Dominions (38) Afrique du Sud (3)

1910-1948 : La lente évolution de l’Union d’Afrique du Sud

Les premières années

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Statue de Louis Botha

La naissance de l’Union d’Afrique du Sud ne met pas fin aux nombreux problèmes économiques et sociaux qui frappent la région. Le premier ministre Louis Botha, dirigeant du parti sud-africain (une alliance d’anglophones et d’afrikaners modérés) se met à la tâche mais doit tenir compter des boers les plus radicaux dont le déclassement et le sentiment de frustration risque de provoquer une nouvelle déstabilisation du pays.

En 1911 le pays compte 4 millions de noirs, 1.3 millions de blancs, 525000 métis et 150000 indiens soit environ 6 millions d’habitants.

La politique intérieure s’inscrit dans celle du pouvoir colonial britannique. Les blancs sont clairement privilégiés ce qui pousse les noirs à s’organiser avec le Congrès National des Natifs Sud-Africains qui deviendra l’African National Congress (ANC) en 1923.

La vie politique se structure peu à peu. Le Parti National voit le jour en 1914 par la sécession des éléments radicaux du Parti sud-africain qu’ils jugent trop modéré, les membres du PN souhaitant une claire rupture avec la Grande-Bretagne (une république à la place du dominion).

Aux élections de 1915, le parti national effectue une percée fracassante avec vingt-sept sièges, devenant le troisième partie derrière le parti sud-africain et les Unionistes. Entre-temps le premier conflit mondial à éclaté et le jeune pays va effectuer sa part du fardeau non sans tensions et débats houleux.

L’Afrique du Sud dans le premier conflit mondial

Quand le premier conflit mondial éclate, le gouvernement sud-africain se range immédiatement aux côtés des alliés en dépit des réticences voir des résistances des boers pas vraiment enclins à combattre aux côtés des britanniques douze ans à peine après la fin de la deuxième guerre anglo-boer.

Pourtant le premier ministre Botha et le ministre de la Défense Smuts ont combattu les britanniques lors de la deuxième guerre anglo-boer. Ils vont intégrer le cabinet de guerre impérial (Imperial War Cabinet) dont ils vont être des membres importants.

Avant même l’envoi de troupes au combat, le gouvernement sud-africain doit réprimer une révolte au sein de la population boer.

Cette rébellion appelée Rébellion Maritz éclate le 15 septembre 1914 et ne va s’achever que le 4 février 1915, rébellion qui avait pour but de rétablir la république sud-africaine (à l’époque province du Transvaal). La répression fût assez modérée, un seul officier étant exécuté tout simplement parce que Jopie Fourie n’avait pas démissionné de l’armée sud-africaine avant de rejoindre la rébellion.

Les troupes sud-africaines vont opérer sur plusieurs fronts, deux en Afrique, un en Europe et un autre très secondaire en Palestine.

Comme la législation sud-africaine interdisait l’emploi de l’UDF en dehors des frontières du dominion, Pretoria du mettre sur pied une entité spécifique, la South African Overseas Expeditionnary Force qui allait combattre aussi bien dans le sud-ouest africain, qu’en Afrique orientale, au Moyen-Orient ou encore en France.

Le premier front est le plus proche puisqu’il concerne le Sud-Ouest Africain Allemand, l’actuelle Namibie.

67000 sud-africains aidés de 12000 portugais sont engagés dès le 15 septembre 1914 pour dix mois de campagne puisque les allemands capitulent en juillet 1915.

Le deuxième front par ordre d’importance est un autre front africain, un front concernant encore une fois des colonies allemandes en l’occurrence l’Afrique Orientale Allemande.

20000 hommes vont y être engagés contre des effectifs bien inférieurs mais le général allemand Lettow-Vorbeck va jouer au jeu du chat et de la souris jusqu’à la fin du conflit.

Aux côtés de ce corps expéditionnaire on trouvait également un corps de travailleur, le South African Native Labor Corps qui connait de lourdes pertes lors du naufrage du transport de troupes Mendi le 21 février 1927 (616 morts plus les trente membres d’équipage).

Citons l’envoi de quelques hommes en Palestine au sein du Cape Corps mais leur action à été davantage symbolique que réellement efficace.

Durant le premier conflit mondial, 231800 hommes ont été mobilisés par l’Afrique du Sud répartis entre 146000 blancs, 83000 noirs et 2800 métis et indiens. 12452 ont été tués dont plus du tiers en Europe.

D’un conflit à l’autre (1919-1948)

Durant le premier conflit mondial, les élites noires ont soutenu l’effort de guerre espérant ainsi une amélioration de leur sort une fois la paix revenue. Les espoirs sont vites déçus, la politique menée visant au contraire à renforcer la ségrégation.

NPG 4187; Jan Christian Smuts by John Singer Sargent

En 1919 le premier ministre en exercice Louis Botha meurt subitement. Il est remplacé par Jan Smuts. L’année suivante en 1920, la Société des Nations (SDN) confie à l’Afrique du Sud un mandat pour gérer l’ancien Sud-Ouest Africain allemand et future Namibie.

L’Afrique du Sud est censée préparer le pays à l’indépendance mais va gérer comme une véritable colonie avec une poigne de fer en s’appuyant sur les colons européens d’origine allemande qui ne sont finalement pas si éloignés des afrikaners. Plusieurs révoltes ont lieu, révoltes impitoyablement réprimées.

Aux élections de 1920, Smuts sauve sa majorité en s’alliant aux unionistes et aux travaillistes, tandis que le Parti National, qui détient la majorité relative des sièges, est isolé sans aucun allié.

Aux élections anticipées de 1921, la nouvelle majorité de Smuts est reconduite, démontrant l’isolement du Parti national, qui se met alors en quête d’alliés au prix d’un recentrage politique.

En 1921 éclate une révolte ouvrière dans le Witwatersrand. Appelée également rébellion de Rand, cette révolte concerne des mineurs blancs de la région Witwatersrand. Dirigée par un membre du parti travailliste Jimmy Gree, elle éclate dans un contexte de baisse des cours de l’ordre (de 610 à 415 livres l’once), baisse qui pousse les compagnies à tailler dans les coûts en embauchant notamment des mineurs noirs moins bien payés.

La rébellion débute par une grève des mineurs blancs qui éclate le 28 décembre 1921. Très vite la grève devient une véritable rébellion politique contre l’état, les ouvriers en révolte s’emparant des villes de Benoni et de Brakpan sans oublier les faubourgs de Johannesburg (Fordsburg et Jeppe).

Le parti communiste d’Afrique du Sud appuie la révolte tout en s’opposant aux aspects racistes de la grève, le slogan de la grève étant «travailleurs du monde, unissez-vous et combattez pour une Afrique du Sud blanche» sans compter les pogroms contre les blacks.

Le gouvernement du premier ministre Jan Smuts choisit la manière forte en engageant 20000 hommes, de l’artillerie, des chars et même des avions. Plus de 200 révoltés sont tués, l’ordre est rétablit mais les conséquences politiques sont lourdes qu’il s’agisse aussi bien du parti communiste dont la hiérarchie est décapitée que du gouvernement en place.

En effet le premier ministre Jan Smuts perd le pouvoir, remplacé par James Barry Hertzog à la tête d’une coalition du parti National et du parti travailliste. Plusieurs lois renforcent les privilèges des blancs et la ségrégation dans le domaine minier. L’afrikaans devient la langue nationale, le pays se dotant d’un drapeau et d’un hymne national en 1928.

Afrique du Sud 12

Drapeau de l’Union Sud Africaine

Ce drapeau est consensuel en reprenant les trois couleurs horizontales orange, blanc et bleu du Princevlag hollandais du XVIIème siècle, les drapeaux boers et l’Union Jack. L’hymne national est Die Stem van Suid-Afrika dont les paroles proviennent d’un poème de l’écrivain sud-africain Cornelis Jacobus Langenhoven.

La priorité du nouveau gouvernement est d’arracher les 160000 petits blancs à leur misère en étendant les emplois réservés dans l’industrie et le commerce. La parti communiste ayant été décapité par la répression policière, ses sympathisants se retrouvent dans les thèmes nationalistes et anticapitalistes du parti National.

Aux élections de 1929, le parti National obtient la majorité absolue en sièges avec seulement 41% des suffrages contre 47% des voix du parti Sud-Africain de Smuts. Cela n’empêche pas les travaillistes de rester au gouvernement.

Le niveau de vie des Afrikaners s’améliore mais cette politique se heurte à la crise économique qui frappe le pays à partir de 1931.

Le commencer de diamant s’effondre tout comme les prix agricoles. L’abandon de l’étalon-or par la Grande-Bretagne entraîne une fuite des capitaux et une augmentation du chômage.

En 1932 après de longues hésitations, l’Afrique du Sud abandonne l’étalon-or. Cela entraîne la baisse des taux d’intérêts, la dette publique s’efface et les budgets deviennent excédentaires ce qui permet de mener une politique d’industrialisation et de grands travaux.

Cette politique est menée par un gouvernement d’union nationale composé des nationalistes d’Herzog et des libéraux de Smuts. Cette politique est possible par les résultats des élections de mai 1933, les deux partis regroupant 136 députés sur 150, ne laissant que des miettes aux travaillistes de Cresswell et aux centristes de Roos.

En 1934, le parti national et le parti sud-africain fusionnent pour donner naissance au parti uni, validant le gouvernement d’union nationale dirigé par Hertzog.

Le nouveau parti abandonne la distinction afrikaner/anglais pour défendre le concept d’une nation blanche unie. Cela entraîne un nouveau schisme, les partisans de la tradition impériale se regroupent au sein du parti du Dominion dirigé par Charles Stallard alors que les nationalistes forment le parit national purifié dirigé par le pasteur Daniel Malan.

La domination blanche est renforcée, les indigènes sont des citoyens de seconde zone. Une loi met bien en place des conseils de représentation indigène (Native Representative Councils) mais ils sont purement consultatifs. Des territoires agricoles leur sont réservés.

En 1938, les électeurs confirment le parti Uni mais les nationalistes de Malan gagnent dix élus en profitant des voix des blancs ruraux et des plus démunis. Il s’affirme comme le principal voir le seul parti d’opposition.

En dépit d’une politique d’austérité et d’une politique de grands travaux, le marasme continu ce qui entraîne la montée du nationalisme afrikaner, un nationalisme qui exalte l’anti-britannisme.

De nombreuses œuvres vantent le Grand Trek, la résistance boer à l’impérialisme britannique sans oublier des récits plus intimistes ou teintés d’un profond fond religieux. Tout en prônant un virulent anti-britannisme, les afrikaners les plus extrémistes s’inquiètent d’un nationalisme noir en gestation.

En septembre 1939, la guerre de Pologne entrainement l’éclatement de la coalition gouvernementale. Hertzog défend l’idée de neutralité alors que Smuts soutien un engagement côté britannique. Malan appuie Hertzog mais cela ne suffit pas. Il démissionne, laissant le chemin libre à Smuts qui redevient premier ministre.

Ironiquement, la guerre s’achève avant même l’entrée effective de l’Afrique du Sud qui ne disposait pas de marine, d’une armée de terre d’une armée de l’air de taille très réduite. Jan Smuts provoque des élections anticipées pour fortifier son pouvoir.

Le Parti Uni remporte les élections avec 98 sièges sur 150, le parti du Dominion remporte 12 sièges, le Parti National purifié remporte 30 sièges et les travaillistes 10 sièges.

Le gouvernement de Jan Smuts continue la politique menée depuis 1934. Les grands travaux continuent, concernant essentiellement les infrastructures (ports, routes, premiers aéroports), travaux menés pour stimuler l’économie (mise en exploitation de nouvelles mines, désenclavement de régions agricoles) mais aussi en vue d’un potentiel conflit.

Qui dit conflit dit armée et armements. On assiste à la mise sur pied d’une petite industrie de défense pour être moins dépendante de la Grande-Bretagne. L’armée de terre comme l’armée de l’air (indépendante en 1945) modernise ses moyens mais la mise sur pied d’une véritable marine tarde.

Ce n’est qu’en mars 1945 que la Royal South African Navy (RSAN) voit le jour permettant aux sud-africains voulant servir en mer un autre choix que celui de s’engager dans la Royal Navy. Elle ne reçoit ses deux premiers navires qu’en septembre 1947 et sera donc loin d’être opérationnelle un an plus tard quand éclate le second conflit mondial.

En mars 1944, le parti Uni de Jan Smuts remporte à nouveau les élections mais on assiste clairement à un effritement. La majorité absolue est toujours là mais elle n’est plus que de 84 sièges (la majorité est à 76 sièges).

Le parti du Dominion est tombé à 8 sièges au profit du Parti National Sud-Africain _nouveau non du parti national purifié_ qui remporte 48 sièges, laissant le reste aux centristes (8) et aux travaillistes (2).

La politique de Jan Smuts s’en ressent. Moins libéral, plus autoritaire et moins ouvert vis à vis de la Grande-Bretagne. Il tente de concilier l’inconciliable en donnant des gages à tout le monde ce qu ne satisfait personne.

Conséquence logique, il perd les élections de mars 1948 au profit du Parti National Sud-Africain de Malan qui ne remporte que soixante sièges ce qui lui impose de former une coalition avec le parti du Dominion remontée à 15 sièges et le parti Uni dirigé par Paul Heroven (le successeur de Smuts qui malade quitte la vie politique) qui ne remporte que 35 sièges. Cette coalition regroupe donc 110 sièges laissant 24 sièges aux centristes et 16 aux travaillistes.

Cette coalition brinquebalante n’à pas le temps de se disputer puisque le second conflit mondial éclate en septembre 1948. Les débats sont aussi houleux que virulents pour savoir si on doit imposer la neutralité ou s’engager aux côtés des britanniques.

Malan est opposé à une entrée en guerre mais Paul Heroven et Piet Hasting, les deux autres leaders de la coalition sont pour. Le gouverneur-général d’Afrique du Sud, Louis De Villiers en poste depuis 1945 refuse une dissolution pour de nouvelles élections.

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Daniel Malan

Non sans circonvolutions et reniements, Malan décide d’engager l’Afrique du Sud dans le second conflit mondial aux côtés des alliés. Il fait cependant une concession aux plus virulents : aucune unité sud-africaine ne combattra en Europe occidentale, une promesse qui ne sera que partiellement tenue comme nous le verrons.

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