Italie (20) Cuirassés et croiseurs de bataille (2)

Cuirassés classe Conte di Cavour

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Le Conte di Cavour dans sa configuration originale

Avant-propos

Bien que liés par un traité d’alliance depuis 1882, Rome et Vienne n’avaient pas des relations de bons voisinage. Les sujets de tension étaient nombreux qu’il s’agisse de la question des terres irrédentes (à peuplement majoritairement italophone) ou de la rivalité pour la domination des Balkans, l’Italie voyant dans cette péninsule sa zone d’influence naturelle même si on peut se demander si la maison de Savoie avait les moyens de son ambition.

Face à des telles tensions, les investissements militaires sont importants notamment dans le domaine naval où les deux marines étaient en rivalité pour le contrôle de l’Adriatique.

Qui dit contrôle naval dit cuirassés et les deux pays vont construire des cuirassés de type dreadnought, le Dante Alighieri débloquant la construction des cuirassés de classe Tegetthoff face auxquels Rome avait déjà une réponse, toute prète à savoir les trois unités de classe Conte di Cavour et les deux unités de classe Andrea Doria.

Comme nous l’avons vu plus haut, le Dante Alighieri était un cuirassé innovant avec des superstructures réduites et un armement principal composé de douze canons de 305mm en quatre tourelles triples installées pour la première à l’avant, une seconde et une troisième au milieu du navire dans l’axe et la dernière à l’arrière.

Cette configuration avait des avantages mais aussi des inconvénients ce qui explique pourquoi les trois unités de classe Contre di Cavour furent d’un modèle différent, d’un modèle plus orthodoxe avec des superstructures plus dévellopées et un armement composé de cinq tourelles, trois tourelles triples («A» «Q» et «Y») et deux tourelles doubles («B» et «X») toujours armées de canons de 305mm. L’armement secondaire est toujours composé de canons de 120mm mais tous regroupés en casemates.

Ces trois navires sont baptisés Conte di Cavour (Camilio Benso, comte de Cavour le principal artisan de l’unité italienne [Turin 1801-1861]), Giulio Cesare (Jules César, militaire et homme politique romain [Rome 100-44 a.C] et Leonardo da Vinci (Léonard de Vinci, artiste et inventeur italien [ Vinci près de Florence 1452-Amboise 1519].

Carrière opérationelle

Le Conte di Cavour

-Le Conte di Cavour est mis sur cale au Regio Arsenale de La Spezia le 10 août 1910 lancé le 11 août 1911 et mis en service le 1er avril 1915.

A sa mise en service le cuirassé est stationné à Tarente alors que l’Italie se prépare à rentrer en guerre contre l’Autriche-Hongrie. Une fois l’Italie engagée aux côtés des alliés, le cuirassé reste l’arme au pied, la Kaiserliche und Königliche Kriegsmarine (KuK Kriegsmarine) restant tapie dans sa base de Pola.

Après une opération de propagande aux Etats-Unis (escales à Gibraltar, Ponta Delgada et Fayal [Açores], Halifax, Boston, Newport, Tompkinsville, New York, Philadelphie, Annapolis et Hampton Roads), le Conte di Cavour reprend la traditionnelle carrière d’un cuirassé en temps de paix. Il sert ainsi de yacht de luxe pour le roi Victor-Emmanuel III (Dalmatie 1922) et pour le président du conseil Benito Mussolini (Africa Septentrionale Italiana [ASI] future Libye en avril 1925).

Le Conte di Cavour est désarmé 12 mai 1928 pour respecter les termes du traité de Washington mais cinq ans plus tard, en octobre 1933, il est transféré à Trieste pour être reconstruit par les Cantieri Riuniti dell Adriatico (CRDA).

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Le Conte di Cavour après reconstruction

Les travaux vont durer quasiment quatre ans. Plus qu’une refonte c’est une véritable reconstruction et nul doute qu’un marin du Giulio Cesare tombé dans le coma en 1928 aurait eu du mal à reconnaître son cuirassé à son réveil en 1937.

La coque est allongée de près de 10m, un nouveau pont blindé et un système de protection Pugliese sont installés tout comme de nouvelles turbines et de nouvelles chaudières, la vitesse passant de 22 à 28 nœuds.

Les superstructures sont totalement reconstruites, l’armement principal est totalement modifié avec le remplacement des treize canons de 305mm par dix canons de 320mm (suppression de la tourelle centrale), ces canons de 320mm étant les canons de 305mm réaléses.

L’armement secondaire est totalement modifié avec le remplacement des dix-huit canons de 120mm en casemates par douze canons de 120mm en tourelles doubles. Comme ces canons ne sont pas à double usage, une DCA spécifique est embarquée.

Cette DCA est composée de huit canons de 100mm en quatre tourelles doubles, huit canons de 37mm et douze canons de 20mm.

Le Conte di Cavour est officiellement remis en service le 1er juin 1937. D’abord stationné à Tarente, le cuirassé est ensuite redéployé à La Spezia, formant la 5ème division de cuirassés de la Primera Squadra Navale en compagnie de son sister-ship Giulio Cesare.

A plusieurs reprises le cuirassé subit des carénages et des refontes. L’armement antiaérien est renforcée, le nombre de canons de 37mm est porté de huit à seize, le nombre de canons de 20mm de douze à vingt-quatre. Il y eut le projet de remplacer les canons de 120 et de 100mm par des canons de 135mm à double usage mais ce projet n’eut aucun début d’exécution.

Toujours en service en octobre 1948, le Conte di Cavour participe aux premières opérations du second conflit mondial mais sans événement saillant.

Le 15 janvier 1949, le cuirassé était mouillé dans le port de La Spezia, se préparant à appareiller pour couvrir des croiseurs en opération «recherche et destruction» en mer de Ligurie. L’alerte aérienne est déclenchée mais avant même que les générateurs de fumée ne masquent le cuirassé les avions embarqués français passent à l’attaque.

Six bombes de 500kg lancés par les bombardiers en piqué Loire-Nieuport LN-420 et quatre torpilles lancés par des Latécoère Laté 299-5 frappent le cuirassé qui sombre dans la rade.

Son état est tel que les italiens renoncent à sa remise en état. Il va servir de cible aux bombardiers français et britanniques, étant définivement coulé en mars 1952. l’épave est relevée et démolie après guerre.

Le Giulio Cesare

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Le Giulio Cesare dans sa configuration originelle 

-Le Giulio Cesare est mis sur cale aux chantiers navals Ansaldo de Gênes le 24 juin 1910 lancé le 10 octobre 1911 et admis au service actif le 14 mai 1914.

Après une première guerre mondiale sans événements saillants, sans batailles navales contre la marine austro-hongroise, le Giulio Cesare est déployé au large des côtes de feu l’empire Ottoman, l’Italie espérant récupérer la région de Smyrne mais avec le réveil turc mené par Mustapha Kemal, Rome jugea plus prudent de renoncer à ses ambitions.

Le 27 août 1923, le général Tellini chef de la mission militaire italienne participant à la conférence des ambassadeurs chargée de régler le conflit frontalier gréco-albanais est assassiné.

En représailles, le président du conseil Benito Mussolini envoya les cuirassés Conte di Cavour Giulio Cesare Andrea Doria et Caio Duilio, division navale qui débarqua un corps expéditionnaire à Corfou après avoir bombardé l’île grecque.

Le gouvernement grec plia, accepta que les navires italiens rendent hommage au général Tellini et sur quoi les italiens évacuèrent l’île. Le Giulio Cesare était de retour à Tarente le 30 septembre 1923.

En 1925, le Giulio Cesare reçut une plate-forme sur la tourelle centrale pour le lancement d’un avion mais bien vite, la plate-forme fût remplacé par une catapulte installée sur la tourelle pour un Macchi M.18.

Le 12 mai 1928, le Giulio Cesare est désarmé et sert de navire-école pour les artilleurs de la Regia Marina, rôle qu’il remplit jusqu’en 1933 quand il est décidé de le reconstruire à l’instar du Conte di Cavour.

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Le cuirassé Giulio Cesare après reconstruction

Les travaux sont menés aux chantiers navals Cantieri del Tirreno de Gênes d’octobre 1933 à octobre 1937, travaux semblables à ceux menés sur son sister-ship.

Remis officiellement en service le 3 octobre 1937, il quitta l’arsenal de La Spezia où furent achevés les travaux de reconstruction pour gagner son port d’attache, Tarente.

En mai 1938, il participa à la revue navale de Naples donnée en l’honneur de la visite d’Adolf Hitler en Italie avant de participer l’année suivante en avril 1939 à l’occupation de l’Albanie en compagnie de son sister-ship, le Conte di Cavour.

En septembre 1948, le Giulio Cesare est stationné à La Spezia, formant la 5ème division des navires de bataille au sein de la 1ère escadre navale.

Participant à de nombreux affrontements avec les alliés, le Giulio Cesare est endommagé à plusieurs reprises par des obus de 380mm, des obus de 203 et de 152mm, une torpille d’un sous-marin britannique et de bombes françaises.

Réfugié à Bari, le cuirassé est l’un des survivants de la Regia Marina quand l’Italie bascule du côté des alliés en avril 1953. En compagnie du Roma, du Caio Duilio et du Dante Alighieri (ex-Littorio), le Giulio Cesare rejoint Malte puis Bizerte où il était encore en septembre 1954.

Le traité de Paris signé le 14 septembre 1957 permet à l’Italie de conserver le Roma et le Giulio Cesare, navires utilisés comme bâtiments-amiraux, comme navires-écoles et comme bâtiment de prestige, vestiges délicieusement surannés pour la marine italienne.

En mars 1967, le Giulio Cesare est définitivement désarmé. Il est démantelé peu après à La Spezia après une carrière de plus de cinquante ans.

Le Leonardo da Vinci

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Le Leonardo da Vinci

-Le Leonardo da Vinci est mis sur cale aux chantiers navals Odero de Gênes le 18 juillet 1910 lancé le 14 octobre 1911 et admis au service actif le 17 mai 1914.

Basé d’abord à La Spezia, il fût basé à l’entrée en guerre le 24 mars 1915 dans le port de Tarente mais ne connu qu’une carrière fort brève.

Victime d’une terrible explosion dans la nuit du 2 août 1916, le cuirassé chavire dans la grande base navale du sud de l’Italie. 249 officiers et marins sont tués par cette explosion criminelle, œuvre d’agents autrichiens, deux personnes étant condamnées, l’une à la peine de mort (commuée en prison à vie) et à l’autre à la prison à vie.

Se pose alors la question du relevage. Des spécialistes britanniques et américains estiment la tache impossible ce qui fouette l’orgueil national italien. La Regia Marina prend la décision de relever le navire, des travaux titanesques menés du printemps 1917 au mois de janvier 1921.

Les ouvriers italiens pouvaient être fiers des travaux accomplis mais malheureusement pour eux l’Italie n’avait plus les moyens de reconstruire et de remettre en service un cuirassé moderne. En mars 1923 la coque est vendue à la démolition.

Tout n’était cependant pas perdu car les techniques utilisées par les italiens allaient faire école pour relever les épaves de la Hochseeflot dans la rade de Scapa Flow et que les italiens allaient devenir les maîtres en matière d’opérations de renflouage de navires.

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Opération de renflouement du cuirassé Leonardo da Vinci

Caractéristiques Techniques

A la construction

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Déplacement : (Conte di Cavour) standard 22992 tonnes pleine charge 24500 tonnes (Giulio Cesare) standard 23193 tonnes pleine charge 24801 tonnes (Leonardo da Vinci) standard 23087 tonnes pleine charge 24677 tonnes

Dimensions : longueur (hors tout) 176m (pp) 168.9m largeur : 28m tirant d’eau : 9.4m

Propulsion : 4 groupes de turbines à engrenages Parson alimentées par 20 chaudières Blenchyden (8 charbon et 12 mixtes). Le Giulio Cesare est équipé de 12 chaudières charbon et 12 chaudières pétrole Babcox & Wilcox. La puissance propulsive est de 31278ch pour le Conte di Cavour, 30700 pour le Giulio Cesare et 32300 pour le Leonardo da Vinci entraînant 4 hélices.

Performances : vitesse maximale 22.2 noeuds pour le Conte di Cavour, 21.56 noeuds pour le Giulio Cesare et 21.6 noeuds pour le Leonardo da Vinci. Distance franchissable : 4800 miles nautiques à 10 noeuds 1000 miles nautiques à 22 noeuds.

Protection : ceinture blindée 254mm pont blindé 111mm tourelles 254mm casemates 127mm tour de commandement 279mm.

Armement : 13 canons de 305mm (12 pouces) modèle 1909 répartis en trois tourelles triples («A» «Q» et «Y») et deux tourelles doubles («B» et «X»), 18 canons de 120mm (4.7 pouces) modèle 1909 en 18 casemates simples latéraux, 13 (14 canons pour le Leonardo da Vinci) canons de 76mm et 3 tubes lance-torpilles de 450mm

Equipage : 1232 à 1235 officiers et marins

(Après reconstruction)

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Déplacement : standard 28800 tonnes pleine charge 29100 tonnes

Dimensions : longueur : 186.4m largeur : 28m tirant d’eau : 10.4m

Propulsion : Deux groupes de turbines à engrenages Belluzzo alimentées par 8 chaudières à mazout Yarrow développant une puissance totale de 93000ch et actionnant 2 hélices

Vitesse maximale : 27/28 noeuds distance franchissable : 3100 miles nautiques à 28 noeuds

Protection : ceinture 254mm pont blindé 135mm tourelles de l’artillerie principale 280mm tour de commandement 260mm

Armement : 10 canons de 320mm modèle 1934 en deux tourelles triples («A» et «Y») et deux tourelles doubles («B» et «X»), 12 canons de 120mm OTO Melara modèle 1933 en six tourelles doubles, 8 canons de 100mm Oto Melara modèle 1928 en quatre affûts doubles, 8 canons de 37mm Breda modèle 1932 en quatre affûts doubles et 12 canons de 20mm Breda modèle 1940 en six affûts doubles.

Aviation : aucune

Equipage : 36 officiers, 1200 officiers mariniers et matelots

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