Scandinavie (74) Finlande (12)

ARMEE DE TERRE

Une histoire militaire de la Finlande

Les origines

Comme nous l’avons à propos de l’histoire générale, la langue finnoise n’à été mise à l’écrit qu’à partir du 16ème siècle. L’histoire antérieure est donc lacunaire et l’histoire militaire n’échappe pas à la règle.

Tout juste sait-on que quelques raids vikings ont lieu en direction du sud-ouest du pays et qu’au Moyen-Age de véritables croisades sont menées par les danois et les suédois en direction de populations restées païennes.

Uniforme Finlande (1705)

Soldats finlandais de l’armée suédoise en 1705

Il y eut cependant des unités finlandaises au sein de l’armée suédoise, unités qu’Alexandre 1er de Russie, nouveau maître de la Finlande à partir de 1809 ordonna de dissoudre pour une durée de cinquante ans.

Uniforme Finlande (1808)

Soldats finlandais de l’armée suédoise en 1808

Aux temps du Grand Duché

De 1809 à 1917 la Finlande fût un grand-duché autonome au sein de l’empire russe. Elle posséda un temps ses propres unités militaires dont certaines appartenaient à la prestigieuse garde impériale.

Plus précisément l’armée du grand-duché n’exista que de 1881 à 1901 ce qui n’empêcha pas l’existence par le passé de certaines unités.

Pendant plusieurs décennies un accord avait été signé entre la Diète de Finlande et les différents tsars : paiement d’une taxe au trésor russe mais la Finlande était exemptée de service militaire.

En effet en 1810 Alexandre 1er avait décidé de dissoudre les régiments finlandais de l’armée suédoise. Pourtant en 1812 suite à l’invasion française, le ministre secrétaire d’Etat à la Finlande, le comte Gustav Mauritz Armfelt se fit le partisan du recrutement d’une force de 2400 chasseurs légers pouvant opérer en hiver à skis.

Le tsar donne son accord le 16 septembre 1812 pour la création de trois régiments de chasseurs de 1200 hommes chacun. Théoriquement les hommes devaient être volontaires mais il semble que certains ont été des «volontaires forcés». Cette force avait pour mission de défendre la Finlande. Aucun de ces régiments ne fût engagé au combat et en 1830 ils furent tous dissous.

En 1827 un bataillon d’entrainement est mis sur pied. Deux ans plus tard il renommé bataillon de gardes-tireur soit en finnois Henkikaartin Suomen Tarkk’ampujapataljoona même si cette unité est plus connue sous le nom de Garde de Finlande (Suomen kaarti).

Cette unité va appartenir à la garde impériale jusqu’en 1905 quand elle est dissoute après avoir participé à la répression de l’insurrection polonaise en 1831 et à la guerre russo-ottomane de 1877/78. Elle à aussi été déployée en Hongrie en 1849 lors de l’insurrection de Lajos Kossuth mais ne fût pas engagé. Même situation durant la guerre de Crimée.

En 1812 une école de cadets est créée en 1812 à Hamina, école qui sera supprimée en 1903. En 1846 un bataillon de tireurs grenadiers (Suomen Krenatööritarkk’ampujapataljoona) est créé mais il est dissous dès 1860.

Durant la guerre de Crimée la Finlande leva neuf bataillons de tireurs mais aucun ne fût engagé en Crimée contre les français et les britanniques. Ces bataillons ont été dissous en 1867.

En 1878 la conscription est mise en place en Finlande permettant la renaissance d’une armée finlandaise. Rien qui pourrait menacer l’autorité russe puisque les effectifs étaient limités à 5600 hommes. Ces 5600 soldats étaient répartis en différentes unités :

Henkivartioväen 3. Tarkk’ampujapataljoona (Helsinki) (plus connu sous le nom de bataillon de gardes finlandais)

Suomen 1. Uudenmaan Tarkk’ampujapataljoona (Helsinki) (infanterie)

Suomen 2. Turun Tarkk’ampujapataljoona (Turku) (infanterie)

Suomen 3. Vaasan Tarkk’ampujapataljoona (Vaasa) (infanterie)

Suomen 4. Oulun Tarkk’ampujapataljoona (Oulu) (infanterie)

Suomen 5. Kuopion Tarkk’ampujapataljoona (Kuopio) (infanterie)

Suomen 6. Mikkelin Tarkk’ampujapataljoona (Mikkeli) (infanterie)

Suomen 7. Hämeenlinnan Tarkk’ampujapataljoona (Hämeenlinna) (infanterie)

Suomen 8. Viipurin Tarkk’ampujapataljoona (Viipuri) (infanterie)

Suomen Rakuunarykmentti (Lappeenranta) (dragons)

Suomen Kadettikoulu (Hamina) (cadets)

Ces bataillons ont été mis sur pied en 1880/81 et atteignent leur pleine puissance en 1883. Chaque bataillon d’infanterie se compose de quatre compagnies alors que le régiment de dragons disposait de six escadrons ou eskadroona. A cela s’ajoute trente-deux compagnies de réserve mises sur pied en 1883.

Les conscrits étaient sélectionnés par tirage au sort. Les «heureux élus» devaient servir trois ans sauf ceux disposant d’un bon niveau scolaire qui n’avaient que deux ans à faire et les étudiants seulement un an. Ceux qui n’étaient pas tirés au sort devaient servir un mois chaque été pour trois ans dans la compagnie de réserve de sa région.

L’infanterie finlandaise portait la même tenue que l’infanterie russe à savoir un uniforme vert foncé, les dragons portant le même uniforme mais avec des éléments bleu clair, les gardes-tireurs de la garde impériale portant des éléments jaune afin de se distinguer de l’infanterie de ligne.

En juillet 1901 une nouvelle loi de conscription est imposée par Nicolas II. Désormais les conscrits finlandais devaient servir dans l’armée russe. Cette décision à été prise dans le contexte général de russification et de la volonté mettre au pas la Finlande.

Le régiment de garde finlandaise et le régiment de cavalerie finlandais sont d’abord épargnés mais pour peu de temps puisque le régiment de cavalerie est dissous suite à l’opposition d’officiers finlandais au très autoritaire gouverneur général Nikolay Bobrikov.

Cette unité devint le symbole de la résistance finlandaise à la russification, symbole qui disparu le 21 novembre 1905 quand le bataillon est dissous. Pour la première fois depuis 1812 la Finlande ne possédait aucune unité militaire. Cette situation allait perdurer jusqu’à l’indépendance finlandaise.

Blancs contre Rouges : des forces paramilitaires

Uniforme Finlande (1918)

Uniforme finlandais en 1918

Les gardes blancs

Si aujourd’hui la Finlande est une paisible démocratie parlementaire, sa naissance à été douloureuse et tragique avec une guerre civile opposant Blancs et Rouges. Un peu comme en Russie sauf que cette fois ce sont les blancs mieux organisés et militairement soutenus par l’armée allemande qui l’ont emporté.

Sous le nom de Gardes Blancs (Suojeluskunnat/Skyddskår) se trouve une milice de volontaires dont la traduction finnoise signifie tout simplement «corps de protection». En effet cette force à l’instar de feu notre garde nationale à été conçue comme une force de police destinée à ramener l’ordre et la stabilité en Finlande alors que différentes révolutions russes (1905, février et octobre 1917) ont provoqué une flambée de l’insécurité et un désordre prononcé.

Le 27 janvier 1918 le gouvernement finlandais ordonne le désarmement des garnisons russes encore présentes dans le pays (évacuation impérative pour des motifs sécuritaires et politiques) et fait appliquer cette décision par les gardes blancs qui deviennent le bras armé du gouvernement ce qui leur vaut l’inimité et l’hostilité immédiate des gardes rouges qui le même jour proclame la révolution, marquant le début de la guerre civile finlandaise.

Cette force paramilitaire est placée sous le commandement de Carl Gustav Emil Mannerheim, un ancien général de l’armée russe.

Les gardes blancs ont joué un rôle important dans la guerre civile finlandaise encore que les volontaires suédois (1200), les Jäger et l’armée impériale allemande ont été d’un précieux secours.

C’est ainsi que les Jäger entraînes en Allemagne formèrent un corps de sous-officiers compétents alors que les volontaires suédois étaient dans l’ensemble de bons officiers.

A noter que la mise en place d’une armée de conscription à largement dilué l’effort des gardes blancs qui ont été vite dépassés en terme d’effectifs mais aussi d’entrainement. Les Rouges qui refusèrent la mise en place d’une conscription peuvent y voir là une des causes majeures de leur défaite.

Outre les combats les gardes qu’ils soient blancs ou rouges ont commis un certain nombre d’atrocités contre leurs ennemis réels ou supposés.

Le conflit terminé une armée et une police régulières sont mises sur place. Les gardes blancs forment la partie «engagés volontaires» d’une armée conçue essentiellement sur la conscription, partie de volontaires actifs qui se double d’une réserve distincte. En 1934 cependant les gardes blancs deviennent une simple organisation de volontaires destinée à soutenir l’armée.

Effet cette année le système de mobilisation de l’armée est réformée avec des districts militaires servant de centres locaux de mobilisation. Dans la pratique les limites des districts militaires étaient identiques aux districts des gardes blancs, ces deux districts fusionnant en cas de mobilisation.

Les gardes blancs servaient donc à encadrer les unités mobilisées et à entraîner les réservistes. Les femmes et les jeunes gardes blancs servaient à la garde des bâtiments et armaient les batteries de DCA.

Officiellement l’organisation était politique neutre mais en pratique il valait mieux être conservateur, nationaliste et anti-communiste pour l’intégrer. Voilà pourquoi cette organisation impliquée dans un coup d’état manqué en 1932 n’était pas vraiment appréciée par le mouvement ouvrier.

L’organisation est dissoute en 1953 sur pression des soviétiques lors de l’armistice préparant le traité de paix. En ce qui concerne les effectifs ils étaient de 30000 hommes en 1917, 35 à 40000 quand commence la guerre civile finlandaises, 70000 quand celle-ci se termine et 10000 en 1920.

Les gardes rouges

Face aux Gardes Blancs, on trouve les gardes rouges (Punakaarti/ Röda gardetgardet) dont la création remonte à novembre 1905 suite à la grève générale survenue la même année mais l’unité est dissoute en 1906.

Après la Révolution de février en Russie, les gardes rouges furent réactivés et en 1918 ils vont participer à la guerre civile finlandaise. Ils alignaient 30000 hommes au début du conflit, les effectifs passant à 90 puis 120000 hommes dont 2000 femmes. En mai 1918 plus de 80000 gardes rouges furent capturés par les blancs, 12 à 14000 d’entre-eux mourant des suites de malnutrition, de maladies ou suite à des exécutions. La majorité fût finalement pardonnée fin 1918.

10 à 13000 d’entre-eux s’enfuyant en Russie pour combattre dans la guerre civile russe et contre les finlandais lors de la guerre de Carélie orientale en 1920. Plus étonnant, des gardes rouges furent organisés au sein de la Légion de Mourmansk pour combattre les blancs finlandais lors des tentatives de ces derniers pour s’emparer de la Carélie, une unité sous commandement britannique.

Le 2 août 1906 des marins russes se révoltent à Helsinki dans la forteresse de Sveaborg. Les gardes rouges se joignent à la mutinerie et déclenchent une grève générale. Les gardes blancs ripostent et suite à ces événements l’organisation est dissoute avant d’être réactivée suite à la révolution de février 1917.

Sur le plan militaire les gardes rouges disposaient d’unités d’infanterie, de cavalerie et d’artillerie, la majeure partie de l’armement provenant des troupes russes. Début février 1918 un train d’armes arriva de Saint Petersbourg avec des armes et des munitions. Les gardes rouges finlandais disposaient également de six trains blindés et de deux avions pilotés par des russes.

Les gardes rouges ont rapidement souffert d’un manque d’équipement, d’un faible encadrement et d’un entrainement qui aurait pu être meilleur.

Comme les officiers étaient élus, c’était souvent les plus démagogues et les moins compétents qui étaient sélectionnés. Comme ils étaient peu respectés par leurs hommes la discipline laissait franchement à désirer. Les unités de gardes rouges étaient tout juste bonnes à combattre dans leur région d’origine mais pas vraiment aptes à de savantes manœuvres tactiques.

Si vous ajoutez à cela que les commandants locaux faisaient ce qu’ils voulaient quand ils voulaient vous comprenez aisément que la victoire des rouges déjà difficile devenait impossible avec l’aide allemande qu’elle soit directe (troupes de l’armée impériale) et indirecte (Jäger finlandais formés et entrainés par Berlin).

Après leur défaite certains gardes rouges se réfugièrent en URSS et certains vont combattre en Estonie du côté des troupes bolchéviques face à des volontaires blancs venus de Finlande et combattant pour la républque estonienne.

Les Jäger

Jaegers_01

Unité cycliste dans l’armée finlandaise. Ils sont les héritiers des Jäeger formés en Allemagne

Aux côtés des troupes allemandes et des gardes blancs, une autre unité à participé à la guerre civile finlandaise face aux gardes rouges. Ce sont les Jäger ou chasseurs en français (Jääkäriliike en finnois Jägarrörelsen en suédois), de jeunes finlandais patriotes qui voulant devenir indépendant décidèrent de rallier l’Allemagne pour être formés au métier des armes et faire du grand-duché de Finlande un état indépendant. Les allemands de leur côté voulaient ainsi affaiblir l’empire russe.

Les recrues rallièrent l’Allemagne via la Suède et furent entraînés comme unité d’infanterie légère au sein du 27ème bataillon de chasseurs, une unité prussienne. Les chasseurs finlandais vont combattre dans les rangs de l’armée allemande à partir de 1916 sur le front oriental et plus précisément son flanc nord.

Dès le début de la guerre civile finlandaise ces soldats expérimentés et motivés vont rallier le camp blanc et jouer un rôle majeur dans la victoire du camp conservateur. Un signe ne trompe pas : les cadres de la nouvelle armée finlandaise étaient pour ainsi dire quasiment tous d’anciens Jägers, les anciens officiers de l’armée russe étant peu nombreux et à des postes subalternes, l’exception mais quelle exception étant le futur maréchal Mannerheim.

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