Le Conflit (58) Europe Occidentale (24)

Groupes/Corps Francs et Duels d’artillerie

Dès la fin du mois d’août les ouvrages de la ligne Maginot en sommeil/veille depuis 1940 sortent de leur torpeur pour protéger la France d’une attaque surprise des allemands.

Comme on craint que les allemands n’attaquent immédiatement pour empêcher la montée en puissance de la «Muraille de France» dès la fin du mois d’août la frontière est fermée, surveillée plus que protégée par des gardes-frontières.

Ces hommes sont issus des villages situés entre la frontière et la ligne Maginot. Ils rejoignent aussitôt les cadres des Groupes Frontaliers (GF), cadres issus de la Garde Républicaine Mobile (GRM) issus des légions de la GRM venant des 15ème, 16ème et 17ème régions militaires (Chalons en Champagne, Strasbourg et Metz).

Ces gardes-frontières vont patrouiller sur la frontière servant de sonnette, n’ayant pas à s’employer contre les allemands. De toute façon armés uniquement de pistolets et de mousquetons ils ne pouvaient pas faire grand chose. Même chose pour les Grenzschutzen côté allemand.

Dès la mi-septembre, le dispositif Maginot est suffisament puissant pour repousser une attaque allemande sans compter que les unités de campagne sont presque toutes en place. Les hommes rejoignent des régiments territoriaux, les cadres de la GRM des unités chargés du maintien de l’ordre sur les arrières des armées.

Les villages situées à la frontière c’est à dire devant la ligne Maginot sont évacués, les populations transférées dans le sud-ouest.

Un gigantesque no man’s land sépare les deux lignes fortifiées, un espace où l’homme est encore présent sous la forme de patrouilles côté allemand et de groupes francs côté français.

Il s’agit d’éviter que l’ennemi ne s’installe dans cet espace, ne prenne trop ses aises et se facilite ainsi la tâche en cas d’attaque.

Ces groupes/corps francs sont généralement composés d’un capitaine, d’un lieutenant lui servant d’ajoint, d’un médecin (les combats entre patrouilles vont permettre à la médecine de guerre de faire de gros progrès permettant l’invention de techniques qui bien plus tard allaient sauver des vies), de huit sous-officiers et de trente à quarante soldats.

L’armement varie lui aussi beaucoup entre les unités, chaque groupe franc adaptant ces armes à son contexte/cadre d’emploi. Le plus souvent on trouve quatre à six fusils-mitrailleurs, des fusils semi-automatiques ou des mousquetons, des pistolets ou des révolvers, des pistolets mitrailleurs, des fusils à grenade VB et même des mortiers légers de 60mm.

Chaque patrouille se composait généralement d’un chef de patrouille disposant d’un revolver et/ou d’un pistolet mitrailleur, d’un tireur de précision avec fusil semi-automatique à lunette, un tireur de grenades VB et cinq patrouilleurs disposant d’un mousqueton ou d’un pistolet mitrailleur, de grenades, tous possédant des armes blanches à profusion qu’elles soient réglémentaires ou non.

L’équipement individuel est modifié pour obtenir un confort maximum et surtout réduire le bruit, augmenter pour utiliser un anachronisme la «furtivité».

Par exemple les effets des troupes motorisées (casque à bourrelet, salopette, veste en lin……) étaient très appréciées plutôt que les effets standards jugés inadaptés aux patrouilles et à la guerre de mouvement et ceux en dépit d’efforts importants réalisés dès la fin des années trente et surtout après 1940.

On ne compte plus les micro adaptations locales qui font encore aujourd’hui les délices des amateurs d’uniformologie.

En face les allemands vont engager des unités semblables appelées Stosstruppe.

Dès le début le Groupe d’Armées n°2 aiguillonné par le général Villeneuve fait preuve de dynamisme et d’agressivité avec des patrouilles de combat qui débouchent souvent sur des accrochages plus ou moins prolongés, plus ou moins violents avec l’ennemi.

Si certains combats n’opposent que les patrouilles engagées de part et d’autre, d’autres voient l’engagement de moyens plus importants comme l’artillerie lourde et l’aviation. Cependant les combats ne dégénèrent pas en une attaque d’ampleur car aucun des belligérants n’y à vraiment intérêt.

Composés généralement des meilleurs soldats du régiment, les groupes francs devait mener patrouilles de reconnaissance et coup de main, renounant avec les patrouilleurs et autres nettoyeurs de tranchée de l’autre guerre.

Ils devaient également soutenir et aider les avant-postes des troupes de ligne situées devant les ouvrages de la Ligne Maginot.

La mise en place de ce type d’unité ne faisait pas forcément l’unanimité à la fois pour des raisons politiques (crainte de créer des prétoriens amateurs de putsch) et pratiques (crainte de perdre les meilleurs soldats du régiment, démotiver les autres et en payer le prix en cas d’offensive ennemie).

Le général Villeneuve appuya toutes les initiatives pour «embêter» au maximum les allemands quitte à déclencher une offensive même si le Général Tornade était convaincu que les allemands n’allaient pas attaquer massivement pour un affrontement entre patrouilles.

Si la mise sur pied de groupes francs par les unités de campagne paraissait évident, la mise en place de telles unités par les RIF semblait moins évident de prime abord.

Ce fût pourtant le cas avec des patrouilles menées par ces «fantassins du béton» qui montraient qu’ils n’étaient vissées à leurs ouvrages et qu’ils pouvaient combattre comme n’importe quelle unité d’infanterie de l’armée française.

Du 5 septembre 1948 au 10 mai 1949 de nombreux incidents ont eu lieu dans les secteurs fortifiés couverts par le GA n°2, les secteurs tenus par la 3ème, la 4ème, la 6ème et la 8ème Armée ce qui représentait un total de treize corps d’armée (plus un quatorzième le 27ème CA en réserve pour une intervention en Suisse).

Chaque corps d’armée couvrait un ou deux secteurs fortifiés, secteurs fortifiés devenus pour certains des DIF ou Divisions d’Infanterie Fortifiées (DIF).

Naturellement tous les SF/DIF ne sont pas sur le même plan, certains étant marqués par davantage d’incidents, de combats que d’autres. Les plus exposés étant ceux de Faulquemont, de Sarre, de Rorbach tenus respectivement par le 4th British Corps, le 24ème Corps d’Armée et le 8ème Corps d’Armée.

C’est dans ces secteurs qu’ont eu lieu les combats les plus importants, les escarmouches les plus importantes. Les pertes ont été lourdes des deux côtés, les alliés souffrant du goût immodéré des allemands pour les mines antipersonnelles et pièges divers, les allemands découvrant le goût des alliés et notamment de ces «maudits français» pour le corps à corps où il était plus facile d’utiliser le couteau, le pistolet ou la grenade que le pistolet mitrailleur et a fortiori le mousqueton.

Je vais donc d’aborder des combats dans ce secteur avant de parler des autres secteurs concernés par les menées allemandes et la riposte alliée.

Commençons d’abord par la 3ème Armée qui couvrait les secteurs fortifiés de Crusnes et de Thionville (7ème CA), du Boulay (23ème CA), de Faulquemont (4th British Corps) et de la Sarre (24ème CA). Elle concentre deux des secteurs les plus exposés parmi ceux listés ci-dessus.

Le Secteur Fortifié de Faulquemont est couvert par le 4ème Corps d’Armée britannique qui comprend deux divisions d’infanterie, la 51th Highland Division et la 58th Northumbrian Division sans oublier différentes unités d’appui.

Les tommies s’appuient sur les unités du SF de Faulquemont qui comprend deux régiments d’infanterie de forteresse (146ème 156ème RIF), une compagnie de pionniers (5ème Compagnie 400ème régiment de pionniers), d’un régiment d’artillerie (163ème RAP) disposant de deux groupes de 75mm, un groupe de 155C Saint Chamond et un groupe de canons de 155L, d’un deuxième régiment d’artillerie le 39ème RAMF qui comprend deux groupes de 75mm, un groupe de 155mm court et un groupe antichar de 47mm. Le 201ème bataillon de génie de forteresse qui prend sous son aile une compagnie télégraphiste et une compagnie radio ferme le ban.

Comme nous le savons la décision de confier aux britanniques une partie de la défense de la France avait suscité quelques polémiques vites éteintes par la puissance du symbole que cela représentait.

Certaines mauvaises langues avaient émis des doutes en disant que les anglais y avait envoyé une seule division anglaise et que l’autre était écossaise.

Ces sarcasmes sont vite éteints par le sang que versent les tommies lors des premières escarmouches dans le no man’s land, les premières victimes de mines antipersonnelles, de tireurs isolés ou d’embuscade.

Commençons par nos amis écossais de la Auld Alliance, la 51st Highland Division qui comme toutes les autres divisions d’infanterie britanniques ne comprend pas des régiments divisés en compagnies mais des brigades divisés en bataillons :

-La 152e brigade comprend le 2e bataillon, The Seaforth Highlanders, le 4e bataillon, The Seaforth Highlanders et 4e bataillon, The Queen’s Own Cameron Highlanders

-La 153e brigade comprend le 4e bataillon, The Black Watch, le 1er bataillon, The Gordon Highlanders et le 5e bataillon, The Gordon Highlanders

-La 154e brigade comprend le 1er bataillon, The Black Watch, le 7e bataillon, The Argyll and Sutherland Highlanders et le 8e bataillon, The Argyll and Sutherland Highlanders.

Suite à un accord avec les unités de forteresse, les britanniques ont organisé des avant-poste sur la frontière allemande, avant-poste régulièrement visités par des patrouilles.

Ces détachements d’une semaine en avant-poste n’étaient pas aimés par les soldats qui craignaient toujours d’être attaqués par les Huns _le surnom péjoratif donné aux allemands par les anglais équivalent de notre fridolin_ et d’être totalement submergés avant l’arrivée de renforts.

Certes les français leur promettait un soutien d’artillerie rapide et efficace mais nombre d’écossais et d’anglais étaient sceptiques et dubitatifs.

Dans un premier temps ils furent confortés avec plusieurs appuis inefficaces voir meurtriers avec des tirs amis en raison de problèmes de coordination. Peu à peu néanmoins les alliés ont pu s’accorder et trouver la bonne carburation.

Le dispositif fût également repensé, certains avant-poste trop exposés ou trop difficiles à défendre furent abandonnés. Cela ne voulait pas dire que les allemands pouvaient occuper le terrain, la zone était minée ou battue par l’artillerie de manière quotidienne de façon à faire comprendre aux allemands qu’installer un PO ou un AP ici serait une perte de temps et de moyens.

La division écossaise arrive sur place à la fin du mois de septembre 1948 et s’installe immédiatement à l’arrière de la Ligne Maginot avant d’installer dans le no man’s land les fameux avant-poste qui vont générer des combats avec les Stosstrups.

Plusieurs combats, plusieurs incidents ont lieu, le plus grave datant du 6 octobre quand un avant-poste tenu par le 1er bataillon du Black Watch est emporté par un assaut allemand en bonne et due forme qui fait un temps craindre l’attaque avec un grand A. Si les allemands ont perdu 8 soldats plus douze blessés, les écossais ont perdu dix-neuf hommes (douze tués et sept prisonniers).

Ce n’est heureusement pas le cas, l’avant-poste étant repris quatre jours plus tard par un assaut mené par les écossais soutenus par l’artillerie de la ligne Maginot et par les canons de 155mm du 163ème RAP.

La 58th Northumbrian Division connait également des combats contre les allemands mais les assauts n’ont pas été aussi violents, le combat le plus important ayant eu lieu le 14 novembre 1948 quand une patrouille tombe dans une embuscade provoquant la mort de neuf soldats plus quatre disparus et quatre prisonniers. En représailles l’artillerie de la Ligne Maginot ouvre le feu sur le secteur.

Le Secteur Fortifié de la Sarre est couvert par la 24ème Corps d’Armée (24ème CA) qui comprend notamment deux divisions d’infanterie de ligne, les 26ème et 42ème DI sans oublier des unités d’appui et de soutien, je renvoie le lecteur aux parties consacrées à l’ordre de bataille pour cela.

Le SF-Sarre comprend de nombreuses unités de combat peut être pour compenser l’absence d’ouvrages puissants, la région étant sous mandat français jusqu’en 1935 date de son rattachement à l’Allemagne. Et à cette époque l’heure était plutôt à la mécanisation et à la motorisation qu’à la bétonisation. Certes quelques ouvrages ont été construits rien d’ultra-puissant.

On trouve le 133ème RIF, les 69ème 82ème et 174ème RMIF (Régiments de Mitrailleurs de l’Infanterie de Forteresse), les 41ème et 51ème RMIC (Régiments de Mitrailleurs de l’Infanterie Coloniale), le tout appuyer par deux régiments d’artillerie (166ème RAP et 49ème RAMRF) et le 208ème BGF.

Les fantassins et les mitrailleurs sont donc ouvert par un premier régiment d’artillerie qui comprend un groupe de canons de 75mm et de 155C Saint-Chamond, un groupe équipé de canons de 75mm et de 155mm long et un groupe équipé de pièces dites lourdes (120mm, 220mm et 280mm). Le second régiment comprend deux groupes de 75mm et un groupe de 155mm court, ce régiment ayant été créé à partir du premier à la mobilisation.

La 26ème DI comprend trois régiments d’infanterie (86ème, 98ème et 105ème RI) alors que la 42ème DI (80ème RIA, 94ème et 151ème RI), chaque régiment mettant sur pied un groupe/corps franc avec des volontaires.

Les corps francs vont mener des patrouilles, des coups de main et même quelques raids sur le territoire allemand pour maintenir la pression et empêcher les allemands de sentir à l’aise devant leur «Mur de l’ouest».

Naturellement ces combats font des morts, la 26ème DI perdant neuf hommes lors d’un seul engagement en Sarre où le corps franc du 86ème RI avait pénétré pour une patrouille agressive le 14 octobre 1948.

Deux patrouilles du corps franc tombent dans des embuscades bien préparées par des allemands aux aguets et/ou bien renseignés. En dépit d’une vigoureuse réaction de l’artillerie du secteur, neuf soldats sont tués et sept fait prisonniers, seuls huit soldats rentrant à leur base. Autant dire que pendant quelques temps le groupe franc du 86ème RI à été mis hors de combat.

La 42ème DI connait également des difficultés au cours de plusieurs incidents le plus grave ayant lieu le 4 mars 1949 quand un avant-poste est attaqué. Huit soldats du 80ème RIA sont tués, les autres tiennent mais doivent se replier après le tir de couverture déclenchée par les canons de 155mm long du 166ème RAP.

L’avant-poste est occupé par les allemands jusqu’au 17 mars quand un assaut mené par le 80ème RIA récupère la position qui sera sérieusement renforcée, dissuadant les allemands de lancer de nouveaux coups de sonde. Il sera toujours temps de l’occuper ou de balayer quand l’offensive avec un grand O sera déclenchée.

Le Secteur Fortifié de Rorbach est couvert par la 8ème Corps d’Armée (8ème CA) qui comprend la 45ème Division d’Infanterie (45ème DI) et la 2ème Division d’Infanterie Polonaise (2ème DIP).

La 45ème DI comprend trois régiments d’infanterie de ligne (31ème, 85ème et 113ème RI) alors que la 2ème DIP comprend les 4ème, 5ème et 6ème RIP (Régiments d’Infanterie Polonaise) également connu sous les noms respectivement de 1er, 2ème et 3ème régiments de chasseurs.

Les six régiments d’infanterie du 24ème CA mettent donc sur pied des groupes francs qui vont mener des patrouilles et des coups de main, les polonais se montrant particulièrement agressifs, des «semi-déments» dira le colonel Peyrolle du 85ème RI qui avait accompagné un group franc du 3ème régiment de chasseurs comme observateur.

Les pertes sont naturellement lourdes avec une telle attitude agressive mais en face les allemands ont mangé cher comme on dit avec de nombreux accrochages, des secteurs que parait-il les allemands évitaient soigneusement.

Il y à également eu des combats sont des avant-poste, les polonais du 1er régiment de chasseurs perdant l’un de leur avant-poste, les dix hommes présents étant tous tués, les allemands racontant que le dernier survivant dégoupilla une grenade quand quatre landser pénétrèrent dans l’avant-poste. Si les allemands avaient des doutes sur la détermination sur les alliés et notamment les polonais ces doutes ont été balayés le 7 octobre 1948.

la 45ème DI à aussi connu des pertes sensibles le 113ème RI perdant le 24 octobre 1948 douze hommes lors de l’assaut d’un observatoire qui comprend un avant-poste emporté une semaine plus tôt. L’attaque menée sans renseignement frais en utilisant les mêmes tactiques et les mêmes régles d’engagement.

Le groupe franc engagé fût d’abord attaqué au mortier avant que les mines antipersonnelles n’alourdissent la note du boucher. L’attaque fût abandonnée mais le groupe franc durant son repli va conserver sa cohésion ce que tout le monde salua.

Dans les autres secteurs des affrontements ont eu lieu mais ils n’ont pas atteint l’intensité des trois secteurs sus-nommés. Ce qui est sur c’est que cela créa du ressentiment, de l’aigreur et de la haine, comptes qui seront réglés lors de l’opération TIGER.

Autre affrontement sur la frontière orientale les duels d’artillerie engageant des pièces plus ou moins lourdes que ce soit celles des RAP (Régiments d’Artillerie de Position), des RAMF (Régiments d’Artillerie Mobile de Forteresse) ou des RARF (Régiments d’Artillerie de Région Fortifiée) voir des RALVF (Régiments d’Artillerie Lourde sur Voie Ferrée), un rassemblement de pièces plus ou moins (plutôt plus que moins) anciennes (même si la Pax Armada à permis la mise à retraite de certaines antiquités).

Ces affrontements vont également engager certains ouvrages munis de canons, d’obusiers et de mortiers.

Le contexte pouvait varier. Généralement c’était un affrontement entre patrouilles et des tirs déclenchés par l’un ou par l’autre ou encore par les deux pour permettre à son unité de dégager et de se replier.

A cela s’ajoutait des tests de la détermination ennemie ou des tirs préventifs sur des préparatifs d’attaque jugés suffisamment sérieux pour justifier un tel engagement qui pouvait faire boule de neige ou qui pouvait permettre à l’ennemi d’affiner sa connaissance du dispositif ennemi.

Dans l’ensemble ces engagements ont fait peu de dégâts, quelques pièces sont détruites de part et d’autre mais par exemple aucun bloc d’artillerie de la Ligne Maginot ne fût neutralisé par l’artillerie allemande y compris les pièces sur voie ferrée déployée par la Heer.

Benelux (72) Luxembourg (2)

Le Luxembourg à l’époque moderne

Un état convoité et occupé

En 1437 suite à l’extinction de la famille régnante, le Luxembourg passe aux mains des Habsbourgs mais pour peu de temps puisqu’en 1443, le puissant duc de Bourgogne, Philippe le Bon conquiert la ville de Luxembourg, l’ancien duché devient une province des Pays-Bas.

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23-Armée de terre : Ligne Maginot (1)

23°) La Ligne Maginot

Carte de la défense des frontières françaises en 1939-40

Carte de la défense des frontières françaises en 1939-40

Protéger la frontière du nord-est où la genèse de la Ligne Maginot

En 1919, la France sort victorieuse mais épuisée du premier conflit mondial. Un profond pacifisme se dévellope et même si on crit «L’Allemagne paiera», on craint une attaque brusquée de la Reichwehr qui bien que ne disposant que de 100000 hommes pourraient menacer la frontière du nord-est surtout une fois la Rhénanie démilitarisée évacuée par la France ce qui était à l’époque prévu pour 1934.

A l’époque, la meilleure façon de protéger une frontière c’est de la fortifier mais comment ? Une fortfication permanente et théoriquement infrachissable ou des fortifications de campagne ?

Il existe bien le système Serré de Rivière mais ce système qui comprend des forts principaux à Verdun, Toul, Epinal, Belfort et Langres est non seulement vétuste et protège la frontière de 1871.

Quand aux fortifications allemandes de Thionville, de Metz et de Strasbourg, elles pourraient servir même si cela n’est pas évident de prime abord;

Imaginer un nouveau système fortifié n’est guère aisé dans cette période d’après guerre en raison non seulement des difficultés économiques mais également du scepticisme de glorieux généraux du premier conflit mondial comme le général Guillaumat ou le maréchal Foch, généralissime des armées alliées.

Le 5 mars 1920, une première instruction (instruction Lefèvre du nom du ministre de la Guerre) est publiée pour envisager les futurs champs de bataille de l’armée française et d’éventuelles fortifications.

Le 17 mai 1920, le Conseil Supérieur de la Guerre (CSG) demande à certains généraux de mener des études concrètes sur la défense des frontières, études qui aboutirent deux ans plus tard, le CSG commençant à étudier ces propositions à partir du 22 mai 1922.

Se sentant incompétent, le CSG décide de créer au mois de juin 1922 la Commission chargée des études d’organisation de la défense du territoire placée sous l’autorité du maréchal Joffre. Cette commission se dissout cependant quinze jours après sa création.

Le 3 août 1922, la Commission de défense du territoire (CDT) est créée sous la présidence du général Guillaumat. Après seulement deux séances, elle rend son rapport le 27 mars 1923. Pendant deux ans rien ne se passe.

Le 31 décembre 1925, le ministre de la Guerre, Paul Painlevé créé la Commission de Défense des Frontières (CDF) avec à nouveau le général Guillaumat. Cette commission comme son nom l’indique doit réaliser et non réfléchir, décide de choisir un système de fortification permanent neuf tout en intégrant certaines fortifications plus anciennes comme Metz et Belfort.

Cette commission définit un certain nombre de Régions Fortifiés : RF de Haute-Alsace ou Belfort, RF de Lauter-Basse Vosges, RF de Metz,Thionville et Longwy, des intervalles n’étant pas strictement défendus mais seront couverts (Le Rhin et l’intervalle entre la RF-Lauter et la RF Metz,Thionville et Longwy).

Cependant en 1927, tout est encore loin d’être arrêté. Le maréchal Petain est sceptique sur la possibilité que le Parlement accorde les importants crédits nécessaires. Il réclame un projet plus simple et moins coûteux, plus proche des fortifications de campagne que des forts du 19ème siècle.

Cependant en 1927, Paul Painlevé presse le pas, créant l’Inspection Technique des Travaux de Fortifications (ITTF) et la direction et chefferies de travaux, deux organes dont la création est suivie par celle le 30 septembre 1927 de la Commission d’Organisation des Régions Fortifiées (CORF) qui dépend du ministre de la Guerre et de lui seulement.

La réalisation entre dans sa phase active en 1929, une loi programme est votée le 28 décembre 1929 sous l’impulsion du ministre de la guerre André Maginot. Décédé en 1932, il donnera son nom à cette ligne fortifiée, éclipsant le rôle de son prédécesseur Paul Painlevé.

André Maginot

André Maginot

Les travaux vont être menés avec régularité durant les années trente, des travaux complémentaires seront menés également durant la guerre de Pologne, des ouvrages tactiques destinés à améliorer la défense des approches sur le front Nord-Est mais également de la défense de la frontière belge.

A-Chronologie étoffée de la construction de la ligne Maginot et de ses extensions (1929-40)

Le Nord-Est

Le programme de construction décidé en 1927 et approuvé par le CSG prévoit l’étalement des travaux sur cinq ans (1929-1934) pour un budget initial de 3760 millions réduit à 2900 millions, montant définitivement enteriné le 14 janvier 1930.

Cependant les travaux ont commencé dès le 4 septembre 1928 (ouvrage de Rimplas dans les Alpes Maritimes) alors que les plans définitifs ne sont pas arrêtés mais à l’époque, les discours irrédentistes de Mussolini réclamant Nice et la Savoie inquiètent.

Le Front Nord-Est est privilégié, en 1930 sont lancés des travaux concernant le tronçon central de la RF de Metz, les tronçons initiaux de la RF Lauter ainsi que les ouvrages de «campagne» défendant le Rhin.

Dès le début des travaux, on assiste à des dérapages financiers ce qui entraîne notamment l’abandon d’ouvrages à tourelles d’artillerie qui auraient donné un punch impressionnant à la Ligne Maginot qui aurait pu recevoir des canons de 145mm (autres calibres étudiés : 138mm, 155mm et 240mm). Cette carence sera compensée par le déploiement de l’ALVF.

Les dérapages financiers vont handicaper la deuxième tranche des travaux lancé à partir de 1931 qui bénéficie néanmoins de l’expérience acquise ce qui accélère certains travaux mais en reporte certains……. .

Durant cette deuxième phase on étend la RF de Metz, la RF de Lauter sans oublier la construction d’une troisième ligne de défense sur le Rhin. A noter que si les deux premières lignes avaient été construite sous la direction des autorités locales, la troisième est construite sous l’autorité du CORF.

C’est également à cette époque que l’on se pose les questions de la protection de la frontière Nord qui jusque-là devait se faire dans les plaines belges ce qui rend en théorie inutile des ouvrages fortifiés.

Cependant les élus locaux s’inquiètent et leur influence relayée par le président du Sénat Albert Lebrun est payante, douze casemates doivent être construits dans la forêt de Raismes (au nord ouest de Valenciennes) et dans la forêt de Mormal (au sud-ouest de Maubeuge) mais ces travaux prévus en 1931 sont reportés en deuxième urgence.

La première loi-programme s’achève donc en 1934. Aux 2900 millions initialement approvisionnés se sont ajoutés d’autres crédits portant le budget total et final à 3442 millions mais le programme initial est loin d’avoir été terminé, des ouvrages supprimés et le tronçon Rorbach-Sarre reporté en dépit de son caractère sensible et stratégique.

Une deuxième loi-programme est votée le 6 juillet 1934 qui prévoit 1275 millions de francs pour de nouveaux travaux mais également des travaux reportés de la première phase. Hélas pour la solidité de la Ligne, seule l’extension de la RF Lauter est financée et réalisée mais sous une forme réduite.

A cette même époque, le CORF commence l’amorce d’une extension de la ligne fortifiée vers le Nord plus par la pression politique locale que sous une réelle nécessité car à l’époque (1934), la Belgique est notre allié (ce n’est qu’en 1936 qu’elle rétablira sa neutralité).

Ce deuxième cycle appelé également «Nouveaux fronts» (par opposition aux «Anciens fronts» de 1929-34) va être gêné par des restrictions budgétaires liées notamment à la crise économique. Il faut faire mieux avec moins ce qui ressemble à une vraie quadrature du cercle.

Un projet ambitieux de défense de la frontière Nord est proposé en septembre 1932, un projet prévoyant de protéger les môles de Maubeuge, Baval et l’Escaut à l’aide de cinq ouvrages d’artillerie, quelques petits ouvrages et une ligne d’une trentaine de casemates.

Ce projet est repris en 1934 sans le môle de Baval mais cet ambitieux projet se fracasse sur la réalité et sont simplement réalisés de petits ouvrages. Pour ne rien arranger, les ouvrages de la forêt de Mormal et de Raismes sont hors de la ligne de défense. Le budget de 150 millions est légèrement dépassé (162 millions).

Entre les Anciens Fronts et cet embryon de fortification, le CORF réalise un secteur fortifié à Montmédy qui sera d’une efficacité douteuse car la trouée de Marville située à l’est n’est pas couverte.

En 1935, Jean Fabry chaud partisan de la fortification devient ministre de la Guerre et le CORF espère de nouveaux crédits pour améliorer les Nouveaux Fronts mais au lieu de nouveaux crédits, la CORF est dissoute le 31 décembre 1935, des délégations locales continuant le suivit des travaux à terminer.

Cela ouvre une troisième phase de travaux mais ces travaux seront uniquement des travaux complémentaires qui vont se poursuivre sans centralisation jusqu’au printemps 1940 après donc la fin de la Guerre de Pologne (1er septembre-15 décembre 1939).

Le 18 janvier 1935, un premier coup de semonce avait été donné au CORF. Le nouveau chef d’état-major général de l’armée, le général Gamelin refuse toute nouvelle construction fortifiée majeure, estimant qu’il est temps de passer aux fortifications de campagne, fortifications prévues par le CORF en complément des gros ouvrages et non comme éléments principaux.

La dégradation du contexte international entraîne donc une reprise des travaux avec des petits ouvrages qui ont la préférence aussi bien du Front Populaire que d’Edouard Daladier. Pour la gestion des travaux, il est prévu de la confier aux commandants des régions militaires qui vont bénéficier pour la réalisation de la MOM (Main d’Oeuvre Militaire).

On cherche à obtenir un front continu, un front continu et profond pour empêcher l’ennemi de percer et d’exploiter sa percée.

A priori, cela n’est pas négatif mais dans la réalisation, cela va se révéler assez préjudiciable avec une absence de coordination entre régions militaires et des fortifications de campagne parfois seules dans certains secteurs notamment le long de la frontière belge.

Fort heureusement, la guerre de Pologne ne voit aucune attaque majeure à l’ouest, les escarmouches n’opposant que les corps francs et les unités avancées de l’armée allemande au delà des ouvrages fortifiés.

En mars 1938, le général Griveaux, chef de l’Inspection générale du génie et des fortifications établit un état des organisations défensives construites sous l’autorité des régions militaires. Cet état montre l’hétérogénéité des constructions qui si pour certaines sont très intéressantes, d’autres ont une valeur militaire très faible.

La crise des Sudètes réglée par les accords de Munich provoque un électrochoc en France, la Tchécoslovaquie ne pouvant plus jouer un rôle de menace pour l’Allemagne.

Les programmes de fortifications sont accélérés et au front continu «bête et méchant», on préfère un système de môles capable de se replier sur lui même et de permettre une reconstitution ultérieure d’un front défensif.

En octobre 1938, on dessine cinq môles de résistance. La 1ère armée doit s’appuyer sur celui de Maubeuge, l’armée des Ardennes sur les môles de Revin et de Mezière, la 2ème armée le môle de Sedan-La Mazée et celui de Mouzon, la 4ème armée le môle du seuil de Cappel et la 8ème armée ceux de Sungdau, Lormont, Saint-Hippolyte, Morteau et Pontarlier).

Pour la constitution de ces môles, on renonce aux ouvrages CORF (temps, nécessite de former de nouvelles unités de forteresse) au profit d’ouvrages STG (Service Technique du Génie) qui doivent être occupés par des bataillons de mitrailleurs ou par des grandes unités formées à la mobilisation.

Hélas, ce beau projet est mal appliqué par le général Prételat qui va préférer homogénéiser les fortifications de campagne plutôt que ce concevoir des môles aptes à la défense en profondeur.

La guerre de Pologne surprend la ligne Maginot en plein travaux. En réalité, les travaux ne vont jamais vraiment cesser jusqu’en septembre 1948…….. .

La mobilisation de septembre 1939 impacte l’aménagement des lignes fortifiées. Les unités en ligne consacrent une bonne part de leur temps aux travaux d’aménagement complémentaires. Ces travaux peuvent être résumés de la façon suivante :

-Sur la frontière Nord, une série de casemates STG de différents types sur les positions de Trélon, d’Hirson et de Rocroi, la tête de pont de Charleville et le secteur de Sedan

-Sur la position avancée de Longwy, amorce d’une ligne de bloc contournant la localité.

-Dans la Sarre, la réalisation de différents blockaus STG

-Le clou de ce programme est cependant une seconde ligne de défense destiné à offrir de la profondeur aux fronts allégés du Nord et de la Sarre. Cette ligne est baptisée Ligne CEZF (Commission d’Etudes de Zones Fortifiées), cette dernière étant considérée comme un chaînon manquant entre les fortifications de campagne et les ouvrages du CORF.

Les travaux du CEZF qui inspireront d’autres travaux à la frontière nord ne seront cependant pas achevés avant 1945. A noter que certains ouvrages reportés par le CORF dans le cadre de choix budgétaires seront réalisés mais souvent sous une forme simplifiée.