URSS (80) Armée de Terre (28)

KV-1

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En dépit des échecs des chars multitourelles, les soviétiques n’ont pas renoncé à s’équiper de chars lourds pour compléter les chars les plus légers. Il s’agissait non seulement de faire face à leurs homologues allemands mais aussi de disposer de chars destinés à rompre le front ennemi.

Alors qu’on travaillait sur les projets SMK et T-100 des doutes de plus en plus importantes se firent jour sur l’utilité d’un char multitourelles.

Kotlin le concepteur du SMK proposa une version mono-tourelle de son char. C’est l’acte de naissance du Klement Vorochilov (KV), les chars KV puissants, bien protégés mais connaissant des problèmes mécaniques constants.

Un démonstrateur est dessiné en janvier 1939, le véhicule de 45 tonnes étant prêt au mois d’avril de la même année. En septembre 1939 le KV, le T-100 et le SMK sont évalués à Kubinka. Sans surprise le KV plus léger (dix tonnes de mois) emporte cette compétition. Le KV allait être produit en série mais pas les deux autres.

Tout n’est pas reglé pour le KV car la tourelle qui abrite le même armement que ces deux rivaux (un canon de 45mm et un canon de 76.2mm) est difficile à utilisé. Le T-100, le SMK et le KV-U0 sont envoyés en Finlande pour une évaluation opérationnelle qui confirme les résultats des essais de Kubinka.

Le char KV qui avait perdu son canon de 45mm est donc le seul à convaincre. Néanmoins le canon de 76.2mm est jugé inapte à détruire les blockhaus finlandais. Une machine disposant d’une pièce de plus fort calibre est réclamée.

Le premier modèle baptisé KV-1 modèle 1939 est mis en production en 1940. Le char est de conception moderne mais sa fiabilité mécanique est médiocre.

Le moteur est puissant mais il peine à déplacer les 43.5 tonnes du char sans compter que cette masse met la transmission à rude épreuve. Identique à celle d’un tracteur Caterpillar des années vingt elle doit être changée tous les 130 km (sauf bien sur quand elle cédait avant).

A cela s’ajoute une organisation interne peu ergonomique (qui rendait son utilisation au combat difficile), une mauvaise répartition des tâches et des commandes très dures qui épuisent les pilotes.

Le KV-1 modèle 1940 est une version modifiée du précédent avec un canon de 76.2mm F-32 qui remplace le L-11. Les ingénieurs cherchent à fiabiliser le véhicule et à simplifier la production mais n’y parviennent pas complètement . Certains véhicules de ce modèle reçoivent le même canon que le T-34 le Zis-5.

Quelques KV-1E (Ekronami) sont également fabriqués. Il s’agit une version surblindée du précédent pour faire face à des chars lourds en développement en Allemagne. Le poids supplémentaire aggravant les problèmes mécaniques la production est vite stoppée.

A la production du KV-1 modèle 1940 succède la production du KV-1 modèle 1941 qui intègre deux nouveaux modèles de tourelle, une tourelle moulée et une autre soudée. Elles disposent toutes les deux du même canon en l’occurrence le Zis-5.

Le dernier modèle de série est baptisé KV-1S (Skorosniy «allégé»). Cette version du Klement Voroshilov dispose d’un moteur plus puissant, d’une transmission plus fiable, d’une meilleure ergonomie et d’un blindage allégé (ou du moins mieux réparti). Le nombre d’obus embarqué passe de 90 à 114.

Au début du conflit alors que le projet IS était en plein développement, les soviétiques étudièrent un char intérimaire baptisé KV-85. Il combinait le châssis du KV-1S avec une tourelle identique à celle du T-34/85. Produit en très petite quantité, il ne connaîtra qu’une brève carrière, les IS-1 et 2 à canon de 122mm se révélant nettement plus performant.

Le modèle 1939 à été produit à 250 exemplaires, le modèle 1940 à 850 exemplaires, le KV-1E à seulement 150 exemplaires, le modèle 1941 à 1000 exemplaires, le KV-1S à 700 exemplaires et enfin le KV-85 à seulement 150 exemplaires. La production du KV-1 s’arrête en mars 1952 après donc la sortie de 3100 exemplaires.

A ce nombre très important s’ajoute un certain nombre de variante comme le KV-2, une version d’appui armée d’un obusier de 152mm (350 exemplaires), des variantes lance-flammes (KV-8 500 exemplaires produits), des variantes de déminage. Le SU-152 reprend le chassis du KV-1 et va servir à la fois de canon d’assaut et de chasseur de chars.

Le KV-1 est toujours en service en juin 1950 quand les allemands déclenchent l’opération BARBAROSSA. Bien armé et bien protégé, le KV-1 connait toujours de nombreux problèmes mécaniques ce qui explique pourquoi un grand nombre de véhicules de ce type est abandonné aux mains des finlandais et des allemands notamment.

Si les premiers les utilisent comme chars de combat classiques, les seconds vont les utiliser comme chars mais vont en transformer certains en tracteurs lourds d’artillerie et en véhicule de dépannage.

Au sein de la RKKA le KV-1 va être progressivement déclassé par rapport au T-34 plus fiable. Il est remplacé au sein des unités blindées de l’Armée Rouge par les IS-1 et 2 à canon de 122mm. Les derniers KV-1 sont retirés du service dès la fin du conflit. Aucun pays étranger en dehors de la Finlande et de l’Allemagne n’ont utilisé ce char.

Caractéristiques Techniques du KV-1 modèle 1941

Type : char lourd

Poids : 45 tonnes

Dimensions : longueur 6.75m largeur 3.32m hauteur 2.71m

Motorisation : un moteur diesel V-2 de 600ch

Performances : vitesse maximale 35 km/h distance franchissable 200-240km

Protection : blindage frontal 90mm latéral 75mm arrière 70mm

Armement : un canon de 76.2mm M1941 Zis-5, trois ou quatre mitrailleuses de 7.62mm DT

Equipage : 5 hommes

IS-1 et IS-2

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IS-1

La mise en service du KV-1 ne dissuadait pas les soviétiques de concevoir de nouveaux chars lourds d’autant que le Klement Vorochilov était loin d’être un char parfait. Si il était lourdement blindé, son organisation interne était aberrante et surtout ses faiblesses mécaniques le rend impropre à durer sur le champ de bataille.

Plusieurs projets de version améliorée sont envisagées mais elles ne parviennent pas à rendre le KV vraiment mature. A cela s’ajoute la volonté de créer un puissant char de rupture pour détruire les fortifications les plus puissantes, les leçons du conflit finlandais ayant été retenu.

Plusieurs projets de chars destinés à remplacer le KV-1, certains sont de simples chars de papier mais d’autres aboutissent à la production d’un ou plusieurs prototypes. Citons le KV-3 à canon de 76.2mm, le KV-220 à canon de 85mm ou le duo KV-4/5.

Ce duo aurait du former la partie haute du spectre blindé soviétique avec un KV-4 à canon de 85mm pour le combat et le KV-5 armé d’un canon de 107mm en tourelle avec une tourelle auxiliaire au dessus de celle-ci avec un canon de 45mm pour rompre les fronts fortifiés.

Aucun de ces projets n’aboutit à une production en série. Le KV-3 est resté un char de papier, le KV-220 à été produit à deux exemplaires alors qu’il n’à existé qu’un prototype du KV-4 et du KV-5.

Les soviétiques décident de repartir de zéro ou presque. L’expérience des chars précédents est compulsée, comprimée pour aboutir à un vade-mecum à suivre pour les futurs chars lourds :

-Suspension à barres de torsion

-Chenilles larges pour se déplacer facilement en milieu difficile

-Blindage laminé-soudé incliné

-Moteur diesel

-Tourelle triplace

Le projet d’un nouveau char lourd est lancé à l’automne 1943. Baptisé Iosef Stalin (IS), le nouveau blindé doit compléter le T-34/76. L’idée de la RKKA est de regrouper les nouveaux chars lourds dans des bataillons indépendants qui seraient dispatchés entre les corps blindés pour leur offrir un poing blindé capable de combattre les chars allemands les plus lourds.

Au final les futurs chars lourds allaient intégrer les divisions blindées pour opérer au plus près des T-34 et des BT-9.

Initialement le projet prévoyait un canon de 85mm à très haute vitesse initiale. Ce projet fût abandonné car le développement du canon fût rapidement stoppé en raison de multiples problèmes techniques et en plus la décision d’armer le T-34 avec un canon de 85mm rendait inutile un char lourd disposant du même armement.

Il fallait un canon plus puissant. Plusieurs projets sont étudiés : un canon de 100mm inspiré d’un canon de marine, un canon de 107mm, un canon de 122mm et un canon de 130mm inspiré lui aussi d’un canon de marine.

Le canon de 107mm est rapidement abandonné. Le recul est très fort, l’évacuation des fumées problématique sont des problèmes insolubles. Les canons de 100 et de 130mm sont plus séduisants mais sont finalement abandonnés au profit du canon de 122mm A-19.

Deux prototypes sont commandés en mars 1945 et livrés à la fin de l’année. Comme la tourelle n’est pas encore prête, on décide de l’armer de la tourelle du T-34/85. Cela donne naissance au IS-85 rapidement rebaptisé IS-1.

Les tests sont dans un premier temps assez décevants. Le moteur surchauffe beaucoup, la transmission est soumise à rude épreuve. En revanche l’organisation interne donne satisfaction et les premiers tests du canon de 122mm dans sa tourelle sont très prometteurs.

Deux nouveaux prototypes à canon de 85mm sont produits à l’été 1945. Les principaux problèmes sont réglés mais il s’agit toujours de chars lourds à canon de 85mm. Voilà pourquoi à part la production d’une vingtaine d’appareils de pré-série, les IS-1 ne vont pas connaître une longue carrière.

Ces véhicules ultérieurement appelés IS-1 modèle 1946 seront engagés dans la défense de Moscou ce qui explique la destruction de quatre véhicules (deux par l’ennemi, deux sur panne), les vingt-deux véhicules restants sont ensuite stockés et pour ainsi dire oubliés.

La production du IS-1 modèle 1948 est lancée fin 1949. Ce sont les premiers IS disposant d’un canon de 122mm. La production est laborieuse et en juin 1950 seulement 44 véhicules ont été produits et seulement 16 officiellement acceptés par la RKKA.

La production est interrompue par le déménagement de l’usine de production au delà de l’Oural ce qui n’empêche pas l’engagement d’une poignée de véhicules pour freiner l’avancée allemande avec un succès d’estime. Les chiffres ne sont pas clairs mais il semble que 24 véhicules ont été engagés contre les allemands avec la perte de la moitié des véhicules, les autres parvenant à se replier sans trop de mal.

La production de l’IS-1 modèle 1948 se poursuit jusqu’en 1952 avec la sortie de seulement 172 exemplaires en raison de la priorité donnée au T-34/85. Sans compter que des projets plus intéressants sont sur le point d’être mis en production.

IS-2 model 1943 4.jpg

IS-2

L’IS-2 modèle 1952 va lui être produit en masse jusqu’à la fin du conflit et même un peu après. De mars 1952 à septembre 1957 ce sont 3950 IS-2 qui vont être produits en plusieurs versions qui se distinguent uniquement par des points de détail. On trouve ainsi 1725 IS-2 modèle 1952, 850 IS-2 modèle 1953 et enfin 1375 IS-2 modèle 1954.

Tout en produisant en masse l’IS-2, les soviétiques travaillent sur un nouveau char lourd. Baptisé IS-3 il doit permettre de faire face aux nouveaux chars lourds allemands (Tigre II, Igel). Il intègre pour cela un grand nombre d’améliorations.

Le châssis est plus long, la caisse dispose d’un blindage laminé-soudé durci, la tourelle est de forme différente pour favoriser le ricochet des obus, le moteur plus puissant. Quatre prototypes sont commandés en décembre 1952 et livrés à l’été 1953. La production sera lancée fin 1953/début 1954 mais trop tard pour participer au second conflit mondial.

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IS-4

L’IS-4 était une variante moins ambitieuse, une sorte de IS-2 amélioré. Comme les soviétiques craignaient que l’IS-3 ne soit pas disponible suffisamment tôt (ce qui sera effectivement le cas) ils décident de développer le Iosef Stalin modèle 4. Ironie de l’histoire, l’IS-4 sera disponible après l’IS-3.

La production sera lancée après guerre en remplacement de l’IS-2. Au final ce sont 2350 IS-3 et 850 IS-4 qui seront produits entre janvier 1954 et septembre 1960 pour le premier, entre mars 1955 et juin 1962 pour le second. Si les projets IS-5/6/7/8/9 ne dépassent pas le stade du prototype, l’IS-10 à canon de 125mm sera produit en série sous le nom de T-10, la déstalinisation entraînant le changement de nom de IS en T. l’IS-2 devient le T-2, le IS-3 le T-3, le IS-4 le T-4 et donc l’IS-10 T-10.

T-10 7.jpg

IS-10

Seuls les IS-1 et 2 sont donc engagés contre les allemands qui apprennent très vite à redouter la puissance de l’obus de 122mm.

La seule faiblesse de ce canon c’est le fait qu’il utilise des obus séparés ce qui réduit sa cadence de tir. Les tankistes allemands expérimentés savaient donc qu’après un premier tir ils avaient un peu de temps pour riposter ou se replier avant que le char soviétique ne double le tir.

Néanmoins l’affrontement avec les IS étaient redoutés par les allemands qui utilisaient tous les moyens pour freiner pour freiner l’avancée soviétique.

Moins mobiles que les T-34 mais mieux protégés les IS étaient parfois utilisés comme les Tigre pour attirer les tirs ennemis et permettre aux T-34 de déborder l’ennemi en utilisant le moindre chemin, la moindre coupure, le moindre interstice du dispositif ennemi.

Les IS-1 sont retirés du service dès la fin du conflit, l’IS-2 est retiré du service actif en 1959, laissant uniquement en service les IS-3 et 4. Le T-10 est mis en service en 1961 et ce dernier descendant de la famille va peu à peu remplacer ses aînés. Modernisé au début des années soixante-dix sous le nom de T-10M, il resté en service jusqu’en 1985.

Après guerre des IS-2 vont être livrés à la Pologne, à la Hongrie, à la Roumanie et à la Bulgarie. En 1962 des IS-4 sont livrés à la Chine et en 1965 des IS-3 ont été cédés à l’Egypte mais leur carrière à été brève.

Caractéristiques Techniques de l’IS-2

Type : char lourd

Poids : 46 tonnes

Dimensions : longueur 9.90m largeur 3.09m hauteur 2.73m

Motorisation : un moteur diesel V-2 de 600ch alimenté à 820l de carburant

Performances : vitesse maximale 37km/h distance franchissable 240km

Blindage : caisse 100mm à l’avant 90-130mm sur les côtés tourelle protection frontale 100mm (155mm sur le mantelet protégeant le canon) 90mm sur les côtés

Armement : un canon D-25T de 122mm avec 28 projectiles, deux mitrailleuses de 7.62mm DT, une mitrailleuse de 12.7mm DshK avec respectivement 2330 et 230 cartouches

Equipage : quatre hommes

Caractéristiques Techniques de l’IS-3

Type : char lourd

Poids : 46.5 tonnes

Dimensions : longueur 10m largeur 3.20m hauteur 2.44m

Motorisation : un moteur diesel V-2 de 600ch à 2000 tours/minute alimenté par 780 litres de carburant

Performances : vitesse maximale 40km/h sur route distance franchissable sur route 190km

Blindage : (caisse) 120mm frontal 90mm latéral 60mm arrière 30mm toit (tourelle) 200mm frontal 115mm latéral 115mm arrière 30mm toit

Armement : un canon D-25T de 122mm avec 28 projectiles, deux mitrailleuses de 7.62mm DT, une mitrailleuse de 12.7mm DshK avec respectivement 2330 et 230 cartouches

Equipage : quatre hommes

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