7-Porte-avions et porte-aéronefs (5)

D-Porte-avions Commandant Teste

1-Baignoires pour canons de 25mm 2-Tourelles doubles de 130mm 3-Ilôt 4-Cheminée 5-Affûts ACAD de 37mm 6-Affût ACAQ de 37mm

Genèse d’un porte-avions

Comme nous avons pu le voir dans l’introduction concernant les porte-avions français, la genèse des Joffre à été particulièrement longue et pénible et sans la mise sur cale du porte-avions allemand Graf Zeppelin en 1936, peut être le Béarn serait longtemps resté le seul navire de son type au sein de la Royale.

Même une fois les Joffre sur cale, la question du porte-avions était loin d’être tranchée. Non seulement les partisans des «gros» étaient sceptiques sur l’utilité du porte-avions par rapport aux cuirassés mais au sein de la communauté des partisans des «ponts plats», l’utilisation finale du porte-avions était encore peu assurée.

Autre sujet de polémique : l’architecture générale des porte-avions. Les japonais avaient disposé de porte-avions avec trois ponts d’envols superposés, une configuration aussi hétérodoxe que celle des Joffre au pont d’envol dont l’axe était décalé de 5.20m à babord par rapport à l’axe du navire tout comme celui du hangar supérieur pour équilibrer le poids d’un ilôt hypertrophié.

Cette architecture était sujette à caution, certains militant pour un nouvel modèle de porte-avions afin de remplacer le vénérable Béarn.

Le programme naval de mai 1941 finance la construction à la tranche 1944 d’un porte-avions de 20000 tonnes soit 2000 tonnes de plus que les Joffre. Un temps, on envisage tout simplement un Joffre plus gros mais au final on préfère choisir un nouveau design, ce choix étant acté en janvier 1942.

Une fois n’est pas coutume la France se tourne vers l’étranger pour prendre le meilleur et rejeter le mauvais, en somme le STCN fait le tri entre le bon grain et l’ivraie. Une mission navale se rend tout d’abord en Grande Bretagne pour un échange de vue avec Sir Stanley Goodall, le concepteur des porte-avions blindés.

La mission dirigée par le capitaine de vaisseau Santoni se montre séduite par le pont blindé mais la faible capacité du groupe aérien (36 appareils en tassant bien) empêche que le PA17 soit une simple copie des Illustrious.

Elle se rend ensuite à Washington pour converser avec des officiers américains notamment les amiraux Nimitz et Halsey. Le CV Santoni espère obtenir les plans des porte-avions de classe Essex alors en construction mais il se heurte au refus de l’US Navy et n’obtient qu’une version austere peu exploitable.

Néanmoins, les recherches menés par la Division Porte-avions du STCN et les informations récueillis par la mission Santoni permettent de défricher de nombreuses pistes. En mai 1942, les grandes lignes du futur porte-avions d’escadre  sont arrêtés :

-Déplacement de 20000 tonnes standard soit 23/25000 tonnes en charge normale, flirtant avec les 27000 tonnes en charge maximale

-Vitesse en service de 30 noeuds

-Une distance franchissable supérieure aux Joffre

-Une protection plus importante tout en excluant un pont d’envol blindé jugé trop lourd et trop handicapant pour l’aviation embarquée

-Une simplification des installations de manœuvre aéronautique

-Deux catapultes pour permettre le lancement d’avions plus lourds

-L’installation de radars

-L’axe du pont d’envol confondu avec celui du navire.

Plusieurs plans sont dressés. Une première version donne un navire à l’aspect extérieur semblable aux Lexington avec une étrave fermée mais rapidement l’étrave fermée est abandonnée. Au lieu d’une synthèse entre le modèle américain et le modèle britannique, la France se rallie au modèle américain.

La coque du navire forme un ensemble continu et fermé, le pont principal est blindé avec 75mm et devient le pont du hangar. Le hangar unique est formé par l’espace compris entre le pont du hangar et le pont d’envol qui est blindé à 15mm à la différence du pont en bois des porte-avions américains.

Le hangar est relié au pont d’envol par deux ascenseurs axiaux, l’un à l’avant entre les catapultes et le second au milieu du navire. Le décollage des avions est facilité par deux catapultes H-2 d’origine américaine alors que l’appontage est assurée par huit brins d’arrêts.

Au niveau de l’armement, on envisage un temps de le limiter à une DCA légère mais au final, on conserve la DCA des Joffre à savoir huit canons de 130mm en quatre tourelles doubles complétés par des pièces légères à savoir un affût quadruple ACAQ et huit tourelles doubles ACAD de 37mm soit un total de 20 canons et douze affûts doubles de 25mm Hotchkiss modèle 1939-40 soit vingt-quatre pièces.

L’ilot est plus compact avec une cheminée imposante mais cette architecture rendra complexe l’installation de radars suscitant de nombreux problèmes de détection qui ne seront que tardivement résolus.

Quand au groupe aérien, il passe de 40 à 80 appareils (même si dans la pratique, il sera réduit à 68-72) avec toujours des monomoteurs de chasse, de bombardement en piqué et de torpillage et des bimoteurs d’observation et de torpillage, la mise en œuvre de ces derniers étant grandement facilité par la présence de catapultes qui permet leur décollage en charge.

Le projet PA18 est définitivement validé en mai 1943. Un temps il est prévu de baptiser le nouveau porte-avions Gallieni puis le nom de  Maréchal Lyautey est envisagé tout comme celui de France mais au final, le ministre de la marine décide de le baptiser Commandant Teste, rendant hommage à Paul Teste qui partisan du porte-avions avait vu son nom donné à un porte-hydravions qui est alors rebaptisé Albert Caquot puis transformé en navire-atelier pour notre nouvelle base en Indochine.

Comme pour les Joffre, la commande est passé aux chantiers nazairiens et plus particulièrement les ACL qui ont déjà construits le Painlevé, commande signée le 17 juin 1943, la mise en chantier datant du 5 septembre 1943.

Construction et carrière opérationnelle

-Le Commandant Teste est mis sur cale le 17 novembre 1943 sur la cale n°1. La soudure est généralisé sur environ 75% du navire, le rivetage continuant d’être utilisé pour des parties soumises à très fortes vibrations.

Il est lancé le 15 décembre 1945 en présence de la veuve de Paul Teste décédé en juin 1925 au cours d’un accident d’avion alors qu’il s’entrainait pour la traversée de l’Atlantique. La coque est remorqué au quai d’armement et aussitôt l’achèvement à flot commence.

Le Commandant Teste est armé pour essais le 14 février 1947. Après les essais constructeurs menés du 15 au 22 février, le porte-avions est solennellement remis à la marine nationale le lendemain 23 février 1947.

Le porte-avions rejoint Brest le 24 février mais devant la saturation de l’Arsenal, le Commandant Teste gagne Cherbourg le 26 février en compagnie du cuirassé Bretagne et des torpilleurs d’escadre du cuirassé.

Le porte-avions est au bassin pour travaux du 26 février au 19 mars avant d’effectuer ses essais officiels qui ont lieu du 21 mars au 4 avril et du 10 au 30 avril en compagnie du cuirassé Bretagne , le cuirassé, le porte-avions et les deux torpilleurs d’escadre effectuant une escale à Dunkerque du 1er au 5 mai et à Anvers du 6 au 10 mai, rentrant à Cherbourg le 12 mai 1947.

Il passe à nouveau au bassin du 13 au 27 mai avant une ultime phase d’essais exécutée du 28 mai au 8 juin en compagnie du cuirassé et de ses deux torpilleurs d’escadre. La cloture d’armement est prononcée le 9 juin alors que le porte-avions est indisponible, sortant pour essais du 1er au 4 juillet et pour entrainement du 6 au 21 juillet 1947.

Après un ultime passage au bassin du 25 juillet au 12 août pour résoudre des problèmes de vibration, le Commandant Teste sort pour essais du 19 au 22 août en compagnie du Bretagne, de l’Eveillé et de l’Alerte avant de préparer sa traversée de longue durée en mer du Nord.

Le Commandant Teste quitte Cherbourg en compagnie du cuirassé et ses torpilleurs d’escadre le 27 août, faisant escale au Havre du 29 août au 2 septembre, à Dunkerque du 3 au 8 septembre, à Anvers du 9 au 12 septembre, à Oslo du 15 au 18 septembre, à Aberdeen du 20 au 25 septembre, à Douvres du 27 au 30 septembre avant de rallier Brest le 2 octobre pour charger carburant et munitions.

La petite escadre (un porte-avions, un cuirassé et les quatre torpilleurs L’Eveillé L’Alerte Spahi et Hussard) quitte Brest le 5 octobre 1947.

Du 6 au 9 octobre, le porte-avions fait escale à Lorient qui devient ville marraine du bâtiment puisque Paul Teste était origine de cette ville.

En mer, il reçoit son groupe aérien qui s’était regroupé sur la base aérienne de Lann-Bihoué et qui est composé de vingt-sept Bloch MB-159, de douze CAO-610, de seize Laté 299-5 et de dix-huit Loire-Nieuport LN-420.

Durant le transit jusqu’à Casablanca, le groupe aérien s’entraine de manière intensive avec comme plastron l’armée de l’air dont les pilotes _amicale rivalité oblige_ sont toujours impatients d’en découdre avec leurs homologues de la marine.

Le porte-avions relâche à Casablanca du 13 au 16 octobre, franchit le détroit de Gibraltar le 18 octobre et gagne Mers-El-Kebir où il arrive le 22 octobre dans la matinée.

Le 23 octobre 1947, le porte-avions Commandant Teste est admis au service actif, affecté à la 4ème Escadre (Flotte de la Méditerranée) avec Mers-El-Kebir pour port d’attache.

Le 8 novembre 1947, le porte-avions appareille pour Dakar en compagnie du cuirassé avec quatre torpilleurs d’escorte (L’Eveillé L’Alerte Spahi Hussard) et le pétrolier-ravitailleur La Medjerda afin d’entrainer son groupe aérien.

Arrivé dans la capitale de l’AOF le 15 novembre, le porte-avions et le cuirassé accompagnés par leurs torpilleurs d’escorte s’entrainent au large de Dakar du 16 au 30 novembre, faisant escale à Dakar même du 1er au 5 décembre avant de mettre cap sur l’Algérie, les sept navires faisant escale à Casablanca du 9 au 12 décembre avant de rentrer à Mers-El-Kébir le 16 décembre 1947 au matin puis de rester au port jusqu’à la fin de l’année.

Le Commandant Teste et le Bretagne  ressortent pour la première fois le 7 janvier 1948 pour entrainement de son groupe aérien, entrainement qui le voit opérer au large de l’Algérie jusqu’au 17 janvier puis après un ravitaillement à la mer avec le pétrolier Tarn, le porte-avions opère au large de Bizerte, s’entrainant du 18 janvier au 2 février avant une escale à Malte du 4 au 11 février suivie d’un retour à Mers-El-Kebir le 13 dans la soirée.

Le Commandant Teste sort à nouveau en compagnie du cuirassé Bretagne pour entrainement du groupe aérien du 20 au 27 février, le cuirassé et le porte-avions faisant escale à Tunis du 28 février au 2 mars avant un nouvel entrainement commun du 3 au 18 mars, les deux navires faisant escale à Alger du 19 au 24 mars avant de rentrer à Mers-El-Kébir le lendemain 25 mars 1948.

Après un passage au bassin à Bizerte du 8 avril au 2 mai 1948 (changement des hélices défectueuses, entretien des catapultes……….) et des essais du 4 au 9 mai, le porte-avions manœuvre en Méditerranée orientale en compagnie du cuirassé Bretagne et du croiseur de bataille Strasbourg du 15 mai au 20 juin 1948, mais également en compagnie de six torpilleurs d’escadre et des trois contre-torpilleurs de la 11ème DCT à savoir le Mogador, le Volta et le Hoche.

Au cours de ce cycle d’entrainement, les navires ne rentrèrent pas au port, se ravitaillant à la mer avec notamment le pétrolier Mékong et le Tarn multipliant les aller-retour entre la force navale toujours mouvante et Bizerte pour recharger les soutes.

Le programme était chargé pour ne pas dire copieux avec un exercice de défense aérienne à la mer d’une force navale, la lutte ASM (avec les sous-marins  Minerve  Junon  Cornélie  et Amirde, le raid antisurface au cours duquel le Strasbourg et le Commandant Teste attaquèrent les contre-torpilleurs au canon et avec l’aviation embarqué avant que les contre-torpilleurs et les torpilleurs d’escadre ne tentent d’attaquer les deux gros. Le Bretagne lui à surtout servit de navire de commandement, ne participant que de loin à l’exercice.

La force navale occasionnelle exécuta également des tirs contre la terre sur des ilôts inhabités du territoire tunisien pour simuler un assaut amphibie. Il termina par un exercice d’escorte de convois composé de deux pétroliers et de deux cargos escortés par les trois contre-torpilleurs et un torpilleur  à l’arrière; le porte-avions, le cuirassé et le croiseur de bataille plus les trois torpilleurs restant formant un groupe de couverture. Le convoi est ainsi attaqué par des sous-marins et des avions basés à terre.

La force navale rentre à Bizerte le 21 juin et si les contre-torpilleurs restent en Tunisie puisque Bizerte est leur port d’attache, le croiseur de bataille, le cuirassé et les quatre torpilleurs plus le Tarn rentrent à Mers-El-Kebir le 28 juin 1948.

Le Commandant Teste sort accompagné de ses torpilleurs d’escadre pour entrainement de ses pilotes du 7 au 18 juillet. Pour la fête nationale, les avions embarqués ont survolé la ville d’Alger en émettant des fumigènes bleu-blanc-rouge du plus bel effet. Le porte-avions rentrer à Mers-El-Kébir le lendemain 19 juillet 1948. Il sort ensuite avec le cuirassé Bretagne du 25 juillet au 8 août, les deux navires faisant escale à La Valette du 9 au 13 août avant de rallier Mers-El-Kébir le 15 août.

Le porte-avions passe au régime de guerre le 20 août et sort à nouveau pour entrainement en compagnie du Bretagne du 21 au 29 août, étant à quai à Mers-El-Kébir quand éclate le second conflit mondial.

A l’annonce des bombardements allemands sur la Norvège et le Danemark le 5 septembre, le Commandant Teste appareille en compagnie du Bretagne pour contrer une éventuelle action italienne contre l’Afrique du Nord.

7-Catapultes hydrauliques type H 8-Ascenseurs 9-Brins d’arrêts 10-Grue de poupe 11-Grue de l’ilôt

Caractéristiques Techniques du porte-avions Commandant Teste

Déplacement :  standard 21 620 t  24 165 t en charge normale et 26 200 t à pleine charge

Dimensions : Longueur hors tout : 248m Longueur de la coque : 243m  (à la flottaison) 230m

Largeur à la flottaison : 25m largeur du pont d’envol 32m Tirant d’eau : 7.4 à 7.9m

Propulsion :  4 turbines Parson développant une puissance totale de 120000ch alimentés par 9 chaudières Babcock & Wilcox et entrainant 4 hélices.

Performances : vitesse maximale : 32 nœuds  Distance franchissable : 12500 miles nautiques à 15 nœuds

Electronique : un radar de veille aérienne, un radar de veille surface, un radar de conduite de tir pour les canons de 130mm et un autre pour l’artillerie légère.

Armement :  8 canons de 130mm en quatre tourelles doubles installés à l’avant et à l’arrière de l’îlôt 20 canons de 37mm modèle 1935 en un affût quadruple ACAQ et huit affûts doubles ACAD  et 24 canons de 25mm Hotchkiss modèle 1939-40 en douze affûts doubles.

Installations aéronautiques :

-Pont d’envol de 248m de long sur 32m de large relié au hangar unique de 164m de long sur 18m de large par deux ascenseurs axiaux de 18m de long sur 12m de large

-Deux catapultes H-2 axiales

-Huit brins d’arrêt et deux barrières

-Une grue de 12 tonnes installé au niveau du pont principal derrière l’ilôt

Groupe aérien :
Total : 27 Bloch MB-159M, 12 CAO-610, 16 Latécoère Laté 299-5, 18 Loire-Nieuport LN-420, 8 Morane-Saulnier MS-474, 4 Dewoitine D-720 soit un total de 84 appareils

Equipage : 2200 officiers et matelots

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2 réflexions sur “7-Porte-avions et porte-aéronefs (5)

  1. Frédéric dit :

    Quel est le coût d’un porte-avions de l’époque par rapport au cuirassé ?

    Le différentiel doit assez important.

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