Etats-Unis (15) Cuirassés et croiseurs de bataille (1)

CUIRASSES ET CROISEURS DE BATAILLE

Avant-propos

Sans la fougue de l’amiral Fisher, le cuirassé à artillerie monocalibre, le all big gun battleship aurait hérité du nom de Michigan, le Michigan (BB-27) et le South Carolina (BB-26) étant mis sur cale avant le HMS Dreadnought mais mis en service ultérieurement.

USS Michigan 4

Le USS Michigan (BB-27)

Lire la suite

Publicités

Etats-Unis (13) US Navy (9)

ARTILLERIE ET SYSTEMES D’ARMES

Artillerie lourde (203 à 406mm)

16 Inch (406mm) Mark 1 5 et 8

Canons de 406mm Mark 2 & 3 3

Canon  de 406mm Mark 2 

Ce canon de 406mm est la pièce la plus lourde et la plus ancienne de l’arsenal américain. Mis au point pour les Colorado, il équipe donc trois cuirassés, les Colorado Maryland et West Virginia à raison de huit canons en quatre tourelles doubles (deux avant et deux arrières). Ce canon est toujours en service en septembre 1948. Des évolutions ont fait évoluer ce canon en Mark 5 puis en Mark 8.

Lire la suite

Etats-Unis (6) US Navy (2)

La première guerre mondiale et la course aux armements avec le Japon

L’US Navy poursuit sa croissance avec la construction de cuirassés et de croiseurs, l’amélioration des infrastructures même si le successeur de Théodore Roosevelt, William Taft est moins attiré par la marine que le chef des Rough Rider chargeant sur la colline de San Juan.

Quand la première guerre mondiale éclate en Europe (août 1914), le corps de bataille de l’US Navy affiche le visage suivant :

Le cuirassé USS Kentucky (BB-6)

-Vingt-trois cuirassés type pré-dreadnought (BB-1 Indiana BB-2 Massachusetts BB-3 Oregon BB-4 Iowa BB-5 Kearsarge BB-6 Kentucky BB-7 Illinois BB-8 Alabama BB-9 Wisconsin BB-10 Maine BB-11 Missouri BB-12 Ohio BB-13 Virginia BB-14 Nebraska BB-15 Georgia BB-16 New Jersey BB-17 Rhode Island BB-18 Connecticut BB-19 Lousiana BB-20 Vermont BB-21 Kansas BB-22 Minnesota BB-25 New Hampshire)

USS Michigan (BB-27)

-Dix cuirassés type dreadnought et superdreadnought (BB-26 South Carolina BB-27 Michigan BB-28 Delaware BB-29 North Dakota BB-30 Florida BB-31 Utah BB-32 Wyoming BB-33 Arkansas BB-34 New-York BB-35 Texas), les deux derniers étant les premiers superdreadnought américains.

Le USS New York (BB-34)

-Quatre cuirassés type superdreadnought en construction en août 1914 en l’occurence les BB-36 Nevada BB-37 Oklahoma BB-38 Pennsylvania BB-39 Arizona, les deux premiers marquant l’introduction de la tourelle triple et la protection tout ou rien (all or nothing) privilégiant les zones sensibles plutôt qu’une protection homogène.

Comme les autres marines, l’US Navy dévellope la construction de destroyers qui prennent peu à peu du poids et intègrent également des sous-marins dont l’efficacité éclate aux yeux de tous dès le début du conflit avec les succès des U-Boot qui dès le mois d’août 1914 coulent trois croiseurs cuirassés de la Royal Navy.

Les cuirassés de classe New Mexico rassemblés

La construction des cuirassés se poursuit avec la commande des New Mexico (BB-40 New Mexico BB-41 Mississippi et BB-42 Idaho, ce dernier étant financé par la vente des deux derniers pré-dreadnought américains à la Grèce, les Mississippi et Idaho) ainsi que des Tennessee, version améliorée des précédents, les deux navires commandés étant baptisés BB-43 Tennessee et BB-44 California.

Le budget de 1916 finance la construction de quatre cuirassés issus des Tennessee mais qui abandonne le 356mm pour le nouveau calibre standard des cuirassés américains, le 16 pouces ou en bonnes mesures le 406mm. Ces navires sont les BB-45 Colorado BB-46 Maryland BB-47 Washington et BB-48 West Virginia.

Alors qu’ils sont encore neutres, les Etats-Unis s’inquiètent des ambitions japonaises. Le Japon est entré en guerre dès 1914, s’emparant notamment des colonies allemandes en Asie. Le pays participe ensuite à la guerre en Europe, envoyant des torpilleurs escorter la navigation alliée en Méditerranée et construisant notamment douze torpilleurs type Kaba pour la marine française.

La Nihon Kaïgun possède de grosses ambitions notamment en matière de cuirassés. Se sachant condamnée à une guerre courte en raison de l’absence de ressources sur le sol métropolitain, le Japon encore imprégné de l’idéal du bushido envisage une bataille décisive, une Entscheidungsschlacht censée décider du conflit alors que l’expérience des conflits précédents avaient montré que les armées modernes ont une formidable résilience.

Ne pouvant jouer sur la quantité faute d’une industrie plus ou au moins aussi puissante que l’industrie américaine, les japonais jouent sur la qualité, essayant de construire des navires qui unitairement surpassent tous les navires américains.

Après une formidable croissance sous Roosevelt, le corps de bataille de l’US Navy avait stagné, le rythme de deux cuirassés par an peinant à suivre le rythme imposé par la Grande-Bretagne et l’Allemagne qui construisaient trois à quatre navires par an. Pire pour l’orgueil américain, la France et son programme de 1912 menaçait de déclasser l’US Navy puisqu’il prévoyait la construction de 2,4 navires par an.

Il fallait réagir mais il fallut attendre la révélation du programme japonais pour que l’US Navy se retrousse les manches et lance une nouvelle course aux armements navals qui comme un symbole délaissait l’Europe pour le Nouveau Monde et l’Orient mystérieux.

Le 21 juillet 1915, le président Wilson demande à Josephus Daniels, le Secrétaire à la Marine un programme naval. Celui qui à interdit l’alcool à bord des navires de l’US Navy _interdiction toujours en vigueur en 2017_ rend une première copie à la fin du mois d’août demandant huit cuirassés, cinq croiseurs, soixante-cinq destroyers et sous-marins.

Ce programme est doublé en octobre avec seize navires de ligne (dix cuirassés et six croiseurs de bataille) accompagnés par 140 autres navires (croiseurs, destroyers, sous-marins et auxiliaires).

Le programme est voté le 16 août 1916 et valide par le président le 29 août, donnant donc seize navires de ligne, dix croiseurs, cinquante destroyers, soixante-sept sous-marins et treize auxiliaires. Une force aéronavale est créée en août 1916 sous le nom de Naval Flying Corps.

Schéma de la classe South Dakota abandonnée au moment du traité de Washington

Les cuirassés concernés par ce programme sont les quatre Colorado, six South Dakota _version améliorée des précédents avec douze canons de 406mm au lieu de huit_ et six croiseurs de bataille classe Lexington, les premiers battle cruiser de l’US Navy.

A ce programme répond un programme japonais décidé en juillet 1917, programme dit «8+8» puisqu’il décide la construction de huit croiseurs de bataille et de huit cuirassés.

Nous verrons plus tard le sort de ces puissants et magnifiques navires qui auraient donné une place de premier plan aux marines américaines et japonaises, réduisant les autres marines à l’impuissance.

Le premier conflit mondial de la marine américaine ne se résume pas à la constitution d’un corps de bataille de premier plan.

Ce sont aussi d’ingrates missions d’escorte pour protéger l’envoi en Europe des sammies, escorte qui doivent faire face aux sous-marins ainsi qu’aux corsaires de surface rendus célèbre par l’épopée aux antipodes du croiseur SMS Emden.

La gestion des transports et leur protection est assurée par la Cruiser & Transport Force. Placée sous le commandement du contre-amiral Gleaves qui pose sa marque sur le croiseur cuirassé USS Seattle (ACR-11), cette puissante escadre rassemble vingt-quatre croiseurs américains et les six croiseurs cuirassés français de la Division de l’Atlantique du contre-amiral Grout (Montcalm Dupetit-Thouars Desaix Gloire Conde La Marseillaise), quarante-cinq transports américains dont 15 ex-allemands, six italiens, quatre britanniques, trois français et un brésilien. Aucun soldat ne sera perdu durant la traversée en direction de l’Europe.

Outre la protection directe des convois, l’US Navy envoie sous-marins et destroyers pour traquer les sous-marins allemands qui opèrent au large des côtes européennes et pas vraiment en plein océan en raison d’une endurance limitée.

Les trois bases majeures sont Queenstown (auj. Cobh dans le comté de Cork), Brest et Gibraltar, les autres ports accueillant yacht et autres canonnières anti-sous-marines.

La mobilisation des Etats-Unis mais également industrielle, un programme de guerre permet à l’US Navy de disposer de 316 destroyers en 1922. Connus sous le nom de «flush-decker» (pont-ras), ces navires ne participent qu’à la fin des opérations en Europe. Beaucoup sont mis en réserve dès leur achèvement formant la Moothballing Fleet (Flotte Naphtaline) et certains vont être cédés aux garde-côtes pour lutter contre le trafic d’alcool après la mise en place de la prohibition.

Comme nous l’avons vu les américains déploient une division de cuirassés, la 9th Battleship Division au sein de la Home Fleet mais faute de sortie de la Hochseeflot, les cuirassés américains n’auront pas l’occasion de participer à une bataille navale.

Ils assurent la couverture de convois en mer du Nord et couvrent la mise en place du barrage de la mer du Nord destiné à empêcher le passage des sous-marins allemands dans l’Atlantique en contournant les îles britanniques, le passage par La Manche étant déjà bloqué par des champs de mines au niveau du détroit du pas de Calais.

Quand le premier conflit mondial se termine, l’US Navy déplore la mort de 431 hommes tandis que 819 ont été blessés. Les Marines engagés sur le front français ont connu des pertes nettement plus importantes avec 2461 tués et 9510 blessés, pertes liées aux combats terrestres.

Comme les autres puissances occidentales, les Etats-Unis participent au soutien des Armées Blanches dans la guerre civile russe, des soldats et des Marines étant présents en Mandchourie et dans la région de Vladivostok de juin 1918 à janvier 1920, d’autres soldats américains étant présents à Arkhangelsk de septembre 1918 à juin 1919, 5000 hommes tentant de soutenir la rébellion aristocratique contre le nouveau régime issu de la Révolution d’Octobre avec le succès que l’on sait puisque Lénine et ses séides finissent par triompher en juin 1923.

Le Traité de Washington et les autres traités de limitation navale

Comme nous l’avons vu, les lendemains du premier conflit mondial ne sont pas des lendemains qui chantent. La reconversion des industries de guerre et le retour sur le marché du travail des anciens combattants entraînent une crise économique qui se doublent dans certains pas d’affrontements idéologiques, des mouvements communistes rêvant d’imiter la Russie bolchévique.

Dans ce contexte économique, les dépenses somptuaires engagées dans les programmes navals américains, japonais et dans une moindre mesure britanniques et français.

Les opinions publiques réclament une baisse des dépenses militaires, exigence liée à la fois au contexte économique difficile mais également au profond pacifisme, conséquence de cette boucherie insensée qui envoya ad patres 9.5 millions d’hommes sans compter les blessés.

Une conférence se réunie en novembre 1921 à Washington. Des négociations serrées ont lieu entre la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, le Japon, la France et l’Italie. Londres sacrifie son alliance avec le Japon _moins nécessaire par l’élimination de la menace allemande sans oublier sa volonté de limiter la puissance d’une France victorieuse (comme dira Paul Cambon «Le problème des anglais c’est qu’ils ne savent pas que Napoléon est mort»)_ pour une solidarité anglo-saxonne.

Résultat, l’US Navy et la Royal Navy obtiennent une primauté sur le Japon, l’Italie se retrouvant sur un pied d’égalité avec la France.

Si Paris et Rome ne se plaignent guère ayant parfaitement compris leur déclassement à l’issu du premier conflit mondial, Tokyo s’estime floué même si le terrible tremblement de terre de Tokyo de septembre 1923 l’oblige à réduire la voilure en termes de dépenses militaires.

Ce traité de Washington signé le 6 février 1922 impose un contingent de construction navales par pays ainsi que des limites unitaires, les porte-avions ne pouvant faire plus de 27000 tonnes (même si chaque pays peut disposer de deux porte-avions de 33000 tonnes) avec un armement limité à des canons de 203mm alors que les cuirassés déplacent entre 10 et 35000 tonnes avec une artillerie d’un calibre maximal de 406mm. Sauf exception, la construction de cuirassés est proscrite jusqu’en 1931, c’est la battleship holiday.

Cela oblige l’US Navy à désarmer certains cuirassés de manière anticipée (comme ses premiers dreadnoughts de classe Michigan qui n’auraient probablement pas connu une longue carrière après guerre), de stopper l’achèvement du USS Washington et d’abandonner sur cale la construction des six South Dakota et de quatre des six Lexington, les Lexington et Saratoga étant achevés comme porte-avions. Le traité de Washington est ratifié aux Etats-Unis le 14 août 1923

Le traité de Washington de février 1922 ne sera pas le seul traité de limitations des armements navals, la période séparant la fin du premier conflit mondial de la guerre de Pologne étant marquée par une volonté de réduire les dépenses militaires, de réduire la puissance des armées, réduction considéré comme nécessaire pour maintenir la paix et éviter un nouveau conflit mondial. Dans ce contexte de profond pacifisme, l’heure n’est de toute façon guère aux investissements militaires.

Une réunion américano-britannico-japonaise échoue à Genève en juillet 1927, les frères siamois anglo-saxons n’arrivant pas à s’entendre sur les croiseurs, la Royal Navy demandant beaucoup de navires pour patrouiller sur d’interminables routes commerciales alors que l’US Navy à besoin de navires plus puissants pour la future bataille décisive contre la marine japonaise, bataille censée décider du conflit.

Une nouvelle conférence se réunit le 21 janvier 1930 à Londres avec les cinq participants de la conférence de Washington (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Japon,France et Italie) qui aboutit à un traité signé le 22 avril 1930. Les britanniques échouent à obtenir l’abolition du sous-marin.

Le remplacement des navires de ligne est repoussé à 1936 (quand expirera le traité de Washington si un pays décide de le dénoncer deux ans avant soit 1934), l’US Navy devant déclasse les Florida Utah Arkansas et Wyoming.

L’artillerie des porte-avions est limitée à 155mm pour mettre fin aux projets des croiseurs et cuirassés porte-avions (on à longtemps cru que les Nelson britanniques étaient des cuirassés porte-avions), les sous-marins ne peuvent déplacer pas plus de 2000 tonnes avec un canon de 130mm mais chaque pays peut conserver des navires plus gros (maximum 2800 tonnes) en l’occurence trois, l’US Navy conservant les Narwhal Nautilus et Argonaut, la marine américaine devant désarmer 16000 tonnes de submersibles.

La catégorie croiseur est précisée, étant croiseur un navire de 1850 à 10000 tonnes avec une artillerie de 130 à 203mm, l’US Navy pouvant disposer de 323500 tonnes (180000 tonnes armés de canons de plus de 155mm, 143500 tonnes de canons d’un calibre inférieur) de croiseurs et 150000 tonnes de destroyers.

L’impossibilité de construire des cuirassés avait entrainé une course au croiseur lourd, un navire de 10000 tonnes, peu ou pas protégé avec une artillerie composée de six à dix canons de 8 pouces ou en vraies mesures 203mm.

Le traité de Washington expirait le 31 décembre 1936 à condition que deux ans auparavant au moins un pays signataire ne le dénonce ce qui est chose faite fin 1934 par le Japon et par la France.

Une nouvelle conférence se réunit à Londres à partir du 9 décembre 1935, aboutissant à la signature du second traité de Londres le 25 mars 1936, traité que ne signe pas le Japon, l’Italie ne le signant que le 16 novembre 1938.

Ce traité limite les caractéristiques des cuirassés à 35000 tonnes avec des canons de 356mm, les porte-avions à 23000 tonnes et des canons de 155mm et les sous-marins à 2000 tonnes avec des canons de 130mm.

Ce traité qui doit rester en vigueur jusqu’au 31 décembre 1942 est muni d’une clause de sauvegarde signée par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France qui permet la construction de cuirassés de 45000 tonnes avec une artillerie de 16 pouces (406mm). Cette clause est activée dès le 30 juin 1938. Dénoncé le 15 décembre 1940 par la Grande-Bretagne et la France, le Second Traité de Londres expire comme prévu le 31 décembre 1942.

Aucun traité de limitation des armements navals ne sera signé, les différents pays préférant reprendre leur liberté face au conflit qui s’annonce. Les seules limites seront donc techniques et financières.