6-Cuirassés et croiseurs de bataille (12)

Le Normandie

Blason du Duché de Normandie

En matière d’infrastructures d’entretien, la marine nationale à toujours été handicapée par l’absence de formes de radoub suffisamment grandes, l’obligeant à des «subterfuges» pour se dôter de cuirassés tenant la comparaison avec l’étranger comme le choix audacieux de la tourelle quadruple pour les cuirassés de classe Normandie.

Avec la construction des quatre premiers «35000 tonnes», les infrastructures françaises étaient à bout que l’on se rappelle de la façon dont l’Arsenal de Brest à construit les Richelieu et Clemenceau : une partie dans la forme 4 du Salou et l’assemblage finale dans les formes du Laninon.

Cette dernière atteignait également ces limites obligeant la France à investir massivement au risque de se voir déclasser dans la course aux cuirassés engagés depuis la décision italienne de 1934.

L’Arsenal de Brest est le principal site concerné par cet investissement. En 1938, d’importants travaux sont engagés pour augmenter les capacités de l’Arsenal de Brest. Une forme n°10 est aménagée au Laninon juste à côte du bassin n°8. Il mesure 360m de long sur 58m de large avec un tirant d’eau de 13m, largement suffisant pour accueillir un cuirassé de classe Alsace.

Cette forme est inaugurée en 1942 à 275m de long mais prolongée à 300m en 1948 quand la guerre éclata, stoppant une nouvelle extension qui devait porter cette forme à 360m de long. Le dévellopement de la préfabrication (ou du moins la volonté de) entraina le renforcement des capacités de levage de la forme qui sera équipée de quatre grues de 25 tonnes puis d’un portique de 150 tonnes.

A proximité de la forme n°10, un vrai complexe industriel est aménagée avec de nouveaux ateliers, de nouveaux magasins et deux plans inclinés, un de 220m et un autre de 175m pour la construction mais également pour le carénage d’unités légères.

Ces installations sont toutes inaugurées en 1944 et sont complétées par une forme n°11 qui est aménagée à proximité du bassin n°8. Inaugurée en 1946, ses dimensions sont similaires à celle de la forme n°10 avec une longueur portée à 320m. .

A l’origine, l’Arsenal de Brest devait être chargé de la construction du premier cuirassé de classe Province (le futur Alsace) mais des raisons de disponibilité on fait que le premier «45000 tonnes» à été construit à Saint Nazaire. L’Arsenal de Brest va donc être chargé de la construction de son sister-ship baptisé Normandie.

L’usinage commence en mars 1942 et les premiers éléments de la coque sont mis en place dans la forme n°10 du Laninon le 18 juin 1942.

Les travaux avancent relativement lentement dans un premier temps en raison de l’armement du cuirassé Clemenceau qui est considéré comme prioritaire par rapport à la construction d’un nouveau cuirassé. Ce n’est qu’à partir de novembre 1942 que les travaux s’accélèrent véritablement pour aboutir à la mise à flot du cuirassé le 18 mai 1944, le cuirassé étant alors achevé à environ 52%.

Le Normandie est armé pour essais le 16 novembre 1945, transféré directement à la marine nationale le 25 novembre. Mouillé en rade-abri, le Normandie effectue une campagne d’essais au point fixe du 27 novembre au 12 décembre notamment un spectacle fascinant, le pointage des canons de l’artillerie principale.

Le Normandie effectue une première sortie à la mer en mer d’Iroise du 20 au 31 décembre avant une période d’entretien et de modifications à flot du 1er au 17 janvier. Il effectue deux campagnes d’essais du 25 janvier au 12 février et du 15 au 25 février 1946 quand il repasse au bassin pour des démontages et des modifications et ce du 26 février au 17 mars 1946. Il effectue alors une troisième et dernière campagne d’essais à la mer du 22 mars au 12 mai 1946.

Après un court passage au bassin du 13 au 21 mai 1946, le cuirassé appareille pour une école à feu à Rufisque le 28 mai, arrivant à Dakar le 3 juin et entrainant des canonniers encore novices pour la plupart du 5 au 24 juin 1946.

Le 27 juin 1946, il appareille de Dakar avec l’aide de deux remorqueurs mais une aussière se prend dans ses hélices et le cuirassé doit passer au bassin pour de menues réparations et ce jusqu’au 4 juillet 1946.

Il quitte la capitale de l’Afrique Occidentale Française le 6 juillet 1946 pour sa traversée de longue durée, un trajet méditerranéen bien qu’à terme il soit prévu que le Normandie soit affecté à la Flotte de l’Atlantique.

Il fait escale à Casablanca le 9 juillet 1946, franchit le détroit de Gibraltar le 11 juillet, fait escale à Tanger du 13 au 15 juillet, à Mers-El-Kebir du 18 au 21 juillet, à Alger du 23 au 30 juillet, Tunis du 2 au 7 août, La Valette (Malte) du 8 au 12 août, Palma de Majorque du 13 au 17 août, Gibraltar du 19 au 22 août, franchissant le détroit le même jour.

L’escale suivante à Cadix du 23 au 26 août voit le Général Franco en déplacement dans la ville visiter le navire, soulignant l’amitié franco-espagnole et la lutte commune de Paris et de Madrid contre le bolchévisme non sans susciter l’embarras de Paris qui cherche à se concilier Moscou qui comprend bien vite que Paris n’est pas sur la même longueur d’onde que le Caudillo à pris ses désirs pour des réalités.

Le cuirassé repart le lendemain, 27 août 1946, faisant escale à Lisbonne du 28 au 31 août (pour ménager la susceptibilité du Portugal de Salazar qui à toujours une relation ambivalente avec son puissant voisin oriental) avant de rentrer directement sur Brest où il arrive le 4 septembre 1946 après plus de trois mois loin de son futur porte d’attache.

Le Normandie aurait du être mis en service au mois d’octobre mais le 20 septembre, il est victime d’un incendie qui provoque des dégâts assez sérieux, nécessitant une période de réparations du 23 septembre au 15 octobre avant essais à la mer du 16 au 23 octobre avant un stage de remise en condition du 24 octobre au 12 novembre avant une Ecole à feu à Rufisque du 17 novembre au 5 décembre.

Après une escale à Dakar du 6 au 12 décembre, il reprend la mer, faisant escale ensuite à Casablanca du 16 au 21 décembre, à Lisbonne du 24 au 30 décembre, à Bordeaux du 31 décembre au 6 janvier avant de rentrer à Brest le 8 janvier 1947 à l’aube.

Alors qu’il n’est toujours pas officiellement en service (problèmes administratifs), le cuirassé quitte Brest le 12 janvier pour gagner Rouen où il arrive le 15 janvier. Il signe la charte de parrainage entre la ville et le cuirassé, rentrant à Brest le 18 janvier avec une délégation de sa ville marraine qui rentrera de Brest en train.

Le 21 janvier 1947, le cuirassé Normandie est admis au service actif au sein de la Flotte de l’Atlantique. Il est placé hors rang au sein de la 1ère Escadre  de la flotte de l’Atlantique.

Ce GL est pour le moins hétérogène puisqu’il comprend les cuirassés Jean Bart, Gascogne et Lorraine, ce dernier étant le plus souvent détaché auprès du porte-avions Painlevé.

Le cuirassé Normandie appareille de Brest le 25 janvier pour un exercice de défense aérienne à la mer jusqu’au 9 février quand le cuirassé fait escale à Cherbourg jusqu’au 13 février. Reprennant la mer, il subit un entrainement au combat antisurface du 14 au 21 février avant une nouvelle escale au Havre du 22 au 27 février 1947, rentrant à Brest le 28 février.

Le cuirassé sort à nouveau du 1er au 12 mars, effectuant un entrainement aviation, soutenu par le ravitailleur La Charente, le cuirassé le navire de soutien et les deux torpilleurs d’escadre faisant escale à Saint Nazaire du 13 au 18 mars 1947. La petite force navale reprend la mer le 19 mars, s’entraine au combat antisurface jusqu’au 25 mars avant une nouvelle escale à La Pallice du 26 mars au 2 avril. Ils rentrent tous à Brest le 4 avril 1947.

Le cuirassé Normandie reprend la mer le 12 avril pour entrainer son détachement aviation (deux Dewoitine HD-731) jusqu’au 21 avril quand il mouille à l’entrée du port de Saint Malo jusqu’au 25 avril 1947. Il rentre à Brest le lendemain 26 avril.

Du 1er au 8 mai 1947, le cuirassé participe à l’entrainement des défenses côtières du secteur de Brest qui comme ailleurs ont été largement modernisées.

Le cuirassé Normandie appareille le 15 mai en compagnie du cuirassé Jean Bart, du croiseur lourd Foch, du croiseur léger Gloire, de trois contre-torpilleurs de la 3ème DCT (Bugeaud Du Chayla Dupetit-Thouars), dessous-marins Casabianca, Rolland Morillot et La Guadeloupe et du PRE La Seine direction Greenock où la division occasionnelle baptisée Force G arrive le 21 mai.

Elle reprend la mer le 24 mai 1947 et arrive à Scapa Flow le 28 mai où elle retrouve le cuirassé King George V et Vanguard (classe Hood, des Lion améliorés), le porte-avions Malta, les croiseurs légers Southampton et Gloucester et six destroyers.

Les deux escadres s’entrainent du 1er au 21 juin avec des attaques escadres contre escadres, des exercices de lutte ASM, de défense aérienne à la mer, de raids amphibies, de tir contre la terre…………. .

Les deux groupes font escale ensemble à Aberdeen du 23 au 27 juin puis à Newcastle du 29 juin au 1er juillet, Douvres du 4 au 7 juillet, Cherbourg du 10 au 13 juillet et Brest du 17 au 22 juillet 1947, date à laquelle les navires anglais rentrent au pays.

Le cuirassé Normandie est indisponible du 22 juillet au 12 août avant de reprendre son service, effectuant ses essais du 13 au 15 août puis pour remise en condition du 17 au 31 août, le cuirassé et les deux torpilleurs d’escadre rentrant à Brest le lendemain 1er septembre 1947.

Le cuirassé Normandie sort à nouveau pour une école à feux du 8 au 18 septembre puis pour entrainement au combat antisurface du 24 septembre au 2 octobre,faisant escale à Rouen du 3 au 7 octobre, à Cherbourg du 9 au 12 octobre avant de rallier Brest le lendemain 13 octobre 1947. Il participe ensuite à un entrainement aviation au profit de ses hydravions embarqués du 18 au 27 octobre, rentrant à Brest le lendemain 28 octobre 1947.

Le cuirassé ressort une dernière fois du 2 au 21 novembre pour un important exercice aéronaval en compagnie du porte-avions d’escadre Painlevé et du porte-avions léger Alienor d’Aquitaine en stage de mise en condition à l’époque (il doit être ensuite affecté aux Forces Navales Françaises en Extrême Orient FNFEO). Cet exercice voit le cuirassé couvrir alternativement les deux porte-avions pendant que le porte-avions non escorté tente d’attaquer le porte-avions et le cuirassé. On voit également l’aviation à terre simuler des attaques aériennes à la torpille, à la bombe et même les premiers essais à la roquette air-sol.

A l’issue de cet exercice, le Normandie subit son premier petit carénage du 2 décembre 1947 au 14 février 1948 avant des essais à la mer du 17 au 20 février puis un stage de remise en condition du 22 février au 18 mars, stage rendu nécessaire à la fois par les deux mois d’immobilisation mais également par le renouvelement de l’équipage (30% de nouveaux embarqués).

Il aurait du ensuite participer à la cinquième édition de l’exercice Entente Cordiale mais sa participation est au final annulé en raison d’une indisponibilité accidentelle (problèmes de chaudières et de diesels-alternateurs) du 20 avril au 8 mai 1948. Après des essais concluant du 9 au 12 mai, le cuirassé est déclaré de nouveau disponible le 13 mai 1948.

Il sort pour un entrainement à la défense aérienne à la mer du 15 au 21 mai avant une escale à Lorient du 22 au 25 mai avant un exercice de combat antisurface du 26 au 31  mai, rentrant à Brest le lendemain 1er juin.

Le 4 juin 1948, il quitte Brest avec à son bord 25 tonnes d’or de la Banque de France. Escorté par deux torpilleurs d’escadre, il navigue en silence radio et tous feux éteints, à vitesse élevée (27 noeuds de moyenne) direction Halifax où il arrive le 8 juin. Cet or est destiné à garantir des achats aux Etats-Unis et au Canada.

L’or est aussitôt débarqué et le cuirassé repart pour Brest où il rentre le 12 juin. Le cuirassé Normandie effectuera deux autres voyages, le premier du 20 au 29 juin avec 10 tonnes d’or et le second du 4 au 12 juillet avec 9 tonnes d’or de la Banque de France mais également 5 tonnes de la Banque de Belgique.

Le cuirassé Normandie est indisponible pour entretien et permissions de l’équipage du 14 juillet au 4 août, sortant pour essais du 5 au 7 août puis pour remise en condition du 9 au 23 août, date à laquelle il passe aux effectifs de guerre avec rappel des réservistes.

Le cuirassé Normandie sort pour entrainement du 25 au 30 août et la seconde du 1er au 5 septembre.

Alors qu’ils se trouvaient en mer au large d’Ouessant, le cuirassé et ses deux torpilleurs apprennent l’attaque allemande sur le Danemark et la Norvège. Aussitôt, les trois navires rentrent à Brest, se ravitaillent en carburant, munitions, vivres et équipements grand froid puis reprennent aussitôt la mer, direction Rosyth où ils doivent renforcer la Home Fleet conformément aux accords passés avant-guerre. Ils doivent être rejoints par le groupe de combat du Painlevé accompagné du PRE La Seine.

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Une réflexion sur “6-Cuirassés et croiseurs de bataille (12)

  1. Frédéric dit :

    Une lettre manquante signalé :

    A l’origine, l’Arsenal de Brest devait être chargé de la construction du premier cuirassé de classe Province (le futur Alsace) mais des raisons de  »disponibilié »

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