrutin est le scrutin proportionnel. L’Article 46 (aujourd’hui article 62) impose le vote obligatoire (toute personne ne votant pas recevant une amende).

Pour protéger le pays de la menace allemande et de le menace française (très atténuée par la chute de Napoléon III), le roi Léopold obtient des crédits pour fortifier le pays et le rendre moins vulnérable aux invasions.

En 1887 sont votés les crédits pour les forts de la ligne de la Meuse qui sont achevés en 1891. On vote ensuite les crédits pour fortifier la région de Liège (douze forts orientés contre l’Allemagne), la région de Namur (neuf forts orientés contre la France) et pour renforcer la place d’Anvers.

En 1908, le service militaire est réformé. Au volontariat et au tirage au sort (qui permettait le remplacement contre une somme d’argent), on préfère le service militaire d’un fils par famille.

La grande affaire du règne de Léopold II c’est bien entendu la colonisation du Congo. Avant même son accession au pouvoir, le deuxième roi des Belges était convaincu de l’importance pour le jeune état de posséder des colonies pour servir de marchés captifs, pour récupérer des ressources naturelles mais aussi pour offrir un exutoire à certaines populations.

Le bassin du Congo ne fût pas le premier territoire à avoir été étudié puisqu’il étudia la faisabilité de colonies en Chine, au Japon, à Bornéo, aux îles Fidji ou encore sur le Haut-Nil.

En 1876, il met sur pied une Association Internationale du Congo (AIC) pour exploiter notamment le caoutchouc et l’ivoire. Son modèle c’est le modèle des cultures néerlandaises et son rêve est de faire du Congo un état autosuffisant générant les ressources nécessaires à son fonctionnement. Il y à également des visées à caractère humanitaire (éducation, lutte contre l’esclavage).

Avant de coloniser, il faut explorer et pour cela Léopold II s’adresse à Henry Morton Stanley (Dinbych, Pays de Galles 28 janvier 1841-Londres 10 mai 1904), une sommité dans le domaine de l’exploration rendu célèbre par l’anecdote probablement reconstruite «Dr Livingstone I Presume ? Yes that’s my name». Il va rester au service du roi des Belges de 1878 à 1883 de manière officielle et bien après de manière officieuse.

L’explorateur britannique est en concurrence avec Savorgnan de Brazza qui opérait dans la même zone à savoir le bassin du fleuve Congo. Voilà pourquoi on trouvera le Congo-Brazzaville français et le Congo-Kinshasa côté belge.

Etat libre du Congo

« Carte-drapeau » du Cong Belge

De l’AIC nait en 1885 l’Etat Indépendant du Congo (EIC), une possession personnelle de Léopold II qui au titre de simple particulier règne sur 2.5 millions de kilomètres et des millions d’habitants et leur force de travail.

La possession de la colonie est officiellement reconnue au roi des belges lors du Congrès de Berlin (1884-1855), congrès au cours duquel pour simplifier, l’Europe se partage l’Afrique en zones d’influence. La France, la Grande-Bretagne et le Portugal se taillent la part du lion, laissant la portion congrue à l’Espagne, à l’Italie, à l’Allemagne et à la Belgique.

Dix ans plus tard, une campagne de presse dénonce les exactions de la colonie belge. Que les exactions soient avérées est incontestable mais on peut s’interroger sur leur ampleur et surtout sur l’origine de cette campagne (visées britanniques sur l’EIC ?).

Un argument pour alimenter cette théorie de la déstabilisation : En 1891, l’anglais William Grant Staires est envoyé au Katanga pour reconquérir la province prise par Cecile Rhodes, le bouillant premier ministre de la colonie du Cap.

Une commission d’enquête est envoyée sur place en 1904/05, commission qui aboutit à des réformes. Cela aura pour conséquence de bouleverser les dernières volontés de Léopold II qui après avoir voulu léger son Congo à l’état belge à sa mort se vera imposer une annexion dès 1908.

En 1920, les frontières seront définitivement fixées et l’EIC devenu le Congo Belge deviendra indépendant en 1965 mais ceci est une autre histoire.

Albert 1er (1909-1934)

Albert 1er (1909-1934) 25

Albert 1er

Albert Léopold Clément Marie Meinrad de Saxe-Cobourg-Gotha plus connu sous le nom de Albert 1er est né à Bruxelles le 8 avril 1875 et décédé à Marche-les-Dames le 17 février 1934 au cours d’une accession d’alpinisme, sport dont il était particulièrement friand.

Il est le deuxième fils du prince Philippe de Belgique, comte de Flandre et accessoirement frère de Léopold II et de la princesse Marie de Hohenzollern-Sigmaringen, son frère ainé Baudouin décédant en 1891 lui permettant de devenir l’héritier putatif au trône de Belgique alors occupé par son oncle Léopold II. C’est la mort de son père en 1905 qui lui ouvre définitivement la route du trône.

Le 2 octobre 1900 il épouse Elisabeth en Bavière, une branche cadette de la maison Wittelsbach, la princesse étant la nièce de l’impératrice d’Autriche Elisabeth («Sissi») et de la duchesse d’Alençon, Sophie-Charlotte connue pour avoir été un temps fiancée à Louis II de Bavière et surtout pour avoir péri dans l’incendie du Bazar de la Charité.

De cette union sont nés un fils Léopold (futur Léopold III) en 1901, un autre fils Charles en 1903 et enfin une fille, Marie-José qui allait devenir reine d’Italie en épousant Umberto II.

Il reçoit une formation militaire en 1891/1892 puis devient sénateur de droit de 1893 à 1909, prononçant plusieurs discours notamment sur la question des infrastructures. Il voyage également aux Etats-Unis et au Canada entre mars et juillet 1898.

A noter qu’en 1900 l’acte de Léopold II approuvant son mariage n’à pas été contre-signé par un ministre ce qui le rend en théorie caduque et aurait du priver Albert de l’accession au trône mais à la lettre de la constitution on à préféré l’interprétation et l’affaire sera vite oubliée.

Il est d’abord un vrai souverain constitutionnel même si il rétablit la pratique des discours du trône, pratique que son oncle avait abandonné. Il s’entoure alors de personnalités libérales même si c’est le parti catholique qui domine la vie politique belge.

A noter que les idées politiques du roi des Belges sont incertaines. On peut cependant raisonnablement le classé parmi les conservateurs modérés sans en faire un thuriféraire du conservatisme. Il tente de rapprocher la monarchie du peuple en supprimant l’escorte armée et en autorisant les journalistes à le suivre dans ses déplacements.

En 1911 il doit faire face à une nouvelle querelle scolaire qui provoque la démission du dernier gouvernement mis en place par son prédécesseur.

En 1913 il se rend en France (avril) et en Allemagne (novembre) pour rappeler que les grandes puissances ont promis de respecter la neutralité belge. A l’empereur Guillaume II qui lui rappellent qu’il est d’ascendance allemande, il répond « Je suis Saxe-Cobourg, je suis aussi Orléans, mais je ne saurais oublier que je suis surtout belge ! ». Traduction : si le pays est envahit, il se défendra.

Il tente d’améliorer l’équipement et l’organisation de l’armée belge mais comme le verra en août 1914 ce sera très insuffisant pour stopper les armées du Kaiser. Parmi les réformes figure celle du service militaire qui porte le contingent mobilisable de 180 à 340000 hommes.

Belgique 1ère GM 2

Soldat belge en 1914

Etant chef d’Etat d’un état neutre, Albert 1er fût souvent appelé pour arbitrer des conflits internationaux.

La grande épreuve du troisième roi des Belges c’est naturellement la première guerre mondiale où Albert 1er rentre dans la légende, devenant pour l’éternité, le Roi-Chevalier ou le Roi-Soldat.

Commandant lui-même son armée, il va conserver une parcelle de territoire belge hors d’atteinte des allemandes puisque l’armée d’Outre-Quiévrain se replie le 15 octobre 1914 derrière le fleuve Yser et qu’elle va y rester jusqu’à l’offensive victorieuse de l’automne 1918. Le roi refuse de suivre le gouvernement réfugié à Sainte-Adresse près du Havre.

Tout en remerciant les alliés de leur intervention, le roi des Belges resta longtemps à l’écart, refusant par exemple l’engagement de la partie armée belge dans les grandes offensives en Somme, en Flandre ou encore à Verdun. Il tardera même à accepter l’idée d’un commandement interallié confié au général Foch. C’est à Gand que le roi des belges apprend la signature de l’armistice mettant fin aux combats sur le front occidental.

Le roi Albert 1er décide au sortir de la guerre de mettre en place un gouvernement d’union nationale destiné à reconstruire le pays, à réformer la constitution (mise en place du suffrage universel à 21 ans) et d’établir un enseignement supérieur en néerlandais (durant le conflit, les flamingants avaient demandé que la langue de commandement cesse d’être uniquement le français). Le 22 novembre 1918, la famille royale rentre à Bruxelles.

Après guerre, les interventions du roi dans la politique intérieure se font plus nombreuses mais l’épreuve du premier conflit mondial l’immunise contre une accusation de pouvoir personnel, accusation portée contre son prédécesseur.

Il joue un rôle important dans les négociations de paix à Paris, obtenant les cantons de l’est, un mandat sur la colonie allemande de Ruanda-Urundi et une indemnité prioritaire de 2.5 milliards de marks. Il tente mais sans succès de ne pas trop humilier l’Allemagne et se montre réticent à ce que la Belgique participe à l’occupation de la rive gauche du Rhin.

En 1920, un accord militaire est signé avec la France mais le roi des belges échoue à obtenir un traité similaire avec la Grande-Bretagne pour ne pas apparaître comme infondée à la France.

La situation économique est difficile et la vie politique particulièrement instable. Note positive, en novembre 1926, le prince Léopold épouse la princesse Astrid de Suède. Le 11 octobre 1927, la naissance de Joséphine-Charlotte fait du troisième roi des belges un grand-père. En 1928, le couple royal visite le Congo Belge.

A l’orée des années trente, un vent mauvais souffle sur l’Europe et le roi des belges veut tout faire pour empêcher que son pays soit entraîné dans un conflit où ses intérêts vitaux ne seraient pas en jeu. Sur le plan intérieur, le roi Albert 1er intervient nettement plus qu’auparavant.

Il meurt accidentellement le 17 février 1934 lors d’une chute dans les rochers de Marche-les-Dames dans la vallée de la Muse près de Namur.

Miscellanées : l’évolution de l’empire colonial belge

En dépit de sa jeunesse, le royaume de Belgique se lance relativement rapidement dans l’aventure coloniale. Non seulement des projets non-concrétisés émergent dès le règne de Léopold 1er mais la colonisation du Congo commence sous Léopold II dès la fin des années 1870 soit à peine quarante ans après l’indépendance belge.

Ces colonies vont être exclusivement africaines, la Belgique n’ayant ni les moyens ni probablement le temps d’investir par exemple en Asie où elle se serait heurtée à la fois aux britanniques et aux néerlandais.

Dans un premier temps, Léopold 1er s’intéresse surtout à la survie de son royaume contestée par les Pays-Bas. Une fois celui-ci pleinement pérennisé à la fin des années 1830, il s’intéresse à une colonisation extra-européenne, persuadé comme tous les rois et hommes politiques de l’époque que la puissance repose sur un territoire étendu et une population nombreuse.

Les moyens étant chichement limités, il va soutenir par son réseau et par ses fonds personnels, des projets publics, des projets privés et des projets mixtes. On en compte une cinquantaine mais nous n’allons citer que les plus avancés :

-Une plantation dans le district de Santo Tomas de Castillos au Guatemala (1841)

-Un projet d’implantation dans la République du Texas

-Une colonisation faite par une compagnie belgo-brésilienne dans l’état brésilien de Santa Catarina (Etat du sud du Brésil coincé entre l’Etat du Rio Grande do Sul au sud et l’Etat du Parana au Nord, capitale Florianopolis).

-Un projet de colonisation des rives de l’estuaire du Rio Nunez (actuel territoire de la Guinée)

-Implantation au Mexique de colons belges dans les fourgons de l’intervention française où Napoléon III et Eugénie caressèrent le rêve chimérique d’établir un empire catholique au sud du Rio Grande, empire dont la couronne fût confiée à Maximilien de Habsbourg-Lorraine, frère cadet de l’empereur François Joseph et de son épouse, l’impératrice Charlotte qui après la mort de son mari, fusillé à Queretaro le 19 juin 1867 allait sombrer dans la folie. Ai-je besoin de préciser que cette intervention fût un échec cuisant ?

On compte donc en matière de colonies où flotte le drapeau noir-jaune-rouge le Congo-Belge qui se compose de l’ancien royaume du Kongo et du Katanga, cette dernière province étant cependant gérée par une administration particulière.

On trouve également une concession à Tianjin en Chine de 1902 à 1931 et un protectorat sur le Ruanda-Urundi (aujourd’hui Rwanda et Burundi), un protectorat établit à partir de 1916 durant le premier conflit mondial et validé après guerre par la Société des Nations (SDN) qui accorda aux puissances victorieuses des mandats pour gérer les anciennes colonies allemandes même si en pratique, la différence avec les possessions coloniales plus anciennes était plus ou moins ténue.

C’est en 1923 que la Belgique reçoit officiellement le mandat de la SDN sur ces deux colonies anciennement allemandes dans la région des Grands Lacs. En 1925, tout en conservant en statut conforme au mandat, ces deux territoires sont rattachés au Congo-Belge formant la 7ème province.

Ces territoires qui fourniront des combattants à la Force Publique congolaise vont devenir indépendant en 1967, deux ans après l’indépendance du Congo-Belge.

De 1894 à 1910, on à également trouvé un autre territoire, l’enclave du Lado. Il s’agissait d’un territoire qui fait actuellement partie du Soudan et de l’Ouganda.

En 1881 quand la révolte mahdiste secoue le Soudan contre l’occupation anglo-égyptienne, Léopold II y voit l’occasion de s’étendre en direction du Nil. Le territoire faisait partie d’une implantation européenne appelée Equatoria dirigée par Emin Pacha mais qui avait été évacué par Henry Morton Stanley lors d’une expédition menée entre 1886 et 1889.

Plusieurs expéditions furent menées par les belges à partir de 1890, atteignant le Nil dès 1891. Les britanniques décidèrent de négocier avec l’EIC pour éviter que ce territoire stratégique ne tombe aux mains des français (nous sommes proches de la crise de Fachoda et bien avant l’Entente Cordiale).

Deux traités signés les 12 mai et le 14 août 1894 accordent à l’Etat Indépendant du Congo un territoire appelé «Enclave du Lado», territoire qui devait revenir à la Grande-Bretagne à la mort de Léopold II. En échange, le deuxième roi des belges devait céder une bande de terre pour permettre le passage d’une ligne de chemin de fer reliant Le Caire au Cap.

Ce territoire de 39000 km² et peuplé de 250000 personnes revint au Soudan anglo-égyptien en 1910 et sa partie cédée à l’Ouganda en 1912.

Pour citer à titre d’anecdote d’autres colonies belges, deux exemples me viennent à l’esprit à savoir une île sur le lac de Côme, l’Isla Comacio cédée par testament par son propriétaire à la Belgique pour célébrer sa résistance durant le premier conflit mondial. Cependant cette île cédée en 1919 est rendue à l’Italie dès 1920.

L’autre exemple concerne une politique d’implantation de colonies belges au Wisconsin, en Illinois, en Pennsylvanie et en Louisiane. Ces colonies n’étaient pas destinées à devenir des parties du royaume de Belgique mais plutôt des projets de communautées utopiques comme le 19ème siècle en connu beaucoup.

La vie politique belge sous le règne du «Roi Chevalier»

Comme nous l’avons vu à propos de la biographie d’Albert 1er, la vie politique belge à été bouleversée par le premier conflit mondial. Le roi lui-même se montre nettement plus interventionniste qu’avant mais son statut de «Roi-Chevalier» l’immunise contre toute critique trop nette à la différence de son prédécesseur.

Sous son règne, le parti catholique est tout puissant puisque les dix premiers ministres qui se succèdent sous son règne de vingt-cinq ans appartiennent tous à ce parti.

On trouve ainsi successivement Frans Schollaert, Charles de Broqueville (à deux reprises), Gerard Cooreman, Léon Delacroix, Henri Carton de Wiart, George Theunis, Aloys Van de Vyvere, Prosper Poullet, Henri Jaspar et Jules Renkin. Ces premiers ministres sont soit à la tête de gouvernements homogènes ou de gouvernements de coalition.

Le régime étant parlementaire avec un mode de scrutin proportionnel, certains de ces gouvernements durent longtemps mais d’autre sont plus éphémères notamment après 1918 où le système politique connait une certaine crise comparable à celle qui vivent d’autres démocraties comme la France et qui allait permettre l’émergence d’un mouvement d’extrême-droite, le rexisme et son charismatique leader, Léon Degrelle.

Degrelle,_Leon

Léon Degrelle en 1937

Ce mouvement connait son apogée lors des élections de mai 1936 où il remporte 21 sièges à la chambre des Représentants et 8 au Sénat mais son déclin est aussi rapide que son ascension et le rexisme disparaît au cours des années quarante avant de réapparaître durant l’occupation allemande de la Belgique.

Le plus long premier ministre restant à son poste sous le règne du Roi-Chevalier est Henri Jaspar en poste cinq ans et un mois du 20 mai 1926 au 6 juin 1931, battant le record particulier de Charles de Broqueville en poste du 17 juin 1911 au 1er juillet 1918 (3 ans, 4 mois et 28 jours).

Je dis particulier car il était en poste au moment de la première guerre mondiale avec un roi resté dans la partie du territoire resté sous souveraineté belge et un gouvernement installé à Sainte-Adresse près du Havre.

Le gouvernement le plus éphémère est celui de Aloys Van de Vyère en poste du 13 mai au 17 juin 1925 soit un peu plus d’un mois.

Du 28 avril au 18 octobre 1910 à lieu l’exposition internationale et universelle de Bruxelles, un événement inauguré et clôturé par le roi. Ce dernier rétablit la pratique du discours du trône abandonnée par son prédécesseur. A la même époque, on assiste à un débat vigoureux sur la question du suffrage universel, débat qui ne sera tranché qu’après guerre.

C’est ainsi qu’en 1913, une gréve générale est déclenchée pour obtenir le suffrage universel. Les députés socialistes demandent au roi d’intervenir en faveur de leur lutte par exemple en poussant à la dissolution de la Chambre mais le roi refuse.

Le roi Albert 1er est très tôt favorable à la mise en place d’un gouvernement d’union national suite au déclenchement du premier conflit mondial mais il faudra attendre le 18 juin 1916 pour que cela devienne réalité. Signe que ce n’était pas chose aisée, deux ministres catholiques démissionneront mais ces démissions seront refusées par le roi.

Dans l’immédiat après guerre, le roi pèse de tout son poids pour un gouvernement d’union nationale mieux à même de reconstruire le pays après plus de quatre années d’occupation allemande. Il s’agit de mettre en place le suffrage universel et un enseignement supérieur en néerlandais même si ce dernier ne verra le jour qu’en 1930 à Gand.

En novembre 1919, une assemblée constituante est élue au suffrage universel. Si l’esprit de la constitution est respecté, sur le papier c’est illégal. En 1921, la loi impose une durée maximale de travail de 8h par jour et donc de 48h par semaine puisque le Dimanche est un jour chômé.

En 1923, la France et la Belgique occupent la Rhur pour forcer le gouvernement allemand à reprendre le versement des réparations imposées par le traité de Versailles.

Le roi favorable à un traitement «honorable» de l’Allemagne est contre cette opération mais le gouvernement passe outre.

A la fin de son règne, Albert 1er livre une lecture autoritaire de la constitution avec un renforcement des pouvoirs de l’exécutif. Es-ce à dire que si son règne s’était poursuivit, il aurait été un digne disciple d’Alphonse XIII ?

Non bien sur car ce n’était pas dans le tempérament du roi (généralement décrit comme un conservateur bon teint, un conservateur modéré) et qu’aucun général belge n’avait l’étoffe d’un Miguel Primo de Rivera.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s