Dominions (39) Afrique du Sud (4)

L’Afrique du Sud dans le second conflit mondial (1948-1954)

Mobilisation

Pretoria comme Ottawa refuse la conscription très impopulaire dans les opinions anglo-saxonnes car liées aux boucheries du premier conflit mondial. Cela ne pose cependant pas de problèmes, les volontaires ne manquent pas aussi bien chez les blancs que chez ceux que les afrikaners appellent les natives ou les coloured.

Comme l’armée américaine à l’époque, l’armée sud-africaine, l’Union Defence Force (UDF) applique la ségrégation avec des unités blanches et des unités de couleur.

Le premier ministre nationaliste Daniel Malan promet de ne pas engager de troupes sud-africaines en Europe et de les réserver au territoire africain. Il tiendra parole jusqu’en 1950 quand il autorisera à contre-cœur l’engagement d’unités sud-africaines dans les Balkans.

En septembre 1939 l’armée sud-africaine alignait moins de 10000 hommes. En septembre 1948, les effectifs permanents ont été portés à 20000 hommes.

En dépit des efforts et des investissements, les troupes sud-africaines sont loin d’être aptes à la guerre moderne. Comme le dira un officier de liaison belge anonyme «Finalement c’est bien que les sud-africains ne se soient pas engagés en Europe ils auraient fait plus de mal que de bien».

Il faut donc mener d’importants investissements sur le plan humain et sur le plan matériel. On considère qu’au printemps 1949 les unités de l’Union Defence Force sont aptes au combat notamment contre les italiens, les principaux adversaires.

Quatre divisions d’infanterie et une division blindée vont être mises sur pied sans compter des unités indépendantes pour les appuyer et les soutenir voir pour opérer dans des missions particulières.

Sur le plan de l’équipement, il est quasi-exclusivement britannique même si parfois on y trouvait du matériel américain.

Les forces armées sud-africaines vont d’abord combattre en Afrique Orientale Italienne (AOI), participant à l’opération GIDEON.

Ils vont également opérer dans des missions de sécurité en Palestine mandataire (où arabes comme juifs s’agitent), dans le Dodécanèse (opération CATAPULT) et enfin dans les Balkans, défendant le Péloponnèse avant de passer à l’offensive lors des opérations ANVIL et SLEDGEHAMMER qui permet aux sud-africains de combattre italiens et allemands à plusieurs milliers de kilomètres de chez eux.

Un temps le commandement allié craint un manque d’allant des afrikaners contre les allemands présents en force dans la région. Ce ne sera pas le cas, les descendants des colons allemands et néerlandais montrant un allant et un mordant qui vont leur attirer le respect des troupes allemandes.

A la fin du conflit, les unités sud-africaines sont présentes en Yougoslavie, en Ethiopie et dans l’ancienne Somalie italienne. Dès l’automne 1954 les unités sont ramenées au pays et démobilisées pour la plupart.

L’Afrique du Sud en guerre (1) : l’Africa Orientale Italiana (AOI) pour commencer

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Carte symbolique de l’Africa Orientale Italiana (AOI)

En septembre 1948 contrairement à neuf ans plus tôt, l’Italie ne peut rester neutre, s’engageant côté allemand en espérant mener une guerre parallèle. En réalité très rapidement Mussolini va devoir ranger ses rêves de grandeur dans sa poche et de tenter de sauver ce qui peut l’être et quand il demandera l’aide allemande, il essayera de le faire avec le plus de dignité possible.

Le régime fasciste comme nous le savons à relancé la conquête coloniale en occupant pleinement et véritablement la Libye sous le nom d’Africa Septentrionale Italiana (ASI) puis en se chargeant de conquérir l’un des deux états indépendants du continent africain en l’occurrence l’Abyssinie.

Sur le papier cela forme un bloc compact avec l’ex-Abyssinie, l’Erythrée et la Somalie italienne qui isolent au nord le Somaliland britannique et la Côte Française des Somalis, menaçant même le Soudan et l’Egypte sous influence ou domination britannique.

En réalité les rêves d’un puissant empire africain n’ont pas débouché et en septembre 1948 ces possessions sont loin d’être aussi bien défendues qu’on pourrait l’imaginer. En face ce n’est guère mieux…….. .

Les italiens lancent des offensives limitées en direction du Kenya depuis la Somalie italienne (la partie sud de l’actuel état somalien) et en direction du Soudan depuis l’Erythrée ce qui surprend les alliés qui s’attendaient à tout autre chose.

En effet dès l’entrée en guerre de l’Italie, les alliés s’inquiètent de l’isolement de la Côte Française des Somalis et du Somaliland isolés par les possessions italiennes.

Comme il est impossible d’y envoyer des renforts on envisage rien de moins que l’évacuation des troupes en direction du Yemen ! Il faudra le sang froid de généraux bon connaisseurs des faiblesses italiennes ainsi que la pression des marines alliées pour éviter un tel scénario.

Les offensives en direction du Kenya (opération SAVOIA) et du Soudan anglo-egyptien (opération SICILIA) sont donc de bonnes surprises d’autant qu’elles ne sont pas menées avec beaucoup d’entrain ni de conviction.

La première est déclenchée le 21 octobre 1948, la seconde le 12 novembre. La progression est dans un premier temps ralentie plus par le terrain que par la résistance britannique, les consignes étant d’échanger du temps contre du terrain.

Rapidement l’avance italienne est enrayée par une logistique déficiente et des attaques de guérilla sur les arrières menées par des éléments isolés et des tribus locales encadrées par des officiers britanniques comme le colonel Wingate ou français comme le capitaine Messmer.

Pierre Messmer (1972-1974) 6.JPG

Pierre Messmer

L’opération SICILIA est stoppée le 14 janvier 1949, l’opération SAVOIA se poursuit jusqu’au 5 février 1949. Les italiens se retranchent pour attendre la contre-offensive alliée qui tarde à se manifester en raison du manque de troupes, du manque de moyens et surtout d’autres priorités.

Ce n’est que le 11 juillet 1950 que l’opération GIDEON est déclenchée par le haut-commandement allié en Afrique orientale (Allied East African high Command AEAC) dirigé par un général britannique, le général quatre étoiles Miles Dempsey.

L’offensive GIDEON est une manœuvre complexe avec des diversions venues de la Côte Française des Somalis (CFS), du Soudan et du Somaliland et une offensive principale venue du Kenya.

Les combats sont durs avec un climat hostile, une logistique souvent insuffisante et des moyens trop limités pour l’emporter rapidement. Il faudra attendre la fin du mois de septembre pour détruire toute résistance italienne organisée, quelques éléments irréductibles continuant le combat jusqu’à la fin du conflit mais il s’agissait plus d’une agaçante nuisance que d’une menace véritable.

Le dispositif allié est véritablement multinational avec des français, des britanniques, des sud-africains, des rhodésiens mais aussi des belges.

Si les sud-afs et les rhodésiens sont essentiellement blancs, les troupes françaises, britanniques et belges étaient essentiellement des troupes coloniales (tirailleurs sénégalais pour la France, troupes kenyanes et indiennes pour la Grande-Bretagne, congolais pour la Belgique).

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auto blindée Marmon Herrington

L’armée sud-africaine déploie deux divisions d’infanterie, les 1st & 2nd South African Division associées à des unités indépendantes d’artillerie (trois régiments d’artillerie lourde, un régiment antichar, un régiment antiaérien), des unités blindées (deux bataillons de chars moyens) et motorisées (autos blindées), des unités de soutien où les natives et les métis sont prédominants.

La 1ère division sud-africaine est engagée depuis le Kenya longeant les côtes pour prendre à revers les troupes italiennes ce qui provoque une vraie panique, aucun soldat n’aimait avoir une menace venant dans son arrière. Ils sont soutenus par des unités aériennes dont certaines sont sud-africaines et par des moyens navals franco-britanniques pour le ravitaillement et l’appui.

La 2ème division est transportée par voie maritime depuis le Kenya en direction du Somaliland pour favoriser l’avancée alliée en Somalie italienne. Des hommes de la 1ère et de la 2ème division font leur jonction, encerclant les italiens, le nettoyage étant assuré par les belges.

Les deux divisions sud-africaines forment alors un 1st South African Army Corps (1st SAAC) avec des unités d’artillerie, deux bataillons de chars, des unités d’autos blindées et de soutien.

Ce Corps d’armée va opérer en Abyssinie, participant à la libération d’Addis Abeba le 7 septembre 1950. Il va progresser jusqu’à l’Erythrée, arrivant à l’ancienne frontière entre l’Abyssinie et l’Erythrée à la fin du mois de septembre.

La résistance italienne est pour ainsi dire terminée, des combats résiduels vont durer jusqu’au printemps 1951 quand l’Erythrée est occupée par une force mixte composée de la 2ème division sud-africaine, d’une division belge, d’un régiment de tirailleurs sénégalais et d’une division indienne.

Le 1st SAAC n’à qu’une existence éphémère puisqu’il est dissous en janvier 1951, la 1ère division sud-africaine ralliant la Palestine mandataire pour des opérations de maintien de l’ordre en attendant un engagement dans les Balkans effectif à partir de juin 1951. La 2ème division sud-africaine reste en Erythrée jusqu’en janvier 1952 avant de rallier elle aussi les Balkans pour reformer le 1st SAAC.

L’Afrique du Sud en guerre (2) : Dodécanèse et Balkans

Dès janvier 1949 deux nouvelles divisions d’infanterie sont levées, la 3rd South African Division et la 4th South African Division.

Elles sont opérationnelles à l’été. Si la 4ème reste en réserve en Afrique du Sud en attendant mieux, la 3ème division entame un long périple en direction de l’Egypte en vue de participer initialement à l’opération BAYARD.

La division sud-africaine arrive trop tard pour participer aux combats, étant déployée à Alexandrie officiellement pour défendre la base navale britannique au grand dam des afrikaners de l’unité.

Elle rallie ensuite la Libye anciennement italienne, étant placée sous commandement français pour d’abord des missions de nettoyage en attendant l’opération CATAPULT, la conquête de l’archipel italien du Dodécanèse.

L’opération est déclenchée le 5 février 1950. Aux côtés de la 3ème division sud-africaine, on trouve la 87ème DIA française et la 66th Infantry Division britannique soit trois divisions alliées contre une division italienne et des éléments isolés. Non seulement les moyens ennemis sont inférieurs mais en plus ils sont dispersés.

La 3ème division sud-africaine fait partie de la première vague. Elle s’illustre par son énergie et sa férocité. Elle opère en compagnie d’une partie de la 87ème DIA, les deux divisions participant à la majeure partie des combats, la 66ème divison britannique étant engagée pour le nettoyage des poches de résistance résiduelles.

Ses opérations terminées, la division sud-africaine rallie la Crète pour repos, réorganisation et ré-entrainement. A l’automne 1950, elle passe dans le Péloponnèse, repoussant plusieurs offensives de l’Axe qui ne parviendra jamais à s’emparer de cette épine plantée dans son flanc méridionnal.

La 3ème division intègre la 1st SAAC reconstitué en janvier 1952. Les trois divisions sud-africaines sont rejointes à l’été 1952 par la 6ème division blindée sud-africaine. Un 2ème Corps d’Armée sud-africain est créé pour la 3ème division sud-africaine et la nouvelle division. Un projet d’armée sud-africaine est bien étudié mais jamais mené à bien.

Les deux corps d’armée vont participer à l’opération ANVIL à partir du 21 septembre 1952 avant d’enchaîner par l’opération SLEDGEHAMMER pour libérer le territoire grec puis pénétrer en Yougoslavie par la Macédoine. Les sud-africains vont opérer aux côtés de troupes grecques et yougoslaves dont une partie avait été ré-entraînée en Egypte et en Crète par les sud-afs.

Les opérations sont difficiles, les combats usants sans compter les cas de conscience de soldats d’origine allemande (et je ne parle même pas de militants politiques aux idées proches des nazis).

Le sujet n’à pas été très étudié via les archives mais il semble qu’il n’y à pas eu énormément de cas d’insubordination ou de désertion. Les raisons sont multiples mais il semble qu’il s’agisse d’un mélange de pression du groupe, de la honte mais aussi de la suspicion des allemands vis à vis des soldats sud-africains (dans leurs délires raciaux, les allemands pouvaient considérer qu’au contact de «races inférieures», les afrikaners ont pu s’être abâtardis).

A la fin des combats en Europe, les troupes sud-africaines sont relevées, regroupées en Crète puis rapatriées dès l’automne 1954 au pays.

L’Afrique du Sud en guerre (3) : autres fronts

La 4ème division sud-africaine reste d’abord au pays comme réserve stratégique et défense intérieure avant d’être engagée en juillet 1952 en Birmanie officiellement sous commandement indien mais en réalité britannique. Elle sécurise le pays avant d’être engagé en Thaïlande, terminant en Indochine. Elle quitte la colonie française en novembre 1954 pour rentrer au pays où elle est démobilisée.

La Royal South African Air Force (RSAF) opère au large des côtes sud-africaines pour sécuriser le passage des convois contre les croiseurs auxiliaires et les sous-marins allemands. Elle opère également en soutien des troupes au sol, assurant leur couverture aérienne, leur reconnaissance et l’appui-feu.

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Le HMS Brindessen (L-79), une unité du type Hunt IV

La petite Royal South African Navy (RSAN) opère essentiellement dans l’Océan Indien pour couvrir des convois. Deux destroyers type S et quatre destroyers type Hunt IV assurent donc ces missions d’escorte.

Une fois la menace sous-marine allemande atténuée et les besoins en convois moins importants, la marine sud-africaine va s’engager en Insulinde notamment dans l’opération ZIPPER, une opération majeure en Malaisie, à Singapour et aux Indes Néerlandaises.

Bilan du conflit

A la fin du conflit, l’Afrique du Sud intègre la nouvelle Organisation des Nations Unies comme membre non-permanent.

Les pertes humaines ont été assez lourdes mais surtout le ressentiment des afrikaners contre Daniel Malan est particulièrement élevé.

Les élections suspendues durant le conflit sont organisées au printemps 1955. Ils aboutissent à la victoire d’un Parti Nationaliste dirigé par Werner Herzogber qui remporte la majorité absolue avec 90 sièges sur 150. Il laisse 35 sièges au Parti Libéral, 12 au Parti centriste et 13 au parti travailliste.

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