Italie (73) Regio Esercito (13)

Les Armes du Regio Esercito Italiano (6) : Chars de Combat

Avant-propos

En août 1914 ce qui était espéré ou redouté se produit : une nouvelle guerre majeure éclate en Europe, quarante-quatre ans après la guerre franco-allemande de 1870. Le geste insensé d’un étudiant serbe Gavrilo Princip précipite le Vieux Continent dans la guerre.

Lire la suite

Publicités

Italie (60) Regio Esercito (10)

Divisions Blindées (Divisione Corrazate)

Un très long chemin

Après trois mois de guerre ouverte, après trois mois d’une boucherie innommable le front occidental se stabilise de la mer du Nord à la frontière suisse soit 700km d’un réseau de tranchées entre lequel se situe un lieu sinistre, le lieu où l’homme est absent (no man’s land), un lieu apocalyptique fait de trous d’obus remplis d’eau, de boue voir de gaz, des barbelés le tout balayé par le tir mortellement efficace des mitrailleuses.

Lire la suite

22-Armée de terre : armement et matériel (34)

Char lourd modèle 1944L

Le monstrueux ARL-44 à canon de 90mm, la future terreur des chars allemands

Le monstrueux ARL-44 à canon de 90mm, la future terreur des chars allemands

Changement d’optique

Après des années d’hésitation, la production du B1bis avec atteint son rythme de croisière au printemps 1940 avec la sortie de trente à quarante chars par mois, une vraie prouesse quand on connait d’où est parti ce programme qui n’atteignit jamais les 1000 chars envisagés par le général Estienne.

Après le B1bis, avait été produit le B1ter, une version améliorée et plus simple à construire du précédent dont la conception en avait fait une véritable Rolls-Royce technologique, un petit bijou de technicité mais qui se payait par une construction et une maintenance difficile.

Il était ensuite prévu un char dérivé du B1ter baptisé B-40 mais ce char sorti sous la forme d’un prototype ne fût jamais produit en série en raison d’un changement de priorité au sein de l’arme des chars d’infanterie.

En effet après une gestation houleuse, les Divisions Cuirassées avaient fait leur trou et s’imposaient comme l’arme de la percée, de la manoeuvre décisive.

Avec ses quatre bataillons et ses 158 chars (90 légers et 68 lourds), elle présentait un instrument quantitativement inférieur au Panzerdivisionen (qui disposaient de plus de 200 chars) mais qualitativement sans équivalent, le B1bis restant hors de portée des allemands jusqu’à l’apparition du Tigre.

Paradoxalement c’est là où le bas blessait. Le B1bis était un excellent char mais connaissait un certain nombre de défauts notamment une autonomie limitée, une mécanique difficile à entretenir et nécessitant des équipages très entrainés et un armement dual plus adapté à l’appui de l’infanterie qu’à la lutte antichar en dépit de la présence d’un canon de 47mm.

L’obusier de 75mm était une arme puissante mais fait pour détruire les casemates et écraser l’infanterie adverse et non pour détruire des chars (canon court donc faible vitesse initiale, positionnement inadapté, pas d’obus perforants) alors que le canon de 47mm encore très efficace n’allait pas tarder à avoir du mal à percer le blindage des chars ennemis.

Il fallait donc envisager déjà le remplacement au sein des divisions cuirassés du B1bis par un char plus adapté à la manoeuvre, à la percée. Sans être forcément rapide, il doit avoir une autonomie importante, un bon blindage, un canon puissant et pouvoir être facile d’utilisation et de construction.

En septembre 1941, un premier appel à projet est lancé pour un char lourd de combat destiné à succéder au B1bis. Les premières spécifications sont prudentes avec pour base le B1ter en terme notamment de protection et de mobilité tout en réclamant un armement plus puissant et clairement orienté antichar.

Les Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM), l’Atelier de construction de Rueil (ARL), Schneider et Renault proposèrent leurs projets sous la forme de maquettes début 1942.

Deux prototypes furent commandés à chacun des constructeurs, prototypes livrés début 1943.

Les Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM) proposèrent un B1ter amélioré sans obusier de 75mm en caisse (remplacée par une mitrailleuse de 7.5mm) avec la tourelle ARL destinée à équiper le futur Renault G1.

L’Atelier de construction de Rueil (ARL) propose un char de conception nouvelle avec une caisse en acier blindé-laminé, un moteur diesel et une tourelle biplace à canon de 75mm de 32 calibres.

Schneider propose un char lui aussi inspiré du B1ter mais avec un canon de 75mm puissant en tourelle triplace alors que Renault proposa une version surblindée de son futur G1.

Les projets Schneider et FCM éliminés, seuls restaient en liste le projet de l’atelier de construction de Rueil et le projet Renault.

Les tests étaient satisfaisants, les deux projets étaient murs techniquement parlant mais la commission en charge du concours dirigée par l’ingénieur Piret se posa la question de l’utilité d’armer un char lourd d’un canon de même calibre que le char moyen.

Entre-temps, Renault accaparé par la production du G1 ainsi que de celle d’autres véhicules se retira du programme, laissant donc l’ARL seule en piste pour son projet baptisé ARL-40.

En juillet 1943, décision est prise d’armer le nouveau char lourd d’un canon de 90mm. A l’époque existait une tourelle armée d’un canon de 90mm, celle équipant le FCM F1, le char de forteresse équipant le 51ème BCF.

Cette tourelle avait cependant été conçue pour un char de forteresse de 142 tonnes en ordre de combat et pas pour un char de 50 tonnes maximum.

Il fallait donc repartir à zéro, Schneider producteur du canon de 90mm modèle 1939 partant de ce canon pour développer une pièce compatible avec une tourelle triplace en terme de recul, d’évacuation des douilles et des fumées.

L’Atelier de Construction de Rueil profita de ce contretemps pour reprendre la caisse en amélioration la suspension hydropneumatique _gracieusement fournie par Renault_, la caisse en acier laminé _sans éléments boulonnés_ et l’ergonomie intérieure sur les conseils des britanniques.

La tourelle Schneider est prête en janvier 1944 et installée sur quatre prototypes de l’ARL-44. Les prototypes sont intensivement testés et se révèlent prometteurs sans réels problèmes techniques, un vrai petit miracle selon ses concepteurs.
Adopté le 30 janvier 1944 sous le nom de char lourd modèle 1944L, ce premier char produit par l’Atelier de Construction de Rueil est un monstre de 53 tonnes en ordre de combat, des lignes assez carrées, un «véhicule d’hommes» dirions nous qui reçoit le 8 mai 1944, le nom officiel d’Estienne.

A l’avant, on trouve le pilote à l’avant droite et à sa gauche un radio-mitrailleur chargé des transmissions et de la défense rapprochée du char avec une mitrailleuse de 7.5mm MAC 34 avec 2500 cartouches.

Au milieu du véhicule, on trouve une tourelle triplace avec quand on regarde le char de l’arrière, un chef de char à l’arrière gauche, le tireur pointeur devant lui et de l’autre côté du canon le pourvoyeur.

Cette tourelle intègre un canon de 90mm modèle 1944 (54 obus) associé à une mitrailleuse coaxiale de 7.5mm MAC 34 alimentée à 3000 cartouches, une autre mitrailleuse est installée en position antiaérienne.

A l’arrière, on trouve un moteur Renault de 720cv inspiré du moteur Renault 12 cylindres de 550ch utilisé pour le FCM F1 (qui en dispose de deux).

Convaincue de la qualité de son char, l’ARL avait lancé la production en série avant même l’adoption officielle ce qu’apprécièrent finalement les autorités militaires et politiques pour permettre d’équiper rapidement les Divisions Cuirassées.

Unités équipées

Chaque Division Cuirassée va recevoir deux bataillons de 34 chars ARL-44 qui vont remplacer nombre pour nombre les B1bis.

La 1ère Division Cuirassée rééquipe le 28ème Bataillon de Chars de Combat entre septembre et décembre 1944 suivit du 37ème Bataillon de Chars de Combat de janvier à mars 1945.

La 2ème Division Cuirassée rééquipe le 8ème Bataillon de Chars de Combat entre avril et juin 1945 suivit du 15ème Bataillon de Chars de Combat entre juillet et septembre 1945.

La 3ème Division Cuirassée rééquipe le 41ème Bataillon de Chars de Combat entre octobre et décembre 1945 suivit du 49ème Bataillon de Chars de Combat entre janvier et mars 1946.

La 4ème Division Cuirassée rééquipe le 46ème Bataillon de Chars de Combat entre avril et juin 1946 suivit du 47ème Bataillon de Chars de Combat entre juillet et septembre 1946.

A cette date, 272 ARL-44 sont alors en service. La production se poursuit à un rythme moins élevè pour constituer un volant de fonctionnement. 16 chars sortent en octobre, 12 en novembre, 10 en décembre 1946, 8 en janvier 1947, 10 en février, mars et avril 1947, 8 en mai et juin 1947 soit un total de 92 chars produits.

La création en septembre 1947 des 5ème et 6ème Division Cuirassées entraine la création de quatre nouveaux bataillons de chars de combat ce qui relance la production de l’ARL-44 en grand série, vingt chars sortant en juillet et vingt-autres en août 1947.

Cela permet d’équiper le 50ème Bataillon de Chars de Combat de la 5ème Division Cuirassée en septembre et octobre 1947, du 54ème Bataillon de Chars de Combat de la 6ème Division Cuirassée en novembre et décembre 1947, du 52ème Bataillon de Chars de Combat de la 5ème Division Cuirassée en janvier et février 1948 et du 56ème Bataillon de Chars de Combat de la 6ème Division Cuirassée entre mars et mai 1948.

Au total, on trouve 408 chars ARL-44 en ligne plus des chars en réserve en l’occurence les 92 chars produits entre octobre 1946 et juin 1947 puis de nouveaux chars de réserve produits en janvier 1948 (quatre), huit en février 1948, six en mars 1948, huit en avril 1948, dix en mai 1948, huit en juin 1948, neuf en juillet 1948 et douze en août 1948 soit un total de 65 chars portant le total à 157 chars de réserve.

La production se poursuit après mobilisation à raison d’une dizaine de chars par mois pour à terme rééquiper les bataillons de quartier général.

Une variante dépannage à été étudiée mais non produite, les B1bis détourellés étant tout à fait capable de dépanner leur successeur

Caractéristiques Techniques du char lourd modèle 1944

Poids en ordre de combat : 53.5 tonnes

Dimensions : longueur 8.99m largeur 3.75m hauteur 2.95m

Motorisation : un moteur diesel Renault 12 cylindres de 720ch

Performances : vitesse maximale 37 km/h pente 85% Autonomie : 290km

Blindage : maximum 80mm

Armement : tourelle triplace Schneider disposant d’un canon de 90mm modèle 1944 disposant de 54 obus associé à une mitrailleuse MAC 34 de 7.5mm avec 3000 cartouches. Une mitrailleuse de coque MAC 34 de 7.5mm avec 2500 cartouches. Une mitrailleuse de 7.5mm peut être installée en position antiaérienne avec 1500 cartouches

Equipage : pilote à l’avant droit, radio-mitrailleur à l’avant gauche et en tourelle un chef de char à l’arrière gauche, le tireur pointeur devant lui et de l’autre côté du canon le pourvoyeur.

FCM 2C

Char de forteresse ou de percée FCM 2C

Char de forteresse ou de percée FCM 2C

A l’origine : Saint Chamond et le Schneider

Après les sanglants combats de l’été 1914, l’échec du plan XVII en Alsace et en Lorraine, le «miracle de la Marne» ou la tentative de course à la mer, le front occidental se stabilise sur 700km de la mer du Nord à la frontière suisse. La guerre des tranchées avait débuté……. .

En dépit du retour d’expérience des premiers combats, le haut commandement tant français qu’anglais cherchait la percée au travers d’offensives frontales couteuses qui se brisaient sur les barbelés et le tir des mitrailleuses allemandes.

Le terrain bouleversé par l’artillerie, les barbelés et les tranchées rendait la percée illusoire voir impossible sans un véhicule adapté.
Côté français après des tentatives plus ou moins farfelues d’engins spécialisés, la raison revint au pouvoir. Ce qu’il fallait c’était un engin de combat disposant d’une protection suffisante, d’un armement performant et d’un moyen de locomotion adapté au terrain et là seule la chenille était à son affaire.

Le premier à dégainer fût la firme Schneider qui proposa en août 1915 un tracteur armé et blindé combinant un chassis de tracteur américain Baby Holt avec le coupe-fil Prétot. Le 20 décembre 1915, la rencontre entre son créateur, l’ingénieur Brillé et le général Estienne marque l’acte de naissance du cuirassé terrestre français.

Produit à 400 exemplaires, le Schneider CA (puis CA 1 suite à l’étude de dérivés) fût bientôt concurrencé par un produit sortit des arsenaux de l’état, le Saint Chamond qui sera lui aussi produit à 400 exemplaires.

Ces 800 chars lourds se révéleront des échecs techniques plus (Saint Chamond) ou moins (Schneider CA 1) cuisants notamment leur premier engagement à Berry au Bac le 16 avril 1917 se révélant être un fiasco (55 chars survivants sur 132, mort du commandant Bossut).

Le FCM 1A, un magnifique engin

Alors que les Schneider et les Saint Chamond sont en construction, français et anglais échangent sur les leçons tirées de l’utilisation par les anglais du tank, les Mark I britanniques avec leurs 28,5 tonnes étant plus lourds que les projets français en cours d’élaboration.

L’idée germa en France de dévelloper un char lourd, le général Mourret chef du service automobile et grand ennemi du général Estienne obtenant du sous-sécretaire d’Etat à l’Armement Louis Thomas la construction d’un prototype officiellement commandé le 20 octobre 1916 mais en réalité en chantier depuis juillet.

En Angleterre, la construction des cuirassés terrestres à été piloté par l’Amirauté ce qui poussa la France à commander ce char lourd à un chantier naval en l’occurence les Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM) installés à La Seyne sur Mer et à Marseille.

Ce chantier n’à aucune expérience des véhicules blindés mais va utiliser son expérience dans le domaine des navires de guerre avec un blindage soigné, des appareillage électriques complexes, la conception, l’aménagement et la mise au point des tourelles.

Le 13 décembre 1916 est créé le Comité Consultatif de l’Artillerie d’assaut (CCAS) chargé de coordonner la mise au point des chars en France, mise au point rendu difficile par une guerre de boutons entre service et une rivalité Industrie d’Etat/Industrie privée.

On se pose alors la question de savoir si la production d’un char lourd est possible en France ou si il ne faut pas privilégier les chars légers en l’occurence le futur Renault FT. Au cours de la séance du 30 décembre, sont dévoilés les principales lignes du char FCM : 38 tonnes, tourelle blindée à 30mm, canon de 105mm court et un moteur de 220ch.

La séance du 17 janvier 1917 propose la construction de deux prototypes du char FCM, un avec une transmission mécanique et un autre à transmission électrique, l’armement au canon de 105mm est discuté, un armement à canon de 75mm ayant les préférences du général Estienne.

Trois chars sont commandés le 5 février 1917 mais en raison de problèmes de fourniture d’équipements chez Renault, la réalisation des prototypes prend énormément de retard. Ce n’est que le 20 décembre 1917 que le char effectue ses premiers essais sur la plage des Sablettes à Toulon.

Ces essais sont très satisfaisants et pousse le ministre Loucheur à demander la commande de 100 chars FCM 1A en espérant que quinze exemplaires pourraient être disponibles en juillet 1918 mais ce char est finalement rejeté au profit du FCM 2C plus lourd.

Le FCM 2C : trop tard !

Après l’échec de l’offensive allemande du printemps 1918, il devint évident que l’Allemagne ne pourra gagner la guerre et que le temps allait jouer pour les alliés notamment avec l’arrivée par millions des Sammies venues d’Outre-Atlantique.

Après les contre-offensive de l’été 1918 qui vit le premier engagement massif des troupes américaines à Saint Mihiel et dans le bois de Belleau où les marines s’illustrent, les alliés planifient l’offensive finale pour le printemps 1919, une offensive ayant Berlin pour cible.

Voulant voir les choses en grand, ils planifient la construction d’un grand nombre de chars notamment de chars lourds pour pénétrer le plus rapidement possible en Allemagne.

Après avoir abandonné le projet FCM 1A, la France se concentra sur le projet FCM 2C, un char nettement plus lourd et plus grand que son devancier et pourtant produit par le même constructeur.

Ce char de 62 tonnes (presque le triple des Schneider et Saint Chamond !) se caractérise par la présence de deux tourelles et de douze hommes d’équipage !

Commandé à 300 exemplaires, ce char aurait pu combattre aux côté du Mark VIII Liberty, un char lourd interallié commandé par la France à 600 exemplaires et le Mark V* commandé à 300 exemplaires mais trop lent à produire, il ne voit pas le feu avant le 11 novembre 1918.

La commande est réduite à dix exemplaires livrés en 1922-23 mis en œuvre par la 7ème compagnie du 511ème RCC de Verdun. En 1934, ce matériel est déclassé et en 1939 deux chars réformés cèdent leurs tourelles à la ligne Mareth en Tunisie.

A noter que de 1923 à 1934, le char n°9 Champagne reçoit dans sa tourelle avant un canon de 155C, dans une nouvelle tourelle, un moteur Sautter-Harlé alors que les mitrailleuses sur rotules sont supprimées.

Les sept chars en ligne (plus un restant en parc pour essais et instruction) sont pourtant mobilisés au 51ème BCC devenu ultérieurement le 51ème Bataillon de Chars de Forteresse (51ème BCF).

Ils vont rester en service jusqu’en février 1944 quand sont mis en service les FCM F1 et les 2C sont tous feraillés sauf un exemplaire qui ironie de l’histoire retrouve à l’entrée de l’Ecole de l’Arme Blindée Cavalerie de Saumur l’unique prototype du FCM 1A (transféré de Versailles) avec lequel il monte la garde.

Caractéristiques Techniques du char de rupture FCM 2C

Poids en ordre de combat : 70 tonnes

Dimensions : longueur hors tout 10.372m largeur 2.95m Hauteur 4.05m

Motorisation : d’abord deux Chenu de 210ch puis deux Mercedes de 200ch puis des Maybach de 250ch

Vitesse maximale : 12 km/h Pente 70% Autonomie 150 km (1280 litres d’essence à bord)

Blindage : maximum 30 puis 45mm

Armement : tourelle avant armé d’un canon de 75mm modèle 1897 raccourci avec 124 coups, tourelle arrière armée d’une mitrailleuse de 8mm Hotchkiss; trois mitrailleuses de 8mm montés sur rotules (une avant et deux latérales) avec pour les quatre un total de 9504 coups.

Equipage : douze hommes (chef de char, pilote, mécanicien, aide-mécanicien, électricien ,canonnier tireur, cannonier chargeur,mitrailleur avant, mitrailleur latéral droit, mitrailleur latéral gauche, mitrailleur tourelle arrière et radio-télégraphiste.

22-Armée de terre : armement et matériel (33)

J-Chars lourds

Préambule

Après les sanglants combats de l’été 1914, l’échec du plan XVII en Alsace et en Lorraine, le «miracle de la Marne» ou la tentative de course à la mer, le front occidental se stabilise sur 700km de la mer du Nord à la frontière suisse. La guerre des tranchées avait débuté……. .

En dépit du retour d’expérience des premiers combats, le haut commandement tant français qu’anglais cherchait la percée au travers d’offensives frontales couteuses qui se brisaient sur les barbelés et le tir des mitrailleuses allemandes.

Le terrain bouleversé par l’artillerie, les barbelés et les tranchées rendait la percée illusoire voir impossible sans un véhicule adapté. C’est dans ces conditions que naquit le projet de cuirassé terrestre, les anglais lui donnant le nom de «tank» (réservoir) pour dissimuler sa vraie nature aux espions allemands.

Char Saint Chamond

Char Saint Chamond

La rencontre entre le général Estienne et l’ingénieur Brillé de Schneider le 20 décembre 1915 marque le début de l’histoire du cuirassé terrestre symbolisé par le Schneider CA-1 et par le Saint Chamond, deux modèles ratés de chars dont l’utilisation révélera un grand nombre de défauts techniques, ouvrant la voie au char léger Renault FT.

En dépit du succès du «char de la victoire», la France et le général Estienne n’ont pas renoncé au char lourd, l’estimant nécessaire pour percer le front, la petite merveille de Louis Renault étant faite pour accompagner l’infanterie, pas pour obtenir la percée.

Suivant l’exemple des anglais qui avaient confié à l’Amirauté la construction de leurs cuirassés terrestres, la France fait de même avec les Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM) qui propose le FCM 1A, un char de 41.4 tonnes à tourelle biplace armé d’un canon de 47mm puissant.

Char de forteresse ou de percée FCM 2C

Char de forteresse ou de percée FCM 2C

En dépit de ses qualités, ce char ne dépassera pas le statut de prototype, le général Estienne préférant le FCM 2C plus lourd qui n’arrivera qu’après la fin du premier conflit mondial, empêcha la France d’utiliser un char lourd de conception nationale de bonne qualité tout comme les chars lourds commandés à la Grande Bretagne (MkV*) ou dont la construction était prévue pour les alliés (MkVIII Liberty).

Le programme de janvier 1921 définit trois catégories de chars : un char lourd de rupture symbolisé par le monstrueux FCM 2C construit à dix exemplaires, un char de bataille et un char léger d’accompagnement, le Renault FT en attendant un probable successeur, les technologies évoluant tellement vite que le char de la victoire va vite être dépassé.

Le programme du char de bataille va aboutir au char B1 davantage connu par ses variantes B1bis et B1ter qui après avoir été conçus pour combattre au sein de BCC indépendants vont intégrer les Divisions Cuirassés pour obtenir la percée tant espérée durant le premier conflit mondial.

Le monstrueux ARL-44 à canon de 90mm, la future terreur des chars allemands

Le monstrueux ARL-44 à canon de 90mm, la future terreur des chars allemands

Lui succédera l’ARL modèle 1944 bénéficiant de l’étude B-40, un char de bataille de 50 tonnes armé d’un canon de 90mm en tourelle, le plus puissant char d’Europe, le Tigre allemand n’ayant qu’un canon de 88mm.

A ces chars lourds intégrés aux Divisions Cuirassés ou formant des bataillons de quartier général, on trouve une poignée de chars d’attaque des fortifications déployés par le 51ème Bataillon de Chars de Forteresse.

Renault B1 B1bis et B1ter

Une mise au point interminable

Jusqu’à sa mort survenue en 1936, le général Estienne lutta contre une image d’Epinal lui collant à la peau, celle l’associant au char Renault FT.

Oh certes, il en est à partiellement à l’origine mais c’était en raison de l’échec des cuirassés terrestres Schneider et Saint Chamond et qui laissait l’armée  française dépourvue d’un char lourd moderne et efficace en attendant les livraisons du Mark V*, du Mark VIII Liberty sans parler des projets FCM 1A et 2C.

Cette opposition au char léger était telle qu’il s’opposa au remplacement des chars FT, opposition infructueuse puisqu’il ne put empêcher le lancement en 1933 d’un programme pour un char léger d’accompagnement de 6 tonnes qui allait donner naissance au Renault R-35 et au Hotchkiss H-35.

En janvier 1921, il lance un programme définissant un char de bataille, char qui devient bientôt un char «sans autre qualificatif» ce qui signifie dans l’esprit du général Estienne que c’est le seul véhicule qui mérite le terme de char, les autres véhicules étant à son service.

A l’époque, dans l’esprit du «père des chars», le char de bataille est un véhicule de treize tonnes avec un canon en casemate et une tourelle armée de mitrailleuse. C’est donc vrai un char casemate, la tourelle n’étant qu’un organe d’observation et de commandement.

Jean Baptiste Estienne souhaite une production en masse du nouveau char or à l’époque aucun industriel français ne peut produire en masse un char de combat, il faut donc imaginer un véritable accord industriel entre plusieurs fabricants en s’inspirant de l’accord ayant mené au Renault FT.

En 1921, le général Estienne réunit Schneider, Renault, Saint Chamond, FCM et Delaunay-Belville pour répartir la construction de 1000 chars de bataille, Renault et Schneider devant produire 250 exemplaires chacun, Saint Chamond et FCM 125, Delaunay-Belville 83 exemplaires, les 167 derniers exemplaires devant être répartis entre les plus méritants. Ce sont les «accords Estienne».

Dans un premier temps, les différents constructeurs doivent présenter des prototypes. Delaunay-Belville qui propose un char FT agrandit est vite éliminé car son projet ne répond absolument pas aux spécifications, les autres présentent leurs projets en 1924 qui se ressemblent mais apportent tous des solutions inintéressantes avec un poids variant entre 14 et 19 tonnes.

La synthèse des trois projets (Schneider-Renault, FCM et Saint Chamond) donne naissance en mars 1925 à un programme révisé de char de bataille donnant naissance en janvier 1926 au char B1 protégé à 40mm de blindage. Ce n’est cependant qu’en 1927 que les marchés sont passés pour la commande des trois prototypes du char B1.

A l’époque pourtant, la construction d’un char de bataille n’est pas en odeur de sainteté en raison de la présence d’Aristide Briand qui rêve d’Etats Unis d’Europe, de paix perpétuelle et de rapprochement avec l’Allemagne.

Le désarmement étant à l’ordre du jour, le char B1 reste encore une chimère et son existence même est remise en cause, le char D2 est un temps envisagé comme succédané de char de bataille sous le nom de char puissant.

La France se retirant de la conférence du désarmement en mai 1934, la voie est dégagée pour le char de bataille qui est officiellement adopté en mars 1934. Trente-deux exemplaires sont commandés et livrés entre décembre 1935 et juillet 1937 auxquels s’ajoutent deux prototypes mis au niveau standard.

A noter qu’à la différence des prototypes, les B1 de série sont armés d’un canon de 47mm en tourelle, la menace char rendant crédible un affrontement entre le B1 et des chars ennemis.

En octobre 1930 cependant, on décide de reprendre à zéro les études pour un nouveau char de bataille avec trois projets envisagés.

Le premier est un char B2 de 35.5 tonnes (le B1 pèse 27195kg) blindé à 50mm, un équipage de 4 hommes avec un canon de 75mm puissant et un canon de 47mm en tourelle.

Le second est un char B3 de 45 tonnes blindé à 50mm, un équipage de 6 hommes avec l’obusier de 75mm du B1 et un 47 puissant en tourelle.

Le troisième est un char BB de 50 tonnes blindé à 60mm, un équipage de 8 hommes avec deux 75 puissants.

Finalement, on décide de poursuivre dans la voie du B1 en portant le blindage à 60mm, le B1 devenant le B1bis.

La production de ce char lente et problématique jusqu’en 1938 s’accélère alors pour pouvoir équiper pas moins de 25 bataillons à 34 chars soit un total théorique de 850 chars à produire mais entre la théorie et la pratique……….. .

A l’origine prévu pour être employés en bataillons indépendants, ils vont intégrer les Divisions Cuirassés soit un total de huit bataillons de 34 chars en ligne plus un petit nombre de chars stockés comme volant de fonctionnement et des chars livrés aux britanniques dans le cadre d’un accord de coopération interallié.

Ultérieurement, une version B1ter va être produite et va équiper les huit bataillons de quartier général avant de servir de base au B-40 qui lui même à défaut d’être produit en série va servir de base à l’ARL-44.

Unités équipées de B1bis

B1bis

B1bis

Comme nous l’avons vu, à la mobilisation de septembre 1939, les régiments de chars de combat sont dissous pour permettre la mise sur pied de Bataillons de Chars de Combat (B.C.C).

Chronologiquement, les BCC équipés de B1bis à trente-quatre exemplaires ont été mis sur pied de la façon suivante :

-Le 37ème Bataillon de Chars de Combat (37ème BCC) est mis sur pied par le Centre Mobilisateur des Chars n°511 de Verdun (transféré à Bourges) à partir du 2ème bataillon du 511ème RCC.

Il est dans un premier temps équipé de chars B1 et intègre sous ce format la 1ère Division Cuirassée jusqu’à être rééquipé de B1bis au printemps 1940. Les treize B1 survivants sont reversés au Parc d’Engins Blindés 101 de Mourmelon.

-Le 15ème Bataillon de Chars de Combat (15ème BCC) est mis sur pied par le CM n°510 de Nancy (transféré ensuite à Coëtquidan) à partir du 2ème bataillon du 510ème RCC. C’est le premier bataillon équipé du B1bis. Il intègre la 2ème Division Cuirassée.

-Le 8ème Bataillon de Chars de Combat (8ème BCC) est mis sur pied par le CM n°508 de Lunéville (transféré ultérieurement à Arradon dans le Morbihan) à partir d’un bataillon du 508ème RCC. Il intègre la 2ème Division Cuirassée.

-Le 28ème Bataillon de Chars de Combat (28ème BCC) est mis sur pied par le CM n°512 de Chalons sur Marne à partir d’un bataillon du 512ème RCC. Il est affecté à la 1ère Division Cuirassée

-Le 41ème Bataillon de Chars de Combat (41ème BCC) est mis sur pied par le CM n°512 en mars 1940 avec 34 chars B1bis, le bataillon intégrant la 3ème Division Cuirassée à sa création.

-Le 46ème Bataillon de Chars de Combat (46ème BCC) est mis sur pied par le CM n°511 en août 1940 avec 34 chars B1bis, le bataillon intégrant la 4ème Division Cuirassée à sa création.

-Le 47ème Bataillon de Chars de Combat (47ème BCC) est mis sur pied par le CM n°507 en avril 1940 avec 34 chars B1Bis, le bataillon intégrant la 4ème Division Cuirassée à sa création.

-Le 49ème Bataillon de Chars de Combat (49ème BCC) est mis sur pied par le CM n°512 en juillet 1940 avec 34 chars B1bis, le bataillon intégrant la 3ème Division Cuirassée à sa création.

Ces huit bataillons totalisent donc en ligne 272 chars en ligne auxquels s’ajoutent les chars produits pour la Grande Bretagne (75 exemplaires livrés entre juillet 1940 et janvier 1941) ainsi que 120 chars gardés en réserve pour l’entrainement, l’instruction et un volant de fonctionnement soit un total de 467 B1bis auxquels s’ajoute 34 B1 soit un total général de 501 chars produits.

A partir de septembre 1944, le B1bis va être remplacé par l’ARL modèle 1944 qui peut être considéré comme l’arrière petit-fils du B1bis puis qu’issu du B1ter et du B-40, le premier ayant été produit en série mais pas le second suite à un changement de priorité.

Les B1bis en état furent soigneusement stockés pour servir de chars de réserve mais quelques exemplaires en l’occurence 60 furent détourellés pour servir de chars de dépannage aux BCC lourds qu’il s’agisse de ceux des Divisions Cuirassées ou des bataillons de quartier général, Chaque bataillon disposant de trois chars de dépannage. 140 chars furent stockés dans le Massif Central, les autres usés furent réformés et feraillés après cannibalisation.

Renault B1ter

B1ter

B1ter

Comme nous l’avons vu dans l’introduction de cette partie, la mise au point du B1bis à été interminable ce qui eut des conséquences sur sa production, lente et difficile, trop difficile pour le temps de guerre.

D’où l’idée de simplifier le schéma du B1bis pour en faciliter la production en masse, l’armée de terre voulant mettre sur pied vingt-cinq bataillons équipés de ce char.

Les prémices du B1ter sont à relever en 1935 quand est testé le concept avec un exemplaire du B1 (le n°101) surblindé et lesté, muni d’une nouvelle boite de mécanisme. En 1937, une étape est franchie avec la construction par l’ARL (Atelier de Rueil) d’un véritable prototype.

Il se distingue par un blindage porté à 70mm, des persiennes de ventilation moteur installées sur le dessus et non latéralement, entretoise avant supprimée, canon de 75mm pouvant pointer indépendant sur 5° de chaque côté avec pour tourelle, l’ARL-2 monoplace équipé d’un canon de 47mm SA 35 surblindée à 70mm, tourelle équipant dans sa version initiale, le Somua S-40.

Au printemps 1940, trois chars de pré-série sont en cours de construction pour créer une section d’essais. Les trois chars en question  sortent de chez ARL, Fives-Lille et FCM à l’automne 1940, le programme n’étant pas prioritaire. Les tests furent satisfaisants et la production démarra en février 1941 aux FCM et à l’ARL pour équiper les huit bataillons de quartier général.

Ces bataillons ont été créé pour offrir au commandant en chef de l’armée de terre, une réserve de puissance utilisable selon sa seule volonté pour par exemple soutenir une division d’infanterie en phase défensive, renforcer une DLM ou obtenir la percée tant recherchée durant le premier conflit mondial.

Le 70ème BCC est créé en juin 1941, le 71ème BCC en septembre 1941, le 72ème BCC en janvier 1942, le 73ème BCC en avril 1942, le 74ème BCC en juillet 1942, le 75ème BCC en octobre 1942, le 76ème BCC en janvier 1943 et le 77ème BCC en juin 1943.

Ces bataillons vont chacun disposer de 34 B1ter, répartis selon le même modèle que les BCC équipés de chars lourds. On arrive un total de 272 chars en ligne auxquels s’ajoutent 136 chars de réserve dont certains seront ultérieurement détourellés pour remplacer des B1Bis utilisés sans tourelle pour le dépannage.

Les huit bataillons de quartier général étaient encore équipés de B1ter en septembre 1948 bien que leur rééquipement en ARL-44 avait été sérieusement envisagé puis repoussé ultérieurement jusqu’à ce que la guerre paralyse provisoirement tout rééquipement majeur sauf après engagement au combat

Caractéristiques Techniques du char B1

Poids total en ordre de marche : 27195kg

Dimensions : longueur totale 6.37m aux chenilles 6.89m au crochet largeur totale 2.50m hauteur totale 2.79m avec tourelle

Motorisation : moteur Renault de 250ch délivrant 272ch

Vitesse maximale : 28 km/h Pente : 90% Autonomie de 8 à 10h avec 400 litres de carburant

Blindage : maximum 40mm

Armement : canon de 75mm semi-automatique modèle 1935 en caisse avec 80 obus associé à une mitrailleuse MAC 31 de 7.5mm (4800 cartouches pour les deux mitrailleuses) tourelle monoplace avec un canon de 47mm SA modèle 1934 approvisionné à 50 obus et une mitrailleuse MAC 31 de 7.5mm coaxiale

Equipage : chef de char tireur en tourelle, mécanicien pilote, mécanicien aide pilote pourvoyeur et radio-télégraphiste en caisse

Caractéristiques Techniques du char B1bis

Poids total en ordre de marche : 31500kg

Dimensions : longueur totale 6.37m aux chenilles 6.89m au crochet largeur totale 2.58m hauteur totale 2.79m avec tourelle

Motorisation : moteur Renault de 250ch delivrant 300ch

Vitesse maximale : 28 km/h Pente : 90% Autonomie de 6 à 8h avec 400 litres de carburant

Blindage : maximum 60mm

Armement : canon de 75mm semi-automatique modèle 1935 en caisse avec 74 obus associé à une mitrailleuse MAC 31 de 7.5mm (4800 puis 5250 cartouches pour les deux mitrailleuses) tourelle monoplace APX-4 avec un canon de 47mm SA modèle 1935 approvisionné à 50 obus (puis 62 et 72 selon les marchés) et une mitrailleuse MAC 31 de 7.5mm coaxiale

Equipage : chef de char tireur en tourelle, mécanicien pilote, mécanicien aide pilote pourvoyeur et radio-télégraphiste en caisse

Caractéristiques Techniques du B1ter

Poids en ordre de combat : 36600kg

Dimensions : longueur du chassis 6.35m largeur 2.73m hauteur 2.86m

Motorisation : moteur Renault 6 cylindres de 350ch

Vitesse maximale sur route 30 km/h Pente : 80%Autonomie 180km

Blindage : 70mm maximum

Armement : un canon de 75mm en casemate avec 90 obus associé à une mitrailleuse de 7.5mm modèle 1931, une tourelle monoplace avec un canon de 47mm SA 35 alimenté à soixante obus associé à une mitrailleuse de 7.5mm