Le Conflit (111) Europe Occidentale (77)

AVALANCHE : LIBERATION

Mai 1950-Juin 1951 : La Seine morne plaine

Avalanche : une gestation longue et douloureuse

L’échec prévisible (?) de NIEBELUNGEN est un tournant de la guerre à l’ouest. Côté allié il devient évident que les allemands qui ont massé la majeure partie de leurs moyens à l’est ne sont plus en mesure de prendre un avantage décisif sur les alliés qui vont être renforcés par les américains à court et surtout à moyen terme.

Côté allemand si officiellement l’opération est présentée comme une «magnifique victoire» (sic) officieusement les généraux allemands sont inquiets. Pour ceux qui estimaient dans leur for intérieur qu’attaquer l’URSS sans avoir neutralisé les alliés était une folie, l’échec de la dernière offensive stratégique allemande renforce leur inquiétude.

En clair si le «problème judéo-bolchévique» n’est pas réglé en six mois un an maximum l’Allemagne se retrouvera dans une situation pire que trente ans plus tôt quand elle devait déjà combattre sur deux fronts.

L’été 1950 passe, l’automne et l’hiver 1950-1951 également sans que les alliés n’attaquent. Outre le fait que les plans ont été comme nous l’avons vu bousculés par NIBELUNGEN, il faut choisir un plan d’attaque, répartir les missions et les postes.

Une offensive stratégique comme AVALANCHE ne s’improvise pas si on veut qu’elle produise les fruits désirés, escomptés, espérés.

Autant dire que du côté d’ATLANTIDE II près de Bourges cela phosphore sévère. Sous l’impulsion du général Juin chargé par le général Villeneuve de la planification stratégique, les meilleurs officiers, les meilleurs cerveaux du monde libre (NdA je laisse à chacun le soit d’apprécier cette expression à cette juste valeur) multiplie les mémos, les textes, les brouillons.

Toutes les hypothèses sont étudiées même celles qui paraissent totalement iréelles. Faut-il franchir la Seine de jour ou de nuit ? Par beau ou mauvais temps ? Peut-on lancer une offensive aéroportée majeure au nord de Paris ? Un débarquement en baie de Somme ou dans les bouches de l’Escaut ?

Cela génère une masse incroyable de papiers et de documents tous précieusement conservés dans le PC. Plus ou moins bien classés, tous ces documents sont restés classés secret défense jusqu’en 1985 quand des historiens habilités ont pu commencer à trier cette masse qui représente 17km de rayonnage ! Oui 17 km vous avez bien lu !

Comment expliquer une telle masse ? Outre la compétition intellectuelle entre officiers et civils, cela traduisait les hésitations liées aux enjeux du moment.

On l’à oublié aujourd’hui mais le général Villeneuve était très contesté moins par l’opinion publique que par ses pairs et par les politiques qui se méfiaient de plus en plus de lui, la. A sa femme Agnès il dira un jour «En déclenchant l’opération AVALANCHE je mettais ma tête sur le billot. Un échec et le bourreau aurait fait son oeuvre».

Le «Général Tornade» ne veut rien laisser au hasard. Il voudrait tout prévoir. Nul doute qu’il aurait été fasciné par les récents progrès de l’intelligence artificielle.

Le tri à été achevé en 1992 et les premiers ouvrages vraiment détaillés sur la conception de l’opération AVALANCHE ont pu être publié à partir de 1993 en français d’abord puis en anglais mais aussi en allemande et plus étonnant en russe.

L’auteur de référence sur le sujet est le colonel Remy Walzer. Né en 1950 dans une famille de marins, il choisit pourtant l’armée de terre mais comme on n’échappe pas totalement à ses attaches familiales, il choisit l’infanterie de marine à sa sortie de Saint Cyr en 1973 (Promotion n°158 «Capitaine Danjou» le héros de Camerone).

Officier compétent et apprécié de ses subordonnés il l’est moins par ses supérieurs en raison d’un franc-parler et d’une répartie acide qui à tendance à faire mouche et à blesser bien de vaniteux orgueils.

De 1973 à 1988, il participe à de nombreuses opérations extérieures notamment en Afrique où la France tente tant bien que mal de maintenir un pré-carré où se mèle volonté de puissance, paternalisme, affairisme et coups tordus.

Gravement blessé lors d’une intervention française au Tchad, il doit abandonner la carrière active des armes. Refusant les différents placards dorés proposés, il finit par quitter l’armée en 1990.

Après avoir publié ses souvenirs en 1995 («Et au Nom de Dieu Vive la Coloniale !»), il s’intéresse à ceux des derniers survivants du second conflit mondial. Dans son livre «Paroles de Furieux» publié en 2005, il à recueillit les témoignages de 75 vétérans français du second conflit mondial.

Ce livre lui ouvre de nombreuses portes et d’archives personnelles. En les compulsant il découvre bien des anecdotes sur l’opération AVALANCHE.

Cette opération était à l’époque bien connue mais dans ses grandes lignes uniquement, de nombreuses questions restaient à trancher.

Le colonel Walzer se lance dès 2006 dans la rédaction d’un livre sur la question non sans connaître des moments de découragement. Comme il le dira lui même dans un entretien télévisé en 2020 «Dès que je fermai une porte et que je pensai pouvoir passer à autre chose je découvrais un nouveau carton qui remettait en cause ce que je venai d’écrire. C’était à la fois stimulant et épuisant.»

La masse de données devient telle qu’il décide de rédiger plusieurs volumes. Le premier baptisé Avalanche sur Seine concernant la gestation de l’opération, les plans étudiés et abandonnés, les plans choisis, les tiraillements politiques et militaires est publié en 2010.

Il fait d’office ouvrage de référence mais génère aussi un certain nombre de débats pas toujours innocents, certains historiens professionnels accusant le colonel Walzer de minorer certains problèmes pour garder intacte la réputation de l’armée française. Bon on va être honnête, certaines critiques dissimulaient mal une jalousie corporatiste.

Le deuxième volume baptisé Avalanche : embrasement sur Seine est publié en 2012 et concerne les combats. Le récit est détaillé mais n’est pas aussi étouffant que certains ouvrages qui par la volonté de tout dire n’arrivent pas à entrainer le lecteur par une plume alerte (NdA les lecteurs qui ont essayé de lire le Louis XV de Michel Antoine savent de quoi je parle).

Au contraire une plume alerte et vivante rend la lecture particulièrement agréable même pour le nom initié. A cela s’ajoute de nombreuses cartes et des tableaux didactiques pour comprendre la chose militaire.

Passée la promo médiatique, le colonel Walzer donnera plusieurs conférences et enregistrera plusieurs vidéos pour présenter ses livrés et compléter ses propos, «Achille» (son nom de code radio) recevant régulièrement des lettres et de nouveaux documents.

Enfin en 2015 un troisième et dernier volume est publié. Baptisé Avalanche : Mémoires et Débats il revient sur la mémoire de l’opération, ce que l’opinion publique en à gardé, ce que les politiques et militaires ont gardé. Il effectue un véritable parcours mémoriel sur les lieux des combats en parlant des monuments au morts, des mémoriaux, des champs de bataille dont certains ont été en partie préservés non sans débats.

Il parle avec franchise des débats historiographiques sur l’opération notamment la question principale de savoir si les alliés auraient pu l’emporter sans les américians. Pour les historiens anglo-saxons c’était évident que non. Pour les historiens français et certains historiens européens c’était possible.

Le colonel Walzer qu’on ne peut soupçonner d’être un centriste ou un normand (puisqu’il est issu d’une famille alsacienne) choisit une fois n’est pas coutume une voie médiane en estimant que les français, les britanniques, les canadiens, les belges et les néerlandais auraient pu libérer seuls l’Europe mais cela aurait pris bien plus de temps que prévu et que les soviétiques ne se seraient probablement pas arrêtés sur les rives de l’Oder et de la Neisse avec des conséquences diplomatiques et politiques facile à imaginer.

Ces trois volumes sont le couronement d’une carrière ce qui permet au colonel Walzer d’intégrer l’Académie Française en 2017.

Toujours alerte malgré ses soixante-douze printemps, il continue de publier des ouvrages militaires notamment consacrés à l’infanterie de marine et notamment au 21ème RIMA, le régiment qu’il dirigea de 1986 à 1988. Son prochain ouvrage qui sortira au printemps 2023 sera consacré aux grandes batailles des unités coloniales qu’il s’agisse des marsouins ou des bigors (artilleurs de marine)

Après cette longue parenthèse historiographique il est temps de revenir à la génèse de l’opération AVALANCHE.

Un premier plan baptisé Option A est présenté en comité restreint le 17 septembre 1950. Il prévoit un franchissement de la Seine mais aussi une offensive à l’est de Paris. Une prise en tenaille ? Non pas vraiment car la branche ouest devait continuer vers le nord direction la Picardie, les Flandres puis le Benelux en attendant de basculer en Allemagne. La branche est devait foncer vers le Rhin et le franchir sans se préoccuper de ses flancs, les planificateurs alliés estimant que cela ne représenterait qu’une menace résiduelle.

Ce plan est séduisant mais il est jugé trop risqué et trop aléatoire sans compter que les troupes américaines pourraient vite déboucher en Allemagne et se tailler le beau rôle dans la conquête de l’Allemagne ce que les anglais et surtout les français ne peuvent pas admettre (et surtout les français).

Les planificateurs sont donc invités à retravailler leur copie. Une Option B présentée le 8 octobre reprend les bases de la A mais avec une prise en tenaille sur la Somme ce qui crééerai un immense Kessel qu’il faudrait réduire.

Si les allemands sont encerclés comme prévu, la phase 2 de cette option prévoit une opération de nettoyage pour ne laisser aucune unité allemande capable de combattre voir même de s’évader.

Une fois un front cohérent parfaitement _tout est relatif_ rétablit sur la Somme et sur la Moselle, il sera toujours temps d’avancer à travers le Benelux, de border puis de franchir le Rhin.

Une Option C présentée le 21 octobre 1950 prévoit une opération aéroportée majeure au nord de Paris pour déstabiliser le dispositif allemand.

Ce serait ensuite une offensive généralisée sur tout le front selon le principe de l’art opératif pour empêcher les allemands de mobiliser rapidement leurs réserves vers le point menacé.

Une fois le front stabilisé sur une ligne Somme-Moselle grosso modo, les forces alliées vont border le Rhin, libérer le Benelux avant de basculer en Allemagne pour foncer en direction de Berlin dans l’espoir de prendre Ivan de vitesse.

C’est finalement l’Option D présentée le 4 décembre 1950 qui est choisit comme plan général. Une diversion sera lancée depuis Paris pour fixer un maximum de troupes allemandes.

Parallèlement le Groupe d’Armées n°1 franchira la Seine en profitant de diversions, de coups de mains de descente sur les côtes.

Avec un décalage de quelques jours le GA n°2 passera à l’offensive dans le Morvan pour forcer les allemands à se replier le plus vite possible vers l’est voir meilleur scénario affaiblir cette partie du front pour renforcer l’aile marchante du dispositif allié. Il s’agira ensuite de foncer vers le Rhin puis de basculer en Allemagne, les autorités militaires et politiques alliées étant déterminées à ne pas reproduire l’erreur de 1918 en s’abstenant à combattre sur le sol allemand.

Le plan est validé officiellement le 17 décembre 1950. Aussitôt commence la répartition des rôles et des postes. Quelle division doit mener quelle mission ? Quelle tactique employées ? Plus important encore, on cherche le maximum d’informations sur le dispositif allemand ses forces et surtout ses faiblesses.

Après plusieurs semaines de travail (autant dire que les fêtes de fin d’année sont passées à la trappe pour nombre d’officiers planificateurs), les plans définitifs sont validés le 24 janvier 1951 pour une exécution d’abord fixée au 17 février puis au 7 mars 1951.

Le 1er mars 1951 de nouvelles informations sur une prochaine offensive allemande à l’est (l’opération FRIEDRICH) pousse le général Villeneuve à repousser l’offensive au 15 mars 1951.

Es-ce la fin du suspens ? Non puisque l’opération est reportée encore trois fois en raison d’une météo absolument épouvantable (le printemps 1951 est le plus froid et le plus humide depuis trente ans). C’est ainsi que le jour J est reporté d’abord au 30 mars puis au 7 avril puis au 2 mai avant d’être fixé au 18 juin 1951.

Le général Villeneuve en apprennant de la part de ses officiers d’état-major que c’était le 136ème anniversaire de la bataille de Waterloo aurait lâché un «Et merde !» explicite.

Es-ce le prémice d’un nouveau report ? Non l’opération sera bien déclenchée le 18 juin 1951 en ce qui concerne les opérations principales, la préparation par l’artillerie, l’aviation et les commandos commençant bien en amont. Personne ne sait à l’époque qu’il faudra vingt mois pour atteindre le Rhin et le franchir avec des pertes absolument terrifiantes des deux côtés.

Des combats tout de même

Si les état-majors alliés sont en pleine éffervescence pour dessiner les plans de la contre-offensive cela ne signifie pas qu’en première ligne on se la coule douce.

Outre des travaux continus de fortification et d’aménagement du terrain (essentiellement pour empêcher l’ennemi de repasser à l’attaque), on multiplie les coups de main, les raids de reconnaissance pour alimenter en informations fraiches les SR qui tentent ensuite d’analyser la situation pour permettre aux états-majors d’affiner leur plan de bataille.

A cela s’ajoute de véritables duels d’artillerie notamment de nuit pour empêcher les unités ennemies de dormir. Cela était d’autant plus épuisant que les secteurs, les heures, les cibles changeaient en permanence. Impossible de savoir si cette nuit hors de vos périodes de garde vous alliez pouvoir dormir.

Certains bombardements de harcèlement étaient parfois menés pour couvrir le retour dans les lignes amies de corps francs et de groupes d’assaut ayant mené des missions loin derrière les lignes ennemies.

Certains bombardements furent si intense qu’on aurait pu croire qu’il s’agissait des prémices de l’offensive décisive tant attendue tant côté allié que côté allemand.

Des écoutes menées par les français ont montré une certaine agitation après ce genre de bombardement qui était souvent accompagné d’infiltration nocturnes de bimoteurs de combat pour perturber toute la structure opérationnelle allemande qu’elle soit de combat ou de soutien.

Prennons un exemple : l’opération VAUTOUR lancée dans la nuit du 12 au 13 mars 1951. Elle visait la «ville» du Havre ou du moins ce qu’il en reste. L’objectif est de vérifier la présence ou non d’une nouvelle division allemande, la 352.ID.

C’est le Bataillon de Choc qui est choisit pour cette mission. A cette époque l’ancien bataillon de chasseur spécial avait acquis une solide expérience. Il avait opéré jusqu’au printemps 1950 sur le front occidental puis avait effectué plusieurs missions en Méditerranée à l’été 1950 notamment du côté de la Corse et de l’Ile d’Elbe.

Revenu à Cercottes à la fin de 1950, il continue ses missions de reconnaissance, d’infiltration et de coup de main durant tout l’hiver 1950/51.

L’opération VAUTOUR voit la compagnie SOLFERINO s’infiltrer en pleine nuit sur des vedettes rapides qui vont déposer l’unité au nord du Havre. Les hommes du lieutenant Davieux s’approchent de la ville puis s’enterrent pour passer la journée à l’abri des regards indiscrets.

C’est à partir de cette occasion que le Bataillon de Choc va apprendre l’art délicat de la cache, du point d’observation clandestin. Cela sera utile dans un tout autre contexte géopolitique.

Ils observent le lieu de déploiement de la 352.ID et peuvent confirmer sa présence. Son exfiltration est prévue la nuit suivante soit celle du 13 au 14 mars 1951.

Elle se fait par la Seine grâce à des embarcations motorisées mais pour couvrir la dite évacuation, l’artillerie va ouvrir le feu et la chasse de nuit va multiplier les coups de sonde pour rendre fous d’incertitudes les allemands.

Mis à part un affrontement fortuit avec une patrouille de Feldgendarmes (qui n’insista guère devant la détermination des Assomeurs _surnom des hommes du Bataillon de Choc issu de leur devise «Cours aussi vite que tu assomme»_), les hommes du Bataillon de Choc parviennent à regagner les lignes amies puis leur base de Cercottes.

Tout en confirmant la présence de la division allemande, ils ont pu ramener d’autres précieuses informations qui vont permettre aux etat-majors d’affiner la future opération AVALANCHE dont le déclenchement est imminent.

Durant cette période il y eut donc également des combats aériens importants de jour mais aussi de nuit. La journée des patrouilles de chasse décollaient à intervalle régulier dans les deux camps (même si les allemands avaient tendance à ménager leurs moyens plus contingentés que ceux de leurs adversaires) ce qui entrainaient un certain nombre de combats qui dessinaient d’élégantes arabesques dans le ciel normand ou bourguignon ou franc-comtois.

Les combats aériens ayant essentiellement lieu à moyenne altitude les terriens n’en profitaient guère au point qu’ils étaient persuadés que les aviateurs n’étaient jamais là où il fallait.

Parfois certains combats avaient lieu à basse altitude ce qui permettait aux fantassins, cavaliers, artilleurs et autres sapeurs d’assister à l’interception de chasseurs par d’autres chasseurs, de bombardiers ou d’avions de reconnaissance.

Quand les avions étaient abattus au dessus du territoire contrôlé par les alliés, les troupes au sol avaient pour mission de s’emparer du pilote. Des primes furent même promises à ceux parvenant à capturer les meilleurs pilotes allemands mais de l’avis même de nombre de soldats ses primes étaient aussi réelles que les licornes et le dahut.

Une fois capturé, le pilote était d’abord pris en charge par un médecin puis si il était en état, il était confié à la gendarmerie qui le conduisait dans un camp de transit à l’arrière avant un transfert en Afrique du Nord ce qui signifiait que la capture équivalait à la fin du conflit.

Même chose pour les pilotes alliés qui en plus devaient subir l’accueil véhément de la population allemande bombardée nuit et jour (il semble néanmoins que les histoires de pilotes lynchés par une foule hystérique sont des légendes plus que des faits avérés).

Côté allié les opérations aériens comprennait de nombreuses missions de reconnaissance, des missions de bombardement et d’interdiction. Ces opérations étaient donc menées de jour mais aussi de nuit pour réduire les risques d’interdiction.

Il y avait aussi des missions d’infiltration, un bimoteur lourdement armé généralement un Mosquito ou un Hanriot NC-600 franchissait la Seine ou le plateau du Morvan pour voler le plus loin possible et mener des bombardements de harcèlement.

Ces opérations avaient un impact militaire direct limité mais psychologiquement c’était dévastateur car les allemands qui espéraient un peu de sérénité devaient rester sur les gardes ce qui était nerveusement épuisant.

En revanche sur le plan naval rien de bien croustillant. Et pour cause la géographie ne le permettait pas et de plus les alliés avaient tissé au travers du Pas de Calais un imposant champ de mines.

Associé à des batteries côtières et des avions de patrouille maritime, il rendait le passage du Détroit du Pas de Calais particulèrement aléatoire.

Si les grandes unités de surface lancées dans les opérations de guerre de course (aux résultats inversement proportionnels aux investissements engagés) ne se risquaient pas dans le Channel en revanche les sous-marins pour s’épargner l’interminable contournement des îles britanniques tentaient parfois leur chance. Quelques submersibles réussirent à franchir le champ de mines mais très peu parvinrent à rallier effectivement l’Atlantique pour attaquer les convois ennemis.

En revanche les unités légères pouvaient opérer notamment depuis le port du Havre ou du moins ce qu’il en restait. Des S-Boot et des R-Boote sont ainsi parvenus à rallier la ville fondée par François 1er pour mener une sorte de «guerilla navale» contre les alliés avec des résultats mine de rien non négligeables.

Les alliés vont s’opposer aux allemands en utilisant les mêmes armes qu’eux à savoir les vedettes lance-torpilles qu’elles soient françaises, britanniques ou canadiennes. A ces opérations de nuit brutales et spectaculaires vont s’ajouter de jour à des opérations «anti-vedettes» menées par les chasseurs-bombardiers alliés.

Ces opérations n’ont eu qu’un succès limité, les S-Boote et les R-Boote étant soigneusement camouflées avant de sortir de leurs tanières une fois la nuit tombée.

Ces bases étaient d’abord de simples bassins recouverts de toiles de camouflage avant que des installations en dur soient construites, prémices à une base fortifiée qui ne sera jamais construite faute de temps.

Outre les navires de charge coulés durant un long transit entre Cherbourg et l’estuaire de la Seine, outre les mouilleurs de mines auxiliaires victimes de torpilles avec les conséquences que l’on imagine, des navires de combat vont être endommagés et coulés par ces terribles navires.

Le croiseur léger Montcalm après avoir combattu en Norvège où il avait été endommagé participe à la Campagne de France. Endommagé une première fois le 17 août 1949 par l’aviation allemande (une bombe), il est rapidement réparé pour repartir au combat.

Il assure des escortes de convois et surtout des missions d’appui-feu, ses canons de 152mm étant particulièrement appréciés par les alliés et particulièrement détestés par les allemands qui sont bien décidés à faire disparaître ce géneur.

Endommagé par une batterie côtière le 4 mars 1950 (deux obus de 150mm mais un seul provoque vraiment des dégâts), il l’est nettement plus sérieusement le 8 mars 1951. Après avoir bombardé des cibles au nord de Dieppe (frappant sans le savoir le bunker de communication de l’état-major du Heeresgruppe Normandie), il se replie pour échapper aux vedettes lance-torpilles allemandes.

Il encaisse deux torpilles et si il échappe à la destruction c’est probablement parce que les allemands étaient persuadés de l’avoir coulé. Ramené cahin caha à Cherbourg, il subit des réparations d’urgence avant une remise en état complète à Brest. Il est de retour au combat en janvier 1952, ralliant ensuite la Mer du Nord au détriment de la Manche.

Le contre-torpilleur Bugeaud à participé lui aussi à la Campagne de Norvège au cours de laquelle il est sérieusement endommagé ce qui lui impose plusieurs mois de réparations (septembre 1948-février 1949).

Il est à nouveau endommagé durant la Campagne de France, il est immobilisé pour réparations de novembre 1949 à février 1951 ! De retour au combat en Manche, il est à nouveau endommagé par des vedettes lance-torpilles après une mission d’escorte de convois. Il est ainsi en réparations à nouveau de mai à juillet 1951 manquant donc les premiers combats de l’opération AVALANCHE.

Son sister-ship Dupetit-Thouars participe lui aussi à des opérations en Manche quand bien entendu il n’escorte pas des convois dans l’Atlantique. Il est endommagé le 4 septembre 1950 quand une torpille arrache une partie de sa proue. Les réparations sont heureusement rapides, le navire étant de retour au combat deux semaines plus tard.

Le contre-torpilleur Du Chayla à moins de chance que ses sister-ship. Après avoir participé à la Campagne de Norvège au cours de laquelle il coule Z-25, il est engagé dans la Campagne de France menant des missions d’escorte et d’appui-feu.

Endommagé légèrement à plusieurs reprises il est coulé le 18 mars 1951. Après avoir bombardé au crépuscule des positions allemandes dans la région de Fécamp il se replie mais tombe dans une embuscade de S-Boote.

Le contre-torpilleur se défend comme un beau diable, détruisant plusieurs de ces embarcations mais encaisse deux torpilles. Le navire pourtant est toujours à flot ! Encore une fois les allemands ont surestimé leurs résultats en estimant avoir coulé ce navire.

Après des heures d’effort, la proue en partie arrachée et une large brèche au milieu, le navire peut se trainer à huit puis six nœuds. Un remorqueur de haute-mer venu de Cherbourg le Sanglier tente de le prendre en remorque mais une alerte aérienne retentit.

En dépit de l’intervention de la chasse française, les bombardiers allemands ne loupent pas l’occasion d’achever le travail des vedettes lance-torpilles. Une bombe suffit pour envoyer le contre-torpilleur par le fond. Sa mémoire sera célébrée en rebaptisant un contre-torpilleur de classe Surcouf, le La Bourdonnais.

Des navires britanniques sont également coulés en Manche alors qu’ils escortaient des convois où génaient les mouvements des troupes allemandes par voie cotière ou par voie terrestre.

-Le HMS Boadicea un destroyer type B réarmé comme escorteur est coulé le 17 février 1951 après avoir accompagné un convoi entre Portsmouth et le mouillage protégé de Honfleur.

Apprenant à la radio que des vedettes lance-torpilles ont été repérées, il appareille prêt à courir sus à l’ennemi et en dépit des ordres du commandement lui interdisant de le faire. Il ouvre le feu avec son canon de 120mm avant en direction des vedettes provoquant une brutale dispersion.

Pari gagné ? Hummm pas vraiment car les vedettes se ressaississent et lancent leurs torpilles. Une seule suffit à couler le vénérable navire (vingt ans de service). Ce sacrifice à néanmoins éviter la destruction de plusieurs navires de charge, les S-Boote renonçant à une nouvelle attaque.

Le 8 mars 1951 le HMS Muskeeter est engagé dans une mission de bombardement dans la région d’Abbeville. En liaison avec des opérations commandos et des bombardements aériens ciblés il s’agit de faire croire aux allemands que les alliés ne vont pas franchir la Seine mais vont prendre pied dans l’estuaire de la Somme pour couper les unités allemandes du Vaterland et provoquer un beau bazzar.

Entre 22.30 et 22.47, il tire 132 coups de 120mm sur des batteries côtières, des postes d’observation, des postes de commandement, un dépôt de munitions saute même. La joie est de courte durée, le destroyer doit se replier en urgence après avoir détecté une nuée de contacts surface rapides.

Tout en se repliant dare dare il ouvre le feu avec son artillerie légère, détruisant plusieurs vedettes qui disparaissent dans de sublimes boules de feu mais d’autres parviennent à lancer.

La chance et l’habileté de ses manoeuvriers lui permettent d’éviter deux peut être trois torpilles mais deux anguilles touchent le destroyer qui est coupé en deux.

L’avant coule rapidement mais l’arrière dérive avant s’échouer en zone alliée après plusieurs heures de dérive (!). Les marins finissent par évacuer l’épave qui sera achevée le lendemain par un chasseur bombardier allemand.

Le HMS Somali, un destroyer de type Tribal basé normalement à Chatham est lui aussi détaché en Manche pour renforcer la protection de convois capitaux en vue de la future opération AVALANCHE.

A son corps défendant il justifie le bien fondé de ce détachement en étant coulé le 8 mai 1951 par une combinaison mortelle : des chasseurs bombardiers Focke-Wulf Fw-190G et ces maudites SchnellBoote.

Après avoir protégé un convoi de munitions et de carburant _convoi ô combien sensible et ô combien vulnérable_ le destroyer reçoit l’ordre de patrouiller dans l’estuaire de la Seine pour couvrir des dragueurs de mines.

Alors que la nuit commence tout doucement à tomber, une alerte aérienne retentit, surgissant des nuages, quatre Phoques-Loup (déformation française du nom du constructeur) attaquent à la roquette. Si deux appareils sont abattus, tous parviennent à lancer leurs roquettes provoquant de sérieux dégâts mais surtout une terrible confusion.

Alors que le destroyer tente de se replier vers le sud pour se mettre à l’abri, une nouvelle alarme retentit cette fois concernant des contacts rapides en surface. Le destroyer éclopé ouvre le feu avec son artillerie principale (seules les tourelles II et IV sont opérationnelles) et ce qu’il reste de son artillerie légère.

Cela est suffisant pour couler deux vedettes mais hélas trois fois hélas, le navire encaisse deux torpilles. Il chavire et coule rapidement ne laissant que fort peu de survivants.

Une semaine plus tard, un autre destroyer détaché est victime de l’aviation et de ses foutues S-Boot.

Il s’agit du HMS Juno coulé le 14 mai 1951. Après avoir couvert un raid commando, le destroyer est attaqué par un Ju-288 qui place une bombe de 250kg qui endommage sérieusement le navire.

Ce dernier n’à pas le temps de souffler puisqu’il va encaisser deux torpilles lancées par des vedettes venues attirées par l’odeur du sang. Le navire se casse en deux et coule rapidement, laissant fort peu de survivants.

Pologne et Pays Neutres (107) Pologne (19)

Organisation

Ordre de Bataille de la marine polonaise au 1er septembre

-Commandement Naval

Le Commandement Naval installé à Varsovie commande tous les navires de la marine polonaise, les bases mais aussi la petite aéronavale.

-Flottille de destroyers

-Flottilles sous-marine

-Flottille fluviale

Le gros des unités de la Flotylla Rzeczna Marynarki Wojennej est déployée sur les rivières Pina, Pripyat et Strumien mais au moment de la guerre de Pologne un détachement est installé à Vistule.

-Navire d’état-major ORP (Okret Rzeczypospolitej Polskiej _Navire de la République de Pologne) Admiral Sierpinek, un vapeur à roue à aubes blindé

-Vedettes motorisées de liaison S1 et S2

-Vedettes rapides n°5

-La flottille fluviale dispose ensuite de trois groupes de combat disposant de différents bâtiments :

1er Groupe : monitors de rivière Krakow et Wilna, cannonières Zuchwala et Zaradna, cotres (Kuter Uzbrojony KU) KU-16, KU-17,KU-18, KU-19 et KU-21, bâtiment-caserne K-20, bâtiment de défense contre-avions ORP General Sikorsky et la vedette rapide n°1.

2ème Groupe : monitors de rivière Warszawa et Horodyszcze, cotres KU-22, KU-24,KU-25, KU-26, bâtiment-caserne K-8, Bâtiment de défense contre-avions ORP Hetman Ehodkiewicz, vedette rapide n°2

3ème Groupe : monitors de rivière Pinsk et Torun, cotres KU-7, KU-23,KU-27, KU-28 et KU-29, bâtiment-caserne K-10, mouilleur de mines ORP General Szeptycki et la vedette rapide n°3.

Unités de soutien : mouilleur de mines ORP Matwa, dragueur de mines de rivière T-1, T-2 et T-3 (type T-5), T-4, T-5, T-6 et T-7 -type T-1), cotres de liaison KM-14 et 15, base radio flottante K2, vedette P-3, deux pelotons de transmission et de reconnaissance, cutters armés KU-1, KU-2 et KU-3, remorqueur Neptune, navire-hôpital General Sosnkowski, dépôts de munitions flottant K-12 et K-13, dépôt de carburant flottant K-14, K-15 et K-25, cantine K-17, vaisseau de réparations K-7, vaisseau de soutien aux plongeurs K-7, barraques flottantes K-9 et K-30.

hydravion R-17W

L’Escadre aérienne fluviale dispose de bâtiments de soutien à savoir le bâtiment-caserne K-4, la vedette P-4, la vedette rapide n°7 et trois hydravions R-17W

-La Base Navale de Pinsk dispose du remorqueur ORP Kilinski, des vedettes motorisées P-1 et P-2 et quinze vaisseaux divers.

-Commandement de la Défense Côtière

La défense côtière est assurée par le Ladowa Obrona Wybrzeza (LOW), un commandement qui regroupe différentes unités :

Détachement indépendant de Wejherowo (1er régiment de fusiliers de marine, bataillon de défense nationale «Puck»)

Détachement indépendant de Redlowo (2ème régiment de fusiliers de marine, 1er bataillon d’infanterie de réserve)

Détachement indépendant de Kartuzy (Bataillons de défense nationale «Gdynia II» et «Kartuzy»)

Bataillon de défense nationale «Gdynia I»

Région fortifiée de Hel (4ème bataillon du corps de défense des frontières et garnison de la Westerplatte)

-Des éléments épars issus des gardes frontières

-La DCA est assurée par les 1er et 2ème bataillons aériens disposant chacun de quatorze canons de 75mm wz.22/24 et 14 canons de 40mm wz.38.

-Aviation navale

Lublin R-VIII en version terrestre

La marine polonaise possèe une petite aéronavale, la Morski Dywizjon Lotniczzy qui dispose de deux squadrons d’hydravions basés à Puck, ces deux squadrons disposant de dix-sept hydravions Lublin (six R-VIII et neuf R-XIII), trois avions de liaison (un RWD-14 et deux RWD-17) et un hydravion CANT Z-506 Airone sur les six commandés, les cinq autres étant finalement rachetés par l’Italie.

Marine polonaise libre

-Un état-major

Etat-major installé à Devonport

-Force navale de combat

Regroupe les navires de combat de surface

-Force sous-marine

Regroupe comme son nom l’indique les sous-marins polonais

-Détachement aérien de la marine

Quelques pilotes ayant réussi à s’échapper de Pologne, un détachement aérien de la marine est mis sur pied.

le roi George VI (1936-1952) passant en revue une unité de Supermarine Walrus

De la taille d’un escadron c’est une unité composite avec deux hydravions Supermarine Walrus, quatre Lockheed Hudson et quatre Bristol Beaufort, ces appareils étant des appareils de seconde main ayant appartenus à la FAA mais qui ont été reconditionnés avant transfert.

Ce détachement va devenir ultérieurement escadron avec des moyens plus importants à savoir huit Supermarine Sea Otter, huit Blackburn Buccaneer et huit Bristol Beaumont.

Ultérieurement pour des raisons logistiques, les hydravions et les avions terrestres sont divisés en deux unités séparées.

Compagnie d’infanterie de marine

Cette compagnie est d’abord chargée de défendre l’état-major installé à Devonport dans des blockhaus construits à la périphérie de la ville. Peu à peu elle va se transformer en unité de raid pour opérer sur les côtes de l’Europe occupée. Elle va s’illustrer jusqu’à la fin du conflit avant de rallier la Pologne où elle est dissoute par les autorités communistes qui n’ont pas confiance dans ces hommes.

Scandinavie (73) Finlande (11)

Dragueurs de mines

Dragueurs de mines classe Ahven

Les six unités de la classe Ahven sont des dragueurs côtiers mis en service dans la marine finlandaise en 1936/37. Ils ont été baptisés Ahven Kiiski Mulkku Särki Kuore et Lahna.

Ces dragueurs de mines participèrent à la guerre d’Hiver puis à la guerre de Continuation, deux d’entre-eux étant perdus durant le second conflit mondial en l’occurence le Ahven victime d’une mine qu’il cherchait à désamorcer le 17 juillet 1953 et le Lahna abordé de nuit par un cargo et qui coula en quelques instants. Les quatre survivants ont été désarmés en 1960 (Kiiski), en 1961 (Mulkku) et en 1962 (Särki Kuore) puis démolis.

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Scandinavie (47) Danemark (18)

Sous-marins

Sous-marins de classe Aegir

Aegir1914

L’Aegir

-Les cinq unités formant la classe Aegir (Aegir Ran Triton Neptuna Galathea) ont été mis en service respectivement en 1915, 1912 et 1916 pour les trois dernières. Une sixième unité commandée et financée ne sera jamais construite (elle aurait du remplacer le vieux Dykkeren coulé accidentellement).

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Benelux (21) Pays-Bas (21)

Navires de guerre des mines

Mouilleurs de mines

La mine marine représentant une arme redoutable au rapport coût/efficacité imbattable, les Pays-Bas l’ont immédiatement intégré dans leurs plans de défense non seulement au moment où la Koninklijke Marine était une marine de troisième division mais aussi quand elle venait d’accéder au statut de marine de deuxième rang avec trois navires de ligne et un porte-avions.

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Benelux (13) Pays-Bas (13)

La Koninklijke Marine dans la Pax Armada : croiseurs de bataille et porte-avions pour les Pays-Bas

Généralités

En septembre 1939 quand éclate la guerre de Pologne, la marine néerlandaise est une petite marine en dépit de ses lourdes servitudes coloniales. Ce n’est pas étonnant car les investissements ont été insuffisants ce qui entraînait un manque de vocation pour la carrière militaire. Neuf ans plus tard la situation à radicalement changé grâce à un investissement massif durant la Pax Armada en terme financier, humain et stratégique, la politique navale néerlandaise étant souvent citée en exemple par sa cohérence et sa sagacité.

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19-Marine marchande (11)

Compagnie Fabre

La Compagnie de Navigation Cyprien Fabre & Cie voie le jour en 1881. Basée à Marseille, elle se dévellope rapidement. La compagnie Fabre dispose en 1927 des parts majoritaires au sein de la compagnie des Chargeurs Réunis mais en 1937, la  Compagnie Générale de Navigation à vapeur Cyprien Fabre & Cie quitte les Chargeurs. En 1939/40, elle dispose des navires suivants :

-Paquebot Banfora (1914) 9347 TJB

-Paquebot Canada (1912) 9084 TJB

-Paquebot Sinaïa (1922) 8567 TJB

-Paquebot Sinfra (1929) 4470 TJB

-Cargo Chelma (1920) 4968 TJB

-Bananier Edéa (1936) 3747 TJB

Comme on peut le voir, la flotte commence à accuser le poids des ans mais les primes et aides diverses vont permettre à la compagnie de renouveler une partie de sa flotte. Elle commande deux cargos baptisés Maupassant et Bel Ami pour remplacer l’unique cargo Chelma et augmenter ses capacités. Ces cargos sont construits aux Forges et Chantiers de la Gironde à Bordeaux.

-Cargo type Commission Maupassant  mis sur cale le 1er octobre 1942 lancé le 8 octobre 1943 et mis en service le 8 mars 1944

-Cargo type Commission Bel Ami  mis sur cale le 9 octobre 1943 lancé le 3 octobre 1944 et mis en service le 17 avril 1945

Pour remplacer ses paquebots Banfora et Canada, la compagnie Fabre passe commande de deux paquebots de 18000 tonnes auprès des Forges et Chantiers de la Gironde à Bordeaux.

-Le Paquebot Belle Province mis sur cale le 1er juin 1944 lancé le 8 juin 1946 et mis en service le 12 janvier 1947. Il remplace le paquebot Canada perdu par incendie en septembre 1945.

-Le Paquebot Québec mis sur cale le 15 septembre 1946 lancé le 8 septembre 1948. Achevé en mars 1949 comme transport de troupes sans avoir servit comme paquebot. Il aurait du remplacé le Banfora qui était donc encore en service en septembre 1948. Comme son successeur, il sera réquisitionné comme transport de troupes.

Compagnie de navigation Fraissinet

La première compagnie de navigation Fraissinet à été créé en 1836, servant essentiellement sur les lignes en direction des Indes via le canal de Suez (quand celui-ci à été ouvert) et en direction de la Corse.

Cette première compagnie cesse ses activités à cause de la guerre franco-allemande de 1870 mais en 1874 est créée une  Nouvelle Société Maritime de Navigation à Vapeur (Compagnie Fraissinet) qui reçoit le service postal en direction de la Corse (1878).

Quand nait le 20ème siècle, la compagnie sert essentiellement en Méditerranée et en direction de l’Afrique occidentale (Dakar et Libreville) mais perd en 1904 le service postal en direction de la Corse. Pour peu de temps car la  Compagnie Française de Navigation et de Construction Navale est incapable de respecter le contrat qui est rendu à Fraissinet en 1905.

Disposant de seulement dix navires à l’issue du premier conflit mondial, la compagnie se réorganise privilégiant les lignes en direction de la Corse (le contrat postal avec la Corse est prolongé pour vingt ans en 1927) et de l’Algérie même si en 1930, une alliance avec Fabre et les Chargeurs Réunis voit la compagnie desservir l’Afrique orientale alors que le service en mer Noire est supprimé en 1931 à cause de la concurrence italienne.

En 1935, la compagnie est rebaptisée  Compagnie de Navigation Fraissinet et la même année, l’alliance Fraissinet/Fabre/Chargeurs Réunis est dissoute et Fraissinet prend le contrôle de la compagnie Fabre. Quand éclate la guerre de Pologne, la compagnie Fraissinet dispose des navires suivants :
-Bananier Benty (1938) 3078 TJB

-Bananier Cap des Palmes (1935) 3082 TJB

-Bananier Tamara (1937) 3347 TJB

-Bananier Victor Schoelcher (1938) 4510 TJB (appartient au gouvernement français)

-Cargo Tombouctou (1919) 5302 TJB

-Paquebot Cap Corse (1929) 2444 TJB

-Paquebot Cyrnos (1925) 2406 TJB

-Paquebot Général Bonaparte (1922) 2796 TJB

-Paquebot Hoggar (1923) 5146 TJB

-Paquebot Ile de Beauté (1930) 2600 TJB (appartient au gouvernement français)

-Paquebot Pascal Paoli (1931) 3200 TJB

-Paquebot Sampiero Corso (1936) 3823 TJB

-Paquebot Touareg (1924) 5135 TJB

-Paquebot Ville d’Ajaccio (1929) 2444 TJB

Sa flotte est assez moderne et la compagnie Fraissinet ne fait commander que deux paquebots-ferry pour renforcer son service sur la Corse, la compagnie disposant du monopole sur le service postal et par conséquent sur le transport de passager en plein dévellopement à l’époque.

Ce dévellopement s’explique par le renforcement des défenses de la Corse et donc les aller et retour des officiers, sous-officiers et soldats affectés en Corse mais venant du Continent mais également du dévellopement industriel de l’île avec beaucoup d’ouvriers venus du continent ce qui provoque des frictions avec la population locale.

-Paquebot-ferry transméditteranéen Ville de Bonifacio  mis sur cale le 21 avril 1944 lancé le 4 janvier 1946 et mis en service en septembre 1946.

-Paquebot-ferry transméditerranéen Ville de Corte  mis sur cale le 11 janvier 1946 lancé le 2 novembre 1947 et mis en service le 8 juillet 1948.

Ces deux navires vont être réquisitionnés comme transports, étant utilisés en priorité pour le transport de troupes en Corse mais également des passagers.

Compagnie Générale Transatlantique

En 1855, les frères Pereire crééent la Compagnie Générale Maritime (CGM) qui se donne pour objectif de construire et de mettre en oeuvre des navires pour transporter marchandises et passagers et cinq ans plus tard, en 1860, la compagnie signe une convention avec l’Etat pour desservir la ligne Le Havre-New York, Saint-Nazaire-Isthme de Panama (le canal n’existe pas encore) plus trois services annexes en direction de la Guadeloupe, le Mexique et Cayenne.

Cette convention engage la CGM à construire la moitié de ses navires en France (ce qui poussera au dévellopement de la construction navale à Saint-Nazaire considéré à l’époque comme un simple avant port de Nantes dont le port actif est géné par l’ensablement régulier de la Loire) en échange d’une subvention annuelle.

En 1861, la CGM devient la CGT ou Compagnie Générale Transatlantique qui commence à opérer sur la ligne Saint-Nazaire-Mexique en 1862 puis sur la ligne Le Havre-New York en 1864 mais en 1868 suite à une crise économique et financière, les frères Pereire déposent le bilan et démissionnent.

Remise sur pied, la CGT devient une société anonyme en 1879 et acquiert la concession des services postaux de la Méditerranée (probablement en direction de la Corse et de l’Algérie) et en 1880 renouvelle la concession signée en 1860 avec le Second Empire.

Quand éclate le premier conflit mondial en 1914, la CGT arme 84 navires soit 380000 tonnes, tonnage qui à doublé en dix ans, faisant d’elle la première compagnie maritime française. Ces navires utilisés comme croiseurs auxiliaires, navires-hôpitaux et transports troupes souffrent terriblement des sous-marins allemands et à la fin du conflit, un tiers de la flotte à été perdu.

La flotte reconstituée est sévèrement secouée par la crise consécutive au krach d’octobre 1929 ce qui oblige la compagnie à réduire la voilure pour survivre ce qui ne l’empêche pas de commander le fabuleux Normandie. Néanmoins en 1939, la flotte de la «Transat» à plutôt fière allure :

-Bananier Barfleur (1938) 3000 TJB

-Bananier Caraïbe (1932) 4087 TJB

-Bananier Charles Plumier (1938) 4626 TJB (gérance du gouvernement français)

-Bananier Estérel (1937) 3184 TJB

-Bananier Fort de France (1935) 3426 TJB

-Bananier Fort Richepanse (1935) 3485 TJB

-Bananier Fort Royal (1935) 3426 TJB

-Bananier Guadeloupe (1936) 2673 TJB

-Bananier Guyane (1934) 1794 TJB

-Bananier Maurienne (1938) 3260 TJB

-Bananier Quercy (1937) 3043 TJB

-Cargo Alabama (1931) 5645 TJB

-Cargo Arica (1921) 5390 TJB

-Cargo Arizona (1925) 5457 TJB

-Cargo Aveyron (1923) 4785 TJB

-Cargo Bonifacio (1915) 3566 TJB (gérance d’un navire appartenant au gouvernement français)

-Cargo Calédonien (1940) 6966 TJB (appartient au gouvernement français)

-Cargo Cantal (1916) 3188 TJB

-Cargo Cap Pinède (1938) 1329 TJB

-Cargo Carbet (1920) 3523 TJB

-Cargo (utilisé comme navire-météo) Carimaré (1920) 3792 TJB

-Cargo Cassidaigne (1923) 1417 TJB (gérance d’un navire appartenant au gouvernement français)

-Cargo Floride (1921) 7029 TJB

-Cargo Ile d’Aix (ex-Lafcomo EUA) (1920) 5028 TJB (appartient au gouvernement français)

-Cargo Ile de Batz (ex-West Homac EUA) (1918) 5755 TJB (appartient au gouvernement français)

-Cargo Ile de Brehat (ex-West Tacook EUA) (1919) 6176 TJB (appartient au gouvernement français)

-Cargo Ile de Noirmoutier (1920) 5703 TJB (appartient au gouvernement français)

-Cargo Ile de Ré (ex-Jomar EUA) (1920) 5105 TJB (appartient au gouvernement français)

-Cargo Ile d’Ouessant (1919) 6176 TJB (appartient au gouvernement français)

-Cargo Ile Rousse (1918) 1471 TJB (appartient au gouvernement français ex-France Navigation)

-Cargo Indiana (1915) 5617 TJB

-Cargo Indochinois (1939) 6966 TJB (appartient au gouvernement français)
-Cargo Lousiane (1921) 6903 TJB (coulé le 13 octobre 1939)

-Cargo Marigot (1932) 4087 TJB

-Cargo Marrakech (1913) 6178 TJB

-Cargo mixte Oregon (1929) 7706 TJB

-Cargo Lezardrieux (1922) 934 TJB (ex-France Navigation, appartient au gouvernement français)

-Cargo Michigan (1920) 6357 TJB

-Cargo Mostaganem (1921) 1942 TJB (gérance d’un navire appartenant au gouvernement français)

-Cargo Nevada (1915) 5693 TJB

-Cargo Saint Bertrand (ex-allemand Chemnitz capturé le 28 septembre 1939) (1929) 5522 TJB

-Cargo Saint Malo (1917) 5799 TJB (appartient au gouvernement français ex-France Navigation)

-Cargo Ringulv (1903) 5097 TJB

-Cargo San Antonio (1930) 5985 TJB

-Cargo San Diego (1930) 5985 TJB

-Cargo San Francisco (1930) 5985 TJB

-Cargo San José (1931) 5945 TJB

-Cargo San Mateo (1931) 5946 TJB

-Cargo San Pedro (1931) 5946 TJB

-Cargo Sèvre (1920) 3689 TJB

-Cargo Vannes (ex-américain West Planter) (1919) 2619 TJB

-Cargo Vermont (1919) 5186 TJB (coulé le 15 octobre 1939)

-Cargo Winnipeg (1918) 8379 TJB (appartient au gouvernement français ex-France Navigation)

-Cargo mixte Wisconsin (1929) 8061 TJB

-Cargo mixte Wyoming (1930) 8061 TJB

-Caboteur Balata (1922) 312 TJB

-Caboteur Espéranto (1906) 209 TJB

-Caboteur Nemours (1931) 673 TJB

-Caboteur Saint Laurent du Maroni (1907) 332 TJB

-Caboteur Trois Ilets (1920) 317 TJB

-Paquebot Colombie (1931) 13718 TJB

-Paquebot Cuba (1923) 11337 TJB

-Paquebot De Grasse (1924) 17759 TJB

-Paquebot De La Salle (1921) 8400 TJB

-Paquebot Duc d’Aumale (1913) 4452 TJB

-Paquebot Flandre (1914) 8503 TJB

-Paquebot Gouverneur Général Chanzy (1922) 4540 TJB (gérance d’un navire appartenant au gouvernement français)

-Paquebot Gouverneur Général De Gueydon (1922) 4513 TJB (gérance d’un navire appartenant au gouvernement français)

-Paquebot Gouverneur Général Grevy (1921) 4565 TJB (gérance d’un navire appartenant au gouvernement français)

-Paquebot Gouverneur Général Jonnart (1921) 4513 TJB (gérance d’un navire appartenant au gouvernement français)

-Paquebot Gouverneur Général Lamoricière (1922) 4712 TJB

-Paquebot Ile de France (1927) 43153 TJB

-Paquebot Mayenne (1909) 2809 TJB

-Paquebot Meknès (1913) 6127 TJB

-Paquebot Mexique (1915) 1229 TJB

-Paquebot Normandie (1935) 83423 TJB

-Paquebot Dal Piaz (1929) 4866 TJB

-Paquebot Saint Domingue (1911) 3159 TJB

-Paquebot Savoie (ex-yougoslave Kraljica Marija) (appartient au gouvernement français)

-Paquebot Ville d’Alger (1935) 9839 TJB

-Paquebot Ville d’Oran (1936) 10172 TJB

-Remorqueur Minotaure (1918) 889 TJB

Pour remplacer ces deux paquebots les plus anciens, les Duc d’Aumale (1913) et Flandre (1914), la Compagnie Générale Transatlantique (CGT) passe commande de deux paquebots de 23500 tonnes version agrandie du Maréchal Pétain. Ces deux navires sont construits aux Ateliers et Chantiers de Saint Nazaire-Penhoët.

-L’Artois est mis sur cale le 7 septembre 1943 lancé le 8 juin 1945 et mis en service le 12 janvier 1946

-Le Guyenne est mis sur cale le 12 juin 1945 lancé le 15 février 1947 et mis en service le 8 janvier 1948

Au niveau des cargos, la flotte est en partie renouvelée par la commande de six cargos type Commission auprès d’un chantier néerlandais, les chantiers RDM de Rotterdam.

Le choix des Pays Bas s’expliquant par la saturation des chantiers français qui à cette époque ne manquent pas de travail qu’il s’agisse de navires civils ou militaires. Ils sont baptisés du nom de quartiers de Nantes.

-Le Bouffay est mis sur cale le 8 octobre 1942 lancé le 14 janvier 1943 et mis en service le 17 mars 1943. Il remplace le Ringulv (1903).

-Le Doulon est mis sur cale le 15 octobre 1942 lancé le 4 mars 1943 et mis en service le 7 septembre 1943. Il remplace le Marrakech (1913).

-Le Chantenay est mis sur cale le 21 janvier 1943 lancé le 7 juillet 1944 et mis en service le 8 janvier 1945. Il remplace le Nevada (1915).

-Le Graslin est mis sur cale le 20 mars 1943 lancé le 12 septembre 1944 et mis en service le 4 mai 1945.  Il remplace le Bonifacio (1915).

-Le Mellinet est mis sur cale le 12 août 1944 lancé le 16 décembre 1945 et mis en service le 8 avril 1946. Il remplace le Cantal (1916).

-Le Saint Felix est mis sur cale le 2 novembre 1944 lancé le 8 mai 1946 et mis en service le 2 janvier 1947. Il remplace le cargo Indiana (1915)

Compagnie Générale d’Armement Maritime (filiale de la CGT)

La Compagnie Générale d’Armement Maritime est née en 1916 sous la forme d’une joint-venture ou entreprise associée entre la Compagnie Générale Transatlantique et la Compagnie des Chargeurs Français. Trois ans plus tard cependant, la Transat devenait le seul propriétaire de la CGAM qui devenait donc sa filiale.

Cette filiale opéra d’abord en Méditerranée puis en direction des Antilles notamment pour le transport de bananes mais pour peu de temps car en 1937, la Transat reprit à son compte cette activité. En septembre 1939, la flotte de la CGAM alignait les navires suivants :

-Cargo Cambronne (1919) 3059 TJB

-Cargo Enseigne Maurice Préchac (1924) 4578 TJB
-Cargo Grandlieu (1919) 3290 TJB

-Cargo Limoges (1919) 2256 TJB (gérance d’un navire du gouvernement français)

-Cargo Loire (1928) 4285 TJB (torpillé dans la nuit du 12 au 13 novembre)

-Cargo Penerf (1930) 2151 TJB

-Cargo Penthièvre (1922) 2382 TJB

-Cargo Saint Clair (1929) 3824 TJB

-Cargo Sainte Maxime (1911) 4051 TJB

Comme vous pouvez le voir, la flotte n’était pas de première jeunesse et dès 1941 avant même la mise en place de la CNM, la CGAM entreprit de renouveler sa flotte en passant commande de plusieurs cargos modernes et rapides.

Pour se faire, elle passa commande en juin 1941 de quatre cargo de 7000 tonnes de jauge brut aux chantiers Harland & Wolff de Belfast, le constructeur du Titanic. Ces quatre cargos étaient destinés à remplacer le Loire torpillé et le Saint Maxime mais également de renforcer la flotte.

-Le cargo Auch est mis sur cale le 8 septembre 1941 lancé le 4 mars 1943 et mis en service le 12 juillet 1943.

-Le cargo Loire est mis sur cale le 8 septembre 1941 lancé le 4 mars 1943 et mis en service le 12 juillet 1943.

-Le cargo Agen est mis sur cale le 12 avril 1943 lancé le 21 octobre 1944 et mis en service le 3 mars 1945

-Le cargo Gers est mis sur cale le 12 avril 1943 lancé le 21 octobre 1944 et mis en service le 3 mars 1945