Benelux (47) Belgique (8)

Reconstituer une armée oui mais comment ?

Si quelques troupes belges combattent encore aux côtés des alliés, le général Villeneuve pour éviter tout problème politique préfère les replier loin du front officiellement pour leur permettre de se reposer mais personne n’est dupe à tel point que nombre de belges choisiront de s’engager dans la Légion Etrangère, faisant ainsi mentir les paroles du Boudin («Pour les belges il y en à plus ce sont des tireurs au cul»).

Finalement le problème est réglé quand un gouvernement en exil est officiellement mis sur pied par le premier ministre en exercice au moment de l’invasion à savoir Paul von Zeeland.

C’est un gouvernement d’union nationale où la volonté de continuer la lutte aux côtés des alliés transcende les étiquettes politiques.

Ce gouvernement qui avait d’abord pris ses quartiers à Douvres (dans le candide espoir de retourner en Belgique) finit par s’installer non pas à Londres comme on aurait pu s’y attendre mais à Caen, Sainte-Adresse étant trop proche du front pour être sure.

Français et Britanniques ont d’abord d’autres chats à fouetter plus sérieux que la reconstitution de l’armée belge. Ils font d’abord la sourde oreille à toute idée de reconstituer des unités belges autonomes (ou promettent d’étudier la question ce qui reviens à peu près au même).

En effet la campagne de France ne se passe pas si bien que prévue. Non seulement le 18 juin 1949 les allemands ont largement pénétré en France par la frontière nord-ouest mais en plus le 22 juin, l’opération TIGER à été déclenchée contre la ligne Maginot.

Celle-ci va résister pendant près de deux mois jusqu’à la fin du mois d’août (quelques ouvrages isolés vont prolonger les festivités jusqu’en septembre 1949) mais finit par céder, laissant craindre une ruée des Panzer en direction de Paris.

En réalité les allemands sont épuisés par les combats. Les pertes ont été bien plus lourdes que prévues et la logistique peine à suivre d’autant que les infrastructures ont été méthodiquement sabotées quand elles n’ont pas été victimes des combats.

Voilà pourquoi les allemands ne parviendront qu’à atteindre La Seine où leur élan se brisera après une ultime tentative le 17 octobre 1949 (opération HUBERTUS), dessinant un front à la forme étonnante où Paris formait une hernie que les allemands ne purent ou ne voulurent pas résorber.

Front français fin 1949

Le front français fin 1949

Quand s’achève l’année 1949, le front est stabilisé, front qui suit donc le cours de la Seine avec la «poche de Paris», borde les contreforts du plateau de Langres, passe à l’ouest de Dijon, descend jusqu’aux premiers contreforts des Alpes puisque les genevois peuvent admirer _si l’on peut dire_ le drapeau à croix gammée flotter de l’autre côté du lac Leman.

Le 7 décembre 1949, une réunion au sommet à lieu à Tours où s’est installé le gouvernement français. Le général Villeneuve, généralissime des forces alliées est questionné pour savoir quand les alliés seront en mesure d’attaquer.

D’un naturel optimiste, le général Villeneuve douche les ardeurs des plus va-t-en guerre en estimant le délai minimum à un an soit fin 1950 et comme une offensive générale en hiver est peu probable, cela repousse la libération des territoires occupés au printemps 1951 au plus tôt puisque personne ici n’imagine les allemands rester l’arme au pied sans réagir.

Ils ne peuvent savoir qu’à l’époque, le duo Himmler/Heydrich à décidé de régler le problème soviétique en lançant le lent et long processus qui allait mener à l’opération BARBAROSSA.

Le général Villeneuve prépare une guerre de très longue durée. Outre la fortification durable du front, il obtient l’aménagement d’une ligne de sécurité suivant grossièrement une ligne reliant Caen-Chartres-Orleans-Loire-Lyon-Genève.

Cette ligne de sécurité est vue comme une dépense de temps et de moyens inutile mais pour le «Général Tornade» (que ses ennemis ont alors surnomé «Général Brise») c’est un gage de sécurité et de sérénité pour réarmer, ré-entrainer et rééquiper les divisions françaises, britanniques,belges et néerlandaises en attendant une hypothétique intervention américaine.

Suite à un accord interallié en date du 17 février 1950, Paris et Londres se partagent le rééquipement des armées belges et néerlandaises.

Le Luxembourg n’est pas en reste même si forcément sa contribution à l’effort de guerre allié sera symbolique. Néanmoins un Groupement de Volontaires Luxembourgeois sera créé avec une batterie d’artillerie à six canons, une compagnie d’infanterie motorisée et un escadron d’autos blindées d’abord chargées de la protection de l’état-major de l’ABL puis engagée au combat sous commandement belge. Des officiers d’état-major luxembourgeois seront également formés.

Si la France s’occupait des belges et des luxembourgeois, la Grande-Bretagne devait elle fournir armes et matériel aux néerlandais. Cette séparation n’était cependant pas bêtement étanche puisque les unités belges et néerlandaises devaient opérer ensemble.

Le 4 mai 1950 les allemands lancent l’opération NIBELUNGEN pour franchir la Seine entre Le Havre et Paris. Quelques têtes de pont sont établies sur la rive sud de la Seine mais les renforts peine à arriver ce qui permet aux troupes alliées d’anéantir ces poches, les allemands parvenant néanmoins à se retirer au bon ordre. Ailleurs sur le front des offensives locales sont menées pour rectifier le front.

Cet échec allemand en juin 1950 coïncide avec l’opération BARBAROSSA. Les alliés comprennent que malgré leurs moyens importants les allemands ne pourront pas à la fois envahir l’URSS et reprendre l’avance sur le front occidental.

Fin 1950, le général Villeneuve charge le général Juin d’assurer la planification stratégique pour non seulement le franchissement de la Seine mais aussi la libération des territoires occupés.

C’est au cours de l’année 1950 que l’Armée Belge Libre (ABL) est créée et va monter en puissance, une armée qui est en réalité belgo-néerlandaise. En effet elle comportait deux corps d’armée belges et un corps d’armée néerlando-belge.

Le 1er Corps d’Armée (1er CA) se compose de deux divisions d’infanterie, le 2ème Corps d’Armée (2ème CA) se compose d’une division d’infanterie et d’une division blindée alors que le 3ème Corps d’Armée ou Corps d’Armée Néerlando-belge comprend deux divisions d’infanterie (une néerlandaise et une belge) et une division blindée néerlandaise, la division «Princesse Irène».

Cette armée intègre la réserve stratégique alliée et ne participe donc pas à la phase initiale de l’opération AVALANCHE déclenchée le 18 juin 1951. Elle ne va être engagée qu’à partir de la fin du mois de juillet en relève des troupes alliées éreintées par de très violents combats. Le baptême du feu des belgo-néerlandais à lieu le 27 juillet 1951 en Normandie.

Cette armée belgo-néerlandaise dépend du Groupe d’Armées n°1 qui est considérée comme l’aile marchante du dispositif allié sur une zone de responsabilité (Area of Respondability) allant des rives de la Manche à la «poche de Paris».

Lors du déclenchement de l’opération AVALANCHE, le GA n°1 comprend l’Armée Canadienne en France, les 1ère, 2ème et 3ème Armées Françaises mais aussi la 1ère Armée britannique soit cinq armée, trois corps d’armée canadiens, neuf corps d’armée français et quatre corps d’armée britanniques soit seize corps d’armée et trente-six divisions qui forment l’aile marchante couverte à sa droite par les troupes américaines.

Comme nous l’avons vu plus haut cette Armée Belge Libre ou Armée Belge en France était en réserve stratégique avec trois corps d’armée et sept divisions (deux divisions blindées _une belge et une néerlandaise_ et cinq divisions d’infanterie _une division néerlandaise et quatre divisions belges_) en compagnie de la 2ème Armée Britannique à trois corps d’armée (sept divisions d’infanterie et deux divisions blindées).

L’ABL est engagée en relève de la 1ère Armée française. Elle est engagée alors que la résistance allemande s’est fortifiée, chaque ville, chaque village, chaque hameau de notre terre de France imposant un effort important pour chaque objectif, une véritable guerre d’usure.

Après deux mois de combats, l’ABL repasse en réserve alors qu’elle se situe au sud de la Somme, étant relevée par la 2ème Armée Britannique.

L’armée belgo-néerlandaise est réorganisée avec deux corps belges (un corps à trois divisions d’infanterie et un corps à une division d’infanterie et une division blindée) et un corps néerlandais (une division d’infanterie et une division blindée).

Elle est réengagé début 1952 alors que le territoire belge est en partie libéré, Ostende tombant en novembre 1951, Zeebrugge en décembre 1951. Elle relève la 1ère Armée Française et va jouer un rôle clé dans la prise de Bruxelles qui est libérée le 7 février 1952 alors que le roi Léopold III à été obligé de rallier l’Allemagne.

L’ABL va ensuite participer à la libération des Pays-Bas, passant ensuite en Allemagne, les belges regrettant de ne pouvoir libérer la totalité du pays, tâche réalisée par les français, les britanniques et les américains.

Fin 1953, la totalité du Benelux est libéré. C’est le début de la Campagne d’Allemagne qui est marquée par une profonde réorganisation du dispositif allié avec des transferts d’armées notamment.

C’est ainsi que l’ABL intègre le 21ème Groupe d’Armées britannique (21st British Armies Group) composé de la 1ère Armée canadienne, des 1ère et 7ème Armées britanniques, de la 1ère Armée belge (ex-ABL).

Les divisions belges vont participer aux combats en Allemagne, terminant à la frontière danoise en faisant leur jonction en mars 1954 avec les troupes américaines venues de Norvège et du Danemark (opération BOREALIS).

Quand l’Allemagne capitule le 30 avril 1954, les troupes belgo-néerlandaises assuraient le nettoyage de la côte Baltique, luttant contre des unités militaires allemandes refusant l’ineluctable qu’il s’agisse de S.S ou de soldats de la Wehrmacht voir de civils armés organisés en corps francs.

Les divisions belges se regroupent dans la région de Kiel où elles sont mises au repos. Le lent et long processus de démobilisation commence en juin 1954, les plus anciens étant libérés les premiers, les plus jeunes restant sous les drapeaux. Si certains réclamèrent immédiatement leur démobilisation, d’autres décidèrent de rempiler, certains s’étant découvert une vocation militaire sur le tard.

Les unités belges quittent le nord de l’Allemagne pardon le nord des Nouveaux Pays Allemands, rentrant en Belgique fin 1954. L’armée belge est réorganisée en 1956/57 et dès 1958, un corps d’armée belge à trois divisions d’infanterie et une division blindée s’installe dans le Hanovre, l’un des nouveaux pays allemands (avec la Bavière, la Saxe, la Prusse et la Confédération du Rhin), y restant jusqu’en 1992 quand les unités qui y sont encore déployées (une division d’infanterie et une division blindée) sont rapatriées en Belgique.

La Belgique à également combattu en Afrique, participant aux combats en Afrique orientale italienne (AOI), mobilisant essentiellement la Force Publique même si quelques unités métropolitaines réfugiées en France ont été envoyées en Afrique centrale pour renforcer la FP notamment dans les domaines où elle affichait certaines déficiences.

Après les offensives italiennes contre le Kenya et le Soudan anglo-egyptien (automne 1948), les alliés passent à la contre-offensive avec l’opération GIDEON lancée le 11 juillet 1950.

L’offensive alliée est une manœuvre complexe avec des diversions venues de la Côte Française des Somalis (CFS), du Soudan et du Somaliland et une offensive principale venue du Kenya.

Les combats sont durs avec un climat hostile, une logistique souvent insuffisante et des moyens trop limités pour l’emporter rapidement. Il faudra attendre la fin du mois de septembre pour détruire toute résistance italienne organisée, quelques éléments irréductibles continuant le combat jusqu’à la fin du conflit mais il s’agissait plus d’une agaçante nuisance que d’une menace véritable.

Le dispositif allié est véritablement multinational avec des français, des britanniques, des sud-africains, des rhodésiens mais aussi des belges.

Si les sud-afs et les rhodésiens sont essentiellement blancs, les troupes françaises, britanniques et belges étaient essentiellement des troupes coloniales (tirailleurs sénégalais pour la France, troupes kenyanes et indiennes pour la Grande-Bretagne, congolais pour la Belgique).

M-4A3 Sherman 21

M-4 Sherman à canon de 76mm

La Belgique engage l’équivalent de deux divisions d’infanterie légère, d’un bataillon de chars équipé de M-4 Sherman, un bataillon d’autos blindées, de l’artillerie et du génie. Les moyens belges sont regroupées au sein du Corps d’Armée Belge en Afrique (CABA).

Tout comme en Europe, les belges ou plutôt les congolo-belges mesure la faiblesse de leur puissance politico-militaire puisqu’ils sont essentiellement chargés d’opération de nettoyage, les troupes sud-africaines, françaises et britanniques étant engagés dans l’offensive principale.

Addis-Abeba tombe le 7 septembre 1950, l’ancienne frontière entre l’Abyssinie et l’Erythrée étant atteinte à la fin du mois de septembre. Le gros des combats est terminé, la résistance italienne cessant d’être une véritable menace pour les troupes alliées.

Des combats résiduels vont cependant durer jusqu’au printemps 1951 quand l’Erythrée est occupée par une force mixte composée de la 2ème division sud-africaine, d’une division belge, d’un régiment de tirailleurs sénégalais et d’une division indienne.

L’autre division belge reste déployée en Abyssinie, étant basée à Addis-Abeba. Elle rayonne autour de l’ancienne capitale impériale pour améliorer la sécurité en traquant déserteurs italiens et bandits de grand chemin. Elle participe également à la reconstitution d’une armée abyssinienne réarmée avec les armes italiennes récupérées sur place.

A la fin du second conflit mondial en septembre 1954, la 1ère division légère d’infanterie est toujours déployée en Erythrée alors que la 2ème reste en Abyssinie. La 1ère division quitte l’Eryhtée en mai 1955, rentrant au Congo Belge pour y être démobilisée et devenir une unité de réserve alors que la 2ème division rentre au pays, s’installant à Léopoldville, devenant la principale unité de la Force Publique et le creuset de la future armée congolaise.

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