Grande-Bretagne (64) Fleet Air Arm (4)

Tactiques et stratégie

Considérations générales

Quand le second conflit mondial, la Royal Navy dispose de treize porte-avions, onze porte-avions d’escadre et deux porte-avions légers.

La répartition de ces navires aux capacités encore imparfaitement reconnues trahit les priorités de la Royal Navy.

Avec six porte-avions (trois Illustrious et trois Malta soit théoriquement 348 appareils), la Home Fleet dispose du plus grand nombre de ponts plats.

Cette situation s’explique à la fois par son statut métropolitain qui en fait la flotte la plus prestigieuse (ce qui ne fût pas toujours le cas, la Mediterranean Fleet lui disputant longtemps ce statut) mais également par la puissance nouvelle de la Kriegsmarine et de ces quatre porte-avions (deux porte-avions d’escadre et deux porte-avions légers).

En cas de nouvelle bataille du Jutland, les Illustrious et les Malta disputeront au Graf Zeppelin et aux trois autres porte-avions allemands la suprématie aérienne

En cas de nouvelle bataille du Jutland, les Illustrious et les Malta disputeront au Graf Zeppelin et aux trois autres porte-avions allemands la suprématie aérienne

Souhaitant ou redoutant une nouvelle bataille du Jutland, les amiraux britanniques avaient intégré la présence des porte-avions dans leur stratégie générale pour couvrir la flotte et ralentir la ligne de bataille allemande, les escadres brito-françaises et allemandes étant composées de cuirassés rapides.

La Mediterranean Fleet ne dispose que de trois porte-avions paradoxalement plus que la France qui est la nation dominante de la Mare Nostrum. Ces trois porte-avions ont des rôles différents en fonction de leur stationnement.

Le HMS Ark Royal premier porte-avions moderne (ou digne de ce nom) de la Royal Navy stationné à Malte à pour mission de couvrir l’ile forteresse contre les bombardements italiens et plus généralement de participer à la couverture des convois passant par le détroit de Sicile qu’il s’agisse des convois ravitaillant le Moyen-Orient (Egypte, Chypre, Levant) ou l’Extrême-Orient, le passage par la Méditerranée leur évitant l’éreintant passage par le Cap de Bonne Espérance.

Les HMS Indomitable et Furious stationnés à Alexandrie ont un rôle plus lié au corps de bataille de la Mediterranean Fleet (1st Battle Squadron) composé de trois divisions de cuirassés, la 6th Battleship Division avec les vénérables cuirassés Nelson et Rodney, la 7th Battleship Division qui met en oeuvre les modernes Prince of Wales et Duke of York alors que la 8th Battleship Division dispose des Barham et Valiant.

Ils doivent assurer la couverture aérienne, l’éclairage de la flotte et comme leurs homologues de la Home Fleet doivent ralentir la ligne de bataille italienne qui pourrait également être attaquée par les deux porte-avions français, le Joffre basé à Toulon et le Commandant Teste à Mers-El-Kébir.

Ils pourraient également être engagés dans la couverture de convois, d’opérations de bombardement sur les côtes libyennes ou du Dodécanèse voir le transport d’avions en direction de Malte.

Le stationnement de deux porte-avions à Singapour au sein de la British Eastern Fleet nous parait être aujourd’hui une évidence mais à l’époque ce fût l’occasion de vifs débats.

Si l’envoi des vétérans Queen Elizabeth Warspite Malaya était acquise, l’envoi de deux porte-avions pour en assurer éclairage, appui et protection fût l’objet de débats, certains ne voyant pas l’utilité de disperser la flotte de ponts plats.

Ces deux porte-avions doivent appuyer les cuirassés, en assurer l’éclairage en liaison avec les hydravions des cuirassés et des croiseurs, l’appui avec les bombardiers en piqué et les avions torpilleurs et la couverture avec leurs chasseurs Seafire.

La construction de porte-avions d’escadre prennant du temps, émergea comme on l’à vu l’idée de porte-avions économiques, quasi-consommables pouvant être construits par des chantiers habitués à construires cargos et pétroliers.

Après la commande de deux porte-avions par la France, la Royal Navy sauta également le pas en passant commande des Colossus et Glory.

Ces deux navires furent déployés respectivement à Freetown et Aden étaient chargés en temps de guerre de couvrir les convois passant dans leurs zones de responsabilité, le premier couvrant les convois Liverpool-Freetown-Le Cap (avec des branches vers Casablanca et Dakar) alors que le second couvrait l’Océan Indien et le passage en Méditerranée des convois venus d’Océanie et d’Extrême-Orient et inversement, convois transportant des marchandises, du pétrole mais également des troupes venues d’Australie et de Nouvelle-Zélande.

La menace était ici le sous-marin mais également le raider soit un croiseur auxiliaire ou un véritable navire de guerre, le porte-avions guidant sur sa cible les croiseurs voir les cuirassés qui pourraient être engagés dans cette mission.

Tactiques

Bien qu’ayant inventé le porte-avions, la Royal Navy ne se montra guère inventive dans le domaine tactique la faute à un sous-investissement lié à un manque d’intérêt, un manque de débouchés pour les brillants officiers et un manque de croyance dans ce navire.

Grâce à un investissement nettement plus important dans la période 1939/48 (six porte-avions en service en septembre 1939 dont certains dépassés et obsolètes, treize ponts plats opérationnels en septembre 1948), la Royal Navy pu prendre en compte le facteur porte-avions dans sa stratégie.

Sur le plan tactique, impossible d’imaginer le porte-avions au coeur de la stratégie navale comme de nos jours. L’Aircraft Carrier est un auxiliaire destiné à appuyer les cuirassés véritables capital ship.

Le porte-avions est en premier lieu une plate-forme de reconnaissance. Pas étonnant que le premier porte-avions britannique à pont continu fût baptisé Argus, le gardien aux 100 yeux de la mythologie grecque (c’est aussi un rappel de la bataille du Jutland dont les résultats mitigés étaient en partie lié à un manque de renseignement sur la flotte allemande).

Pourtant à la différence des américains qui développèrent le concept de Scout Bomber (à la fois bombardier en piqué et avion de reconnaissance ce qui permettait de mener des attaques d’opportunité), les britanniques tardèrent à disposer d’un avion de reconnaissance.

Oh certes il y avait bien les Fairey Swordfish et Albacore officiellement TSR (Torpedo Scout Reconnaissance) mais ils étaient bien davantage des avions torpilleurs que des éclaireurs.

Ce manque fût compensé par la présence de bombardiers en piqué Doublas SBD Dauntless et comblé par la mise en service sur certains porte-avions de Blackburn Buccaneer, des bimoteurs de reconnaissance inspirés des CAO-600 français.

Une fois la flotte ennemie repérée, il faut la ralentir pour permettre aux cuirassés amis de la rattraper et de la détruire.

Là encore, la Fleet Air Arm fait preuve de classicisme avec l’emploi de bombardiers en piqué pour amoindrir les défenses et d’avions-torpilleurs qui doivent porter le coup de grace, l’estocade avant que n’entre en jeu les canons des cuirassés.

L’avion étant vu comme une menace, il faut aussi couvrir la flotte et protéger les avions d’attaque, les chasseurs sont très présents sur les ponts des porte-avions. Certes, on pense qu’une escadre disposant d’une solide DCA peut tenir dans des eaux où l’ennemi à acquis le contrôle des cieux (ce que la campagne de Norvège se chargera de démentir) mais la présence d’un porte-avions est un plus indéniable.

Grumman Martlet Mk I

Grumman Martlet Mk I

Outre l’escorte des avions d’attaque ainsi que la riposte à un raid ennemi, les chasseurs embarqués sur les porte-avions britanniques (Grumman Martlet mais surtout Supermarine Seafire) effectuent des Combat Air Patrol (CAP), des patrouilles ou des patrouilles doubles (deux ou quatre avions) qui surveillent un secteur précis pour anticiper une attaque ennemie ou abattre des éclaireurs.

Grande Bretagne (29) Porte-avions (4)

Porte-avions lourds classe Malta

Architecture britannique ? Architecture américaine ? Non Architecture atlantique

Comme nous l’avons vu plus haut, le porte-avions blindé était sécurisant pour la survie du navire mais le coût était très élevé notamment en terme de groupe aérien de taille réduite pour un navire dépassant 20000 tonnes.

De plus la moindre modification et la moindre évolution des appareils embarqués rendaient les travaux coûteux. Déjà l’Ark Royal connaissait des limites avec ses ascenseurs étroits.

Outre ces réflexions purement britanniques, il faut ajouter les informations venant de pays comme les Etats-Unis, le Japon et la France.

Ces trois puissances utilisaient leurs porte-avions de façon similaire (France) ou différente (Etats-Unis et Japon) de la Grande-Bretagne mais le retour d’expérience était pour le moins intéressant.

Une vitesse supérieure à 30 noeuds était plus que nécessaire pour faciliter notamment les opérations de vol. Un porte-avions d’escadre lent était à proscrire.

A la différence de la Royal Navy qui abritait tous ces avions dans le hangar, les trois autres pays n’hésitaient pas à laisser sur le pont d’envol une partie des appareils, les appareils descendants dans le hangar étant ceux qui avaient besoin de réparations.

Toutes ces réflexions alimentèrent le projet de porte-avions destiné à succédé aux Illustrious (qui devaient d’abord être six avant que les deux derniers soient suffisamment différents pour former une classe différente), les futurs Malta.

Prévoyant l’avenir, les ingénieurs britanniques dessinèrent un navire très grand, déplaçant 45000 tonnes soit plus que les Essex américains.

Le pont d’envol blindé était conservé mais son épaisseur était plus légère (55 contre 76mm), les protections du hangar étaient également allégées, seul l’appareil à gouverner, les soutes à mazout et à munitions étaient toujours aussi solidement protégées.

L’ilot était conçu dès l’origine pour recevoir des radars et l’armement était identique aux Illustrious avec seize canons de 114mm en huit tourelles doubles plus des canons de 20 et de 40mm.

Quand au groupe aérien, il était porté à 64 appareils même si en théorie 80 avions pouvaient prendre place à bord des Malta.

Cette architecture à mi-chemin entre le choix britannique et le choix américain reçut le nom d’architecture atlantique.

Quatre navires sont commandés. Ils sont baptisés dans un premier temps Malta Gibraltar Africa et New Zealand mais les deux derniers sont rebaptisés Hermes et Furious.

Ces navires sont mis en service avant le début du conflit, un en Méditerranée (Furious), les trois autres au sein de la Home Fleet (Malta Gibraltar Hermes).

Deux navires modifiés en tenant compte de l’utilisation de leurs ainés sont commandés dans le cadre du programme de guerre. Ils sont baptisés Courageous et Glorious. Achevés à la fin de la guerre, ils seront rapidement transformés avec piste oblique et catapultes à vapeur.

Carrière opérationnelle

-Le HMS Malta (D93) est mis sur cale aux chantiers navals John Brown de Clydebank le 4 mars 1942 lancé le 8 juin 1944 et mis en service le 2 septembre 1946.

Il est affecté à la Home Fleet dès sa mise en service avec pour base Faslane sur la côte occidentale de l’Ecosse, base créée pour désengorger Rosyth son pendant oriental.

En septembre 1948, le porte-avions était en service et pleinement opérationnel. Le 5, il effectuait un entrainement en mer d’Irlande. Il reçoit aussitôt l’ordre de rallier son port d’attache pour se ravitailler en carburant, munitions et vivres. Dès le 8, il appareille pour rejoindre Scapa Flow et de là être engagé contre les cibles allemands en Norvège.

-Le HMS Gibraltar (D68) est mis sur cale aux chantiers navals Vickers-Armstrong de Newcastle-upon-Tyne le 12 septembre 1942 lancé le 21 décembre 1944 et mis en service le 30 mai 1947.

Affecté lui aussi à la Home Fleet,il était stationné à Faslane sur la Clyde mais à la différence du Malta, il était immobilisé pour entretien à flot le 5 septembre 1948. Les travaux sont cependant accélérés pour permettre au navire d’être disponible le plus rapidement possible.

-Le HMS Hermes (D06) est mis sur cale aux chantiers navals Fairfield Shipbuilding de Govan sous le nom d’Africa le 14 janvier 1944. Lancé le 8 juin 1946, il est mis en service le 30 mars 1948 sous le nom d’Hermes, le changement ayant été officialisé le 4 janvier 1947, trois mois après le désarmement du premier porte-avions baptisé ainsi.

Affecté lui aussi à la Home Fleet, il est stationné avec ses deux sister-ship à Faslane dans l’estuaire de la Clyde.

Le 5 septembre 1948, il était à quai. Il est mis en alerte à l’annonce des bombardements allemands puis appareille le lendemain pour se mettre en position dans le nord-ouest des îles britanniques afin d’intercepter d’éventuels raiders allemands cherchant à passer dans l’Atlantique.

-Le HMS Furious (D43) est mis sur cale aux chantiers navals Cammerll Laird de Birkenhead le 8 juin 1943 sous le nom de New Zealand.

Rebaptisé Furious le 19 mars 1944 (deux jours après le désarmement du premier porte-avions britannique), il est lancé 17 juillet 1945 et mis en service le 8 décembre 1947, l’admission au service actif ayant été retardé par un incendie survenu le 8 octobre 1946.

A la différence de ses trois sister-ship, il est affecté à la Mediterranean Fleet et basé à Alexandrie en compagnie de l’Indomitable.

Le 5 septembre 1948, le porte-avions était à quai à Alexandrie. A l’annonce des bombardements allemands, il est mis en alerte prêt à appareiller pour un raid contre les positions italiennes (Libye, Dodécanèse voir plus audacieux contre l’Italie péninsulaire ou l’Albanie) ou pour couvrir le corps de bataille (1st Battle Squadron).

Ecorché sommaire de la classe Malta

Ecorché sommaire de la classe Malta

Caractéristiques Techniques

Déplacement : standard 45000 tons (40000 tonnes métriques) pleine charge 52000 tons (47000 tonnes métriques)

Dimensions : longueur hors tout 275m largeur 31.5m tirant d’eau 9.5m

Propulsion : quatre groupes de turbines à engrenages Parsons alimentées en vapeur par huit chaudières Amirauté développant 200000ch et entrainant quatre hélices

Performances : vitesse maximale 33 noeuds distance franchissable 12500 miles nautiques à 10 noeuds

Protection : ceinture 114mm pont d’envol 55mm bulkheads 55mm appareil à gouverner 50mm soutes à munitions 52mm

Electronique : un radar d’altimétrie type 277, un radar de veille aérienne type 279, un radar de veille aérienne type 281, six radars de conduite de tir type 282 (artillerie légère) et quatre radars de conduite de tir type 285 (artillerie de 114mm)

Armement : huit tourelles doubles de 114mm en quatre groupes de deux (bâbord avant tribord avant tribord arrière bâbord arrière), 32 canons de 40mm Bofors en huit affûts quadruples et 24 canons de 20mm Oerlikon en affûts simples

Installation d’Aviation/Groupe aérien :

-Pont d’envol de 275m de long sur 31.5m de large équipé de deux catapultes hydrauliques, de neufs brins d’arrêt et de trois barrières pour retenir un avion ayant manqué les brins.

-Deux ascenseurs axiaux, un ascenseur avant de 15m de long sur 12m et un ascenseur arrière de 15m sur 8m.

-Hangar unique de 198m de long sur 22m de large et une hauteur de 5.20m

-470000 litres de carburant

Le Blackburn Buccaneer n'est autre qu'une copie du SNCAO CAO-600 même si les britanniques prétendent toujours le contraire 70 ans après

Le Blackburn Buccaneer n’est autre qu’une copie du SNCAO CAO-600 même si les britanniques prétendent toujours le contraire 70 ans après

-Groupe aérien composé de 72 appareils avec trente-deux Supermarine Seafire, huit Blackburn Buccaneer de reconnaissance, d’observation et de torpillage, seize Fairey Barracuda de torpillage et seize Douglas Dauntless. S’ajoute des appareils de servitude qui n’embarquent pas sur le navire sauf pour une courte durée

Equipage : 2800 officiers et marins

Porte-avions légers classe Colossus

La quantité plutôt que la qualité ?

Avant le second conflit mondial, le porte-avions est vu comme un brillant auxiliaire, un excellent second destiné à soutenir les cuirassés dans leur recherche frénétique de la bataille finale. L’idée même que le porte-avions puisse faire seul la décision est rejetée avec hauteur et dédain par les amiraux surfaciers.

Pourtant il n’est pas un mal-aimé, les constructions se multipliant notamment au sein de la marine britannique.
Néanmoins le choix du porte-avions blindé associé à des chantiers aux méthodes de construction vieillissantes (le rivetage est privilégié par rapport à la soudure) rend fort lente la construction de ces ponts plats qu’aucune marine majeure (ou se prétendant ainsi) ne peut négliger.

Emerge l’idée d’un porte-avions économique, pas forcément rapide (entre 25 et 30 noeuds), sans protection ou presque avec une DCA légère.

Des méthodes de construction novatrices (préfabrication, soudure) pouvant permettre une construction bien plus rapide que les Fleet Carrier et permettrait de laisser ces grands porte-avions se consacrer sur les missions principales en laissant à leurs petits frères le transport d’avions, l’entrainement et la formation des pilotes, la protection rapprochée du trafic commercial…. .

Un temps la conversion de paquebots, pétroliers et cargos est étudiée mais les navires marchands rapides sont rares et précieux. De plus leurs capacités sont jugées insuffisantes pour des missions de combat.

Un projet est présenté par Vickers en juin 1942. Paradoxalement la première marine intéressée est la Royale, la marine française qui cherchait à s’équiper de deux porte-avions légers, l’un pour couvrir ses forces en Indochine et un second pour des missions secondaires comme la formation des pilotes.
Le contrat signé par la France en mars 1943 fait figure d’électrochoc pour la fibre patriotique britannique et en juin, deux porte-avions identiques (à l’exception des catapultes, des brins d’arrêts, de la DCA et de l’électronique) sont commandés par la Royal Navy, des navires baptisés Colossus et Glory.

Le Guillaume d'Orange, premier porte-avions de la marine néerlandaise

Le Guillaume d’Orange, premier porte-avions de la marine néerlandaise

La marine néerlandaise est également intéressée pour couvrir ses croiseurs de bataille déployés aux Indes Néerlandaises. Deux navires sont un temps envisagé mais au final une seule unité est commandée, la construction étant menée aux Pays-Bas, aux chantiers RDM de Rotterdam sous licence Vickers.
Ce modèle de porte-avions d’abord dédaigné par la Royal Navy devient un véritable succès avec la commande de deux navires par le Canada et d’un navire par l’Australie.

Il est probable que sans le déclenchement du conflit d’autres commandes auraient pu aboutir notamment en Amerique du Sud où seule l’Argentine avait acquis un porte-avions baptisé Independencia, le Brésil et le Chili un temps intéressé ne donnèrent pas suite à une commande pour respectivement deux et un navire avant le déclenchement du second conflit mondial. Ce seront finalement les américains qui remporteront la timbale avec leurs Independence souvent considérés comme des « American Colossus ».

Cela nous donne un total de huit navires commandés avant septembre 1948. Sur ces huit, six sont en service (les deux français, les deux britanniques, le néerlandais et le premier canadien), le deuxième porte-avions destiné à la Royal Canadian Navy est en achèvement à flot tout comme le porte-avions léger destiné à la marine australienne (Royal Australian Navy).
Comme souvent le déclenchement des hostilités libère les énergies et les résistances du temps de paix où on renacle à l’investissement.
Pas moins de seize porte-avions économiques sont commandés, huit identiques aux Colossus et huit d’une version améliorée appelée Majestic mais ceci est une autre histoire.
Carrière opérationnelle

HMS Colossus

HMS Colossus

-Le HMS Colossus est mis sur cale aux chantiers navals Vickers-Armstrong de Newcastle-upon-Tyne le 8 mars 1944 lancé le 12 septembre 1945 et mis en service le 8 mars 1947.

Il est affecté à Freetown où il est le principal navire de la West African Station, une escadre chargée de surveiller l’Atlantique Sud et notamment de traquer les raiders allemands s’attaquant au commerce britannique.
En septembre 1948, il venait de revenir de Gibraltar où le porte-avions subissait un carénage destiné à le remettre en état.
Quand le conflit éclate, le porte-avions prend la mer pour entamer un long cycle de patrouille pour répérer des navires allemands engagés dans une guerre au commerce.

Le HMS Glory à Malte

Le HMS Glory à Malte

-Le HMS Glory est mis sur cale aux chantiers navals Harland & Wolf de Belfast le 2 septembre 1944 lancé le 22 février 1946 et mis en service le 30 septembre 1947.
Il est affecté à l’India Station avec pour base Aden dans la péninsule arabique. Sa mission est de montrer la White Ensign dans la région, de mener des missions de police coloniale face aux remuantes tribus d’Arabie et en cas de conflit de protéger le trafic commercial, les navires isolés mais également les convois amenant en Europe, les troupes venues des dominions d’Océanie.
En septembre 1948, le porte-avions est à la mer avec ses escorteurs pour traquer les navires allemands dans la région tout en surveillant les forces italiennes de la mer Rouge.
Caracteristiques Techniques
Déplacement : standard 14000 tonnes pleine charge 17000 tonnes

Dimensions : longueur 211.25m largeur (flottaison) 24.50m tirant d’eau (en charge) 7.15m

Propulsion : turbines à engrenages Parson alimentées par quatre chaudières type Amirauté développant une puissance totale de 40000ch et entrainant deux hélices

Performances : vitesse maximale 25 noeuds distance franchissable 12000 miles nautiques à 14 noeuds

Armement : 48 canons de 40mm Bofors en vingt-quatre affûts doubles

Installations aéronautiques et Groupe aérien : Une catapulte à l’avant Deux ascenseurs axiaux Hangar de 135.63×15.84×5.33m Dix brins d’arrêt.

Le groupe aérien se compose de douze Grumman Martlet Mk III, six Fairey Albacore et quatre Douglas Dauntless.

Equipage : 42 officiers et 777 officiers mariniers et quartiers maitres et matelots pour la conduite du navire et environ 200 hommes pour le groupe aérien

Grande-Bretagne (11) Royal-Navy (3)

La guerre de Pologne

Ordre de bataille de la Royal Navy en septembre 1939

-Comme en 1914, la majorité des moyens navals britanniques sont rassemblés en mer du Nord pour faire face à l’Allemagne, Londres n’ayant plus les moyens de maintenir deux puissantes flottes en mer du Nord et en Méditerranée, laissant la garde de la Mare Nostrum à la Royale qui doit faire face à l’Italie qui restera neutre dans le conflit qui s’ouvre.

Home Fleet

Comme en 1914, la Home Fleet se rassemble à Scapa Flow dans les Orcades. Elle se compose des moyens suivants :

-Le 2nd Battle Squadron avec les cuirassés Nelson Rodney Royal Oak Royal Sovereign Ramillies

-Le Battlecruiser Squadron avec les croiseurs de bataille Hood et Repulse

-Le porte-avions Ark Royal

-18th Cruiser Squadron : croiseurs légers classe Town Newcastle Sheffield Edimburgh Belfast

-12th Cruiser Squadron : croiseurs légers Effingham Emerald Enterprise Cardiff Delhi Dunedin

-7th Cruiser Squadron : croiseurs légers Diomede Dragon Calypso Caledon

-Croiseur antiaérien Calcutta

-Poseur de filet Guardian

-Croiseur Aurora qui sert de navire de commandement pour les destroyers
-Deux flottilles de destroyers, la 6th Destroyer Flottilla avec huit navires et la 8th Destroye Flottilla avec neuf navires.

-navire-dépôt Greenwich

-1st Minesweeping Flotilla avec sept dragueurs océaniques

Le reste des moyens de la Home Fleet sont basés à Rosyth avec le porte-avions Furious qui ne sert plus que de porte-avions d’entrainement, à Dundee où se trouve la 2nd Submarine Flottilla (navire-dépôt Forth et quatorze sous-marins, à Blyth avec la 6th Submarine Flottilla (navire-dépôt Titania et sept sous-marins) et surtout dans l’estuaire de la Humber avec la Humber Force.

Cette force stationnée dans l’estuaire formé par les rivières Ouse et Trente est destinée à empêcher les raids allemands sur la côte est de la Grande-Bretagne. Elle dispose des moyens suivants :

-2nd Cruiser Squadron : croiseurs légers Southampton et Glasgow

-7th Destroyer Flottilla avec neuf destroyers

-Deux dragueurs de mines

Channel Force

Cette “Force de la Manche” est distincte de la Home Fleet. Elle est chargée de la défense de La Manche en liaison avec la Flotte de l’Atlantique et de l’Escadre Légère du Nord (ELN), deux formations de notre marine nationale. Elle dispose des moyens suivants :

-Cuirassés Resolution et Revenge

-Porte-avions Courageous et Hermes

-Croiseurs légers Ceres Caradoc Cairo (ce dernier est antiaérien)

-18th Destroyer Flottilla : neuf destroyers

Home War Organisation

Cette organisation mise en place au moment du déclenchement de la guerre de Pologne répartit dans des différents ports des flottilles de destroyers pour la défense locale et la couverture des convois.

-A Devonport sont stationnées deux flottilles de destroyers, le 11ème avec dix destroyers et la 17ème avec huit destroyers

-A Portland (comté de Dorset), la 12th Destroyer Flottilla dispose de six destroyers

-A Portsmouth, la 16th Destroyer Flottilla dispose de dix navires dont quatre attachés

-A Rosyth et Milford Haven, la 15th Destroyer Flottilla dispose de huit destroyers

-A Douvres, la 19th Destroyer Flottilla

Home Command

Sous ce commandement se trouvent des moyens d’escorte et de protection :

-Le Nore Command dispose à Douvres de trois dragueurs, dans l’Estuaire de la Tamise de douze dragueurs dont neuf chalutiers.

-Le Portsmouth Command dispose de huit dragueurs dont quatre chalutiers et de cinq chalutiers anti-sous-marins

-Le Western Approaches Command aligne six escorteurs, trois chalutiers ASM et trois chalutiers-dragueurs, tous stationnés à Devonport

-Enfin le Rosyth Command dispose de huit escorteurs

Mediterranean Fleet

Cette flotte chargée de couvrir la Méditerranée et le passage de convois en direction de l’Extrême-Orient via le détroit de Gibraltar et le canal de Suez dispose de moyens assez importants mais ses bases sont inadaptées soit parce qu’elles sont trop proches de l’ennemi (Malte), manquent d’infrastructures (Alexandrie) ou trop éloignée (Gibraltar).

La priorité de la Royal Navy sera d’ailleurs d’arracher les crédits pour améliorer les infrastructures égyptiennes de la marine britannique, une lutte de longue haleine qui finira par payer par l’installation d’une base moderne créée ex-nihilo à proximité d’Alexandrie.

En attendant en septembre 1939, elle dispose des moyens suivants :

-1st Battle Squadron avec les cuirassés Warspite Barham Malaya

-Porte-avions Glorious

-1st Cruiser Squadron : croiseurs lourds Devonshire Shropshire Sussex

-3rd Cruiser Squadron : croiseurs légers Arethusa Penelope Coventry (CLAA)

-Le commandement des destroyers est assuré par le croiseur léger Galatea et le navire-dépôt Woolwich. Sous leur autorité, on trouve quatre flottilles destroyers, les 1ère, 2ème, 3ème et 4ème avec respectivement, 9, 5, 9 et 8 navires mais la 2nd Destroyer Flottilla ne va pas tarder à rejoindre l’Angleterre.

-Quatre navires d’escorte

-1st MTB Flottilla avec le navire-dépôt Vulcan et douze vedettes lance-torpilles

-Poseur de filets Protector

-Mouilleur de mines Medusa

-3rd Minesweeping Flottilla avec cinq dragueurs

-Navire-atelier Resource

China Station

La Station de Chine dispose de moyens importants en raison de la menace japonaise. Elle s’appuie sur une base installée à Hong Kong ainsi que sur le “Gibraltar de l’Extrême-Orient”, Singapour, la base d’Alor Setar en Malaisie _vitale pour verrouiller le détroit de Malacca_ ainsi que les ports des dominions _Australie et Nouvelle-Zélande_ .

Les ports indiens peuvent servir de base mais ils sont mal équipés et surtout bien trop éloignés pour être utiles.

Durant la période de Pax Armada, la coopération avec les autres puissances coloniales de la région se dévellope et la China Station peut espérer s’appuyer sur les bases françaises (Haiphong, Saïgon et surtout Cam-Ranh _la base la mieux équipée de la région_), américaines (Manille et son arsenal de Cavite) et néerlandaises, la marine néerlandaise étant la seule déployant à titre permanent des navires de ligne.

Une base tactique de ravitaillement (sans installations de carénage) est installée sur l’île de Borneo à Kuching

En septembre 1939, cette force aligne les moyens suivants :

-5th Cruiser Squadron avec les croiseurs lourds Kent Cornwall Dorsetshire ainsi que le croiseur léger Birmingham

-Porte-avions Eagle

-21st Destroyer Flottilla (appelée en Méditerranée) avec neuf destroyers

-Cinq navires d’escorte

-4th Submarine Flottilla avec le navire-dépôt Medway, un destroyer et quinze sous-marins

-Cinq destroyers affectés à la défense de Hong-Kong

-Mouilleur de mines Redstart

-2nd Motor TorpedoBoat Flottilla (2nd MTB Flottilla) avec six vedettes lance-torpilles

-Vingt canonnières fluviales

-Monitor Terror

South Atlantic Commandand (Freetown, actuelle Sierra Leone)

-6th Cruiser Squadron avec le croiseur léger Neptune

-9th Cruiser Squadron avec les croiseurs légers Despatch Dauntless Danae Durban
-4th Destroyer Division (2nd Destroyer Flottilla) avec quatre navires

-Porte-hydravions Albatros

-Quatre navires d’escorte

-Deux sous-marins

North Atlantic Command (Gibraltar)

-Croiseurs Colombo et Capetown

-13th Destroyer Flottilla avec neuf destroyers

-Deux sous-marins

-Deux dragueurs de mines

American and West Indies Station (Halifax et Bermudes)

-8th Cruiser Squadron avec les croiseurs lourds Berwick et York ainsi que les croiseurs légers Orion et Perth (ce dernier appartenant à la marine australienne).

-Deux navires d’escorte

Autres formations

-En Inde est déployé le 4th Cruiser Squadron avec les croiseurs légers Gloucester Liverpool Manchester en compagnie de sept navires d’escorte dont cinq appartenant à la Royal Indian Navy.

-Des navires sont en réserve ou servant pour l’entrainement :

-Croiseurs lourds Hawkins et Frobisher

-Porte-avions Argus

-Croiseur mouilleur de mines Adventure

-Cinq destroyers

-Dix dragueurs de mines

-Porte-hydravions Pegasus

-La 5th Submarine Flottilla assure la formation des sous-mariniers avec un navire-dépôt
et huit sous-marins d’entrainement

-Croiseur-école Vindictive

-1st Flottilla Anti-Submarine Boat avec cinq vedettes anti-sous-marines

-Il ne faut pas oublier la participation des dominions qui en septembre 1939 disposent de moyens limités :
-Canada : six destroyers

-Australie : croiseurs lourds Canberra et Australia croiseurs légers Sydney Hobart Adelaïde trois destroyers et deux navires d’escorte

-Nouvelle-Zélande : croiseurs légers Leander et Achilles plus deux navires d’escorte

Si les deux premières disposent de marines indépendantes, la dernière n’en dispose pas encore, il faudra attendre 1944 pour que ce soit le cas.

En septembre 1939, d’autres navires sont en refonte ou en entretien et donc non opérationnels :

-Cuirassés Queen Elizabeth et Valiant

-Croiseur de bataille Renown

-Croiseurs lourds Suffolk London Norfolk

-Croiseurs légers antiaériens Curlew Curacoa Carlisle.

-Un navire d’escorte et quatorze destroyers

La Royal Navy dans la guerre de Pologne

Quand éclate le conflit le 3 septembre 1939, la priorité pour la marine britannique est de couvrir le passage en France du Corps Expéditionnaire Britannique (British Expeditionnary Force BEF) en France en les protégeant contre l’aviation et les sous-marins allemands. Une mission réussie.

Elle met en place comme en 1914 le blocus des côtes allemandes pour empêcher le trafic commercial allemand et forcer la Kriegsmarine à accepter un combat en haute-mer. Cette dernière bien inférieure en nombre et en puissance se dérobera toujours à cet affrontement espéré.

Naufrage du HMS Courageous sous les coups du U-29

Naufrage du HMS Courageous sous les coups du U-29

Plusieurs sous-marins allemands sont coulés durant ce bref conflit mais les U-Boot prennent leur revanche en détruisant le porte-avions HMS Courageous le 17 septembre 1939 (U-29) puis le cuirassé HMS Royal Oak par le U-47 du commandant Gunther Prien qui se glisse dans la nuit du 13 au 14 octobre 1939 dans la rade réputée inviolable de Scapa Flow pour détruire au mouillage le vénérable cuirassé.

La chasse aux raiders allemands est peu fructueuse mais marquée par la destruction du cuirassé de poche Admiral Graf Spee le 17 décembre 1939. Ce dernier réfugié à Montevideo doit se saborder, les alliés ayant refusé un sauf-conduit pour permettre au cuirassé de rentrer en Allemagne.

Quand le conflit se termine, la marine britannique à donc perdu un porte-avions, un cuirassé et plusieurs sous-marins.