Grande Bretagne (29) Porte-avions (4)

Porte-avions lourds classe Malta

Architecture britannique ? Architecture américaine ? Non Architecture atlantique

Comme nous l’avons vu plus haut, le porte-avions blindé était sécurisant pour la survie du navire mais le coût était très élevé notamment en terme de groupe aérien de taille réduite pour un navire dépassant 20000 tonnes.

De plus la moindre modification et la moindre évolution des appareils embarqués rendaient les travaux coûteux. Déjà l’Ark Royal connaissait des limites avec ses ascenseurs étroits.

Outre ces réflexions purement britanniques, il faut ajouter les informations venant de pays comme les Etats-Unis, le Japon et la France.

Ces trois puissances utilisaient leurs porte-avions de façon similaire (France) ou différente (Etats-Unis et Japon) de la Grande-Bretagne mais le retour d’expérience était pour le moins intéressant.

Une vitesse supérieure à 30 noeuds était plus que nécessaire pour faciliter notamment les opérations de vol. Un porte-avions d’escadre lent était à proscrire.

A la différence de la Royal Navy qui abritait tous ces avions dans le hangar, les trois autres pays n’hésitaient pas à laisser sur le pont d’envol une partie des appareils, les appareils descendants dans le hangar étant ceux qui avaient besoin de réparations.

Toutes ces réflexions alimentèrent le projet de porte-avions destiné à succédé aux Illustrious (qui devaient d’abord être six avant que les deux derniers soient suffisamment différents pour former une classe différente), les futurs Malta.

Prévoyant l’avenir, les ingénieurs britanniques dessinèrent un navire très grand, déplaçant 45000 tonnes soit plus que les Essex américains.

Le pont d’envol blindé était conservé mais son épaisseur était plus légère (55 contre 76mm), les protections du hangar étaient également allégées, seul l’appareil à gouverner, les soutes à mazout et à munitions étaient toujours aussi solidement protégées.

L’ilot était conçu dès l’origine pour recevoir des radars et l’armement était identique aux Illustrious avec seize canons de 114mm en huit tourelles doubles plus des canons de 20 et de 40mm.

Quand au groupe aérien, il était porté à 64 appareils même si en théorie 80 avions pouvaient prendre place à bord des Malta.

Cette architecture à mi-chemin entre le choix britannique et le choix américain reçut le nom d’architecture atlantique.

Quatre navires sont commandés. Ils sont baptisés dans un premier temps Malta Gibraltar Africa et New Zealand mais les deux derniers sont rebaptisés Hermes et Furious.

Ces navires sont mis en service avant le début du conflit, un en Méditerranée (Furious), les trois autres au sein de la Home Fleet (Malta Gibraltar Hermes).

Deux navires modifiés en tenant compte de l’utilisation de leurs ainés sont commandés dans le cadre du programme de guerre. Ils sont baptisés Courageous et Glorious. Achevés à la fin de la guerre, ils seront rapidement transformés avec piste oblique et catapultes à vapeur.

Carrière opérationnelle

-Le HMS Malta (D93) est mis sur cale aux chantiers navals John Brown de Clydebank le 4 mars 1942 lancé le 8 juin 1944 et mis en service le 2 septembre 1946.

Il est affecté à la Home Fleet dès sa mise en service avec pour base Faslane sur la côte occidentale de l’Ecosse, base créée pour désengorger Rosyth son pendant oriental.

En septembre 1948, le porte-avions était en service et pleinement opérationnel. Le 5, il effectuait un entrainement en mer d’Irlande. Il reçoit aussitôt l’ordre de rallier son port d’attache pour se ravitailler en carburant, munitions et vivres. Dès le 8, il appareille pour rejoindre Scapa Flow et de là être engagé contre les cibles allemands en Norvège.

-Le HMS Gibraltar (D68) est mis sur cale aux chantiers navals Vickers-Armstrong de Newcastle-upon-Tyne le 12 septembre 1942 lancé le 21 décembre 1944 et mis en service le 30 mai 1947.

Affecté lui aussi à la Home Fleet,il était stationné à Faslane sur la Clyde mais à la différence du Malta, il était immobilisé pour entretien à flot le 5 septembre 1948. Les travaux sont cependant accélérés pour permettre au navire d’être disponible le plus rapidement possible.

-Le HMS Hermes (D06) est mis sur cale aux chantiers navals Fairfield Shipbuilding de Govan sous le nom d’Africa le 14 janvier 1944. Lancé le 8 juin 1946, il est mis en service le 30 mars 1948 sous le nom d’Hermes, le changement ayant été officialisé le 4 janvier 1947, trois mois après le désarmement du premier porte-avions baptisé ainsi.

Affecté lui aussi à la Home Fleet, il est stationné avec ses deux sister-ship à Faslane dans l’estuaire de la Clyde.

Le 5 septembre 1948, il était à quai. Il est mis en alerte à l’annonce des bombardements allemands puis appareille le lendemain pour se mettre en position dans le nord-ouest des îles britanniques afin d’intercepter d’éventuels raiders allemands cherchant à passer dans l’Atlantique.

-Le HMS Furious (D43) est mis sur cale aux chantiers navals Cammerll Laird de Birkenhead le 8 juin 1943 sous le nom de New Zealand.

Rebaptisé Furious le 19 mars 1944 (deux jours après le désarmement du premier porte-avions britannique), il est lancé 17 juillet 1945 et mis en service le 8 décembre 1947, l’admission au service actif ayant été retardé par un incendie survenu le 8 octobre 1946.

A la différence de ses trois sister-ship, il est affecté à la Mediterranean Fleet et basé à Alexandrie en compagnie de l’Indomitable.

Le 5 septembre 1948, le porte-avions était à quai à Alexandrie. A l’annonce des bombardements allemands, il est mis en alerte prêt à appareiller pour un raid contre les positions italiennes (Libye, Dodécanèse voir plus audacieux contre l’Italie péninsulaire ou l’Albanie) ou pour couvrir le corps de bataille (1st Battle Squadron).

Ecorché sommaire de la classe Malta

Ecorché sommaire de la classe Malta

Caractéristiques Techniques

Déplacement : standard 45000 tons (40000 tonnes métriques) pleine charge 52000 tons (47000 tonnes métriques)

Dimensions : longueur hors tout 275m largeur 31.5m tirant d’eau 9.5m

Propulsion : quatre groupes de turbines à engrenages Parsons alimentées en vapeur par huit chaudières Amirauté développant 200000ch et entrainant quatre hélices

Performances : vitesse maximale 33 noeuds distance franchissable 12500 miles nautiques à 10 noeuds

Protection : ceinture 114mm pont d’envol 55mm bulkheads 55mm appareil à gouverner 50mm soutes à munitions 52mm

Electronique : un radar d’altimétrie type 277, un radar de veille aérienne type 279, un radar de veille aérienne type 281, six radars de conduite de tir type 282 (artillerie légère) et quatre radars de conduite de tir type 285 (artillerie de 114mm)

Armement : huit tourelles doubles de 114mm en quatre groupes de deux (bâbord avant tribord avant tribord arrière bâbord arrière), 32 canons de 40mm Bofors en huit affûts quadruples et 24 canons de 20mm Oerlikon en affûts simples

Installation d’Aviation/Groupe aérien :

-Pont d’envol de 275m de long sur 31.5m de large équipé de deux catapultes hydrauliques, de neufs brins d’arrêt et de trois barrières pour retenir un avion ayant manqué les brins.

-Deux ascenseurs axiaux, un ascenseur avant de 15m de long sur 12m et un ascenseur arrière de 15m sur 8m.

-Hangar unique de 198m de long sur 22m de large et une hauteur de 5.20m

-470000 litres de carburant

Le Blackburn Buccaneer n'est autre qu'une copie du SNCAO CAO-600 même si les britanniques prétendent toujours le contraire 70 ans après

Le Blackburn Buccaneer n’est autre qu’une copie du SNCAO CAO-600 même si les britanniques prétendent toujours le contraire 70 ans après

-Groupe aérien composé de 72 appareils avec trente-deux Supermarine Seafire, huit Blackburn Buccaneer de reconnaissance, d’observation et de torpillage, seize Fairey Barracuda de torpillage et seize Douglas Dauntless. S’ajoute des appareils de servitude qui n’embarquent pas sur le navire sauf pour une courte durée

Equipage : 2800 officiers et marins

Porte-avions légers classe Colossus

La quantité plutôt que la qualité ?

Avant le second conflit mondial, le porte-avions est vu comme un brillant auxiliaire, un excellent second destiné à soutenir les cuirassés dans leur recherche frénétique de la bataille finale. L’idée même que le porte-avions puisse faire seul la décision est rejetée avec hauteur et dédain par les amiraux surfaciers.

Pourtant il n’est pas un mal-aimé, les constructions se multipliant notamment au sein de la marine britannique.
Néanmoins le choix du porte-avions blindé associé à des chantiers aux méthodes de construction vieillissantes (le rivetage est privilégié par rapport à la soudure) rend fort lente la construction de ces ponts plats qu’aucune marine majeure (ou se prétendant ainsi) ne peut négliger.

Emerge l’idée d’un porte-avions économique, pas forcément rapide (entre 25 et 30 noeuds), sans protection ou presque avec une DCA légère.

Des méthodes de construction novatrices (préfabrication, soudure) pouvant permettre une construction bien plus rapide que les Fleet Carrier et permettrait de laisser ces grands porte-avions se consacrer sur les missions principales en laissant à leurs petits frères le transport d’avions, l’entrainement et la formation des pilotes, la protection rapprochée du trafic commercial…. .

Un temps la conversion de paquebots, pétroliers et cargos est étudiée mais les navires marchands rapides sont rares et précieux. De plus leurs capacités sont jugées insuffisantes pour des missions de combat.

Un projet est présenté par Vickers en juin 1942. Paradoxalement la première marine intéressée est la Royale, la marine française qui cherchait à s’équiper de deux porte-avions légers, l’un pour couvrir ses forces en Indochine et un second pour des missions secondaires comme la formation des pilotes.
Le contrat signé par la France en mars 1943 fait figure d’électrochoc pour la fibre patriotique britannique et en juin, deux porte-avions identiques (à l’exception des catapultes, des brins d’arrêts, de la DCA et de l’électronique) sont commandés par la Royal Navy, des navires baptisés Colossus et Glory.

Le Guillaume d'Orange, premier porte-avions de la marine néerlandaise

Le Guillaume d’Orange, premier porte-avions de la marine néerlandaise

La marine néerlandaise est également intéressée pour couvrir ses croiseurs de bataille déployés aux Indes Néerlandaises. Deux navires sont un temps envisagé mais au final une seule unité est commandée, la construction étant menée aux Pays-Bas, aux chantiers RDM de Rotterdam sous licence Vickers.
Ce modèle de porte-avions d’abord dédaigné par la Royal Navy devient un véritable succès avec la commande de deux navires par le Canada et d’un navire par l’Australie.

Il est probable que sans le déclenchement du conflit d’autres commandes auraient pu aboutir notamment en Amerique du Sud où seule l’Argentine avait acquis un porte-avions baptisé Independencia, le Brésil et le Chili un temps intéressé ne donnèrent pas suite à une commande pour respectivement deux et un navire avant le déclenchement du second conflit mondial. Ce seront finalement les américains qui remporteront la timbale avec leurs Independence souvent considérés comme des « American Colossus ».

Cela nous donne un total de huit navires commandés avant septembre 1948. Sur ces huit, six sont en service (les deux français, les deux britanniques, le néerlandais et le premier canadien), le deuxième porte-avions destiné à la Royal Canadian Navy est en achèvement à flot tout comme le porte-avions léger destiné à la marine australienne (Royal Australian Navy).
Comme souvent le déclenchement des hostilités libère les énergies et les résistances du temps de paix où on renacle à l’investissement.
Pas moins de seize porte-avions économiques sont commandés, huit identiques aux Colossus et huit d’une version améliorée appelée Majestic mais ceci est une autre histoire.
Carrière opérationnelle

HMS Colossus

HMS Colossus

-Le HMS Colossus est mis sur cale aux chantiers navals Vickers-Armstrong de Newcastle-upon-Tyne le 8 mars 1944 lancé le 12 septembre 1945 et mis en service le 8 mars 1947.

Il est affecté à Freetown où il est le principal navire de la West African Station, une escadre chargée de surveiller l’Atlantique Sud et notamment de traquer les raiders allemands s’attaquant au commerce britannique.
En septembre 1948, il venait de revenir de Gibraltar où le porte-avions subissait un carénage destiné à le remettre en état.
Quand le conflit éclate, le porte-avions prend la mer pour entamer un long cycle de patrouille pour répérer des navires allemands engagés dans une guerre au commerce.

Le HMS Glory à Malte

Le HMS Glory à Malte

-Le HMS Glory est mis sur cale aux chantiers navals Harland & Wolf de Belfast le 2 septembre 1944 lancé le 22 février 1946 et mis en service le 30 septembre 1947.
Il est affecté à l’India Station avec pour base Aden dans la péninsule arabique. Sa mission est de montrer la White Ensign dans la région, de mener des missions de police coloniale face aux remuantes tribus d’Arabie et en cas de conflit de protéger le trafic commercial, les navires isolés mais également les convois amenant en Europe, les troupes venues des dominions d’Océanie.
En septembre 1948, le porte-avions est à la mer avec ses escorteurs pour traquer les navires allemands dans la région tout en surveillant les forces italiennes de la mer Rouge.
Caracteristiques Techniques
Déplacement : standard 14000 tonnes pleine charge 17000 tonnes

Dimensions : longueur 211.25m largeur (flottaison) 24.50m tirant d’eau (en charge) 7.15m

Propulsion : turbines à engrenages Parson alimentées par quatre chaudières type Amirauté développant une puissance totale de 40000ch et entrainant deux hélices

Performances : vitesse maximale 25 noeuds distance franchissable 12000 miles nautiques à 14 noeuds

Armement : 48 canons de 40mm Bofors en vingt-quatre affûts doubles

Installations aéronautiques et Groupe aérien : Une catapulte à l’avant Deux ascenseurs axiaux Hangar de 135.63×15.84×5.33m Dix brins d’arrêt.

Le groupe aérien se compose de douze Grumman Martlet Mk III, six Fairey Albacore et quatre Douglas Dauntless.

Equipage : 42 officiers et 777 officiers mariniers et quartiers maitres et matelots pour la conduite du navire et environ 200 hommes pour le groupe aérien

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Grande Bretagne (28) Porte-Avions (3)

Porte-avions HMS Ark Royal

HMS Ark Royal en 1939

HMS Ark Royal en 1939

Enfin un porte-avions moderne et efficace pour la Royal Navy ?

En 1918, la fusion du Royal Naval Air Service (RNAS) et du Royal Flying Corps (RFC) pour donner naissance à la Royal Air Force (RAF) fût un rude coup pour l’aéronavale britannique. Avec des budgets faméliques et une domination des terriens, les pilotes de la marine britannique devaient se contenter d’avions dépassés.
La création de la Fleet Air Arm of Royal Air Force en 1924 n’apporta guère d’évolution. Non seulement les budgets étaient toujours aussi faméliques mais les projets de porte-avions n’aboutissaient pas.
En 1923, on prévoyait la construction d’un porte-avions neuf avec 300 avions mais ce plan n’est pas mené à bien tout comme la construction prévue à partir de 1930 de quatre porte-avions de 17000 tonnes.

En 1931, l’ingénieur W.A.D Forbes lance une série d’études pour la construction d’un porte-avions dérivé des Glorious avec un double hangar et un pont d’envol inférieur sur l’avant. Cette configuration doit permettre l’emport de 60 appareils et d’augmenter les capacités de carburant et de munitions.

En 1934, est dessiné le futur Ark Royal. L’idée d’un pont inférieur est abandonné au profit d’un pont d’envol unique. La conception s’inspire de celle des Lexington américain avec une coque et un pont blindé, conception qui allait influencer tous les porte-avions britanniques à venir notamment la classe Illustrious et la classe Implacable.

Le choix d’un pont blindé s’explique par l’engagement du porte-avions dans des mers refermés (Mer du Nord, Méditerranée) où l’esquive était difficile imposant de devoir encaisser au lieu d’éviter.

C’est l’architecture britannique à l’opposée de l’architecture américaine qui protégeait davantage le flotteur que le hangar sans pont blindé, situation qui évoluera avec les porte-avions de classe United States qui succèdent aux Essex.

Le nouveau porte-avions baptisé Ark Royal (arche royale) reçoit deux catapultes, trois ascenseurs et un armement orienté vers la défense antiaérienne avec huit tourelles doubles de 114mm plus des canons antiaériens légers.

Carrière opérationnelle

Le futur HMS Ark Royal paré au lancement

Le futur HMS Ark Royal paré au lancement

-Le HMS Ark Royal (91) est mis sur cale aux chantiers Carmmell Laird de Birkenhead le 16 septembre 1935 lancé le 13 avril 1937 et admis au service actif le 16 décembre 1938.

Quand la guerre de Pologne éclate le 3 septembre 1939, l’Ark Royal basé à Scapa Flow fût chargé de missions de chasse aux sous marins dans le but de protéger le trafic maritime des îles britanniques. La destruction du paquebot Athena par l’U-30 le 3 septembre, montra la réalité de la menace.

Trois «Hunter-Killer Group» furent ainsi mis sur pied autour des porte-avions Ark Royal, Hermes et Courageous. Les avions augmentaient le rayon d’action des opérations de recherche mais faisaient des porte-avions des cibles de choix pour les torpilles allemandes.
Le 14 septembre 1939, l’Ark Royal manque d’être torpillé par le U-39 alors que son groupe de chasse traquait le U-30. Suite à la destruction du Courageous trois jours plus tard, les porte-avions sont retirés de la chasse aux submersibles.

Après avoir participé à l’opération de sauvetage du sous-marin Spearfish (25 septembre) et d’avoir le lendemain abattu un hydravion Dornier Do-18, il se lance dans la chasse aux raiders allemands, quittant Scapa Flow pour Freetown. Il va opérer jusqu’à la fin du conflit en compagnie du croiseur de bataille Renown et de quatre destroyers au sein de la force K.

Après la destruction du Graf Spee, l’Ark Royal regagna la Grande Bretagne, escortant le croiseur lourd Exeter endommagé à l’arsenal de Devonport où il arriva en février 1940.

Le HMS Ark Royal subit un grand carénage à l’Arsenal de Devonport de septembre 1940 à octobre 1941. Il subit une remise en état complète, l’embarquement de radars et le renforcement de la DCA légère.

De nouveau opérationnel en janvier 1942, il va rester déployé au sein de la Home Fleet jusqu’en juillet 1945 quand décision est prise de le redéployè en Méditerranée avec Malte pour port d’attache (en dépit de la vulnérabilité de l’île à des bombardements italiens).

Il quitte Rosyth le 8 juillet, fait escale à Douvres du 11 au 14 juillet, à Devonport du 15 au 17 juillet, à Lisbonne du 20 au 23, à Gibraltar du 25 au 28, franchit les colonnes d’Hercules le lendemain pour rallier Malte le 2 août 1945.

Il relève le Glorious qui est désarmé le 14 septembre 1945 à Malte. Durant ces cinq semaines, le groupe aérien du Glorious s’entraine à bord de l’Ark Royal pour prendre ses marques et intégrer de nouvelles unités.

L’Ark Royal était toujours déployé en Méditerranée en septembre 1948. A l’annonce des bombardements allemands sur la Norvège, il appareille de La Valette en compagnie de son escorte, retrouvant au nord-est des croiseurs de la flotte de la Méditerranée.

Il reçoit pour mission d’assurer la défense aérienne de l’île en liaison avec la RAF et de se tenir prêt à d’éventuelles attaques comme la flotte italienne ainsi que sa marine marchande.

Le futur HMS Ark Royal à rejoint son élément

Le futur HMS Ark Royal à rejoint son élément

Caractéristiques Techniques

Déplacement : standard 22000 tonnes pleine charge 27720 tonnes

Dimensions : longueur (hors tout) 240m (ligne de flottaison) 220m largeur : 28.9m tirant d’eau 8.5m

Propulsion : 3 turbines à engrenages Parson alimentées par 6 chaudières Admiralty à trois tubes le tout dévellopant 102000ch et actionnant 3 hélices

Performances : vitesse maximale : 30 noeuds distance franchissable : 7600 miles nautiques à 20 noeuds 4600 à 4673 tonnes de carburant

Protection : ceinture 114mm pont blindé 64mm salle des machines et stocks de munitions 89mm

Armement : 16 canons de 114mm (4.5 inch) en huit tourelles doubles installés en quatre groupes de deux : deux à tribord et deux à babord, 32 canons de 2 livres en quatre affûts octuples et 32 mitrailleuses de 12.7mm en huit affûts quadruples.

La DCA est ultérieurement renforcée avec le remplacement des mitrailleuses de 12.7mm par douze canons de 20mm Oerlikon en affûts simples.

Installations aéronautiques : Un hangar de 139.5m de long sur 18.9m relié au pont d’envol par deux ascenseurs axiaux Une catapulte axiale et Six brins d’arrêt

Groupe aérien

En théorie un maximum de 72 appareils mais dans la pratique 50 à 60 appareils. Le groupe aérien embarqué en septembre 1948 était composé de chasseurs Supermarine Seafire, de bombardiers en piqué Douglas Dauntless, d’avions-torpilleurs Fairey Barracuda et d’un petit nombre de Blackburn Buccaneer, un bimoteur inspiré du CAO-600 français qui parfois cédaient la place à des Fairey Fulmar.

Equipage : 1600 officiers et marins
Porte-avions d’escadre classe Illustrious

Des porte-avions blindés
Jusqu’à la classe Malta qui marqua un relatif changement, les britanniques furent fidèles à un type particulier de porte-avions, le porte-avions blindé doté d’une architecture à l’anglaise.
Cette architecture voyait le hangar intégré pleinement à la structure du porte-avions et non comme une pièce rapportée. A ce fait était associé une solide protection.
Cette protection s’explique par les théâtres d’opérations où les porte-avions britanniques sont le plus susceptibles d’opérer à savoir la Méditerranée et la Mer du Nord, des mers resserées aux possibilités d’esquives peu nombreuses. Il faut donc encaisser à défaut d’esquiver.
Cette protection se révélera efficace mais se paiera au prix d’une construction longue et couteuse sans oublier un groupe aérien de taille réduite.
On peut aussi voir cette protection comme un investissement préventif montrant le déclassement de la Grande Bretagne. Là où les américains disposent de porte-avions en très grand nombre, les britanniques savent qu’ils ne pourront compter rapidement sur ces navires puisqu’il faut quatre à cinq ans pour construire un tel porte-avions.
Après l’Ark Royal, quatre porte-avions de ce type sont construits, des navires formant la classe Illustrious (Illustrious Formidable Victorious Indomitable), des navires qui seront suivis de la classe Implacable (Implacable Indefatigable) qui marqueront le début de la fin pour les porte-avions blindés avec une protection graduellement allégée pour faciliter constructions et réparations sans oublier d’augmenter le groupe aérien.
Paradoxalement au moment où les britanniques vont abandonner le pont blindé, les japonais avec leurs Taiho et les américains avec leurs United States vont s’y rallier même si la protection ne sera pas aussi épaisse que sur les Illustrious.
Carrière opérationnelle

Le HMS Illustrious à Devonport en 1940

Le HMS Illustrious à Devonport en 1940

-Le HMS Illustrious (87) est mis sur cale aux chantiers navals Vickers-Armstrong de Barrow-in-Furness (Cumbria) le 27 avril 1937 lancé le 5 avril 1939 et admis au service actif le 14 septembre 1940.
Affecté à la Home Fleet, il est basé à Rosyth avec de fréquents déploiements à Scapa Flow, un mouillage forain utilisé pour être mieux à même d’affronter la Kriegsmarine qui à par un clin d’oeil de l’histoire à resuscité la Hochseeflot.
Quand le conflit éclate le 5 septembre 1948, le porte-avions était immobilisé depuis mars pour carénage. Les travaux sont accélérés pour permettre au porte-avions d’être disponible le plus rapidement possible.

Lancement du HMS Formidable

Lancement du HMS Formidable

-Le HMS Formidable (67) est mis sur cale aux chantiers navals Harland & Wolf de Belfast (Ulster) le 17 juin 1937 lancé le 17 juin 1939 et admis au service actif le 21 juin 1941.
Comme son sister-ship Illustrious, il est affecté à la Home Fleet avec Rosyth et Scapa Flow pour bases.
Quand éclate le second conflit mondial, le Formidable est à la mer pour entrainer de jeunes pilotes et maintenir à niveau les pilotes confirmés. A l’annonce de l’attaque allemande, l’entrainement est annulé et le porte-avions reçoit l’ordre de prendre position en mer du nord avec son escorte.
Dès le 6 après ravitaillement à la mer, il lance les premières opérations de reconnaissance pour retrouver la flotte allemande.

Le HMS Victorious

Le HMS Victorious

-Le HMS Victorious (38) est mis sur cale aux chantiers navals Vickers-Armstrong de Wallsend (North Tyneside) le 4 mai 1937 lancé le 14 septembre 1939 et mis en service le 4 octobre 1941.
Affecté à la Home Fleet, le “victorieux” était immobilisé pour entretien à flot le 5 septembre 1948, entretien accéléré pour lui permettre de prendre la mer et de venir renforcer le Formidable.

Le HMS Indomitable

Le HMS Indomitable

-Le HMS Indomitable (92) est mis sur cale aux chantiers navals Vickers-Armstrong de Barrow-in-Furness (Cumbria) le 10 novembre 1937 lancé le 26 mars 1940 et mis en service le 12 janvier 1942.
A la différence de ces trois sister-ship, il est affecté en Méditerranée avec Alexandrie comme port d’attache. C’est le deuxième porte-avions affecté à demeure dans la Mare Nostrum avec le Glorious qui sera remplacé par l’Ark Royal avant qu’en mai 1947, le HMS Furious de classe Malta ne rejoignent l’Ark Royal et l’Indomitable.
Le 5 septembre 1948, le porte-avions était à quai à Alexandrie en compagnie du Furious (qui lui achevait un petit carénage). Il appareille pour se positionner au large de l’Egypte prêt à frapper la Libye au cas où l’Italie s’engagerait immédiatement dans le conflit.

HMS Illustrious schéma
Caractéristiques Techniques 

Déplacement : standard 23000 tonnes pleine charge 25000 tonnes

Dimensions : longueur hors tout 225.6m longueur à la flottaison 216.4m largeur 29.2m tirant d’eau 8.8m
Propulsion : trois groupes de turbines à engrenages alimentées en vapeur par six chaudières Amirauté dévellopant 111000ch et entrainant trois hélices
Performances : vitesse maximale 30.5 noeuds distance franchissable 10700 miles nautiques à 10 noeuds
Protection : ceinture blindée 114mm pont d’envol 76mm Bulkheads 114mm Parois latérales du hangar 114mm Soutes à munitions 76 à 114mm. L’Indomitable à sa ceinture et les parois du hangar limitées à 68mm
Armement : seize canons de 114mm en huit tourelles doubles, installées par groupes de deux (babord avant et arrière, tribord avant et arrière) et six Pom-Pom de 40mm.
Installations aéronautiques/Groupe aérien
-Un hangar de 139.5m de long sur 18.9m de large relié au pont d’envol par deux ascenseurs axiaux 

-Une catapulte axiale

-Six brins d’arrêts

-Groupe aérien de 36 appareils en 1940 avec quinze Fairey Fulmar, dix-huit Fairey Swordfish et trois Blackburn Skua.

En septembre 1945, le nombre d’avions est porté à 44 avec seize Supermarine Seafire, seize Fairey Albacore ou Swordfish de torpillage et douze Douglas Dauntless de bombardement en piqué.

Trois ans plus tard, quand le conflit éclate, le groupe aérien se compose de Supermarine Seafire, de Fairey Barracuda de torpillage et de Douglas Dauntless en attendant soit des Curtiss Helldiver, des Blackburn Firebrand voir des LN.420 français.

Equipage : 1229 officiers et marins
Porte-avions blindés classe Implacable

A trop blindé mal emporté…..

L’Ark Royal avait intégré le concept du porte-avions très protégé à la marine britannique. Ce porte-avions unique peut être considéré comme le prototype des porte-avions de classe Illustrious, encore mieux protégés que leur ainé.
Ces porte-avions blindés démontrèrent durant le conflit leur résistance aux bombes et aux torpilles mais dès le temps de paix, les britanniques comprirent que leur obsessions de la protection avait eu pour conséquence de réduire drastiquement la taille du groupe aérien.
Sur le papier, trente-six appareils, ce nombre paraissait suffisant pour mener des opérations de reconnaissance, d’observation, de bombardement, de torpillage et de chasse. Dans la pratique de nombreux exercices contre la RAF et contre la marine française démontrèrent le contraire.
D’où la volonté de modifier rapidement les Implacable en construction. Les changements sur ces deux navires déjà sur cale ne pouvaient être que limités mais cette volonté d’augmenter le groupe aérien allait être pleinement appliqué sur les futurs Malta.
Sur les Implacable, la coque plus renflée permet l’emport d’un quatrième groupe propulsif augmentant sa vitesse, un plus dans les opérations aériennes. La protection est allégée permettant de porter le groupe aérien à sa mise en service à 48.
Carrière opérationnelle

Le HMS Implacable à la mer

Le HMS Implacable à la mer

-Le HMS Implacable (R86) est mis sur cale aux chantiers navalsFairfieldShipbuilding & Engineering Co sis à Govan le 21 mars 1939 lancé le 10 décembre 1942 et mis en service le 8 juin 1944.
Il est d’abord affecté à la Home Fleet avec pour base Portsmouth dans le sud de l’Angleterre. Cette affectation est provisoire car à terme, il doit être déployé avec son sister-ship Indefatigable en Extrême-Orient au sein de la British Eastern Fleet qui succède à la China Station en septembre 1947.
En janvier 1945, les deux porte-avions quittent l’Angleterre avec leurs destroyers d’escorte et deux pétroliers, direction Singapour.
Appareillant de Portsmouth le 12 janvier, ils font escale à Lisbonne du 17 au 19 janvier, franchissent le détroit de Gibraltar le 21, font escale à Malte du 24 au 26 janvier, à Alexandrie du 30 janvier au 2 février avant de franchir le canal de Suez les 3 et 4 février et de rallier Aden le 8 février 1945.
Ils traversent l’Océan Indien direction Triconmalee (Ceylan) où ils font escale du 13 au 17 février, histoire de réparer quelques avaries survenues sur l’Implacable. Ils reprennent ensuite la mer direction Singapour, arrivant à destination le 27 février après six semaines de mer.
Les deux porte-avions vont renforcer la future British Eastern Fleet en intégrant le 3rd Battle Squadron composé de trois cuirassés de classe Queen Elizabeth, cette force étant jugée suffisante pour dissuader le Japon de s’attaquer aux colonies britanniques en Extrême-Orient.
En septembre 1948, l’Implacable était immobilisé pour un grand carénage à l’Arsenal de Singapour et ne pouvait donc pas reprendre immédiatement la mer. Son groupe aérien à terre est cependant mis en alerte, prêt à défendre la colonie contre une attaque japonaise.

Le HMS Indefatigable

Le HMS Indefatigable

-Le HMS Indefatigable (R10) est mis sur cale aux chantiers navals John Brown & Company sis à Clydebank le 3 novembre 1939 lancé le 8 décembre 1942 et mis en service le 14 septembre 1944.
Affecté à la Home Fleet en compagnie de l’Implacable, les deux porte-avions ne tardent pas à quitter la Métropole pour rallier l’Extrême-Orient et Singapour où ils arrivent en février 1945.
Ces deux navires sont chargés avec trois cuirassés de classe Queen Elizabeth de dissuader le Japon de s’attaquer aux colonies britanniques de la région à savoir la Malaisie, Singapour et l’Inde.
Cette force respectable au moins sur le papier peut aussi s’appuyer sur les trois croiseurs de bataille et le porte-avions léger de la Koninklijke Marine (marine néerlandaise), sur l’Asiatic Fleet américaine (qui dispose d’un porte-avions et de deux croiseurs lourds) et sur les FNEO ou Forces Navales en Extrême-Orient.
En septembre 1948, l’Indefatigable était en service et opérationnel. A l’annonce des bombardements allemands, il reçoit l’ordre d’appareiller de Singapour pour prendre position au nord-est de l’ile aux Lions, se tenant prêt à toute éventualité, des patrouilles de chasse composée de Supermarine Seafire étant catapultées tout comme deux Blackburn Buccaneer chargés de trouver une possible flotte japonaise.
Après une semaine intense, les japonais n’ayant pas bougé, le porte-avions reçoit l’ordre de rentrer à Singapour.
Caracteristiques Techniques

Déplacement : standard 26000 tonnes pleine charge 32630 tonnes

Dimensions : longueur hors tout 233.6m longueur à la flottaison 222.5m largeur 29.2m tirant d’eau 8.9m

Motorisation : quatre groupes de turbines à engrenages alimentées en vapeur par huit chaudières Amirauté développant 148000ch entrainant quatre hélices

Performances : vitesse maximale 32.5 noeuds distance franchissable 12000 miles nautiques à 10 noeuds

Protection : ceinture 114mm pont d’envol 76mm Bulkheads 51mm parois latérales du hangar 51mm soutes à munitions 76 à 114mm

Electronique : un radar d’altimétrie type 277, un radar de veille aérienne type 279, un radar de veille aérienne type 281, six radars de conduite de tir type 282 (artillerie légère) et quatre radars de conduite de tir type 285 (artillerie de 114mm)

Armement : huit tourelles doubles de 114mm en quatre groupes de deux (bâbord avant tribord avant tribord arrière bâbord arrière), un affût quadruple Pom-Pom et cinq affûts octuples et vingt-quatre canons de 20mm en douze affûts doubles.
Installation d’Aviation/Groupe aérien :
-Pont d’envol de 231.6m de long sur 27.4m de large équipé d’une catapulte hydraulique, de neufs brins d’arrêt et de trois barrières pour retenir un avion ayant manqué les brins.
-Deux ascenseurs axiaux, un ascenseur avant de 13.7m de long sur 10.1m et un ascenseur arrière de 13.7m sur 6.7m, le premier ne déservant que le hangar supérieur, le second les deux hangars.
-Hangar supérieur mesure 139.6m de long et le hangar inférieur de 63.4m de long, leur largeur est identique avec 18.9m et une hauteur de 4.3m.
-430000 litres de carburant
-Groupe aérien d’avant guerre composé de 48 appareils, des chasseurs Supermarine Seafire MkV (vingt-quatre), des avions torpilleurs Fairey Barracuda (huit), de quatre Blackburn Buccaneer et des bombardiers en piqué Douglas Dauntless (douze).

Equipage : 1800 officiers et marins

Grande Bretagne (27) Porte-Avions (2)

Porte-avions HMS Eagle

Course aux armements en Amérique Latine

Colonisée par l’Espagne et le Portugal (les apports néerlandais, britanniques et français sont mineurs, négligeables), le sous-continent sud-américain se libère au début du dix-neuvième siècle sous l’impulsion d’hommes comme Simon Bolivar.

Ce dernier espère maintenir l’unité de la majorité des anciennes colonies espagnoles mais les différences sont déjà trop fortes et des Etats-Nations émergent rapidement des vice-royautés espagnoles.

Ces Etats-Nations sont rapidement rivaux et des guerres éclatent. Qui dit guerres dit armement essentiellement terrestre mais également naval.

Le cuirassé Minas Gerais de la marine brésilienne

Le cuirassé Minas Gerais de la marine brésilienne

En 1905, le Brésil commande trois cuirassés de classe Minas Geraes, des cuirassés de type dreadnought armés de dix canons de 305mm en cinq tourelles doubles.

BB Classe Rivadivia Argentine

Cette commande entraine celle de l’Argentine avec deux cuirassés de classe Rivadivia (navires commandés aux Etats-Unis, seuls cuirassés exportés par Washington avec un cuirassé exporté en Turquie) puis celle en 1910 de deux cuirassés par le Chili, les Valparaiso (rebaptisé ensuite Almirante Lattore) et Almirante Cochrane, deux navires de type superdreadnought armés de dix canons de 343mm en cinq tourelles doubles.

 

Quand le premier conflit mondial éclate en août 1914, seul le premier est achevé. Réquisitionné par la Royal Navy, il va y servir sous le nom de HMS Canada jusqu’en 1920.

Quand au second, il va être transformé en porte-avions sous le nom de HMS Eagle.

Le cuirassé chilien Almirante Lattore

Le cuirassé chilien Almirante Lattore

Carrière opérationnelle

Le HMS Eagle

Le HMS Eagle

-Le HMS Eagle (94) est mis sur cale sous le nom d’Almirante Cochrane aux chantiers Armstrong Whitworth de Newcastle-upon-Tyne le 20 février 1913 lancé le 8 juin 1918. La construction à été suspendue en octobre 1919 à un moment où le Chili était prêt à le racheter quitte à ce que le navire soit achevé en cuirassé.

Les travaux reprennent dès le mois de novembre 1919, les essais commencent en février 1920 mais la mise en service n’est prononcée que le 26 février 1924 en raison d’une mise au point délicate.

Affecté en Méditerranée jusqu’en mai 1926, il effectue une brève incursion à Hong Kong avant de revenir en Méditerranée jusqu’en 1930. Il subit une refonte en Grande-Bretagne de 1931 à 1933 avant de retourner en Asie où il reste jusqu’en 1935. Il est à nouveau en Extrême-Orient à partir de juin 1937, affecté à la China Station.

Il participe à la guerre de Pologne dans l’Océan Indien, assurant des missions de présence contre les raiders allemands.

Le conflit terminé, le porte-avions retourne en Grande-Bretagne pour un grand carénage qui l’immobilise à Portsmouth de février 1940 à avril 1941. Il est de retour en Extrême-Orient en juin et va rester déployé jusqu’à son désarmement survenu le 4 mars 1946.

Il rentre en Métropole en juin 1946. Placé en réserve, il est condamné en janvier 1947 et démoli à Rosyth entre mars et juin 1947.

Caractéristiques Techniques

Déplacement : standard 21630 tonnes pleine charge 26000 tonnes

Dimensions : longueur 203.5m largeur 29m tirant d’eau 7.5m

Propulsion : 4 turbines à engrenages : deux Brown-Curtis à haute pression et deux Parsons basse-pression alimentées par 32 chaudières Yarrow développant 50000ch et actionnant 4 hélices

Performances : Vitesse maximale : 25 noeuds Distance Franchissable : 4000 miles nautiques à 18 noeuds

Protection : ceinture de 51 à 76mm pont des hangars 25mm bouclier 25mm

Armement : 9 canons de 152mm (6inch) Mark XVII en neuf affûts simple, 4 canons de 102mm (4inch) Mark XVI en quatre affûts simples, 16 canons de 40mm Bofors et 13 mitrailleuses . Au cours de la refonte de 1940/41, le porte-avions remplace ses canons de 152mm et de 102mm par huit canons de 120mm, la DCA légère est désormais composée de seize canons de 40mm Bofors.

Installations d’aviation Pont d’envol de 198.75m de long sur 29.25m relié aux hangars par deux ascenseurs axiaux, le hangar supérieur mesurant 121.92m de long sur 10m de large et 6.10m de haut (dimensions du hangar inférieur inconnues)

-Ascenseur avant en T (14m de long sur 13.70m de large) et ascenseur arrière rectangulaire (14m de long sur 10m de large)

-Une bosse permet l’arrêt des avions mais ce système inefficace est rapidement abandonné au profit des brins d’arrêt.

-Pas de catapulte

Groupe aérien : L’Eagle embarquait environ 24 appareils avant guerre : des avions de reconnaissance Fairey IIIF, des chasseurs Hawker Nimrod et Hawker Osprey.

A la déclaration de guerre, il n’embarquait plus que 18 avions torpilleurs Fairey Swordfish, appareils qui sont renforcés en juin 1940 par trois chasseurs Gloster Sea Gladiator puis en décembre 1940 par 2 bombardiers en piqué Blackburn Skua.

A la fin de sa carrière, le groupe aérien se compose de huit Grumman Martlet (un chasseur américain plus connu sous le nom de Wildcat), six Fairey Swordfish de torpillage, de reconnaissance et d’observation et quatre Douglas Dauntless de bombardement en piqué.

Equipage : 834 hommes : 660 pour la conduite du navire et 174 pour le groupe aérien.
Porte-avions HMS Hermes

Le HMS Hermes en 1920

Le HMS Hermes en 1920

Le premier porte-avions conçu comme tel

Après un porte-avions disposant de deux pont d’envol séparés par le bloc-passerelle (Furious) et un porte-avions à pont d’envol continu (Argus), les britanniques acquièrent une confortable expérience.

Parmi le retour d’expérience figure la gestion des opérations de vol. Le besoin de superstructures se révèle crucial. Un ilot à tribord est nécessaire également pour l’évacuation des fumées, les cheminées horizontales ne se révélant pas aussi efficaces qu’espéré.

Après les tests sur l’Argus avec un ilot en toile, les nouveaux porte-avions britanniques (Eagle et Hermes) reçoivent un ilot asez imposant notamment pour le premier.

Si le premier est une conversion comme le Furious et l’Argus, le second est le premier porte-avions mis sur cale comme tel, titre de gloire qu’il dispute avec le japonais Hosho.

Carrière opérationnelle

-Le HMS Hermès (95) est mis sur cale aux chantiers Armstrong Whitworth de Newcastle-upon-Tyne le 15 janvier 1918 lancé le 11 septembre 1919 mais les travaux sont suspendus jusqu’en janvier 1920 date à laquelle il est remorqué à l’Arsenal de Devonport pour être achevé et mis en service en janvier 1923.

Il est déployé en Méditerranée en alternance avec l’Eagle jusqu’en 1926 quand il rallie Hong Kong pour une campagne anti-piraterie. De novembre 1927 à mars 1928, il subit un grand carénage en métropole. Il va alterner carénages et déploiements en Extrême Orient jusqu’en juin 1937 quand il rentre en Métropole pour être mis en réserve.

Réarmé en septembre 1939, il participe à la protection du trafic commercial dans l’Atlantique puis dans l’Océan Indien jusqu’à la fin du conflit.

Après un carénage en métropole de juin 1940 à mars 1941, le porte-avions léger est déployé à Aden pour servir de navire de présence. Ses missions sont multiples : présence, police coloniale contre les remuantes tribus arabes, protection du trafic commercial…. .

Désarmé le 4 septembre 1946, le HMS Hermes rentre en métropole en décembre où il est mis en réserve. Rebaptisé Commander Edward Dunning, il sert de porte-avions d’entrainement au profit des jeunes pilotes de la FAA, les navires d’entrainement notamment le porte-avions ainsi que les croiseurs HMS Emerald et Vindictive formant un Training Squadron stationné à Portsmouth.

Quand le second conflit mondial éclate le 5 septembre 1948, le vieux porte-avions va servir de transport d’avions notamment ceux de la RAF destinés à être déployés en Norvège.

Caractéristiques Techniques

Déplacement : standard 10850 tonnes pleine charge 13000 tonnes

Dimensions : longueur 182.3m largeur 21.4m tirant d’eau 5.7m

Propulsion : turbines à engrenages Parson alimentées par six chaudières Yarrow dévellopant une puissance totale de 40000ch et entrainant deux hélices.

Performances : vitesse maximale 25 noeuds distance franchissable 6000 miles nautiques à 18 noeuds

Protection : ceinture 51-76mm pont des hangars 25mm bouclier 25mm

Armement : 3 canons de 120mm (4.7 inch) MkVIII en affût simples associés à 6 canons de 140mm (5.5inch) BL mark 1 eux aussi en affût simples. Deux affûts quadruples de 12.7mm et 6 canons de 20mm embarqués en 1934.

Après sa refonte de 1940/41, le porte-avions dispose de huit canons de 102mm en affûts doubles, de huit canons de 40mm Bofors en affûts doubles et de six canons de 20mm Oerlikon en affûts simples.

Installations aéronautiques/Groupe aérien

-Deux ascenseurs axiaux en T reliant le hangar au pont d’envol

-Brins d’arrêts longitudinaux puis transversaux.

-L’Hermes reçut également une bosse à l’arrière du pont d’envol pour freiner les appareils avant leur appontage mais ce système se révéla inefficace et fût démonté

Le groupe aérien pouvait se composer de 20 appareils mais au fil du temps il fût réduit à 15 voir même 12 appareils.

Juste avant son désarmement, il embarquait quatre Grumman Martel, six Fairey Swordfish et deux Douglas Dauntless.

Equipage : 660 officiers et marins pour la conduite du navire et 40 hommes pour le groupe aérien
Porte-avions classe Courageous

Des croiseurs de bataille transformés

Le bouillant amiral Fisher était un leader charismatique, débordant d’idées pour sortir la Royal Navy d’une certaine léthargie. La domination de la marine britannique était tellement écrasante que la marine de Sa Gracieuse Majesté ressemblait parfois à la Belle au Bois Dormant.

Après avoir rayé des registres des navires impropres au combat (“too old to fight too slow to run away”), le nouveau premier lord de l’Amirauté impose la turbine et fait triompher deux concepts de navire de combat, l’un en maturation (le cuirassé à artillerie monocalibre) et l’autre issu de son imagination (le croiseur de bataille).

Sur le plan géostratégique, l’amiral anglais eut l’idée de frapper l’Allemagne au cœur en débarquant sur les côtes de la mer Baltique une armée russe associée à des contingents anglais pour atteindre le plus rapidement possible Berlin situé à seulement 80km de cette Mare Nostrum germanique.

Pour cela il fallait des navires de transport, d’appui et de combat, des navires de ligne adaptés à une mer aux eaux peu profondes. D’où la commande de trois croiseurs de bataille légers baptisés Courageous Glorious et Furious, les deux premiers furent armés de quatre canons de 381mm en tourelles doubles, le second de deux canons de 457mm (18 pouces) en tourelles simples.

Ces navires n’étaient pas achevés quand le projet fût définitivement abandonné en 1916 suite à la fois au départ de Fisher de l’Amirauté ainsi que de l’échec de l’opération des Dardannelles, une opération stratégiquement censée mais menée de façon déplorable.

Sans réelle affectation, ces trois navires auraient du avoir une carrière brève si il n’avait pas été décidé de les transformer en porte-avions. Si le Furious le fût sans contrainte extérieure, ses deux demi-frères Courageous et Glorious le furent pour éviter une démolition inévitable avec les limitations du traité de Washington de 1922.

Carrière opérationnelle

Le HMS Courageous

Le HMS Courageous

-Le HMS Courageous est mis sur cale aux chantiers Armstrong Whitworth de Newcastle-upon-Tyne le 18 mars 1915 lancé le 5 février 1916 et mis en service le 4 novembre 1916.

Il participe à quelques opérations du premier conflit mondial dont la seconde bataille d’Heligoland avant d’escorter la Hochseeflot de ses ports allemands à Rosyth puis à Scapa Flow (21 novembre 1918).

Pour se conformer au traité de Washington, décision est prise de le transformer en porte-avions comme son sister-ship Glorious. Le Courageous fût ainsi transformé à Devonport à partir de 1924, sa remise en service ayant eu lieu en mai 1928.

Il est ensuite affecté en Méditerranée jusqu’en 1930 quand il retrouve la flotte de l’Atlantique (redevenue Home Fleet en 1932) en remplacement de l’Argus.

Quand la guerre de Pologne éclate, le Courageous est affecté à la Channel Force, une force chargée de protéger les côtes anglais mais surtout de traquer les raiders et sous-marins allemands.
Le 17 septembre 1939 alors qu’il croisait avec quatre destroyers dans le sud-ouest de l’Irlande, il est torpillé par le U-29 qui lance trois torpilles. Deux font mouches et le navire coule en quinze minutes, emportant 519 marins dont le commandant.

Cette attaque plus celle manquée du U39 sur l’Ark Royal le 14 septembre, conduit la Royal Navy à retirer ses porte-avions des missions de lutte ASM.
Le nom de Courageous sera repris par l’un des deux porte-avions de classe Malta modifié commandé dans le cadre du programme de guerre.

Le HMS Glorious en 1938

Le HMS Glorious en 1938

-Le HMS Glorious est mis sur cale aux chantiers navals Harland & Wolff de Belfast le 1er mai 1915 lancé le 20 avril 1916 et mis en service en janvier 1917.

Tout comme son sister-ship Courageous, il participe avec le Repulse à la seconde bataille de la baie d’Heligoland, un engagement mineur du premier conflit mondial.

Anticipation sur l’avenir, il reçoit des plate-formes sur ses tourelles de 15 pouces pour pouvoir mettre en oeuvre des chasseurs mais cette solution qui ne plait guère aux canonniers n’à aucun avenir.

Après avoir escorté la flotte de haute mer allemande à Rosyth puis à Scapa Flow, le Glorious devient navire-école de canonnage à la Gunnery School de Devonport avant de devenir navire-amiral de la Reserve Fleet.

Pour échapper aux chalumeaux des démolisseurs, le Glorious est transformé en porte-avions entre 1924 et 1929, le HMS Glorious étant remis en service dans sa nouvelle configuration le 10 mars 1930. D’abord équipés de deux ponts d’envols, il ne dispose plus que d’un après la refonte de 1934/35.

Affecté en Méditerranée, il est impliqué dans une collision avec le paquebot français Florida (SGTM) à soixante miles de Gibraltar le 1er avril 1931. Les deux navires s’en sortent mais il y à trente morts dont 29 pour le paquebot.

Après la refonte ayant supprimé le deuxième pont d’envol, le porte-avions retourne en Méditerranée. Durant la guerre entre l’Italie et l’Ethiopie, Londres et Rome sont à deux doigts d’entrer en guerre, le capitaine de vaisseau Lister, commandant du porte-avions propose un raid contre Tarente pour frapper la flotte italienne mais cette solution audacieuse et risquée n’est pas retenue par le gouvernement britannique.

Durant la guerre de Pologne, il opère en Méditerranée et dans l’Océan Indien pour traquer le Graf Spee (qui avait coulé un pétrolier britannique au large du Mozambique alors colonie portugaise) mais sans succès.

Le conflit terminé, il retourne en Méditerranée, subissant un grand carénage à Gibraltar de septembre 1940 à juin 1941, une remise en état complète, une modernisation de sa DCA et l’installation d’un radar de veille aérienne.

Il va rester déployer en Méditerranée jusqu’à son désarmement prononcé le 14 septembre 1945 à Malte. Il rallie sans son groupe aérien la Métropole, arrivant à Portsmouth (après des escales à Gibraltar du 18 au 21 septembre, à Lisbonne du 22 au 25 septembre, à La Corogne du 27 au 30 septembre) le 4 octobre 1945.
Mis en réserve, il est condamné le 8 septembre 1947 puis vendu à la démolition à un chantier néerlandais.

Privé de propulsion, il est remorqué jusqu’à sa destination à savoir Rotterdam. Quittant Portsmouth le 12 octobre 1947, il est pris trois jours plus tard dans une violente tempête à la hauteur de Douvres.

La remorque casse et avant que les remorqueurs ne parviennent à reprendre l’ancien porte-avions en remorque, une voie d’eau provoque son naufrage. L’épave retrouvée en 1975 repose à 135m de profondeur en un seul tenant.

Le nom de Glorious est repris par un porte-avions de type Malta modifié commandé dans le cadre du programme de guerre.

Caracteristiques Techniques
Déplacement : standard 22500 tonnes pleine charge 26500 tonnes
Dimensions : longueur hors tout 239.6m longueur entre perpendiculaires : 224m largeur 27.6m
tirant d’eau : 8.5m
Proulsion : Quatre turbines à engrenages Parson alimentées par 18 chaudières Yarrow à petit tube dévellopant une puissance totale de 91195ch (67 MW)et actionnant quatre hélices.
Performances : Vitesse maximale : 30.5 noeuds Distance franchissable : 5860 miles à 16 noeuds
Protection : ceinture de 25 à 76mm pont du hangar 25 à 76mm
Armement : 16 canons de 120mm (4.7 inch) MkVIII en 16 affût simples et 3 affûts octuples Pom-Pom (2 Pdr).

L’armement évolue jusqu’à son désarmement, le nombre de canons de 120mm est réduit à 12 et le nombre d’affûts

Pom-Pom augmente, deux affûts quadruples s’ajoutant aux trois affûts octuples.
Installations aéronautiques :
Les Courageous disposent de deux hangars superposés long de 167.6m reliés au pont d’envol par deux ascenseurs axiaux. Deux catapultes sont également installées à l’avant.
Groupe aérien
Les Glorious embarquent 48 appareils. Parmi les appareils embarqués figurent le Fairey Swordfish, le Gloster Sea Gladiator, le Farey Flycatcher, le Blackburn Ripon, le Blackburn Sea Skua et le Fairey IIIF.
Peu avant son désarmement, le groupe aérien se composait de douze chasseurs Grumman Martlet, de seize Fairey Swordfish de torpillage, de reconnaissance et d’observation (TSR : Torpedo Scouting Reconnaissance), quatre Fairey Fulmar de chasse à long rayon d’action et de huit Douglas Dauntless de bombardement en piqué.
Equipage : 1216 officiers et marins

Grande-Bretagne (26) Porte-avions (1)

PORTE-AVIONS
Du Furious aux Colossus, une brève histoire des porte-avions britanniques

Les prémices

Longtemps, très longtemps, l’horizon à été la limite indépassable du combat naval. Seules les vigies dans le nid de pie pouvaient repérer l’ennemi. Le plus rapidement possible pour gagner un temps précieux.
L’apparition à la fin du 18ème siècle du plus léger que l’air (ballon à air chaud) pu laisser imaginer une vision élargie du champ de bataille naval.
Hélas les belles potentialités s’évanouirent. La mise en oeuvre des ballons et des dirigeables déjà difficile à terre devenait impossible en mer. L’avion pouvait-il être la solution ? Là encore il y avait de nombreuses difficultés, le décollage et l’atterrissage sans parler de la résistance aux éléments.
Concurrencé par l’hydravion qui put résoudre rapidement la question du décollage avec la catapulte (mais sans jamais trouver la solution pour la récupération), l’avion finit par se faire sa place.
Les premiers essais furent menés avec des techniques qui nous paraissent bien étranges aujourd’hui : portiques, plate-formes sur les tourelles des cuirassés, barges remorquées mais qui furent utiles pour défricher un terrain qui s’avérait prometteur.
Très rapidement, la seule façon efficace de mettre en l’avion s’était une plate-forme la plus longue possible installé sur une coque.

Le HMS Furious première configuration avec une plate-forme remplaçant la tourelle avant de 18 pouces

Le HMS Furious première configuration avec une plate-forme remplaçant la tourelle avant de 18 pouces

Les britanniques transformèrent le croiseur de bataille léger Furious (qui devait être armé de deux canons de 457mm) en remplaçant la tourelle avant par une plate-forme puis la tourelle arrière par une deuxième.
Les premiers essais ouvrirent un champ prometteur même si le premier conflit mondial se termina avant un engagement massif des ponts plats.
L’expérimentation continue. Comme il n’y à pas eu d’engagement des porte-avions, les capacités des ponts plats étaient mal inconnues ou inconnues. Au risque de devoir gaspiller des fonds limités, on préfère les conversions aux constructions neuves à l’exception de l’Argus _paquebot italien Conte Rosso transformé sur cale_ et de l’Hermes, le premier porte-avions conçu comme tel et qui inspira le Hosho japonais.
De l’Argus aux Malta, quels porte-avions pour la Grande-Bretagne ?

Aujourd’hui le porte-avions est un vecteur essentiel de la puissance maritime, toutes les marines majeures disposent de porte-avions, la marine britannique alignant deux porte-avions conventionnels pour montrer partout dans le monde la White Ensign.
A l’époque, c’était tout simplement irréaliste de bâtir une marine sur un nouveau vecteur de puissance aux performances inconnues.

Le porte-avions doit intervenir en soutien des cuirassés pour les éclairer mais également ralentir la ligne de bataille ennemie à coup de bombes et de torpilles, la lenteur des cuirassés de l’époque (21 noeuds maximum, les croiseurs de bataille sont rares et les Queen Elizabeth_premiers cuirassés rapides de l’histoire_ sont uniques) rendant difficile le choix par un adversaire d’une zone de bataille.

Le HMS Argus en 1918

Le HMS Argus en 1918

Après le Furious _reconstruit à plusieurs reprises_ , l’Argus _surnommé le fer à repassé flottant_ et l’Hermes figure un cuirassé chilien converti sur cale, l’Eagle.

Le HMS Hermes en 1920

Le HMS Hermes en 1920

Le HMS Eagle

Le HMS Eagle

Suite au traité de Washington (1922), la Grande-Bretagne transforme en porte-avions ses deux croiseurs de bataille légers, les Courageous et Glorious qui perdent leurs canons de 381mm (quatre en deux tourelles doubles).

Le HMS Courageous

Le HMS Courageous

Ces porte-avions sont des plate-formes médiocres. Souvent de taille réduite, dans des configurations peu pratiques, mettant en œuvre des avions dépassés en partie en raison du contrôle de l’aéronavale par la Royal Air Force (Fleet Air Arm of the Royal Air Force), ils ne permettent guère à l’Aéronavale britannique de devenir un outil crédible.

Le HMS Ark Royal survolé par des Fairey Swordfish

Le HMS Ark Royal survolé par des Fairey Swordfish

Pourtant au milieu des années trente, une éclaircie apparait enfin avec la construction du HMS Ark Royal, le prototype des porte-avions blindés, des Fleet Carrier. Ce porte-avions dessiné en 1934 marque l’introduction d’une architecture particulière dite à l’anglaise.
Devant protéger les lignes de communication, devant opérer dans des mers fermées (mer du Nord, Méditerranée), les porte-avions britanniques devaient tenir compte de nombreuse menaces : mines, aviation basée à terre, batteries côtières, vedettes lance-torpilles…. .
A défaut d’esquiver les menaces, il faut pouvoir encaisser. D’où une protection sérieuse qui se paya au prix d’une construction compliquée _le hangar faisait partie intégrante de l’architecture du navire_ et d’un groupe aérien de taille réduite.

Le HMS Illustrious (R-87)

Le HMS Illustrious (R-87)

Aussi après avoir construit six porte-avions sur ce modèle (Illustrious Formidable Victorious Indomitable Implacable Indefatigable), les britanniques se rallient à une voie médiane entre le porte-avions blindé et le porte-avions construit à l’américaine (dans cette configuration, la coque du navire supporte le pont d’envol, l’espace compris entre le pont supérieur du navire et le pont d’envol servant de hangar). On peut parler de porte-avions blindé allégé ou de porte-avions d’escadre (Fleet Carrier) à protection renforcée. C’est l’acte de naissance de la classe Malta.

Le HMS Colossus

Le HMS Colossus

Un autre modèle de porte-avions apparait également, le porte-avions économique, la classe Colossus dont la construction répond d’abord davantage à une demande de la France (et dans une moindre mesure des dominions) qu’un besoin de la Royal Navy qui ne tarde pas à trouver de l’utilité à ces porte-avions sans protection.

Panorama de la flotte de porte-avions britanniques

Situation en septembre 1939

Quand la Royal Navy entre en guerre suite à l’invasion de la Pologne par l’Allemagne, sa force de porte-avions se compose des navires suivants :
-Porte-avions HMS Furious. Stationné à Rosyth, il n’est plus un porte-avions opérationnel, servant à l’entrainement des jeunes pilotes.
-Porte-avions HMS Argus : en réserve
-Porte-avions HMS Eagle : déployé en Extrême-Orient au sein de la China Station
-Porte-avions HMS Hermès : déployé au sein de la Channel Force
Porte-avions HMS Courageous et Glorious, le premier déployé au sein de la Channel Force en compagnie de l’Hermes, le second au sein de la Méditerranean Fleet.
-Porte-avions HMS Ark Royal. Considéré comme le premier porte-avions moderne de la marine britannique, il est stationné à Scapa Flow en compagnie de la Home Fleet.
Evolution 1939-1948

Le HMS Implacable (R-86)

Le HMS Implacable (R-86)

Quand la guerre de Pologne se déclenche, la flotte de porte-avions britannique est en plein renouvellement avec la construction de six porte-avions blindés, quatre de classe Illustrious et deux derivés formant la classe Implacable (Implacable Indefatigable).
L’Illustrious est mis en service en septembre 1940, le Formidable en juin 1941, le Victorious en octobre 1941, l’Indomitable en janvier 1942. Il faut ensuite attendre plus de deux ans pour voir deux nouveaux porte-avions mis en service à savoir l’Implacable mis en service en juin 1944 suivit trois mois plus tard de son sister-ship Indefatigable.
La mise en service de ces unités modernes permet le désarmement des porte-avions les plus anciens, le Furious en mars 1944, l’Argus en juin de la même année, le Glorious en septembre 1945, l’Eagle en mars et l’Hermes en septembre 1946.
Ils sont tous démolis à l’exception de l’Hermes qui sert de porte-avions école à Rosyth sous le nom de Commander Edward Dunning du nom d’un pionnier de l’aéronavale britannique.
Les porte-avions blindés se révélant limités en terme de groupes aériens, la Royal Navy décide de construire des porte-avions lourds moins protégés. C’est l’acte de naissance de la classe Malta, quatre navires lourds capable d’embarquer entre soixante et quatre-vingt appareils.

Schéma de la classe Malta

Schéma de la classe Malta

Quatre navires (Malta Gibraltar, Furious _ex-New Zealand_ et l’Hermes _ex-Africa_) sont mis en service en septembre 1946, mai 1947, décembre 1947 et mars 1948.

Cela porte la flotte de porte-avions d’escadre à onze navires avec deux porte-avions en Extrême Orient (Implacable Indefatigable), trois stationnés en Méditerranée (Ark Royal Furious _classe Malta_ et Indomitable)et six déployés au sein de la Home Fleet (Illustrious Formidable Victorious Malta Gibraltar Hermes).

La construction de porte-avions d’escadre prenant du temps, on eut l’idée de construire des porte-avions économiques.
La conversion de navires marchands fût étudiée mais les amiraux britanniques jugeaient le concept perfectible on préféra le projet de Vickers de porte-avions conçus et construits selon les normes de la marine marchande.

C’est l’acte de naissance des Colossus, des porte-avions légers rapides (25 noeuds) avec un armement composé d’une DCA légère.

Paradoxalement, c’est la marine française qui est la première à passer commande pour deux navires, un déployé en Indochine (Alienor d’Aquitaine) et un autre déployé en Bretagne (Henriette d’Angleterre).

Deux sont commandés par la Royal Navy et mis en service en 1947, le premier le HMS Colossus mis en service en mars 1947 est déployé à Freetown alors que le second baptisé HMS Glory mis en service en septembre 1947 est lui déployé à Aden pour couvrir l’Océan Indien. Un est commandé et fabriqué sous licence par les Pays-Bas, recevant le nom symbolique de Guillaume d’Orange.

Huit autres ( Ocean Perseus Pioneer Theseus Triumph Venerable Vengeance et Warrior) sont commandés quand le conflit éclate, certains pouvant être à terme mis en œuvre par les dominions même si le Canada et l’Australie ont passé commande de porte-avions de ce type peu après la première commande franco-britannique, deux pour la RCN et un pour la marine australienne.
Quand le conflit éclate en septembre 1948, le HMCS Bonaventure est en service, assurant comme principale mission la couverture des convois, son sister-ship HMCS Magnificent étant encore en construction tout comme le HMAS Gallipoli, le porte-avions léger destiné à la marine australienne (plus d’informations dans les Tomes consacrés à ces dominions).
Quand le second conflit mondial éclate, la flotte de porte-avions britannique s’élève donc à treize navires chargés principalement de couvrir le corps de bataille et de protéger les lignes de communication alliées.
Dans le cadre du programme de guerre, le porte-avions obtient une place centrale avec la commande de deux Malta modifiés baptisés Glorious et Courageous, huit porte-avions légers type Majestic (version modifiée des Colossus) et quatre porte-avions médians de classe Audacious destinés à remplacer les porte-avions blindés de façon plus économique que les Malta.
Porte-avions HMS Furious

Le HMS Furious en 1939

Le HMS Furious en 1939

Le bouillant amiral Fisher, premier lord de l’Amirauté était un chef charismatique et énergique débordant d’idées, imposant le cuirassé à artillerie monocalibre, le croiseur de bataille, la turbine participant grandement à la modernisation d’une marine qui tendait à s’endormir sur ses lauriers.
Peu après le début du premier conflit mondial, le First Sea Lord eut l’idée d’un débarquement amphibie sur les côtes de la mer Baltique, le débarquement de soldats britanniques et russes à 80km de Berlin pouvant faire basculer le conflit.
Pour cela il fallait une flotte adaptée à la fois des navires de transport mais également de combat pour couvrir l’opération contre une intervention de la marine allemande. D’où la construction de croiseurs de bataille légers, les Glorious Courageous et Furious.
Si les deux premiers étaient armés de deux tourelles doubles de 15 pouces, le dernier devait recevoir deux canons de 18 pouces (457mm) en tourelles simples, une à l’avant et une à l’arrière.
-Le HMS Furious est mis sur cale aux chantiers navals Armstrong Whitworth Shipyards de Wallsend le 8 juin 1915 lancé le 15 août 1916 et admis au service actif le 26 juin 1917.

Le projet de débarquement amphibie en Baltique ayant été abandonné suite au départ de Fisher de l’Amirauté (sans oublier l’échec des Dardanelles), le Furious est rapidement transformé, la tourelle avant cédant la place à un pont d’envol de 65m de long.

Suite à l’accident mortel du capitaine de corvette Dunning le 7 août 1917 (cinq jours après le premier appontage), la tourelle arrière est débarquée et remplacée par un pont d’envol de 91m couvrant un hangar, séparé du pont avant par le bloc-passerelle et la cheminée.

Il est remis en service le 15 mars 1918 et le 19 juillet lance le premier raid aéronaval sur les hangars à zeppelin installés à Tondern. Les dégâts sont cependant limités.

Mis un temps en réserve, il est remis en service en septembre 1925 avec un pont continu suite aux leçons tirées par l’utilisation du HMS Argus. Il est essentiellement utilisé comme porte-avions d’expérimentation et comme porte-avions d’entrainement.

Durant la guerre de Pologne, il participe à des opérations anti-sous-marines depuis Rosyth mais après la destruction du Courageous et une attaque manquant l’Ark Royal les porte-avions sont retirés de la lutte anti-sous-marine. Le vieux porte-avions assure ensuite des transports d’or au Canada.

Le conflit terminé, le HMS Furious reprend ses missions d’entrainement au profit des jeunes pilotes qui effectuent leurs premiers appontages y compris de nuit.

Le 5 mars 1944, il est victime d’une grave avarie de machine. Son age et son usure rendent peu profitable sa remise en état et le 17 mars 1944, il est désarmé.

Condamné le 4 juin 1944, il est vendu à la démolition le 17 septembre 1944 et démantelé. En son honneur, le troisième porte-avions de classe Malta initialement appelé New Zealand est rebaptisé Furious.

Caractéristiques Techniques du HMS Furious

Déplacement : standard 22500 tonnes pleine charge 28500 tonnes

Dimensions : longueur (flottaison) 230m (hors tout) 240m largeur 27m tirant d’eau 7.6m

Propulsion : Quatre turbines à engrenages Brown-Curtis alimentées par 18 chaudières Yarrow à petits tubes (235 psi) dévellopant une puissance totale de 91195ch et actionnant quatre hélices.

Vitesse maximale : 31.5 noeuds Distance franchissable : 6000 miles nautiques à 20 noeuds

Protection : ceinture 50 à 75mm pont blindé à 50mm

Armement : 12 canons de 102mm en six tourelles doubles, six affûts octuples Pom-Pom et 12 canons de 20mm Oerlikon en affûts simples. A partir de 1941, l’armement est réduit à quatre canons de 102mm, deux affûts octuples Pom-Pom et huit canons de 20mm.

Installations d’aviation (configuration définitive) pont d’envol de 161m de long sur 27.8m de large reliés au hangar par deux ascenseurs

Groupe aérien : Avec deux pont d’envol séparés, le groupe aérien se composait de 5 avions et 3 hydravions mais avec un pont d’envol continu, il pouvait embarquer 22 à 40 appareils. En configuration instruction, il embarquait une douzaine d’appareils.

Equipage : 1218 officiers et marins

Porte-avions HMS Argus

Le HMS Argus en 1943

Le HMS Argus en 1943

“Le fer à repasser flottant”

Comme tout vecteur militaire, le porte-avions est passé par une intense phase d’expérimentation pour obtenir un système mur et mature. Deux problèmes étaient à résoudre : le décollage et l’atterrissage.

Le concurrent de l’avion, l’hydravion résolu rapidement la problématique du décollage avec la catapulte (à poudre puis hydraulique) mais ne résolu jamais le problème de la récupération, les tapis d’amerrissage se révélant être une fausse bonne idée et la récupération à la grue rendait le navire vulnérable à un sous-marin ou à un avion en maraude.

Le premier “porte-avions” anglais, le Furious disposait d’une unique plate-forme à l’avant puis après la mort du commander Dunning d’une deuxième plate-forme à l’arrière, plate-formes séparées par les superstructures du croiseur de bataille léger.

Ces superstructures gênaient les opérations aviation et provoquaient d’importantes turbulences, rendant les appontages délicats.

Rapidement la solution d’un pont continu sans obstacle s’impose. Pour tester cette configuration, il faut une plate-forme de grande taille. Le porte-avions n’ayant pas encore fait ses preuves, il faut encore passer par la conversion.

En 1914, les chantiers William Beardmore de Damuir avaient entamé la construction de deux paquebots pour un armateur italien, les Conte Rosso et Gulio Cesare. La construction est suspendue au moment du déclenchement du premier conflit mondial.

La coque du Conte Rosso est racheté par la Royal Navy le 20 septembre 1916 et va devenir le premier porte-avions à pont continu sous le nom d’Argus.

Carrière opérationnelle

-Le HMS Argus (I49) est mis sur cale aux chantiers William Beardmore de Dalmuir sous le nom de Conte Rosso en juin 1914. Acquis en septembre 1916, il est transformé sur cale en porte-avions, lancé le 2 décembre 1917 et admis au service actif le 16 septembre 1918.

Considéré comme un auxiliaire, il n’entre pas en compte dans le contingent (135000 tonnes) de porte-avions accordé à la marine britannique.

Il va servir de navire d’expérimentation, permettant la mise au point des moyens d’appontage (les fameux brins d’arrêt) mais également va permettre de trouver la meilleure configuration pour les superstructures, le fameux ilôt et les cheminées.

Mis en réserve en 1930, il est réarmé en juillet 1938 pour entrainement et essais. Considéré comme un navire de réserve, il sert uniquement de porte-avions d’entrainement jusqu’à son désarmement le 7 juin 1944.

Remorqué à Scapa Flow, il sert de bâtiment-dépôt pour les navires au mouillage. Condamné le 14 mars 1947, il est remorqué à Inverness et démantelé entre mai et juillet 1947.

HMS Argus 1918 2

Caracteristiques Techniques

Déplacement : standard 14680 tonnes pleine charge 16028 tonnes

Dimensions : longueur 172.2m largeur 20.7m tirant d’eau 7.1m

Propulsion : quatre turbines à engrenages Parson alimentées en vapeur par douze chaudières Scotch dévellopant 20000ch et entrainant quatre hélices

Performances : vitesse maximale 20 noeuds distance franchissable 3600 miles nautiques à 10 noeuds

Armement : six canons de 102mm (quatre antiaériens et deux non-antiaériens). Entre 1940 et 1944, il ne dispose plus que de deux canons de 102mm antiaériens et deux Pom-Pom quadruples de 40mm.

Installations d’aviation :

-Pont d’envol de 1167.3m de long

-Hangar de 100.6m sur 14.6 à 20.7m de large et 4.9m de haut

-Deux ascenseurs, un ascenseur avant de 9.1 sur 11m et un ascenseur arrière de 18.3m de 5.5m

-Brins d’arrêt mais pas de catapultes

-Deux grues

-36000l de carburant

Groupe aérien : 15 à 18 appareils

Equipage : 495 officiers et marins