Pologne et Pays Neutres (45) Irlande (6)

FORCES ARMEES IRLANDAISES

Armée de Terre

Une histoire militaire de l’Irlande (1) : aux temps jadis

Comme vous le savez tous parfaitement chers lecteurs l’Irlande n’à pas été colonisée par les romains. Les historiens ont longtemps pensé qu’il n’y avait eu aucun projet de conquête et de simples relations commerciales.

La découverte près de Dublin des ruines d’un comptoir/fort/camp _rayez la mention inutile_ à remis en cause ce présuposé sans que la question soit définitivement tranchée.

En l’absence d’un pouvoir central fort l’île est soumise à des raids de pillage et de piraterie menés d’abord par les scots venus de l’île de Bretagne puis par les vikings.

Ces derniers s’installent dans la région de Dublin vers 840 et commencent un processus de colonisation. En 1014 les vikings et leurs alliés irlandais sont battus par Brian Boru à la bataille de Clontarf ce qui marque le début de la fin de la menace viking en Irlande.

En 1099 Magnus Barefoot roi de Norvège mène une campagne avec ses alliés irlandais contre des bandes armées de la verte erin. C’est une victoire à la Pyrrhus car sur le chemin du retour il tombe au nord de l’Irlande dans une embuscade qui lui est fatale.

Une siècle après leur arrivée en Angleterre les normands se tournent vers l’Irlande. Ils débarquent autour de Dublin initialement pour soutenir le roi du Leinster Dernot MacMurough contre ses rivaux.

Les normands s’assimilent peu à peu à la culture irlandaise au point qu’on parle d’Hiberno-Normands ou d’Irlando-Normands comme on parlait d’Anglo-Normands. Les Normands apportent le système féodal, les relations entre barons normands et lords irlandais sont changeantes avec des escarmouches régulières.

En 1542 tout change pour les irlandais. Un Royaume d’Irlande est mis en place, les Tudors tentant de passer du contrôle nominal de l’île à un contrôle plein et effectif. D’où la mise en place d’une Armée Royale Irlandaise qui va durer jusqu’en 1801 quand elle est supprimée suite à la mise en place de l’Acte d’Union en 1800.

Prendre le contrôle de la verte Erin est plus facile à dire qu’à faire. Ce n’est qu’au tout début du 17ème siècle (1607) que les anglais peuvent estimer contrôler effectivement l’île non sans devoir s’employer à réprimer quelques révoltes ici et là.

En 1640 Charles 1er en conflit avec le parlement souhaite mettre sur pied une nouvelle armée irlandaise pour lutter contre les révoltés écossais. Cette armée est majoritairement composée de catholiques et ne va pas tarder à se soulever contre l’Angleterre. Nombre de ses soldats vont rejoindre la Confédération Catholique Irlandaise.

En 1642 des renforts venus d’Angleterre arrivent sous le nom d’Armée Anglaise pour l’Irlande. Elle doit soutenir les royalistes irlandais. Dans le camp d’en face les écossais envoient une armée covenantaire. Pour simplifier encore la situation les protestants d’Ulster lèvent leur propre armée l’Armée de Laggan.

Cette armée commandée par Wellion Stuart se compose de 1000 fantassins et d’un détachement monté. Elle protège les possessions protestantes, escorte des convois, défend les protestants contre les catholiques et monte des raids de représaille. Elle remporte plusieurs batailles comme à Glennaquin le 16 juin 1942, à Clones le 13 juin 1643 mais perd à Benburb le 5 juin 1646 en dépit d’une légère supériorité numérique. Elle échoue également lors du Siège de Derry en 1649.

Elle bascule ensuite du côté parlementaire mais de manière désorganisée ce qui fait qu’elle cesse virtuellement d’exister fin 1649.

les irlandais ne se contentent pas de combatte sur le sol, ils cherchent également à porter la guerre sur le territoire ennemi. C’est ainsi que les 7 et 8 juillet 1644 2000 irlandais débarquent en Ecosse pour soutenir les royalistes contre les covenantaires.

Ce corps expéditionnaire remporte six batailles majeures : Tippermuir le 1er septembre 1644, Aberdeen le 13 septembre 1644 (la ville est mise à sac, une centaine de civils massacrée en bonus), Inverlochy (1645), Auldearn (9 mai 1645), Alford (2 juillet 1645) et Kilsyth (15 août 1645).

New Model Army

De 1649 à 1653 Cromwell et sa New Model Army mène une sanglante reconquête de l’Irlande contre laquelle les irlandais qu’ils soient issus de la confédération ou de l’ancienne armée royale irlandaise sont impuissants. Les restes de la Royal Irish Army vont ainsi suivre Charles II en exil pendant que les parlementaires maintiennent des troupes importantes sur l’île.

Une histoire militaire de l’Irlande (2) : aux temps modernes

Quand Charles II est restauré en 1660 il dissous rapidement la New Model Army en Angleterre mais conserve les unités anciennement du Commonwealth sur l’île d’Irlande avec 5000 fantassins et 2500 cavaliers. Très vite cette armée est progressivement épurée de cadres cromwelliens jugés peu surs.

En 1662 une nouvelle unité est créée par lord Ormonde. C’est la naissance du Royal Irish Regiment of Foot Guards que l’on pourrait traduire en «Régiment royal irlandais de gardes à pied» (NdA c’est tout de suite moins sexy).

Cette unité est active de 1662 à 1698 au sein de l’armée anglaise et de 1698 à 1791 au sein de l’armée française puisqu’ayant suivit Jacques II dans son exil après la Glorieuse Révolution. En 1697 après l’échec de plusieurs tentatives pour débarquer à nouveau en Irlande, l’armée jacobite est dissoute mais le régiment est immédiatement reconstitué sous le nom de Regiment de Dorrington au sein de l’armée du royaume de France qui comprend de nombreuses unités étrangères.

A sa création le régiment comprend douze compagnies et 1200 hommes mais en 1690 on compte 26 compagnies et 2080 hommes. Ce régiment participe à la guerre de Neuf Ans (conflit plus connu en France sous le nom de guerre de la Ligue d’Augsbourg 1688-1697), à la guerre de Succession d’Autriche, au soulèvement jacobite de 1745 et à la guerre de Sept Ans (1756-1763).

Le régiment irlandais qui dépend d’une Brigade irlandaise (voir ci-après) devient ensuite le Régiment Roth puis le Régiment Walsh avant d’être dissous comme tous les régiments étrangers en 1791.

La Briogaid Eireannach pardon la Brigade Irlandaise voir le jour en mai 1690. Elle se compose de cinq régiments jacobites (Régiment de Lord, de Mountcashel, de Butler, de Feilding, d‘O’Brien et de Dillon) détachés au sein de l’armée royale en échange de l’envoi d’un corps expéditionnaire français de 5000 hommes (commandé par le marquis de Lauzun) en Irlande dans l’espoir de faire de l’île un bastion jacobite et ainsi distraire des moyens ennemis ailleurs que sur le continent.

La brigade irlandaise va participer à la guerre de la ligue d’Augsbourg, aux guerres de succession d’Espagne et d’Autriche, à la révolte jacobite de 1745.

Ultérieurement la brigade est réduite à quatre régiments (Mountcashel, O’Brien, Dorrington et Dillon). Après le traité de Limerick de 1691, 12000 jacobites intègrent l’armée française créant une armée en exil à Jacques II, armée distincte du régiment irlandais et de la brigade irlandaise (NdA vous avez dit compliqué ?).

La brigade irlandaise est dissoute le 21 juillet 1791. Trois régiments deviennent le 87ème RI (Dillon), le 88ème RI (Berwick ex-O’Brien) et 92ème RI (Dillon). Certains rallient l’armée des émigrés.

De 1794 à 1798 non sans une certaine ironie les britanniques mettent sur pied une Catholic Irish Brigade. Elle est levée à partir d’anciens membres de la brigade irlandaise opposée à la Révolution, mise sur pied favorisée par la politique de détente menée vis à vis des catholiques par William Pitt le Jeune. Elle combat outre-mer à Haïti et St Domingue puis tient garnison en Nouvelle-Ecosse. Au maximum elle à compté 4500 hommes.

Régiments étrangers de la Grande Armée. Au milieu en vert, un officier et un homme du rang de la Légion irlandaise

De l’autre côté du Channel Napoléon met sur pied une Légion Irlandaise. Créée le 31 août 1803 c’est à l’origine un bataillon d’infanterie légère destiné à une invasion de l’Irlande. L’unité devient par la suite un régiment à quatre bataillons. En août 1811 elle est officiellement devenue le 3ème régiment étranger (irlandais) mais en pratique on continuait de parler de Légion Irlandaise.

Après l’abandon du projet d’invasion des îles britanniques suite à la défaite de Trafalgar (21 octobre 1805), l’unité irlandaise participe à l’expédition de Walcheren en 1809, à la guerre péninsulaire en Ibérie (1807-1814) mais aussi à la campagne d’Allemagne en 1813. L’unité qui fût la seule unité étrangère à recevoir un aigle est dissoute le 28 septembre 1815 au moment de la Restauration.

Revenons un peu en arrière. En 1672 l’armée royale irlandaise est réorganisée en six nouveaux régiments d’infanterie du moins en théorie car en réalité et à part le régiment royal irlandais de garde à pied les autres régiments ne sont que des unités cadres existant seulement sur le papier.

C’est une armée essentiellement protestante, les catholiques servant à l’étranger. Les cadres expérimentés ont quitté le service actif et l’argent est souvent détourné.

En 1685 Jacques II frère catholique de Charles II accède au trône ignorant qu’il n’allait régner effectivement que trois ans. A cette époque la Royal Irish Army comprend les unités suivantes :

-Le Royal Irish Regiment of Foot Guards

-Le Earl of Granard Regiment

-Le Viscount of Mountjoy’s Regiment

-Le Sir Thomas Newcomen’s Régiment

-Le Thomas Fairfax’s Regiment

-Le Justin McCarthy’s régiment

-Le Théodore Russel’s Régiment

-A ces sept régiments d’infanterie vont s’ajouter trois régiments de cavalerie (Ormonde’s, tyrconnell et Ossory’s).

Cette armée à une vocation de défense territoriale. Néanmoins deux compagnies de garde à pied participent à la 3ème guerre anglo-hollandaise de 1672 à 1674.

Sous Jacques II les catholiques sont à nouveau autorisé à intégrer l’armée d’Irlande. Des officiers protestants sont remplacés par des catholiques. En 1686 deux tiers des hommes du rang et 40% des officiers sont catholiques.

Au moment de la Glorieuse Révolution des unités catholiques irlandaises sont envoyées en Angleterre mais elles sont désarmées quand Guillaume III débarque pour prendre le pouvoir au nom de son épouse Marie II Stuart.

Sur les régiments cités plus haut seul le régiment de Grannard est préservé car protestant mais il prend le nom de 18ème régiment à pied (18th Foot Regiment)

En Irlande les protestants ont créé l’Armée du Nord mais elle est vite battue par les forces loyales à Jacques II qui connaissent une brusque augmentation de leurs effectifs avec 45 régiments à pied à douze compagnies de ligne et une compagnie de grenadiers, huit régiments de dragons, sept régiments de cavalerie et un régiment de garde du corps montés (Cavalry Life Guard).

Jacques II débarque en Irlande le 12 mars 1689, Schomberg le commandant de l’armée de Guillaume III le 13 août. Cette dernière qui regroupe près de 20000 hommes est rapidement handicapée par des problèmes logistiques et sanitaires. En juillet 1690 Guillaume III remporte une bataille décisive à La Boyne, met le siège devant le Limerick en septembre, la guerre s’achevant en octobre par le traité signé à Limerick.

Sous Guillaume III sans surprise le recritement des catholiques est en théorie interdit mais en pratique c’est plus compliqué.

En 1699 le Disbanding Act est voté limitant les effectifs déployés en Irlande à 12000 hommes. Les étrangers sont libérés, le recrutement en Irlande est très encadré et très limité.

Au XVIIIème siècle l’armée irlandaise est davantage une armée de papier qu’autre chose. En 1767 les effectifs autorisés par le parlement britannique passe à 15235 hommes auxquels s’ajoute en 1769 3235 hommes supplémentaires autorisés par le parlement irlandais.

Des unités irlandaises participent côté britannique à la Guerre de Sept Ans notamment les 44th et 48th Foot Regiment, combattant sur le continent américain et à Cuba. Ils rentrent ensuite à Cuba en 1763.

Des unités irlandaises participent également à la guerre d’indépendance américaine contre les insurgents. Selon certains historiens 16% des hommes de rang et 31% des officiers étaient irlandais.

Le manque de troupes pour défendre l’île contre une possible/probable/potentielle invasion française entraine la mise en place d’une milice, les Volontaires Irlandaises qui ne tarde pas à devenir un mouvement politique.

Comme nous l’avons vu plus haut l’armée royale irlandaise disparaît en 1801 suite à l’Acte d’Union mais des régiments irlandais sont créés au sein de l’armée britannique. Des régiments s’illustrent durant les guerres napoléoniennes qu’il s’agisse du 88th Foot (Connaugh Rangers) ou du 27th Foot (Inniskilling).

Grande-Bretagne (9) Royal Navy (1)

UNE BREVE HISTOIRE DE LA ROYAL NAVY

Avant-Propos

Encore aujourd’hui, la Royal Navy est la fierté du Royaume Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord. Certes elle n’est plus que l’ombre de la flotte du premier conflit mondial aux somptueuses escadres de cuirassés mais elle représente encore une force avec laquelle il faut compter.

Si dès le 9ème siècle, il existe des forces navales, si les Tudors sont les premiers monarques à se préoccuper de constituer une puissante marine de guerre (tout en gardant un œil sur des possessions continentales comme Calais redevenu français uniquement en 1558), la Royal Navy voit officiellement le jour en 1660 au moment de la restauration des Stuarts avec Charles II, le fils du roi martyr Charles 1er.

Charles II de Grande-Bretagne

Charles II de Grande-Bretagne

En 1707, elle intègre les navires de la Royal Scots Navy, les navires de la marine écossaise bien que depuis 1603 et l’union personnelle des deux royaumes, les deux marines opéraient ensemble.

Elle va rapidement s’opposer aux différentes marines européennes, d’abord la marine espagnole défaite en 1588 (Invincible Armada,un nom ironique attribué par les anglais) puis la marine des Provinces Unies et la marine royale française.

Composée de navires performants,manœuvrés par des marins compétents et des chefs énergiques et choisis sur des critères de compétence (à la différence de la France où les critères de noblesse provoquaient parfois la nomination d’incompétents notoires ou d’amiraux trop vieux pour être efficaces), elle va s’imposer au 18ème comme la première marine mondiale même si au cours de plusieurs conflits, elle subit des pertes non négligeables.

Durant la guerre de Sept Ans (1756-63), elle impose sa supériorité sur les marines françaises et espagnoles ce qui n’empêche pas les échecs comme celui de l’amiral Byng lors de la bataille de Minorque, échec qu’il paiera de sa vie.

La France prit néanmoins sa revanche durant la guerre d’indépendance américaine. La splendide marine de Louis XVI l’une des plus belles de l’histoire de la France (avec celle de Napoléon III et celle du second conflit mondial) infligea une série de défaites qui obligèrent la Grande-Bretagne à renoncer à ramener dans le giron impérial les treize colonies insurgées.

La Révolution Française entraine une totale désorganisation de la marine française, les officiers nobles émigrent, les équipages peuvent élire leurs officiers _rarement une bonne chose, la démagogie et l’idéologie prenant le pas sur la discipline et la compétence_,se montrent revendicatifs et prompts à crier à la trahison.

La Royal Navy devient une marine supérieure à tout ce que les pays européens peuvent lui opposer, la compétence, de bons navires, l’expérience des marins et des officiers sans oublier une politique continue rend cet outil redoutable.

Voilà pourquoi Napoléon maitre en Europe ne pourra jamais faire défiler ses grognards de la garde sur White Hall ou devant Buckingham Palace, la défaite de Trafalgar le 21 octobre 1805 scellant les espoirs de la France impériale de contester la supériorité de la Royal Navy sur les mers même si des corsaires causèrent des pertes au commerce britannique.

Cette puissance colossale permet à la Grande-Bretagne d’étendre son emprise coloniale, annonçant le Britannia rules the waves, cette puissance permet à Londres de maintenir une armée de terre réduite, les risques d’invasion étaient nuls. La guerre de 1812 contre les Etats-Unis marque la dernière utilisation majeure des corsaires pour augmenter la puissance de la marine britannique.

Sans rival, la Royal Navy établit une véritable Pax Britannica, marquant le début d’une domination mondial qui allait perturber jusqu’au premier conflit mondial.

Pax Britannica

Jusqu’au premier conflit mondial, il n’y eut guère de conflits majeurs dans laquelle s’illustrèrent les navires portant fièrement la White Ensign.

Bataille de Navarin (1827)

Bataille de Navarin (1827)

Il y eut bien la bataille de Navarin en 1827 mais cette bataille opposa la France, la Russie et la Grande-Bretagne à la Turquie mais en dehors de cette bataille, l’essentiel des opérations furent des missions de police coloniale et de diplomatie de la canonnière, une escadre chargée de mettre la pression au sens propre comme au figuré en bombardant des places fortes comme celles des Barbaresques en Afrique du Nord ou la Chine durant les deux guerres de l’Opium.

Bataille de Sinope qui ouvre la guerre de Crimée

Bataille de Sinope qui ouvre la guerre de Crimée

La guerre de Crimée s’ouvrit bien sur la bataille navale de Sinope mais cette bataille opposa la Russie à la Turquie. Quand aux bombardements en Baltique, ils n’eurent que peu d’influence sur les opérations à terre, l’apport essentiel de ce conflit qui marqua le retour de la France au premier plan fût l’intégration de nouvelles technologies comme les obus explosifs Paixan qui allaient ringardiser les coques en bois ainsi que la propulsion à vapeur qui ouvrait de nombreuses possibilités.

Durant la deuxième moitié du 19ème siècle, une rivalité navale oppose la France et la Grande-Bretagne. La marine française revitalisée par Napoléon III et un grand ingénieur comme Dupuy de Lôme mis en service le premier cuirassé _La Gloire_ et de nombreux torpilleurs, obligeant la Royal Navy à réagir en construisant des cuirassés (appelés cuirassés à coque en fer pour les distinguer des futures pré-dreadnought) et à inventer le Torpedo Boat Destroyer rapidement connu sous le simple nom de destroyer (destructeur).

Conquêtes coloniales et expansion navales sont plus jamais étroitement liées. L’importance de Gibraltar augmente encore avec l’ouverture du canal de Suez en 1869, économisant l’épuisant contournement par le cap de Bonne Espérance.

Les britanniques sont les premiers à ma connaissance à comprendre la relative inutilité des empires immenses mais l’importance de contrôler les passages obligés, les détroits.

Ce n’est pas un hasard si ils refusent avec la dernière énergie de rendre Gibraltar revendiquée par l’Espagne ou si ils s’installent au Cap de Bonne Espérance, à Aden, à l’entrée du détroit d’Ormuz et à Singapour.

Quand ils ne peuvent pas s’installer sur un passage obligé, ils font tout pour empêcher qu’une puissance rivale ne le contrôle.

C’est ainsi qu’ils empêchent les russes de démanteler l’empire ottoman pour reconstituer l’empire byzantin ce qui aurait donné le contrôle à la marine tsariste du détroit du Bosphore et des Dardannelles.

Si ils appuient la France durant les crises de Tanger et d’Agadir c’est à la fois suite à l’Entente Cordiale mais également pour empêcher l’Allemagne de s’installer en face de Gibraltar. Même situation en Tunisie où ils appuient les revendications françaises pour empêcher l’Italie de contrôler les deux rives du détroit de Sicile qui sépare le bassin méditerranéen en deux.

Si la vapeur apparait dès les années 1820, les machines à vapeur ne sont pas encore suffisamment fiables pour les voyages au long cours.

Résultat, la vapeur est utilisée au combat, la voile servant pour le transit et les voyages à longue distance. Les navires sont soit des constructions neuves ou des conversions. Les coques en acier s’imposent peu à peu, la course entre le boulet et la cuirasse reprenant avec toujours plus de vigueur.

The Two power standard et la rivalité avec l’Allemagne wilhelhmienne

La merveilleuse marine de Napoléon III n’est hélas d’aucune utilité durant la guerre de 1870 ce qui va discréditer l’idée de la puissance navale en France, la jeune Ecole vouant un culte au sous-marin et au torpilleur (jugé plus “républicain) et dénigrant le cuirassé (vu comme “réactionnaire”), la trop fameuse flotte d’échantillon voyant la Royale se doter de cuirassés périmés dès la construction, des navires comme le Hoche sûrement plus dangereux pour leurs utilisateurs que pour l’ennemi.

La Royal Navy ne connait pas ce problème. Le Naval Defence Act de 1889 impose le concept de “two power standard” à savoir que la Royal Navy doit être aussi puissante que les deux marines qui la suivent à savoir la France et la Russie.

Comme il est impossible que les deux marines regroupent toutes leurs forces en Europe, cela revient en pratique à une supériorité très nette dans les eaux européennes. Sur le plan pratique, ce sont dix cuirassés et trente-huit croiseurs qui sont financés. Un autre programme est proposé en 1894 mais Gladstone échoue à convaincre les Communes de le financer.

Le contexte géopolitique ne tarde pas à évoluer en défaveur de Londres. En 1893, une alliance formelle unie la France et la Russie renforçant les inquiétudes de l’opinion publique.

Et si seulement il y avait que cela car au même moment l’Allemagne de Guillaume II entame la création à marche forcée d’une puissante marine océanique, les Etats-Unis et le Japon faisant de même.

Amiral Fisher

Amiral Fisher

Cette course aux armements navals devient couteuse pour la Grande-Bretagne et en 1904, l’amiral Fisher est nommé First Sea Lord pour faire des économies, le budget de la Royal Navy ayant été baissé, un comble au pays de Nelson !

Avec énergie, le bouillant Fisher réforma la Royal Navy, mettant à la casse des navires obsolètes (too old to figth too slow to run _trop vieux pour combattre, trop lents pour fuir_ 154 navires dont 17 cuirassés sont ainsi rayés des registres) et obtenant la construction de nombreux cuirassés dont deux innovations, le dreadnought et le croiseur de bataille.

Le premier est l’application du concept all big gun battleship, le cuirassé avec une artillerie à calibre unique ce qui devait améliorer la puissance des navires mais également faciliter la conduite de tir ainsi que le stockage des munitions.

Le HMS Dreadnought

Le HMS Dreadnought

Si le HMS Dreadnought est le premier navire de ce type à entrer en service, il s’en fallut de peu pour qu’il soit américain.

Le HMS Invincible, premier croiseur de bataille de l'histoire

Le HMS Invincible, premier croiseur de bataille de l’histoire

Le croiseur de bataille est une création issue de l’imagination fertile de Fisher (speed is armour) qui comme tous les observateurs mondiaux avait vu la vitesse des cuirassés japonais surclassés les navires russes, oubliant un peu vite que la malheureuse escadre était partie de Baltique, avait contourné le cap de Bonne Espérance avant de rejoindre la zones des opérations avec des navires usés, des équipages en état de quasi-mutinerie.

Le Battlecruiser était né, un navire qui disposait d’une artillerie aussi puissante que celle d’un cuirassé mais sans véritable protection, sa vitesse supérieure devant lui permettre d’éclairer la flotte, de si nécessaire attaquer les premiers navires ennemis mais jamais l’amiral Fisher avait envisagé que ces croiseurs de bataille combattent dans la ligne de bataille.

Une course aux armements dantesque oppose Berlin à Londres. A une construction chez l’un répond une construction chez l’autre, l’armement augmentant, les allemands passant du 280 au 305 puis au 380mm, les britanniques du 305 au 343 puis au 381mm.

La supériorité britannique ne sera jamais vraiment remise en cause en raison des limites financières de l’Allemagne qui devait entretenir une importante armée de terre. De plus les alliances avec le Japon (1902) et la France (1904) permettait aux britanniques de concentrer leurs moyens en mer du Nord, une situation fort différente de celle prévalant à la fin du 19ème siècle.

Les dominions apportent également leur contribution, une marine canadienne et une marine australienne voyant le jour en 1911.

Si la marine allemande ne peut sérieusement remettre en cause la supériorité de la marine britannique, c’est un adversaire à prendre au sérieux avec des navires bien armés, bien protégés et servis par des équipages compétents, les canonniers allemands ayant remporté de nombreux concours de tir avant guerre en s’appuyant sur leur compétence mais également sur des optiques de haut niveau et un système de conduite de tir performant.

Ainsi quand le premier conflit mondial éclate, la Royal Navy dispose de 74 navires de ligne avec 64 cuirassés (dont 40 pré-dreadnought à la valeur militaire douteuse) et 10 croiseurs de bataille, la Kaiserliche Machine ne disposant que de 46 navires de ligne avec 39 cuirassés (dont 22 pré-dreadnought) et 7 croiseurs de bataille.

Outre les cuirassés et les croiseurs de bataille, la Royal Navy s’équipe de sous-marins, des torpilleurs submersibles qui ne tardèrent à faire preuve de leur efficacité au détriment des navires de la White Ensign et surtout ceux portant le Red Ensign à savoir la marine marchande.