Allemagne (62) Armée de terre (19)

Panzerkampfwagen V (Panzer V) Panther

Panzer V Panther dans un camouflage tardif

Panzer V Panther dans un camouflage tardif, les premiers Panther étaient généralement peint en vert olive foncé

Une règle tacite, non écrite, existe dans le domaine militaire : tout armement doit être adopté pourvu qu’il soit d’usage courant dans une seule armée. Le domaine des chars de combat ne fait pas exception à la règle.

La France et l’Allemagne vont ainsi se stimuler, se copier mutuellement dans ce domaine sur le plan tactique comme sur le plan technique, les forces blindées-mécanisées françaises n’ayant rien à envier à celles de la Panzerwafe.

Sur le plan de l’équipement, les chars français sont dans l’ensemble mieux protégés et mieux armés mais pas forcément rapides. Les chars allemands sont souvent rapides, plus rapides que leurs congénères français mais pas forcément les mieux armés et les mieux protégés.

En septembre 1939, les chars allemands peuvent être considérés comme inférieurs aux chars français et ce en raison de la présence importante de Panzer I et II dépassés ou en passe de l’être.

Le canon de 37mm du Panzer III atteint ses limites et le 75mm court du Panzer IV se révèle adapté à l’appui de l’infanterie mais peu à la destruction des chars de combats adverses.

Cet état de fait s’explique par des problèmes industriels, l’industrie allemande ayant été incapable de fournir rapidement des blindés modernes en grand nombre ce qui n’a rien d’infamant, l’industrie anglaise et l’industrie française ayant connu des difficultés à produire rapidement des chars modernes comme le B1bis un monstre au combat mais d’un entretien délicat et d’une fabrication fort longue.

La période de la Pax Armada voit la France prendre une longueur d’avance dans le domaine des chars de combat.

Sous l’impulsion du général Villeneuve, de jeunes officiers et des techniciens talentueux, l’arme blindée-cavalerie put recevoir des chars en avance sur leur temps comme le Renault G1 à canon de 75mm en tourelle (connu officiellement sous le nom de char modèle 1943R) et l’ARL-44 à canon de 90mm en tourelle.

L’apparition en 1943/44 de ces deux blindés obligèrent les allemands à des mesures d’urgence concernant leurs blindés existants et surtout à développer un nouveau char moyen et un char lourd.

En réalité le développement du futur Panther avait commencé bien avant mais la montée en puissance des forces de la Panzerwafe était prioritaire et les services officiels tentaient non sans mal de freiner la mise en chantier de nouveaux blindés pour privilégier la construction des blindés existants.

Le lancement officiel du programme du Panzerkampfwagen V à lieu au printemps 1943 quand les informations les plus complètes parviennent de France sur la nature exacte du Renault G1.

Dans un contexte compliqué (guerre civile), les travaux avancèrent relativement rapidement, les grandes lignes du projet ayant été rapidement arrêtées :

-Un moteur essence le plus puissant possible pour anticiper une prise de poids

-Un canon de 75 ou de 88mm en tourelle

-Une nouvelle suspension pour améliorer les performances en tout-terrain

-Un blindage épais

Les travaux aboutirent à la présentation de deux prototypes en septembre 1944 dans un contexte toujours tendu. Le char obtenu pesant 35 tonnes est jugé réussi  même si les services officiels perfectionnistes vont réclamer un grand nombre de modifications qui vont retarder la mise en service d’un char baptisé Panther.

C’est le premier char allemand à recevoir un surnom. Ce choix est avant tout un choix de propagande pour muscler la puissance des Panzerdivisionen.

Les premiers exemplaires entrent en service en septembre 1946 au sein de la 4. Panzerdivision en remplacement de chars tchèques totalement dépassés.

Les 6. 7 et 8. Panzerdivisionen suivent ensuite soit quatre divisions équipées, totalisant un total d’environ 720 chars en service répartis en trois sous version Ausf A B et C qui ne se différencient que par des détails. .

Une seule version dérivée du Panther est mise au point en l’occurrence le Bergepanther, un char de dépannage.

Des projets de canons automoteurs de 150mm, de chars lance-flammes, de canons automoteurs antiaériens et de poseurs de pont sont étudiés mais ne dépassent le stade de la planche à dessin.

Caractéristiques Techniques du Panzerkampfwagen V Panther

Poids  : 35 tonnes théoriques mais plus proche des 40 tonnes

Dimensions : longueur hors tout 6.10m largeur hors tout : 2.65m hauteur avec tourelle 2.70m

Motorisation : moteur essence Maybach 8 cylindres dévellopant 700ch avec 600l de carburant

Performances : vitesse maximale sur route 60 km/h réservoir de 530 litres donnant une autonomie sur route de 190km

Blindage : 40mm maximum pour la caisse 60mm pour la tourelle

Armement : canon de 75mm kwK42 de 50 calibres dans une tourelle triplace avec 79 obus associé à une mitrailleuse de 7.92mm MG-34 avec 2500 cartouches. Une mitrailleuse de caisse de même modèle dispose de 2000 cartouches.

Equipage : un mécanicien pilote et un opérateur radio/mitrailleur en caisse, un chef de char, un pourvoyeur  et un tireur en tourelle

Panzerkampfwagen VI Tiger

Panzer VI Tiger

Panzer VI Tiger

Les premiers chars mis au point étaient de véritables monstres, de véritables mastodontes qu’il s’agisse des Mark britanniques, des Schneider et des Saint-Chamond français ou encore du confidentiel A7V allemand.

De la percée, la mission du char évolua dans la plupart des pays vers le soutien d’infanterie, mission où des chars plus légers pouvaient faire l’affaire. De plus ces derniers étaient moins chers et plus faciles à produire.

Quand l’Allemagne choisit de se réarmer, elle privilégia des chars légers faciles à produire en grand nombre pour former les pilotes, tireurs et chefs de chars de la Panzerwafe. Il y eut bien des projets de chars lourds (Grosstraktor Neubaufahrzeuge) mais cela ne déboucha pas sur la production en série.

Si les Panzer I et II sont suffisants pour défaire l’armée polonaise, ils sont bien insuffisants pour affronter les chars des autres pays ennemis du Reich. Même les Panzer III et IV pourraient être limités contre des chars aussi puissants que les KV russes ou les B1bis français.

Dès 1937, la firme Henschel reçoit une demande officielle pour développer un nouveau char, un char destiné à remplacer le Panzer IV mais plus lourd pour pouvoir être un “char de percée”.

L’industrie allemande étant déjà incapable de fournir suffisamment de chars de bataille comme le Panzer III et IV, la construction d’un char plus lourd vous pensez….. .

Le projet vivote mais n’est pas abandonné, le besoin d’affronter les chars français B1bis rendant obligatoire de disposer d’un char lourd capable au moins d’égaler en puissance les redoutables B1bis et ter.

Dans un premier temps, les ingénieurs allemands envisagèrent de copier ou de s’inspirer du char lourd français mais la conception dual de l’armement semblait une voie sans issue.

L’obusier de 75mm en casemate pouvait appuyer l’infanterie mais était incapable de détruire les chars ennemis alors que le canon de 47mm était à terme condamné par l’augmentation de l’épaisseur des blindages.

Quand à utiliser des tourelles multiples, cela compliquait l’utilisation du véhicule au combat et ce n’est pas la prestation pitoyable des chars soviétiques dans la guerre d’Hiver qui allaient rendre ses lettres de noblesse aux tourelles multiples.

La seule solution était de monter un puissant canon antichar dans une tourelle. Le canon de 75mm étant déjà en service, les allemands hésitèrent entre le 88, le 105 et le 128mm. Les deux derniers étant beaucoup trop lourds pour obtenir un véhicule d’un poids décent, le 88mm connu pour ses performances antichars fût choisit.

Les travaux menés sans empressement furent brutalement accélérés quand lors du défilé du 14 juillet 1945, les premiers ARL-44 apparurent aux actualités.

L’existence de ce char était connue des allemands mais son apparition massive (pas moins de 48 exemplaires) provoqua un véritable électrochoc sur le programme du Panzerkampfwagen VI qui reçut quelques mois plus tard, le nom de Tiger (Tigre).

Le châssis était inspiré de celui du Panther mais adapté à un poids bien plus important. La caisse est de forme carrée, donnant de loin l’impression d’un Panzer IV sous stéroïdes. La tourelle est elle aussi carrée, accueillant un canon de 88mm de 56 calibres associé à une mitrailleuse de 7.92mm.

Une deuxième mitrailleuse est installée à droite du chauffeur, arme mise en œuvre par l’opérateur radio. La tourelle au centre abrite le tireur, le pourvoyeur et le chef de char, le moteur essence se trouvant à l’arrière.

Deux prototypes apparaissent à l’automne 1945. Ils sont bons mais perfectibles ce qui retarde la mise en fabrication alors que les ARL-44 Estienne équipent largement les Divisions Cuirassées françaises.

Au grand dam des opérationnels, les services officiels de la Panzer Commission se montrent extrêmement perfectionnistes et certains d’y voir une vengeance mesquine de Ferdinand Porsche qui avait vu son projet de char lourd retoqué au profit du projet Henschel nettement plus prometteur.

Finalement, les premiers véhicules de série sont livrés au printemps 1947. Ils vont équiper non pas les Panzerdivisionen mais des bataillons lourds indépendants affectés au gré des besoins aux divisions.

Cette situation contraste avec celle des Divisions Cuirassées qui bénéficient à temps plein de chars lourds avec deux bataillons de trente-quatre ARL-44. La souplesse recherchée avec ces bataillons indépendants se paye au prix de problèmes de coopération avec les autres unités de chars de la division.

Ce n’est qu’au cours du conflit que certaines divisions dont les Panzerdivision S.S (deux en formation en septembre 1948, huit divisions et quatre brigades à leur apogée) recevront des bataillons divisionnaires de chars Tigre.

Quand éclate le second conflit mondial, huit bataillons de trois compagnies de dix-sept chars soit un total de 458 chars sont équipés de Tigre accompagnés par des véhicules de dépannage, en l’occurrence deux par compagnie soit un total de 48 véhicules où la tourelle est remplacée par une superstructure et de puissants moyens de levage.

Des projets de canons automoteurs de 170 et de 240mm, des poseurs de pont, des véhicules de commandement et des véhicules du génie sont étudiés mais ne sont pas menés à bien.

En septembre 1948 apparait un prototype d’une version améliorée du Tigre, le futur Tigre Royal ou Königstiger. En conséquence, l’habitude est prise de baptiser les Sonderkraftahtzeug 181 Tigre I pour les différencier de successeurs qui n’apparaitront que deux ans de plus tard sur les champs de bataille.

Caractéristiques Techniques du Panzerkampfwagen VI Tiger (Sonderkraftahtzeug 181)

Type : char lourd ou char de percée

Poids : 55 tonnes théorique dont 11 tonnes pour la tourelle triplace

Dimensions : longueur 6.20m (8.24m avec le tube à 12h) largeur de combat : 3.73m (3.15m avec les chenilles de transport) hauteur : 2.86m

Blindage maximal : 110mm

Motorisation : un moteur essence Maybach HL210 de 650ch puis à partir du 158ème exemplaire de série, un Maybach HL230 de 700ch

Performances : vitesse maximale sur route 38 km/h vitesse maximale en tout-terrain 20 km/h Autonomie sur route 100km en tout-terrain 60km

Armement : un canon de 88mm de 56 calibres Kw.K36 dans une tourelle triplace qui lui permet de pointer en azimut sur 360° (hydraulique et manuel) et en site de -6.5° à +17° avec une réserve de 92 obus associé à une mitrailleuse coaxiale de 7.92mm MG-34 et une de caisse qui se partagent les 4800 cartouches.

Le Tigre dispose également de cinq lance-pots fumigènes (trois à droite et deux  à gauche de la tourelle)

Equipage : pilote et opérateur radio-mitrailleur à l’avant, tireur, pourvoyeur et chef de char dans la tourelle.

Prototypes et véhicules d’essais

Entre 1920 et 1933, les allemands qui ne peuvent guère s’appuyer sur un retour d’expérience du premier conflit mondial cherchent et tâtonnent dans des bureaux d’études clandestins installés notamment en Suède tout en profitant des installations soviétiques pour tester leurs créations en vrai grandeur.

-En mars 1927, trois compagnies Daimler-Benz (Berlin-Marienfelde), Rheinmetall (Berlin-Tegel) et Krupp (Essen)reçoivent commande de deux chars expérimentaux qui pour des raisons évidentes sont connus dans les textes comme des Grosstraktor.

Ces “tracteurs lourds” (Grosstraktor I pour Daimler-Benz Grosstraktor II pour Rheinmetall-Borsig et Grosstraktor III pour Krupp) sont des véhicules de vingt tonnes (19.32 tonnes exactement), mesurant 6.60m de long sur 2.81m de large et une hauteur de 2.30m.

Leur blindage en acier doux est de 13mm et leur armement se compose d’un canon court de 7.5cm (24 calibres) avec trois mitrailleuses (une coaxiale, une de caisse et une troisième dans une tourelle arrière). Six hommes d’équipage sont nécessaires pour manœuvrer ces blindés.

Grâce à un moteur d’environ 250ch, ces véhicules peuvent aller à 40 km/h sur route, leur autonomie étant de 150km.
Leur construction terminée, ils sont envoyés à Kazan et intensivement testés au polygone de Kama ou allemands et soviétiques, unis à l’époque par un isolement diplomatique vis à vis des vainqueurs du premier conflit mondial testent leurs blindés.

Ils ne seront pas produits en série tout comme les Leichttraktor,des chars légers de six tonnes armés d’un canon de 37mm dont quatre exemplaires sont construits par Rheinmetall. Ils permettront néanmoins la mise au point du Kleinetraktor, ancètre direct du Panzer I.

-Au Grosstraktor succède le Panzer Neubaufahrzeuge VI (Nbfz VI), un modèle produit à cinq exemplaires par Rheinmetall et Krupp. C’est un véhicule de vingt tonnes qui apparait en 1934 avec un armement en deux tourelles, la première juxtaposant un canon de 75mm et un canon de 37mm alors qu’une tourelle inférieure abrite une mitrailleuse. Ces cinq véhicules sont intensivement testés puis relégués à l’écolage.

-Les prototypes VK 3001 et VK 3601 sont dérivés du Panzer IV et sont un maillon dans la chaine qui allait aboutir au Tigre I.

-Soucieux d’obtenir un char le mieux protégé possible, les allemands lancent en janvier 1947 l’étude d’une version plus lourde du Tigre I. Il s’agit d’anticiper sur les futurs chars lourds français et le développement des armements antichars.

Le châssis du Tigre I est repris mais le blindage est renforcé passant à certains endroits à 150mm ce qui impose un moteur plus puissant. L’armement est un canon de 88mm de 71 calibres en tourelle bien qu’on ait envisage un canon de 128mm en casemate, solution rejetée car peu apte au combat offensif.

Deux prototypes sont disponibles en septembre 1948 mais la priorité donnée à la production des chars existants (Panther, Panzer IV, Tiger) fait que les premiers Tiger II ou Königstiger ne sortent des chaines de production qu’au début de 1950 mais ceci est une autre histoire.

22-Armée de terre : armement et matériel (41)

L-Canons d’assaut, canons automoteurs et canons portés

Préambule

Dans cette partie, nous allons aborder la question des canons montés sur véhicules qu’il s’agisse de véhicules destinés à l’appui-feu, de véhicules destinés à la lutte antichar ou encore de véhicules destinés à la lutte antiaérienne.

Cette catégorie particulièrement hétérogène n’existe quasiment pas quand éclate la guerre de Pologne, tout au plus est-elle dans les limbes. Elle connait un dévellopement formidable lié à la mécanisation de l’armée de terre qui passe de trois DLM et trois Dcr en 1940 à huit DLM et six DC en septembre 1948 sans oublier les deux DLC.

Les canons d’assaut sont mis au point pour assurer l’appui-feu rapproché des chars et des automitrailleuses de combat. La rivalité entre l’arme des chars de l’infanterie et celle de la cavalerie entraine la création de deux véhicules différents armés du même canon en l’occurence un canon de 75 puissant.

La mise en service de chars et d’automitrailleuses de combat à canon de 75mm en tourelle (Renault G1 d’un côté et Somua S-45 de l’autre) aurait pu sonner le glas du Somua Sau40 et de l’ARL V-39 mais ces véhicules restent en service.

Le canon automoteur lui apparaît au milieu des années quarante suite à la volonté de l’arme des chars de l’infanterie de disposer de l’artillerie la plus mobile possible pour suivre les chars. Elle choisit donc un chassis chenillé sur lequel sera installé une pièce de 105mm.

Ce canon automoteur aurait très bien pu équiper les DLM mais pour une raison inexplicable, les RADLM restèrent équipés de pièces tractées jusqu’au déclenchement du second conflit mondial.

La dernière catégorie, celle des canons portés concerne la lutte antichar et la lutte antiaérienne au sein des DC, des DLM mais également des DI. Utilisant soit un chassis à roue (Laffly W 15 ou camions tout-chemin) ou chenillé (Lorraine 39L ou Renault DAJ-1), ces canons portés disposent soit d’un canon de 47mm pour la lutte antichar ou de pièces de 25mm et de 37mm pour la lutte antiaérienne, la problématique de défense des colonnes trouvant enfin ici sa solution.

Somua Sau40

Canon d'assaut Somua Sau40

Canon d’assaut Somua Sau40

Les précurseurs

Près de quarante ans, c’est ce qu’il fallut à la France pour s’équiper d’un canon d’assaut, près de quarante années de projets, de réflexions, d’atermoiements et de rivalités entre services, de changement d’optiques, de concurrence entre projets………. .

Le 20ème siècle était naissant qu’un premier projet vit le jour, un projet étonnamment moderne pour l’époque, signé du capitaine Levavasseur, un canon de 75mm installé sur une caisse montée sur des roues à voussoirs (des chenilles pour simplifier). Ce projet destiné aux divisions de cavalerie ne vit pas le jour en raison de craintes sur sa fragilité technique.

Durant le premier conflit mondial, plusieurs matériels plus ou moins improvisés sont mis au point mais ce ne sont pas des canons d’assaut.

Bien qu’armés de canons de 75mm, ces véhicules qu’il s’agisse de l’autocanon 75 CA De Dion-Bouton modèle 1913, les tracteurs Jeffery avec un canon de 75mm porté pouvant tirer vers l’arrière ou encore du prototype du blockaus automobile De Dion-Bouton-Guye ne pouvant manoeuvrer en terrain bouleversé, restant scotchés aux routes. Le canon d’assaut est encore à créer……. .

Le premier conflit mondial se termine sans que la cavalerie dispose d’un véritable canon d’assaut adapté à ces besoins. Un projet chenille-roues, le canon de 75mm APX sur base Jeffery-Nash ne dépasse pas le stade de l’étude préliminaire.

A l’époque, le système mixte roues-chenilles était le seul système viable pour permettre de combiner  une vitesse élevée sur route et une bonne maniabilité en tout terrain.

En 1923-24, le colonel Rimailho, directeur des usines Saint-Chamond imagine un canon de cavalerie automoteur de 75mm et envisage un véhicule avec un obusier de 105mm. Ce projet n’aboutira pas, laissant encore irrésolu la question du canon automoteur destiné à l’appui de la cavalerie.

Et justement que fait la cavalerie ? Eh bien elle aussi elle réfléchie à la question, estimant que la motorisation de l’artillerie des divisions de cavalerie n’était pas la priorité des artilleurs comme le déplora le général Flavigny, directeur de la cavalerie de 1932 à 1936.

Dès son arrivée à la tête de la cavalerie, le général Flavigny se préoccupe de l’appui-feu des AutoMitrailleuses de Cavalerie (AMC) en envisageant un canon de 75mm monté sur le chassis AMC.

En attendant leur mise au point, des simulacres d’auto-canon sont utilisés en l’occurence des semi-chenillés Citroën-Kergresse P17 armé d’un canon de 37mm tirant à blanc et simulant un 75mm grâce à un tuyau le recouvrant totalement.

Le 23 novembre 1934, le directeur des forges (Ministère de la Guerre) écrit à Louis Renault pour lui demander de mettre au point un autocanon de cavalerie à partir du chassis de l’automitrailleuse de combat ACG-1 alors en cours de livraison.

Ce projet baptisé ACG-2 voit le chassis de l’ACG-1 modifié avec un poste de conduite à gauche au lieu de droite pour libérer l’espace nécessaire pour un canon de 75mm ABS à pointage latéral fourni par l’Etablissement de Puteaux (APX).
Le prototype Renault ACG-2 est officiellement commandé le 23 août 1935 mais le prototype prêt en 1937 n’ira pas plus loin faute de canon disponible, canon qui équipera le prototype bien plus tardif du B1ter. Son abandon s’explique probablement en partie par les déboires mécaniques de l’ACG-1 dont l’autocanon était étroitement dérivé.

Au même moment, signalons la présence d’un projet d’initiave privé, un Laffly S 35T à six roues motrices disposant d’un canon de 75mm mais ce projet ne dépasse pas le stade de l’étude préliminaire.

La mise sur pied des deux premières DLM relance la question de l’appui-feu des ces divisions qui avançant beaucoup plus vite qu’une DI doivent pouvoir disposer d’une artillerie mobile, plus mobile que les pièces tractées.

C’est l’acte de naissance des groupes de canons d’assaut des DLM qui dépendent de l’artillerie et sont inclus dans le projet de réorganisation du système d’artillerie du général Carence (27 novembre 1935» qui estime que «l’appui des engins motorisés exige l’adoption de canons de 75 automoteurs».

Le 7 septembre 1936, le parlement vote la loi des quatorze milliards, la première pierre du réarmement, réarmement que certains ont pu croire entamé trop tard face à la montée en puissance de l’Allemagne hitlérienne. On prévoit alors cinq groupes de canons d’assaut (ou automoteurs), un par division à savoir trois DLM et deux DCr.

Du char d’infanterie au canon d’assaut

Comme nous l’avons vu plus haut, dans le processus de motorisation des Divisions d’Infanterie se pose la question de leur surêté. Un char de protection est nécessaire et l’infanterie émet un appel à projet après avoir évalué les qualités et les défauts du Somua S-35, ce jugement critiqué permettant à la société Somua de mettre au point le S-40, version améliorée du S-35.

Partant de son «char de cavalerie», la Société d’Usinage de Mécanique d’Artillerie proposa un char de 20 tonnes à l’infanterie y compris une version à armement dual avec un 75 en caisse et un 47 en tourelle.

Le projet de Somua n’alla pas au bout, la société renonçant à poursuivre dans la voix défrichée par Renault avec un 75mm en tourelle mais ce projet de char d’accompagnement d’infanterie posa les bases mécaniques du futur automoteur dont la genèse encore obscure (une partie des archives de la Somua ont disparu) reste à éclaircir.

Il semble que ce projet réunissant artilleurs et cavaliers ait vu le jour fin 1935-début 1936. Trois projets furent ainsi présentés, un projet armé d’un 75mm puissant qui n’est autre que l’adaptation du 75mm contre-avions modèle 1933 de la firme Schneider, un projet armé d’un 75mm APX et un troisième projet entouré de mystère.

Un prototype est commandé de manière informelle en décembre 1936 et officiellement commandé en juin 1937 et livré aux services officiels le 25 décembre 1937. Il reçoit ensuite son armement, un canon de 75mm APX qu’il va partager avec son concurrent l’ARL V-39 qui sera adopté par les Divisions Cuirassées.

Le 27 septembre 1939, la commission d’études du matériel automoteur se prononce pour l’adoption des deux matériels et le 15 octobre 1939, le président du conseil Daladier ordonne de commander de quoi équiper douze groupe à deux batteries de quatre pièces soit soixante-douze canons automoteurs.
La mise en production est prévue pour l’été 1940, les premiers véhicules devant sortir à l’automne pour équiper les DLM. A noter qu’un temps fût envisagé de remplacer le canon de 75mm par un canon de 47mm puissant avant d’y renoncer.

Unités équipées

Dans un premier temps, il est prévu un groupe de deux batteries à quatre pièces soit un total de huit canons par DLM, un chiffre rapidement jugé insuffisant et un deuxième groupe est rapidement adjoint portant le total à seize canons d’assaut par DLM. En septembre 1942, chaque groupe passe à douze canons d’assaut, une troisième batterie étant créée dans chaque groupe.

D’abord placés sous le commandement direct du commandant de division, les groupes de canons d’assaut vont ensuite être placés sous le commandement des Brigades Légères Mécaniques (BLM) suite à la création en mars 1943 de la 6ème DLM et de la réorganisation des cinq premières sur ce modèle qui servit aussi pour les 7ème et 8ème DLM.

La première commande de soixante-douze exemplaires est amendée en mai 1940 avec l’ajout de dix véhicules de commandement (avec canon factice) et de vingt véhicules destinés notamment à offrir un volant de fonctionnement.

Une nouvelle commande est passée en mars 1942 pour quarante canons d’assaut destiné à créer une troisième batterie par groupe et douze autres véhicules destinés à constituer un parc de réserve, portant le nombre de véhicules commandés à 164 véhicules.

La création prochaine d’une 6ème DLM débloque la commande pour vingt-six véhicules (vingt-quatre canons automoteurs plus deux véhicule de commandement) plus cinq canons automoteurs de réserve.

Enfin la création prochaine des 7ème et 8ème DLM permet la commande de quarante-huit canons automoteurs et huit véhicules de commandement auxquels s’ajoutent seize véhicules de réserve portant le total des commandes à 267 véhicules.

Produit parallèlement au Somua S-40, les premiers Somua SAu 40 sortent des chaines de production en novembre 1940 à raison de six exemplaires par mois jusqu’en juin 1941 quand la décision de sous-traiter la fabrication à Citroën permet de passer à douze exemplaires par mois.

La 1ère DLM reçoit ses seize canons d’assaut accompagnés d’un véhicule de commandement  entre décembre 1940 et mars 1941. La 2ème DLM est équipée entre avril et juin 1941, la 3ème DLM est équipée entre juillet et septembre 1941, la 4ème DLM entre octobre et décembre 1941 et enfin la 5ème DLM entre janvier et mars 1942 soit un total de 85 véhicules en ligne et 12 véhicules en réserve.

La mise en place d’une troisième batterie de quatre pièces voit la livraison des canons automoteurs à la 1ère DLM en septembre/octobre 1942, à la 2ème DLM en novembre/décembre 1942, à la 3ème DLM en janvier/février 1943, à la 4ème DLM en mars/avril 1943 et à la 5ème DLM en mai/juin 1943.

La 6ème DLM nouvellement créée reçoit ses vingt-quatre canons automoteurs de 75mm et ces deux véhicules de commandement entre août et octobre 1943. La 7ème DLM reçoit ses vingt-cinq véhicules entre septembre et décembre 1947 suivie par la 8ème DLM entre janvier et mars 1948.

Quand éclate le second conflit mondial, un total de 208 Somua Sau40 sont en service au sein des DLM plus précisément 192 canons automoteurs et 16 véhicules de commandement, laissant 59 véhicules en réserve.

La production n’est pas reprise, le rééquipement de ces groupes après les premiers engagements étant prévu avec des canons automoteurs de 105mm identiques à ceux des DC à ceci près que le chassis est celui du Somua S-45 au lieu du Renault R-40 (en attendant le Renault G1).

Caractéristiques Techniques du Somua Sau40

Poids en ordre de marche : 21600kg

Dimensions : longueur hors tout 5.90m largeur 2.51m hauteur 2.60m

Motorisation : un moteur Somua de 190ch associé à une boite à cinq vitesses avant et une vitesse arrière Réservoir de 475 litres de carburant

Performances : vitesse maximale 35 km/h sur route Autonomie sur route 280km

Blindage : 40mm maximum

Armement : un canon de 75mm APX de 30 calibres en casemate alimenté à 100 obus et une mitrailleuse de 7.5mm MAC 31 en tourelle

Equipage : 5 hommes

L-Canons d’assaut, canons automoteurs et canons portés

Préambule

Dans cette partie, nous allons aborder la question des canons montés sur véhicules qu’il s’agisse de véhicules destinés à l’appui-feu, de véhicules destinés à la lutte antichar ou encore de véhicules destinés à la lutte antiaérienne.

Cette catégorie particulièrement hétérogène n’existe quasiment pas quand éclate la guerre de Pologne, tout au plus est-elle dans les limbes. Elle connait un dévellopement formidable lié à la mécanisation de l’armée de terre qui passe de trois DLM et trois Dcr en 1940 à huit DLM et six DC en septembre 1948 sans oublier les deux DLC.

Les canons d’assaut sont mis au point pour assurer l’appui-feu rapproché des chars et des automitrailleuses de combat. La rivalité entre l’arme des chars de l’infanterie et celle de la cavalerie entraine la création de deux véhicules différents armés du même canon en l’occurence un canon de 75 puissant.

La mise en service de chars et d’automitrailleuses de combat à canon de 75mm en tourelle (Renault G1 d’un côté et Somua S-45 de l’autre) aurait pu sonner le glas du Somua Sau40 et de l’ARL V-39 mais ces véhicules restent en service.

Le canon automoteur lui apparaît au milieu des années quarante suite à la volonté de l’arme des chars de l’infanterie de disposer de l’artillerie la plus mobile possible pour suivre les chars. Elle choisit donc un chassis chenillé sur lequel sera installé une pièce de 105mm.

Ce canon automoteur aurait très bien pu équiper les DLM mais pour une raison inexpliquable, les RADLM restèrent équipés de pièces tractées jusqu’au déclenchement du second conflit mondial.

La dernière catégorie, celle des canons portés concerne la lutte antichar et la lutte antiaérienne au sein des DC, des DLM mais également des DI. Utilisant soit un chassis à roue (Laffly W 15 ou camions tout-chemin) ou chenillé (Lorraine 39L ou Renault DAJ-1), ces canons portés disposent soit d’un canon de 47mm pour la lutte antichar ou de pièces de 25mm et de 37mm pour la lutte antiaérienne, la problématique de défense des colonnes trouvant enfin ici sa solution.

Somua Sau40

Les précurseurs

Près de quarante ans, c’est ce qu’il fallut à la France pour s’équiper d’un canon d’assaut, près de quarante années de projets, de réflexions, d’atermoiements et de rivalités entre services, de changement d’optiques, de concurrence entre projets………. .

Le 20ème siècle était naissant qu’un premier projet vit le jour, un projet étonament moderne pour l’époque, signé du capitaine Levavasseur, un canon de 75mm installé sur une caisse montée sur des roues à voussoirs (des chenilles pour simplifier). Ce projet destiné aux divisions de cavalerie ne vit pas le jour en raison de craintes sur sa fragilité technique.

Durant le premier conflit mondial, plusieurs matériels plus ou moins improvisés sont mis au point mais ce ne sont pas des canons d’assaut.

Bien qu’armés de canons de 75mm, ces véhicules qu’il s’agisse de l’autocanon 75 CA De Dion-Bouton modèle 1913, les tracteurs Jeffery avec un canon de 75mm porté pouvant tirer vers l’arrière ou encore du prototype du blockaus automobile De Dion-Bouton-Guye ne pouvant manoeuvrer en terrain bouleversé, restant scotchés aux routes. Le canon d’assaut est encore à créé……. .

Le premier conflit mondial se termine sans que la cavalerie dispose d’un véritable canon d’assaut adapté à ces besoins. Un projet chenille-roues, le canon de 75mm APX sur base Jeffery-Nash ne dépasse pas le stade de l’étude préliminaire.

A l’époque, le système mixte roues-chenilles était le seul système viable pour permettre de combiner une vitesse élevée sur route et une bonne maniabilité en tout terrain.

En 1923-24, le colonel Rimailho, directeur des usines Saint-Chamond imagine un canon de cavalerie automoteur de 75mm et envisage un véhicule avec un obusier de 105mm. Ce projet n’aboutira pas, laissant encore irrésolu la question du canon automoteur destiné à l’appui de la cavalerie.

Et justement que fait la cavalerie ? Eh bien elle aussi elle réfléchie à la question, estimant que la motorisation de l’artillerie des divisions de cavalerie n’était pas la priorité des artilleurs comme le déplora le général Flavigny, directeur de la cavalerie de 1932 à 1936.

Dès son arrivée à la tête de la cavalerie, le général Flavigny se préoccupe de l’appui-feu des AutoMitrailleuses de Cavalerie (AMC) en envisageant un canon de 75mm monté sur le chassis AMC.

En attendant leur mise au point, des simulacres d’auto-canon sont utilisés en l’occurence des semi-chenillés Citroën-Kergresse P17 armé d’un canon de 37mm tirant à blanc et simulant un 75mm grâce à un tuyau le recouvrant totalement.

Le 23 novembre 1934, le directeur des forges (Ministère de la Guerre) écrit à Louis Renault pour lui demander de mettre au point un autocanon de cavalerie à partir du chassis de l’automitrailleuse de combat ACG-1 alors en cours de livraison.

Ce projet baptisé ACG-2 voit le chassis de l’ACG-1 modifié avec un poste de conduite à gauche au lieu de droite pour libérer l’espace nécessaire pour un canon de 75mm ABS à pointage latéral fourni par l’Etablissement de Puteaux (APX)

Le prototype Renault ACG-2 est officiellement commandé le 23 août 1935 mais le prototype prêt en 1937 n’ira pas plus loin faute de canon disponible, canon qui équipera le prototype bien plus tardif du B1ter. Son abandon s’explique probablement en partie par les déboires mécaniques de l’ACG-1 dont l’autocanon était étroitement dérivé.

Au même moment, signalons la présence d’un projet d’initiave privé, un Laffly S 35T à six roues motrices disposant d’un canon de 75mm mais ce projet ne dépasse pas le stade de l’étude préliminaire.

La mise sur pied des deux premières DLM relance la question de l’appui-feu des ces divisions qui avançant beaucoup plus vite qu’une DI doivent pouvoir disposer d’une artillerie mobile, plus mobile que les pièces tractées.

C’est l’acte de naissance des groupes de canons d’assaut des DLM qui dépendent de l’artillerie et sont inclus dans le projet de réorganisation du système d’artillerie du général Carence (27 novembre 1935» qui estime que «l’appui des engins motorisés exige l’adoption de canons de 75 automoteurs».

Le 7 septembre 1936, le parlement vote la loi des quatorze milliards, la première pierre du réarmement, réarmement que certains ont pu croire entamé trop tard face à la montée en puissance de l’Allemagne hitlérienne. On prévoit alors cinq groupes de canons d’assaut (ou automoteurs), un par division à savoir trois DLM et deux DCr.

Du char d’infanterie au canon d’assaut

Comme nous l’avons vu plus haut, dans le processus de motorisation des Divisions d’Infanterie se pose la question de leur surêté. Un char de protection est nécessaire et l’infanterie émet un appel à projet après avoir évalué les qualités et les défauts du Somua S-35, ce jugement critiqué permettant à la société Somua de mettre au point le S-40, version améliorée du S-35.

Partant de son «char de cavalerie», la Société d’Usinage de Mécanique d’Artillerie proposa un char de 20 tonnes à l’infanterie y compris une version à armement dual avec un 75 en caisse et un 47 en tourelle.

Le projet de Somua n’alla pas au bout, la société renonçant à poursuivre dans la voix défrichée par Renault avec un 75mm en tourelle mais ce projet de char d’accompagnement d’infanterie posa les bases mécaniques du futur automoteur dont la genèse encore obscure (une partie des archives de la Somua ont disparu) reste à éclaircir.

Il semble que ce projet réunissant artilleurs et cavaliers ait vu le jour fin 1935-début 1936. Trois projets furent ainsi présentés, un projet armé d’un 75mm puissant qui n’est autre que l’adaptation du 75mm contre-avions modèle 1933 de la firme Schneider, un projet armé d’un 75mm APX et un troisième projet entouré de mystère.

Un prototype est commandé de manière informelle en décembre 1936 et officiellement commandé en juin 1937 et livré aux services officiels le 25 décembre 1937. Il reçoit ensuite son armement, un canon de 75mm APX qu’il va partager avec son concurrent l’ARL V-39 qui sera adopté par les Divisions Cuirassées.

Le 27 septembre 1939, la commission d’études du matériel automoteur se prononce pour l’adoption des deux matériels et le 15 octobre 1939, le président du conseil Daladier ordonne de commander de quoi équiper douze groupe à deux batteries de quatre pièces soit soixante-douze canons automoteurs.

La mise en production est prévue pour l’été 1940, les premiers véhicules devant sortir à l’automne pour équiper les DLM. A noter qu’un temps fût envisagé de remplacer le canon de 75mm par un canon de 47mm puissant avant d’y renoncer.

Unités équipées

Dans un premier temps, il est prévu un groupe de deux batteries à quatre pièces soit un total de huit canons par DLM, un chiffre rapidement jugé insuffisant et un deuxième groupe est rapidement adjoint portant le total à seize canons d’assaut par DLM. En septembre 1942, chaque groupe passe à douze canons d’assaut, une troisième batterie étant créée dans chaque groupe.

D’abord placés sous le commandement direct du commandant de division, les groupes de canons d’assaut vont ensuite être placés sous le commandement des Brigades Légères Mécaniques (BLM) suite à la création en mars 1943 de la 6ème DLM et de la réorganisation des cinq premières sur ce modèle qui servit aussi pour les 7ème et 8ème DLM.

La première commande de soixante-douze exemplaires est amendée en mai 1940 avec l’ajout de dix véhicules de commandement (avec canon factice) et de vingt véhicules destinés notamment à offrir un volant de fonctionnement.

Une nouvelle commande est passée en mars 1942 pour quarante canons d’assaut destiné à créer une troisième batterie par groupe et douze autres véhicules destinés à constituer un parc de réserve, portant le nombre de véhicules commandés à 164 véhicules.

La création prochaine d’une 6ème DLM débloque la commande pour vingt-six véhicules (vingt-quatre canons automoteurs plus deux véhicule de commandement) plus cinq canons automoteurs de réserve.

Enfin la création prochaine des 7ème et 8ème DLM permet la commande de quarante-huit canons automoteurs et huit véhicules de commandement auxquels s’ajoutent seize véhicules de réserve portant le total des commandes à 267 véhicules.

Produit parallèlement au Somua S-40, les premiers Somua SAu 40 sortent des chaines de production en novembre 1940 à raison de six exemplaires par mois jusqu’en juin 1941 quand la décision de sous-traiter la fabrication à Citroën permet de passer à douze exemplaires par mois.

La 1ère DLM reçoit ses seize canons d’assaut accompagnés d’un véhicule de commandement entre décembre 1940 et mars 1941. La 2ème DLM est équipée entre avril et juin 1941, la 3ème DLM est équipée entre juillet et septembre 1941, la 4ème DLM entre octobre et décembre 1941 et enfin la 5ème DLM entre janvier et mars 1942 soit un total de 85 véhicules en ligne et 12 véhicules en réserve.

La mise en place d’une troisième batterie de quatre pièces voit la livraison des canons automoteurs à la 1ère DLM en septembre/octobre 1942, à la 2ème DLM en novembre/décembre 1942, à la 3ème DLM en janvier/février 1943, à la 4ème DLM en mars/avril 1943 et à la 5ème DLM en mai/juin 1943.

La 6ème DLM nouvellement créée reçoit ses vingt-quatre canons automoteurs de 75mm et ces deux véhicules de commandement entre août et octobre 1943.

La 7ème DLM reçoit ses vingt-cinq véhicules entre septembre et décembre 1947 suivie par la 8ème DLM entre janvier et mars 1948.

Quand éclate le second conflit mondial, un total de 208 Somua Sau40 sont en service au sein des DLM plus précisément 192 canons automoteurs et 16 véhicules de commandement, laissant 59 véhicules en réserve.

La production n’est pas reprise, le rééquipement de ces groupes après les premiers engagements étant prévu avec des canons automoteurs de 105mm identiques à ceux des DC à ceci près que le chassis est celui du Somua S-45 au lieu du Renault R-40 (en attendant le Renault G1).

Cractéristiques Techniques du Somua Sau40

Poids en ordre de marche : 21600kg

Dimensions : longueur hors tout 5.90m largeur 2.51m hauteur 2.60m

Motorisation : un moteur Somua de 190ch associé à une boite à cinq vitesses avant et une vitesse arrière Réservoir de 475 litres de carburant

Performances : vitesse maximale 35 km/h sur route Autonomie sur route 280km

Blindage : 40mm maximum

Armement : un canon de 75mm APX de 30 calibres en casemate alimenté à 100 obus et une mitrailleuse de 7.5mm MAC 31 en tourelle

Equipage : 5 hommes

22-Armée de terre : armement et matériel (34)

Char lourd modèle 1944L

Le monstrueux ARL-44 à canon de 90mm, la future terreur des chars allemands

Le monstrueux ARL-44 à canon de 90mm, la future terreur des chars allemands

Changement d’optique

Après des années d’hésitation, la production du B1bis avec atteint son rythme de croisière au printemps 1940 avec la sortie de trente à quarante chars par mois, une vraie prouesse quand on connait d’où est parti ce programme qui n’atteignit jamais les 1000 chars envisagés par le général Estienne.

Après le B1bis, avait été produit le B1ter, une version améliorée et plus simple à construire du précédent dont la conception en avait fait une véritable Rolls-Royce technologique, un petit bijou de technicité mais qui se payait par une construction et une maintenance difficile.

Il était ensuite prévu un char dérivé du B1ter baptisé B-40 mais ce char sorti sous la forme d’un prototype ne fût jamais produit en série en raison d’un changement de priorité au sein de l’arme des chars d’infanterie.

En effet après une gestation houleuse, les Divisions Cuirassées avaient fait leur trou et s’imposaient comme l’arme de la percée, de la manoeuvre décisive.

Avec ses quatre bataillons et ses 158 chars (90 légers et 68 lourds), elle présentait un instrument quantitativement inférieur au Panzerdivisionen (qui disposaient de plus de 200 chars) mais qualitativement sans équivalent, le B1bis restant hors de portée des allemands jusqu’à l’apparition du Tigre.

Paradoxalement c’est là où le bas blessait. Le B1bis était un excellent char mais connaissait un certain nombre de défauts notamment une autonomie limitée, une mécanique difficile à entretenir et nécessitant des équipages très entrainés et un armement dual plus adapté à l’appui de l’infanterie qu’à la lutte antichar en dépit de la présence d’un canon de 47mm.

L’obusier de 75mm était une arme puissante mais fait pour détruire les casemates et écraser l’infanterie adverse et non pour détruire des chars (canon court donc faible vitesse initiale, positionnement inadapté, pas d’obus perforants) alors que le canon de 47mm encore très efficace n’allait pas tarder à avoir du mal à percer le blindage des chars ennemis.

Il fallait donc envisager déjà le remplacement au sein des divisions cuirassés du B1bis par un char plus adapté à la manoeuvre, à la percée. Sans être forcément rapide, il doit avoir une autonomie importante, un bon blindage, un canon puissant et pouvoir être facile d’utilisation et de construction.

En septembre 1941, un premier appel à projet est lancé pour un char lourd de combat destiné à succéder au B1bis. Les premières spécifications sont prudentes avec pour base le B1ter en terme notamment de protection et de mobilité tout en réclamant un armement plus puissant et clairement orienté antichar.

Les Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM), l’Atelier de construction de Rueil (ARL), Schneider et Renault proposèrent leurs projets sous la forme de maquettes début 1942.

Deux prototypes furent commandés à chacun des constructeurs, prototypes livrés début 1943.

Les Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM) proposèrent un B1ter amélioré sans obusier de 75mm en caisse (remplacée par une mitrailleuse de 7.5mm) avec la tourelle ARL destinée à équiper le futur Renault G1.

L’Atelier de construction de Rueil (ARL) propose un char de conception nouvelle avec une caisse en acier blindé-laminé, un moteur diesel et une tourelle biplace à canon de 75mm de 32 calibres.

Schneider propose un char lui aussi inspiré du B1ter mais avec un canon de 75mm puissant en tourelle triplace alors que Renault proposa une version surblindée de son futur G1.

Les projets Schneider et FCM éliminés, seuls restaient en liste le projet de l’atelier de construction de Rueil et le projet Renault.

Les tests étaient satisfaisants, les deux projets étaient murs techniquement parlant mais la commission en charge du concours dirigée par l’ingénieur Piret se posa la question de l’utilité d’armer un char lourd d’un canon de même calibre que le char moyen.

Entre-temps, Renault accaparé par la production du G1 ainsi que de celle d’autres véhicules se retira du programme, laissant donc l’ARL seule en piste pour son projet baptisé ARL-40.

En juillet 1943, décision est prise d’armer le nouveau char lourd d’un canon de 90mm. A l’époque existait une tourelle armée d’un canon de 90mm, celle équipant le FCM F1, le char de forteresse équipant le 51ème BCF.

Cette tourelle avait cependant été conçue pour un char de forteresse de 142 tonnes en ordre de combat et pas pour un char de 50 tonnes maximum.

Il fallait donc repartir à zéro, Schneider producteur du canon de 90mm modèle 1939 partant de ce canon pour développer une pièce compatible avec une tourelle triplace en terme de recul, d’évacuation des douilles et des fumées.

L’Atelier de Construction de Rueil profita de ce contretemps pour reprendre la caisse en amélioration la suspension hydropneumatique _gracieusement fournie par Renault_, la caisse en acier laminé _sans éléments boulonnés_ et l’ergonomie intérieure sur les conseils des britanniques.

La tourelle Schneider est prête en janvier 1944 et installée sur quatre prototypes de l’ARL-44. Les prototypes sont intensivement testés et se révèlent prometteurs sans réels problèmes techniques, un vrai petit miracle selon ses concepteurs.
Adopté le 30 janvier 1944 sous le nom de char lourd modèle 1944L, ce premier char produit par l’Atelier de Construction de Rueil est un monstre de 53 tonnes en ordre de combat, des lignes assez carrées, un «véhicule d’hommes» dirions nous qui reçoit le 8 mai 1944, le nom officiel d’Estienne.

A l’avant, on trouve le pilote à l’avant droite et à sa gauche un radio-mitrailleur chargé des transmissions et de la défense rapprochée du char avec une mitrailleuse de 7.5mm MAC 34 avec 2500 cartouches.

Au milieu du véhicule, on trouve une tourelle triplace avec quand on regarde le char de l’arrière, un chef de char à l’arrière gauche, le tireur pointeur devant lui et de l’autre côté du canon le pourvoyeur.

Cette tourelle intègre un canon de 90mm modèle 1944 (54 obus) associé à une mitrailleuse coaxiale de 7.5mm MAC 34 alimentée à 3000 cartouches, une autre mitrailleuse est installée en position antiaérienne.

A l’arrière, on trouve un moteur Renault de 720cv inspiré du moteur Renault 12 cylindres de 550ch utilisé pour le FCM F1 (qui en dispose de deux).

Convaincue de la qualité de son char, l’ARL avait lancé la production en série avant même l’adoption officielle ce qu’apprécièrent finalement les autorités militaires et politiques pour permettre d’équiper rapidement les Divisions Cuirassées.

Unités équipées

Chaque Division Cuirassée va recevoir deux bataillons de 34 chars ARL-44 qui vont remplacer nombre pour nombre les B1bis.

La 1ère Division Cuirassée rééquipe le 28ème Bataillon de Chars de Combat entre septembre et décembre 1944 suivit du 37ème Bataillon de Chars de Combat de janvier à mars 1945.

La 2ème Division Cuirassée rééquipe le 8ème Bataillon de Chars de Combat entre avril et juin 1945 suivit du 15ème Bataillon de Chars de Combat entre juillet et septembre 1945.

La 3ème Division Cuirassée rééquipe le 41ème Bataillon de Chars de Combat entre octobre et décembre 1945 suivit du 49ème Bataillon de Chars de Combat entre janvier et mars 1946.

La 4ème Division Cuirassée rééquipe le 46ème Bataillon de Chars de Combat entre avril et juin 1946 suivit du 47ème Bataillon de Chars de Combat entre juillet et septembre 1946.

A cette date, 272 ARL-44 sont alors en service. La production se poursuit à un rythme moins élevè pour constituer un volant de fonctionnement. 16 chars sortent en octobre, 12 en novembre, 10 en décembre 1946, 8 en janvier 1947, 10 en février, mars et avril 1947, 8 en mai et juin 1947 soit un total de 92 chars produits.

La création en septembre 1947 des 5ème et 6ème Division Cuirassées entraine la création de quatre nouveaux bataillons de chars de combat ce qui relance la production de l’ARL-44 en grand série, vingt chars sortant en juillet et vingt-autres en août 1947.

Cela permet d’équiper le 50ème Bataillon de Chars de Combat de la 5ème Division Cuirassée en septembre et octobre 1947, du 54ème Bataillon de Chars de Combat de la 6ème Division Cuirassée en novembre et décembre 1947, du 52ème Bataillon de Chars de Combat de la 5ème Division Cuirassée en janvier et février 1948 et du 56ème Bataillon de Chars de Combat de la 6ème Division Cuirassée entre mars et mai 1948.

Au total, on trouve 408 chars ARL-44 en ligne plus des chars en réserve en l’occurence les 92 chars produits entre octobre 1946 et juin 1947 puis de nouveaux chars de réserve produits en janvier 1948 (quatre), huit en février 1948, six en mars 1948, huit en avril 1948, dix en mai 1948, huit en juin 1948, neuf en juillet 1948 et douze en août 1948 soit un total de 65 chars portant le total à 157 chars de réserve.

La production se poursuit après mobilisation à raison d’une dizaine de chars par mois pour à terme rééquiper les bataillons de quartier général.

Une variante dépannage à été étudiée mais non produite, les B1bis détourellés étant tout à fait capable de dépanner leur successeur

Caractéristiques Techniques du char lourd modèle 1944

Poids en ordre de combat : 53.5 tonnes

Dimensions : longueur 8.99m largeur 3.75m hauteur 2.95m

Motorisation : un moteur diesel Renault 12 cylindres de 720ch

Performances : vitesse maximale 37 km/h pente 85% Autonomie : 290km

Blindage : maximum 80mm

Armement : tourelle triplace Schneider disposant d’un canon de 90mm modèle 1944 disposant de 54 obus associé à une mitrailleuse MAC 34 de 7.5mm avec 3000 cartouches. Une mitrailleuse de coque MAC 34 de 7.5mm avec 2500 cartouches. Une mitrailleuse de 7.5mm peut être installée en position antiaérienne avec 1500 cartouches

Equipage : pilote à l’avant droit, radio-mitrailleur à l’avant gauche et en tourelle un chef de char à l’arrière gauche, le tireur pointeur devant lui et de l’autre côté du canon le pourvoyeur.

FCM 2C

Char de forteresse ou de percée FCM 2C

Char de forteresse ou de percée FCM 2C

A l’origine : Saint Chamond et le Schneider

Après les sanglants combats de l’été 1914, l’échec du plan XVII en Alsace et en Lorraine, le «miracle de la Marne» ou la tentative de course à la mer, le front occidental se stabilise sur 700km de la mer du Nord à la frontière suisse. La guerre des tranchées avait débuté……. .

En dépit du retour d’expérience des premiers combats, le haut commandement tant français qu’anglais cherchait la percée au travers d’offensives frontales couteuses qui se brisaient sur les barbelés et le tir des mitrailleuses allemandes.

Le terrain bouleversé par l’artillerie, les barbelés et les tranchées rendait la percée illusoire voir impossible sans un véhicule adapté.
Côté français après des tentatives plus ou moins farfelues d’engins spécialisés, la raison revint au pouvoir. Ce qu’il fallait c’était un engin de combat disposant d’une protection suffisante, d’un armement performant et d’un moyen de locomotion adapté au terrain et là seule la chenille était à son affaire.

Le premier à dégainer fût la firme Schneider qui proposa en août 1915 un tracteur armé et blindé combinant un chassis de tracteur américain Baby Holt avec le coupe-fil Prétot. Le 20 décembre 1915, la rencontre entre son créateur, l’ingénieur Brillé et le général Estienne marque l’acte de naissance du cuirassé terrestre français.

Produit à 400 exemplaires, le Schneider CA (puis CA 1 suite à l’étude de dérivés) fût bientôt concurrencé par un produit sortit des arsenaux de l’état, le Saint Chamond qui sera lui aussi produit à 400 exemplaires.

Ces 800 chars lourds se révéleront des échecs techniques plus (Saint Chamond) ou moins (Schneider CA 1) cuisants notamment leur premier engagement à Berry au Bac le 16 avril 1917 se révélant être un fiasco (55 chars survivants sur 132, mort du commandant Bossut).

Le FCM 1A, un magnifique engin

Alors que les Schneider et les Saint Chamond sont en construction, français et anglais échangent sur les leçons tirées de l’utilisation par les anglais du tank, les Mark I britanniques avec leurs 28,5 tonnes étant plus lourds que les projets français en cours d’élaboration.

L’idée germa en France de dévelloper un char lourd, le général Mourret chef du service automobile et grand ennemi du général Estienne obtenant du sous-sécretaire d’Etat à l’Armement Louis Thomas la construction d’un prototype officiellement commandé le 20 octobre 1916 mais en réalité en chantier depuis juillet.

En Angleterre, la construction des cuirassés terrestres à été piloté par l’Amirauté ce qui poussa la France à commander ce char lourd à un chantier naval en l’occurence les Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM) installés à La Seyne sur Mer et à Marseille.

Ce chantier n’à aucune expérience des véhicules blindés mais va utiliser son expérience dans le domaine des navires de guerre avec un blindage soigné, des appareillage électriques complexes, la conception, l’aménagement et la mise au point des tourelles.

Le 13 décembre 1916 est créé le Comité Consultatif de l’Artillerie d’assaut (CCAS) chargé de coordonner la mise au point des chars en France, mise au point rendu difficile par une guerre de boutons entre service et une rivalité Industrie d’Etat/Industrie privée.

On se pose alors la question de savoir si la production d’un char lourd est possible en France ou si il ne faut pas privilégier les chars légers en l’occurence le futur Renault FT. Au cours de la séance du 30 décembre, sont dévoilés les principales lignes du char FCM : 38 tonnes, tourelle blindée à 30mm, canon de 105mm court et un moteur de 220ch.

La séance du 17 janvier 1917 propose la construction de deux prototypes du char FCM, un avec une transmission mécanique et un autre à transmission électrique, l’armement au canon de 105mm est discuté, un armement à canon de 75mm ayant les préférences du général Estienne.

Trois chars sont commandés le 5 février 1917 mais en raison de problèmes de fourniture d’équipements chez Renault, la réalisation des prototypes prend énormément de retard. Ce n’est que le 20 décembre 1917 que le char effectue ses premiers essais sur la plage des Sablettes à Toulon.

Ces essais sont très satisfaisants et pousse le ministre Loucheur à demander la commande de 100 chars FCM 1A en espérant que quinze exemplaires pourraient être disponibles en juillet 1918 mais ce char est finalement rejeté au profit du FCM 2C plus lourd.

Le FCM 2C : trop tard !

Après l’échec de l’offensive allemande du printemps 1918, il devint évident que l’Allemagne ne pourra gagner la guerre et que le temps allait jouer pour les alliés notamment avec l’arrivée par millions des Sammies venues d’Outre-Atlantique.

Après les contre-offensive de l’été 1918 qui vit le premier engagement massif des troupes américaines à Saint Mihiel et dans le bois de Belleau où les marines s’illustrent, les alliés planifient l’offensive finale pour le printemps 1919, une offensive ayant Berlin pour cible.

Voulant voir les choses en grand, ils planifient la construction d’un grand nombre de chars notamment de chars lourds pour pénétrer le plus rapidement possible en Allemagne.

Après avoir abandonné le projet FCM 1A, la France se concentra sur le projet FCM 2C, un char nettement plus lourd et plus grand que son devancier et pourtant produit par le même constructeur.

Ce char de 62 tonnes (presque le triple des Schneider et Saint Chamond !) se caractérise par la présence de deux tourelles et de douze hommes d’équipage !

Commandé à 300 exemplaires, ce char aurait pu combattre aux côté du Mark VIII Liberty, un char lourd interallié commandé par la France à 600 exemplaires et le Mark V* commandé à 300 exemplaires mais trop lent à produire, il ne voit pas le feu avant le 11 novembre 1918.

La commande est réduite à dix exemplaires livrés en 1922-23 mis en œuvre par la 7ème compagnie du 511ème RCC de Verdun. En 1934, ce matériel est déclassé et en 1939 deux chars réformés cèdent leurs tourelles à la ligne Mareth en Tunisie.

A noter que de 1923 à 1934, le char n°9 Champagne reçoit dans sa tourelle avant un canon de 155C, dans une nouvelle tourelle, un moteur Sautter-Harlé alors que les mitrailleuses sur rotules sont supprimées.

Les sept chars en ligne (plus un restant en parc pour essais et instruction) sont pourtant mobilisés au 51ème BCC devenu ultérieurement le 51ème Bataillon de Chars de Forteresse (51ème BCF).

Ils vont rester en service jusqu’en février 1944 quand sont mis en service les FCM F1 et les 2C sont tous feraillés sauf un exemplaire qui ironie de l’histoire retrouve à l’entrée de l’Ecole de l’Arme Blindée Cavalerie de Saumur l’unique prototype du FCM 1A (transféré de Versailles) avec lequel il monte la garde.

Caractéristiques Techniques du char de rupture FCM 2C

Poids en ordre de combat : 70 tonnes

Dimensions : longueur hors tout 10.372m largeur 2.95m Hauteur 4.05m

Motorisation : d’abord deux Chenu de 210ch puis deux Mercedes de 200ch puis des Maybach de 250ch

Vitesse maximale : 12 km/h Pente 70% Autonomie 150 km (1280 litres d’essence à bord)

Blindage : maximum 30 puis 45mm

Armement : tourelle avant armé d’un canon de 75mm modèle 1897 raccourci avec 124 coups, tourelle arrière armée d’une mitrailleuse de 8mm Hotchkiss; trois mitrailleuses de 8mm montés sur rotules (une avant et deux latérales) avec pour les quatre un total de 9504 coups.

Equipage : douze hommes (chef de char, pilote, mécanicien, aide-mécanicien, électricien ,canonnier tireur, cannonier chargeur,mitrailleur avant, mitrailleur latéral droit, mitrailleur latéral gauche, mitrailleur tourelle arrière et radio-télégraphiste.

22-Armée de terre : armement et matériel (32)

Somua S-45/Renault DAC-2

A l’origine (lointaine), les AMX-38 et 39

AMX-39, un démonstrateur qui ne dépassera pas le stade du prototype

AMX-39, un démonstrateur qui ne dépassera pas le stade du prototype

En 1936, le gouvernement du front populaire soucieux de reprendre la main dans le domaine des fabrications d’armement nationalise l’atelier de montage des chars de combat et chenillettes de la société anonyme des usines Renault qui devient l’Atelier de construction d’Issy les Moulineaux ou AMX.

Dirigé par le brillant Ingénieur Général de l’Armement Joseph Molinié, cet atelier est d’abord chargé de produire et d’améliorer les chars existants comme le Renault R-35 qui avec une suspension AMX et autres améliorations, devient le Renault R-40.

Les ambitions du jeune atelier ne s’arrête pas à l’amélioration. Il souhaite produire ses propres chars légers et concurrencer voir à terme supplanter les manufacturiers privés. Le prototype n°1 ou AMX-38 présenté au printemps 1939 donne ainsi un char d’un poids semblable à celui du FCM-36, propulsé par un moteur diesel avec pour armement un canon de 37mm SA modèle 1938.

Ce premier projet n’est qu’un galop d’essais puis qu’aussitôt est mis en chantier un prototype n°2 baptisé AMX-39 plus lourd, mieux protégé et mieux armé avec un canon de 47mm SA modèle 1935 (identique à celui du S-35).

En effet, le 15 décembre 1939, le général Keller, inspecteur des chars demande de relancer les études pour de futurs chars mieux armés, mieux protégés.

Ainsi le canon de 37mm doit être abandonné au profit du 47mm et le blindage de 40mm doit éder la place à du 60mm, donnant un char léger de 15 à 20 tonnes contre 10-12 tonnes pour les générations précédentes ce qui impose un moteur plus puissant pour maintenir le rapport de 9 ou 10 ch/tonne

Notons l’inflation du poids dans les différentes catégories. Le Renault G1 de 35 tonnes est issu d’un programme réclamant un char de 20 tonnes pour compléter le B1bis avec un char plus léger qui se révélera aussi lourd que celui qu’il devait compléter.

Le projet continue à être développé, sans empressement maintenant que la «paix» même si il s’agit d’une paix fragile, davantage une paix armée qu’une pax romana. Le 9 mars 1940, le général Keller maintien les spécifications décidées plus haut pour un futur char d’accompagnement à savoir 20 tonnes, 60mm de blindage et un rapport poids/puissance de 10 tonnes.

La voix semble libre pour le petit atelier aux relations orageuses avec l’inspection générale des chars mais c’est alors qu’apparait un projet concurrent de la firme Renault baptisé DAC-1 qui va coiffer sur le poteau l’AMX-39.

Le Renault DAC-1 ? Non plus…….

L’AMX-39 qui souffre de problèmes de motorisation n’est présenté en prototype qu’au mois d’octobre 1940, le Renault DAC-1 lui à été présenté à la commission un mois plus tôt.

C’est un élégant char de 16 tonnes était protégée à 60mm avec un moteur de 230ch et disposait d’une tourelle biplace avec un canon de 47mm SA modèle 1939 et une mitrailleuse de 7.5mm MAC-34.

Les deux prototypes sont évalués conjointement entre janvier et mars 1941 sans qu’une décision de production en série soit prise.

En effet, en bon disciple du général Estienne, le général Villeneuve n’est pas un chaud partisan du char léger. Il ne le voue pas aux gémonies comme son défunt mentor _l’estimant nécessaire pour faire nombre_ mais préfère privilégier le qualitatif au quantitatif, le moyen et lourd au léger.

L’AMX-39 et le Renault DAC-1 vont donc rester au niveau du prototype, du démonstrateur de technologie sans connaître l’honneur d’une production en série ce qui ne gêna pas les deux constructeurs bien occupés avec l’AMX-42/44 pour le premier, le Renault G1 pour le second.

Tout est à refaire

D’un char «léger» d’accompagnement, on passe à l’été 1941 à l’étude d’un nouveau char moyen destiné à la cavalerie pour succéder au Somua S-35/40. Cette étude traine en longueur comme jadis celle du char G1.

Trois constructeurs vont proposer leurs projets : Somua avec le S-45, Renault avec le DAC-2 et AMX avec l’AMX-45. Chaque constructeur reçoit commande en mai 1942 pour deux prototypes en état de marche plus une maquette pour les essais statiques.

Somua présente ces prototypes en novembre, Renault dès le mois d’octobre et AMX en janvier 1943 et les six véhicules vont aussitôt être testés dans le but de choisir le meilleur et le produire en série pour rééquiper les DLM.

En juin 1943, plutôt que de choisir l’un des trois projets, on décide de prendre les meilleurs éléments de chaque projet comme la suspension Christie du projet AMX, la caisse laminée-soudée du S-45 et la tourelle Renault à canon de 75mm fortement inspiré de la tourelle ARL équipant le char moyen modèle 1943R.

Les trois constructeurs vont donc s’entendre pour produire un nouveau char moyen de cavalerie qui reçoit à des fins d’intoxication la double dénomination Somua S-45/Renault DAC-2 ce qui suscitera un temps (mais un temps seulement) la perplexité des services de renseignement allemands.

Deux prototypes de ce nouveau char sont commandés en juillet 1943 et présentés en janvier 1944 et mis à part quelques modifications de détail, il est adopté sous le nom de char moyen modèle 1945.

Son assemblage est confié à la société Somua dans son usine de Saint-Ouen, agrandie pour l’occasion.

Ce char combine une caisse laminée-soudée _pour gagner du poids_, dispose d’un moteur diesel Aster, d’une suspension Christie et d’une tourelle triplace avec un chef de char et un tireur à droite, le pourvoyeur (qui faisait également office d’opérateur radio) dans la caisse.

Cette tourelle disposait d’un canon de 75mm de 32 calibres similaire à ceux des prototypes du G1R et non du canon de 40 calibres pour des raisons de poids limité à 30 tonnes ce qui obligea notamment à renoncer à un blindage homogène de 60mm au profit d’un blindage minimal de 45mm avec des endroits blindés à 60mm (face avant de la caisse et de la tourelle, réservoirs et moteurs notamment).

Comme pour le Renault G1, les débuts de production sont difficiles et la production lancée en fanfare en avril 1944 est suspendue et les quarante premiers exemplaires stockés tant ils présentaient de défauts de construction liés semble-t-il à l’inexpérience des ouvriers.

Les défauts corrigés, la production en série ne reprend qu’en octobre 1944 mais les véhicules ne sont officiellement acceptés par l’Arme Blindée Cavalerie qu’en février 1945 comme si elle n’en voulait pas.

Après cette naissance difficile, le Somua S-45 va se révéler une monture digne de ses ainés S-35 et S-40.

Contrairement au Somua S-40, le rééquipement va être réalisé division par division, toutes les DLM devant être transformées pour la fin de 1949…….. .

La 1ère DLM pour équiper le 4ème cuirassiers et le 18ème dragon reçoit ses 192 chars entre juin et décembre 1945 soit le chiffre respectable de 32 chars par mois.

La 2ème DLM reçoit ses chars pour équiper le 13ème et le 29ème dragon entre janvier et juin 1946, la 3ème DLM reçoit ses chars pour équiper les 1er et 8ème régiment de chasseurs à cheval entre juillet 1946 et février 1947.

La 4ème DLM rééquipe ses deux régiments de chars (8ème régiment de dragons et 18ème régiment de chasseurs à cheval) entre février et septembre 1947 alors que le 5ème DLM reçoit ses chars pour le  6ème régiment de dragons et le 4ème régiment de hussards entre octobre 1947 et juin 1948.

Le rééquipement de la 6ème D.L.M prévu à partir de septembre 1948 est suspendu à la déclaration de guerre à la fois pour permettre son engagement sur le TOSE voir en Tunisie en liaison avec la 1ère D.L.C et parce que face aux chars italiens, le S-40 était largement supérieur. Le rééquipement des 7ème et 8ème D.L.M prévu respectivement pour le printemps et l’été 1949 est également suspendu.

A noter qu’un projet de canon automoteur sur chassis Somua S-45 avec un canon de 105mm est envisagé pour les DLM mais sans suite concrète jusqu’au début du second conflit mondial, l’arme blindée cavalerie prévoyant d’équiper ces groupes de canons d’assaut et son RADLM avec cet automoteur soit un total de 60 automoteurs par division.

Est étudié également un canon automoteur de 155mm mais sans qu’un prototype ne soit construit avant le début de la guerre.

Caractéristiques Techniques du char moyen modèle 1945

Poids  : 30 tonnes théorique 32 tonnes en ordre de combat

Dimensions : longueur hors tout 5.45m largeur hors tout : 2.50m hauteur avec tourelle 2.40m (1.55m sans tourelle)

Motorisation : moteur diesel Aster 8 cylindres développant 390ch avec 530l de carburant

Performances : vitesse maximale sur route 49.5 km/h réservoir de 530 litres donnant une autonomie sur route de 360km qui pourrait être augmentée avec des réservoirs supplémentaires installés à l’automne 1948

Blindage : 40mm minimum 60mm à certains endroits

Armement : tourelle ARL modèle 1942 avec un canon de 75mm de 32 calibres (vitesse initiale : 800 m/s) avec 210 obus, une mitrailleuse coaxiale MAC 34 et une mitrailleuse antiaérienne du même modèle avec 6000 cartouches

Equipage : un mécanicien pilote en caisse, un pourvoyeur à gauche de la tourelle, le tireur et le chef de char à droite

Projets et prototypes

Entre 1918 et 1948, assez peu de projets de chars moyens ont été étudiés probablement en raison des difficultés énumérées dans l’introduction pour définir ce qu’était un char moyen.

Citons néanmoins un projet de 1939 de l’Atelier d’Issy Les Moulineaux (AMX) qui proposa un char moyen de 20 tonnes à canon de 47mm puissant en tourelle monoplace avec un blindage de 70mm et un équipage de quatre hommes. Il semble que ce projet vu comme une possible alternative au projet G1 n’ait pas dépassé le stade de la planche à dessin.

Le projet Poniatowski/SEAM à aboutit à la production de deux prototypes utilisés comme démonstrateurs de technologie de la transmission électrique et banc d’essais pour de nouveaux moteurs diesels et essence à haute performance pour les nouvelles générations de chars.

Entre 1946 et 1918, plusieurs projets de chars moyens sont étudiés mais il s’agit plus d’améliorer le Somua S-45 ou le Renault G1 que de mettre au point un char totalement nouveau.

22-Armée de terre : armement et matériel (31)

Renault G1

Maquette du Renault G1R dans sa configuration initiale

Maquette du Renault G1R dans sa configuration initiale

A l’origine, un char pour les DIM

Quand il apparaît en service en 1943, le Renault G1 ou char moyen modèle 1943R est une vrai merveille qui émerveille nos alliés britanniques et inquiète suffisamment les allemands pour les pousser à développer un nouveau char moyen à canon de 75mm, le futur Panther.

Pourtant le chemin fût long très long puisqu’on peut remonter à  l’année 1930 pour retrouver les prémices très lointain du projet d’un nouveau char d’infanterie.

Le 4 juillet 1930, le ministre de la guerre André Maginot approuve un programme de motorisation et de mécanisation de l’armée française notamment la motorisation de cinq divisions d’infanterie capables de se déplacer en étapes de 200km par jour.

Ces unités doivent disposer de moyens pour assurer leur sûreté et donc de chars qui doivent se révéler mobiles, puissants et endurants. Or à l’époque, les chars qui pourraient très théoriquement convenir ne sont pas exempts de défauts :

-le char B1 est puissant mais à une autonomie limitée et de plus difficile à produire en grande série

-le char D2 est moins rapide que le B1, une autonomie aussi faible que le précédent sans parler de nombreux problèmes mécaniques qui limiteront sa production en série à cent exemplaires.

En 1935, la cavalerie expérimente un prototype prometteur de la firme Somua, le futur S-35, un char rapide, puissant et bien armé qui pourrait convenir au rôle définit plus haut mais en l’expérimentant, l’infanterie remarque un certain nombre de faiblesses en terme de vitesse en tout terrain et de franchissement d’obstacles ce que le service actif démontrera et qui entrainera la mise en chantier du S-40.

L’infanterie juge néanmoins le Somua «comme un objet d’études intéressant» mais précise au cas où on ne l’aurait pas compris que «sa réalisation immédiate en grande série, pour l’infanterie,constituerait certainement une erreur».

Le char B1 étant trop lourd, le char D2 étant trop imparfait, l’infanterie n’à de choix que de développer un char moyen de conception nouvelle qui essayera de résoudre le mieux possible la quadrature du cercle : protection, armement et vitesse.

Le char de 20 tonnes

Le 16 décembre 1935, l’infanterie diffuse un appel à projets pour un char moyen d’infanterie de 20 tonnes dont les caractéristiques sont assez voisines du Somua notamment le poids, la vitesse sur route (20 km/h de moyenne contre 30 pour le S-35, vitesse maximale de 50 km/h contre 45), la  protection et l’armement mais avec une autonomie nettement plus importante (400 contre 280km).

Le choix de 20 tonnes était tout sauf un hasard, il répondait à des contraintes opérationnelles et logistiques, notamment de transport par voie ferrée ou le franchissement des coupures humides.

Le besoin alors exprimé est de 250 chars de 20 tonnes pour former cinq bataillons de quarante-cinq chars plus le volant, ces bataillons étant appelés à intégrer les divisions d’infanterie, le général Gamelin n’étant pas un partisan acharné des DLM.

Six constructeurs proposent leurs projets : Poniatowski/SEAM, Lorraine, Renault, Baudet-Donon-Roussel (BDR), Somua et FCM.

Le concept du char moyen d’infanterie va évoluer au cours de la période 1936/37 passant d’un Somua à un B1bis. Le blindage passe de 40 à 60mm et l’armement devient mixte avec un obusier de 75mm en caisse et un canon de 47mm en tourelle.

Les méthodes de construction choisies (acier moulé ou plaques laminées mécano-soudées en remplacement de plaques laminées boulonnées) doivent permettre de gagner du poids pour entrer dans la norme.

Suite à ces modifications, les constructeurs proposent de nouveaux projets à armement mixte, tous avec un obusier de 75mm et un canon de 47mm en tourelle sauf Lorraine (deux canons de 47mm) et une variante du projet Renault avec un 47mm puissant Schneider ou un canon de 75mm en tourelle…… .

Ce changement s’explique en partie par l’impossibilité de produire un grand nombre de B1bis, l’espoir de produire un char répondant à ce concept mais plus léger, moins coûteux et surtout plus facile à produire.

Seulement voilà, ce changement des règles du jeu provoque une véritable quadrature du cercle car comment faire un char aussi puissant que le B1bis de 32 tonnes en restant sous les 20 tonnes du programme ce qui est impossible car au minimum on approche des 25 tonnes ce qui à un impact sérieux sur la motorisation et la suspension.

La commission étudie les projets le 20 février 1937 et tous sans exceptions ont déjà atteint les 23-25 tonnes. A noter que seul le projet Poniatowski/SEAM aboutit à la réalisation d’un prototype, les autres restant au niveau de la maquette.

Vers un char de plus en plus lourd…….

Les différents prototypes sont étudiés par la commission mais rapidement Renault va prendre une longueur d’avance en proposant un canon de 75mm en tourelle.

C’est tout sauf anodin car si l’infanterie à toujours préconisé le montage de l’armement principal sous tourelle, le montage d’un armement puissant en casemate répondant à une demande du génie qui voulait un canon tirant à faible incidence pour neutraliser les embrasures des fortifications.

Outre l’armement, le projet Renault propose une suspension à barres de torsion plus légère et plus résistante aux mines et des chenilles jumelées qui elles suscite le scepticisme. La commission qui peine à masquer son émotion demande la réalisation d’un prototype à la maison Renault.

Selon le rapport du 20 février 1937, le projet Poniatowski/SEAM est classé en 1ère catégorie car prototype existant, les projets Somua, FCM et Renault en 2ème catégorie et enfin les projets BDR,Fouga et Lorraine en 3ème catégorie. La compagnie des Batignolles n’à pas transmis son projet et est donc hors course.

Comme nous l’avons vu, le projet d’un char de 20 tonnes avec l’armement et la protection du B1 était une chimère, le plus léger _Poniatowski/SEAM_ atteignant les 23 tonnes.

La proposition Renault va vite envoyer aux oubliettes la configuration du B1bis au profit d’un armement principal unique installé en tourelle ce qui laisse penser qu’inconsciemment la commission à abandonné le combat en région fortifié au profit de la manoeuvre en terrain libre.

Presque deux ans après le lancement du programme, la commission du programme reconnaît qu’il est impossible de monter un canon de 75mm de 32 calibres en tourelles dans un char de moins de 30-35 tonnes soit le poids d’un char B1bis.

Le 1er février 1938, la direction de l’infanterie (2ème direction) abandonne la masse maximale de 20 tonnes au profit d’une masse maximale de 35 tonnes afin de se donner de l’air et de laisser les constructeurs libres.

Sur les sept constructeurs, seuls quatre restent alors en ligne, Batignolles n’ayant jamais présenté son projet, Somua et FCM étant écarté, le premier utilisant ses études pour ses futurs S-40 et SAu-40 et le second se concentrant sur la production du B1bis à laquelle elle participait.

Quatre constructeurs restent en liste : Renault, BDR, SEAM et Lorraine mais au 1er juin 1938 seuls les deux derniers constructeurs ont officiellement reçu commande de deux prototypes.

Pourquoi un tel décalage ? Tout simplement parce que désormais, le dévellopement est financé quasi-intégralement sur fonds propres par les constructeurs ce qui explique le peu d’empressement à développer ce projet.

Il faut attendre le début du mois de juin pour que les choses s’accélèrent avec la nomination d’une équipe de liaison dirigée par le chef de bataillon Deygas de la section technique de l’infanterie et par l’ingénieur Lavirotte de l’atelier de Rueil.

A l’époque, la commande en série du Poniatowski/SEAM est prévue avec des livraisons à la mi-1940, Lorraine prévoyant la sortie en série pour 1941, les autres constructeurs n’ayant pas sorti de calendrier y compris Renault qui avait pourtant semblé devoir coiffer tout le monde avec le choix audacieux de monter un 75mm puissant en tourelle.

Seuls Lorraine, Poniatowski/SEAM et Renault semble encore en course, BDR et Fouga semblant hors jeu avec des projets dépassant largement 35 tonnes. Les autres projets sont encore largement perfectibles.

Outre le chassis, on trouve plusieurs projets de tourelle. Renault propose la pseudo-tourelle Balland avec l’équipage en caisse et un canon de 75mm à chargement automatique, une arme tout simplement révolutionnaire pour l’époque et qui doit affronter la concurrence de la tourelle ARL 3 et la tourelle FCM.

Un char révolutionnaire

Le 12 juillet 1938, la direction de l’infanterie émet une nouvelle fiche programme qui demande un char de 30 tonnes à vide et 32 tonnes en ordre de combat armé d’un canon de 75mm de 32 calibres en tourelle ce qui impose aux constructeurs de revoir totalement leur projet.

On peut voir l’évolution du programme en moins de trois ans : nous sommes passés d’un char de 20 tonnes avec l’armement d’un B1bis à un char d’un poids identique au B1bis mais mieux armé.
Cette nouvelle fiche programme élimine les projets Lorraine et BDR qui atteignent déjà 32 tonnes à vide. Le projet Fouga est menacé car atteignant déjà 35 tonnes, seuls restant en ligne les projets Poniatowski/SEAM et Renault.

En terme de performances, on réclame une vitesse maximum de 40km/h sur route et 20 km/h en tout terrain, une autonomie minimale de 200km, une autonomie en terrain variée de 8 heures.

Quand au moteur, il est prévu soit un moteur essence ou un moteur diesel. Le blindage doit être de 40 à 60mm. On soigne la protection, l’entretien avec la possibilité de changer rapidement des organes mécaniques.

On demande également d’améliorer les capacités de vision de char que ce soit le pilote ou les deux hommes en tourelle avec l’installation d’un télémètre et d’un tourelleau indépendant pour permettre de tirer à portée maximale du 75mm soit 2000m.

Mieux encore, on demande de pouvoir tirer en marche à 10km/h sous l’influence britannique bien plus avancés dans ce domaine même si ils tirent en marche à la lunette et non au télémètre.

En dépit de ces promesses, le programme patine. La guerre s’annonçant imminente, on se demande si il est bien raisonnable de lancer la production d’un nouvel modèle de chars alors que les besoins sont loin d’avoir été satisfaits avec les véhicules existants.

De plus et cela peut paraître incroyable mais on ne sait quoi faire d’un char de 35 tonnes ! Le B1bis doit combattre au cœur des régions fortifiés, les Somua doivent combattre sur les ailes mais le char type G1 est un engin d’exploitation d’une percée qui n’interviendra qu’une fois la ligne Siegfried cassée, ligne qu’on imagine à l’époque aussi formidable que la ligne Maginot.

Le programme va donc ronronner jusqu’à l’éclatement de la guerre de Pologne qui donne un coup de fouet bienvenue au programme G1 même si les productions de guerre sont naturellement prioritaires.

La fin de la guerre de Pologne permet de ralentir les productions militaires et surtout de permettre de voir plus loin que les besoins immédiats.

Le 22 décembre 1939, le couperet tombe : le Renault G1R est choisit comme char G1. Néanmoins le G1P (Poniatowski/SEAM) est retenu mais simplement pour sa transmission électrique et comme véhicule d’essais, sa production en série n’est pas prévue.

Le 1er avril 1940, Renault reçoit une commande officielle pour deux prototypes de son char G1, un char de 30 tonnes (35 tonnes maximum) avec une suspension à barres de torsion, un moteur de 350ch en attendant mieux (400ch) et une tourelle ARL 3 avec télémètre en remplacement de la pseudo-tourelle certes prometteuse mais dont la gain de poids n’était pas aussi intéressant qu’escompté.

Les deux prototypes sortent de l’usine de Billancourt respectivement en octobre et en décembre 1940 pour des tests intensifs pendant qu’on se préoccupe de l’industrialisation.

Louis Renault voit les choses en grand pour son nouveau projet et construit une nouvelle usine ultra-moderne près d’Orléans.

Les tests sont concluants sauf sur les chenilles doubles qui se révèlent être un casse-tête à remplacer en cas d’explosion de mines ou d’obstacle trop dur. Elles sont remplacées par des chenilles uniques plus facile à changer.

En terme d’armement, la tourelle ARL-3 est modifiée pour pouvoir installer une mitrailleuse MAC 34 de 7.5mm antiaérienne et pour pouvoir embarquer un canon de 75mm de 40 calibres plus puissant que le canon de 32 calibres.

Si le prototype n°1 est utilisé pour des tests de résistance aux mines et aux obus et ferraillé après avoir été martyrisé, le n°2 sert de maitre étalon pour préparer l’industrialisation dans la nouvelle usine d’Orléans.

Unités équipées

Prévu à l’origine comme un char rapide destinée aux DIM, le Renault G1 adopté officiellement sous le nom de char moyen modèle 1943R va finalement équiper les Divisions Cuirassées où il va remplacer les Hotchkiss H-39.

Huit bataillons sont donc prévus à l’origine suivis ultérieurement de quatre autres portant  le total à douze bataillons de 45 chars soit 540 chars en ligne plus des chars en réserve pour la formation, les tests et le volant de fonctionnement.

La production du char commence en septembre 1941 et les premiers exemplaires de série sortent en juin 1942 pour équiper la 1ère DC et ces deux bataillons de chars moyens, les 25ème et 26ème BCC.

La production connait un certain nombre de difficultés ce qui entraine des retards de livraison aux unités suscitant l’agacement du général Villeneuve.

Alors que le 25ème BCC aurait du être entièrement rééquipé en septembre, il ne l’est qu’en novembre après qu’un certain nombre d’exemplaires durent être renvoyés en usine pour être modifiés.

Le 25ème BCC ayant essuyé les plâtres, son homologue du 26ème BCC en tire les fruits et reçoit ses chars selon le nouveau planning à savoir de janvier à avril 1943. Ces deux bataillons s’affronteront au cours des manoeuvres de Champagne de septembre, confirmant les qualités de ce char remarquable.

Le 14ème BCC et le 27ème BCC de la 2ème Division Cuirassée reçoivent leurs chars respectivement entre mai et août 1943 pour le premier et entre septembre et décembre 1943 pour le second.

Le 42ème Bataillon de Chars de Combat de la 3ème DC reçoit ses chars moyens modèle 1943R entre janvier et avril 1944 suivis de son compère du 45ème BCC entre mai et août 1944.

La 4ème Division Cuirassée, la future Division de Fer (appelée également Division De Gaulle tant le général Charles de Gaulle imprima une marque indélébile sur la division) reçoit ses premiers Renault G1R en septembre 1944,le 19ème BCC étant entièrement équipé en décembre, son compère, le 44ème BCC recevant ses nouvelles montures entre janvier et mars 1945.

Au 1er avril 1945, un total de 360 Renault G1R sont en ligne au sein de huit bataillons. La production se poursuit à un rythme plus réduit (8 chars par mois) pour constituer un volant de réserve. C’est ainsi que de mai 1945 à juin 1947, un total de 200 chars sont produits et stockés à moins qu’on ne préfère les utiliser pour l’instruction et les essais.

En juin 1947, néanmoins, la production à grande échelle (16 chars par mois) reprend pour équiper les quatre nouveaux bataillons de chars de combat prévus pour les 5ème et 6ème DC.

Le 51ème BCC de la 5ème DC (à ne pas confondre avec celui de 1939 devenu 51ème BCF) reçoit ses chars entre septembre et décembre 1947. Il est suivi du 55ème BCC de la 6ème Division Cuirassée qui reçoit ses chars entre janvier et mars 1948.

Le 53ème BCC de la 5ème BCC reçoit ses chars entre avril et juin 1948 avant que le 57ème BCC ne boucle la boucle en étant équipée entre juillet et septembre 1948 juste à temps pour le conflit.

Quand éclate la seconde guerre mondiale, le char moyen modèle 1943R est en service à 540 exemplaires plus 200 chars de réserve, la production continuant pour aboutir à un volant de fonctionnement proche des 100%.

Caractéristiques Techniques du char moyen modèle 1943R

Poids  : 32 tonnes théorique 35 tonnes en ordre de combat

Dimensions : longueur hors tout 5.50m largeur hors tout : 2.55m hauteur avec tourelle 2.40m (1.55m sans tourelle)

Motorisation : moteur diesel Renault 8 cylindres développant 400ch avec 530l de carburant

Performances : vitesse maximale sur route 55 km/h réservoir de 530 litres donnant une autonomie sur route de 350km qui pourrait être augmentée avec des réservoirs supplémentaires installés à l’automne 1948

Blindage : 40mm maximum pour la caisse 60mm pour la tourelle

Armement : tourelle ARL modèle 1942 avec un canon de 75mm de 40 calibres (vitesse initiale : 800 m/s) avec 210 obus, une mitrailleuse coaxiale MAC 34 et une mitrailleuse antiaérienne du même modèle avec 6000 cartouches

Equipage : un mécanicien pilote et un opérateur radio/pourvoyeur en caisse, un chef de char et un tireur en tourelle

22-Armée de terre : armement et matériel (29)

I-Chars moyens

Préambule : essai d’une typologie du char moyen

Aujourd’hui avec la présence de l’AMX-90 Villeneuve, on ne se pose guère la question de savoir ce qu’est un char moyen tant l’idée d’un char de combat principal à imprégné les esprits. Ce n’était pas aussi facile  avant le second conflit mondial.

En effet si le B1bis avec ses 31 tonnes et le Renault R-35 avec ses 10.5 tonnes pouvaient respectivement être considérés comme des chars lourds et légers, il y avait visiblement la place pour un char médian.

Ce classement se heurte d’emblée à de sérieuses difficultés. Si le B1bis est un char lourd, que dire du Renault G1 et ses 35 tonnes ou encore que dire du couple AMX-42/44 avec ses 16 ou 17 tonnes, sont-ils encore des chars légers ?

Il faut aussi ajouter le nom de char puissant porté notamment par le D2, des chars d’un poids de 19 tonnes soit seulement trois tonnes de plus que l’AMX-42. Pourquoi l’un serait léger et l’autre puissant/moyen. De plus ne peut-on pas considérer le char puissant comme un char de bataille, un soutien du B1bis ?

Il faut plutôt voir du côté de la mission pour distinguer un char moyen d’un char léger. On le sait les chars légers existant en 1939 ont des équipages composés de deux hommes _un mécanicien pilote et un chef de char tireur_ car leur mission est de soutenir l’infanterie c’est-à-dire de rouler au pas ou presque et de tirer sur les obstacles se présentant sur le chemin des fantassins.

La mission de la cavalerie est davantage le combat, la manoeuvre ce qui explique que le char principal de cavalerie, l’Automitrailleuse de Combat (AMC) est un véhicule triplace avec un ou deux hommes en tourelle.

C’est là à mon sens que le char moyen se distingue du char léger (en attendant l’AMX-42 et le FCM-42 à trois hommes sans parler de l’AMX-44 et du FCM-44 à quatre hommes), la mission bien différente du soutien d’infanterie.

En septembre 1939, on peut estimer qu’il existe seulement deux chars moyens en service en nombre important : le char D2 en voie de retrait du service et le remarquable Somua S-35, probablement le meilleur char français en service quand éclate la guerre de Pologne.
Au printemps 1944, le général Villeneuve décide de clarifier la situation en établissant une véritable typologie liée en partie au poids mais également à la mission :

-char léger : ne doivent pas dépasser le poids de 20 tonnes, un armement compris entre 25 et 47mm avec un équipage de deux à quatre hommes. Leurs missions étant le soutien rapproché de l’infanterie et la reconnaissance.

-char moyen : ne doivent pas dépasser le poids de 40 tonnes, un armement minimal de 75mm et maximum de 90mm, un équipage de quatre hommes avec pour mission le combat antichar, la percée et la manoeuvre.

-char lourd : d’un poids compris entre 40 et 70 tonnes, un armement minimal de 90mm, un équipage de quatre ou cinq hommes avec pour mission le combat antichar, la percée et la manoeuvre.

-char de forteresse : catégorie ne concernant que le FCM F1 même si des projets de chars super lourds sont étudiés

-chars spéciaux : chars amphibies, char du génie sans catégorie de poids, d’armement ou d’équipage

Les chars moyens que nous allons étudier correspondent donc à tous les chars d’un poids de 20 à 39 tonnes, un armement de 47 à 75mm même si par analogie, les AMC seront considérées comme des chars moyens notamment en raison de leur mission.

Cette catégorie quasiment inexistante va connaître une spectaculaire croissance avec le maintien en service du Somua S-35 (modernisé avec une radio), l’apparition de sa version améliorée Somua S-40 mais surtout deux chars moyens armés de canons de 75mm, le Renault G1 ou char moyen modèle 1943R et le Somua S-45 appelé char moyen modèle 1945S, un char issu comme nous le verrons d’un véritable montage industriel destiné en particulier à intoxiquer les SR allemand avec une double dénonmination Somua S-45/Renault DAC-2 qui fit croire à l’Abwehr de l’existance de deux chars moyens au sein des DLM, surestimant ainsi le potentiel militaire français.

Renault D2

Renault D2

Renault D2

Sous l’influence d’Aristide Briand, l’Europe sembla se lancer sur la voix d’une paix perpétuelle nécessitant une désarmement des puissances concernées, désarmement qui avait pour cadre une conférence lancée à Genève en 1932.

Cette conférence s’inspirant du traité de Washington de 1922 suggéra une limitation des armements terrestre tant en terme quantitatif que qualitatif qui si elle avait aboutit aurait interdit le B1 au profit du D2 appelé «char de combat surblindé» par son constructeur Renault.

Le dévellopement du D2 à été lancé au cas où le B1 aurait été interdit par la conférence du désarmement d’où la France se retire en mai 1934. Les prototypes sont présentés en 1932-33 et le char est adopté en 1934 à une époque où l’hypothèque d’une interdiction du B1 avait été levée.

Résultat à l’hypothèse haute de  livraison de 750 chars D2 succéda une hypothèse base à 150 chars avant d’être réduite à 100 unités livrées entre avril 1936 et février 1937 pour les cinquante premiers et au printemps 1940 pour les cinquante autres.

Néanmoins, seul le 1er bataillon du 507ème RCC commandé par un certain colonel Charles De Gaulle avec 45 chars reçut ce blindé.

A la mobilisation, ce bataillon devient le 19ème BCC qui au printemps 1940 remplace ses ses D2 du premier marché par des chars neufs du même modèle, les premiers ayant été usés très, trop rapidement.

A sa création en septembre 1940, la 4ème Division Cuirassée (Dcu) intègre le 19ème BCC au sein d’une 6ème demi-brigade de chars devenue après réorganisation la 6ème brigade cuirassée.

Le char D2 est retiré du service dès le mois de septembre 1941 après que le Hotchkiss H-39 l’eut remplacé.

A la différence de beaucoup de chars, les D2 ne sont pas stockés pour une réutilisation ultérieure en raison d’un grand nombre de problèmes mécaniques. Les tourelles (50 exemplaires) sont précieusement conservées pour être installées sur un nouveau véhicule ou à terre comme les tourelles démontables de la ligne Maginot.

Caractéristiques Techniques du char puissant Renault UZ/D2

Poids : 19000kg

Dimensions : longueur totale 5.23m Largeur totale 2.21m Hauteur totale : 2.66m (1.77 sans tourelle)

Motorisation : un moteur essence Renault dévellopant 150ch à 2000 tours/minute

Vitesse maximale : 22 km/h  Pente : 40%  Autonomie : 100km (réservoir de 240 litres d’essence)  

Blindage : 40mm maximum

Armement : un canon de 47mm modèle 1937 en tourelle monoplace, canon alimenté à 108 obus et deux mitrailleuses de 7.5mm, deux MAC 31 avec 4500 cartouches pour les deux, une arme étant coaxiale en tourelle et une seconde en caisse

Equipage : mécanicien pilote en caisse, un opérateur radio en caisse et un chef de char tireur en tourelle

22-Armée de terre : armement et matériel (26)

Hotchkiss H-35

Quand naissent les années trente, le char léger standard est le Renault FT, un char ayant déjà une quinzaine d’années d’existence. Comme nous l’avons vu plus haut, le programme de remplacement à été lancé en août 1933 et modifié en mai 1934.

Le prototype de la firme de Levallois est testé intensivement de janvier à septembre 1935 avant d’être adopté en novembre 1935 sous le nom de char léger modèle 1935 H.

Il va ainsi être livré à la cavalerie à partir de juillet 1936 et jusqu’en 1938 pour accélérer la constitution des DLM faute d’une production suffisante de Somua S-35. Ce n’est que dans un second temps que l’infanterie va recevoir le H-35.

En septembre 1939, le Hotchkiss H-35 équipe des unités de l’infanterie et de la cavalerie  sachant que sa production à été stoppée à 400 exemplaires en raison de nombreuses insuffisances techniques notamment un moteur asmathique (rapport de 7.5 ch par tonne, loin des 10 ch par tonne exigées par les autorités militaires) et des performances médiocres en tout terrain, la vitesse sur route ayant été privilégiée à tout autre considération.

Quand éclate la guerre de Pologne, le char léger Hotchkiss modèle 1935 H équipe deux BCC de l’infanterie ainsi que trois DLM où il complète le Somua S-35 faute de mieux. A noter que le Conseil Consultatif de l’Armement avait demandé de ne pas mettre en service ces chars en attendant la disponibilité d’une version nettement améliorée, le H-39.

-Le 13ème BCC est mis sur pied par le centre mobilisateur 505 de Vannes. Il dispose de 45 chars type H-35 remplacés en mars 1942 par des H-39 toujours en service en septembre 1948 quand éclate le second conflit mondial.

-Le 38ème BCC est mis sur pied par le centre mobilisateur 509 installé à Maubeuge puis à Meucon et disposant comme le 13ème BCC de 45 Hotchkiss H-35. Il est dissous en août 1940 et son matériel stocké même si sa réutilisation est improbable.

A ces 90 chars s’ajoutent sept chars en dépôts, en école ainsi qu’un char à la disposition de l’ERGM de Gien portant le total à 98 chars.

La cavalerie à elle reçut 292 chars Hotchkiss H-35 pour équiper ses trois DLM, faute de mieux, le petit blindé étant tout sauf adapté à la mission de ces divisions.

La 1ère DLM dispose ainsi de 92 Hotchkiss H-35 répartis à part égale entre le 4ème régiment de cuirassiers et le 18ème régiment de dragons à raison de deux escadrons de vingt-trois blindés.

La 2ème DLM dispose également de 92 Hotchkiss H-35 répartis à part égale entre le 13ème et le 29ème régiment de dragons.

Les trois divisions de cavalerie disposent également chacune d’un escadron équipé de Hotchkiss H-35 soit 48 chars auxquels s’ajoute un escadron de la 3ème DLM (vingt-trois chars) ainsi qu’un escadron du 1er régiment de chasseurs d’Afrique à seize chars soit un total de 271 chars en ligne au printemps 1940 laissant vingt et un en réserve et en dépôts.

En additionant la cavalerie et l’infanterie on aboutit à un total de 390 chars, le solde de dix chars ayant apparemment été retourné chez le constructeur pour servir de banc d’essais, de véhicule d’expérimentation, deux H-35 ayant apparemment servis à valider les solutions techniques choisis pour transformer un vilain petit canard en magnifique cygne.

A partir de l’été 1940, le Somua S-40 commence à sortir des chaines de production permettant à la cavalérie d’homogénéiser l’équipement de ses DLM qui font disparaître peu à peu les différentes divisions de cavalerie. Les derniers H-35 des quatre DLM à équipement mixte quittent le service actif  en juillet 1942 quand la 3ème DLM achève son rééquipement avec le S-40.

Le H-35 quitte progressivement la cavalerie pour rejoindre les dépôts même si il est encore en service au sein du 1er RCA au Maroc, seule unité de cavalerie encore équipée de ce char décidément pas né sous une bonne étoile quand éclate le second conflit mondial et qui au cours du conflit le remplacera par quelques S-40.

Caractéristiques du char léger modèle 1935 H

Poids total : 10.6 tonnes

Dimensions : longueur totale 4.22m largeur totale 1.85m hauteur totale : 2.133m (1.38m sans tourelle)

Motorisation : un moteur Hotchkiss 6 cylindres de 75ch à 2700 tours/minute

Vitesse maximale : 27.8 km/h  Pente : 75% sur sol dur  Autonomie : 130km (réservoir de 180 litres)

Blindage : 40mm maximum

Armement : un canon de 37mm SA modèle 1918 alimenté à cent obus et une mitrailleuse MAC 31 alimentée à 2400 cartouches

Equipage : un chef de char en tourelle, un mécanicien-pilote en caisse

Hotchkiss H-39

char léger modèle 1935 M.39 dit Hotchkis H-39

char léger modèle 1935H  M.39 dit Hotchkiss H-39

Comme nous venons de le voir, le H-35 à été un échec technique, la faute notamment à un moteur insuffisamment puissant. La firme Hotchkiss qui avait anticipé sur le programme aurait pu ne jamais s’en relever mais au final, elle développa un nouveau char léger, dérivé du H-35 dont il reprenait la ligne générale mais avec de sérieuses modifications.

Un moteur plus puissant (120ch au lieu de 75) lui donnait le rapport poids/puissance réclamé par l’infanterie (en l’occurence 10 ch/tonne), un canon de 37mm SA modèle 1938 lui donnait une véritable capacité antichar (à partir du 480ème exemplaire de série, monté en rattrapage par la suite) et une queue passe-tranchée lui donnait une aisance en terrain difficile.

Les essais du prototype sont menés en 1937/38 et c’est fin 1938 qu’il est adopté sous le nom de char léger modèle 1935 H M. 39. Comme son devancier, il va équiper l’infanterie et la cavalerie et comme son ainé raté, si il est adapté aux demandes de l’infanterie, il l’est beaucoup moins à celles de la cavalerie mais faute de mieux…….. .

Au printemps 1940, il équipe six bataillons de 45 chars, bataillons de chars de combat qui sont intégrés aux trois premières divisions cuirassées :

-Les 25ème BCC et 26ème BCC sont intégrés à la 1ère Division Cuirassée

-Les 14ème et 27ème BCC sont intégrés à la 2ème Division Cuirassée

-Le 42ème et le 45ème BCC sont intégrés à la 3ème Division Cuirassée.

Ces six bataillons alignent donc un total de 270 chars Hotchkiss H-39. Deux autres bataillons sont ensuite équipées de ce char pour former une demi-brigade blindée de la 4ème Division Cuirassée en l’occurence le 19ème BCC qui troque ses D2 contre des H-39 et le 44ème BCC qui troque ses Renault R-35 contre d’autres H-39 les deux bataillons étant transformés entre mars et septembre 1941, portant le total de chars en ligne à 360 chars.

Des BCC non endivisionnés reçoivent également ce petit char biplace comme le 13ème BCC mis sur pied avec le H-35 et qui reçoit des H-39 en mars 1942 et le 22ème BCC remplace ses Renault R-35 par des Hotchkiss H-39 en septembre 1942.

Si les BCC des quatre premières divisions cuirassées remplacent leurs Hotchkiss H-39 par des Renault G1, les 13ème et 22ème BCC conservent leurs H-39 quand éclate le second conflit mondial, ce char pouvant très bien assurer le soutien de l’infanterie. L’infanterie va disposer au total de 450 chars plus 225 chars en réserve.

La cavalerie va également disposer de Hotchkiss H-39 au sein de la 3ème DLM (140 chars utilisés comme AMR), au sein des deux divisions de cavalerie restant en l’occurence les 2ème et 3ème Divisions de Cavalerie (32 chars) et au sein des GRDI en l’occurence les 2ème et 5ème GRDI mis sur pied à la mobilisation sans automitrailleuses et qui reçoivent donc des H-39 au printemps 1940 avec quinze puis vingt chars de ce type.

Suite à la démobilisation, les GRDI préservés sont tous motorisés, le Hotchkiss H-39 va ainsi équiper d’abord les GRDI type monté puis remplacer les AMR 33 et 35 au sein des GRDI motorisés, équipant au final les  2ème, 5ème, 15ème, 18ème, 23ème, 32ème, 71ème, 74ème et 93ème GRDI soit un total de 180 chars, toujours en service en septembre 1948. La cavalerie va disposer de 352 chars en ligne plus 176 en stock et dans les écoles.

En septembre 1945, douze chars sont sortis des stocks pour équiper le Groupement Motorisé de Corse auxquels s’ajoutent un nombre équivalent de véhicules en volant de fonctionnement réduisant le stock et le parc en école à 152.

Le H-39 à également été exporté d’abord à dose homéopathique, trois à la Pologne et deux à la Turquie puis de manière plus massive avec deux bataillons pour l’armée polonaise libre (90 chars), trois bataillons à la Grèce (135 chars), deux pour les Pays Bas (90 chars) deux à la Yougoslavie (90 chars) et 32 pour la Grande Bretagne qui les utilisa pour perfectionner ses chars Cruiser.

Au final le Hotchkiss H-39 va être produit à 1640 exemplaires jusqu’en mai 1947 quand la chaine de montage fermée mais pour peu de temps car dès le mois de septembre 1947, elle va à nouveau fabriquer ce char à faible cadence (huit chars par mois) pour permettre un équipement rapide des GRDI/GRCA de mobilisation, la cadence passant à douze chars par mois dès le mois de juin 1948.

Caractéristiques Techniques du char léger modèle 1935 H M. 39

Poids total : 12 tonnes

Dimensions : longueur totale 4.22m largeur totale 1.85m hauteur totale : 2.133m (1.38m sans tourelle)

Motorisation : un moteur Hotchkiss 6 cylindres de 120ch à 2800 tours/minute

Vitesse maximale : 36.5 km/h  Pente : 75% sur sol dur  Autonomie : environ 150km (réservoir de 207 litres)

Blindage : 40mm maximum

Armement : un canon de 37mm SA18 alimenté à cent obus et une mitrailleuse MAC 31 alimentée à 2400 cartouches. Le canon de 37mm SA modèle 1938 remplace le SA modèle 1918 à partir du 480ème char environ avant d’être installé en rattrapage sur les autres.

Equipage : un chef de char en tourelle, un mécanicien-pilote en caisse