6-Cuirassés et croiseurs de bataille (14)

Le Bourgogne

Blason historique de la Bourgogne

La construction du quatrième et dernier cuirassé de classe Alsace est attribuée à l’Arsenal de Brest qui avait déjà construit le Normandie.

Les travaux préparatoires commencent à l’automne 1944 et la mise sur cale à lieu le 16 mars 1945 dans la forme n°10 au Laninon.

Les travaux sont menés rapidement, la guerre étant jugée chaque jour plus proche. Le Bourgogne est ainsi mis à flot le 9 mars 1947 et amarré au quai d’armement pour recevoir son artillerie, ses systèmes radars, son appareil propulsif.

Il est armé pour essais le 10 octobre 1947 et après des essais au point fixe en rade-abri du 12 au 15 octobre 1947 avant des essais à la mer raccourcis du 20 octobre au 5 décembre 1947.

Le 7 décembre 1947, il appareille pour Dakar afin d’entrainer ses canonniers. La traversée jusqu’à la capitale de l’AOF étant considérée comme sa traversée de longue durée, le cuirassé faisant escale au mouillage à Quiberon le 8 décembre, au Verdon le 11 décembre, à Casablanca du 12 au 14 décembre avant d’arriver à Dakar le 16 décembre 1947.

L’Ecole à feu commence le lendemain et dure plus de quinze jours jusqu’au 5 janvier 1948. Il passe ensuite au bassin à Dakar pour de menus travaux (7-20 janvier 1948). Après des essais à la mer du 21 au 24 janvier, le cuirassé quitte Dakar le 27 janvier direction Mers-El-Kebir où il arrive le 3 février 1948. La commission supérieure d’armement qui avait embarqué à Dakar prononce un avis favorable à son admission au service actif le 12 février 1948.

Le 15 février 1948, le cuirassé Bourgogne est admis au service actif, affecté à la 4ème escadre, étant placé hors-rang.

Le Bourgogne sort en mer pour entrainement du 10 au 17 février pour une école à feux en compagnie du Lannes, le cuirassé et le torpilleur d’escadre étant rallié le dernier jour par l’Augereau qui est admis au service actif au retour des trois navires à Mers-El-Kébir le 18 février 1948.

Le Bourgogne et ses deux torpilleurs d’escadre sortent pour un entrainement défense aérienne à la mer du 25 février au 5 mars puis pour un entrainement au combat antisurface du 10 au 22 mars, le cuirassé ralliant dès le 23 mars Bizerte pour un passage au bassin du 24 mars au 12 avril. Il sort ensuite pour essais du 13 au 16 avril puis pour remise en condition du 18 au 28 avril 1948.

Le 1er mai 1948, le cuirassé Bourgogne quitte Bizerte pour un déploiement dans l’Océan Indien, franchissant le canal de Suez les 3 et 4 mai avant de rallier Djibouti le 8 mai 1948 puis d’effectuer une première sortie d’entrainement du 10 au 15 mai. Il manoeuvre ensuite avec le croiseur léger Primauguet et l’aviso colonial Savorgnan de Brazza avant une escale commune à Mascate du 17 au 21 mai.

Le Bourgogne et ses deux torpilleurs Lannes et Augereau repartent alors en Méditerranée, faisant escale à Port Saïd le 28 mai, franchissant le canal de Suez le 30 mai et rentrant à Mers-El-Kébir le 5 juin. Lors d’une sortie en mer du 12 au 16 juin, une délégation de la ville de Dijon menée par son maire Paul Bur est à bord du cuirassé pour célébrer le parrainage du cuirassé par l’ancienne capitale de la province de Bourgogne.

Le cuirassé est indisponible pour entretien et permissions de l’équipage du 17 au 30 juin avant un exercice ASM avec le sous-marin La Favorite du 1er au 9 juillet, une escale à Alger du 10 au 15, un entrainement à la défense aérienne à la mer du 16 au 24 juillet et une autre escale à Alger du 25 au 30 juillet, le cuirassé rentrant avec ses deux torpilleurs à Mers-El-Kébir le 1er août 1948.

Le Bourgogne est à nouveau à la mer pour une école à feux du 8 au 18 août, faisant escale à Alger du 19 au 22 août avant de rallier Mers-El-Kébir le 23 août.

Le 24 août, il passe au régime de guerre tout comme ses deux escorteurs, les trois navires sortant pour entrainement du 25 août au 2 septembre, rentrant à Mers-El-Kébir le 3 septembre mais se tenant près à appareiller dans les plus brefs délais ce qu’il fera dès le 5 septembre 1948 dans la soirée à l’annonce des bombardements allemands sur le Danemark et la Norvège pour couvrir les approches d’Oran vers l’ouest.

Schéma définitif de la classe Alsace. En rouge les tourelles doubles de 130mm et en violet, les affûts ACAD et ACAQ de 37mm

Caractéristiques techniques de la classe Alsace

Déplacement : standard ou officiel 40000 tonnes en charge normale 42100 tonnes à pleine charge 47000 tonnes

Dimensions : longueur hors tout 252m longueur entre perpendiculaire 246.75m largeur hors tout 35m tirant d’eau en charge normale 9.75m (11.20m en tirant d’eau à charge maximale)

Propulsion : 4 turbines à engrenages Parson réparties en une salle des machines avant et une salle des machines arrières, alimentées par six chaudières Sural dévellopant 170000ch et entrainant quatre hélices

Performances :  vitesse maximale : 32 noeuds distance franchissable : 9500 miles nautiques à 15 noeuds 3450 miles nautiques à 30 noeuds.

Protection : ceinture principale 375mm bulkhead avant 355mm bulkhead au dessus du pont blindé intermédiaire 233mm

pont blindé supérieur au dessus des soutes à munitions 180mm pont blindé supérieur au dessus des machines 170mm pont blindé intermédiaire 50/70mm (100mm au dessus des hélices et 150mm au dessus des lignes d’arbre)

Bloc passerelle : face avant et latérales 360mm arrière 280mm toit 170mm tube de communication 160mm

Tourelles triples de 380mm : face avant 430mm faces latérales 300mm toit 170 à 195mm face arrière 270mm (T.I) et 260mm (T.II) barbettes au dessus du PBS 405mm barbettes en dessous du PBS 80mm

Tourelles de l’artillerie secondaire : face avant 130mm côtés et toit 70mm face arrière 60mm barbette 100mm

Electronique : un radar de veille aérienne, un radar de veille surface, deux radars de conduite de tir pour l’artillerie principale, deux radars pour la conduite de l’artillerie secondaire

Aviation : une catapulte et un hangar à la poupe

Armement : 9 canons de 380mm en trois tourelles triples (deux avant et une arrière), 24 canons de 130mm en douze tourelles doubles installées latéralement, 28 canons de 37mm groupés en quatre affûts quadruples ACAQ modèle 1941  et six  affûts doubles ACAD modèle 1935   et 12 canons de 25mm Hotchkiss modèle 1939-40 en six affûts doubles

Pour l’anecdote, les tourelles de 380mm ont été baptisés du nom de villes :

Alsace : tourelle I Colmar tourelle II Mulhouse tourelle III Haguenau

Normandie : tourelle I Le Havre tourelle II Caen tourelle III Cherbourg

Flandre : tourelle I Cassel tourelle II Douai tourelle III Hazebrouck

Bourgogne : tourelle I Beaune tourelle II Besançon Tourelle III Maçon

Equipage : 1750 officiers et marins

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6-Cuirassés et croiseurs de bataille (13)

Le Flandre

Blason de la Flandre

C’est à la tranche 1943 du programme naval voté en 1941 qu’est financée la construction des deux derniers cuirassés de classe Alsace, cuirassés qui reprennent pour le premier l’un des noms de cuirassés morts-nés de la classe Normandie à savoir le Flandre alors que son sister-ship est baptisé Bourgogne

Si le Flandre resté inachevé à été construit à l’Arsenal de Brest, son descendant des années 1940 est commandé aux Ateliers et Chantiers de Saint Nazaire-Penhoët qui ont déjà construit le Jean Bart, le Gascogne et surtout l’Alsace.

Les travaux préparatoires commencent peu après le lancement du cuirassé Alsace en novembre 1943.

La mise sur cale à lieu le 7 janvier 1944 sur la cale n°1 qui à vu passer notamment le paquebot Normandie, le croiseur de bataille Strasbourg et le porte-avions Joffre. Occupés avec l’armement de l’Alsace, les chantiers de Penhoët construisent assez lentement le cuirassé jusqu’au mois d’août 1944 où tout s’accélère.

Le cuirassé est lancé le 2 janvier 1946, un lancement délicat puisque la coque connait une gite aussi anormale qu’inexpliquée qui oblige les ouvriers du chantier à avancer le lancement d’une vingtaine de minutes et de voir la coque s’élancée alors que le préfet maritime entame son discours…….. . Le navire glisse lentement sur la cale mais se rétablit parfaitement en entrant dans l’eau.

Le navire est remorqué au quai d’armement pour entamer l’aménagement des superstructures et l’installation de l’armement qu’il s’agisse des imposants canons de 380mm ou ceux plus légers de 130mm. Il passe ensuite dans la forme Joubert pour recevoir gouvernails et hélices et subir quelques travaux de peintures sous la flottaison.

Le Flandre est armé pour essais le 25 mars 1947, toujours sous la responsabilité du chantier constructeur qui effectue une première campagne d’essais au point fixe (27-31 mars) puis en mer du 2 au 8 avril qui confirme le bon respect des termes contractuels.

Le 10 avril 1947, le cuirassé est remis solenellement à la marine nationale et appareille le même jour pour Brest où il arrive le surlendemain, une violente tempête l’ayant obligé à mouiller par précautions en baie de Douarnenez.

Les essais officiels ont lieu du 20 avril au 25 mai avant un passage au bassin n°11 du Laninon (inauguré en 1946 juste à côté du bassin n°8) du 26 mai au 18 juin pour démontages et modifications avant une nouvelle phase d’essais à la mer du 19 juin au 4 juillet 1947.

Il appareille de Brest le 22 juillet 1947 pour sa traversée longue durée. Il fait escale à Jacksonville en Floride du 28 juillet au 1er août, à Nassau aux Bermudes du 3 au 7 août, Pointe à Pitre du 9 au 12 août,Fort de France de 13 au 17 août, Port of Spain du 20 au 25 août,  Caracas du 27 au 31 août.

Le 1er septembre 1947, le cuirassé Flandre appareille pour Dakar où il arrive le 6 septembre. Il est échoué dans le bassin de radoub pour quelques menues réparations, étant remis à flot le 21 septembre 1947.

Il effectue un entrainement à Rufisque du 25 septembre au 9 novembre 1947 avant une escale à Dakar du 10 au 17 novembre avant de reprendre la mer le 21 novembre après un exercice de combat de nuit. Il fait escale à Casablanca le 24 novembre où il embarque la commission supérieure d’armement qui va évaluer le navire durant son transit jusqu’à Toulon, le cuirassé arrivant à destination le 29 novembre 1947. La Commission supérieure d’armement donne un avis favorable à l’admission au service actif le 1er décembre 1947.

Le 7 décembre 1947, le cuirassé Flandre est admis au service actif au sein de la Flotte de la Méditerranée, au sein du Groupement de Ligne de la 2ème escadre formant la 5ème DL avec son sister-ship l’Alsace.

Le Flandre sort pour une école à feux du 5 au 12 décembre, faisant escale à Nice du 13 au 17 décembre avant un entrainement à la défense aérienne à la mer du 18 au 24 décembre, rentrant à temps à Toulon pour les fêtes de fin d’année.

Le dernier né des cuirassés français sort pour entrainement aviation du 4 au 10 janvier avant un mouillage en baie d’Ajaccio du 11 au 15 janvier suivit d’un entrainement au combat antisurface du 16 au 24 janvier, le cuirassé et ses deux torpilleurs d’escadre faisant escale à Marseille du 25 au 30 janvier et rentrant à Toulon le 5 février après une école  feux du 1er au 4.

Il appareille le 12 février 1948 pour Tunis où il arrive le 16 février afin de participer à une opération de relation publique mais le surlendemain 18 février, de violentes émeutes éclatent à Beyrouth pour réclamer l’indépendance promise lors de la mise en place du mandat SDN.

Le cuirassé Flandre appareille en urgence le 19 février avec à bord 600 soldats, essentiellement des zouaves et des tirailleurs sénégalais pour la capitale du Liban mandataire, arrivant sur place le 22 février.

Il met ses troupes à terre le jour même pour sécuriser la ville pendant que les troupes déployées sur zone mènent des opérations de police. Le cuirassé patrouille au large des côtes et le 24 février doit tirer avec son artillerie secondaire pour dégager une patrouille motorisée tombée dans une embuscade (25 obus de 130mm tirés).

La révolte s’apaise à partir de la mi-mars 1948, le Liban et la Syrie obtenant l’indépendance promise pour 1943 mais les troupes françaises restent sur place en vertu d’un accord de défense signé le lendemain de la proclamation de l’indépendance le 17 mars 1948 et qui prévoit une rénégociation de la présence des troupes françaises sur place d’ici quinze ans, troupes qui occupent une station navale à Beyrouth, plusieurs garnisons terrestres et trois bases aériennes : Rayak, Damas-Mezzé, et Beyrouth.

Le cuirassé reste sur zone jusqu’au 24 mars 1948 avant de rentrer directement sur Toulon où il arrive le 29 mars. Il sort à nouveau pour entrainement du 5 au 12 avril pour une école à feux puis du 17 au 27 avril pour un entrainement au combat antisurface, le cuirassé mouillant ensuite aux salins d’Hyères du 28 avril au 3 mai, rentrant le lendemain 4 mai à Toulon.

Le cuirassé sort pour entrainement à la défense aérienne à la mer du 10 au 24 mai avant une escale à Bastia du 25 au 30 mai, rentrant à Toulon le 1er juin 1948.

Le cuirassé Flandre sort pour entrainement aviation du 2 au 10 juin puis pour un entrainement au combat antisurface du 12 au 24 juin après un ravitaillement à la mer auprès du ravitailleur Adour le 11 juin. Il rentre à Toulon le 28 juin après une escale à Nice du 25 au 27 juin.

Le 4 juillet 1948, il appareille pour Calais afin de célébrer son parrainage par la ville de Lille _sa ville marraine depuis septembre 1947_, faisant escale à Gibraltar le 8 juillet, à Brest le 12 juillet (où il doit débarquer deux marins victime d’une crise d’appendicite), au Havre le 13 juillet avant d’arriver à Calais le 14 juillet pour une semaine de festivités jusqu’au 21 juillet quand il appareille pour Toulon, faisant escale à Brest le 23 juillet, à Gibraltar le 27 juillet, à Ajaccio le 30 avant de rentrer à Toulon le lendemain 31 juillet 1948.

Il est indisponible pour entretien et permissions de l’équipage du 1er au 15 août, sortant pour essais du 16 au 18 août puis pour remise en condition à l’effectif de guerre du 20 au 30 août, mouillant aux salins d’hyères du 31 août au 3 septembre et rentrant à Toulon le lendemain 4 septembre.

6-Cuirassés et croiseurs de bataille (12)

Le Normandie

Blason du Duché de Normandie

En matière d’infrastructures d’entretien, la marine nationale à toujours été handicapée par l’absence de formes de radoub suffisamment grandes, l’obligeant à des «subterfuges» pour se dôter de cuirassés tenant la comparaison avec l’étranger comme le choix audacieux de la tourelle quadruple pour les cuirassés de classe Normandie.

Avec la construction des quatre premiers «35000 tonnes», les infrastructures françaises étaient à bout que l’on se rappelle de la façon dont l’Arsenal de Brest à construit les Richelieu et Clemenceau : une partie dans la forme 4 du Salou et l’assemblage finale dans les formes du Laninon.

Cette dernière atteignait également ces limites obligeant la France à investir massivement au risque de se voir déclasser dans la course aux cuirassés engagés depuis la décision italienne de 1934.

L’Arsenal de Brest est le principal site concerné par cet investissement. En 1938, d’importants travaux sont engagés pour augmenter les capacités de l’Arsenal de Brest. Une forme n°10 est aménagée au Laninon juste à côte du bassin n°8. Il mesure 360m de long sur 58m de large avec un tirant d’eau de 13m, largement suffisant pour accueillir un cuirassé de classe Alsace.

Cette forme est inaugurée en 1942 à 275m de long mais prolongée à 300m en 1948 quand la guerre éclata, stoppant une nouvelle extension qui devait porter cette forme à 360m de long. Le dévellopement de la préfabrication (ou du moins la volonté de) entraina le renforcement des capacités de levage de la forme qui sera équipée de quatre grues de 25 tonnes puis d’un portique de 150 tonnes.

A proximité de la forme n°10, un vrai complexe industriel est aménagée avec de nouveaux ateliers, de nouveaux magasins et deux plans inclinés, un de 220m et un autre de 175m pour la construction mais également pour le carénage d’unités légères.

Ces installations sont toutes inaugurées en 1944 et sont complétées par une forme n°11 qui est aménagée à proximité du bassin n°8. Inaugurée en 1946, ses dimensions sont similaires à celle de la forme n°10 avec une longueur portée à 320m. .

A l’origine, l’Arsenal de Brest devait être chargé de la construction du premier cuirassé de classe Province (le futur Alsace) mais des raisons de disponibilité on fait que le premier «45000 tonnes» à été construit à Saint Nazaire. L’Arsenal de Brest va donc être chargé de la construction de son sister-ship baptisé Normandie.

L’usinage commence en mars 1942 et les premiers éléments de la coque sont mis en place dans la forme n°10 du Laninon le 18 juin 1942.

Les travaux avancent relativement lentement dans un premier temps en raison de l’armement du cuirassé Clemenceau qui est considéré comme prioritaire par rapport à la construction d’un nouveau cuirassé. Ce n’est qu’à partir de novembre 1942 que les travaux s’accélèrent véritablement pour aboutir à la mise à flot du cuirassé le 18 mai 1944, le cuirassé étant alors achevé à environ 52%.

Le Normandie est armé pour essais le 16 novembre 1945, transféré directement à la marine nationale le 25 novembre. Mouillé en rade-abri, le Normandie effectue une campagne d’essais au point fixe du 27 novembre au 12 décembre notamment un spectacle fascinant, le pointage des canons de l’artillerie principale.

Le Normandie effectue une première sortie à la mer en mer d’Iroise du 20 au 31 décembre avant une période d’entretien et de modifications à flot du 1er au 17 janvier. Il effectue deux campagnes d’essais du 25 janvier au 12 février et du 15 au 25 février 1946 quand il repasse au bassin pour des démontages et des modifications et ce du 26 février au 17 mars 1946. Il effectue alors une troisième et dernière campagne d’essais à la mer du 22 mars au 12 mai 1946.

Après un court passage au bassin du 13 au 21 mai 1946, le cuirassé appareille pour une école à feu à Rufisque le 28 mai, arrivant à Dakar le 3 juin et entrainant des canonniers encore novices pour la plupart du 5 au 24 juin 1946.

Le 27 juin 1946, il appareille de Dakar avec l’aide de deux remorqueurs mais une aussière se prend dans ses hélices et le cuirassé doit passer au bassin pour de menues réparations et ce jusqu’au 4 juillet 1946.

Il quitte la capitale de l’Afrique Occidentale Française le 6 juillet 1946 pour sa traversée de longue durée, un trajet méditerranéen bien qu’à terme il soit prévu que le Normandie soit affecté à la Flotte de l’Atlantique.

Il fait escale à Casablanca le 9 juillet 1946, franchit le détroit de Gibraltar le 11 juillet, fait escale à Tanger du 13 au 15 juillet, à Mers-El-Kebir du 18 au 21 juillet, à Alger du 23 au 30 juillet, Tunis du 2 au 7 août, La Valette (Malte) du 8 au 12 août, Palma de Majorque du 13 au 17 août, Gibraltar du 19 au 22 août, franchissant le détroit le même jour.

L’escale suivante à Cadix du 23 au 26 août voit le Général Franco en déplacement dans la ville visiter le navire, soulignant l’amitié franco-espagnole et la lutte commune de Paris et de Madrid contre le bolchévisme non sans susciter l’embarras de Paris qui cherche à se concilier Moscou qui comprend bien vite que Paris n’est pas sur la même longueur d’onde que le Caudillo à pris ses désirs pour des réalités.

Le cuirassé repart le lendemain, 27 août 1946, faisant escale à Lisbonne du 28 au 31 août (pour ménager la susceptibilité du Portugal de Salazar qui à toujours une relation ambivalente avec son puissant voisin oriental) avant de rentrer directement sur Brest où il arrive le 4 septembre 1946 après plus de trois mois loin de son futur porte d’attache.

Le Normandie aurait du être mis en service au mois d’octobre mais le 20 septembre, il est victime d’un incendie qui provoque des dégâts assez sérieux, nécessitant une période de réparations du 23 septembre au 15 octobre avant essais à la mer du 16 au 23 octobre avant un stage de remise en condition du 24 octobre au 12 novembre avant une Ecole à feu à Rufisque du 17 novembre au 5 décembre.

Après une escale à Dakar du 6 au 12 décembre, il reprend la mer, faisant escale ensuite à Casablanca du 16 au 21 décembre, à Lisbonne du 24 au 30 décembre, à Bordeaux du 31 décembre au 6 janvier avant de rentrer à Brest le 8 janvier 1947 à l’aube.

Alors qu’il n’est toujours pas officiellement en service (problèmes administratifs), le cuirassé quitte Brest le 12 janvier pour gagner Rouen où il arrive le 15 janvier. Il signe la charte de parrainage entre la ville et le cuirassé, rentrant à Brest le 18 janvier avec une délégation de sa ville marraine qui rentrera de Brest en train.

Le 21 janvier 1947, le cuirassé Normandie est admis au service actif au sein de la Flotte de l’Atlantique. Il est placé hors rang au sein de la 1ère Escadre  de la flotte de l’Atlantique.

Ce GL est pour le moins hétérogène puisqu’il comprend les cuirassés Jean Bart, Gascogne et Lorraine, ce dernier étant le plus souvent détaché auprès du porte-avions Painlevé.

Le cuirassé Normandie appareille de Brest le 25 janvier pour un exercice de défense aérienne à la mer jusqu’au 9 février quand le cuirassé fait escale à Cherbourg jusqu’au 13 février. Reprennant la mer, il subit un entrainement au combat antisurface du 14 au 21 février avant une nouvelle escale au Havre du 22 au 27 février 1947, rentrant à Brest le 28 février.

Le cuirassé sort à nouveau du 1er au 12 mars, effectuant un entrainement aviation, soutenu par le ravitailleur La Charente, le cuirassé le navire de soutien et les deux torpilleurs d’escadre faisant escale à Saint Nazaire du 13 au 18 mars 1947. La petite force navale reprend la mer le 19 mars, s’entraine au combat antisurface jusqu’au 25 mars avant une nouvelle escale à La Pallice du 26 mars au 2 avril. Ils rentrent tous à Brest le 4 avril 1947.

Le cuirassé Normandie reprend la mer le 12 avril pour entrainer son détachement aviation (deux Dewoitine HD-731) jusqu’au 21 avril quand il mouille à l’entrée du port de Saint Malo jusqu’au 25 avril 1947. Il rentre à Brest le lendemain 26 avril.

Du 1er au 8 mai 1947, le cuirassé participe à l’entrainement des défenses côtières du secteur de Brest qui comme ailleurs ont été largement modernisées.

Le cuirassé Normandie appareille le 15 mai en compagnie du cuirassé Jean Bart, du croiseur lourd Foch, du croiseur léger Gloire, de trois contre-torpilleurs de la 3ème DCT (Bugeaud Du Chayla Dupetit-Thouars), dessous-marins Casabianca, Rolland Morillot et La Guadeloupe et du PRE La Seine direction Greenock où la division occasionnelle baptisée Force G arrive le 21 mai.

Elle reprend la mer le 24 mai 1947 et arrive à Scapa Flow le 28 mai où elle retrouve le cuirassé King George V et Vanguard (classe Hood, des Lion améliorés), le porte-avions Malta, les croiseurs légers Southampton et Gloucester et six destroyers.

Les deux escadres s’entrainent du 1er au 21 juin avec des attaques escadres contre escadres, des exercices de lutte ASM, de défense aérienne à la mer, de raids amphibies, de tir contre la terre…………. .

Les deux groupes font escale ensemble à Aberdeen du 23 au 27 juin puis à Newcastle du 29 juin au 1er juillet, Douvres du 4 au 7 juillet, Cherbourg du 10 au 13 juillet et Brest du 17 au 22 juillet 1947, date à laquelle les navires anglais rentrent au pays.

Le cuirassé Normandie est indisponible du 22 juillet au 12 août avant de reprendre son service, effectuant ses essais du 13 au 15 août puis pour remise en condition du 17 au 31 août, le cuirassé et les deux torpilleurs d’escadre rentrant à Brest le lendemain 1er septembre 1947.

Le cuirassé Normandie sort à nouveau pour une école à feux du 8 au 18 septembre puis pour entrainement au combat antisurface du 24 septembre au 2 octobre,faisant escale à Rouen du 3 au 7 octobre, à Cherbourg du 9 au 12 octobre avant de rallier Brest le lendemain 13 octobre 1947. Il participe ensuite à un entrainement aviation au profit de ses hydravions embarqués du 18 au 27 octobre, rentrant à Brest le lendemain 28 octobre 1947.

Le cuirassé ressort une dernière fois du 2 au 21 novembre pour un important exercice aéronaval en compagnie du porte-avions d’escadre Painlevé et du porte-avions léger Alienor d’Aquitaine en stage de mise en condition à l’époque (il doit être ensuite affecté aux Forces Navales Françaises en Extrême Orient FNFEO). Cet exercice voit le cuirassé couvrir alternativement les deux porte-avions pendant que le porte-avions non escorté tente d’attaquer le porte-avions et le cuirassé. On voit également l’aviation à terre simuler des attaques aériennes à la torpille, à la bombe et même les premiers essais à la roquette air-sol.

A l’issue de cet exercice, le Normandie subit son premier petit carénage du 2 décembre 1947 au 14 février 1948 avant des essais à la mer du 17 au 20 février puis un stage de remise en condition du 22 février au 18 mars, stage rendu nécessaire à la fois par les deux mois d’immobilisation mais également par le renouvelement de l’équipage (30% de nouveaux embarqués).

Il aurait du ensuite participer à la cinquième édition de l’exercice Entente Cordiale mais sa participation est au final annulé en raison d’une indisponibilité accidentelle (problèmes de chaudières et de diesels-alternateurs) du 20 avril au 8 mai 1948. Après des essais concluant du 9 au 12 mai, le cuirassé est déclaré de nouveau disponible le 13 mai 1948.

Il sort pour un entrainement à la défense aérienne à la mer du 15 au 21 mai avant une escale à Lorient du 22 au 25 mai avant un exercice de combat antisurface du 26 au 31  mai, rentrant à Brest le lendemain 1er juin.

Le 4 juin 1948, il quitte Brest avec à son bord 25 tonnes d’or de la Banque de France. Escorté par deux torpilleurs d’escadre, il navigue en silence radio et tous feux éteints, à vitesse élevée (27 noeuds de moyenne) direction Halifax où il arrive le 8 juin. Cet or est destiné à garantir des achats aux Etats-Unis et au Canada.

L’or est aussitôt débarqué et le cuirassé repart pour Brest où il rentre le 12 juin. Le cuirassé Normandie effectuera deux autres voyages, le premier du 20 au 29 juin avec 10 tonnes d’or et le second du 4 au 12 juillet avec 9 tonnes d’or de la Banque de France mais également 5 tonnes de la Banque de Belgique.

Le cuirassé Normandie est indisponible pour entretien et permissions de l’équipage du 14 juillet au 4 août, sortant pour essais du 5 au 7 août puis pour remise en condition du 9 au 23 août, date à laquelle il passe aux effectifs de guerre avec rappel des réservistes.

Le cuirassé Normandie sort pour entrainement du 25 au 30 août et la seconde du 1er au 5 septembre.

Alors qu’ils se trouvaient en mer au large d’Ouessant, le cuirassé et ses deux torpilleurs apprennent l’attaque allemande sur le Danemark et la Norvège. Aussitôt, les trois navires rentrent à Brest, se ravitaillent en carburant, munitions, vivres et équipements grand froid puis reprennent aussitôt la mer, direction Rosyth où ils doivent renforcer la Home Fleet conformément aux accords passés avant-guerre. Ils doivent être rejoints par le groupe de combat du Painlevé accompagné du PRE La Seine.

6-Cuirassés et croiseurs de bataille (11)

F-Cuirassés classe Alsace

Avant-propos

L’un des projets initiaux des cuirassés de classe Alsace : douze canons de 380mm en trois tourelles quadruples

 

Le Traité de Londres du 25 mars 1936 limitait le déplacement des cuirassés à 35000 tonnes et un calibre maximum de 356mm. Cependant une clause imposée par l’US Navy permettait d’armer les cuirassés de canons de 406mm au cas où les japonais ne signeraient le traité.

L’US Navy invoqua cette clause le 31 mars 1937 permettant aux North Carolina d’être armés de neuf canons de 406mm à la place des 12 canons de 356mm.

Au printemps 1938, un protocole franco-américano-anglais permettait la construction de cuirassés de 45000 tonnes. La France était cependant gênée par l’absence d’infrastructures pour construire et entretenir de tels géants des mers.

La découverte des cuirassés de type H de la Kriegsmarine de 56000 tonnes (même si le 2ème bureau l’estimait à seulement 40000 tonnes) poussa l’amiral Darlan à demander l’étude de nouveaux cuirassés au STCN le 20 juillet 1939 et de nouveaux canons de 400,406 et 420mm à la Direction des Armes Navales (DAN).A la fin de 1939, le STCN dessina différentes études pour des navires de 40000, 42500 et 45000 tonnes (déplacement standard).

Le projet A dessinait un navire de 252m de long sur 35m de large, un déplacement de 40000 tonnes standard, une vitesse de 31 noeuds et un armement composé de 9 canons de 380mm en trois tourelles triples (deux avant et une arrière), 9 canons de 152mm en trois tourelles triples (une avant et deux arrières, installées derrière les tourelles II et III de 380mm), de 16 canons de 100mm en huit tourelles doubles groupées deux par deux et installées latéralement plus une DCA légère composée de canons de 37 et de 25mm.

Le projet B dessinait un navire de 256m de long sur 35.5m de large, un déplacement de 42500 tonnes standard, une vitesse de 31 noeuds et un armement composé de 9 canons de 406mm en trois tourelles triples (deux avant et une arrière), 9 canons de 152mm en trois tourelles triples (une avant et deux arrières, installées derrière les tourelles II et III de 406mm), de 16 canons de 100mm en huit tourelles doubles groupées deux par deux et installées latéralement plus une DCA légère composée de canons de 37 et de 25mm.

Le projet C dessinait un navire de 265m de long sur 35.5m de large, un déplacement de 45000 tonnes standard, une vitesse de 32 noeuds et un armement composé de 12 canons de 380mm en trois tourelles quadruples (deux avant et une arrière), 9 canons de 152mm en trois tourelles triples (une avant et deux arrière, derrière les tourelles II et III de 380mm), 24 canons de 100mm en douze tourelles doubles installées latéralement plus une DCA légère composée de canons de 37 et de 25mm.

Le projet A resta rapidement le seul en piste car le projet C était trop gros pour les infrastructures françaises et le projet B introduisait un quatrième calibre d’artillerie principale après le 340 des Bretagne, le 330 des Dunkerque et le 380 des Richelieu.

Les deux premiers navires sont commandés comme nous avons pu le voir par le décret-loi du 1er avril 1940, leur construction étant attribuée pour le premier aux chantiers navals de Penhoët et celle du deuxième à l’Arsenal de Brest qui à pour l’occasion s’est dôté d’une forme n°10 et d’une forme n°11 aptes à recevoir de tels «monstres».

Quatre noms sont proposés pour baptisés ces deux premiers cuirassés : Alsace Normandie Flandre et Bourgogne. Le ministre de la marine Jules Belley choisit les deux premiers en dépit des réserves de certains de ces conseillers pour le second nom déjà porté par un paquebot de la CGT.

L’annonce par l’Italie en 1941 de la construction de deux Littorio améliorés entraine le financement par la tranche 1943 du programme naval de deux nouveaux cuirassés de classe Alsace qui sont baptisés Flandre et Bourgogne, la construction du premier étant attribué aux Ateliers et Chantiers  de Saint Nazaire-Penhoët et celle du second à l’Arsenal de Brest.

A noter que l’inaptitude des canons de 152mm à tirer antiaérien poussa le STCN à revenir sur l’armement secondaire des nouveaux cuirassés qui aux canons de 152 et de 100mm initialement envisagés allaient embarquer 20 canons de 130mm en cinq tourelles doubles et une DCA légère composée de vingt-huit canons de 37mm en quatre affûts quadruples ACAQ modèle 1943  et six affûts doubles ACAD modèle 1935 et de douze canons de 25mm en affûts doubles.

Les installations d’hydraviation sont maintenues avec une catapulte à la poupe et un hangar pour deux hydravions type Dewoitine HD-731, nombre qui peut être doublé en cas de guerre.

L’Alsace

En temps de paix, la tourelle II de 380mm portait fièrement le blason de l’Alsace

La commande du premier cuirassé du décret du 1er avril 1940 est passé auprès des Ateliers et Chantiers Navals de Saint Nazaire-Penhöet le 27 juin 1940 et baptisé le 5 septembre 1940 par décret du ministre de la Marine.

Le 20 avril 1941, le porte-avions Joffre est lancé en présence des plus hautes autorités de l’Etat. Il est remorqué au quai d’armement et la cale n°1 préparée pour recevoir le cuirassé Alsace.

-L’Alsace est officiellement mis sur cale le 16 juin 1941 avec la pose des premiers éléments du fond du navire. La construction est menée à un bon rythme _préfabrication et soudure oblige_, l’Alsace est lancé le 22 février 1943 après vingt-mois de travaux et remorqué au quai d’armement pour recevoir son artillerie, ses équipements radars avant de passer dans la forme Joubert pour recevoir notamment ses hélices.

Il est armé pour essais le 7 août 1944 mais toujours sous la responsabilité du chantier constructeur pour des premiers tests destinés à valider les dispositions contractuelles. Les essais ont lieu du 12 au 17 août 1944 avant que le cuirassé ne soit remis à la marine nationale le 27 août 1944.

Le cuirassé Alsace appareille de Saint-Nazaire le 5 septembre direction Brest où il arrive le lendemain. Il échoué le 8 septembre dans le bassin n°10 pour des travaux complémentaires et différents réglages.

Remis à flot le 21 septembre, il entame ses essais officiels le 25 septembre pour près de deux mois jusqu’au 18 novembre. Il est ainsi à la mer du 25 septembre au 3 octobre, du 7 au 15 octobre, du 18 au 23 octobre, du 24 octobre au 5 novembre (avec plusieurs ravitaillement à la mer), du 8 au 12 novembre et enfin du 14 au 18 novembre.

Après un nouveau passage au bassin n°10 du 22 novembre au 7 décembre 1944, le cuirassé appareille pour de nouveaux essais à la mer du 15 au 24 décembre 1944 avant de passer les fêtes de fin d’année à Brest.

Le 4 janvier 1945, il appareille de Brest pour Dakar afin de mener sa première école à feu à Rufisque. Il arrive sur place le 8 janvier 1945, l’école à feux ayant lieu du 9 au 25 janvier 1945 avant que le cuirassé ne rentre en métropole, arrivant à Brest le 31 janvier 1945, passant au bassin jusqu’au 9 février.

Il effectue alors sa traversée longue durée en Amérique du Nord. Il quitte Brest le 12 février pour Halifax où il arrive le 17 février, étant ouvert au public jusqu’au 21 février, le gouverneur général du Canada, Sir Alexander Cambridge, comte d’Athon et oncle du roi George VI visitant le navire le 20 février.

Reprennant la mer, le cuirassé fait successivement escale à Boston du 23 au 25 février, New York du 27 février au 1er mars, Philadelphie du 3 au 6 mars, Washington du 8 au 12 mars et enfin Norfolk du 15 au 19 mars avant de rentrer à Brest le 25 mars. Il passe au bassin du 26 mars au 4 avril 1945.

Le 7 avril 1945, le cuirassé Alsace est admis au service actif au sein de la Flotte de la Méditerranée avec Toulon pour base.

Avant de gagner la Mare Nostrum, le dernier fleuron de la marine nationale va participer à l’exercice franco-britannique Entente Cordiale. Les 14 et 15 avril, il sort avec ses torpilleurs d’escadre Basque et Forbin (classe L’Adroit) qui vont l’escorte en attendant la mise en service de navires plus modernes.

L’Alsace appareille ainsi de Brest le 16 avril 1945 en compagnie du cuirassé Gascogne, du porte-avions Painlevé, de trois contre-torpilleurs de la 6ème DCT (Vautour Milan Epervier), de  six torpilleurs d’escadre (Basque, Forbin, Dague, Durandal, Arquebuse Cimeterre), des sous-marins Ajax Pasteur Antiope Sibylle ainsi que du pétrolier-ravitailleur La Seine.

La force N fait escale à Liverpool du 25 au 28 avril puis à Greenock du 30 avril au 3 mai où il retrouve la force M composée du porte-avions Victorious, du cuirassé Anson, des croiseurs légers Dido et Southampton, de quatre destroyers et de quatre sous-marins.

L’exercice «Entente Cordiale 1945» commence le 5 mai par un affrontement aéronaval entre Painlevé et le Victorious jusqu’au 7 mai avant une série d’écoles à feu et d’entrainement au combat antisurface du 8 au 10 mai. Après un entrainement anti-sous-marin le 11 mai, les navires français et anglais sont engagés le 13 mai dans un exercice de défense aérienne à la mer.

Les deux escadres se séparent le 17 mai 1945 après une revue navale à Rosyth. Les navires français font ensuite escale à Dunkerque du 19 au 22 mai, Cherbourg du 24 au 26 mai avant de rentrer à Brest le 27 mai dans la soirée.

Le cuirassé quitte Brest le 1er juin 1945, fait escale au mouillage à Bayonne du 5 au 8 juin, franchit le détroit de Gibraltar le 11 juin, fait escale à Ajaccio le 14 juin avant d’arriver à Toulon le 15 juin 1945.

Il est affecté au Groupement de Ligne de la Flotte de la Méditerranée. Placé hors rang, il en devient le navire-amiral quelques jours plus tard.

Il sort pour entrainement dans le golfe du Lion du 21 juin au 4 juillet avant une escale à Marseille du 5 au 12 juillet. Après un ravitaillement auprès du PRE La Saône, le cuirassé et ses deux torpilleurs d’escorte subissent un entrainement de défense aérienne à la mer du 14 au 25 juillet, rentrant à Toulon le 1er août après une escale à Nice du 26 au 30 juillet 1945.

Après une période d’indisponibilité (permissions de l’équipage) du 2 au 22 août, le cuirassé Alsace sort pour essais du 23 au 27 août avant remise en condition au large du cap Corse du 28 août au 12 septembre, rentrant à Toulon le 13 septembre 1945.

Le 17 septembre 1945, le cuirassé Alsace appareille de Toulon avec ses deux anges-gardiens pour une école à feu à Rufisque, fait escale à Mers-El-Kébir du 19 au 22 septembre, franchit le détroit de Gibraltar le 24 septembre avant d’arriver à Dakar le 28 septembre 1945.

Le cuirassé effectue une première école à feux du 30 septembre au 9 octobre avant de manoeuvrer avec ses torpilleurs d’escadre dans un exercice de combat après que ces torpilleurs eurent manoeuvrer de leur côté avec lancement de torpilles et entrainement au tir antiaérien.

Après un ravitaillement à Dakar le 10 octobre 1945, le cuirassé Alsace et ses torpilleurs effectuent une nouvelle école à feu du 11 au 31 octobre avant une nouvelle escale à Dakar du 1er au 5 novembre 1945.

Ils reprennent la mer le 6 novembre, font escale à Port Etienne du 7 au 10 novembre, à Casablanca du 12 au 16 novembre avant de rentrer à Toulon le 22 novembre 1945 à l’aube.

Après une période d’entretien à flot du 23 novembre au 4 décembre, le cuirassé sort pour essais du 5 au 8 décembre avant de mouiller aux salins d’hyères du 9 au 13 décembre, date à laquelle il reprend la mer pour entrainement.

C’est ainsi que du 14 au 19 décembre, le cuirassé est en entrainement aviation pour son détachement embarqué (deux Dewoitine HD-731) avant d’enchainer par un entrainement de défense aérienne à la mer du 20 au 27 décembre avant de rentrer à Toulon le 28 décembre 1945.

L’Alsace sort pour la première fois en 1946 du 5 au 15 janvier pour un entrainement à la lutte ASM, le cuirassé utilisant ses hydravions pour couvrir ses deux torpilleurs d’escorte chargés de traquer les sous-marins L’Astrée et La Favorite. Après une escale à Ajaccio du 16 au 20 janvier, le cuirassé rentre à Toulon le lendemain 21 janvier 1946.

En 1946, la France et l’URSS en dépit de régimes politiques diamétralement opposés se rapprochent, inquiets de la montée en puissance de l’Allemagne qui à retrouvé les accents menaçants de l’époque hitlérienne.

Pour célébrer ce rapprochement, une escadre russe rend visite à la flotte de la Méditerranée à Toulon, renouant avec la visite de l’escadre tsariste en octobre 1893.

Le 4 février 1946 arrive dans le port varois le cuirassé Sovietskaya Ukrainia, le croiseur lourd Kirov et quatre destroyers. Ils sont ouverts au public du 5 au 8 février avant de repartir le 15 février après des exercices avec la marine française.

Le cuirassé Alsace sort pour entrainement au combat de nuit du 18 au 25 février avant une escale à Nice du 26 février au 1er mars. Rentré à Toulon le 3 mars, il subit un entrainement de défense aérienne à la mer du 5 au 15 mars avant de rentrer à Toulon le 16 mars 1946.

Quelques semaines après la visite de l’escadre soviétique à Toulon, la France rend la pareille à l’URSS. Le cuirassé Alsace appareille le 20 mars 1946 en compagnie du croiseur lourd Saint Louis, des torpilleurs d’escadre Mameluk et Casque, des sous-marins La Réunion et L’Ile d’Oleron du pétrolier ravitailleur Liamone.

La petite force navale fait escale à Bizerte le 23 mars, en baie de la Sude le 26 mars, franchit le détroit des Dardanelles le 29 mars, le Bosphore le lendemain 30 mars avant de mettre cap sur Sebastopol où la petite escadre arrive le 4 avril 1946.

Elle va participer à des exercices avec la marine soviétique du 7 au 25 avril 1946 avant de faire escale en Turquie, à Trabzon du 27 au 30 avril et Istanbul du 2 au 5 mai. Il retrouve la Méditerranée, fait escale au Pirée du 8 au 11 mai, à Haïfa du 12 au 14 mai, Bizerte du 16 au 19 mai avant de rentrer à Toulon le 21 mai 1946 après deux mois loin du port.

L’Alsace subit un petit carénage à Toulon du 25 mai au 4 juillet 1946 avant des essais du 5 au 8 juillet puis pour remise en condition du 10 au 24 juillet. Il est ensuite à Rufisque pour une école à feu, quittant Toulon le 27 juillet pour Dakar où il arrive le 2 août. Il s’entraine au polygone de Rufisque du 4 au 25 août 1946 avant de rentrer à Toulon le 2 septembre 1946.

Le cuirassé Alsace sort à nouveau pour un entrainement antisurface du 7 au 15 septembre avant une escale à Marseille du 16 au 20 septembre au cours de laquelle est signée la charte de parrainage entre le cuirassé et une délégation de la ville de Colmar.

Reprennant la mer le 21 septembre, il subit un entrainement de défense aérienne à la mer jusqu’au 30 septembre, rentrant à Toulon  le 5 octobre après un mouillage aux salins d’Hyères du 1er au 4 octobre. Il sort pour un entrainement aviation du 8 au 12 octobre au profit de son détachement embarqué, rentrant à Toulon le 14 octobre à l’aube.

Le 15 octobre 1946, des violentes émeutes touchent la ville de Philipeville et sa région, le meurtre d’une famille pied-noir ayant provoqué des représailles vis à vis des autochtones et un cercle infernal d’exactions et de représailles

Le cuirassé quitte Toulon en urgence le 18 octobre avec à son bord plus de 400 gendarmes mobiles qu’il débarque le lendemain 19 octobre avant d’opérer au large du port, menaçant la ville de tirs contre la terre.

Le cuirassé mouille au large du port le 24 octobre après la fin d’émeutes qui ont fait plus de 130 morts chez les pieds-noirs comme chez les autochtones. Le cuirassé rembarque les gendarmes mobiles le 26 octobre et rentre à Toulon le lendemain 27 octobre.

Le cuirassé Alsace est en entretien à flot du 28 octobre au 12 novembre avant de sortir pour essais du 13 au 18 novembre avant un stage de remise en condition du 19 au 30 novembre. Après s’être ravitaillé à Toulon le 1er décembre, le cuirassé quitte Toulon le 2 décembre pour Dakar où il arrive le 10 décembre 1946. Son école à feux à lieu du 11 au 26 décembre avant de mettre cap sur Toulon où il arrive le 2 janvier 1947.

Après plusieurs sorties pour instruction des écoles installées à Toulon (4-8 et 17-21 janvier, 14-18 février), le cuirassé appareille pour Malte le 12 mars 1947 en compagnie du porte-avions Joffre du croiseur lourd Henri IV, des croiseurs légers De Grasse et Jean de Vienne, de trois contre-torpilleurs de la 12ème DCT (Desaix Kleber Marceau), de quatre torpilleurs d’escadre, de trois sous-marins Nivôse Floréal Ile de Brehat et de deux pétroliers les Elorn et Liamone, arrivant sur l’île le 15 mars. Tous ces navires avaient auparavant manoeuvrés ensemble du 3 au 10 mars pour parfaire leurs automatismes.

Cette escadre baptisée Force T va participer à des exercices avec la Mediterranean Fleet sur le modèle des exercices Entente Cordiale qui engage la flotte de l’Atlantique et la Home Fleet. Cet exercice est baptisé «Cordial Agreement» en guise de clin d’oeil Pour cette première, la flotte britannique de la Méditerranée à mobilisé les cuirassés Nelson et Rodney, le porte-avions Indomitable, les croiseurs légers Belfast et Newcastle, six destroyers et quatre sous-marins.

L’exercice commence par un exercice à terre le 16 mars pour s’accorder sur les règles lors des exercices et faire travailler la théorique. Les choses sérieuses commence le lendemain 17 mars par un exercice de lutte ASM.

Les sous-marins anglais et français vont ainsi tenter des attaques contre les navires français anglais selon plusieurs scénarios : soit des attaques contre des navires naviguant seuls ou des groupes occasionnels par exemple celui formé par les porte-avions Joffre et Indomitable, le cuirassé Alsace, les croiseurs légers De Grasse Jean Vienne et Belfast et plusieurs destroyers.

Le 18 mars, c’est un exercice de défense aérienne à la mer avec le matin, les deux groupes nationaux attaqués par des chasseurs bombardiers Supermarine Spitfire et des bombardiers torpilleurs Bristol Beaufort basés à Malte mais l’après midi, la force navale britannique attaque avec des bombardiers en piqué Douglas Dauntless et des avions torpilleurs Fairey Albacore les navires français.

Les 19 et 20 mars, c’est un combat d’escadre qui oppose la force T à son homologue britannique, à tour de rôle les deux forces cherchant à défendre Malte d’un raid amphibie.

Le 21 mars, les deux escadres gagnent la Tunisie, des îlots désertiques de la côte tunisienne servant de cible aux canons de 406,380, 203,152,130 et 120mm dans un bruyant concert sans parler des avions embarqués qui utilisent bombes et roquettes.

Les trois cuirassés, les deux porte-avions, les quatre croiseurs légers, le croiseur lourd, les neuf destroyers, les pétroliers et les sous-marins font ensuite escale à Bizerte où ils sont passés en revue par le résident général en Tunisie avant de se séparer le lendemain 22 mars, les navires français rentrant à Toulon le 24 mars 1947 au matin  sauf le Jean de Vienne resté à Bizerte son port d’attache.

Après une période d’entretien à flot du 30 mars au 6 avril, le cuirassé Alsace appareille pour faire le tour de la Corse, une réponse à un discours de Mussolini du 5 avril revendiquant la Corse comme appartenant à la nation italienne.

Le cuirassé appareille le 8 avril à l’aube en compagnie de deux torpilleurs d’escadre, fait escale à Bastia du 9 au 12 avril, mouille dans le Golfe de Saint Florent du 13 au 16 avril, Ile Rousse les 17 et 18 avril, Calvi du 19 au 21 avril, Cargèse du 23 au 26 avril, Ajaccio du 27 avril au 1er mai, Propriani les 2 et 3 mai, Bonifacio du 5 au 7 mai et Porto Vecchio à partir du 8 mai 1947.

Le 10 mai alors qu’il allait appareiller pour Bastia, l’Alsace est victime d’une avarie majeure de propulsion, l’immobilisant dans un port bien entendu pas outillé pour ce travail. Cette immobilisation forcée est mise à profit par l’équipage du cuirassé.

La compagnie de débarquement est mise à terre pour des manoeuvres avec les unités de l’armée de terre en Corse et des officiers supérieurs et des officiers mariniers du cuirassé participent aux périodes de rafraichissement des officiers de réserve du département.

Le cuirassé est prit en charge par le remorqueur de haute mer Centaure le 15 mai avec un équipage réduit de 60% (les seuls marins indispensables) escorté par deux torpilleurs d’escadre.

Il arrive à Bizerte le 20 mai 1947 et immédiatement mis au bassin pour changement de deux lignes d’arbre et des hélices. Remis à flot le 5 juin, il est en essais du 7 au 10 juin avec un stage de remise en condition du 12 au 26 juin avant de rentrer à Toulon le 29 juin 1947.

Ce tour de Corse censé contrer les prétentions italiennes s’est donc terminé en queue de poisson ce que ne manquera pas de souligner la propagande italienne.

Réponse du berger à la bergère, le cuirassé Alsace effectue un nouveau tour de Corse cette fois sans problèmes, faisant escale à l’Ile Rousse du 12 au 15 juillet, Calvi du 17 au 20 juillet, Cargèse du 21 au 23 juillet, Ajaccio du 25 au 27 juillet, Bonifacio du 28 au 30 juillet, Porto Vecchio du 2 au 5 août, Bastia du 7 au 12 août avant de rentrer à Toulon le 14 août.

Après une période d’indisponibilité du 15 août au 22 septembre, le cuirassé reprend la mer pour essais du 23 au 27 septembre avant un stage de remise en condition dans le Golfe du Lion du 28 septembre au 13 octobre 1947.

Le 16 octobre, le cuirassé quitte Toulon, fait escale à Mers-El-Kébir du 18 au 22 octobre, franchit le détroit de Gibraltar le 24 octobre, relâche à Casablanca du 25 au 28 octobre avant d’arriver à Dakar le 2 novembre 1947.

L’Ecole à feux à Rufisque à lieu du 5 novembre au 2 décembre avant une nouvelle escale à Dakar du 2 au 6 décembre. Il reprend la mer le 7 décembre, fait escale à Casablanca du 11 au 15 décembre, franchit le détroit de Gibraltar le 16 décembre avant de rentrer à Toulon le 23 décembre, restant à quai jusqu’à la fin de l’année.

Le 7 décembre 1947, l’Alsace forme une nouvelle 5ème DL en compagnie de son sister-ship Flandre

Le cuirassé Alsace sort pour entrainement au combat antisurface du 5 au 11 janvier, rentrant à Toulon le 18 janvier après un mouillage aux salins d’Hyères du 12 au 17 janvier 1948.

Le cuirassé Alsace est en petit carénage du du 20 janvier au 4 juin 1948 à l’Arsenal de Sidi-Abdallah, passant au bassin du 20 janvier au 12 mai 1948 avant des travaux à quai, le cuirassé effectuant ses essais à la mer du 7 au 10 juin avant un stage de remise en condition du 12 au 26 juin 1946. Le cuirassé et les deux torpilleurs d’escadre rentrant à Toulon le 29 juin 1948.

Le cuirassé Alsace sort pour une école à feux du 6 au 16 juillet, rentrant à Toulon le 17 juillet 1948 avant d’enchainer par un entrainement de défense aérienne à la mer du 21 au 29 juillet, rentrant à Toulon le lendemain 30 juillet 1948. Il participe à des manoeuvres aéronavales en compagnie du porte-avions Joffre du 4 au 20 août 1948.

L’Alsace passe au régime de guerre le 21 août, sortant pour amarriner ses réservistes du 22 au 29 août, rentrant à Toulon le lendemain 30 août, restant à quai jusqu’au 5 septembre 1948 quand il appareille pour sa première sortie de guerre, une mission de présence entre Corse et continent.

6-Cuirassés et croiseurs de bataille (7)

D-Cuirassés classe Richelieu

Des «35000 tonnes» pour la marine nationale

Comme je l’ai mentionné dans l’introduction, la marine nationale à été reconstruite dans l’optique d’un conflit méditerranéen contre l’Italie de Mussolini qui revendiquait la Savoie, le comté de Nice, la Corse, la Tunisie et Djibouti.

Les deux pays se marquèrent à la culotte, construisant une flotte réglée sur l’autre, l’apparition d’un navire chez l’un délenchant aussitôt la riposte chez l’autre. Les deux pays se dôtèrent ainsi d’unités légères très rapides et peu endurantes, bien armées mais peu protégées.

Comme la France, l’Italie fût autorisée à construire deux cuirassés durant la «battleship holiday» pour remplacer notament le Leonardo da Vinci qui avait explosé en 1916 et qui relevé n’avait jamais été réparé. Elle fût autorisé également à reconstruire ses cuirassés de type Cavour, travaux qui seront réalisés dans les années trente.

La Regia Marina fût comme la Royale soucieuse de ne pas gâcher ce contingent de 70000 tonnes et de nombreux projets se succédèrent. Le projet le plus abouti fût un cuirassé rapide de 23000 tonnes filant à 28/29 noeuds armé de six canons de 381mm en trois tourelles doubles.

Rapidement, les demandes supplémentaires des amiraux italiens (vitesse plus importante, protection renforcée, armement principal de six canons jugé trop faible) rendit ce projet intenable. L’apparition du Dunkerque _réponse française au Deutschland_ poussa les italiens à réagir.

Le cuirassé Littorio fût à l’origine de la construction des trois Richelieu

Après la reconstruction des Conte di Cavour en octobre 1933, les italiens décidèrent de voir les choses en grand et le 11 juin 1934, l’agence de presse Stefani annonça la construction de deux cuirassés de 35000 tonnes.

Ces navires baptisés Littorio et Vittorio Veneto furent mis sur cale le 28 octobre 1934 respectivement aux chantiers Ansaldo de Gênes et aux Chantiers Réunis de l’Adriatique de Trieste lancés respectivement le 22 août et le 25 juillet 1937 et admis au service actif  respectivement le 6 mai et le 28 avril 1940.

C’était d’élégants navires déplaçant 35000 tonnes, mesurant 237m de long sur 32.9m de large plus un tirant d’eau de 10.5m, une vitesse maximale de 30 noeuds et un armement composé de 9 canons de 381mm en trois tourelles triples (deux avant et une arrière), 12 canons de 152mm en quatre tourelles triples, 12 canons de 90mm antiaériens en affûts simples et 20 canons de 37mm (8 affûts doubles et 4 affûts simples).

La réponse française fût immédiate. Le 26 juillet 1934 soit deux semaines après que les caractéristiques des cuirassés italiens fussent rendues publiques et seulement huit jours après la mise en chantier du Strasbourg (qui sera mis sur cale en novembre), le Conseil Supérieur de la Marine démandèrent que le STCN étudie un nouveau modèle de cuirassé suivant quelques lignes directrices :

-Déplacement de 35000 tonnes

-Un armement principal composé de huit ou neuf canons d’un calibre de 380 à 406mm

-Un armement secondaire polyvalent

-Une protection composée d’une ceinture blindée de 360mm, d’un pont blindé supérieur 160mm, d’un pont blindé intermédiaire de 40mm et d’une protection sous marin semblable à celle des Dunkerque

-Vitesse de 29.5/30 noeuds

Le design original des cuirassés de classe Richelieu

Le 27 novembre 1934, le STCN présenta au Conseil Supérieur de la Marine six projets qui avaient pour point commun leur déplacement standard (35000 tonnes), leurs dimensions (247m de long sur 33m de large), une ceinture blindée de 360mm et des ponts blindés de 160 et 40mm d’épaisseur et le calibre de l’armement principal : 380mm et celui de l’armement secondaire : 130mm.

Le Conseil Supérieur de la Marine sélectionna le projet 1 le 14 avril 1935 mais à peine sélectionné ce projet fût modifié non pas au niveau de l’armement principal mais au niveau de l’armement secondaire, l’artillerie de 130mm étant jugée trop faible pour un cuirassé de ce tonnage.

Après une configuration mixte (canons de 130mm plus dédiés au combat antisurface et canons de 75mm antiaériens), on poursuivit sur la voie de l’armement secondaire polyvalent avec cinq tourelles triples de 152mm et une DCA légère qui devait être composée de 12 canons de 37mm en six affûts doubles ACAD modèle 1935 (Affût Contre-Avions Double).

Les plans définitifs furent soumis et acceptés par le ministre de la Marine François Pietri le 14 août 1935, le parlement ayant voté le 30 mars 1935 une nouvelle tranche du statut naval de 1924 (non voté mais servant de cadre directeur) prévoyant la construction de deux cuirassés de 35000 tonnes baptisés Richelieu et Jean Bart et de deux torpilleurs d’escadre de type Le Hardi, les Fleuret et Epée.

A la suite de l’annonce de la construction des Richelieu et des Jean Bart (construction attribuée respectivement à l’Arsenal de Brest et aux ACL de Saint Nazaire), l’Italie riposta par la commande en 1938 de deux nouveaux Littorio, des navires baptisés Roma et Impero. La réponse française ne se fit par attendre, la Royale obtenant la commande de deux autres cuirassés rapides à la tranche 1938 bis mais seul le premier baptisé Clemenceau sera un Richelieu, le quatrième baptisé Gascogne sera d’un modèle différent et au final unique.

Le Richelieu

Le cuirassé Richelieu à Dakar en 1940 lors de ses premiers tirs d’artillerie à Rufisque

-Le Richelieu connu à l’origine sous le numéro de PN196 est mis en chantier dans le bassin n°4 au Salou le 22 octobre 1935 à peine trois semaines après que la coque du Dunkerque eut été mise à l’eau depuis cette forme.

Les travaux sont menés sans priorité jusqu’au début 1937 en raison de problèmes sociaux (grèves) et de la mauvaise volonté britannique, nos amis d’outre-manche ne «sachant toujours pas que Napoléon est mort» (Paul Cambon). Les travaux s’accélèrent alors.

Le 17 janvier 1939 au matin, l’élément de coque principal quitte le bassin du Salou après avoir pris contact avec l’élément liquide la veille. La cérémonie terminée, le bassin est vidé et les tains nettoyés pour permettre la mise sur cale du troisième cuirassé de la classe (financé à la tranche 1938bis) et baptisé Clémenceau.

Le Richelieu est rééchoué dans le bassin n°8 et les éléments de coque avant et arrière sont soudés à la partie principale de la coque. Le navire est mis à flot le 15 janvier 1940 et armé pour essais le 25 mars 1940.

Les essais à la mer ont lieu du 30 mars au 15 avril 1940 avant un passage au bassin pour démontages et modifications jusqu’au 4 mai 1940 quand il reprend la mer pour un deuxième phase d’essais à la mer jusqu’au 25 mai 1940.

Le 8 juin 1940, le cuirassé appareille pour le polygone de Rufisque, jettant l’ancre à l’extérieur du port de Dakar (en travaux mais encore trop étroit pour accueillir un tel mastodonte).

Il effectue une importante école à feu jusqu’au 15 juillet, tirant 160 obus de 380mm contre la terre et en mer et 450 obus de 152mm contre la mer et la terre, le tir antiaérien se révéla impossible.

A noter qu’à l’époque, le polygone de Rufisque (toujours utilisé par la France en 2011 même si son emprise à été largement réduite) est loin d’être prêt. Tout juste a-t-on aménagé des cibles de tirs ainsi que des postes de sécurité pour empêcher des civils de s’installer. Ce n’est qu’en 1944 que ce complexe de tir unique sera pleinement opérationnel.

Il repart de Dakar le 18 juillet 1940 et arrive à Brest le 27 juillet. Devant l’impossibilité de modifier rapidement les canons de 152mm, l’Amirauté décide de prendre des décisions radicales en débarquant les tourelles latérales de 152mm pour les remplacer par six affûts doubles de 100mm en provenant du cuirassé Lorraine (quatre) et de la batterie du Niolon à Marseille (deux) en attendant que suffisamment de canons de 130mm soient disponible pour remplacer les canons de 100 et de 152mm.

Le Richelieu est au bassin n°8 pour travaux du 4 août au 18 novembre 1940 pour démontages, modifications, peinture ainsi que l’installation du nouvel armement secondaire redevenu mixte par la force des choses. Il effectue ensuite ses essais à la mer jusqu’à la fin de l’année.

Le 4 janvier 1941, il appareille pour sa traversée de longue durée, faisant escale à Cherbourg du 7 au 9 janvier, au Havre du 11 au 13, à Dunkerque du 15 au 17, à Anvers du 19 au 21, à Rotterdam du 23 au 25 janvier, à Bergen du 28 janvier au 2 février, à Aberdeeen du 5 au 8 février, à Douvres du 13 au 15 février, à Southampton du 19 au 21 février avant un retour à Brest le 23 février 1941.

Après quelques menus travaux, l’avitaillement en carburant et en munitions, le Richelieu quitte Brest le 1er mars 1941 pour rejoindre son port d’attache : Toulon. Il fait escale à Bordeaux du 2 au 4 mars, à Lisbonne du 5 au 7 mars, Casablanca du 9 au 11 mars avant d’arriver à Toulon le 14 mars.

Le 15 mars 1941, le Richelieu est admis au service actif, affecté à la Flotte de la Méditerranée avec Toulon pour port-base.

En attendant l’admission au service actif du Clemenceau (avec lequel il formera la 3ème DL), le Richelieu intègre le Groupement de Ligne de la 2ème escadre de la Flotte de la Méditerranée, groupement qui se compose également à l’époque de la 1ère DL (croiseurs de bataille Dunkerque et Strasbourg) et de la 5ème DL (cuirassés Provence et Lorraine).

La première sortie du nouveau fleuron de la flotte de ligne française à lieu du 21 au 28 mars pour un entrainement au combat antisurface, le Richelieu effectuant une spectaculaire école à feu dont les photos et le film sont souvent utilisées pour montrer la puissance de notre marine d’avant guerre. Il fait escale à Bastia du 29 mars au 5 avril, à Ajaccio du 6 au 10 avril avant de rentrer à Toulon le lendemain 11 avril 1941.

Le Richelieu sort à nouveau pour un entrainement de son détachement aviation du 20 au 27 avril, mouillant aux salins d’Hyères du 28 avril au 3 mai avant d’enchainer par un entrainement de défense aérienne à la mer du 4 au 11 mai. Il rentre à Toulon le 17 mai après une escale à Marseille du 12 au 16 mai 1941.

Après une période d’entretien à flot du 17 mai au 12 juin, le cuirassé sort pour essais du 13 au 18 juin avant un stage de remise en condition du 20 juin au 2 juillet, le cuirassé faisant escale à Bastia du 3 au 7 juillet et à Nice du 8 au 11 juillet, rentrant au port le lendemain 12 juillet

Le 14 juillet 1941, il participe à une revue navale au large de Toulon, le président Tardieu passant en revue les unités de la 2ème Escadre en rade des Vignettes à bord du cuirassé.

Le 20 juillet 1941, le Richelieu quitte Toulon en compagnie de ses torpilleurs d’escadre Corsaire et Flibustier pour une école à feux au large de Rufisque. Les trois navires font escale à Casablanca du 20 au 23 juillet avant d’arriver à Dakar le 27 juillet, l’école à feux occupant les trois navires du 28 juillet au 12 août avant que le cuirassé et les deux torpilleurs ne quittent Dakar le 14 août, se ravitaillant à Casablanca le 18 août avant de rentrer à Toulon le 22 août.

Le Richelieu est indisponible pour entretien et permissions de l’équipage du 23 août au 5 octobre,sortant pour essais du 6 au 9 octobre avant remise en condition du 11 au 25 octobre, le cuirassé et ses deux torpilleurs d’escadre faisant escale à Nice du 26 au 30 octobre puis à Marseille du 1er au 4 novembre, rentrant à Toulon le lendemain 5 novembre 1941.

Le Richelieu sort en compagnie de ses torpilleurs d’escadre pour une école à feux du 12 au 19 novembre, ses canons de 380mm donnant de la voix tout comme les canons de 152mm et les canons de 100mm.

Après une escale à Marseille du 20 au 24 novembre, le cuirassé cingle vers l’Afrique du Nord, faisant escale à Alger du 25 au 28 novembre, à Bône du 29 novembre au 2 décembre, à Tunis du 4 au 7 décembre, à La Valette du 9 au 12 décembre, à Bastia du 14 au 17 décembre avant de rentrer à Toulon le lendemain 18 décembre et de préparer une longue croisière en Amérique Latine.

Le 7 janvier 1942, il appareille pour une mission de représentation en Amérique du Sud, territoire où l’influence française était présente mais était également rudemment concurrencée par celles de l’Italie et de l’Allemagne, Paris craignant que Rio de Janeiro, Buenos Aires ou Santiago ne basculent dans le camp de l’Allemagne ou de l’Italie.

Pour montrer le pavillon de façon convainquante, la France rassemble un groupe occasionel composé du cuirassé Richelieu, du croiseur léger Jean de Vienne (venu pour l’occasion de Bizerte), des torpilleurs d’escadre Corsaire et Flibustier et du pétrolier Elorn, chargé de ravitailler les navires de combat.

La Division Navale Française (DNF) quitte Toulon le 7 janvier 1942 sous le commandement du contre-amiral François de Penvers, faisant escale à Casablanca le 13 janvier avant de traverser l’Atlantique, arrivant à Rio de Janeiro le 21 janvier. Ouverts au public, les cinq navires remportent un très grand succès auprès des brésiliens qu’il s’agisse de simples visites ou de réceptions.

La DNF repart le 28 janvier direction Montevideo où elle fait escale du 29 janvier au 5 février 1942 avant de gagner le même jour Buenos Aires où la division reste mouillée jusqu’au 17 février 1942 quand elle appareille pour Valparaiso au Chili, arrivant à destination le 1er mars après une escale de deux jours les 20 et 21 février à Port Stanley, l’Elorn connaissant quelques ennuis mécaniques.

La DNF fait escale dans la principale base chilienne du 17 au 29 mars 1942 avant une brève escale à Callao au Pérou du 30 mars au 2 avril puis à Guyaquil (Equateur) du 5 au 7 avril.

Elle franchit le canal de Panama le 9 avril et après une escale de ravitaillement à Fort de France les 14 et 15 avril, elle rentre à Toulon le 25 avril, le Jean de Vienne rentrant ensuite à Bizerte le 28 avril 1942. La DNF est dissoute le lendemain. Le Richelieu passe au bassin du 5 mai au 22 juin pour se remettre d’un tel périple.

Néanmoins, les ingénieurs du STCN sont satisfaits que le cuirassé n’à connu aucune grave avarie durant cette circumnavigation autour du sous-continent sud-américain surtout que durant plusieurs périodes assez longues, le contre-amiral De Penvers à lâché les chevaux pour voir ce que le cuirassé avait dans le ventre, des pointes à 33 noeuds sont ainsi enregistrées au large de Valparaiso..

Il sort pour essais du 23 juin au 2 juillet avant un stage de remise en condition du 3 au 21 juillet. Il est indisponible pour permissions d’été jusqu’au 17 août. Il reprend la mer pour entrainement du 18 au 30 août et du 2 au 12 septembre 1942.

Durant cette dernière sortie, une délégation de la ville de Luçon sort à bord du navire, la ville vendéenne étant devenue marraine du cuirassé, Armand Jean du Plessis de Richelieu ayant été évêque de Luçon.

Après s’être ravitaillé en carburant à Toulon le 13 septembre, il quitte le Var le lendemain, 14 septembre pour Rufisque et un nouvel entrainement au tir. Il fait escale à Casablanca du 18 au 23 septembre, manquant d’aborder un paquebot espagnol lors de sa manoeuvre de sortie du port.

Arrivé à Dakar le 27 septembre, il mouille dans le bassin principal du port jusqu’au 1er octobre, entamant alors son entrainement au tir, entrainement de près de trois semaines jusqu’au 23 octobre avec le tir de 92 obus de 380mm, de 240 obus de 100mm et de 180 obus de 152mm sans oublier la DCA légère qui s’entraine face aux avions de l’armée de l’air.

Après une nouvelle escale à Dakar du 24 au 31 octobre, le fleuron de la flotte appareille le lendemain 1er novembre pour une nouvelle escale à Casablanca du 5 au 8 novembre puis une seconde escale à Gibraltar du 9 au 12 novembre. Il quitte le Rocher le lendemain 13 novembre pour rentrer à Toulon le 17 novembre 1942.

Il sort à nouveau pour entrainement du 27 novembre au 7 décembre, faisant escale à Nice du 8 au 12 décembre avant un entrainement à la navigation et au combat de nuit jusqu’au 17 décembre quand il arrive à Bastia pour une escale qui s’achève le 22 décembre quand il appareille pour rentrer à Toulon le lendemain 23 décembre et rester à quai jusqu’à la fin de l’année.

Le cuirassé subit un petit carénage du 12 janvier au 18 mai 1943, passant au bassin à Toulon du 20 janvier au 14 avril (bassin Vauban n°8). Il débarque toute son artillerie secondaire (six affûts doubles de 100mm et trois tourelles triples de 152mm) et toute sa DCA légère, recevant en remplacement  des canons de 100 et de 152mm, dix tourelles doubles de 130mm modèle 1936.

Ces tourelles sont installées en trois groupe : un groupe axial de quatre tourelles à l’arrière et deux groupes latéraux de trois tourelles. La DCA légère se compose désormais de douze canons de 37mm en six affûts doubles de 37mm ACAD modèle 1935 et seize canons de 25mm Hotchkiss modèle 1939-40 en huit affûts doubles.

A l’origine, sur les Richelieu, deux affûts devaient été installés latéralement entre les deux tourelles de 380mm tandis que les quatre autres auraient été installées entre les tourelles de 152mm latérales.

L’installation de trois tourelles doubles de 130mm entraine une modification de leur installation sur un passerelle un pont au dessus. Les affûts doubles de 25mm sont installés sur le bloc-passerelle et derrière le pare-lame.   Des radars sont montés et les installations d’hydraviation sont modernisées avec une catapulte plus puissante. Il sort pour essais du 21 au 27 mai au large de Toulon avant une escale à Marseille du 28 mai au 1er juin.

Il est indisponible pour entretien et permissions de l’équipage du 2 au 30 juin, sortant pour essais du 1er au 3 juillet et pour remise en condition du 5 au 19 juillet, date de son retour à Toulon. Le Richelieu est à nouveau à la mer pour entrainement du 26 juillet au 4 août, du 11 au 20 août et du 27 août au 12 septembre au large de Toulon alternant écoles à feux, exercices de défense aérienne à la mer et de combat antisurface.

Le cuirassé sort pour entrainement du 21 au 30 septembre 1943 avant une escale à Alger du 1er au 5 octobre. Reprennant la mer, il subit un entrainement à la défense aérienne à la mer du 6 au 15 octobre avant une escale à Tunis du 16 au 21 octobre. Il rentre à Toulon le surlendemain 23 octobre 1943.

Le Richelieu et le Clemenceau sortent pour entrainement le 2 novembre 1943. Il ne sont pas seuls, appareillant avec les torpilleurs Corsaire Flibustier Rapière Hallebarde, le contre-torpilleur Marceau, les contre-torpilleurs  Aigle Albatros Gerfaut de la 5ème DCT et le ravitailleur rapide Adour.

La petite escadre manoeuvre dans le Golfe du Lion jusqu’au 12 novembre quand les cuirassés, leurs torpilleurs d’escorte, les contre-torpilleurs et le ravitailleur font escale à Marseille jusqu’au 18 novembre.

Du 19 au 27 novembre, les contre-torpilleurs tentent d’intercepter le cuirassé qui protégeait le ravitailleur avant un ravitaillement à la mer le 28 novembre. Après un exercice de défense aérienne à la mer du 29 novembre au 4 décembre, le cuirassé fait escale à Ajaccio, le ravitailleur à Calvi et les contre-torpilleurs à l’Ile-Rousse et ce du 5 au 11 décembre. Ils rentrent tous à Toulon le 13 décembre 1943. Il sort à nouveau pour entrainement en solitaire du 20 au 26 décembre 1943 puis du 4 au 9 janvier 1944.

Le 15 janvier 1944, il décharge ses munitions et appareille pour Brest afin de subir son premier grand carénage, marquant ainsi son retour dans son chantier constructeur près de quatre ans après son départ.

Arrivant le 22 janvier, il échoué dans le bassin n°8 du Laninon le 24 janvier et immobilisé jusqu’au 2 octobre 1944 quand il quitte le bassin n°8 pour être remorqué dans la rade-abri pour des travaux complémentaires.

Durant ce premier grand carénage, la coque est grattée, sablée et repeinte, les hélices sont remplacées, les turbines inspectées et remise en état, les chaudières retubées. Les locaux-vie sont entièrement remis en état, des radars installés, les installations d’hydraviation un temps menacées sont maintenues étant vues comme un complément au radar.

Il est armé pour essais le 18 novembre 1944, subissant ses essais à la mer du 21 novembre au 3 décembre avant une période de modification à Brest jusqu’au 12 décembre quand le cuirassé reprend la mer pour sa remise en condition qui à lieu dans le Golfe de Gascogne jusqu’au 24 décembre, passant la fin d’année à Brest.

Il reprend la mer le 2 janvier 1945 pour remise en condition au large de l’Afrique Occidentale Française (AOF).

Arrivé à Dakar le 7 janvier, il est en escale jusqu’au 11 janvier quand commence une très intense remise en condition qui commence par une première école à feu jusqu’au 22 janvier quand il passe au bassin jusqu’au 27 janvier pour inspection et réparations.

Remis à flot, il subit des essais de pure formalité jusqu’au 30 janvier quand il reprend son entrainement par un entrainement aviation du 1er au 12 février, multipliant lancement et récupération de ses Dewoitine HD-731 qui affrontent les avions de l’Aviation Navale et de l’armée de l’air.

Après une deuxième école à feu du 15 au 27 février, le cuirassé quitte l’AOF le 1er mars 1945, fait escale à Casablanca du 4 au 7 mars avant de gagner Toulon le 14 mars 1945.

Le Richelieu sort à nouveau du 24 mars au 8 avril en compagnie de son sister-ship Clemenceau et de la 6ème DC pour un entrainement combiné dans le Golfe du Lion avec entrainement au combat de nuit et exercice de défense aérienne à la mer avant une escale à Marseille du 9 au 12 avril.

Reprennant la mer, elles s’entrainent au combat antisurface du 13 au 22 avril avant de rentrer à Toulon le 27 avril après une escale à Bastia du 23 au 26 avril 1945. Il sort à nouveau pour entrainement en solitaire (même si il est accompagné par ses deux torpilleurs d’escorte) du 30 avril au 7 mai 1945.

Le Richelieu participe à un exercice de défense aérienne à la mer au large du Cap Corse du 17 au 22 mai 1945 en compagnie du porte-avions Joffre qui simula des raids d’avions torpilleurs Latécoère Laté 299 contre le cuirassé et ses deux torpilleurs d’escadre, appuyés également par des bimoteurs Lioré et Olivier Léo 451 basés à Calvi-Sainte Catherine. Il rentre à Toulon le 23 mai pour se ravitailler.

Il effectue ensuite une tournée de représentation en Afrique du Nord, appareillant de Toulon le 24 mai, direction Casablanca où il arrive le 29 mai. Son escale de trois jours se prolonge jusqu’au 5 juin en raison de problèmes de chaudières. Il repart le lendemain, 6 juin 1945, direction Tanger où sa présence est peu goûtée par les autorités espagnoles.

Tanger est certes une ville internationale mais enclavée dans le Maroc Espagnol. A l’annonce d’une manifestation phalagangiste contre la venue du cuirassé, le commandant du Richelieu menace de mettre à terre sa compagnie de débarquement ce qui à un effet dissuasif à moins que cela ne soit les canons de 380mm pointés sur la base de l’armée de terre espagnole toute proche……… .

Après deux jours dans le port de la ville internationale, le Richelieu reprend la mer le 9 juin, arrivant à Mers-El-Kebir le 13 juin pour trois jours au mouillage. Il est à Alger du 17 au 21 juin, à Philippeville du 23 au 26 juin, Bizerte du 30 juin au 4 juillet avant de rentrer en métropole, faisant une brève escale à Ajaccio le 9 juillet avant de rentrer à Toulon le lendemain, 10 juillet.

Il est indisponible (entretien et permissions d’été de l’équipage) du 15 juillet au 27 août avant de sortir pour essais du 28 au 31 août et pour remise en condition du 2 au 12 septembre en compagnie de ses torpilleurs d’escadre Corsaire et Flibustier.

Après une escale à Bastia du 13 au 17 septembre, il reprend la mer pour un entrainement au combat de nuit du 18 au 23 septembre puis après ravitaillement auprès de l’Adour, un entrainement à la défense aérienne du mer du 24 septembre au 4 octobre, rentrant à Toulon le 10 octobre après une escale à Nice du 5 au 9 octobre.

Le Richelieu quitte Toulon le 15 octobre 1945 pour un nouvel entrainement en Méditerranée occidentale, accompagnée cette fois par le croiseur léger Chateaurenault (classe De Grasse) et la 5ème DCT (Aigle Albatros Gerfaut)

Tout commence par un entrainement DAM (Défense Aérienne à la Mer) jusqu’au 21 octobre, le cuirassé, le croiseur léger et les contre-torpilleurs étant assaillis par l’aviation basée à terre. Après un ravitaillement à Ajaccio-Aspretto les 22 et 23 octobre, les cinq navires effectuent un entrainement au combat de nuit du 24 au 30 octobre avant une escale à Marseille du 31 octobre au 2 novembre.

Reprennant la mer, ils s’entrainent à la lutte ASM, les contre-torpilleurs assurant un ratissage au large du cap Corse contre les sous-marins Venus Iris Pallas de la 15ème DSM qui tentaient du 3 au 10 novembre une embuscade contre le cuirassé et le croiseur léger qui participent à la traque en utilisant leurs hydravions. Après une escale à Nice du 11 au 15 novembre, le Richelieu, le Chateaurenault et la 5ème DCT rentrent à Toulon le 17 novembre 1945.

Le premier «35000 tonnes» de la Royale sort à nouveau pour entrainement du 25 au 30 novembre pour servir de plastron de luxe aux défenses côtières du secteur de Toulon notamment la batterie du cap Cépet récémment modernisée.

Après un rapide passage à Toulon pour ravitailler, le Richelieu repart le 2 décembre 1945 pour un exercice baptisé «Austerlitz» en compagnie du croiseur léger De Grasse.

Le cuirassé et le croiseur s’entrainent d’abord au combat de nuit du 2 au 9 décembre puis après ravitaillement auprès du pétrolier Sèvre (ex-Nivôse), les deux navires vont manoeuvrer au large du Maroc, de part et d’autre des Colonnes d’Hercules et ce du 13 au 21 décembre. Après une escale à Casablanca du 22 au 25 décembre, les deux navires rentrent à Toulon le 27 décembre 1945.

Le Richelieu effectue une sortie d’entrainement avec ses deux torpilleurs d’escadre du 2 au 9 janvier avant de subir un petit carénage du 17 janvier au 8 février 1946.

Après des essais à la mer du 9 au 12 février, le Richelieu embarque à Toulon l’amiral Ollive, nouveau Grand Amiral de la flotte (il à succédé à l’amiral Esteva en poste de 1942 à 1945 mais qui à démissionné pour raison de santé) et son état-major pour une inspection des capacités du porte-avions Joffre.

Le porte-avions manoeuvre accompagné par le cuirassé Richelieu mais également par le cuirassé Provence _le garde du corps du porte-avions_ du 18 au 23 février, l’amiral de la flotte passant à bord du porte-avions les 21 et 22 février avant de remonter à bord du cuirassé pour une conférence au sommet en Grande Bretagne.

Durant ces cinq jours, il à assisté à des exercices de défense aérienne à la mer, de lancement et d’appontage, de simulations de bombardements en piqué, de torpillage et de lutte ASM. Il à même décollé et apponté à bord d’un CAO-600. Le cuirassé après un bref ravitaillement à Toulon, appareille le 24 février, franchit le détroit de Gibraltar le 1er mars, fait escale à Brest le 6 mars avant d’arriver à Southampton le 8 mars puis de prendre le train en direction de Londres afin de converser avec les autorités de la Royal Navy.

Le cuirassé reprend la mer le 9 mars 1946, fait escale sur l’île de Wight le 11, à Douvres le 13 mars, à Chatham le 15 mars où il rembarque l’amiral Ollive et son état-major qu’il débarque au Havre le 19 mars 1946.

Le cuirassé rentre ensuite à Toulon, faisant escale à Cherbourg du 25 au 27 mars, à Saint-Nazaire  du 29 mars au 1er avril 1946, à bordeaux du 2 au 6 avril, à Casablanca du 8 au 13 avril avant d’arriver à Toulon le 15 avril.

Après une période d’indisponibilité jusqu’au 30 avril, le Richelieu sort pour essais du 2 au 7 mai avant remise en condition en compagnie du croiseur léger Guichen du 9 au 23 mai. Ils rentrent tous les deux à Toulon le 27 mai après une escale à Nice du 24 au 26 mai 1946.

Le Richelieu sort pour entrainement aviation du 1er au 12 juin avant une escale à Alger du 13 au 18 juin, enchainant par un exercice de défense aérienne à la mer du 19 au 27 juin, faisant escale à Ajaccio du 28 juin au 2 juillet avant de rentrer à Toulon à l’aube le 4 juillet 1946.

Le Richelieu est indisponible pour entretien et permissions de l’équipage du 5 au 26 juillet, sortant pour essais du 27 au 30 juillet et pour remise en condition du 1er au 16 août, en même temps que ses torpilleurs d’escadre, les trois navires rentrant à Toulon le lendemain 17 août.

Après une nouvelle période d’entretien à flot du 22 août au 2 septembre, il sort pour essais à la mer du 3 au 7 septembre avant un stage de remise en condition du 8 au 30 septembre 1946 en compagnie de son sister-ship Clemenceau.

Les deux cuirassés et leurs quatre torpilleurs d’escadre quittent Toulon le 1er octobre, font escale à Casablanca du 4 au 6 octobre avant d’arriver à Dakar le 9 octobre pour  une nouvelle école à feu à Rufisque du 9 au 21 octobre 1946. Après une escale à Dakar jusqu’au 23 octobre, le Richelieu rentre à Toulon le 28 octobre 1946.

Après une période d’indisponibilité jusqu’au 10 novembre, le Richelieu sort pour essais du 12 au 17 novembre avant une remise en condition du 19 novembre au 2 décembre. Le Richelieu sort à nouveau pour entrainement du 7 au 18 décembre et du 21 au 28 décembre, passant la fin de l’année à quai à Toulon.

Il commence l’année 1947 par un entrainement aviation du 5 au 15 janvier avant une escale à Nice du 16 au 20 janvier. Il ressort pour un entrainement à la défense aérienne à la mer du 21 au 31 janvier, rentrant à Toulon le lendemain 1er février.

Le 5 février 1947, des émeutes anti-françaises frappent la ville d’Iskenderun, l’ancienne Alexandretta du temps de la domination française faisant quatre morts. La marine nationale décide d’effectuer une démonstration de force pour mettre la pression sur le gouvernement turc qui se montrera d’abord réticent à réprimer ses émeutes.

Le Richelieu appareille en compagnie du porte-avions Joffre, du cuirassé Provence et de cinq torpilleurs d’escadre le 7 février 1947 (Le Richelieu étant accompagné du seul Flibustier, le Corsaire étant en grand carénage), arrivant sur zone le 12 février et y restant jusqu’au 27 février pour de nombreux exercices. Après une escale à Beyrouth du 28 février au 3 mars 1947, il rentre à Toulon le 7 mars 1947. Après une période d’entretien à flot du 8 mars au 4 avril, le Richelieu sort pour essais du 5 au 9 avril avant un stage de remise en condition en compagnie du croiseur léger Chateaurenault et du torpilleur d’escadre Corsaire du 12 au 30 avril 1947.

Le Richelieu et le Corsaire sont rejoints à Nice le 1er mai par le Flibustier qui «remplace» le Chateaurenault qui est rentré à Toulon dès le 1er mai pour un grand carénage. Après trois jours d’escale jusqu’au 4 mai, le Richelieu, le Corsaire et le Flibustier sortent pour remise en condition du Flibustier du 5 au 21 mai 1947, les trois navires rentrant le lendemain 22 mai à Toulon.

Le Richelieu quitte Toulon le 30 mai pour une Ecole à feu à Rufisque en compagnie de ses deux torpilleurs d’escadre. Les trois navires font escale à Casablanca du 3 au 7 juin avant d’arriver à Dakar le  11 juin 1947.

L’Ecole à feu à lieu du 13 juin au 1er juillet, le cuirassé tirant des obus de 380mm et de 130mm sans parler de sa DCA légère qui se montra efficace aussi dans le tir antisurface, les torpilleurs d’escadre eux tirant des obus de 130mm, des obus de 37mm ainsi que plusieurs torpilles.

Le Richelieu et ses deux torpilleurs d’escadre quittent Dakar le 2 juillet, font escale à Casablanca du 5 au 7 juillet avant de rallier Toulon le 11 juillet 1947.

Il participe le 14 juillet 1947 à une revue navale en présence du président de la République, Paul Reynaud qu’il enmène ensuite en Algérie, appareillant de Toulon le 15 juillet direction Alger où il arrive le 17 juillet. Il est ouvert au public jusqu’au 23 juillet 1947 quand il rembarque le président de la République pour le ramener à Toulon le 25 juillet.

Après une période d’indisponibilité du 2 août au 14 septembre 1947 pour les permissions d’été, le cuirassé appareille pour une école à feu à Rufisque, quittant Toulon le 16 septembre, faisant escale à Casablanca le 20 septembre pour se ravitailler avant d’arriver à Dakar le 23 septembre.

L’Ecole à feu commence le 25 septembre mais le 27 septembre, le canon de 380mm II (tourelle I) explose tuant ou blessant les servants de la demi-tourelle (bilan final : 9 morts et 24 blessés graves).

Le cuirassé regagne Dakar le 29 septembre où les corps sont débarqués et transportés en France. Les restes du canon sont enlevés et la brèche obturée. L’enquête montrera que les gargousses utilisées étaient défectueuses, générant une pression trop importante pour les canons.

Le cuirassé arrive à Brest le 7 octobre 1947 et est en travaux jusqu’au 17 décembre, ce terrible accident étant mis à profit pour un passage au bassin pour changer les hélices, retuber les chaudières, améliorer la conduite de tir et le champ de tir de l’artillerie légère antiaérienne. Le Richelieu est en essais à la mer du 19 au 31 décembre avant d’appareiller pour Toulon le 4 janvier 1948, rentrant dans son port d’attache le 12 janvier 1948.

Le Richelieu quitte Toulon le 21 janvier pour un entrainement au combat de nuit jusqu’au 29 janvier quand le cuirassé jette l’ancre à l’entrée du port de Bastia pour une escale jusqu’au 4 février. Il reprend la mer pour un entrainement à la défense aérienne à la mer au large du cap Corse du 5 au 17 février 1948. Il rentre à Toulon le 23 février après une escale à Nice du 18 au 22 février.

Il sort à nouveau le 2 mars 1948 en compagnie de la 6ème DC (croiseurs légers De Grasse Chateaurenault Guichen), de la 9ème DCT composé des contre-torpilleurs Le Fantasque L’Audacieux et Le Malin et du pétrolier Elorn.

La petite mais puissante escadre commence par un entrainement à la défense aérienne à la mer du 2 au 12 mars avant une escale à Nice du 13 au 17 mars. Le Richelieu appareille le premier dans la nuit du 17 au 18 mars avec pour mission de rallier Alger en échappant aux croiseurs légers et aux contre-torpilleurs (L’Elorn lui gagne Mers-El-Kébir pour recompléter ses soutes et servir de base mobile de ravitaillement).

Au cours de six joutes successives (18-21 mars, 23-26 mars, 28-30 mars, 1er au 4 avril, 6 au 9 avril et 11 au 15 avril), le Richelieu est intercepté à trois reprises mais coulé une fois sous les coups des torpilles et des obus des croiseurs et contre-torpilleurs.

Après une escale de ravitaillement auprès de l’Elorn à Mers-El-Kébir du 17 au 22 avril, le cuirassé accompagné des contre-torpilleurs appareille pour un exercice à double détente contre les croiseurs légers qui devaient rallier Bizerte. L’exercice qui à lieu du 24 avril au 4 mai et se termine par une escale à Bizerte du 5 au 12 mai 1948. Tous les navires rentrent à Toulon le 15 mai 1948.

Après une période d’entretien à flot du 18 mai au 12 juin, le Richelieu sort pour essais du 13 au 17 juin avant un stage de remise en condition du 18 au 30 juin. Le 3 juillet 1948, il quitte Toulon pour une nouvelle Ecole à feu à Rufisque.

Après une escale à Casablanca du 7 au 10 juillet, le cuirassé arrive à Dakar le 14 juillet. L’Ecole à feu à lieu du 17 au 30 juillet. Après une nouvelle escale à Dakar du 31 juillet au 3 août, il reprend la mer avec ses torpilleurs d’escadre et rentre à Toulon le 12 août 1948.

Le 20 août, le cuirassé Richelieu est armé aux effectifs de guerre, recevant une peinture plus discrète avec des consignes de discrétion lumineuse maximale. Il sort pour amarriner les réservistes et les rappelés du 21 au 30 août, faisant escale à Nice du 31 août au 3 septembre, rentrant à Toulon le 4 septembre 1948.

Alors qu’il devait sortir pour une école à feux destiné notamment à tester de nouveaux obus super-lourds, l’annonce de l’attaque allemande sur le Danemark et la Norvège entraine l’annulation de l’essai, le cuirassé recomplétant ses soutes en carburant, vivres et munitions et se tenant prêt à appareiller en cas de menace italienne, le Richelieu étant en alerte à 6h.