Dominions (51) Afrique du Sud (16)

Chars de combat

Avant-propos

Light Tank Mk VII (1).jpg

Tetrach I

En septembre 1948 les moyens blindés des United Defence Force (UDF) étaient assez limités avec quelques chars légers Vickers Mk VIII Tetrach II à canon de 6 livres en l’occurrence 39 exemplaires répartis en trois Independent Tank Company.

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22-Armée de terre : armement et matériel (41)

L-Canons d’assaut, canons automoteurs et canons portés

Préambule

Dans cette partie, nous allons aborder la question des canons montés sur véhicules qu’il s’agisse de véhicules destinés à l’appui-feu, de véhicules destinés à la lutte antichar ou encore de véhicules destinés à la lutte antiaérienne.

Cette catégorie particulièrement hétérogène n’existe quasiment pas quand éclate la guerre de Pologne, tout au plus est-elle dans les limbes. Elle connait un dévellopement formidable lié à la mécanisation de l’armée de terre qui passe de trois DLM et trois Dcr en 1940 à huit DLM et six DC en septembre 1948 sans oublier les deux DLC.

Les canons d’assaut sont mis au point pour assurer l’appui-feu rapproché des chars et des automitrailleuses de combat. La rivalité entre l’arme des chars de l’infanterie et celle de la cavalerie entraine la création de deux véhicules différents armés du même canon en l’occurence un canon de 75 puissant.

La mise en service de chars et d’automitrailleuses de combat à canon de 75mm en tourelle (Renault G1 d’un côté et Somua S-45 de l’autre) aurait pu sonner le glas du Somua Sau40 et de l’ARL V-39 mais ces véhicules restent en service.

Le canon automoteur lui apparaît au milieu des années quarante suite à la volonté de l’arme des chars de l’infanterie de disposer de l’artillerie la plus mobile possible pour suivre les chars. Elle choisit donc un chassis chenillé sur lequel sera installé une pièce de 105mm.

Ce canon automoteur aurait très bien pu équiper les DLM mais pour une raison inexplicable, les RADLM restèrent équipés de pièces tractées jusqu’au déclenchement du second conflit mondial.

La dernière catégorie, celle des canons portés concerne la lutte antichar et la lutte antiaérienne au sein des DC, des DLM mais également des DI. Utilisant soit un chassis à roue (Laffly W 15 ou camions tout-chemin) ou chenillé (Lorraine 39L ou Renault DAJ-1), ces canons portés disposent soit d’un canon de 47mm pour la lutte antichar ou de pièces de 25mm et de 37mm pour la lutte antiaérienne, la problématique de défense des colonnes trouvant enfin ici sa solution.

Somua Sau40

Canon d'assaut Somua Sau40

Canon d’assaut Somua Sau40

Les précurseurs

Près de quarante ans, c’est ce qu’il fallut à la France pour s’équiper d’un canon d’assaut, près de quarante années de projets, de réflexions, d’atermoiements et de rivalités entre services, de changement d’optiques, de concurrence entre projets………. .

Le 20ème siècle était naissant qu’un premier projet vit le jour, un projet étonnamment moderne pour l’époque, signé du capitaine Levavasseur, un canon de 75mm installé sur une caisse montée sur des roues à voussoirs (des chenilles pour simplifier). Ce projet destiné aux divisions de cavalerie ne vit pas le jour en raison de craintes sur sa fragilité technique.

Durant le premier conflit mondial, plusieurs matériels plus ou moins improvisés sont mis au point mais ce ne sont pas des canons d’assaut.

Bien qu’armés de canons de 75mm, ces véhicules qu’il s’agisse de l’autocanon 75 CA De Dion-Bouton modèle 1913, les tracteurs Jeffery avec un canon de 75mm porté pouvant tirer vers l’arrière ou encore du prototype du blockaus automobile De Dion-Bouton-Guye ne pouvant manoeuvrer en terrain bouleversé, restant scotchés aux routes. Le canon d’assaut est encore à créer……. .

Le premier conflit mondial se termine sans que la cavalerie dispose d’un véritable canon d’assaut adapté à ces besoins. Un projet chenille-roues, le canon de 75mm APX sur base Jeffery-Nash ne dépasse pas le stade de l’étude préliminaire.

A l’époque, le système mixte roues-chenilles était le seul système viable pour permettre de combiner  une vitesse élevée sur route et une bonne maniabilité en tout terrain.

En 1923-24, le colonel Rimailho, directeur des usines Saint-Chamond imagine un canon de cavalerie automoteur de 75mm et envisage un véhicule avec un obusier de 105mm. Ce projet n’aboutira pas, laissant encore irrésolu la question du canon automoteur destiné à l’appui de la cavalerie.

Et justement que fait la cavalerie ? Eh bien elle aussi elle réfléchie à la question, estimant que la motorisation de l’artillerie des divisions de cavalerie n’était pas la priorité des artilleurs comme le déplora le général Flavigny, directeur de la cavalerie de 1932 à 1936.

Dès son arrivée à la tête de la cavalerie, le général Flavigny se préoccupe de l’appui-feu des AutoMitrailleuses de Cavalerie (AMC) en envisageant un canon de 75mm monté sur le chassis AMC.

En attendant leur mise au point, des simulacres d’auto-canon sont utilisés en l’occurence des semi-chenillés Citroën-Kergresse P17 armé d’un canon de 37mm tirant à blanc et simulant un 75mm grâce à un tuyau le recouvrant totalement.

Le 23 novembre 1934, le directeur des forges (Ministère de la Guerre) écrit à Louis Renault pour lui demander de mettre au point un autocanon de cavalerie à partir du chassis de l’automitrailleuse de combat ACG-1 alors en cours de livraison.

Ce projet baptisé ACG-2 voit le chassis de l’ACG-1 modifié avec un poste de conduite à gauche au lieu de droite pour libérer l’espace nécessaire pour un canon de 75mm ABS à pointage latéral fourni par l’Etablissement de Puteaux (APX).
Le prototype Renault ACG-2 est officiellement commandé le 23 août 1935 mais le prototype prêt en 1937 n’ira pas plus loin faute de canon disponible, canon qui équipera le prototype bien plus tardif du B1ter. Son abandon s’explique probablement en partie par les déboires mécaniques de l’ACG-1 dont l’autocanon était étroitement dérivé.

Au même moment, signalons la présence d’un projet d’initiave privé, un Laffly S 35T à six roues motrices disposant d’un canon de 75mm mais ce projet ne dépasse pas le stade de l’étude préliminaire.

La mise sur pied des deux premières DLM relance la question de l’appui-feu des ces divisions qui avançant beaucoup plus vite qu’une DI doivent pouvoir disposer d’une artillerie mobile, plus mobile que les pièces tractées.

C’est l’acte de naissance des groupes de canons d’assaut des DLM qui dépendent de l’artillerie et sont inclus dans le projet de réorganisation du système d’artillerie du général Carence (27 novembre 1935» qui estime que «l’appui des engins motorisés exige l’adoption de canons de 75 automoteurs».

Le 7 septembre 1936, le parlement vote la loi des quatorze milliards, la première pierre du réarmement, réarmement que certains ont pu croire entamé trop tard face à la montée en puissance de l’Allemagne hitlérienne. On prévoit alors cinq groupes de canons d’assaut (ou automoteurs), un par division à savoir trois DLM et deux DCr.

Du char d’infanterie au canon d’assaut

Comme nous l’avons vu plus haut, dans le processus de motorisation des Divisions d’Infanterie se pose la question de leur surêté. Un char de protection est nécessaire et l’infanterie émet un appel à projet après avoir évalué les qualités et les défauts du Somua S-35, ce jugement critiqué permettant à la société Somua de mettre au point le S-40, version améliorée du S-35.

Partant de son «char de cavalerie», la Société d’Usinage de Mécanique d’Artillerie proposa un char de 20 tonnes à l’infanterie y compris une version à armement dual avec un 75 en caisse et un 47 en tourelle.

Le projet de Somua n’alla pas au bout, la société renonçant à poursuivre dans la voix défrichée par Renault avec un 75mm en tourelle mais ce projet de char d’accompagnement d’infanterie posa les bases mécaniques du futur automoteur dont la genèse encore obscure (une partie des archives de la Somua ont disparu) reste à éclaircir.

Il semble que ce projet réunissant artilleurs et cavaliers ait vu le jour fin 1935-début 1936. Trois projets furent ainsi présentés, un projet armé d’un 75mm puissant qui n’est autre que l’adaptation du 75mm contre-avions modèle 1933 de la firme Schneider, un projet armé d’un 75mm APX et un troisième projet entouré de mystère.

Un prototype est commandé de manière informelle en décembre 1936 et officiellement commandé en juin 1937 et livré aux services officiels le 25 décembre 1937. Il reçoit ensuite son armement, un canon de 75mm APX qu’il va partager avec son concurrent l’ARL V-39 qui sera adopté par les Divisions Cuirassées.

Le 27 septembre 1939, la commission d’études du matériel automoteur se prononce pour l’adoption des deux matériels et le 15 octobre 1939, le président du conseil Daladier ordonne de commander de quoi équiper douze groupe à deux batteries de quatre pièces soit soixante-douze canons automoteurs.
La mise en production est prévue pour l’été 1940, les premiers véhicules devant sortir à l’automne pour équiper les DLM. A noter qu’un temps fût envisagé de remplacer le canon de 75mm par un canon de 47mm puissant avant d’y renoncer.

Unités équipées

Dans un premier temps, il est prévu un groupe de deux batteries à quatre pièces soit un total de huit canons par DLM, un chiffre rapidement jugé insuffisant et un deuxième groupe est rapidement adjoint portant le total à seize canons d’assaut par DLM. En septembre 1942, chaque groupe passe à douze canons d’assaut, une troisième batterie étant créée dans chaque groupe.

D’abord placés sous le commandement direct du commandant de division, les groupes de canons d’assaut vont ensuite être placés sous le commandement des Brigades Légères Mécaniques (BLM) suite à la création en mars 1943 de la 6ème DLM et de la réorganisation des cinq premières sur ce modèle qui servit aussi pour les 7ème et 8ème DLM.

La première commande de soixante-douze exemplaires est amendée en mai 1940 avec l’ajout de dix véhicules de commandement (avec canon factice) et de vingt véhicules destinés notamment à offrir un volant de fonctionnement.

Une nouvelle commande est passée en mars 1942 pour quarante canons d’assaut destiné à créer une troisième batterie par groupe et douze autres véhicules destinés à constituer un parc de réserve, portant le nombre de véhicules commandés à 164 véhicules.

La création prochaine d’une 6ème DLM débloque la commande pour vingt-six véhicules (vingt-quatre canons automoteurs plus deux véhicule de commandement) plus cinq canons automoteurs de réserve.

Enfin la création prochaine des 7ème et 8ème DLM permet la commande de quarante-huit canons automoteurs et huit véhicules de commandement auxquels s’ajoutent seize véhicules de réserve portant le total des commandes à 267 véhicules.

Produit parallèlement au Somua S-40, les premiers Somua SAu 40 sortent des chaines de production en novembre 1940 à raison de six exemplaires par mois jusqu’en juin 1941 quand la décision de sous-traiter la fabrication à Citroën permet de passer à douze exemplaires par mois.

La 1ère DLM reçoit ses seize canons d’assaut accompagnés d’un véhicule de commandement  entre décembre 1940 et mars 1941. La 2ème DLM est équipée entre avril et juin 1941, la 3ème DLM est équipée entre juillet et septembre 1941, la 4ème DLM entre octobre et décembre 1941 et enfin la 5ème DLM entre janvier et mars 1942 soit un total de 85 véhicules en ligne et 12 véhicules en réserve.

La mise en place d’une troisième batterie de quatre pièces voit la livraison des canons automoteurs à la 1ère DLM en septembre/octobre 1942, à la 2ème DLM en novembre/décembre 1942, à la 3ème DLM en janvier/février 1943, à la 4ème DLM en mars/avril 1943 et à la 5ème DLM en mai/juin 1943.

La 6ème DLM nouvellement créée reçoit ses vingt-quatre canons automoteurs de 75mm et ces deux véhicules de commandement entre août et octobre 1943. La 7ème DLM reçoit ses vingt-cinq véhicules entre septembre et décembre 1947 suivie par la 8ème DLM entre janvier et mars 1948.

Quand éclate le second conflit mondial, un total de 208 Somua Sau40 sont en service au sein des DLM plus précisément 192 canons automoteurs et 16 véhicules de commandement, laissant 59 véhicules en réserve.

La production n’est pas reprise, le rééquipement de ces groupes après les premiers engagements étant prévu avec des canons automoteurs de 105mm identiques à ceux des DC à ceci près que le chassis est celui du Somua S-45 au lieu du Renault R-40 (en attendant le Renault G1).

Caractéristiques Techniques du Somua Sau40

Poids en ordre de marche : 21600kg

Dimensions : longueur hors tout 5.90m largeur 2.51m hauteur 2.60m

Motorisation : un moteur Somua de 190ch associé à une boite à cinq vitesses avant et une vitesse arrière Réservoir de 475 litres de carburant

Performances : vitesse maximale 35 km/h sur route Autonomie sur route 280km

Blindage : 40mm maximum

Armement : un canon de 75mm APX de 30 calibres en casemate alimenté à 100 obus et une mitrailleuse de 7.5mm MAC 31 en tourelle

Equipage : 5 hommes

L-Canons d’assaut, canons automoteurs et canons portés

Préambule

Dans cette partie, nous allons aborder la question des canons montés sur véhicules qu’il s’agisse de véhicules destinés à l’appui-feu, de véhicules destinés à la lutte antichar ou encore de véhicules destinés à la lutte antiaérienne.

Cette catégorie particulièrement hétérogène n’existe quasiment pas quand éclate la guerre de Pologne, tout au plus est-elle dans les limbes. Elle connait un dévellopement formidable lié à la mécanisation de l’armée de terre qui passe de trois DLM et trois Dcr en 1940 à huit DLM et six DC en septembre 1948 sans oublier les deux DLC.

Les canons d’assaut sont mis au point pour assurer l’appui-feu rapproché des chars et des automitrailleuses de combat. La rivalité entre l’arme des chars de l’infanterie et celle de la cavalerie entraine la création de deux véhicules différents armés du même canon en l’occurence un canon de 75 puissant.

La mise en service de chars et d’automitrailleuses de combat à canon de 75mm en tourelle (Renault G1 d’un côté et Somua S-45 de l’autre) aurait pu sonner le glas du Somua Sau40 et de l’ARL V-39 mais ces véhicules restent en service.

Le canon automoteur lui apparaît au milieu des années quarante suite à la volonté de l’arme des chars de l’infanterie de disposer de l’artillerie la plus mobile possible pour suivre les chars. Elle choisit donc un chassis chenillé sur lequel sera installé une pièce de 105mm.

Ce canon automoteur aurait très bien pu équiper les DLM mais pour une raison inexpliquable, les RADLM restèrent équipés de pièces tractées jusqu’au déclenchement du second conflit mondial.

La dernière catégorie, celle des canons portés concerne la lutte antichar et la lutte antiaérienne au sein des DC, des DLM mais également des DI. Utilisant soit un chassis à roue (Laffly W 15 ou camions tout-chemin) ou chenillé (Lorraine 39L ou Renault DAJ-1), ces canons portés disposent soit d’un canon de 47mm pour la lutte antichar ou de pièces de 25mm et de 37mm pour la lutte antiaérienne, la problématique de défense des colonnes trouvant enfin ici sa solution.

Somua Sau40

Les précurseurs

Près de quarante ans, c’est ce qu’il fallut à la France pour s’équiper d’un canon d’assaut, près de quarante années de projets, de réflexions, d’atermoiements et de rivalités entre services, de changement d’optiques, de concurrence entre projets………. .

Le 20ème siècle était naissant qu’un premier projet vit le jour, un projet étonament moderne pour l’époque, signé du capitaine Levavasseur, un canon de 75mm installé sur une caisse montée sur des roues à voussoirs (des chenilles pour simplifier). Ce projet destiné aux divisions de cavalerie ne vit pas le jour en raison de craintes sur sa fragilité technique.

Durant le premier conflit mondial, plusieurs matériels plus ou moins improvisés sont mis au point mais ce ne sont pas des canons d’assaut.

Bien qu’armés de canons de 75mm, ces véhicules qu’il s’agisse de l’autocanon 75 CA De Dion-Bouton modèle 1913, les tracteurs Jeffery avec un canon de 75mm porté pouvant tirer vers l’arrière ou encore du prototype du blockaus automobile De Dion-Bouton-Guye ne pouvant manoeuvrer en terrain bouleversé, restant scotchés aux routes. Le canon d’assaut est encore à créé……. .

Le premier conflit mondial se termine sans que la cavalerie dispose d’un véritable canon d’assaut adapté à ces besoins. Un projet chenille-roues, le canon de 75mm APX sur base Jeffery-Nash ne dépasse pas le stade de l’étude préliminaire.

A l’époque, le système mixte roues-chenilles était le seul système viable pour permettre de combiner une vitesse élevée sur route et une bonne maniabilité en tout terrain.

En 1923-24, le colonel Rimailho, directeur des usines Saint-Chamond imagine un canon de cavalerie automoteur de 75mm et envisage un véhicule avec un obusier de 105mm. Ce projet n’aboutira pas, laissant encore irrésolu la question du canon automoteur destiné à l’appui de la cavalerie.

Et justement que fait la cavalerie ? Eh bien elle aussi elle réfléchie à la question, estimant que la motorisation de l’artillerie des divisions de cavalerie n’était pas la priorité des artilleurs comme le déplora le général Flavigny, directeur de la cavalerie de 1932 à 1936.

Dès son arrivée à la tête de la cavalerie, le général Flavigny se préoccupe de l’appui-feu des AutoMitrailleuses de Cavalerie (AMC) en envisageant un canon de 75mm monté sur le chassis AMC.

En attendant leur mise au point, des simulacres d’auto-canon sont utilisés en l’occurence des semi-chenillés Citroën-Kergresse P17 armé d’un canon de 37mm tirant à blanc et simulant un 75mm grâce à un tuyau le recouvrant totalement.

Le 23 novembre 1934, le directeur des forges (Ministère de la Guerre) écrit à Louis Renault pour lui demander de mettre au point un autocanon de cavalerie à partir du chassis de l’automitrailleuse de combat ACG-1 alors en cours de livraison.

Ce projet baptisé ACG-2 voit le chassis de l’ACG-1 modifié avec un poste de conduite à gauche au lieu de droite pour libérer l’espace nécessaire pour un canon de 75mm ABS à pointage latéral fourni par l’Etablissement de Puteaux (APX)

Le prototype Renault ACG-2 est officiellement commandé le 23 août 1935 mais le prototype prêt en 1937 n’ira pas plus loin faute de canon disponible, canon qui équipera le prototype bien plus tardif du B1ter. Son abandon s’explique probablement en partie par les déboires mécaniques de l’ACG-1 dont l’autocanon était étroitement dérivé.

Au même moment, signalons la présence d’un projet d’initiave privé, un Laffly S 35T à six roues motrices disposant d’un canon de 75mm mais ce projet ne dépasse pas le stade de l’étude préliminaire.

La mise sur pied des deux premières DLM relance la question de l’appui-feu des ces divisions qui avançant beaucoup plus vite qu’une DI doivent pouvoir disposer d’une artillerie mobile, plus mobile que les pièces tractées.

C’est l’acte de naissance des groupes de canons d’assaut des DLM qui dépendent de l’artillerie et sont inclus dans le projet de réorganisation du système d’artillerie du général Carence (27 novembre 1935» qui estime que «l’appui des engins motorisés exige l’adoption de canons de 75 automoteurs».

Le 7 septembre 1936, le parlement vote la loi des quatorze milliards, la première pierre du réarmement, réarmement que certains ont pu croire entamé trop tard face à la montée en puissance de l’Allemagne hitlérienne. On prévoit alors cinq groupes de canons d’assaut (ou automoteurs), un par division à savoir trois DLM et deux DCr.

Du char d’infanterie au canon d’assaut

Comme nous l’avons vu plus haut, dans le processus de motorisation des Divisions d’Infanterie se pose la question de leur surêté. Un char de protection est nécessaire et l’infanterie émet un appel à projet après avoir évalué les qualités et les défauts du Somua S-35, ce jugement critiqué permettant à la société Somua de mettre au point le S-40, version améliorée du S-35.

Partant de son «char de cavalerie», la Société d’Usinage de Mécanique d’Artillerie proposa un char de 20 tonnes à l’infanterie y compris une version à armement dual avec un 75 en caisse et un 47 en tourelle.

Le projet de Somua n’alla pas au bout, la société renonçant à poursuivre dans la voix défrichée par Renault avec un 75mm en tourelle mais ce projet de char d’accompagnement d’infanterie posa les bases mécaniques du futur automoteur dont la genèse encore obscure (une partie des archives de la Somua ont disparu) reste à éclaircir.

Il semble que ce projet réunissant artilleurs et cavaliers ait vu le jour fin 1935-début 1936. Trois projets furent ainsi présentés, un projet armé d’un 75mm puissant qui n’est autre que l’adaptation du 75mm contre-avions modèle 1933 de la firme Schneider, un projet armé d’un 75mm APX et un troisième projet entouré de mystère.

Un prototype est commandé de manière informelle en décembre 1936 et officiellement commandé en juin 1937 et livré aux services officiels le 25 décembre 1937. Il reçoit ensuite son armement, un canon de 75mm APX qu’il va partager avec son concurrent l’ARL V-39 qui sera adopté par les Divisions Cuirassées.

Le 27 septembre 1939, la commission d’études du matériel automoteur se prononce pour l’adoption des deux matériels et le 15 octobre 1939, le président du conseil Daladier ordonne de commander de quoi équiper douze groupe à deux batteries de quatre pièces soit soixante-douze canons automoteurs.

La mise en production est prévue pour l’été 1940, les premiers véhicules devant sortir à l’automne pour équiper les DLM. A noter qu’un temps fût envisagé de remplacer le canon de 75mm par un canon de 47mm puissant avant d’y renoncer.

Unités équipées

Dans un premier temps, il est prévu un groupe de deux batteries à quatre pièces soit un total de huit canons par DLM, un chiffre rapidement jugé insuffisant et un deuxième groupe est rapidement adjoint portant le total à seize canons d’assaut par DLM. En septembre 1942, chaque groupe passe à douze canons d’assaut, une troisième batterie étant créée dans chaque groupe.

D’abord placés sous le commandement direct du commandant de division, les groupes de canons d’assaut vont ensuite être placés sous le commandement des Brigades Légères Mécaniques (BLM) suite à la création en mars 1943 de la 6ème DLM et de la réorganisation des cinq premières sur ce modèle qui servit aussi pour les 7ème et 8ème DLM.

La première commande de soixante-douze exemplaires est amendée en mai 1940 avec l’ajout de dix véhicules de commandement (avec canon factice) et de vingt véhicules destinés notamment à offrir un volant de fonctionnement.

Une nouvelle commande est passée en mars 1942 pour quarante canons d’assaut destiné à créer une troisième batterie par groupe et douze autres véhicules destinés à constituer un parc de réserve, portant le nombre de véhicules commandés à 164 véhicules.

La création prochaine d’une 6ème DLM débloque la commande pour vingt-six véhicules (vingt-quatre canons automoteurs plus deux véhicule de commandement) plus cinq canons automoteurs de réserve.

Enfin la création prochaine des 7ème et 8ème DLM permet la commande de quarante-huit canons automoteurs et huit véhicules de commandement auxquels s’ajoutent seize véhicules de réserve portant le total des commandes à 267 véhicules.

Produit parallèlement au Somua S-40, les premiers Somua SAu 40 sortent des chaines de production en novembre 1940 à raison de six exemplaires par mois jusqu’en juin 1941 quand la décision de sous-traiter la fabrication à Citroën permet de passer à douze exemplaires par mois.

La 1ère DLM reçoit ses seize canons d’assaut accompagnés d’un véhicule de commandement entre décembre 1940 et mars 1941. La 2ème DLM est équipée entre avril et juin 1941, la 3ème DLM est équipée entre juillet et septembre 1941, la 4ème DLM entre octobre et décembre 1941 et enfin la 5ème DLM entre janvier et mars 1942 soit un total de 85 véhicules en ligne et 12 véhicules en réserve.

La mise en place d’une troisième batterie de quatre pièces voit la livraison des canons automoteurs à la 1ère DLM en septembre/octobre 1942, à la 2ème DLM en novembre/décembre 1942, à la 3ème DLM en janvier/février 1943, à la 4ème DLM en mars/avril 1943 et à la 5ème DLM en mai/juin 1943.

La 6ème DLM nouvellement créée reçoit ses vingt-quatre canons automoteurs de 75mm et ces deux véhicules de commandement entre août et octobre 1943.

La 7ème DLM reçoit ses vingt-cinq véhicules entre septembre et décembre 1947 suivie par la 8ème DLM entre janvier et mars 1948.

Quand éclate le second conflit mondial, un total de 208 Somua Sau40 sont en service au sein des DLM plus précisément 192 canons automoteurs et 16 véhicules de commandement, laissant 59 véhicules en réserve.

La production n’est pas reprise, le rééquipement de ces groupes après les premiers engagements étant prévu avec des canons automoteurs de 105mm identiques à ceux des DC à ceci près que le chassis est celui du Somua S-45 au lieu du Renault R-40 (en attendant le Renault G1).

Cractéristiques Techniques du Somua Sau40

Poids en ordre de marche : 21600kg

Dimensions : longueur hors tout 5.90m largeur 2.51m hauteur 2.60m

Motorisation : un moteur Somua de 190ch associé à une boite à cinq vitesses avant et une vitesse arrière Réservoir de 475 litres de carburant

Performances : vitesse maximale 35 km/h sur route Autonomie sur route 280km

Blindage : 40mm maximum

Armement : un canon de 75mm APX de 30 calibres en casemate alimenté à 100 obus et une mitrailleuse de 7.5mm MAC 31 en tourelle

Equipage : 5 hommes

22-Armée de terre : armement et matériel (32)

Somua S-45/Renault DAC-2

A l’origine (lointaine), les AMX-38 et 39

AMX-39, un démonstrateur qui ne dépassera pas le stade du prototype

AMX-39, un démonstrateur qui ne dépassera pas le stade du prototype

En 1936, le gouvernement du front populaire soucieux de reprendre la main dans le domaine des fabrications d’armement nationalise l’atelier de montage des chars de combat et chenillettes de la société anonyme des usines Renault qui devient l’Atelier de construction d’Issy les Moulineaux ou AMX.

Dirigé par le brillant Ingénieur Général de l’Armement Joseph Molinié, cet atelier est d’abord chargé de produire et d’améliorer les chars existants comme le Renault R-35 qui avec une suspension AMX et autres améliorations, devient le Renault R-40.

Les ambitions du jeune atelier ne s’arrête pas à l’amélioration. Il souhaite produire ses propres chars légers et concurrencer voir à terme supplanter les manufacturiers privés. Le prototype n°1 ou AMX-38 présenté au printemps 1939 donne ainsi un char d’un poids semblable à celui du FCM-36, propulsé par un moteur diesel avec pour armement un canon de 37mm SA modèle 1938.

Ce premier projet n’est qu’un galop d’essais puis qu’aussitôt est mis en chantier un prototype n°2 baptisé AMX-39 plus lourd, mieux protégé et mieux armé avec un canon de 47mm SA modèle 1935 (identique à celui du S-35).

En effet, le 15 décembre 1939, le général Keller, inspecteur des chars demande de relancer les études pour de futurs chars mieux armés, mieux protégés.

Ainsi le canon de 37mm doit être abandonné au profit du 47mm et le blindage de 40mm doit éder la place à du 60mm, donnant un char léger de 15 à 20 tonnes contre 10-12 tonnes pour les générations précédentes ce qui impose un moteur plus puissant pour maintenir le rapport de 9 ou 10 ch/tonne

Notons l’inflation du poids dans les différentes catégories. Le Renault G1 de 35 tonnes est issu d’un programme réclamant un char de 20 tonnes pour compléter le B1bis avec un char plus léger qui se révélera aussi lourd que celui qu’il devait compléter.

Le projet continue à être développé, sans empressement maintenant que la «paix» même si il s’agit d’une paix fragile, davantage une paix armée qu’une pax romana. Le 9 mars 1940, le général Keller maintien les spécifications décidées plus haut pour un futur char d’accompagnement à savoir 20 tonnes, 60mm de blindage et un rapport poids/puissance de 10 tonnes.

La voix semble libre pour le petit atelier aux relations orageuses avec l’inspection générale des chars mais c’est alors qu’apparait un projet concurrent de la firme Renault baptisé DAC-1 qui va coiffer sur le poteau l’AMX-39.

Le Renault DAC-1 ? Non plus…….

L’AMX-39 qui souffre de problèmes de motorisation n’est présenté en prototype qu’au mois d’octobre 1940, le Renault DAC-1 lui à été présenté à la commission un mois plus tôt.

C’est un élégant char de 16 tonnes était protégée à 60mm avec un moteur de 230ch et disposait d’une tourelle biplace avec un canon de 47mm SA modèle 1939 et une mitrailleuse de 7.5mm MAC-34.

Les deux prototypes sont évalués conjointement entre janvier et mars 1941 sans qu’une décision de production en série soit prise.

En effet, en bon disciple du général Estienne, le général Villeneuve n’est pas un chaud partisan du char léger. Il ne le voue pas aux gémonies comme son défunt mentor _l’estimant nécessaire pour faire nombre_ mais préfère privilégier le qualitatif au quantitatif, le moyen et lourd au léger.

L’AMX-39 et le Renault DAC-1 vont donc rester au niveau du prototype, du démonstrateur de technologie sans connaître l’honneur d’une production en série ce qui ne gêna pas les deux constructeurs bien occupés avec l’AMX-42/44 pour le premier, le Renault G1 pour le second.

Tout est à refaire

D’un char «léger» d’accompagnement, on passe à l’été 1941 à l’étude d’un nouveau char moyen destiné à la cavalerie pour succéder au Somua S-35/40. Cette étude traine en longueur comme jadis celle du char G1.

Trois constructeurs vont proposer leurs projets : Somua avec le S-45, Renault avec le DAC-2 et AMX avec l’AMX-45. Chaque constructeur reçoit commande en mai 1942 pour deux prototypes en état de marche plus une maquette pour les essais statiques.

Somua présente ces prototypes en novembre, Renault dès le mois d’octobre et AMX en janvier 1943 et les six véhicules vont aussitôt être testés dans le but de choisir le meilleur et le produire en série pour rééquiper les DLM.

En juin 1943, plutôt que de choisir l’un des trois projets, on décide de prendre les meilleurs éléments de chaque projet comme la suspension Christie du projet AMX, la caisse laminée-soudée du S-45 et la tourelle Renault à canon de 75mm fortement inspiré de la tourelle ARL équipant le char moyen modèle 1943R.

Les trois constructeurs vont donc s’entendre pour produire un nouveau char moyen de cavalerie qui reçoit à des fins d’intoxication la double dénomination Somua S-45/Renault DAC-2 ce qui suscitera un temps (mais un temps seulement) la perplexité des services de renseignement allemands.

Deux prototypes de ce nouveau char sont commandés en juillet 1943 et présentés en janvier 1944 et mis à part quelques modifications de détail, il est adopté sous le nom de char moyen modèle 1945.

Son assemblage est confié à la société Somua dans son usine de Saint-Ouen, agrandie pour l’occasion.

Ce char combine une caisse laminée-soudée _pour gagner du poids_, dispose d’un moteur diesel Aster, d’une suspension Christie et d’une tourelle triplace avec un chef de char et un tireur à droite, le pourvoyeur (qui faisait également office d’opérateur radio) dans la caisse.

Cette tourelle disposait d’un canon de 75mm de 32 calibres similaire à ceux des prototypes du G1R et non du canon de 40 calibres pour des raisons de poids limité à 30 tonnes ce qui obligea notamment à renoncer à un blindage homogène de 60mm au profit d’un blindage minimal de 45mm avec des endroits blindés à 60mm (face avant de la caisse et de la tourelle, réservoirs et moteurs notamment).

Comme pour le Renault G1, les débuts de production sont difficiles et la production lancée en fanfare en avril 1944 est suspendue et les quarante premiers exemplaires stockés tant ils présentaient de défauts de construction liés semble-t-il à l’inexpérience des ouvriers.

Les défauts corrigés, la production en série ne reprend qu’en octobre 1944 mais les véhicules ne sont officiellement acceptés par l’Arme Blindée Cavalerie qu’en février 1945 comme si elle n’en voulait pas.

Après cette naissance difficile, le Somua S-45 va se révéler une monture digne de ses ainés S-35 et S-40.

Contrairement au Somua S-40, le rééquipement va être réalisé division par division, toutes les DLM devant être transformées pour la fin de 1949…….. .

La 1ère DLM pour équiper le 4ème cuirassiers et le 18ème dragon reçoit ses 192 chars entre juin et décembre 1945 soit le chiffre respectable de 32 chars par mois.

La 2ème DLM reçoit ses chars pour équiper le 13ème et le 29ème dragon entre janvier et juin 1946, la 3ème DLM reçoit ses chars pour équiper les 1er et 8ème régiment de chasseurs à cheval entre juillet 1946 et février 1947.

La 4ème DLM rééquipe ses deux régiments de chars (8ème régiment de dragons et 18ème régiment de chasseurs à cheval) entre février et septembre 1947 alors que le 5ème DLM reçoit ses chars pour le  6ème régiment de dragons et le 4ème régiment de hussards entre octobre 1947 et juin 1948.

Le rééquipement de la 6ème D.L.M prévu à partir de septembre 1948 est suspendu à la déclaration de guerre à la fois pour permettre son engagement sur le TOSE voir en Tunisie en liaison avec la 1ère D.L.C et parce que face aux chars italiens, le S-40 était largement supérieur. Le rééquipement des 7ème et 8ème D.L.M prévu respectivement pour le printemps et l’été 1949 est également suspendu.

A noter qu’un projet de canon automoteur sur chassis Somua S-45 avec un canon de 105mm est envisagé pour les DLM mais sans suite concrète jusqu’au début du second conflit mondial, l’arme blindée cavalerie prévoyant d’équiper ces groupes de canons d’assaut et son RADLM avec cet automoteur soit un total de 60 automoteurs par division.

Est étudié également un canon automoteur de 155mm mais sans qu’un prototype ne soit construit avant le début de la guerre.

Caractéristiques Techniques du char moyen modèle 1945

Poids  : 30 tonnes théorique 32 tonnes en ordre de combat

Dimensions : longueur hors tout 5.45m largeur hors tout : 2.50m hauteur avec tourelle 2.40m (1.55m sans tourelle)

Motorisation : moteur diesel Aster 8 cylindres développant 390ch avec 530l de carburant

Performances : vitesse maximale sur route 49.5 km/h réservoir de 530 litres donnant une autonomie sur route de 360km qui pourrait être augmentée avec des réservoirs supplémentaires installés à l’automne 1948

Blindage : 40mm minimum 60mm à certains endroits

Armement : tourelle ARL modèle 1942 avec un canon de 75mm de 32 calibres (vitesse initiale : 800 m/s) avec 210 obus, une mitrailleuse coaxiale MAC 34 et une mitrailleuse antiaérienne du même modèle avec 6000 cartouches

Equipage : un mécanicien pilote en caisse, un pourvoyeur à gauche de la tourelle, le tireur et le chef de char à droite

Projets et prototypes

Entre 1918 et 1948, assez peu de projets de chars moyens ont été étudiés probablement en raison des difficultés énumérées dans l’introduction pour définir ce qu’était un char moyen.

Citons néanmoins un projet de 1939 de l’Atelier d’Issy Les Moulineaux (AMX) qui proposa un char moyen de 20 tonnes à canon de 47mm puissant en tourelle monoplace avec un blindage de 70mm et un équipage de quatre hommes. Il semble que ce projet vu comme une possible alternative au projet G1 n’ait pas dépassé le stade de la planche à dessin.

Le projet Poniatowski/SEAM à aboutit à la production de deux prototypes utilisés comme démonstrateurs de technologie de la transmission électrique et banc d’essais pour de nouveaux moteurs diesels et essence à haute performance pour les nouvelles générations de chars.

Entre 1946 et 1918, plusieurs projets de chars moyens sont étudiés mais il s’agit plus d’améliorer le Somua S-45 ou le Renault G1 que de mettre au point un char totalement nouveau.

22-Armée de terre : armement et matériel (30)

Somua S-35

Automitrailleuse de Combat (AMC) modèle 1935S dit Somua S-35

Automitrailleuse de Combat (AMC) modèle 1935S dit Somua S-35

Vous avez dit char ?

Comme nous l’avons vu dans une partie précédente, la cavalerie connait au sortir du premier conflit mondial une sorte de crise existentielle où son existence même est posée même si ses missions sont toujours d’actualité en l’occurence l’éclairage, la reconnaissance, le flanquement, le combat.

Les divisions de cavalerie au nombre de dix en 1914 tombèrent à  seulement cinq en 1928 ce qui était mine de rien une part importante dans une armée de temps de paix qui se réduisait comme peau de chagrin avec à terme seulement vingt divisions.

L’avenir appartenant au moteur, la cavalerie tout en conservant des unités montés va s’intéresser toujours plus aux véhicules motorisés pour assurer ses missions, la cavalerie «renseigne, couvre, combat en liaison avec les autres armes» (instruction sur l’emploi tactique des Grandes Unités du 6 octobre 1921).

L’après guerre voit la cavalerie chercher les véhicules les mieux adaptés aux missions citées plus haut.

La mission n’est pas simple car la technique évolue vite, les type de propulsion ne manquant pas : la roue ? Adaptée à la route mais peu au terrain meuble, la chenille ? Adaptée au terrain meuble mais lente sur route, le chassis semi-chenillé aux possibilités incertaines ? De plus on doit se poser la question du blindage et de l’armement.

Le programme de 1922 définit deux automitrailleuses de cavalerie, une AMC n°1 blindée à 12mm pour un poids de 4 tonnes et une AMC n°2 blindée à 20mm avec un poids de 7.5 tonnes.

L’AMC n°1 voit le lancement d’un programme en août 1924 auxquels répond Renault avec sa ND _restée à l’état de prototype et abandonnée définitivement en 1931_ et Panhard avec son modèle 138 non construit mais qui allait donner naissance à la voiture spéciale modèle 165.

L’AMC n°2 voit le lancement d’un programme à la même époque pour un véhicule de combat, appel d’offres auquel répond la firme Citroën avec un semi-chenillé, formule en vogue à l’époque où la roue et la chenille ont des qualités et des défauts spécifiques mais qui se révélera in fine une impasse. Un autre véhicule semi-chenillé est testé en l’occurence le Schneider P16 qui sera d’abord considérée comme une AMC puis comme une AMR. Les essais du Renault NC n’aboutissent pas non plus.

Ces deux programmes n’aboutissent à rien de concret. La cavalerie reprend tout à zéro en profitant d’avancées technologiques. En effet au début des années trente, de nouvelles suspensions et la chenille métallique Carden-Loyd autorise un véhicule chenillé à rouler à 60 km/h, une vitesse difficilement imaginable quelques années plutôt.

Dès cet instant, la cavalerie décide de privilégier pour le combat la chenille intégrale, abandonnant les lubies du semi-chenillé qui combine davantage les inconvénients que les avantages de la roue et de la chenille. La roue n’à cependant pas encore dit son dernier mot.

En 1931, une nouvelle catégorisation voit le jour, la catégorisation «classique» avec l’AMD ou AutoMitrailleuse de Découverte où dominent les véhicules à roues, l’AMR ou AutoMitrailleuse de Reconnaissance et enfin l’AutoMitrailleuse de Combat ou AMC que l’ont peut facilement assimiler à un char de cavalerie.

Suite à la mise en place de la typologie que nous venons de voir, la cavalerie lance le 24 décembre 1931 un appel à projets pour une automitrailleuse de combat de 9 tonnes, à trois ou quatre hommes dont deux en tourelle, 20mm de blindage au minimum ayant une bonne capacité de franchissement en tout terrain avec une vitesse moyenne de 30 km/h.

Ce programme approuvé  le 23 janvier 1932 donne naissance à l’automitrailleuse Renault YR, un blindé de 9700kg adopté officiellement en mars 1934. Douze voitures sont commandées et livrées en janvier 1936 mais ne donnant pas satisfaction, elles seront rapidement envoyées au Maroc où elles poursuivront une carrière anecdotique.

Ce premier véhicule à chenilles intégrale de la cavalerie est suivit d’un deuxième, toujours fabriqué par Renault qui répond à une modification du programme du 23 janvier 1932 avec un blindage porté à 40mm et un poids en ordre de combat de 13 tonnes. Adopté dès septembre 1934 avant même la présentation du prototype sous le nom de Renault AMC 35 (Renault ACG 1).

Les essais sont menés de mars 1936 à janvier 1937 et bien que peu concluants en raison d’un grand nombre de problème mécaniques, il est commandé en série avec 50 exemplaires reçu par l’armée entre novembre 1938 et février 1940 et stockés, ces automitrailleuses étant utilisées pour l’entrainement. Ce modèle à aussi été exporté en Belgique à onze exemplaires.

La petite merveille de Saint-Ouen

Au moment où l’arme des chars de l’infanterie et la cavalerie développent leur propre vision du combat mécanisé et notamment la question de la tourelle. Pour l’infanterie, une tourelle monoplace est suffisante car dans un équipage à trois hommes, outre le pilote, s’ajoute un radio-télégraphiste installé dans la caisse.

Pour la cavalerie en revanche, le service des armes en tourelle nécessite deux voir même si c’était faisable trois hommes comme le démontrera un projet de tourelle triplace pour automitrailleuse imaginée par le capitaine de Castelbajac dès 1917.

Les premières AMC suivent donc cette logique d’un homme en caisse et deux tourelle. Cependant ce concept va se heurter à une difficulté inattendue : le blindage. En effet, l’infanterie choisit pour ses futurs chars légers (H-35, R-35, FCM-36), un blindage de 40mm d’épaisseur et il est inconcevable que les AMC soient moins bien protégés.

Seulement voilà, l’augmentation du blindage entraine une augmentation de poids non négligeable alors que la cavalerie cherche un véhicule de combat d’un poids raisonnable pour des raisons de coût mais également pour des raisons opérationnelles (franchissement des coupures humides notamment).

Pour maintenir le poids dans des limites raisonnables, la tourelle monoplace des chars d’infanterie s’impose au grand dam de la cavalerie qui en connait les imperfections mais qui ne peut que s’en prendre à elle même avec un devis de poids maximal de 13 tonnes.

Quand ce projet d’AMC 40mm est lancé en juin 1934, Renault semble le mieux placé après ses deux tentatives précédentes mais Billancourt est littéralement balayé par Saint-Ouen où la Société d’Outillage Mécanique d’Usinage d’Artillerie à mis au point une véritable petite merveille certes lourde (19 tonnes en ordre de combat) mais bien protégée, rapide et bien armé.

Pourtant Somua n’avait pas beaucoup d’expérience dans les chars que la production du Renault FT durant le premier conflit mondial mais l’étude de l’AMC par la société de Saint-Ouen est facilité par une autre filiale de Schneider, la firme tchèque Skoda.

Le projet est officiellement déposé le 12 octobre 1934 et le prototype est présenté à la commission de Vincennes au cours de l’été 1935 sous la dénomination AC3. De nombreuses maladies de jeunesse nécessitent de nombreux aller-retour en usine jusqu’en mars 1937 quand enfin le prototype peut être considéré comme prêt.

La cavalerie tient enfin son char et va largement s’en équiper pour enfin doter ses Divisions Légères Mécaniques (DLM) du char qu’elles méritent. Il va également équiper le Groupement Mécanisé Colonial future 2ème DLC.

Unités équipées

Les quatre prototypes baptisés AC3 par son constructeur sont testés intensivement par l’armée de terre d’avril à août 1935. Adopté, le char est baptisé Somua S-35 et aussitôt commandé en série.

Dès le 25 mars 1936, une première commande est passée après l’adoption officielle du char qui est connue sous le nom de char modèle 1935 S.

Les premiers chars sont livrés dès le mois de juillet mais sans les tourelles. En janvier 1937, soixante-chars ont ainsi été livrés mais seulement quatre tourelles, en juillet 1938, on trouve 128 chars mais seulement 48 avec tourelles.

Le Somua S-35 va équiper les Divisions Légères Mécaniques en compagnie du Hotchkiss H-35, un char d’infanterie peu adapté aux missions de la cavalerie mais qui avait l’avantage d’être disponible.

Les deux chars vont cohabiter au sein des trois premières DLM, la 4ème DLM mise sur pied à l’automne 1940 par transformation d’une Division de Cavalerie étant avec les premiers S-40 sortis des chaines de montage.

La 1ère DLM dispose au printemps 1940 de deux groupes d’escadrons équipés de Somua S-35 sur les quatre dont elle dispose. Chaque GE se compose donc de 47 chars répartis entre un char pour le commandant du GE, deux escadrons de 21 chars et quatre chars de réserve. Le total est donc de 94 chars auxquels s’ajoutent un char pour le commandant du 4ème régiment de cuirassiers et un pour le commandant du 18ème dragon.

La 2ème DLM dispose au printemps 1940 de deux groupes d’escadrons équipés de Somua S-35 sur les quatre dont elle dispose soit un total de 94 chars auxquels s’ajoutent un char pour le commandant du 13ème dragon et un char pour son homologue du 29ème régiment de dragon.

La 3ème DLM dispose au printemps 1940 de deux groupes d’escadrons équipés de Somua S-35 sur les quatre dont elle dispose soit un total de 94 chars auxquels s’ajoutent un char pour le commandant du 1er régiment de chasseurs à cheval et un autre pour son homologue du 8ème régiment de chasseurs à cheval.

288 chars sont donc en ligne au 1er juin 1940 auxquels s’ajoutent 112 chars qui sont stockés et utilisés pour l’entrainement, la formation et des expérimentations.

Ce char de cavalerie va être peu à peu retiré du service au sein des DLM, remplacé par le Somua S-45 qui en dépit d’une dénomination assez proche n’à aucun lien technique avec le S-35 et sa version améliorée le S-40.

La 1ère DLM reçoit ses Somua S-45 entre juin et décembre 1945 (les S-35 et les S-40 sont stockés, certains servant à armer les 7ème et 8ème DLM), la 2ème DLM l’est entre janvier et juin 1946, la 3ème DLM reçoit ses S-45 entre juillet 1946 et février 1947.

Les S-35 retirés du service vont servir à armer le Groupement Mécanisé Colonial _future 2ème Division Légère de Cavalerie_ qui disposait du 2ème Régiment de Cavalerie d’Indochine équipé de Somua S-35 avec pas moins de quatre escadrons à cinq pelotons de six véhicules soit un total de 120 chars en ligne plus 80 stockés en Indochine pour servir de volant de fonctionnement soit rien de moins que la moitié de la production de S-35.

Caractéristiques Techniques du char de cavalerie Somua S-35

Poids : 19.5 tonnes

Dimensions : longueur aux chenilles 5.10m (5.38m aux crochets) largeur hors tout 2.12m hauteur 2.624m

Motorisation, un moteur essence Somua 8 cylindres développant 190ch à 2000 tour/minute

Vitesse maximale : 40.7 km/h (30km/h en moyenne sur route) Autonomie 230km (réservoir de 410 litres)

Blindage : 40mm maximum

Armement : un canon de 47mm semi-automatique modèle 1935 alimenté à 118 obus et une mitrailleuse MAC modèle 1931 de 7.5mm alimentée à 3750 cartouches, le tout installé dans une tourelle APX-1-CE

Equipage : un mécanicien pilote et un opérateur radio en caisse, un chef de char/tireur en tourelle

Somua S-40

Somua S-40

Somua S-40

Une version améliorée  du S-35

En 1935, l’infanterie lança une étude pour un char d’infanterie de 20 tonnes, un char qui devait primitivement servir de char de sûreté pour les Divisions d’Infanterie Motorisée mais qui s’inscrivait comme une possible alternative au puissant B1bis qui avait le désavantage d’être long et coûteux à produire.

L’infanterie essaya le Somua S-35 et lui trouva d’évidentes qualités mais également des défauts suffisamment rédhibitoires pour empêcher son adoption : une incapacité à franchir des obstacles importants et un train de roulement conçu pour la vitesse sur route et non en terrain bouleversé.

Ces défauts identifiés furent corrigés dans un projet de char d’infanterie qui ne dépassa pas le stade du projet (nous en reparlerons plus tard) mais les études réalisées ne furent pas perdues puisqu’elles permirent la mise au point de l’automoteur Sau40 et du char de cavalerie Somua S-40.

Le projet d’améliorer les capacités de franchissement du S-35 est lancé dès 1938 quand l’arrivée en unité du S-35 montre à nouveau que le pur-sang des DLM à bien du mal à franchir les obstacles à la différence des chars de l’infanterie.

En avril 1939, la société Somua énumère à la Section Technique de la Cavalerie les améliorations qu’elle projette d’apporter à son produit phare, modifications concernant les chenilles mais également l’optique ou encore la motorisation avec un projet de moteur plus puissant, le futur char devant être plus lourd que son devancier.

Ce projet reçoit de la part du constructeur la désignation de AC 5. Rappelons pour mémoire qu’AC 3 concerne le prototype et AC 4 la version de série du S-35. Adopté officiellement, il devient le char de cavalerie modèle 1940 S mais à l’usage, on préféra le terme simplifié de S-40.

Par rapport au S-35, le S-40 est plus long avec un avant redessiné et une protection du moteur améliorée, il est plus haut mais sa largeur est inchangé.
Sur le plan technique, la chenille est davantage relevée ce qui améliore considérablement ses capacités de franchissement, améliorées également par un moteur plus puissant installé à partir du S-40 n°81 qui est également le premier à recevoir la nouvelle tourelle ARL 2C qui hélas reste monoplace.

Production

La première commande de série est officiellement passée le 21 septembre 1939 avec cinquante exemplaires qui doivent prendre le relais du S-35 après la production du 450ème et dernier exemplaire de ce modèle.

A l’époque, cette date est fixée pour octobre ou novembre 1940 mais en réalité, même après la guerre de Pologne, la production est plus rapide et le dernier S-35 de série sort le 12 juillet 1940 alors que les premiers S-40 sont déjà en cours d’assemblage sur la chaine de montage.

A la commande d’origine de 50 exemplaires (n°451 à 500) s’ajoutent cent chars supplémentaires commandés le même jour (n°501 à 600) portant le nombre d’exemplaires commandés à 150 bien peu par rapport aux besoins.

Peu avant la fin de la guerre de Pologne, des commandes de guerre sont passés à raison de 40 chars par mois de janvier 1940 à mars 1941 soit 700 chars supplémentaires portant le total à 850 blindés alors que les besoins immédiats pour cinq DLM (les deux DLM existant en septembre 1939 plus trois Divisions de Cavalerie à transformer) sont de 672 exemplaires, laissant un solde de 178 blindés qui serviront de volant de fonctionnement, pour les essais et l’écolage.

D’autres commandes vont être passées pour équiper la future 1ère Division Légère de Cavalerie (1ère DLC) en Tunisie, le futur Groupement Mécanisé Colonial _finalement équipé de Somua S-35 retirés des DLM lors de l’arrivée du Somua S-45 et reconditionnés avant envoi en Indochine mais également pour équiper d’autres DLM dont la constitution est prévue dans un temps encore indéfini, l’armée ayant choisit de ne pas toucher au stock cité plus haut.

En septembre 1944, la chaine est réouverte pour une commande de 660 chars à construire à raison de 28 chars par mois soit une production planifiée jusqu’en septembre 1946. Les chars produits vont équiper la 1ère DLC (96 chars), la 7ème et la 8ème DLM (384 chars) soit un total de 480 chars plus 180 en stock, portant le nombre de chars produits à 1510 avec 358 chars en réserve.

Paradoxalement alors que le char continue à être produit, il commence à être remplacé par le S-45 au sein des DLM. La 1ère DLM remplace ses 96 S-40 entre juin et décembre 1945 (ils vont être comme on l’à vu envoyés en Indochine au sein du GMC/2ème DLC), la 2ème DLM remplace ses 96 S-40 entre janvier et juin 1946 (une partie est envoyée en Indochine), la 3ème DLM remplace ses S-40 entre juillet 1946 et février 1947, la 4ème DLM remplace ses S-40 entre février et septembre 1947 et la 5ème DLM entre octobre 1947 et juin 1948.

Quand éclate le second conflit mondial en septembre 1948, trois DLM sont encore équipées, les 6ème, 7ème et 8ème D.L.M, chacune disposant de 192 Somua S-40 soit un total de 576 chars auxquels s’ajoutent les 96 chars de la 1ère DLC et les 120 chars de la 2ème DLC soit un total de 792 chars en service et 718 chars stockés.

Unités équipées

Les premiers chars de série sortent à la fin du mois de juillet et vont aussitôt permettre à la 1ère DLM de remplacer ses Hotchkiss H-35 peu adapté aux missions de cavalerie (trop lent, mal armé pour le combat char contre char) et sujet à un grand nombre de problèmes mécaniques.

La mise en place d’autres DLM (notamment la 4ème activée en septembre 1940) fait que le projet initial de rééquiper les DLM mixtes puis d’équiper les DLM de nouvelle formation (même si elles sont issues de la transformation de Divisions de Cavalerie) sera largement bouleversé.

La 1ère DLM rééquipe ainsi un escadron du 4ème cuirassiers jusque là équipé de Hotchkiss H-35 avec les 23 premiers S-40 de série, encore équipés de la tourelle APX-1-CE. Le deuxième escadron de ce régiment équipé de H-35 reçoit ses 23 S-40 au mois de septembre.

La création de la 4ème DLM ayant eu lieu le 18 septembre 1940, elle reçoit peu après ses premiers S-40 en l’occurence de quoi équiper un escadron du 8ème régiment de dragons soit un total de 23 chars.

La 1ère DLM poursuit son rééquipement et transforme sur S-40, un escadron du 18ème régiment de dragons soit 23 Somua S-40 reçut au cours du mois de novembre. Un deuxième escadron de ce même régiment est transformé en décembre 1940.

A cette date donc, la 1ère DLM à été entièrement rééquipée avec des chars Somua en l’occurence 96 chars Somua S-35 et 96 Somua S-40 soit 192 blindés pour la 1ère Division Légère Mécanique.

La 4ème DLM reçoit au mois de janvier 1941 de quoi équiper un deuxième escadron du 8ème régiment de dragons soit 23 chars (quatre pelotons de cinq, un char pour le commandant d’escadron et deux chars de réserve).

La 2ème DLM reçoit ses premiers S-40 en février 1941 quand un escadron du 13ème régiment de dragons remplace ses H-35 par des S-40. Un deuxième escadron de ce régiment est rééquipé en mars 1941 permettant à la division d’aligner un régiment de combat entièrement monté sur Somua.

La 4ème DLM reçoit un nouvel escadron au mois d’avril 1941 permettant d’équiper le 18ème régiment de chasseurs (à cheval) de ses premiers S-40, un deuxième escadron du même régiment recevant ses chars au mois de mai 1941.

Le 7 juin 1941 est activée la 5ème DLM qui reçoit en ce même mois, un premier escadron de 23 chars pour équiper le 6ème régiment de dragons.

La 4ème DLM reçoit un nouvel escadron de S-40 en juillet 1941 pour pouvoir équiper le 8ème régiment de dragons qui est totalement rééquipé en août 1941 quand il reçoit son quatrième et dernier escadron de Somua S-40.

La 2ème DLM reçoit un escadron de 23 Somua S-40 en septembre 1941 pour continuer son rééquipement, l’escadron étant affecté au 29ème régiment de dragons qui reçoit son deuxième et dernier escadron en octobre 1941.

Quand arrive les frimas de novembre qui annoncent un hiver 1941-42 particulièrement froid (mais moins que le terrible hiver 39-40), les 1ère et 2ème DLM sont entièrement équipées de Somua.

La 4ème DLM poursuit elle sa montée en puissance en équipant le 18ème régiment de chasseurs à cheval avec un escadron en novembre 1941 et un autre en décembre 1941.

L’année 1941 se termine et trois des cinq DLM ont été équipées ou rééquipées avec des Somua S-40 qui sortent à un rythme élève des usines de Saint-Ouen, plus vite que les unités destinées à les recevoir ce qui explique l’existence de stocks importants.

La 5ème DLM qui avait du se contenter d’un unique escadron reçoit successivement  en janvier, février et mars 1942 trois escadrons de chars Somua S-40, un deuxième rejoignant le 6ème régiment de dragons et deux autres équipent le 4ème régiment de hussards.

La 3ème DLM commence son rééquipement en avril 1942 quand elle reçoit son premier escadron de Somua S-40 qui permet de rééquiper un escadron du 1er régiment de chasseurs à cheval. Un deuxième escadron reçut en mai 1942 permet de rééquiper un escadron du 8ème régiment de chasseurs à cheval.

La 3ème DLM achève son rééquipement en juillet 1942 après avoir reçut deux nouveaux escadrons de S-40.

La 5ème DLM reçoit ensuite quatre escadrons d’août à décembre 1942 pour compléter l’équipement du 6ème dragons et du 4ème régiments de hussards.

Il faut ensuite attendre le mois de mars 1943 pour que de nouveaux Somua S-40 soient mis en service en l’occurence au sein de la 6ème DLM qui marque l’apparition d’une nouvelle organisation à deux brigades légères mécaniques identiques (un régiment de combat et un régiment de dragons portés) sur laquelle vont être réorganisées les cinq premières unités de ce type.

La 6ème DLM dispose du 4ème régiment de dragons et du 11ème régiment de chasseurs à cheval qui disposent chacun de quatre escadrons en deux groupes.

Le 4ème régiment de dragons reçoit un escadron en mars 1943, le 11ème régiment de chasseurs à cheval reçoit un premier escadron en avril 1943, les deux régiments reçoivent leurs deuxième escadrons respectivement en mai et en juin 1943.

Le 11ème régiment de chasseurs à cheval reçoit son troisième escadron en juillet 1943 suivit un mois plus tard du 4ème régiment de dragons.

L’équipement de ces des deux régiments s’achève en octobre 1943 après que le 4ème dragon et le 11ème chasseur aient reçu leurs deux derniers escadrons en septembre et en octobre 1943.

Alors que se termine l’année 1943, le char de cavalerie modèle 1940 S est en service à raison de 1152 chars ce qui constituera l’apogée de ce char appelé à être rapidement remplacé par le S-45, un véritable char moyen, le cousin germain du Renault G1 avec lequel il partage le même armement : un canon de 75mm en tourelle.

Il va encore équiper la 1ère Division Légère de Cavalerie (1ère DLC) ex-4ème brigade de chasseurs d’Afrique déployée en Tunisie avec le 1er Régiment Etranger Cavalerie équipé de 96 Somua S-40 répartis en deux groupes d’escadrons totalisant quatre escadrons de 23 chars (quatre pelotons de cinq plus un pour le commandant et deux de réserve) soit 92 chars.

A ces 92 chars, s’ajoute un pour le commandant de chaque GE, un pour le commandant du régiment et un pour son adjoint soit 96 chars livrés entre septembre et décembre 1945.
A cette époque, la 1ère DLM à retiré du service ses 96 S-40 qui vont être envoyés en Indochine pour intégrer le Groupement Mécanisé Colonial futur 2ème Division Légère de Cavalerie qui disposera de 120 chars, 96 venus de la 1ère DLM et le reliquat de la 2ème DLM qui remplace ses S-40 entre janvier et juin 1946.

Le 2 septembre 1947, les 7ème et 8ème Divisions Légères Mécaniques sont créées respectivement à  Valenciennes et Epinal. Elles sont organisées sur le même modèle que la 6ème DLM.

La 7ème DLM aligne deux régiments de chars/automitrailleuses de combat, le 1er régiment de hussards et le 5ème régiment de dragons qui vont disposer chacun de 96 Somua S-40.

Le 1er régiment de hussards reçoit ses quatre escadrons en septembre 1947, en janvier 1948, en mai 1948 et en septembre 1948.

Le 5ème régiment de dragons reçoit ses quatre escadrons en novembre 1947, en mars 1948, en juillet et en octobre 1948.

La 8ème DLM aligne deux régiments de chars/automitrailleuses de combat, le 2ème régiment de hussards et le 3ème régiment de chasseurs à cheval qui vont disposer chacun de 96 Somua S-40

Le 2ème régiment de hussards reçoit ses quatre escadrons en octobre 1947, en février 1948, en juin et en septembre 1948.

Le 3ème régiment de chasseurs à cheval reçoit ses quatre escadrons en décembre 1947, en avril 1948, en août et en octobre 1948.

Caractéristiques Techniques du char de cavalerie modèle 1940 S

Poids en ordre de combat : 20 tonnes

Dimensions : longueur hors tout 5.67m largeur hors tout : 2.12m hauteur avec tourelle 2.648m

Motorisation : la même que le S-35 jusqu’au S-40 n°81 qui voit l’installation d’un moteur Somua 8 cylindres dévellopant 220ch à 2000 tours/minute. Les chars produits à partir de septembre 1944 disposait d’un moteur de 250ch

Performances : vitesse maximale sur route 45 km/h (50 avec le moteur de 250ch) réservoir de 510 litres donnant une autonomie sur route de 300km qui pourrait être augmentée avec des réservoirs supplémentaires installés à l’automne 1948

Blindage : 40mm maximum pour la caisse. Les chars produits à partir de septembre 1944 disposait d’une tourelle à 60mm

Armement : (quatre-vingt premiers appareils) identique au S-35 soit un canon de 47mm SA modèle 1935 alimenté à 118 obus et une mitrailleuse MAC modèle 1931 de 7.5mm alimentée à 3750 cartouches, le tout installé dans une tourelle APX-1-CE

Le S-40 n°1 et suivant disposaient d’un canon de 47mm semi-automatique modèle 1935 alimenté à 113 obus et une mitrailleuse Mac modèle 1931 de 7.5mm alimentée à 3750 cartouches au sein d’une tourelle ARL 2C. Les lots tardifs de production disposaient d’un canon SA modèle 1941

Equipage : un mécanicien pilote et un opérateur radio en caisse, chef de char tireur en tourelle

22-Armée de terre : armement et matériel (29)

I-Chars moyens

Préambule : essai d’une typologie du char moyen

Aujourd’hui avec la présence de l’AMX-90 Villeneuve, on ne se pose guère la question de savoir ce qu’est un char moyen tant l’idée d’un char de combat principal à imprégné les esprits. Ce n’était pas aussi facile  avant le second conflit mondial.

En effet si le B1bis avec ses 31 tonnes et le Renault R-35 avec ses 10.5 tonnes pouvaient respectivement être considérés comme des chars lourds et légers, il y avait visiblement la place pour un char médian.

Ce classement se heurte d’emblée à de sérieuses difficultés. Si le B1bis est un char lourd, que dire du Renault G1 et ses 35 tonnes ou encore que dire du couple AMX-42/44 avec ses 16 ou 17 tonnes, sont-ils encore des chars légers ?

Il faut aussi ajouter le nom de char puissant porté notamment par le D2, des chars d’un poids de 19 tonnes soit seulement trois tonnes de plus que l’AMX-42. Pourquoi l’un serait léger et l’autre puissant/moyen. De plus ne peut-on pas considérer le char puissant comme un char de bataille, un soutien du B1bis ?

Il faut plutôt voir du côté de la mission pour distinguer un char moyen d’un char léger. On le sait les chars légers existant en 1939 ont des équipages composés de deux hommes _un mécanicien pilote et un chef de char tireur_ car leur mission est de soutenir l’infanterie c’est-à-dire de rouler au pas ou presque et de tirer sur les obstacles se présentant sur le chemin des fantassins.

La mission de la cavalerie est davantage le combat, la manoeuvre ce qui explique que le char principal de cavalerie, l’Automitrailleuse de Combat (AMC) est un véhicule triplace avec un ou deux hommes en tourelle.

C’est là à mon sens que le char moyen se distingue du char léger (en attendant l’AMX-42 et le FCM-42 à trois hommes sans parler de l’AMX-44 et du FCM-44 à quatre hommes), la mission bien différente du soutien d’infanterie.

En septembre 1939, on peut estimer qu’il existe seulement deux chars moyens en service en nombre important : le char D2 en voie de retrait du service et le remarquable Somua S-35, probablement le meilleur char français en service quand éclate la guerre de Pologne.
Au printemps 1944, le général Villeneuve décide de clarifier la situation en établissant une véritable typologie liée en partie au poids mais également à la mission :

-char léger : ne doivent pas dépasser le poids de 20 tonnes, un armement compris entre 25 et 47mm avec un équipage de deux à quatre hommes. Leurs missions étant le soutien rapproché de l’infanterie et la reconnaissance.

-char moyen : ne doivent pas dépasser le poids de 40 tonnes, un armement minimal de 75mm et maximum de 90mm, un équipage de quatre hommes avec pour mission le combat antichar, la percée et la manoeuvre.

-char lourd : d’un poids compris entre 40 et 70 tonnes, un armement minimal de 90mm, un équipage de quatre ou cinq hommes avec pour mission le combat antichar, la percée et la manoeuvre.

-char de forteresse : catégorie ne concernant que le FCM F1 même si des projets de chars super lourds sont étudiés

-chars spéciaux : chars amphibies, char du génie sans catégorie de poids, d’armement ou d’équipage

Les chars moyens que nous allons étudier correspondent donc à tous les chars d’un poids de 20 à 39 tonnes, un armement de 47 à 75mm même si par analogie, les AMC seront considérées comme des chars moyens notamment en raison de leur mission.

Cette catégorie quasiment inexistante va connaître une spectaculaire croissance avec le maintien en service du Somua S-35 (modernisé avec une radio), l’apparition de sa version améliorée Somua S-40 mais surtout deux chars moyens armés de canons de 75mm, le Renault G1 ou char moyen modèle 1943R et le Somua S-45 appelé char moyen modèle 1945S, un char issu comme nous le verrons d’un véritable montage industriel destiné en particulier à intoxiquer les SR allemand avec une double dénonmination Somua S-45/Renault DAC-2 qui fit croire à l’Abwehr de l’existance de deux chars moyens au sein des DLM, surestimant ainsi le potentiel militaire français.

Renault D2

Renault D2

Renault D2

Sous l’influence d’Aristide Briand, l’Europe sembla se lancer sur la voix d’une paix perpétuelle nécessitant une désarmement des puissances concernées, désarmement qui avait pour cadre une conférence lancée à Genève en 1932.

Cette conférence s’inspirant du traité de Washington de 1922 suggéra une limitation des armements terrestre tant en terme quantitatif que qualitatif qui si elle avait aboutit aurait interdit le B1 au profit du D2 appelé «char de combat surblindé» par son constructeur Renault.

Le dévellopement du D2 à été lancé au cas où le B1 aurait été interdit par la conférence du désarmement d’où la France se retire en mai 1934. Les prototypes sont présentés en 1932-33 et le char est adopté en 1934 à une époque où l’hypothèque d’une interdiction du B1 avait été levée.

Résultat à l’hypothèse haute de  livraison de 750 chars D2 succéda une hypothèse base à 150 chars avant d’être réduite à 100 unités livrées entre avril 1936 et février 1937 pour les cinquante premiers et au printemps 1940 pour les cinquante autres.

Néanmoins, seul le 1er bataillon du 507ème RCC commandé par un certain colonel Charles De Gaulle avec 45 chars reçut ce blindé.

A la mobilisation, ce bataillon devient le 19ème BCC qui au printemps 1940 remplace ses ses D2 du premier marché par des chars neufs du même modèle, les premiers ayant été usés très, trop rapidement.

A sa création en septembre 1940, la 4ème Division Cuirassée (Dcu) intègre le 19ème BCC au sein d’une 6ème demi-brigade de chars devenue après réorganisation la 6ème brigade cuirassée.

Le char D2 est retiré du service dès le mois de septembre 1941 après que le Hotchkiss H-39 l’eut remplacé.

A la différence de beaucoup de chars, les D2 ne sont pas stockés pour une réutilisation ultérieure en raison d’un grand nombre de problèmes mécaniques. Les tourelles (50 exemplaires) sont précieusement conservées pour être installées sur un nouveau véhicule ou à terre comme les tourelles démontables de la ligne Maginot.

Caractéristiques Techniques du char puissant Renault UZ/D2

Poids : 19000kg

Dimensions : longueur totale 5.23m Largeur totale 2.21m Hauteur totale : 2.66m (1.77 sans tourelle)

Motorisation : un moteur essence Renault dévellopant 150ch à 2000 tours/minute

Vitesse maximale : 22 km/h  Pente : 40%  Autonomie : 100km (réservoir de 240 litres d’essence)  

Blindage : 40mm maximum

Armement : un canon de 47mm modèle 1937 en tourelle monoplace, canon alimenté à 108 obus et deux mitrailleuses de 7.5mm, deux MAC 31 avec 4500 cartouches pour les deux, une arme étant coaxiale en tourelle et une seconde en caisse

Equipage : mécanicien pilote en caisse, un opérateur radio en caisse et un chef de char tireur en tourelle

22-Armée de terre : armement et matériel (28)

FCM-42 et 44

A l’origine, le FCM-36…..

Char léger modèle 1936FCM dit FCM-36

Char léger modèle 1936FCM dit FCM-36

Les Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM) est une entreprise créée en 1853, spécialisée à l’origine dans la construction navale et militaire. Au cours du premier conflit mondial, elle fabriqua même des chars d’assaut comme le FCM 1A (resté à l’état de prototype) ou le FCM 2C produit à douze exemplaires en raison de la fin du conflit.

La firme dont le chantier historique était installée à La Seyne sur Mer poursuivit la mise au point de chars d’assaut, semblant de se spécialiser dans les chars très lourds, de véritables cuirassés terrestres ce qui tout sauf étonnant pour un chantier ayant construit le Paris,le quatrième navire de classe Courbet.

Il participa ainsi à la combinaison industrielle née des «accords Estienne» destiné à produire un char de bataille à 1000 exemplaires, un char à canon puissant en caisse, le futur B1. Cette combinaison industrielle qui mêlait Renault, Schneider, Saint Chamond, Delaunay-Belville et donc les FCM rappelait celle du Renault FT sauf que le dessin du char lourd appartenait à l’état.

Néanmoins, ce n’est pas ça qui pouvait faire vivre le constructeur car au grand dam du général Estienne, les plus gros besoins de l’armée concernaient le char léger qui à défaut de surclasser l’ennemi par sa masse, pouvait le submerger par le nombre.

Un programme pour un char léger de six tonnes est lancé le 2 août 1933 et modifié en mai 1934, programme destiné à remplacer le Renault FT si possible selon  un ratio de un pour un.

Le char produit par les Forges et Chantiers de la Méditerranée se distingue des autres modèles par des solutions techniques audacieuses notamment un blindage laminé-soudé (ce qui le rend étanche aux gaz de combat) et un moteur diesel lui donnant une autonomie remarquable de 16 heures.

Quand à l’armement, il est identique aux autres chars en l’occurence le canon de 37mm SA modèle 1918 hérité du Renault FT, bien adapté au soutien de l’infanterie mais beaucoup moins au combat antichar.

Ce char est produit à seulement 100 exemplaires, la construction de 200 exemplaires supplémentaires étant abandonné au moment de la guerre de Pologne pour permettre  aux FCM de se concentrer sur la sortie massive du B1bis et rationaliser à la fois la production de guerre et le parc de chars légers.

Du char de 20 tonnes au FCM-42

Au début des années trente, la motorisation des divisions d’infanterie est à l’ordre du jour et pour assurer leur sûreté, émerge le besoin d’un char rapide, puissant et très mobile en tout terrain, un portrait robot qui colle parfaitement au Somua S-35 qu’aurait pu adopter l’infanterie si elle n’avait pas émis des réserve sur la capacité à franchir les obstacles en tout-terrain d’un train de roulement conçu pour aller vite sur tout.

Un projet de char moyen d’infanterie de 20 tonnes est officiellement lancé le 16 décembre 1935 dont une partie des spécifications est clairement calqué sur le S-35. De nombreux constructeurs vont proposer leurs projets dont les FCM.

Après de multiples péripéties (que nous verrons dans la partie idoine), on aboutit à un char à double armement, un canon de 75 en casemate et un canon de 47mm en tourelle.

Le projet est une reprise du FCM-36, un modèle 1936 plus gros et ayant résolu un certain nombre de soucis constatés par les utilisateurs du modèle 1936 notamment le bourrage de terre pouvant gêner l’avancée de la chenille ainsi que des vitesses et des embrayages délicats.

Le 1er février 1938, la direction de l’arme des chars de l’infanterie modifie officiellement l’appel d’offres en portant la masse maximale à 35 tonnes, entérinant l’impossibilité d’installer un armement type char B dans un char d’une masse maximale de 20 tonnes.

Les FCM vont cependant abandonner ce projet en février 1938 pour se concentrer sur le futur char de forteresse FCM F1, semblant revenir à ses premières amours, les chars très lourds, les cuirassés terrestres même si sa tourelle F1 à canon de 75mm continuera à être développé pour les chars encore en course.

Il semblait dit que les Forges et Chantiers de la Méditerranée n’avaient fait qu’une courte incursion dans le domaine des chars légers avec le FCM-36 mais l’histoire allait faire mentir cette prédiction.

En effet comme nous l’avons vu, en juin 1941 est lancé un  programme pour un char léger de nouvelle génération. Le bureau d’études de la firme de la Seyne part de plus loin que l’AMX qui bénéficiait de l’expérience AMX-40 mais le FCM-36 était suffisamment mature avec les modifications apportés au sein des 4ème et 7ème BCC pour obtenir une bonne base d’étude.

Le nouveau char s’inspire fortement du FCM-36 reprenant le design général avec une nouvelle suspension librement inspirée du système Christie, une caisse élargie et allongée, un moteur plus puissant et une tourelle biplace (ou triplace au choix) avec un canon de 47mm SA modèle 1935 ou SA modèle 1937 et une mitrailleuse coaxiale MAC modèle 1931 plus une mitrailleuse antiaérienne MAC modèle 1934.

Le prototype est présenté en janvier 1942 et testé intensivement par la commission qui décide de l’adopter sous le nom de char léger modèle 1942 FCM avec la tourelle biplace et comme pour l’AMX-42, il est prévu une version «améliorée» baptisée FCM-44 (officiellement char léger modèle 1944 FCM) avec une tourelle triplace soit quatre hommes d’équipage au lieu de trois.

Unités équipées du FCM-42

Sélectionné en deuxième position derrière l’AMX-42, le FCM-42 va être commandé en moins grand nombre que son concurrent pour équiper des Bataillons de Chars de Combat, les régiments de découverte et les groupes de reconnaissance des Divisions Cuirassées ainsi que neuf GRDI.

Face à ces commandes massives et surtout l’urgence des livraisons, les FCM outre leurs usines de la Seyne sur Mer et du Havre _deux usines contigües à leurs chantiers navals_ vont sous-traiter la fabrication de gros éléments à des entreprises de mécanique de l’ouest de la France. Cela explique que les FCM seront capable de sortir une moyenne de 28 chars par mois avec parfois des piques à 32/36, une cadence digne d’une mobilisation du temps de guerre.

Le char léger modèle 1942 FCM va d’abord équiper les GRDI, les livraisons commençant dès septembre 1942, une industrialisation menée tambour battant, montrant l’amélioration des capacités de l’industrie de l’armement de notre pays.

Le 1ère GRDI reçoit ses vingt chars en octobre 1942, le 4ème GRDI est livré en novembre 1942, le 6ème GRDI en janvier 1943, le 16ème GRDI en février 1943, le 20ème GRDI en mars 1943, le 25ème GRDI en mai 1943, le 27ème GRDI en juin 1943, le 37ème GRDI en septembre 1943 et enfin le 39ème GRDI en octobre 1943 soit un total de 180 chars équipant ces neuf groupements.

Le 24ème BCC est l’unité suivante à être rééquipée, recevant ses 45 chars entre mars et mai 1944, suivit non pas par d’autres BCC mais par des unités des Divisions Cuirassées, les régiments de découverte et les groupes de reconnaissance.

La 1ère DC reçoit ses soixante et onze chars entre juin et septembre 1944, la 3ème DC reçoit ses FCM-42 entre octobre 1944 et janvier 1945 et la 5ème DC entre février et mai 1945 soit un total de 213 chars en ligne au sein des trois unités.

Enfin, quatre autres Bataillons de Chars de Combat vont recevoir ce blindé, le 9ème BCC recevant ses chars entre septembre et novembre 1945, le 10ème BCC est équipé entre mars et mai 1946 et enfin les 4ème et 7ème BCC reçoivent leurs nouveaux chars entre mars et juin 1948 pour le premier et en juillet et août 1948 pour le second.

Le total de chars en ligne atteint le chiffre respectable de 618 exemplaires auxquels s’ajoutent 124 chars en réserve, utilisés comme volant de fonctionnement, pour des tests ou pour l’écolage. La production se poursuit parallèlement au FCM-44, le modèle 1942 sortant de l’usine du Havre et le modèle 1944 de l’usine de la Seyne sur Mer tandis qu’une troisième chaine installée à La Ciotat doit entrer en fonction au printemps 1949.

Au total quand éclate la seconde guerre mondiale, on trouve 618 chars en ligne et 210 chars en réserve qui vont être utilisés pour la mise sur pied de quatre bataillons de mobilisation en l’occurence les 18ème, 32ème, 34ème et 38ème BCC soit 180 chars en ligne en plus portant le total à 798 chars en ligne et seulement 12 en réserve pour l’instruction notamment.

Caractéristiques Techniques du char léger modèle 1942 FCM

Poids total : 16 tonnes

Dimensions : Longueur totale 5.20m  Largeur totale 2.75m Hauteur totale 2.30m

Motorisation : un moteur diesel Aster 4 cylindres développant 190ch Boite à quatre vitesses et une marche arrière

Vitesse maximale : 45 km/h  Pente : 80%  Autonomie : 235km  

Blindage : 60mm maximum 20mm minimum

Armement : un canon de 47mm modèle 1937 en tourelle biplace, canon alimenté à 180 obus et deux mitrailleuses de 7.5mm (MAC 31 coaxiale et MAC 34 antiaérienne) avec 4000 cartouches pour les deux

Equipage : mécanicien pilote en caisse, un chef de char tireur et un pourvoyeur en tourelle

Unités équipées du FCM-44

Comme l’AMX-44 est la version améliorée de l’AMX-42 ou plutôt une version à tourelle triplace, le  char léger modèle 1944 FCM est une version à tourelle triplace du FCM-42 qui lui dispose d’une tourelle biplace.

Le FCM-44 est officiellement adopté en mars 1944 et sa production démarre aussitôt pour équiper trois DLM (1ère, 3ème et 5ème en attendant la 7ème créée seulement en septembre 1947) à raison de vingt-six blindés pour les groupes de reconnaissance (deux fois treize) et pour les dragons portés à savoir soixante-trois blindés par régiment soit cent-vingt pour la division et cent cinquante deux pour la division.

La 1ère DLM reçoit ses blindés entre avril 1944 et février 1945, la 3ème DLM reçoit ses FCM-44 entre mars 1945 et janvier 1946, la 5ème DLM reçoit ses blindés entre février 1946 et avril 1947 avant que la 7ème DLM ne boucle la boucle recevant ses blindés entre octobre 1947 et août 1948, juste à temps pour le déclenchement du second conflit mondial.

Outre les 608 chars en ligne, on trouve 120 en stock pour remplacer les véhicules détruits, armer de nouvelles unités et servir à l’écolage. 96 chars supplémentaires produits en octobre et novembre 1948 sont envoyés en Indochine pour équiper le 1er régiment de dragons portés coloniaux de la 2ème DLC soit 63 chars en ligne et 33 en réserve de fonctionnement.

Caractéristiques Techniques du char léger modèle 1944 FCM

Poids total : 16.4 tonnes

Dimensions : Longueur totale 5.20m  Largeur totale 2.75m Hauteur totale 2.30m

Motorisation : un moteur diesel Aster 4 cylindres dévellopant 190ch Boite à quatre vitesses et une marche arrière

Vitesse maximale : 40 km/h  Pente : 80%  Autonomie : 230km  

Blindage : 60mm maximum 20mm minimum

Armement : un canon de 47mm modèle 1937 en tourelle  triplace, canon alimenté à 180 obus et deux mitrailleuses de 7.5mm (MAC 31 coaxiale et MAC 34 antiaérienne) avec 4000 cartouches pour les deux

Equipage : mécanicien pilote en caisse, un chef de char, un tireur et un pourvoyeur en tourelle

Les prototypes et les constructions limitées

Outre les différents chars légers que nous venons de voir, il à existé des chars restés à l’état de prototype à la fois parce que les budgets n’ont pas suivis, parce que les priorités ont changé, parce qu’ils n’étaient pas techniquement au point ou tout simplement parce que c’était leur destin puisqu’une politique de prototypes à été lancée en 1946 pour préparer le futur au delà des véhicules en production et des véhicules dont l’industrialisation était en cours.

Les prototypes (1918-1946)

On trouve d’abord les avatars du Renault FT, les trois modèles NC destinés à améliorer la mobilité stratégique du «char de la victoire». Ces essais n’ont donc pas aboutit à une production en série comme nous l’avons vu dans l’introduction sur le char D1 qui descendait en droite ligne du FT.

Pour rappel citons le Renault NC-1 produit à trois exemplaire pour la France,, le Renault NC 2 produit à un unique exemplaire  et remis ensuite sur chenilles NC et le Renault NC 3 produit à un exemplaire pour la Suède, un pour la Pologne et vingt-trois pour Japon.

Plus important à été le Renault FT à chenilles Kergresse. Vingt-trois exemplaires ont été modifiés en 1924 dont très engagés au Maroc dans la guerre du Rif suivis en 1928 de six autres avec des chenilles métalo-plastique et même d’un moteur diesel.

En 1926, le programme de construction de chars définit cinq types, un char lourd de 70 tonnes, le char de bataille _futur B1bis_, le char léger _futur D1 issu en ligne directe du Renault FT_, un char léger à roues et un char colonial.

Renault propose son Renault VA qui reçoit la dénomination officielle de D3. Le prototype réalisé en acier doux est une version allégée du char puissant Renault D2 avec un poids de 12 tonnes, un blindage limité à 20mm et une vitesse espérée de 30 à 35 km/h.

Le prototype présenté le 30 avril 1932 ne débouche pas sur la production du série en raison de nombreuses déficiences. Il servira de base à un canon d’assaut de 75mm auquel il transmit ses tares puisque lui non plus ne dépassa le stade du prototype.

De ce projet D3 aboutira si l’on peut dire un projet de char rapide pour l’exportation, deux projets en réalité mais un même nom de code _Renault VO_ .

Le premier aurait été une version du D3 avec 14 galets au lieu de seize, un blindage de 16mm pour un poids de 9 tonne avec une tourelle armée de mitrailleuses. Le second aurait été une adaptation de la chenillette de reconnaissance Renault YR à six galets, ces deux projets n’ont pas dépassé le stade de la planche à dessin.

Le lancement le 2 août 1933 d’un programme pour un char léger de 6 tonnes destiné à remplacer le Renault FT à entrainé comme on l’à vu l’adoption du Renault R-35, du FCM-36 et du Hotchkiss H-35.

D’autres constructeurs ont tenté leur chance mais sans succès : Batignolles-Châtillon, Delaunay-Belville (pas construit) et APX, classé hors concours car matériel d’Etat même si sa tourelle sera utilisée sur le R-35 et le H-35.

Dans le cadre du programme AMR qui vit le choix du modèle Renault VM puis de sa variante améliorée Renault ZT, la firme Citroën proposa sa P103 dans l’espoir de concurrencer Billancourt mais le quai de Javel n’obtint pas le succès escompté et le constructeur abandonna aux limbes son projet qui n’apportait semble-t-il pas de progrès par rapport aux AMR 33 et 35.

On trouve également à la fin des années trente, un projet de char léger proposé par AMX, l’AMX-38 et l’AMX-39 _deux variantes d’un même projet_ et qui comme l’AMX-40 allaient servir de démonstrateur technologique pour le Somua S-45 qui triompha du Renault DAC-1 qui avait lui même été préféré aux deux projets AMX.

Là encore, il s’agit de l’oeuvre de l’Ingénieur Général de l’Armement Joseph Molinié, le brillant chef du bureau d’étude de l’Atelier d’Issy les Moulineaux issu de la nationalisation de l’atelier de montagne de chars de combat et de chenillettes de Renault.

Alors que l’atelier est chargé de la production entre-autres du R-35, le bureau d’études est chargé d’étudier l’amélioration de leurs performances en tout-terrain ce qui aboutit au R-40 qui succède au modèle 1935 sur les chaines de montage.

Les ambitions du jeune atelier ne s’arrête pas à l’amélioration. Il souhaite produire ses propres chars légers et concurrencer voir à terme supplanter les manufacturiers privés. Le prototype n°1 ou AMX-38 présenté au printemps 1939 donne ainsi un char d’un poids semblable à celui du FCM-36, propulsé par un moteur diesel avec pour armement un canon de 37mm SA modèle 1938.

Le prototype AMX-39

Le prototype AMX-39

Ce premier projet n’est qu’un galop d’essais puis-qu’aussitôt est mis en chantier un prototype n°2 baptisé AMX-39 plus lourd, mieux protégé et mieux armé avec un canon de 47mm SA modèle 1935 (identique à celui du S-35).

Ce prototype présenté au printemps 1940 ne débouchera par sur une commande série à la fois car il avait été décidé de privilégier la production de chars existants et que le Renault DAC-1 appelé parfois Somua de Billancourt lui fût préféré dans le but non plus de mettre au point un nouveau char léger mais un char moyen appelé à terme à remplacer le S-35 et le S-40 mais comme nous le verrons ultérieurement, ce ne sera pas le cas.

Dans le domaine des prototypes citons également le domaine particulier des chars amphibies dont le premier exemplaire en France est sans surprise un Renault FT modifié à cet effet mais sans tourelle testé sur la Seine le 15 janvier 1919.

C’est ensuite la firme Batignolles-Châtillons qui se lance dans la production d’une automitrailleuse amphibie destinée à la cavalerie qui souhaite disposer pour ses avant garde d’un véhicule capable de franchir les coupures humides et de combattre aussitôt.

Le premier modèle baptisé DP-2 est un échec mais au printemps 1940, les essais d’une DP-3 armée d’un canon de 25mm et d’une mitrailleuse de 7.5mm est satisfaisante.

Néanmoins dans l’immédiat, le dévellopement n’est pas poursuivit, l’armée souhaitant donner la priorité à la construction des véhicules existants et ceux en dévellopement dans des domaines d’utilisation plus communs.

Il faudra donc attendre la relance d’une politique de prototypes décidée par le général Villeneuve en mars 1946 pour le projet d’un véhicule de combat amphibie devienne plus prégnant, plus palpable.

Les prototypes (1946-1948)

En mars 1946, alors que l’industrie française produit des quantités considérables de chars de combat (jusqu’à 30 par mois pour certains blindés), le général Villeneuve se préoccupe de garder une longueur d’avance sur l’Allemagne en prévoyant le coup d’après.

Des chars légers amphibies sont ainsi mis au point par l’entreprise Batignolles-Châtillon qui avait mis au point les DP2 et DP3 qui étaient plus des automitrailleuses que de véritables chars.

La firme installée dans la région parisienne met au point un char léger amphibie DP-4, un char de 15 tonnes disposant d’un canon de 47mm SA modèle 1935 et d’une mitrailleuse avec un équipage de trois hommes.

Six prototypes sortent entre septembre et novembre 1946 avant une petite série de douze véhicules au printemps 1948, le tout formant un escadron amphibie indépendant de dix huit chars déployés en Alsace en cas d’assaut sur le Rhin.

Des projets de chasseurs de chars sont également mis au point. Se rappelant du premier conflit mondial et la perte des industries du Nord, le général Villeneuve veut pouvoir construire rapidement des «chars», des véhicules de combat dans des entreprises peu ou pas habituées à produire du matériel militaire.

La production de char étant difficile avec la tourelle, l’idée est de produire des chassis chenillés sur lesquels ont installerait des canons d’un calibre suffisant pour appuyer l’infanterie ou pour combattre les chars.

Plusieurs projets sont mis au point par l’Entrepôt de Réserve Général du Matériel de Gien (Loiret) pour être produit rapidement. Ces projets sont baptisés GPM (Gien Projet Militaire) suivit d’un numéro.

Dans le domaine des chasseurs de chars notons le projet GPM 1 d’un chassis de Renault R-35 avec un canon de 47mm SA modèle 1941 en superstructure, d’un GPM 3 combinant un chassis de Somua S-35 avec un canon de 75mm TAZ modèle 1939 en superstructure, d’un GPM 5 combinant un chassis d’AMX-42 avec un canon de 90mm modèle 1939 adapté à l’antichar.

Dans le domaine des canons d’assaut, notons le projet GPM 2 combinant le chassis de Renault R-35 avec un canon de 75mm en superstructure _plus simple à produire que les canons d’assaut Somua SA u 40 ou ARL V-39_ , le projet GPM 4 combinant un chassis de Hotchkiss H-39 avec un obusier de 105C modèle 1935B et enfin le projet GPM 6 combinant un chassis Renault G1 avec un canon de 155mm modèle 1946.

Tous ces projets n’existent qu’à deux ou trois exemplaires mais pourraient vite se multiplier en raison de la présence d’un nombre conséquent de chars déclassés ou stockés pour servir de volant de fonctionnement.

Deux projets de chars coloniaux ou tropicaux sont envisagés pour combattre en Afrique Noire ou en Asie du Sud-Est face à des adversaires _Italie et Japon_ ne disposant pas de chars puissants.

Un projet dérivé du H-39 voit le montage d’une tourelle pouvant combiner soit d’un canon de 47mm et d’une mitrailleuse de 7.5mm ou d’un canon de 25mm et d’une mitrailleuse voir de deux mitrailleuses.

Le second reprend pour base le chassis de l’AMX-44 avec une tourelle à canon de 25mm et une mitrailleuse de 7.5mm. Deux prototypes de chaque modèle sont réalisés mais sans qu’une réalisation en série soit envisagée.

Des versions austere des AMX-44 et FCM-44 sont étudiés pour l’export mais la guerre ayant éclaté entre-temps, ces études n’ont pas dépassé le stade de la planche à dessin.

Des démonstrateurs technologiques sont également mis au point notamment le char léger AMX-46 qui combine un moteur diesel turbo, des chenilles souples, une suspension hydropneumatique, un blindage incliné laminé-soudé de nouvelle génération et une tourelle fabriquée en aluminium avec un canon de 47mm SA modèle 1946 à haute vitesse initiale.

La production en série de l’AMX-46 n’est pas prévue mais doit permettre de développer des briques technologiques pour améliorer les chars existants ou développer de nouveau même si l’idée de nouveaux chars légers va paraître de moins crédible au fur et à mesure que la guerre va se prolonger.

Et comme parallèlement, l’augmentation du poids des chars fait craindre la mise au point de monstres patauds peu efficients, une idée révolutionnaire émerge : celle d’un char polyvalent appelé dans la langue de Shakespeare Main Battle Tank (MBT) et traduit dans celle de Molière comme Char Principal de Combat (CPC). Une idée qui serait parue farfelue quelques années plus tôt mais entre l’acceptation et la production…. .

22-Armée de terre : armement et matériel (1)

22)° Armée de terre : l’armement et le matériel

Préambule

Dans cette partie, je vais donner un peu plus de chair à ma description de l’armée de terre en abordant non plus les structures et les unités mais l’armement et l’équipement de nos soldats qui en 1948 n’à rien à envier à son adversaire allemand. Mieux même, il le surpasse dans certains domaines comme les Fritz ne tarderont pas à s’en rendre  compte.

Je vais d’abord aborder l’armement de la «reine des batailles», l’infanterie sur laquelle porte l’effort principal de la bataille. Comme le dira un lieutenant anonyme excédé par les prétentions des unités de l’Arme Blindée-Cavalerie «C’est bien beau les chars mais après pour occuper le terrain ils auront besoin de nous !».

Sur le plan de l’armement, l’une des évolutions majeures est un changement de calibre. Le 8mm apparu à la fin du 19ème siècle avec le fusil Lebel disparaît au profit du 7.5mm inspiré de la cartouche allemande de 7.92mm.

Du moins en métropole, dans l’Empire où le besoin d’une cartouche moderne se fait moins sentir, le 8mm est encore assez présent.

Ce changement de calibre s’explique par l’inadaptation de la cartouche à bourellet pour le tir automatique, le lamentable Chauchat étant encore dans toutes les mémoires……. .

Le nouveau fusil standard de l'armée de terre, le MAS 36

Le nouveau fusil standard de l’armée de terre, le MAS 36

Qui dit changement de calibre dit nouvelles armes. Le MAS 36 de 7.5mm devient le fusil standard de l’infanterie française, étant également décliné en une version à crosse repliable pour l’infanterie de l’air, une version courte (équivalent d’un mousqueton utile pour la cavalerie et l’artillerie), en version tireur de précision.

Le MAS modèle 1940 est un fusil semi-automatique qui n'à rien à envier au Garand américain

Le MAS modèle 1940 est un fusil semi-automatique qui n’à rien à envier au Garand américain

On trouve également un fusil semi-automatique, le MAS-40 avec un chargeur à dix coups et le MAS 44 avec un chargeur à vingt-cinq coups, l’ancêtre du fusil d’assaut.

Ces deux armes furent d’abord réservées aux dragons portés des DLM et chasseurs portés des DC avant d’équiper les meilleures divisions d’infanterie recevant ultérieurement le MAS 40 qui aurait totalement remplacé le MAS 36 sans le déclenchement de la guerre qui comme partout à bouleversé bien des plannings.

Pour ce qui est des armes de poings _pistolets et pistolets mitrailleurs_, le 8mm cède la place au 7.65mm mais il est rapidement concurrencé par un calibre jugé meilleur en l’occurence le 9mm qui équipe pistolets et pistolets mitrailleurs. On trouve également du 11.43mm pour les mitraillettes Thompson livrées par les Etats-Unis au printemps 1940.

Mitrailleuse Hotchkiss modèle 1914

Mitrailleuse Hotchkiss modèle 1914

Les armes automatiques lourdes type fusil-mitrailleur et mitrailleuses utilisent principalement le 7.5mm mais on trouve encore du 8mm pour les inusables Hotchkiss modèle 1914 présentes dans l’Empire et du 13.2mm utilisées pour l’armement de certains ouvrages de la ligne Maginot et certains véhicules, le 9mm pour la mitrailleuse MAC 37 n’ayant pas été produite, l’arme étant restée à l’état de prototype.

Pour ce qui est des armes plus lourdes, on trouve des canons antichars de 25 et de 47mm. Si le premier canon est de moins en moins apte à détruire les chars allemands, il fait plus que bonne figure face aux chars italiens et même japonais.

Il y à bien entendu le canon antichar de 75mm TAZ modèle 1939 mais ce dernier appartient à l’artillerie tout comme un canon antichar de 90mm _adaptation du canon antiaérien modèle 1939_ connait une production limitée.

On trouve également des armes singulières comme plusieurs modèles de fusils antichars, des PIAT ainsi qu’un lance-fusée Brandt de 50mm et une série de grenades antichars Brandt qui allaient déboucher sur une toute autre arme une fois le conflit déclenché.

Pour ce qui est des mortiers, les mortiers de 60mm sont toujours là mais le 81mm à cédé la place au moins en Métropole à une arme nettement plus redoutable de 120mm soit une puissance de feu supplémentaire pour l’infanterie française. Seule l’infanterie soviétique avec son mortier de 120mm modèle 1938 pour supporter la comparaison.

Après l’infanterie, nous nous intéresseront au cas de l’artillerie qui à connu entre 1940 et 1948 une modernisation spectaculaire.

Certes des pièces antiques sont encore présents (notamment dans les colonies et au sein des RAP/RAMF) mais l’artillerie de campagne aligne des pièces modernes de 75mm (le TAZ modèle 1939 plus ses cousins de l’artillerie légère et de montagne), de 105mm (obusiers modèle 1934S et modèle 1935B, canons de 105mm modèle 1936S et modèle 1941T) ou de 155mm (Schneider modèle 1946, GPF et GPFT). On trouve également des canons d’assaut et des canons automoteurs pour accompagner au plus près les chars.

Pour l’artillerie lourde, la situation est plus contrastée mais les canons de 194, 220 et 280mm restent malgré leur âge redoutable tout comme les pièces d’artillerie sur voie ferrée appelées à appuyer la Ligne Maginot en attendant de matraquer la ligne Siegfried.

Nous aborderons la question des uniformes. Si les chasseurs alpins et à pieds restent en bleu nuit, les autres unités adoptent au milieu des années trente le kaki moins voyant que le bleu horizon.

Quand à la silhouette du soldat, elle ressemble fortement à celle de son ainé de 14-18 jusqu’à l’arrivée du général Villeneuve à la tête de l’armée qui souhaite une armée jeune et sportive.

C’est ainsi que progressivement, l’équipement individuel du soldat va être allégé. Les dragons et les chasseurs portés sont ainsi en pointe dans ce domaine et par capillarité, les nouveaux équipements, de nouvelles «modes» vont irriguer l’armée de terre.

Une nouvelle tenue apparaît en 1947 mais est loin d’avoir remplacé la tenue modèle 1935. Cette nouvelle tenue garde le pantalon bouffant ou pantalon de golfe mais la veste est repensée et les bandes molletières sont remplacées par l’ensemble chaussures montantes (comparables à nos actuelles chaussures de randonnée) et guêtres en cuir. Un ceinturon d’un nouveau type et un sac mieux pensé complète le tout. Le béret remplace dans toutes les unités le calot comme coiffure standard.

En ce qui concerne les véhicules, l’évolution entre la guerre de Pologne et le début du second conflit mondial est spectaculaire.

Quand la guerre de Pologne éclate en septembre 1939, les chars et véhicules blindés français sont repartis grosso modo en deux catégories : les véhicules de cavalerie généralement rapides pour la percée et les missions traditionnelles de la cavalerie et les chars d’accompagnement de l’infanterie lents et bien protégés, censés accompagnés au plus près les fantassins.

Cette répartition simpliste va être bouleversée par la «révolution villeneuvienne» qui renoue avec les mannes du général Estienne en adoptant une attitude résolument offensive, symbolisée par une motorisation à outrance et par les fameux Corps d’Armée Cuirassés, placé sous les ordres directs du CEMAT et censé être les poings blindés pour percer le front et aboutir avec le soutien des Corps de Cavalerie et des groupes d’armées à la percée décisive tant cherchée et tant souhaitée durant le premier conflit mondial.

Un bon char est un savant compromis _compromis souvent imparfait_ entre vitesse, protection et armement. Le second paramètre était souvent mis en avant pour les chars d’infanterie alors que les automitrailleuses de combat de la cavalerie devaient être surtout rapides. On assiste à un rapprochement de ces trois facteurs dans les différentes catégories qu’il s’agisse des chars de bataille, des chars de combat et des chars légers ou chars d’accompagnement.

En septembre 1939, les chars/automitrailleuses de combat français sont globalement supérieurs à ceux alignés par l’Allemagne. En effet, les chars français étaient généralement plus rapides, mieux protégés et mieux armés.

Si le Renault R-35 était bien plus lent qu’un Panzer I ou II, il était nettement mieux protégé et nettement mieux armé (canon de 37mm face à deux mitrailleuses de 7.92mm ou un canon de 20mm et une mitrailleuse de 7.92mm).

L'Automitrailleuse de Combat (AMC) modèle 1935S dit Somua S-35

L’Automitrailleuse de Combat (AMC) modèle 1935S dit Somua S-35

Le Somua S-35 était aussi rapide, mieux protégé et mieux armé que le Panzer III. Seul le Panzer IV était mieux armé que les chars légers et médians français mais son canon de 75mm court était plus adapté à l’appui de l’infanterie et de plus il était disponible en faible nombre.

Le B1bis lui était insurpassable, son blindage le mettait l’abri de la plupart des canons allemands (à l’exception du 88mm) et son armement mixte (canon de 47 en tourelle et de 75mm en casemate) lui donnait une puissance de feu sans équivalent.

Tout n’était cependant pas rose dans le domaine des chars/automitrailleuses de combat. Plusieurs carences auraient pu avoir des conséquences dramatiques si les allemands avaient attaqué à l’ouest qu’il s’agisse de la configuration monoplace de la tourelle (chars légers biplaces ou chars moyens triplaces) ce qui obligeait le chef de char à être pointeur et tireur en même temps, d’un canon de 37mm SA18 dépassé (il équipait notamment le R-35 et le FCM-36) et de l’absence de radio qui empêchait les unités de chars à pouvoir manoeuvrer rapidement et exploiter la moindre opportunité.

Fort heureusement, les huit années de paix armée vont permettre de résoudre ces carences même si seule l’expérience du feu pouvait valider ou pas les modifications effectuées.

Sur le plan des modèles de véhicules, un grand nombre d’entre-eux en service en septembre 1939 sont encore en service en septembre 1948.

Si les Renault FT, D-2 et les B1bis ont tous été retirés du service (ou peu s’en faut pour le FT qui assurent quelques missions secondaires notamment la défense des aérodromes), on trouve encore des Renault R-35, des Hotchkiss H-39 (neufs ou H-35 modifiés), des Somua S-35, des FCM-36.

De nouveaux modèles sont également mis en service qu’il s’agisse de dérivés de véhicules existants comme le Renault R-40 dérivé du R-35, le FCM-42 issu du FCM-36 ou le Somua S-40 dérivé du S-35 ou de véhicules de conception nouvelle comme l’ARL-44 remplaçant des B1bis ou le Renault G1 qui va remplacer les Hotchkiss H-39 au sein des DC.

Le Somua S-45 en dépit d’une dénomination qui laisserai apparaître un lien de parenté avec le S-35 et le S-40 est un char différent, l’équivalent du G1 pour les DLM. Il est mis en service en février 1945 et en septembre 1948 équipe cinq des huit DLM.

On trouve également l’AMX-42 et l’AMX-44, derniers nés de la famille des chars légers qui allaient devoir se concentrer sur les missions de reconnaissance faute de pouvoir réellement peser dans un combat de char à char. A l’autre bout du spectre, on trouve une poignée de chars de forteresse FCM F1 qui remplacent les antédiluviens FCM-2C issus du premier conflit mondial.

Les chars (automitrailleuses de combat pour la cavalerie) ne sont pas les seuls véhicules en service, on trouve également des canons d’assaut type Somua SAu40 ou ARL V-39, des automitrailleuses de reconnaissance AMR-33 et 35, des automitrailleuses de reconnaissance à roues AMD-178 et AM modèle 1940 P.

Parallèlement, aux véhicules de combat, les DC et les DLM vont disposer de véhicules spécialisés qu’il s’agisse de dérivés de chars et de véhicules de combat ou d’engins spécialement conçus pour le soutien notamment logistique. Dans cette catégorie figurent également les transports destinés aux armes lourdes et aux fantassins, les dragons et les chasseurs portés notamment.

On trouve par exemple des chars de commandement, de tout type. Ils sont soient dépourvus de canon ou alors pourvu d’une radio si encombrante (technologie de l’époque) que la dotation en munitions est généralement réduite de 10%.

Les véhicules de dépannage sont généralement des chars de première série auxquels on à enlevé la tourelle pour le remplacer par une petite superstructure avec des moyens de levage et de remorquage.

Dans cette catégorie, nous trouvons également des véhicules de liaison, des véhicules chenillés comme les AMR-33 présentées plus haut ou des véhicules à roues comme la Panhard 178L (Liaison) qui sera ultérieurement complété par des Daimler Dingo livrés par la Grande-Bretagne.

Pour ce qui est du transport de troupes, on trouve des véhicules toutes roues motrices (hélas non blindés) et vrai nouveauté, des chenillés spécialement conçus pour le transport d’hommes en armes, les Lorraine 39L et les Renault DAJ-1.

Nous enchaineront ensuite par l’ordre de bataille de l’armée de terre en septembre 1948 avec en métropole, trois groupes d’armées, un détachement sur les Pyrénées, deux CAC, trois Corps de Cavalerie et une DLM indépendante. Quand aux troupes déployées dans l’Empire, elles sont nettement plus nombreuses, mieux entrainées et mieux armées.

Enfin, la dernière partie sera consacrée aux plans de défense et d’attaque mis au point par le généralissime Villeneuve qui reprend à son compte la manoeuvre Dyle-Breda imaginée par son prédécesseur tout en ayant mis au point des plans offensifs contre l’Allemagne avec une attaque par la Belgique, le Luxembourg, par le Rhin….. .

Une hypothèse suisse est envisagée tout comme des plans pour contre l’Italie par une attaque dans les Alpes voir par une opération amphibie en Sardaigne et en Sicile voir directement contre la Péninsule.

Les autres fronts ne sont pas oubliés. Face à l’Espagne, il est prévu une posture de défense ferme avec les bataillons de chasseurs pyrénéens chargés de tenir les cols appuyés par la 31ème DIAlp de Montpelier.
En cas d’agression espagnole, les troupes stationnées au Maroc ont pour mission d’occuper le Maroc espagnol. Sur le front Tunisien, il est prévu une défense ferme mais une conquête de l’ASI n’est pas exclue pour sécuriser le flanc sud du dispositif allié et servir de base opérationnelle pour une poussée dans les Balkans.

En Scandinavie et dans les Balkans, des interventions en soutien des gouvernements légitimes sont possibles et planifiées.

Quand à l’Asie du Sud-Est, c’est la défensive qui prévaut, une défense ferme pour rendre le plus indigeste possible une probable offensive japonaise en direction des colonies européennes du Sud-Est asiatique pour s’y emparer des ressources naturelles.