Mitteleuropa Balkans (183) Grèce (27)

L’armée grecque et la guerre gréco-turque

Soldats grecs servant une mitrailleuse St Etienne modèle 1907

De mai 1919 à octobre 1922 les grecs affrontent les turcs de Mustapha Kemal dans une nouvelle guerre gréco-turque. Cette guerre que j’ai déjà présenté dans la partie historique se termine par la Grande Catastrophe, la Grèce subissant une humiliation militaire et politique qui allait être fatale pour la monarchie.

Je vais y me concentrer sur le volet militaire et notamment les différentes unités de l’armée héllène engagées dans ce conflit. Pour éviter les répétitions je vais présenter les différentes batailles dès que l’occurence apparaît dans l’historique d’une grande unité et ensuite simplement la mentionner quand elle revient plus tard.

La 1ère division d’infanterie rassemblée à Kavala débarque à Smyrne le 15 mai après avoir été transportée par 14 navires escortés par trois destroyers britanniques et quatre destroyers grecs.

Cette division comprend alors trois régiments d’infanterie (1er régiment d’evzones, 4ème et 5ème régiment de ligne), une demi-compagnie de cavalerie, les 1er et 2ème escadrons du 1er régiment d’artillerie et deux compagnies du génie.

Elle participe du 27 juin au 4 juillet 1919 à la Bataille d’Aydin. Cette bataille est plutôt une série d’affrontements confus où les civils sont les plus touchés. On assiste à des massacres des deux côtés, les turcs survivants se réfugiant en zone italienne, les grecs qui n’ont pas été massacrés par les turcs ont été déportés en Anatolie.

La division participe ensuite à l’Offensive d’été déclenchée le 22 juin 1920, offensive qui voit l’engagement de 101625 soldats grecs, de 30000 britanniques et de 2000 ottomans qui s’opposant aux 10200 hommes mal armés et mal équipés du gouvernement républicain de la Grande Assemblée Nationale d’Ankara. Elle est ensuite engagée dans la Bataille de Dumlupinar.

La 2ème Division d’infanterie participe également au conflit avec ses 1er, 3ème et 7ème régiments d’infanterie. Elle participe à la Bataille de Sakarya puis à la dernière bataille du conflit, la Bataille de Dumlupinar (26-30 août 1922).

La Grèce est alors épuisée par le conflit, à bout de forces matériellement et moralement. Depuis l’échec de la Bataille de Sakarya (14 août-13 septembre 1921) (NdA voir la 3ème division d’infanterie), Athènes sait qu’elle ne peut plus gagner ce conflit.

Les forces grecques forment l’Armée d’Asie Mineure (QG à Smyrne). Elle couvre un front de 713km entre Cius sur la mer de Marmara s’incline vers le sud-est pour former une poche autour d’Eskisehir s’incline vers le sud direction Afyonkarahisar avant de tourner vers l’ouest et vers le sud au delà de la montagne Akar Dag avant de suivre la rive droite de la rivière Büyük Menderes et de rejoindre la mer Egée. Ce front n’à pas bougé depuis la retraite de l’automne 1921 qui suit la bataille de Sakarya.

Elle comprend environ 220000 hommes dont 140000 hommes étaient situés sur le front mais seulement 80000 hommes étaient des combattants de première ligne. Sur le plan matériel on trouvait 264 pièces d’artillerie, 980 mitrailleuses, 2592 pistolets mitrailleurs et 55 avions.

L’Armée d’Asie Mineure est organisé en trois corps d’armée, le 3ème corps allant de la mer de Marmara à Eskisehir, la poche autour d’Afyonkarahisar est couvert par le 1er corps avec le 2ème corps en réserve immédiate, le reste du front étant faiblement protégé par le Commandement Militaire Général Supérieur de Smyrne. Cela nous donne le dispositif général suivant :

-3ème Corps d’Armée : 11ème DI, 3ème DI, 10ème DI et Division indépendante

-1er Corps d’Armée : 5ème DI, 12ème DI, 4ème DI, 1ère DI et le détachement Plastiras (5ème régiment d’evzones et 13ème escadron d’artillerie de montagne)

-2ème Corps d’Armée : 9ème DI, 13ème DI, 7ème DI, 2ème DI et Division de Cavalerie

Face aux grecs, les turcs alignent environ 195000 hommes dans une meilleure position car ils sentent l’odeur de la victoire.

Cette bataille se déroule du 26 au 30 août 1922. Mustapha Kemal à préparé soigneusement son offensive tant sur le plan purement militaire que sur le plan politique en s’attirant le soutien des français et des italiens, les britanniques restant fidèles à leur tropisme grec.

Sur le plan moral les grecs sont au bord de l’effondrement alors que leur matériel est meilleur que celui des turcs. Ces dernières possèdent de l’artillerie lourde et surtout une excellente cavalerie qui va jouer un rôle majeur dans cette bataille.

Les turcs percent le 27 août. Les grecs doivent se replier mais ce repli se transforme rapidement en déroute. La bataille s’achève le 30 août 1922 et le 9 septembre dans un épouvantable chaos la cavalerie turque rentre dans Smyrne bientôt ravagé par un incendie aux origines discutées.

La 3ème Division d’Infanterie est transférée en Asie mineure en août 1920. Affectée au 3ème Corps d’Armée, la division comprend comme force vive trois régiments d’infanterie en l’occurence le 2ème régiment d’evzones, les 6ème et 11ème régiments de ligne.

Elle va notamment participer à la Bataille de Sakarya (14 août-13 septembre 1921) qui voit l’engagement de 75000 grecs contre 77000 turcs.

L’armée grecque comprend le 1er Corps d’Armée (1ère DI, 2ème DI et 12ème DI et un régiment d’artillerie), le 2ème Corps d’Armée (5ème DI, 9ème DI, 13ème DI, un régiment d’artillerie et un régiment d’artillerie lourde d’armée), le 3ème Corps d’Armée (3ème DI, 7ème DI, 10ème DI, régiment d’artillerie, 16ème RI détaché de la 11ème DI et la brigade de cavalerie avec les 1er et 3ème régiments de cavalerie) et le Groupement Sud de Division (4ème DI, 11ème DI, 9ème RI, 49ème RI, 18ème RI et 47ème RI)

Ce sont les grecs qui attaquent les premiers. Ils approchent d’Ankara mais n’iront pas plus loin car leurs lignes de communication très étirées sont harcelées par la cavalerie kémaliste. Les grecs doivent se replier sur leurs positions de départ à savoir la ligne Eskisehir-Afyonkarahisa.

La retraite à lieu en bon ordre mais c’est une retraite quand même. La Grèce est épuisée au bord de la rupture. C’était clairement l’offensive de la dernière chance et son échec doit pousser les grecs à tirer les conclusions suivantes : ils ne peuvent plus gagner la guerre. La suite leur donnera raison.

La 3ème division d’infanterie va également participer à la bataille de Dumlupinar en août 1922.

La 4ème Division d’Infanterie participe à la campagne d’Asie Mineure, elle est d’ailleurs quasiment détruite lors de la Bataille de Dumlupinar.

La 5ème Division d’Infanterie est l’ancienne Division Crétoise qui est rebaptisée en novembre 1920 après la défaite électorale de Venizelos. La division combat notamment à Sakarya et à Dumlupinar, retraitant sur Chios. Elle est recrée à Serres sous le nom de division crétoise par amalgamation des 5ème et 9ème DI.

Pas d’informations sur l’engagement de la 6ème division d’infanterie dans ce conflit alors que la 7ème DI à eu l’honneur ou pas de combattre durant ce conflit.

La 8ème Division d’Infanterie n’est que partiellement consacrée à ce conflit puisque seul son 3ème régiment d’evzones (40ème RI) est concerné, les autres unités dépendant de la division (10ème RI, 24ème RI) n’étant pas engagés en Asie Mineure.

La 9ème Division d’Infanterie participe aux batailles de Sakarya et de Dumlupinar à chaque fois au sein du 2ème Corps d’Armée.

La 10ème Division d’Infanterie est l’ancienne Division de Smyrne qui change de désignation en novembre 1920 suite à la défaite électorale d’Eleftherios Venizelos. Cette division participe du 10 au 24 juillet 1921 à la Bataille de Kütahya-Eskisehir.

Cette bataille qui fait suite à la 1ère bataille d’Inonü voit les grecs l’emporter et leur permettre de s’emparer des villes de Kütahya et de Eskisehir. Après un débat animé, les grecs décident de poursuivre l’avancée vers Ankara. La suite est connue avec la défaite de Sakarya puis la retraite et enfin l’offensive finale des troupes du futur Ataturk.

La division réussit à évacuer en bon ordre en 1922, ralliant la Thrace orientale à travers la mer de Marmara.

La 11ème Division d’Infanterie créée en décembre 1913 avec les 13ème, 27ème et 28ème RI est restée fidèle au roi. S’opposant militairement aux vénizélistes en août 1916, elle est désarmée par les troupes françaises.

Le 8 juillet 1920 la Division de Magnésie est créée avec le 9ème régiment crétois, le 16ème RI et le 17ème RI. Elle dépend du Corps d’Armée de Smyrne et va naturellement participer à l’offensive grecque de l’été 1920.

En novembre 1920 suite à la défaite électorale du «Clemenceau grec» la division devient la 11ème division qui dépend du 3ème Corps d’Armée qui n’est autre que l’ancien corps d’armée de Smyrne.

La division participe aux batailles de Sakarya et de Dunlupinar au cours de laquelle est détruite, cessant d’exister. Elle est réformée au sein de l’Armée d’Evros (qui existe de décembre 1922 à août 1923, armée qui succède à l’Armée d’Asie Mineure) qui occupe la Thrace occidentale avec les 2ème, 3ème et 4ème Corps d’Armée. L’Armée sera dissoute suite au traité de Lausanne (1923) mais la division est redéployée à Thessalonique et est donc préservée suite à la fin de la guerre.

La 12ème Division d’Infanterie à pour origine la création de la Division Xanthi à Thessalonique en février 1920 avec les 13ème, 14ème et 15ème RI, ces régiments étant composés de recrues venant de Thrace. Ces trois régiments d’infanterie étant appuyés par le 12ème Régiment d’Artillerie de Montagne.

En mai 1920 elle occupe la Thrace occidentale avant de rallier l’Anatolie. Elle retourne en juillet 1920 en Thrace mais en thrace orientale cette fois. En novembre 1920 la Division Xanthi devient la 12ème DI.

En 1921 placée sous le commandement du prince André, la division est formée du 14ème, du 41ème et 46ème RI, débarquant à Smyrne du 29 mai au 6 juin 1921. Elle participe à la bataille de Kütahya-Eskisehir et de Sakarya à chaque fois sous l’autorité du 1er CA.

Détruite à la bataille de Dumlupinar, elle ne disposait plus à l’époque que de 155 officiers, 2240 hommes, 1010 animaux, 18 canons et 15 mitrailleuses autant dire rien. Elle rallie Chios le 31 août 1922, fusionnant avec la Division Indépendante pour former une nouvelle 12ème DI à Feris au sein de l’Armée d’Evros (octobre 1922). Elle reste en Thrace occidentale après le traité de Lausanne.

La 13ème Division d’Infanterie est créée en décembre 1913 avec trois régiments d’infanterie (2ème RI, 3ème RI et 5ème régiment d’evzones), la division dépendant du 1er Corps d’Armée. Elle dissoute en 1916. Reconstituée à la fin du conflit, elle combat sur la rivière Strymon au sein d’un 1er CA.

En 1919 elle est envoyée en Russie pour combattre les bolcheviques et soutenir les Blancs. Dès juin 1919, elle rallie la région de Smyrne pour des tâches d’occupation et non de combat du moins dans l’immédiat puisqu’elle participe à la bataille de Sakarya, à la Bataille de Gediz (24 octobre au 12 novembre 1921).

Durant ce conflit les grecs sont opposés aux 11ème et 61ème DI turques avec des unités irrégulières.

Les résultats sont tactiquement incertains mais stratégiquement les grecs doivent évacuer Gédiz pour gagner leurs quartiers d’hiver et les turcs rentrent peu après dans Gédiz) et la Bataille de Dumlupinar (26-30 août 1922). La division est dissoute à la fin du conflit.

D’une guerre à l’autre

Dire que l’armée grecque sort sonnée de la guerre gréco-turque est un doux euphémisme. C’est le pays entier qui est ébranlé, ébranlement qui sera fatal à la monarchie mais comme nous le savons la république ne fera guère mieux que la monarchie.

Naturellement le retour au temps de paix entraine une réduction des effectifs. C’est ainsi qu’en 1930 l’armée de terre grecque ne comprend que dix divisions réparties pour huit d’entre-elles au sein de quatre corps d’armées, les deux dernières étant indépendantes. On compte également une brigade déployée sur les îles de la mer Egée.

Comme après une autre humiliation militaire (la guerre gréco-ottomane de 1897), la Grèce cherche à l’extérieur l’aide nécessaire pour réorganiser son armée. Elle se tourne à nouveau vers la France qui de 1925 à 1932 va maintenir une mission militaire.

Rappelons qu’après le premier conflit mondial de nombreux pays vont soliciter la France pour bénéficier de son savoir. Comme de mieux que la meilleure armée du monde pour augmenter ses capacités militaires !

C’est en octobre 1924 que la France est officiellement sollicitée par le gouvernement grec. Le général Guillaumat qui connaissait parfaitement le pays pour avoir commandé les troupes alliées sur le front de Macédoine durant le premier conflit mondial est envoyé comme éclaireur. Il approuve la demande grecque.

En mars 1925 le général Nicolas Georges Girard arrive sur place. La principale action de cette mission est la création d »une Ecole Supérieure de Guerre. Rappelons que l’une des causes du désastre en Asie mineure fût le remplacement d’officiers expérimentés par des officiers royalistes moins expérimentés et peut être moins compétents. Girard estt remplacé en avril 1928 par le général Brallion lui même remplacé en 1931 par le général Julien Goubard qui va rester jusqu’en 1932.

L’instabilité du pays ne permet pas une véritable modernisation de l’armée qui en septembre 1939 est mal équipée, mal entrainée mais reste assez motivée. Les tensions avec l’Italie n’ont heureusement pas dégénérés en conflit ouvert car si cela avait été le cas nul doute que l’armée héllène aurait du mal à résister à une attaque italienne décidée.

Durant la guerre de Pologne la Grèce reste neutre mais comme nombre de pays cela sert d’électrochoc et l’armée grecque va bénéficier d’un certain nombre d’investissements pour aboutir à une armée mieux équipée, mieux entrainée et capable de tenir le temps que par exemple les franco-britanniques interviennent en force tout comme durant le premier conflit mondial.

Durant la Pax Armada, l’armée de terre grecque bénéficie comme nous le savons des bons soins de la MMFG, la Mission Militaire Française en Grèce (MMFG) dirigée par le général Georges.

Le général Georges en compagnie du général Gort durant la guerre de Pologne

Cette mission composée de 97 officiers et sous-officiers va servir d’officine de renseignement (ce qui provoquera quelques incidents avec des officiers grecs moins proches des alliés) et de passeurs de savoir, la MMFG promouvant les dernières créations de ce qu’on peut appeler par anachronisme le Complexe Militaro-Industriel français et transmettant les derniers progrès d’une armée française qui effectue sous l’impulsion du Général Villeneuve une véritable révolution culturelle.

Des textes sont ainsi traduits en grecs, des relations sont noués avec les généraux appelés à commander sur le front mais à la différence de la Yougoslavie, la Grèce ne suit pas les conseils français pour améliorer le processus de mobilisation ce qui sera à l’origine d’un certain nombre de problèmes en 1948.

Le char léger modèle 1935 M.39 dit Hotchkis H-39 symbolise la modernisation de l’armée grecque

Sur le plan matériel, on assiste à une relative modernisation mais les lacunes sont en septembre 1948 encore importantes. Comme le dira un officier grec «Trop de lacunes, trop de demandes et pas assez d’argent».

Mitteleuropa Balkans (168) Grèce (12)

Grande idée et Grande catastrophe

Megali Idea

En jaune les territoires revendiqués par la Grèce et notamment Eleftherios Venizelos

La Grande Idée est une théorie politique du 19ème siècle qui visait à regrouper dans un même état ayant pour capitale Constantinople tous les grecs dispersés dans tout le bassin oriental de la Méditerranée et jusqu’aux rives de la mer Noire. Le terme à été pour la première fois utilisé par Ioannis Koléttris, premier ministre du très impopulaire Othon 1er en 1844.

Cette idée à irrigué à infusé la politique intérieure et extérieure grecque jusqu’aux années soixante-dix. De temps à autre on assiste à quelques résurgences de cette idée mais elle est désormais ultra-minoritaire et n’est défendue que par quelques partis extrémistes.

Très vite cette idée se heurte à un certain nombre d’écueils. En effet si toutes les populations de culture grecque sont de confession orthodoxe, elles ne parlent pas tous le grec. Cela est une faiblesse majeure de la théorie de la Grande Idée car si on s’appuie sur l’orthodoxie, cela torpille l’argument principal de regrouper tous les grecs dans un état. De plus comme on l’à vu plus haut l’intégration des habitants des territoires acquis après les guerres balkaniques s’est fait de manière houleuse.

Cette idée à aussi des implications culturelles. On assiste à une volonté de purifier, de moderniser la langue grecque. Cela est vu comme un moyen de renforcer, de consolider un Etat qui reste encore très fragile car très récent.

Pour Athènes puissance secondaire le meilleur moyen de réaliser la grande idée est de profiter de la moindre occasion. Comme la région est empoisonnée par la Question d’Orient, le gouvernement grec va tenter de pousser ses pions dès que la région s’embrase.

La Guerre de Crimée constitue la première occasion pour s’emparer de nouveaux territoires mais c’est un échec cuisant puisque les français et les britanniques occupent le port du Pirée de mars 1854 à février 1857.

A noter qu’une légion grecque combat aux côtés des russes à Sébastopol ce qui explique peut être l’occupation du port d’Athènes par les franco-britanniques.

En mai 1864 la Grèce intègre les îles ioniennes quand les britanniques renoncent à leur protectorat sur la République des Sept Iles. C’est un cadeau fait à Georges 1er, le nouveau roi des héllènes.

En 1878 le Traité de San Stefano créé une Grande Bulgarie sous influence russe. La Grèce n’est pas conviée aux discussions contrairement à celles aboutissant à un traité de Berlin nettement moins favorable à Sofia. Trois ans plus tard le Traité de Constantinople permet à Athènes d’intégrer la Thessalie et l’Epire.

Il faudra ensuite attendre les deux guerres balkaniques pour que la Grèce connaisse un nouvel agrandissement territorial. C’est notamment le cas en Macédoine où dès les années 1890 la Grèce avait tenté d’agiter la région pour provoquer son détachement de l’empire ottoman et son intégration au royaume.

C’est une politique risquée non seulement parce que cela risquait de provoquer une guerre avec l’empire ottoman mais en plus parce que cela pouvait mécontenter la Serbie et la Bulgarie qui regardaient avec gourmandise la région en question.

Une révolte pilotée par la Bulgarie échoue en 1903 tout comme les révoltes pilotées par les grecs en 1904 et 1907 avec à chaque fois une crise diplomatique avec la Sublime Porte.

En juillet 1908 à lieu la Révolution Jeune-Turque par de jeunes officiers voulant mettre fin au déclin de l’empire ottoman.

La Crète en profite pour proclamer son enosis avec le Royaume de Grèce mais Athènes est trop faible pour obtenir la reconnaissance internationale de cet état de fait. Voilà pourquoi l’annexion de la Crète par la Grèce ne sera reconnue par Constantinople qu’à l’issue des deux guerres balkaniques.

En 1910 Eleftherios Venizelos arrive au pouvoir. Crétois il avait participé à la révolte de Therissos en 1905 qui avait aboutit au départ du Prince Georges, haut-commissaire en Crète.

Partisan convaincu de la Grande Idée, il arrive au pouvoir suite à des élections mais dans le contexte troublé par le coup de Goudi. Pour réaliser la Megali Idea il se lança dans une politique volontariste de modernisation et dans une politique étrangère centrée sur une alliance avec les autres états de la région.

Suite à la première guerre balkanique, la Grèce s’empare de Chios, de Lesbos, de Samos, de l’Epire avec sa capitale Ioannina. Ces annexions sont reconnues par le traité de Londres de mai 1913.

Comme nous le savons le partage des dépouilles ottomanes va générer un deuxième conflit entre la Bulgarie, ses anciens alliés et l’empire ottoman bien décidé à prendre sa revanche.

Parmi les sources de discorde figurent encore et toujours la question de la Macédoine que revendiquent la Serbie, la Macédoine et la Bulgarie. Cette dernière va ainsi lancer une attaque préventive pour s’emparer de cette région en partie peuplée de bulgarophones mais isolée, elle sera écrasée.

Le traité de Bucarest signé en août donne à la Grèce Thessalonique et la Macédoine du Sud mais Athènes n’à pu empêcher ni la Bulgarie d’obtenir une fenêtre sur la mer Egée ni la création de l’Albanie ce qui la prive de l’Epire du Nord.

Tous ces territoires conquis ne sont pas exclusivement peuplés de grecs. De plus la Grande Idée à fracturé la société et la classe politique grecque, cette théorie étant utilisé par la classe politique grecque comme un dérivatif pour faire oublier les problèmes économiques et sociaux.

La défaite de l’empire ottoman dans le premier conflit mondial semblait être l’occasion rêvée, imanquable pour réaliser la Grande Idée mais cela va au contraire conduire à l’une des pires catastrophes de l’histoire grecque.

Le traité de Sèvres

Le Traité de Sèvres signé le 10 août 1920 est la conséquence directe de l’Armistice de Moudros signé le 30 octobre 1918.

Cet armistice est négocié uniquement par les britanniques qui refuse la présence des français craignant soit des conditions trop durs ou pour priver Paris de toute zone d’influence dans la région.

C’est à bord du HMS Agamennon que l’armistice de Moudros à été négocié

Les négociations sont menées à bord du cuirassé HMS Agamennon à partir du 27 octobre et aboutissent trois jours plus tard. Il est signé à Moudros sur l’île grecque de Lemnos.

Les hostilités sont naturellement suspendues, l’empire ottoman renonce à toute présence militaire au Héjaz, au Yémen, en Syrie, en Mésopotamie, en Tripolitaine et en Cyrenaïque. Les alliés peuvent occuper les détroits des Dardanelles et du Bosphore, Batoumi et les tunnels des Monts Taurus.

Les vainqueurs peuvent occuper à titre de gage et pour prévenir tout désordre six provinces arméniennes dans le nord-est de l’Anatolie. L’armée ottomane est démobilisée après avoir évacué Batoumi, Kars, Ardahan et l’Azerbaïdjan.

Le traité de Sévres à été signé mais non ratifié. Il prévoyait que l’empire ottoman renonce à ses provinces arabes et africaines. Les pertes territoriales sont très lourdes. Par exemple en Europe le territoire de ce nouvel empire ottoman se limite à Constantinople et son voisinage immédiat.

Une Grande Arménie voit le jour tout comme une province kurde autonome, les détroits turcs sont démilitarisés.

Les villayets de Van, Bitlis et Trebizonde intègrent la république indépendante d’Arménie, la France occupe la Syrie avec une frontière bien plus au nord que l’actuelle et obtient une zone d’influence comprenant la Cilicie avec Adana, zone s’étendant jusqu’au nord de Sivas.

L’Italie occupe Antalya et sa région plus une zone d’influence allant de Bursa à Kayserie en passant par Afyankarahisar. La Grèce obtient Smyrne et sa région (un plébiscite est prévu en 1925), la Thrace orientale avec Andrinople et Gallipoli plus les îles d’Imbros et de Tenedos.

Les provinces arabes sont transformées en mandat de la SDN. La nouvelle Turquie peut être considéré comme un état croupion puisque elle passe de 1.78M de km² à 490000 km². De plus les territoires laissés sont pauvres et de sérieuses contraintes financières limitent toute possibilité de développement.

De plus le nouvel état ne peut posséder d’armée même réduite mais une gendarmerie. La police, le système fiscal, les douanes, les eaux et les forêts, les écoles sont sous contrôle allié !

Dès mai 1919 débute la guerre d’indépendance turque avec Mustapha Kemal qui se termine par une victoire en octobre 1922. Cela permet à la Turquie de signé le Traité de Lausanne le 24 juillet 1923 et deux ans plutôt le Traité de Kars en octobre 1921 avec l’URSS.

La guerre greco-ottomane et la grande catastrophe

Avant même la signature du traité de Sèvres une partie des turcs refuse un tel dépeçage de l’empire ottoman.

De mai 1919 à octobre 1922 les grecs vont affronter les révolutionnaires turcs dirigés par Mustafa Kemal le futur Atatürk.

Le Traité de Lausanne va faire perdre à la Grèce tous ses gains du traité de Sèvres sauf les îles de la mer Egée. Un dramatique échange de population à lieu avec 1.3 millions de grecs de Turquie partent vers l’ouest et 385000 turcs prennent le chemin inverse.

Au cours de la Conférence de Paris l’Italie outrée que ses intérêts au Proche-Orient ne soient pas respectés quitte la conférence. Cela fait les affaires de la Grèce qui peut débarquer des troupes à Smyrne le 15 mai 1919. Ce débarquement discrédite définitivement le sultan ottoman et renforce le mouvement révolutionnaire turc.

Ce débarquement grec est la réponse selon Athènes aux massacres des grecs du Pont et de l’Anatolie. Cet argument est contesté par les alliés et contesté par les turcs.

De mai 1919 à octobre 1920 les grecs se contentent de consolider leur emprise sur leur zone d’influence en Anatolie et sur la côte ionienne.

D’octobre 1920 à août 1921 les grecs attaquent les turcs de Mustafa Kemal, ces derniers résistent, bénéficient du soutien de la France, de l’Italie et de l’URSS et peuvent contre-attaquer. Cela aboutit à une défaire grecque en octobre 1922, prélude à la Grande Catastrophe.

Le 15 mai 1919, 20000 soldats héllènes de la 1ère division débarquent à Smyrne. Ils sont débarqués et soutenus par des navires grecs, français et britanniques. Pour Athènes Smyrne et sa régions sont des terres grecques qui doivent intégrer le royaume mais cet état de fait est contesté par les turcs et même par les alliés. Il semble en réalité que seule la ville soit grecque (et encore) et que son hinterland soit surtout peuplé de turcs.

Dès le premier jour des combats sporadiques ont lieu provoquant 300 à 400 morts côté turc et une centaine chez les grecs.

Si certains à Athènes ont pu pensé à une promenade militaire ils ont du être vite dégrisés. Comme souvent dans ce genre de conflit un terrible cycle d’attentats, de répresailles et de nouveaux attentats qui se met en place.

A J+7 (22 mai), les grecs commencent à occuper l’hinterland de la ville de Smyrne et se heurtent à des soldats turcs qui ne savent plus sur quel pied danser. Si le gouvernement ottoman _le seul reconnu par la communauté internationale_ leur à ordonné de ne pas résister, nul doute que leur patriotisme et leur éthique professionnelle leur dicte de combattre des troupes qui ne peuvent être considérées que comme des envahisseurs sans compter leur passif entre grecs et ottomans.

Au printemps et à l’été 1920, les grecs lancent de vigoureuses offensives. A l’époque l’armée héllène est encore soutenue par les alliés et surtout le personnel notamment de commandement est expérimenté. En face l’armée ottomane est en pleine déliquescence et le mouvement révolutionnaire turc est motivé mais peu entrainé et peu armé.

Les grecs occupent l’ouest et le nord-ouest de l’Asie Mineure. Parallèlement des combats ont lieu en Thrace. Peu à peu les grecs relèvent des unités françaises, Paris estimant avoir autre chose à faire que d’occuper cette région à moins que le gouvernement français ne pressent le traquenard qui monte peu à peu.

Le traité de Sèvres signé le 10 août 1920 est une amère déception pour la Grèce qui voit la région de Smyrne placée simplement sous son administration avec l’organisation en 1925 d’un plébiscite pour connaître le choix final des habitants. Détail intéressant ni les grecs ni les ottomans veulent ratifier ce traité qui ne satisfait personne.

En octobre 1920 les grecs s’avancent en Anatolie avec le soutien britannique. Lloyd George n’est pas un partisan de la Grande Idée mais veut surtout faire pression sur les ottomans pour que ces derniers ratifient le traité de Sèvres.

C’est alors que la machine militaire grecque se grippe. Suite à sa défaite électorale Venizélos doit quitter le pouvoir. De plus la mort prématurée du pauvre roi Alexandre 1er laisse augurer d’une possible, que dis-je d’une probable restauration de Constantin 1er dont on connait clairement le passif l’opposant à l’homme politique crétois.

Avant même le retour du beau-frère de Guillaume II sur le trone des hellènes, le personnel militaire vénizéliste est remplacé par un personnel monarchiste moins expérimenté et/ou moins compétent.

Les turcs se sachant militairement inférieurs refusent d’abord le combat, échangeant de l’espace contre du temps. Leur retraite ordonnée aurait du mettre la puce à l’oreille des grecs mais ces derniers ivres de leurs succès continuent de s’enfoncer sur les plateaux anatoliens prolongeant une guerre qu’ils avaient pourtant promis de terminer.

Les signaux d’alarme se multiplient notamment le plus inquiétant à savoir le fait que les alliés promettent de retirer leur soutien politique et militaire si Constantin 1er était restauré. En dépit de cette menace, les grecs plébiscitent le retour au pouvoir du troisième roi de Grèce (après Othon 1er et George 1er). Conséquence logique, les vénizélistes ou ceux ayant à craindre du nouveau régime préfèrent prendre le chemin de l’exil.

A cette époque l’armée grecque avait atteint la ville d’Eskisehir à environ 200km à l’ouest d’Ankara, la nouvelle capitale turque. Une résistance ferme et décidée de la nouvelle armée turque oblige les grecs à se replier.

Une nouvelle campagne est lancée au début de l’année 1921. Si la première bataille d’Inonü est une victoire grecque (9 au au 11 janvier), la seconde du 26 au 31 mars est une victoire turque non sans lourdes pertes des deux côtés.

Dès la première bataille d’Inonü, les alliés sentent que le vent tourne et propose une révision du traité de Sèvres.

Une conférence réunie à Londres en février et mars 1921 est un échec mais détail qui n’en est pas un, le gouvernement ottoman et les révolutionnaires turcs de Mustafa Kemal sont représentés.

L’échec de la conférence de Londres s’explique en grande partie par le fait que les grecs sont encore persuadés de pouvoir l’emporter avec le soutien de la Grande-Bretagne même si se soutien est plus tacite qu’autre chose.

En mars 1921 nouveau signal d’alerte pour Athènes, les français et les italiens signent un traité de paix avec les turcs et vont même jusqu’à fournir armes et renseignement au futur Atatürk. Il s’agit de contrer une Grèce qui est désormais vue comme un client de la Grande-Bretagne.

En juillet 1921 un accord franco-turc voit la France évacuer la Cilicie et autorise des livraisons substansielles d’armes.

Du 10 au 24 juillet à lieu la bataille d’Afyonkarahisar. C’est une victoire grecque mais une victoire à la pyrrhus avec des turcs se repliant en bon ordre. Lors de la bataille de Sakarya du 14 août au 13 septembre, les grec attaquent mais les turcs leur opposent une résistance farouche.

Les deux adversaires sont clairement épuisés. Les grecs sont certes parvenus à moins de 50km d’Ankara mais ils sont épuisés et affamés. De plus leurs longues lignes de communication les rendent très vulnérables au point qu’ils préfèrent se replier. Athènes demande l’aide de Paris et de Rome mais sans surprise les deux sœurs latines refusent.

Les turcs ont clairement pris l’ascendant alors que les grecs sont épuisés et démoralisés. La logique, le bon sens militaire auraient du conduire les grecs à se replier autour de Smyrne mais au lieu de cela les militaires grecs sombrent dans le plus complet irréalisme en planifiant une offensive sur Constantinople !

Le 26 août 1922 les turcs lancent leur grande offensive. Ils remportent une bataille décisive à Dumlipinar quatre jours plus tard, bataille qui fait suite à celle de Sokaya (début le 14 août fin des derniers combats le 13 septembre).

La moitié de l’armée grecque est capturée ou tuée, l’équipement entièrement perdu. Deux généraux grecs sont mêmes capturés. L’avancée turque est ensuite rapide et Smyrne tombe le 9 septembre 1922.

Les britanniques veulent résister aux côtés des grecs mais les français et les italiens refusent et évacuant la région de Constantinople et des détroits turcs.

Le 13 septembre 1922 la ville de Smyrne/Izmir est ravagée par un incendie dont les causes sont aujourd’hui encore disputées. Des arméniens et des grecs sont massacrés tandis que d’autre tentent de fuir en prennant d’assaut les navires étrangers présents dans le port.

Le 11 octobre 1922 l’Armistice de Moudanya est signé. Les franco-britannico-italiens gardent le contôle de la Thrace orientale et du Bosphore, les grecs évacuent ces régions. L’accord est appliqué à partir du 15 soit au lendemain de l’accord grec.

De cet armistice va découler le Traité de paix de Lausanne signé le 24 juillet 1923 et entré en vigueur le 6 août 1924.

Les alliés reconnaissent le régime d’Ankara comme le régime turc légitime. Mustafa Kémal et son gouvernement reconnaissent la perte de Chypre, du Dodécanèse, de la Syrie, de la Palestine, de la Jordanie, de l’Irak et de l’Arabie. Les alliés abandonnent les projets de Grande Arménie et d’autonomie d’un état kurde. La Turquie du traité de Lausanne est la Turquie actuelle moins le sandjak d’Alexandrette qui sera rétrocédé par la France en 1939 pour éviter une entrée en guerre turque aux côtés des allemands au moment de la guerre de Pologne.

Le traité prévoit également des échanges de population et tous les mécanismes de contrôle de la souveraineté turque sont abolis moins le contrôle des détroits qui sont internationalisés. Le régime des Capitulations est également abolit. Des échanges de population vont avoir lieu (ils ont en réalité déjà commencé dans des circonstances dramatiques).

Entre-temps le 11 novembre 1922 la péninsule de Gallipoli à été évacuée par les grecs. La Grande Catastrophe provoque une terrible secousse en Grèce et notamment en ce qui concerne la vie politique déjà agitée du pays. Huit responsables politiques et militaires sont traduits devant la justice et six d’entre-eux (d’où le nom de Procès des Six) sont condamnés à mort et exécutés (27 novembre 1922).

Deux mois plus tôt le 27 septembre 1922 Constantin 1er avait définitivement abdiqué en faveur de son fils ainé Georges II mais comme nous le verrons dans la partie suivante pour peu de temps.

Mitteleuropa Balkans (167) Grèce (11)

La Grèce dans la première guerre mondiale

En bref

Chers lecteurs je confesse que j’ai du mal à aller vers l’essentiel et que je veux toujours en faire trop.

Voilà pourquoi je vais commencer par une partie qui synthétise les événements concernant la Grèce dans le première conflit mondial. Comme ça qui veulent aller à l’essentiel pourront lire cette partie et sauter les suivantes.

Quand la première guerre mondiale éclate, la Grèce choisit la voie de la neutralité. Elle est pourtant impliquée à son corps défendant les différents belligérants prenant leurs aises sur le territoire grec, l’Armée Navale qui attend la sortie de la marine austro-hongroise n’hésitant pas à mouiller sur des rades foraines grecques sans forcément que le gouvernement grec ait accepté.

Cela fragilise un peu plus une société grecque que l’on peut diviser entre Vieux et Nouveaux Grecs, les premiers issus des territoires acquis à l’indépendance ne considérant pas les seconds ayant intégré le royaume au 19ème et après les deux guerres balkaniques comme de vrais grecs ce qui comme je l’ai déjà dit met une claque au concept de la Grande Idée qui semble davantage destinée à satisfaire la soif de conquêtes, la soif de pouvoir et la soif de gloire d’une classe dirigeante dont la corruption n’est plus à prouver.

Constantin 1er

Ces fêlures deviennent des fractures au cours du conflit. Il faut dire que quand vous avez un roi (Constantin 1er), beau-frère de Guillaume II germanophile convaincu de la supériorité des Empires Centraux et un premier ministre Elefthérios Venizelos partisan de l’Entente forcément pour la gestion du pays dans une guerre mondiale.

Eleftherios Venizelos

A cela s’ajoute une querelle personnelle entre les deux hommes, le roi alors qu’il n’était que prince héritier considérant l’homme politique crétois comme le «mauvais génie» de son père et qui l’avait obligé à mettre cap sur Thessalonique plutôt que sur la Macédoine. Néanmoins je temporiserai en disant qu’en 1914 la rupture n’est pas encore consommée entre les deux hommes.

Le 3 octobre 1915 le premier ministre grec franchit le Rubicon en autorisant le débarquement à Thessalonique des troupes alliées évacuées des Dardanelles après l’échec de l’expédition du même nom. Constantin 1er le démet de ses fonctions marquant le début du Schisme National.

Le 16 septembre 1916 avec l’appui du général français Maurice Sarrail, Elefthérios Venizelos créé le Gouvernement de Défense Nationale marquant le début d’une guerre civile, le pays se trouvant divisé en trois avec au sud la partie contrôlée par le gouvernement, la Macédoine et l’Epire aux mains des venizelistes et au centre une partie neutre faisant tampon entre les deux régions car si les alliés ont intérêt à voir la Grèce les rejoindre ils n’ont aucun intérêt à favoriser une guerre civile.

Les alliés mettent la Grèce sous blocus pour faire pression sur le gouvernement royaliste (le 1er décembre 1916 un débarquement à Athènes s’était mal terminé pour les alliés) qui le 11 juin 1917 reçoit un ultimatum. Constantin 1er abdique, laissant à son fils cadet Alexandre le trône mais le jeune roi n’à aucun pouvoir.

Un nouveau gouvernement dirigé par Venizelos déclare la guerre aux Empires Centraux le 2 juillet 1917. Une nouvelle armée grecque est créée permettant à Athènes de bénéficier des traités de paix en récupérant nombre de territoires.

Elefthérios Venizelos

Avant de rentrer dans les détails (NdA promis je serais pas trop long), il me semble important de présenter rapidement le premier ministre de Constantin 1er.

Elefthérios Venizelos est né le 23 août (NdA calendrier grégorien) 1864 à Mounies sur l’île de Crète. Il devint avocat en 1887 et comme souvent à l’époque il est aussi journaliste et homme politique.

Il joue un rôle clé dans l’insurrection crétoise de 1886/87, devenant en 1889 député de l’Assemblée Générale crétoise qui vote l’enosis (rattachement) de la Crète à la Grèce. Faute de soutien des grandes puissances et aussi en raison de la défaite de 1897 contre les ottomans, la Grèce ne peut obtenir qu’une Crète autonome dirigée par un haut commissaire, le prince Georges.

Venizelos est ministre de la Justice de la Crète de 1898 à 1901 mais s’oppose au prince Georges au point de prendre la tête d’insurrection en 1905, insurrection qui aboutit au départ du Prince Georges.

En 1909 à lieu le coup de Goudi. Solicité par les putschistes pour prendre leur tête, il accepte mais uniquement après la convocation d’élections qui aboutissent à une victoire triomphale de son parti en octobre 1910.

Si les relations avec Georges 1er sont normales, celles avec son fils et successeur Constantin 1er vont vite se tendre en raison de rancœurs personnelles. Si d’abord le roi et son premier ministre parviennent à les mettre de côté, peu à peu les relations vont se tendre jusqu’à aboutir à la rupture.

Il devient ainsi premier ministre, poste qu’il va occuper du 18 octobre 1910 au 10 mars 1915 puis du 23 août au 7 octobre 1915 date à laquelle il est congédié par le roi Constantin 1er suite à un acte qui fleure la rébellion : l’accès à la ville de Thessalonique pour les troupes alliées évacuées des Dardanelles.

Il prend la tête d’un gouvernement rebelle et obtient le soutien des alliés qui par un blocus maritime, des menaces de bombardement sur Athènes et différentes pressions obtiennent l’abdication du roi et de son fils ainé, laissant le prince Alexandre devenir Alexandre 1er. Ai-je besoin de dire que ce roi était comme les derniers mérovingiens un roi sans pouvoir ?

Alexandre 1er

Après avoir mis sur pied son Gouvernement de Défense Nationale, Venizelos redevient premier ministre de la Grèce le 27 juin 1917, poste qu’il va occuper jusqu’au 18 novembre 1920, date de sa défaite aux élections, Elefthérios Venizelos subissant le même sort que Clemenceau en étant congédié par une classe politique ou des électeurs souhaitant passer à autre chose.

Es-ce la fin de la carrière politique du «Clemenceau grec» (NdA j’ignore si les deux hommes se sont rencontrés mais c’est probable notamment à la conférence de paix de Paris) ? Oui et non avec des exils et des retours ce qui traduisit parfaitement le chaos de la Grèce post-premier conflit mondial.

Il est ainsi rappelé après la Grande Catastrophe, la déroute de l’armée grecque face aux troupes de celui qui n’est pas encore Attatürk mais ne peut enrayer le chaos d’une république introuvable. Il est ainsi premier ministre du 24 janvier au 19 février 1924, du 4 juillet 1928 au 26 mai 1932, du 3 juin au 3 novembre 1932 et enfin du 16 novembre 1932 au 6 mars 1933.

Accusé de tendances dictatoriales, soupçonné fortement d’avoir piloté deux coups d’état ayant avorté, il choisit l’exil en France, la restauration de la monarchie rendant caduque tout espoir de se maintenir au pouvoir. Il ne souffre guère de l’exil puisqu’arrivé à Paris en mars 1935 il y meurt un mois plus tard. Le corps est ramené directement en Crète pour éviter tout problème d’ordre public à Athènes.

Sa trace est immense puisqu’il à participé à la structuration de la vie politique grecque en deux partis, un parti libéral et un parti conservateur, ce bipartisme explosant durant la seconde guerre mondiale avec l’émergence d’un parti centriste, d’un parti socialiste et d’un parti communiste.

Neutralité et engagement, Schisme National et Gouvernement de Défense Nationale

En 1914 la Grèce est un pays ruiné ou du moins très appauvri par les guerres balkaniques. De plus le pays est divisé politiquement avec une classe politique décrédibilisée et divisée.

L’année précédente en 1913, le roi Constantin 1er s’était rendu en Allemagne et en France dans l’espoir d’obtenir des crédits pour des travaux d’infrastructure mais sans succès, Berlin refusant de se mettre à dos son allié et partenaire ottoman alors que Paris à mal digéré les compliments vis à vis de l’armée allemande exprimés en public par le beau-frère du Kaiser.

Dès cette époque les objectifs de Constantin 1er et d’Eleftherios Venizelos commencent à diverger mais à l’époque nous sommes loin de toute rupture, les deux hommes travaillant pour asseoir la position de la Grèce dans une scène balkanique récemment bouleversée.

En dépit des pressions de son beau-frère (Constantin 1er à épousé la sœur de Guillaume II), en dépit de ses propres inclinaisons, le roi des héllènes décide de maintenir le pays neutre.

De son côté Venizelos est plus favorable à l’entente mais ne veut rentrer en guerre que si cela est profitable à la Grèce c’est-à-dire la réalisation de la Megali Idea (Grande Idée). De plus il soupçonne la famille royale d’être de connivence avec Guillaume II ce qui n’est pas le cas puisque l’empereur allemand avait menacé la Grèce d’être traitée comme une nation ennemie si jamais le pays choisissait la neutralité.

Les alliés tentent de convaincre les grecs de renoncer à des territoires récemment acquis pour attirer la Bulgarie de leur côté. Les négociations sont d’autant plus complexes que les alliés cherchent à attirer également l’Italie de leur côté. Impossible de satisfaire tout le monde.

Venizelos craint que déclarer la guerre à l’Empire ottoman n’entraine de terribles représailles aux populations hellénophones en Asie Mineure, l’exemple arménien en 1915 prouve que le crétois avait raison d’être prudent.

En Epire du Nord la situation est tendue, la majorité hellénophone qui y vit craignant de perdre un statut d’autonomie acquis en mai 1914 au sein d’un nouvel Etat albanais créé après les deux guerres balkaniques.

Athènes y envoie son armée le 27 octobre 1914 ce qui marque la fin de la République autonome de l’Epire mise en place le 17 mai 1914 dans le cadrre du protocole de Corfou.

Les alliés décident d’attendre la fin de la guerre pour régler la situation mais la Grèce fait comme si l’Epire du Nord avait fait son enosis avec la Grèce.

En mars 1916 l’union est proclamée officiellement. Si les alliés pouvaient fermer les yeux sur une union de facto en revanche de jure c’est impossible. Comme en plus les relations de l’Entente avec Athènes se sont dégradées, en septembre 1916 la France et l’Italie occupent la région.

En 1914 la Grèce soutien du bout des lèvres son alliée serbe pour ne surtout pas provoquer la Triplice.

Au moment du déclenchement de l’Expédition des Dardanelles en février 1915, Venizelos veut profiter de la situation pour attaquer l’empire ottoman. Constantin 1er et le chef d’état-major un certain Ioannis Metaxas veulent que la Grèce attaque seule pour s’emparer Constantinople.

Probablement parce qu’ils savaient parfaitement que jamais les alliés accepteraient une Grèce occupant Constantinople notamment les russes pour qui les détroits turcs constituent le dernier verrou pour accéder aux mers chaudes, obsession russe depuis Pierre le Grand.

L’échec allié (notamment l’attaque navale du 18 mars 1915) porte un coup très rude à Venizelos qui avait été remplacé huit jours plus tôt (10 mars 1915).

Le 13 juin 1915 les venizélistes remportent les élections législatives. Constantin 1er rappelle Venizelos qui redevient premier ministre le 23 août 1915. Constantin 1er refise de décreter la mobilisation générale après l’attaque de la Serbie par la Bulgarie.

Suite à la menace d’une démission de Venizelos et la risque d’une crise politique majeure, il ordonne une mobilisation générale mais à but défensif.

Le 3 octobre 1915, Venizelos ouvre la ville et le port de Thessalonique aux troupes alliées évacuées des Dardanelles officiellement pour aider la Serbie.

Constantin 1er qui déteste comme tout le monde être pris pour un imbécile le congédit. Cette fois la rupture est définitive entre le roi et le premier ministre.

L’Entente considère désormais le roi Constantin 1er comme un roi pro-allemand. Il est accusé d’avoir provoqué la chute de la Serbie en refusant d’entrer en guerre en 1914 ou 1915.

Les alliés ordonnent à Athènes de démobiliser son armée pendant que la loi martiale est proclamée à Thessalonique et qu’un blocus maritime partiel est mis en place pour faire plier le roi qui organise de nouvelles élections mais le scrutin est boycotté par les vénizélistes.

Le 1er janvier 1916 les alliés installent les serbes évacués à Corfou. Des troupes françaises arrivent le 12 janvier 1916. Les relations se tendent avec les alliés mais ces derniers ne veulent pas forcément rompre avec Constantin 1er.

Les alliés multiplient les pressions alors que le gouvernement grec cherche à mécontenter ni les alliés ni la Triplice mais es-ce encore possible alors que la guerre qui fait rage depuis bientôt deux ans ce qui à radicalisé les positions.

Les forces germano-bulgares occupent une partie de la Grèce. Constantin 1er refuse que ses troupes résistent ce qui ulcère nombre d’officiers qui se demandent à quoi cela à servit de lutter et de mourir trois ans plus tôt pour ne pas combattre.

A Athènes on assiste à des affrontements de rue entre monarchistes et venizélistes. Les alliés évacuent Venizélos sur la Crète pour le mettre à l’abri.

La marine marchande grecque subit un embargo le 29 mai, la famine menace sans compter une grave pénurie de charbon. On parle de projets d’enlèvements ou d’assassinats de Constantin 1er, projets imaginés par les services de renseignements français. Un incendie dans la forêt entourant le Palais de Tatoï est attribué aux français.

Le 29 mai 1916 Venizelos propose de créer un gouvernement provisoire. Il ménage encore le roi et la dynastie pour des raisons politiques et diplomatiques. Le président du conseil Aristide Briand refuse craignant de mécontement de Londres.

Le 2 août 1916 à lieu un coup d’Etat militaire à Thessalonique, coup d’état organisé avec l’aide du général Sarrail. La mise en place d’un comité de défense nationale très vite piloté par Venizélos marque le début du Schisme National.

Elefthérios Vénizélos débarque à Thessalonique en compagnie de l’amiral Pavlos Koundoririotis et du général Panagiotis Danglis. Le soutien des alliés reste tacite et officieux. Le blocus allié se renforce et une partie de la marine grecque est saisie.

Constantin 1er hésite entre opposition franche aux alliés et tentative timide de coopération. L’attitude des vénizélistes et de leur chef est aussi critiquée par les alliés.

Le 16 novembre 1916 les alliés exigent que les grecs livrent des armes mais le gouvernement royaliste refuse.

Le 23 novembre 1916, le vice-amiral Louis Dartige du Fournet, commandant des forces navales alliées en Méditerranée expulse les représentations diplomatiques des Empires Centraux. Un nouvel ultimatum est adressé le lendemain.

Les grecs refusent le 26 novembre et mettent Athènes en état de se défendre avec 20000 hommes, des soldats de l’armée régulière et des miliciens (epistratoi). En face les alliés pensent à un bluff.

Le 1er décembre 1916 1200 marins français, italiens et britanniques des compagnies de débarquement sont mis à terre mais les positions qui leur ont été assignées sont déjà occupées par les grecs. Après deux heures d’observation, les combats éclatent provoquant la mort de 194 marins du côté de l’Entente contre 82 pour les grecs.

Ce sont les Vêpres grecques. Après d’houleuses négociations, les alliés évacuent le lendemain. Les vénizélistes sont pourchassés, leurs habitations et leurs magazins sont saccagés, trente-cinq personnes étant tuées. L’amiral français est relevé de ses fonctions.

Le 2 décembre 1916 les alliés reconnaissent partiellement le gouvernement de Vénizelos qui déclare la guerre à l’Allemagne et la Bulgarie le 7 décembre. Déclaration symbolique car l’armée vénizéliste se limite à un bataillon de volontaires. De son côté le gouvernement grec émet un mandat d’arrêt contre Vénizélos qui subit l’anathème de l’archevêque-primat.

En 1917 le retrait russe oblige les alliés à chercher de nouvelles troupes et à part les grecs on ne trouve personne de disponible rapidement.

Le 10 juin 1917 le haut-commissaire Charles Jomart réclame l’abdication du roi et du diadoque trop germanophile au goût des alliés. Constantin 1er abdique au profit d’Alexandre 1er qui est un roi fainéant au sens qu’il n’à aucun pouvoir réel.

Le 21 juin 1917 Venizelos débarque au Pirée, le gouvernement loyaliste démissionne. Le 26 juin 1917, le gouvernement de Thessalonique s’installe à Athènes et devient le gouvernement grec légitime.

Vénizelos devient un quasi-dictacteur en mettant en place une politique autoritaire pour préparer le pays à entrer en guerre. Les alliés se retirent des bases occupées (comme le Pirée et Salamine), rendent les navires saisis et évacuent l’Epire qui est réoccupée par les grecs.

En août 1917 le gouvernement grec reçoit un prêt de 30 millions de francs-or pour lever une armée de douze divisions. L’équipement tarde à arriver ce qui provoque des tensions entre grecs et alliés.

Un nouveau prêt de 750 millions de francs-or est accordé en échange de la mise à disposition de 300000 hommes au profit du général Guillaumat qui à remplacé le général Sarrail. La mobilisation générale est ordonnée le 22 janvier 1918.

Les troupes héllènes sont vus d’abord avec suspicion et il faudra du temps pour que la confiance règne entre alliés et grecs. Les grecs remportent la bataille de Skra-di-Legen du 29 au 31 mai 1918 suivit d’une victoire greco-britannique lors de la troisième bataille de Dorian les 18 et 19 septembre 1918.

Le 29 septembre 1918 la Bulgarie signe l’armistice de Thessalonique avant d’être suivis par les autres pays que ce soit l’empire ottoman le 30 octobre, l’Autriche-Hongrie le 3 novembre et l’Allemagne le 11 novembre 1918.

Le conflit terminé la Grèce espère obtenir de fructueuses récompenses. Venizelos publie un mémoire où il montre qu’il est prêt à abandonner beaucoup pour obtenir l’Asie mineure. Une commission des affaires grecques dirigée par Jules Cambon est créée au sein de la Conférence de paix de Paris.

La Grèce obtient la Thrace orientale et l’Ionie au traité de Sèvres mais ces territoires seront perdus au cours de la Grande Catastrophe.

En 1923 la Grèce allait néanmoins récupérer la Thrace occidentale auprès de la Bulgarie qui perd ainsi un accès direct à la mer Ionienne. A noter que la Grande Catastrophe permet à l’Italie de ne pas appliquer un accord de 1919 qui prévoyait la rétrocession du Dodécanèse sauf Rhodes à la Grèce. L’Epire du Nord est rétrocédée à l’Albanie en 1923.

Mitteleuropa Balkans (50) Bulgarie (14)

Une histoire militaire de la Bulgarie (2) : aux temps modernes (1878-1954)

Les prémices

Drapeau des opalchentsi

L’armée bulgare renait officiellement le 22 juillet 1878 (10 juillet selon le calendrier julien) quand douze bataillons d’opalchentsi qui venaient de participer à la guerre de Libération (appelée également neuvième guerre russo-ottomane) forment une armée nationale plus de quatre siècles après la fin de l’indépendance bulgare.

2011 : des passionnés d’histoire militaire célèbre le 133ème anniversaire de l’indépendance bulgare. Ils portent la tenue des opalchentsi qui s’illustrèrent durant la guerre russo-ottomane de 1877/78.

Les opalchentsi sont des volontaires bulgares qui décident d’aider la Russie dans sa guerre contre l’empire ottoman mais aussi prendre leur revanche sur l’écrasement de la révolte 1876, écrasement d’une violence telle que cela avait suscité l’écœurement de l’opinion publique européenne.

Ils sont regroupés à Samara et vont jouer un rôle majeur dans deux des quatre batailles du col de Skipka (deuxième bataille du 21 au 26 août 1877 et quatrième bataille du 5 au 9 janvier 1878).

Fusil Chassepot modèle 1866

Armés de fusils Chassepot (probablement pour maintenir l’illusion que la Russie n’étaient pas derrière eux), ils formèrent trois brigades numérotées 1, 2 et 3, chaque brigade disposant deux bataillons (druzhina) de cinq compagnies chacune. A ces trois brigades vont s’ajouter six druzhina indépendants numérotés 7 à 12.

Selon la Constitution de Tarnovo, tout les hommes âgés de 21 à 40 ans sont éligibles au service militaire et plus généralement aux obligations militaires.

En 1883 l’armée bulgare connait une première réorganisation. Les douze bataillons d’infanterie cités plus haut sont regroupés au sein de quatre brigades stationnées à Sofia, Pleven, Muse et Shumen. A cela s’ajoute une brigade de cavalerie.

La jeune armée bulgare ne tarde pas à connaître le baptême du feu puisque dès 1885 un conflit l’oppose à la Serbie.

Ce conflit est d’abord favorable à Belgrade mais la contre-attaque bulgare bouscule les troupes serbes qui doivent se replier sur leurs bases de départ et même battre en retraite devant la poussée des troupes de Sofia. Seule la menace d’une intervention austro-hongroise côté serbe stoppa l’avancée bulgare.

A l’époque l’armée de terre bulgare aligne un peu moins de 30000 hommes organisés en huit régiments à trois bataillons regroupés dans les quatre brigades vues plus haut. Comme chaque régiment possède environ 700 hommes on compte 5600 fantassins, le reste des effectifs étant composée de cavaliers (neuf escadrons) et d’artilleurs qui arment douze batteries à huit canons sans compter les services nécessaires.

Pour ce conflit elle peut également compter sur la milice de Roumélie Orientale unie par union personnelle à la principauté de Bulgarie. Cette milice mobilise d’abord ses unités de première ligne (douze bataillons d’infanterie, deux escadrons de cavalerie et quatre canons) bientôt suivies par ses unités de deuxième ligne soit douze autres bataillons.

Ces bataillons vont opérer avec le deuxième échelon bulgare composé de huit bataillons, vingt bataillons de volontaires et trois bataillons macédoniens.

L’armée de terre bulgare dans les guerres balkaniques.

L’armée bulgare dans la première guerre balkanique

Tableau représentant les soldats bulgares au combat durant les guerres balkaniques

Le commandant nominal de l’armée bulgare est le tsar Ferdinand 1er mais le commandement effectif est assuré par son adjoint, le Lieutenant-General Mihail Savorov, son chef d’état-major était le Major-General Ivan Fichev avec comme chef d’état-major adjoint le colonel Stefan Nerezov.

L’armée bulgare déploie 366029 hommes soit la moitié des forces terrestres de la Ligue Balkanique qui va combattre l’empire ottoman pour chasser les forces de la Sublime Porte du continent européen.

En Thrace, les bulgares déploient trois armées plus une division de cavalerie. Des forces sont également placées sous l’autorité de la 2ème armée serbe sur le théâtre d’opérations occidental. On trouve également un détachement déployé dans les monts du Rhodope.

La 1ère Armée Bulgare dispose de la 1ère Division d’Infanterie «Sofia» à deux brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui (artillerie, génie), de la 3ème Division d’Infanterie «Balkan» à trois brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui (artillerie, génie) et de la 10ème Division d’Infanterie composée de deux brigades à deux régiments d’infanterie.

La 2ème Armée Bulgare disposait de la 8ème Division d’Infanterie «Tundzha» à trois brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui, de la 9ème Division d’Infanterie «Pleven» à trois brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui, du détachement Haskovo avec une brigade d’infanterie, un détachement d’artillerie et une brigade de cavalerie à deux régiments.

La 3ème Armée Bulgare disposait de la 4ème Division d’Infanterie «Preslav» à trois brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui, de la 5ème Division d’Infanterie «Danube» à trois brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui et de la 6ème Division d’Infanterie «Bdin» avec deux brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui.

La seule Division de Cavalerie de l’armée bulgare opère sur le théatre d’opérations de la Thrace avec deux brigades, la 1ère disposant de deux régiments alors que la 2ème dispose de trois régiments.

Sur le Théâtre occidental, la Bulgarie déploie une division au sein de la 2ème Armée serbe, la 7ème Division d’Infanterie «Rila» composée de trois brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités de cavalerie, de génie et d’artillerie. Elle opère en compagnie d’une division serbe composée de quatre régiments d’infanterie, d’un régiment d’artillerie et d’un régiment de cavalerie.

Le Détachement du Rhodope se compose de l’unique 2ème divisions d’infanterie de Thrace avec deux brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui et de soutien.

Naturellement l’ordre de bataille évolue durant le conflit. Après la première bataille de Catalca, les gouvernements bulgares et ottomans signent un armistice le 3 décembre 1912 et se mettent d’accord pour attendre une conférence de paix à Londres.

Les pourparlers ont lieu au palais de St James et n’avaient pas beaucoup avancé quand le 23 janvier 1913 les Jeunes Turcs dirigés par Enver Bey lancent un coup d’état et s’emparent du pouvoir à Constantinople. Le nouveau gouvernement est déterminé à s’emparer d’Andrinople à tout prix ce que ne pouvait accepter la Bulgarie. L’armistice est dénoncé le 29 janvier 1913 et les combats vont reprendre.

Ce sont les ottomans qui prennent l’initiative. Laissant de petites forces en Epire et en Albanie, les ottomans engagent toutes leurs forces en Thrace avec une offensive combinant attaques terrestres et attaques amphibies.

Durant la période de l’Armistice, les bulgares réorganisent leur stratégie en Thrace. Au début du mois de décembre, ils réalisent que les arrières de la 2ème Armée à Adrianople mais aussi ceux des 1ère et 3ème Armées pouvaient être menacées par une offensive ottomane utilisant la péninsule de Gallipoli comme base de départ.

Pour contrer cette menace le haut commandement bulgare décida de transféré ses forces jadis déployées sur le front occidental dans une nouvelle 4ème Armée bulgare avec 93389 hommes sous le commandement du Major Général Stiliyan Kovachev.

Pendant ce temps à Adrianople, une nouvelle 11ème Division d’Infanterie est formée. Elle est accompagnée par deux divisions d’infanterie serbes ce qui permet aux bulgares de déployer d’autres forces sur la ligne Chataldzha.

Sur la ligne Chataldzha située en Thrace à 35km à l’oust d’Istanbul on trouve d’abord la 1ère Armée bulgare sous le commandement du Lieutenant-Général Vasil Kutinchev qui commandait également le dispositif combinant les 1ère et 3ème armées bulgares.

Cette armée dispose de la 1ère DI «Sofia» à deux brigades à deux régiments d’infanterie auxquels il faut ajouter des unités d’appui et de soutien, de la 3ème DI «Balkan» à trois brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui et de soutien, la 6ème DI «Bdin» à deux brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui et de soutien et la 10ème DI qui comprend deux brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui et de soutien.

La 3ème Armée bulgare commandée par le Lieutenant-General Radko Dimitriez comprend la 4ème DI «Preslav» avec trois brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui et de soutien, la 5ème DI «Danube» avec trois brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui et de soutien et de la 9ème DI «Pleven» avec deux brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui et de soutien.

La 4ème Armée bulgare déployée dans la péninsule de Gallipoli dispose de la 2ème DI de Thrace avec deux brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui et de soutien, de la 7ème DI «Rila» à trois brigades (une à trois régiments, une à un seul régiment et une brigade à deux régiments) plus des unités d’appui dont un régiment de cavalerie et un bataillon de pionniers et de la division de cavalerie avec deux brigades à trois régiments montés, une brigade d’infanterie à deux régiments et des unités d’appui et de soutien.

Toujours dans la péninsule de Gallipoli, on trouve sous le commandement du Major-General Genev le Macedonian-Adrianpolitian Volunteer Corps composée de trois brigades à quatre bataillons d’infanterie plus des unités d’artillerie.

Dans la région d’Andrinople : on trouve la 2ème Armée Bulgare qui dispose de la 8ème DI «Tundzha» à trois brigades à deux régiments plus des unités d’artillerie et du génie, de la 11ème DI à deux brigades à deux régiments d’infanterie, d’une brigade indépendante à deux régiments d’infanterie et d’un détachement d’artillerie indépendant. A cela s’ajoute également deux divisions serbes, la 1ère DI «Timok» et la 2ème DI «Danube».

La division d’infanterie type de l’armée bulgare se compose de trois brigades d’infanterie à deux régiments d’infanterie disposant chacun de quatre bataillons d’infanterie soit un total de vingt-quatre bataillons pour la division. A cela s’ajoutait deux régiments d’artillerie, un régiment de cavalerie et un bataillon du génie.

Pour des raisons tactiques, les 1ère et 2ème division cédèrent chacune une brigade pour permettre la formation d’une 10ème division qui ne disposait donc que de seize bataillons d’infanterie.

Cette armée bulgare va jouer un rôle majeur durant ce conflit en participant à plusieurs batailles contre les armées ottomanes.

L’armée bulgare au combat. Un autre tableau dans un style plus « naïf »

Le premier affrontement est constitué par la bataille de Kardzhali le 21 octobre 1912, une bataille opposant des effectifs comparables (8700 bulgares et 42 canons contre 9000 ottomans qui ne disposaient que de 9 canons). Les bulgares l’emporte et attache définitivement au pays la ville de Kardzhali et la partie orientales du massif des Rhodopes. Si les bulgares n’ont que 9 morts et 42 blessés, les ottomans ont 200 tués et blessés et abandonnent aux bulgares 19 prisonniers.

Trois jours après cet affrontement, 150000 soldats bulgares affrontent à la bataille de Kirk-Kilisse environ 100000 ottomans. Après une tentative ottomane de séparer les 1ère et 2ème armées ottomanes, la poussée bulgare oblige les troupes de la Sublime Porte à battre en retraite.

Les bulgares ont eu 887 tués et 4034 blessés sans oublier 824 portés disparus. De leur côté les ottomans ont subit des pertes deux fois plus importantes avec 1500 tués et blessés sans oublier 2 à 3000 prisonniers, 58 canons et 2 avions capturés par les bulgares.

Du 28 octobre au 2 novembre 1912 108000 bulgares (avec 116 mitrailleuses et 360 canons) affrontent 130000 ottomans (appuyés avec 300 canons) à la bataille de Lule-Burgas.

C’est la bataille la plus sanglante de la guerre, les ottomans devant se replier sur les monts Catalca où une puissante ligne fortifiée protège les approches de la capitale ottomane, Constantinople située à seulement 30km. Le bilan humain est terrible avec côté bulgare 2536 tués et 17000 blessés alors que du côté ottoman la note du boucher de nos «amis» anglais est encore plus élevée avec 22000 tués et blessés, 2800 prisonniers et 50 canons capturés.

Les 17 et 18 novembre 1912 à lieu la première bataille de Catalca. Cet affrontement indécis oppose 176430 bulgares contre 140571 ottomans.

Les bulgares subissent de très lourdes pertes ce qui leur impose d’arrêter toute progression ce qui permet aux ottomans de revendiquer la victoire (car même si ce n’est pas vrai en temps de guerre la communication et la propagande c’est presque aussi important que les manœuvres et les combats).

1506 soldats bulgares ont été tués auxquels il faut ajouter 9127 blessés et 1391 disparus soit un total de 12024 hommes hors de combat contre 5 à 10000 tués et blessés côté ottoman. Les pertes inférieures expliquent pourquoi les ottomans ont pu revendiquer la victoire même si cette victoire ne peut pas vraiment changer le cours de la guerre clairement dominé par la Ligue Balkanique.

Le 27 novembre 1912 à lieu la bataille de Merhamli entre bulgares et ottomans (effectifs exacts inconnus). Après une poursuite des bulgares, les ottomans doivent franchir la rivière Maritsa mais la majorité doit se rendre aux bulgares puisque sur les 10000 soldats ottomans engagés 9600 vont être faits prisonniers.

Le 26 janvier 1913 à lieu la bataille de Bulair. Environ 10000 bulgares affrontent quasiment 40000 ottomans (NdA chiffres incertains et contestés). Les ottomans tentent de dégager la forteresse d’Andrinople (aujourd’hui Edirne) assiégée par les bulgares depuis le début du conflit. L’attaque est rapidement contrée par les bulgares.

En ce qui concerne les pertes là aussi il y à contestation puisque l’unique source est bulgare et c’est ainsi que selon Sofia on trouve 114 tués et 416 blessés du côté bulgare et côté ottoman plus de 6000 morts et 10000 blessés.

Du 3 février au 3 avril à lieu la deuxième bataille de Catalca. C’est une bataille d’usure qui se termine de manière incertaine.

Du 9 au 11 février 1913 les bulgares affrontent les ottomans lors de la bataille de Sarkoy. Cet affrontement est la conséquence de la bataille de Bulair et comme la bataille de Bulair se termine par une victoire bulgare.

Là aussi les pertes sont très incertaines. Si du côté bulgare j’ignore les effectifs engagés et donc les pertes, côté ottoman on trouve près de 20000 hommes et 48 canons plus des navires (deux croiseurs et deux cuirassés) et au niveau des pertes on annonce 882 tués, 1842 blessés et 55 disparus.

Du 3 novembre 1912 au 26 mars 1913 la forteresse d’Andrinople à été assiégée par les bulgares rejoint ensuite par les serbes. Sa chute va pousser l’Empire ottoman à demander la paix car incapable de poursuivre la lutte. 106425 bulgares et 47275 serbes vont affronter entre 50 et 70000 ottomans.

C’était donc la fin d’un siège de cinq mois marqué par deux attaques nocturnes infructueuses. La prise de cette forteresse fait sensation car elle avait été fortfiée par les allemands et était jugée imprenable.

La première guerre balkanique se termine par la signature du traité de Londres le 30 mai 1913. Ce traité voit les grandes puissances européennes intervenir. Une Albanie indépendante voit le jour, les îles de la mer Egée sont cédées à la Grèce sauf celles de Imhos et de Tenedos qui commandent l’accès aux détroits turcs, la Crète appartient définitivement à la Grèce.

Tous les territoires européens de l’empire ottoman à l’ouest d’une ligne Enos-Midio sont cédés à la Ligue Balkanique qui doit en assurer le partage. C’est le début d’un processus qui allait conduire à la deuxième guerre Balkanique.

Mannlicher M1888

En ce qui concerne l’équipement de l’armée bulgare on trouve plusieurs modèles de pistolets et de revolvers comme le Frommer-Stop austro-hongrois, le Beholla et le Luger P-08, plusieurs modèles de fusil (Mauser modèle 1871/84, Peabody-Martini Henry, Mannlicher M1888 et M1895) mais aussi le fusil mitrailleur Madsen.

L’armée bulgare dans la deuxième guerre balkanique

Suite aux problèmes du partage des dépouilles entre les vainqueurs, la Bulgarie se retourne contre ses anciens alliés bientôt renforcés par l’empire ottoman. Le conflit sera bref se terminera par un désastre pour Sofia qui parviendra tout de même à conserver quelques territoires.

Durant la 1ère guerre Balkanique la Bulgarie avait mobilisé 599878 hommes sur une population masculine de 1914160. 33000 soldats sont morts sans compter les 50000 blessés ou malades (typhus et cholera).

En dépit de la mobilisation de nouveaux bulgares issus des territoires conquis en Thrace et en Macédoine, l’armée bulgare ne dispose que de 500491 hommes alors que les anciens bulgares pouvaient mobiliser 83% des effectifs présents durant la première guerre soit plus que la Bulgarie.

Les bulgares vont déployer cinq armées contre la Grèce et la Serbie, ne laissant qu’un maigre rideau contre les ottomans et rien sur la frontière avec la Roumanie.

On trouve onze divisions d’infanterie, une division de cavalerie, le corps des volontaires macédonio-adrianopolitain. A cela s’ajoute en réserve sous l’autorité directe du haut-commandement deux divisions d’infanterie et une brigade d’infanterie indépendante.

La force de combat globale était donc de 297 bataillons d’infanterie, 47 escadrons de cavalerie et 186 batteries d’artillerie. Sur le plan matériel la situation s’est améliorée mais comme nous le verrons dans le récit du conflit cela ne va pas suffire.

Le commandant en chef est toujours nominalement assuré par le tsar Ferdinand 1er mais au quotidien le commandement est assuré par le Lieutenant-General Mikhail Savov avec comme adjoint en titre le chef d’état-major général, le Major-General Ivan Fichev mais comme ce dernier est opposé à une nouvelle guerre, il est suppléé sans être débarqué par son adjoint, le colonel stefan Nerezov.

Cette situation ne dure pas car peu après le début du conflit, le Lieutenant-General Savov est viré mais reprendra du service en assurant le commandement combiné des 2ème, 4ème et 5ème armée.

Pour le remplacer dans ses fonctions, Ferdinand 1er le remplace par le général Dimitriez nettement plus russophile, son adjoint le général Racho Petrov assurant le commandement de la 3ème Armée.

Ordre de Bataille des troupes opérant contre l’armée serbe

Face aux troupes de Belgrade, Sofia déploie tout d’abord la 1ère Armée placée sous le commandement du Lieutenant-General Vasil Kutinchev.

Elle comprend la 5ème Division d’Infanterie «Danube» composée de deux brigades d’infanterie à deux régiments plus des unités d’appui et de soutien, la 9ème Division d’Infanterie «Pleven» à deux brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui de soutien et enfin d’une brigade d’infanterie indépendante à deux régiments également. Sous le commandement direct de l’armée on trouve escadrons de cavalerie pour l’éclairage.

La Troisième Armée commandée par le Lieutenant-General Radko Dimitriev comprend la 1ère DI «Sofia» à deux brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui, la 13ème DI à trois régiments d’infanterie, une brigade d’infanterie à deux régiments, une division de cavalerie à deux brigades à deux régiments plus des unités d’appui et un régiment de cavalerie indépendant.

La Cinquième Armée commandée par le Major-General Stefan Toshev comprend la 4ème DI «Preslav» à deux brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui, la 12ème DI à trois régiments d’infanterie, la Brigade Odrin à deux régiments d’infanterie, de l’artillerie d’armée et un régiment indépendant de cavalerie.

La Quatrième Armée commandée par le Major-General Stiliyan Kovachev comprend la 2ème DI thrace à trois brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui, la 7ème DI «Rila» à trois brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui, la 8ème DI «Tundzha» à trois brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui et de soutien, deux brigades d’infanterie indépendante.

Elle dispose également du corps des volontaires macédonio-adrianopolitain composé de trois brigades à cinq bataillons d’infanterie plus des unités d’appui. Sous l’autorité directe de l’armée on trouve un régiment de cavalerie et un régiment d’Opalchenis.

Ordre de bataille des troupes engagées contre l’armée grecque

Face à l’armée grecque les bulgares déploient la Deuxième Armée commandée par le Lieutenant-General Nikola Ivanov. Elle comprend la 3ème DI «Balkan» à deux brigades à deux régiments d’infanterie plus des unités d’appui et de soutien mais aussi la 11ème DI à trois régiments d’infanterie plus des unités d’appui et de soutien, trois brigades indépendantes d’infanterie ainsi que des unités dépendant directement de l’armée à savoir un régiment d’infanterie, un régiment de cavalerie, des escadrons indépendants de cavalerie, un bataillon de garde-frontières et une section d’obusiers.

Forces déployées en Thrace orientale (face aux turcs)

Face aux turcs les bulgares ne déploient qu’un écran pour jalonner et freiner autant que faire se peut une poussée ottomane. On trouve d’abord une brigade d’infanterie issue de la 10ème DI (d’où sa désignation de 2/10) avec deux régiments d’infanterie, deux escadrons de cavalerie et une section d’artillerie. A cela s’ajoute un régiment d’infanterie et deux régiments de cavalerie, tous les trois indépendants.

Réserve du Haut-Commandement

Le haut-commandement bulgare conserve sous son autorité directe en réserve stratégique la 6ème DI «Bdin» à deux brigades à deux régiments d’infanterie plus une unité d’artillerie et un bataillon de pionnier.

Ce conflit est donc la conséquence du premier où les anciens alliés de la Ligue Balkanique vont se déchirer des territoires.

C’est la Bulgarie qui prend l’initiative en attaquant la Serbie et la Grèce le 29 juin 1913. Belgrade et Athènes vont être ultérieurement aidés par le Monténégro le fidèle allié de la Serbie mais aussi pour la Roumanie et l’empire ottoman ce qui fait que l’armée bulgare va devoir combattre en même sur tous les fronts. C’était déjà quasiment impossible pour armée de premier ordre alors l’armée bulgare vous pensez…… .

Sur le plan militaire, les troupes serbes et grecques sont encore fraiches. En effet elles n’ont pas eu à s’employer alors que les troupes bulgares ont combattu durement ce qui à provoqué de nombreuses pertes.

La bataille de Bregalnica (rivière alimentant le Vardar) est la première du conflit. Deux armées bulgares affrontent deux armées serbes (renforcées par quelques éléments monténégrins).

Sur le plan numérique cela nous donne 184000 bulgares (116000 pour la 4ème armée 68000 pour la 5ème armée) répartis entre 100 bataillons d’infanterie, 6 régiments de cavalerie et 63 batteries d’artillerie qui affrontent 191000 serbo-monténégrins répartis entre 104 bataillons d’infanterie, 24 escadrons de cavalerie et 62 batteries d’artillerie. C’est la plus grande bataille de la guerre qui se termine par une défaite bulgare et de sérieuses pertes avec 20000 tués côté serbo-monténégrin et 30000 côté bulgare.

Du 2 au 4 juillet 1913, les grecs remportent la bataille de Kilkis-Lachanas. 75000 bulgares (57 bataillons d’infanterie et 10 escadrons de cavalerie) appuyés par 175 canons affrontent 117000 grecs (73 bataillons d’infanterie et 8 escadrons de cavalerie). Cette bataille fait suite à la bataille précédente

Les serbes tiennent le choc et les grecs parviennent de leur côté à contre-attaquer, infligeant aux bulgares une sérieuse défaite, la pire de ce conflit. Les bulgares ont 6971 tués et blessés plus 2500 prisonniers et 19 canons perdus alors que les grecs ont perdu 8828 tués et blessés.

La ville une fois prise est vidée de sa population bulgare. L’armée grecque divise alors ses forces, une partie met cap à l’est et la Thrace occidentale, le reste avance la vallée creusée par la rivière Struma, les grecs battant les bulgares à la bataille du lac Doiran (5/6 juillet 1913).

Cette bataille oppose deux brigades bulgares issus de la 2ème armée à deux divisions grecques (3ème et 10ème DI).

Conséquence de la bataille de Kilkis-Lachanas, cette bataille voit les bulgares qui avaient détruit les ponts sur le Styrmon et la ville de Serres être sérieusement malmenés ce qui entraîne une retraite vers le nord. Les grecs s’emparent de plusieurs villes et menacent la capitale bulgare. A cela s’ajoute un débarquement amphibie grec à Kavala.

Les pertes traduisent le déroulement des combats. La moitié des troupes bulgares est tuée, blessée ou capturée alors que les grecs n’ont que des pertes minimes avec 252 tués et 755 blessés.

Du 4 au 7 juillet à lieu la bataille de Knjazevac entre environ 50000 bulgares appuyés par 108 canons et 40000 serbes appuyés par 68 «bouches à feu».

C’est une victoire bulgare, les troupes de Sofia s’emparant de cette ville située à 250km au sud-est de Belgrade et 55km au nord-est de Nis. Si les pertes serbes sont inconnues, les bulgares perdent plus de 1000 hommes (280 tués et 820 blessés).

Du 6 au 8 juillet la 3ème armée bulgare affronte la 2ème armée serbe dans la bataille de Pirot. Les bulgares qui avaient lancé l’offensive doivent se replier pour aider leur 1ère armée sérieusement accrochée par les roumains.

Avec cette défaite qui s’ajoute à celle survenue lors de la bataille de Bregalnica, les bulgares peuvent dire adieu à la conquête du sud-ouest de la Serbie.

Le 8 juillet 1913 à lieu la bataille de Bedogradchik entre les bulgares et les serbes qui se termine par une victoire serbe.

Peu après les bulgares remportent la bataille de Demir Hisar les 9 et 10 juillet toujours contre les grecs.

Du 12 au 18 juillet la ville de Vidin défendue par 4200 bulgares est assiégée 8500 serbes. Une première attaque serbe échoue mais la paix est signée avant que d’autres attaques d’où qu’elles viennent soient menées à bien.

Les 18 et 19 juillet 1913 à lieu la bataille de Kalimanci. Deux armées bulgares affrontent une armée serbo-monténégrine. Les bulgares repoussent les serbes qui cherchaient à les expulser de Macédoine et retrouver les grecs plus en aval sur la rivière Struma. C’est une importante victoire défensive pour les bulgares qui empêchent toute invasion de la Bulgarie par la Serbie.

Cette bataille se termine par des pertes assez élevées avec 2400 tués et 4620 blessés côté bulgare, 2500 tués et 4850 blessés côté serbe, 107 tués et 570 blessés côté monténégrin.

Du 22 au 31 juillet à lieu la Bataille de Kresna qui est la dernière bataille majeure du conflit. Les bulgares avaient contre-attaqué les serbo-monténégrins le 19 juillet et tentent de faire pareil contre des grecs épuisés dont les lignes de communication sont sur le point de rompre.

Euletherios Venizelos

Pour ne rien arranger on se chamaille au sommet de l’état entre le premier ministre Venizelos partisan d’un armistice et le roi Constantin 1er qui voulait obtenir une grande victoire militaire.

Cette bataille manque de tourner à la catastrophe pour les grecs, les bulgares appuyant sur les flancs pour tenter de réitérer la célèbre bataille de Cannes (-216).

Les grecs demandent aux serbes de relancer l’attaque mais Belgrade refuse. A la même époque les roumains avancent vers Sofia. C’est ce qui va sauver les grecs d’un anhilation quasi-totale.

Les roumains ? Oui les roumains qui déclarent la guerre le 10 juillet 1913 suite à un désaccord frontalier avec Sofia. Quand les grecs acceptent la proposition bulgare d’un armistice les troupes roumaines sont à Vrazhebdria à onze kilomètres du centre de Sofia.

Les troupes de Bucarest vont envahir la Doubroudja du sud mais également franchir le Danube dans la région de Corabia.

Les ottomans vont également se joindre à la curée à partir du mois de juillet. Pas moins de 200 à 250000 turcs vont envahir la Thrace occidentale. Les bulgares en sous-effectifs évacuent Adrianople (Edirne) en catastrophe le 19 mais comme les turcs ne l’occupe pas, ils reviennent le lendemain pour l’abandonner définitivement cette fois le 21.

Le 23 juillet 1913 Edirne est occupée par les ottomans. C’est symboliquement très importante car cette ville capturée par Murad 1er dans les années 1360 avait été la première capitale européenne des ottomans, statut qu’elle conservera jusqu’à la prise de Constantinople en 1453.

L’invasion ottomane de la Bulgarie provoque la panique chez les paysans de la région qui se réfugient dans la montagne. Les troupes ottomanes n’ont pas eu à souffrir de pertes au combat mais ont perdu 4000 hommes des suites du choléra.

Les russes menacent alors Constantinople d’intervenir dans le Caucase et envoient la flotte de la mer Noire menacer la capitale ottomane. C’est alors la Grande-Bretagne soucieuse de ne pas trop laisser de place à Saint-Pétersbourg dans la région qui décide d’intervenir.

De toute façon les différents belligérants sont épuisés, éreintés par neuf mois d’un conflit qui annonce tristement les horreurs du premier conflit mondial.

La deuxième guerre Balkanique se termine par le Traité de Bucarest signé le 10 août 1913. Les ottomans demandent à participer mais les anciens alliés de la Ligue Balkanique refusent. Cette fois les Grandes Puissances vont intervenir pour éviter qu’une nouvelle paix insatisfaisante ne provoque une troisième guerre.