Benelux (35) Pays-Bas (35)

«ARMEES DE L’AIR»

Historique

Avant-propos

Certains pourraient s’étonner de la présence de guillemets autour du titre. Je peux l’expliquer très facilement.

La première raison c’est qu’il n’existe pas à proprement parler d’armée de l’air autonome puisque comme le Japon, l’aviation militaire néerlandaise est encore rattachée à l’armée de terre, la Luchtvaartafdeling étant semi-indépendante, l’armée de l’air indépendante ne voyant le jour que sous la forme d’une Koninklijke Luchtmacht qu’en 1955.

La deuxième raison c’est qu’aux Indes Néerlandaises, il y avait une deuxième armée de l’air appelée Militaire Luchtvaart van het Koninklijk Nederlands-Indisch Leger (ML-KNIL) ce qui donne en français «service d’aéronautique militaire de l’armée royale des Indes Néerlandaises», son statut était semblable à celle de la Luchtvaartafdeling.

Une histoire de l’aviation militaire néerlandaise (1) : Europe

Henry Farman HF.20 8

Henry Farman HF.20

Le 1er juillet 1913 est créé sur l’aérodrome de Soesterberg le Groupe d’Aviation de l’Armée (de terre) en version originale Luchtvaartafdeeling. Ce groupe est des plus modestes avec seulement quatre pilotes et un appareil, le Brik. Trois autres appareils supplémentaires sont rapidement acquis, des Henri Farman HF-20 de conception et de fabrication française.

Ces avions sont déjà déclassés voir obsolètes. Ils sont rapidement remplacés par des avions plus modernes, des Nieuport de chasse et de reconnaissance, des Caudron pour le bombardement.

Les Pays-Bas restant neutre durant le premier conflit mondial, le Luchtvaartafdeeling n’aura pas à s’employer mais profitera tout de même de ce qui aurait du être la Der des Ders en remettant en service des avions qui avaient du faire un atterrissage forcé au pays des Bataves (107 avions et 24 hydravions, 67 appareils étant remis en service). De nouveaux aérodromes sont aménagés à Arnhem, à Gilze-Rijen, à Venlo et à Vlissingen.

Dans l’immédiat après guerre les coupes budgétaires entraîne la quasi-dissolution de la Luchtvaartafdeeling qui devient une structure vide sans moyens, sans capacités.

Quand les tensions deviennent telles en Europe que la guerre n’est qu’une question de temps, le gouvernement néerlandais décide de réinvestir dans le domaine de la défense nationale. L’aviation est jugée importante mais le travail est colossal. On efface pas quinze ans de sous-investissement en un claquement de doigt.

En juillet 1939, la Luchtvaartafdeeling devient la Luchtvaartbrigade ou Brigade d’Aviation de l’Armée. Quand la guerre de Pologne éclate, elle ne peut aligner que cent-soixante seize appareils pour beaucoup totalement dépassés.

Fokker D.XXI 6

Fokker D.XXI

On trouve ainsi seize bombardiers Fokker T.V, dix-sept bombardiers légers Douglas DB-8A-3N, vingt bombardiers Fokker C.X, trente-six chasseurs Fokker D.XXI, trente-cinq chasseurs lourds bimoteurs Fokker G.1, sept chasseurs Fokker D.XVII, trente-trois avions de reconnaissance Fokker C.V et vingt Koolhoven FK-51 d’observation d’artillerie.

Fort heureusement de nouveaux projets d’avions étaient en cours de mise au point et comme la guerre n’allait éclater qu’en septembre 1948, la flotte allait pouvoir être accrue et modernisée pour non pas faire jeu égal avec la Luftwaffe mais du moins être une noix dure à casser.

Dans le domaine de la chasse, le socle était composé d’un monomoteur à train fixe, le Fokker D.XXI et d’un bimoteur, le Fokker G.1. Si le second pouvait encore rendre bien des services, le premier était clairement déclassé pour ne pas dire plus.

De nouvelles versions du Fokker G.1 sont mises en service tandis que le Fokker D.XXI est remplacé par le Fokker D.XXIV. Ce dernier était un descendant du D.XXI avec un fuselage entièrement redessiné, un train rétractable et un armement renforcé.

Fokker D.XXIII 2

Le Fokker D.XXIII resta à l’état de prototype en raison de problèmes techniques insolubles 

Initialement le D.XXI aurait du être remplacé par le D.XXIII un appareil reconnaissable entre tous avec son fuselage bipoutre et ses deux hélices, une tractive et une propulsive mais la mise au point se révéla trop ardue.

La Luchtvaartafdeeling commanda d’ailleurs des Curtiss H-75 Hawk pour compenser à la fois l’échec du D.XXIII et faire la jonction avec l’arrivée du D.XXIV.

Fokker T.V 2

Fokker T.V

Dans le domaine des bombardiers, on trouvait essentiellement des Fokker T.V, des Douglas DB-8A-3N et des Fokker C.X.

Comme dans le domaine de la chasse, des bombardiers étrangers et nationaux furent mis en service avec des Martin B-10 et des Douglas DB-8A-3N (vite déclassés), des Douglas A-20 Havoc mais aussi des Fokker T.IX.

Dans le domaine de la reconnaissance, on trouvait essentiellement des Lockheed Hudson alors que l’entrainement et le transport est essentiellement du ressort d’avions étrangers.

La Pax Armada c’est aussi l’occasion de clarifier les domaines de compétence. C’est ainsi qu’en 1945, la Luchtvaartbrigade perd les hydravions au profit de l’aéronavale, la Marineluchtvaartdienst (MLD).

En juin 1948, la Luchtvaartbrigade redevient le Luchtvaartafdeeling. Il y à alors un projet de constitution d’une armée de l’air indépendante mais comme souvent l’armée de terre et la marine bloquent ce projet. Il faudra en réalité attendre 1955 pour que la Koninklijke Luchtmacht voit (enfin) le jour.

Curtiss H-75 (2)

Curtiss H-75

Au 10 mai 1949, le Luchtvaartafdeeling dispose de quatre squadrons de chasse (trois équipés de Fokker D.XXIV et un squadron de Curtiss H-75), deux squadrons de chasse lourde équipés de Fokker G.1, deux squadrons de bombardement (un squadron de Fokker T.IX et un squadron de Douglas A-20), un squadron de coopération équipé d’avions déclassés (Douglas DB-8A-3N, Martin B-10 et Fokker C.X), un squadron de reconnaissance équipé de Lockheed Hudson, un squadron de transport équipé de Douglas C-47 et enfin deux squadrons d’entrainement équipés de Bücker Bu-131 Jungmann, de Focke-Wulf Fw-56 Stosser et de Airspeed AS.10 Oxford.

A l’aube avant même l’invasion terrestre, la Luftwaffe lance toutes ses unités de bombardement sur les aérodromes néerlandais, belges et français. Elle espère neutraliser l’aviation alliée au sol et l’empêcher ainsi d’intervenir dans la bataille terrestre à venir.

L’impact des frappes préventives est limité par un manque de coordination côté allemand (certains unités frappent la même cible en même temps) et le mauvais temps. Plus que l’impact matériel et humain, c’est la confusion et le désordre qui vont se réveler plus efficace que la frappe en elle même.

Un certain nombre d’appareils néerlandais sont détruits au sol mais d’autres décollent ou sont même en vol.

Des bombardiers allemands sont interceptés et abattus à la grande surprise de leurs équipages qui pensaient la petite «armée de l’air» néerlandaise anéantie au sol. La chasse allemande doit s’employer contre des pilotes certes inexpérimentés mais qui compensent par une grande fougue et une grande agressivité.

Malheureusement pour les néerlandais, les allemands réagissent fortement. Des avions britanniques et français interviennent parfois mais ils sont très occupés plus au sud.

Dès le 13 mai 1949, la Luchtvaartafdeeling est considéré comme hors d’état de mener des opérations constituées. Quelques avions opèrent encore dans le sud du pays mais c’est peu de choses et le ciel néerlandais peut être considéré comme la chasse gardée de la Luftwaffe.

Fieseler Fi156

Fieseler Fi-156 Storch

Cela à bien entendu un impact sur les opérations au sol. Les soldats bataves apprennent à se déplacer la nuit et à soigneusement se camoufler pour échapper aux mouchards, ces avions légers comme le Fieseler Storch qui maraudaient pour repérer le moindre point de résistance et délivrer le feu de Wotan sous la forme de l’aviation mais aussi de l’artillerie.

Les pilotes néerlandais dans la mesure du possible étaient rapidement évacués vers la Grande-Bretagne ce qui était parfois mal compris par les fantassins. Il y eu même des bagarres entre pilotes et fantassins dans des camps en Grande-Bretagne, les seconds traitant les premiers de lâches.

En associant pilotes expérimentés et jeunes pilotes en formation, le gouvernement néerlandais va pouvoir mettre sur pied une escadre complète.

Baptisée officiellement «Escadre Néerlandaise en Grande-Bretagne» (Nederlandse Vleugel in Groot-Brittannië), elle voit le jour en février 1950. Elle va être composé de quatre squadrons de chasse, deux squadrons de bombardement, un squadron de reconnaissance et un squadron de transport soit huit unités et 160 appareils.

La numérotation des unités reprend les numéros laissés vacants par les unités des Dominions déployés en Europe du Nord-Ouest et en Méditerranée.

Curtiss P-40F Kittyhawk

Curtiss P-40F en vol

En l’occurence, les quatre squadrons de chasse sont numérotés n°434 Squadron (NL),n°436 Squadron (NL),n°438 Squadron (NL) et n°440 Squadron (NL), squadrons équipés pour les trois premiers de Curtiss P-40 Warhawk et pour le quatrième de Bristol Beaufighter.

North American B-25 Mitchell WWII 2

North American B-25 Mitchell

Les deux squadrons de bombardement sont numérotés n°435 Squadron (NL) et n°437 Squadron (NL), squadrons équipés de North American B-25 Mitchell.

Le n°439 Squadron (NL) équipé de De Havilland Mosquito assure des missions de reconnaissance alors que le n°441 Squadron (NL) chargé du transport vole logiquement sur Douglas C-47 Skytrain.

Cette escadre opérationnelle à l’automne 1950 opère d’abord sur l’East Anglia au dessus de la Manche (à une époque où les allemands ont tourné l’essentiel de leurs forces aériennes contre l’URSS), de la Belgique et donc des Pays-Bas.

Les chasseurs assurent l’escorte des bombardiers mais aussi des missions de chasse de nuit, de chasse lourde et de chasse-bombardement.

Les bombardiers assurent des missions contre les ports de Belgique, des Pays-Bas, visant la navigation mais aussi les installations portuaires. Parfois les missions visent des gares de triage, des usines, des ponts.

Les Mosquito de reconnaissance menaient des missions de…..reconnaissance. Il s’agissait de véritables opérations de renseignement pour mettre à jour les fortifications, les bases aériennes, les casernements, repérer l’arrivée de nouvelles unités (informations recoupées par celles des agents et des écoutes électromagnétiques).

Il y avait aussi parfois des missions de reconnaissance tactique par exemple pour couvrir le passage d’un convoi. Les appareils ont parfois servit d’appâts pour attirer la chasse allemande et l’étriller.

Le 17 février 1951, deux De Havilland Mosquito décollent de Grande-Bretagne pour une mission au dessus du Helder où des renseignements avaient repéré une concentration inhabituelle de navires de transport.

Les alliés craignent un débarquement sur la côte orientale de l’Angleterre et les deux Mosquito sont envoyés pour vérifier l’information.

Cette mission se double d’une intervention énergique de la chasse alliée qu’elle soit britannique, néerlandaise ou même canadienne.

Les deux appareils de reconnaissance sont bien interceptés, l’un d’eux est endommagé mais les chasseurs deviennent chassés quand les Focke-Wulf Fw-190 tombent sur des Supermarine Spitfire, des Hawker Fury II mais aussi des Curtiss P-40 néerlandais.

Cette bataille oppose quatre-vingt seize chasseurs alliés à quarante-huit chasseurs allemands. Douze chasseurs alliés sont perdus (huit pilotes récupérés, deux tués, deux prisonniers) mais vingt-sept chasseurs allemands sont abattus ou s’écrasent à leur retour sur leur terrain.

Peu après l’Escadre néerlandaise reçoit l’ordre de passer sur le continent en vue de la future offensive majeure des alliés, le franchissement de la Seine, la libération du territoire français occupé ainsi que des trois pays du Benelux.

C’est l’occasion de renouveler une partie du matériel volant. Les trois squadrons de chasse troquent leurs P-40 usés et dépassés contre de très modernes Hawker Fury II Mk II, les Bristol Beaufighter seront eux remplacés en septembre 1952 par des De Havilland Hornet monoplaces,les B-25, les Mosquito et les Dakota sont remplacés par des appareils neufs et/ou de variantes améliorées.

Le mouvement commence le 1er mars, l’escadre s’installant sur un terrain aménagé à leur intention dans le nord de la Loire Atlantique, Notre Dame des Landes, un terrain qui comprend deux pistes, une tour de contrôle, des logements, des ateliers.

Le terrain est loin du front (400km environ) mais la 1ère Escadre Aérienne Néerlandaise (1. Nederlandische luchtvleugel) comme le reste des forces néerlandaises est placée en réserve stratégique.

Elle améliore son entrainement avec notamment les nouveaux avions reçus peu avant le départ de Grande-Bretagne. Elle va être engagée à partir du mois d’août 1951 au moment où les unités terrestres belges et néerlandaises montent en ligne pour relever des unités alliées, usées et épuisées par des combat extrêmement violents.

Peu avant l’engagement des troupes néerlandaises, l’escadre en question se rapproche du front, se déployant en Normandie sur des terrains aménagés par des unités du génie britannique.

Les missions de la 1. Nederlandische luchtvleugel sont classiques pour une unité de ce type à savoir la couverture des troupes au sol, l’appui-feu et l’éclairage. Les C-47 de transport assure également des parachutages de matériel et dès qu’un aérodrome est pris, un pont aérien est organisé pour évacué les blessés dans des hôpitaux aménagés loin du front.

L’Escadre néerlandaise généralement placée sous commandement britannique passa d’un aérodrome à l’autre pour rester à distance raisonnable du front. Il quitte sa base d’origine en janvier 1952 pour s’installer du côté de Dieppe, Dieppe resta sa base jusqu’à la fin de l’année quand l’escadre rallie le nord de la France, s’installant à proximité de Calais.

Ce n’est qu’à l’été 1953 que l’escadre s’approche de sa terre natale, en s’installant dans le nord de la Belgique. Finalement c’est en janvier 1954 que la 1ère Escadre s’installe aux Pays-Bas pour appuyer les troupes belgo-néerlandaises qui s’étaient engagés dans de violents combats contre des soldats allemands bien décidés à défendre le Vaterland.

Tout comme l’ensemble des unités néerlandaises, elles terminent la guerre dans la région de Brême. La 1ère Escadre laisse en Allemagne deux squadrons de chasse (les deux autres se replient sur les Pays-Bas), un squadron de bombardement (le deuxième est dissous), le squadron de reconnaissance et le squadron de transport.

Le second conflit mondial ayant montré l’intérêt d’une armée de l’air indépendante pour ceux qui en doutaient encore, la Koninklijke Luchtmacht voit le jour le 14 mars 1955 avec trois squadrons de chasse (dont un en Allemagne), deux squadrons de bombardement (dont un en Allemagne), deux squadrons de reconnaissance et un squadron de transport.

Elle prendra aussi sous son aile les unités aériennes déployées aux Indes Néerlandaises et dont une partie ralliera la métropole en mars 1960 suite à l’indépendance de l’Indonésie. S’en suivra une réorganisation et un rééquipement, la petite armée néerlandaise basculant sur le tout réaction pour les unités de combat mais ceci est une autre histoire.

2 réflexions sur “Benelux (35) Pays-Bas (35)

  1. Tanguy Pluchet dit :

    Un aérodrome à Notre Dame des Landes ? Ne poussez-vous pas l’uchronie un peu trop loin ? XD

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