23-Armée de terre Ligne Maginot (15)

D-Les travaux complémentaires (1936-1948)

Avant-propos

Le 1er janvier 1936, la Commission d’Organisation des Régions Fortifiées (CORF) est dissoute, laissant aux différentes régions militaires le soin de compléter ou d’organiser les défenses de leur zone de compétence.

Cela va poser des problèmes de coordination avec une différence parfois assez sensible entre les différentes régions. Néanmoins la mise en place ultérieure de la Commission d’étude des Zones Fortifiées (CEZF) va limiter les dégâts en rationnalisant les travaux sans que la CEZF dirigée par le général Belhague _ancien commandant de la CORF_ n’ait les pouvoirs de la créatrice de la Ligne Maginot.

L’organisation des fronts fortifiés puissants

Pour ce qui est des fronts construits par la CORF qu’ils s’agissent des Anciens ou des Nouveaux Fronts, la dissolution de cette dernière ne pose pas énormément de problèmes. Le gros du travail à été réalisé et les travaux menés à partir de 1936 sont plus destinés à affiner les différentes lignes de défense et à donner de la profondeur à la position.

Les moyens vont être cependant nettement plus réduits. Exit les entreprises spécialisées et les budgets «assez» confortables de la CORF au profit de budgets nettement plus réduits, la construction des ouvrages étant assurée par la MOM (Main d’Oeuvre Militaire).

Autre différence d’importance par rapport aux ouvrages de la CORF, les blockhaus, casemates et autres ouvrages construits ne doivent pas être occupés par des troupes spécialisés comme les Régiments d’Infanterie de Forteresse mais par des troupes de campagne.

Canon de 65mm modèle 1902 cédé par la marine pour améliorer la défense antichar de la Ligne Maginot

Canon de 65mm modèle 1902 cédé par la marine pour améliorer la défense antichar de la Ligne Maginot

En ce qui concerne l’armement, on note le recours à d’anciens canons de marine, le canon de 47mm modèle 1885 et son descendant le modèle 1902 ainsi que le canon de 65mm modèle 1885/91 et son descendant le modèle 1902, des pièces dont la Royale n’à plus l’usage mais qui peuvent faire office de canons antichars même si naturellement, ils n’ont pas été conçus pour cette mission. Si le 47mm pourra prendre place dans des blockhaus, l’encombrement de la pièce de 65mm imposera son installation dans des cuves bétonnées.

Au total, la marine à cédé à l’armée de terre un total de 509 «vieux canons» répartis entre 321 canons de 47mm modèle 1885, 113 canons de 47mm modèle 1902, 45 canons de 65mm modèle 1885/91 et 30 canons de 65mm modèle 1902. Ces canons vont être répartis entre différentes régions militaires (Nda Il s’agit des régions militaires avant le redécoupage de 1941 qui fera coïncider les Régions Militaires et les Provinces) :

-La 2ème région militaire (Amiens) reçoit vingt canons de 47mm modèle 1885 et 5 canons de 65mm modèle 1902

-La 6ème région militaire (Metz) reçoit 68 canons de 47mm modèle 1885, 81 canons de 47mm modèle 1902 et 25 canons de 65mm modèle 1902

-La 20ème région militaire (Nancy) qui reçoit pas moins de 60 canons de 47mm modèle 1885, 30 canons de 47mm modèle 1902 et 45 canons de 65mm modèle 1888-91

-La 7ème région militaire (Besançon) reçoit 93 canons de 47mm modèle 1885 et 2 canons de 47mm modèle 1902

-La 14ème région militaire (Lyon) reçoit 26 canons de 47mm modèle 1885

-La 15ème région militaire (Marseille) reçoit 34 canons de 47mm modèle 1885

-La Tunisie reçoit 20 canons de 47mm modèle 1885.

Pour ce qui est des constructions, la décentralisation au niveau des régions militaires va naturellement provoquer une série de différences dans les constructions, chaque région militaire définissant ses instructions et ses priorités.

Entrée d'un Blockhaus modèle 1935 RFM (Région Fortifiée de Metz)

Entrée d’un Blockhaus modèle 1935 RFM (Région Fortifiée de Metz)

Le génie de la RF Metz (général Grenet) édite deux instructions pour la construction des «Blockhaus MOM», celle du 3 mai 1935 (blockhaus double pour mitrailleuses ou canon de 37mm, blockhaus double avec canon de 47mm de marine, observatoire avec un abri et le PC bétonné) et celle du 16 mars 1936 (blockhaus simple de flanquement, emplacements des tourelles démontables, casemate Pamart, les observatoires et l’abri PC).

-Le premier modèle de blockhaus «messin» est le blockhaus modèle 1935 type RFM (Région Fortifié de Metz) qui comporte un créneau frontal pour un canon de 47mm (angle de tir : 45°) et un ou deux créneaux pour mitrailleuses agissant en flanquement.

Il en à été construit un total de 72 exemplaires de ces blockhaus capable de résister à des
coups directs de 105mm.

-Lui succède un blockhaus modèle 1936 comportant en échelons refusés, deux créneaux pour 47mm antichar et pour mitrailleuses. Il à ainsi été produit à 73 exemplaires, certains pouvant résister à des obus de 155mm et d’autres à des obus de 105mm.

-Sauf quelques exceptions dans le SD de Marville, le modèle 1936 sera le dernier blockhaus à deux créneaux. Il est remplacé par le blockhaus modèle 1936 pour canon antichar ou pour mitrailleuses, blockhaus dont les plans sont établis par le STG.

Cela à évidement l’inconvénient de dissocier les blocs dont un sur deux se révéléra inefficace surtout si l’ennemi n’emploi pas de chars et même dans ce domaine, le choix initial du canon de 37mm TR 16 se révéléra malcommode et seule l’installation ultérieure de canons de 47mm plus modernes rendra ses ouvrages efficaces dans cette mission.

-Enfin on trouvera encore plus économique que le blockhaus décrit ci-dessus avec les boucliers AC25. Ces boucliers sont composés de trois pans épousant la forme du bouclier du canon de 25mm, on trouve l’embrasure pour la pièce et une ou deux embrasures pour FM.

-La Région Fortifiée de Metz étant chargée de la fortification du SD (Secteur Défensif) de Marville, elle va mettre au point deux autres types de blockhaus.

Le premier appelé blockhaus modèle 1937 type RFM à créneaux décrochés pour une mitrailleuse et un canon de 25mm agissant en flanquement et un blockhaus à action frontale pour deux mitrailleuses.

-Pour équiper le Secteur Fortifié de Faulquemont d’un minimum d’artillerie, la RF Metz met au point une casemate d’artillerie destinée à recevoir deux canons de 75mm modèle 1897 et protéger ainsi sous béton des pièces de campagne.

Les huit casemates d’artillerie construites sur ce modèle (deux dans le SD Marville, trois dans le SF Fauquelmont et deux dans le SF Boulay) dispose d’une tourelle démontable pour mitrailleuse et d’un sous-sol.

-Ce modèle de casemate d’artillerie va inspirer la Région Fortifiée de la Lauter qui fait construire deux casemates légères d’artillerie (une à Windstein et la seconde au Biensberg) recevant chacune deux canons de 75mm modèle 1897. Le SF de la Sarre va disposer de quatre casemates légères d’artillerie recevant chacun un canon de 75mm modèle 1897.

-Il ne faut pas oublier les organisations annexes. Celles réalisés par la RF Metz sont souvent destinées à remplacer des constructions CORF dont la réalisation à été reportée en 2ème cycle, report équivalant à une annulation avec la dissolution de la CORF.

-Les abris poste de commandement sont ainsi composées de tôles métro protégés par une façade rectiligne en béton armé à façace pseudo-bastionnée. En fonction de leur importance, ils disposent de six (PC régimentaires), quatre (PC de bataillon) ou deux (PC de compagnie) alvéoles.

-On trouve également des cuves pour canons de 47mm et de 65mm, positions qui servent avec leurs vieux mais efficaces canons des positions de verrous arrière. Les munitions sont stockées à proximité, des hangars en bois servant à abriter le personnel, abris remplacés en 1948 par des abris légers en tôle métro à l’efficacité limitée pour ne pas dire douteuse.

Tourelle démontable pour mitrailleuse Hotchkiss

Tourelle démontable pour mitrailleuse Hotchkiss

-On trouve également des emplacements pour tourelles démontables. On en trouve trois modèles, le modèle 1935 et le modèle 1937 équipés d’une mitrailleuse Hotchkiss de 8mm (remplacée ultérieurement par une mitrailleuse de 7.5mm) et le modèle 1942 équipée d’un canon de 25mm modèle 1937, 495 tourelles modèle 1937, 250 tourelles modèle 1937 et 300 modèle 1942 ont été produits, étant déployés dans le Nord-Est, dans les Alpes et en Tunisie.

-Plusieurs types d’observatoires ont été réalisés, le plus surprenant étant probablement le modèle voyant l’enterrement d’un char TSF dans une gaine de béton, couplés le plus souvent à un abri bétonné.

Le renforcement des fronts puissants ne pose pas de problèmes, il s’agit de compléter une construction linéaire et d’organiser l’arrière. La situation est différente au nord de Charleville-Mézières où pour des raisons politiques (ne pas mécontenter l’allié belge) aucune réalisation aussi puissante que les ouvrages du Nord-Est n’à été réalisée.

Il est alors prévu de construire des ouvrages fortifiés uniquement lors de l’entrée en guerre, des constructions tactiques destinés à accompagner l’entrée en Belgique des troupes françaises et leur offrir une position préparée en cas de repli.

La menace allemande rend cette conception obsolète surtout qu’à partir de 1936, la Belgique rétablit sa neutralité d’avant 1914 ce qui rend nécessaire la construction de blockhaus et de casemates dès le temps de paix.

L’absence d’autorité coordinatrice comparable à la CORF va provoquer non pas une saine stimulation dans les réalisations mais plutôt une organisation anarchique où la conception d’une région militaire allait en contradiction avec sa voisine. La reprise en main ultérieure par le STG puis par la CEZF limitera les plus gros défauts sans les éliminer vraiment totalement.

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23-Armée de terre : Ligne Maginot (1)

23°) La Ligne Maginot

Carte de la défense des frontières françaises en 1939-40

Carte de la défense des frontières françaises en 1939-40

Protéger la frontière du nord-est où la genèse de la Ligne Maginot

En 1919, la France sort victorieuse mais épuisée du premier conflit mondial. Un profond pacifisme se dévellope et même si on crit «L’Allemagne paiera», on craint une attaque brusquée de la Reichwehr qui bien que ne disposant que de 100000 hommes pourraient menacer la frontière du nord-est surtout une fois la Rhénanie démilitarisée évacuée par la France ce qui était à l’époque prévu pour 1934.

A l’époque, la meilleure façon de protéger une frontière c’est de la fortifier mais comment ? Une fortfication permanente et théoriquement infrachissable ou des fortifications de campagne ?

Il existe bien le système Serré de Rivière mais ce système qui comprend des forts principaux à Verdun, Toul, Epinal, Belfort et Langres est non seulement vétuste et protège la frontière de 1871.

Quand aux fortifications allemandes de Thionville, de Metz et de Strasbourg, elles pourraient servir même si cela n’est pas évident de prime abord;

Imaginer un nouveau système fortifié n’est guère aisé dans cette période d’après guerre en raison non seulement des difficultés économiques mais également du scepticisme de glorieux généraux du premier conflit mondial comme le général Guillaumat ou le maréchal Foch, généralissime des armées alliées.

Le 5 mars 1920, une première instruction (instruction Lefèvre du nom du ministre de la Guerre) est publiée pour envisager les futurs champs de bataille de l’armée française et d’éventuelles fortifications.

Le 17 mai 1920, le Conseil Supérieur de la Guerre (CSG) demande à certains généraux de mener des études concrètes sur la défense des frontières, études qui aboutirent deux ans plus tard, le CSG commençant à étudier ces propositions à partir du 22 mai 1922.

Se sentant incompétent, le CSG décide de créer au mois de juin 1922 la Commission chargée des études d’organisation de la défense du territoire placée sous l’autorité du maréchal Joffre. Cette commission se dissout cependant quinze jours après sa création.

Le 3 août 1922, la Commission de défense du territoire (CDT) est créée sous la présidence du général Guillaumat. Après seulement deux séances, elle rend son rapport le 27 mars 1923. Pendant deux ans rien ne se passe.

Le 31 décembre 1925, le ministre de la Guerre, Paul Painlevé créé la Commission de Défense des Frontières (CDF) avec à nouveau le général Guillaumat. Cette commission comme son nom l’indique doit réaliser et non réfléchir, décide de choisir un système de fortification permanent neuf tout en intégrant certaines fortifications plus anciennes comme Metz et Belfort.

Cette commission définit un certain nombre de Régions Fortifiés : RF de Haute-Alsace ou Belfort, RF de Lauter-Basse Vosges, RF de Metz,Thionville et Longwy, des intervalles n’étant pas strictement défendus mais seront couverts (Le Rhin et l’intervalle entre la RF-Lauter et la RF Metz,Thionville et Longwy).

Cependant en 1927, tout est encore loin d’être arrêté. Le maréchal Petain est sceptique sur la possibilité que le Parlement accorde les importants crédits nécessaires. Il réclame un projet plus simple et moins coûteux, plus proche des fortifications de campagne que des forts du 19ème siècle.

Cependant en 1927, Paul Painlevé presse le pas, créant l’Inspection Technique des Travaux de Fortifications (ITTF) et la direction et chefferies de travaux, deux organes dont la création est suivie par celle le 30 septembre 1927 de la Commission d’Organisation des Régions Fortifiées (CORF) qui dépend du ministre de la Guerre et de lui seulement.

La réalisation entre dans sa phase active en 1929, une loi programme est votée le 28 décembre 1929 sous l’impulsion du ministre de la guerre André Maginot. Décédé en 1932, il donnera son nom à cette ligne fortifiée, éclipsant le rôle de son prédécesseur Paul Painlevé.

André Maginot

André Maginot

Les travaux vont être menés avec régularité durant les années trente, des travaux complémentaires seront menés également durant la guerre de Pologne, des ouvrages tactiques destinés à améliorer la défense des approches sur le front Nord-Est mais également de la défense de la frontière belge.

A-Chronologie étoffée de la construction de la ligne Maginot et de ses extensions (1929-40)

Le Nord-Est

Le programme de construction décidé en 1927 et approuvé par le CSG prévoit l’étalement des travaux sur cinq ans (1929-1934) pour un budget initial de 3760 millions réduit à 2900 millions, montant définitivement enteriné le 14 janvier 1930.

Cependant les travaux ont commencé dès le 4 septembre 1928 (ouvrage de Rimplas dans les Alpes Maritimes) alors que les plans définitifs ne sont pas arrêtés mais à l’époque, les discours irrédentistes de Mussolini réclamant Nice et la Savoie inquiètent.

Le Front Nord-Est est privilégié, en 1930 sont lancés des travaux concernant le tronçon central de la RF de Metz, les tronçons initiaux de la RF Lauter ainsi que les ouvrages de «campagne» défendant le Rhin.

Dès le début des travaux, on assiste à des dérapages financiers ce qui entraîne notamment l’abandon d’ouvrages à tourelles d’artillerie qui auraient donné un punch impressionnant à la Ligne Maginot qui aurait pu recevoir des canons de 145mm (autres calibres étudiés : 138mm, 155mm et 240mm). Cette carence sera compensée par le déploiement de l’ALVF.

Les dérapages financiers vont handicaper la deuxième tranche des travaux lancé à partir de 1931 qui bénéficie néanmoins de l’expérience acquise ce qui accélère certains travaux mais en reporte certains……. .

Durant cette deuxième phase on étend la RF de Metz, la RF de Lauter sans oublier la construction d’une troisième ligne de défense sur le Rhin. A noter que si les deux premières lignes avaient été construite sous la direction des autorités locales, la troisième est construite sous l’autorité du CORF.

C’est également à cette époque que l’on se pose les questions de la protection de la frontière Nord qui jusque-là devait se faire dans les plaines belges ce qui rend en théorie inutile des ouvrages fortifiés.

Cependant les élus locaux s’inquiètent et leur influence relayée par le président du Sénat Albert Lebrun est payante, douze casemates doivent être construits dans la forêt de Raismes (au nord ouest de Valenciennes) et dans la forêt de Mormal (au sud-ouest de Maubeuge) mais ces travaux prévus en 1931 sont reportés en deuxième urgence.

La première loi-programme s’achève donc en 1934. Aux 2900 millions initialement approvisionnés se sont ajoutés d’autres crédits portant le budget total et final à 3442 millions mais le programme initial est loin d’avoir été terminé, des ouvrages supprimés et le tronçon Rorbach-Sarre reporté en dépit de son caractère sensible et stratégique.

Une deuxième loi-programme est votée le 6 juillet 1934 qui prévoit 1275 millions de francs pour de nouveaux travaux mais également des travaux reportés de la première phase. Hélas pour la solidité de la Ligne, seule l’extension de la RF Lauter est financée et réalisée mais sous une forme réduite.

A cette même époque, le CORF commence l’amorce d’une extension de la ligne fortifiée vers le Nord plus par la pression politique locale que sous une réelle nécessité car à l’époque (1934), la Belgique est notre allié (ce n’est qu’en 1936 qu’elle rétablira sa neutralité).

Ce deuxième cycle appelé également «Nouveaux fronts» (par opposition aux «Anciens fronts» de 1929-34) va être gêné par des restrictions budgétaires liées notamment à la crise économique. Il faut faire mieux avec moins ce qui ressemble à une vraie quadrature du cercle.

Un projet ambitieux de défense de la frontière Nord est proposé en septembre 1932, un projet prévoyant de protéger les môles de Maubeuge, Baval et l’Escaut à l’aide de cinq ouvrages d’artillerie, quelques petits ouvrages et une ligne d’une trentaine de casemates.

Ce projet est repris en 1934 sans le môle de Baval mais cet ambitieux projet se fracasse sur la réalité et sont simplement réalisés de petits ouvrages. Pour ne rien arranger, les ouvrages de la forêt de Mormal et de Raismes sont hors de la ligne de défense. Le budget de 150 millions est légèrement dépassé (162 millions).

Entre les Anciens Fronts et cet embryon de fortification, le CORF réalise un secteur fortifié à Montmédy qui sera d’une efficacité douteuse car la trouée de Marville située à l’est n’est pas couverte.

En 1935, Jean Fabry chaud partisan de la fortification devient ministre de la Guerre et le CORF espère de nouveaux crédits pour améliorer les Nouveaux Fronts mais au lieu de nouveaux crédits, la CORF est dissoute le 31 décembre 1935, des délégations locales continuant le suivit des travaux à terminer.

Cela ouvre une troisième phase de travaux mais ces travaux seront uniquement des travaux complémentaires qui vont se poursuivre sans centralisation jusqu’au printemps 1940 après donc la fin de la Guerre de Pologne (1er septembre-15 décembre 1939).

Le 18 janvier 1935, un premier coup de semonce avait été donné au CORF. Le nouveau chef d’état-major général de l’armée, le général Gamelin refuse toute nouvelle construction fortifiée majeure, estimant qu’il est temps de passer aux fortifications de campagne, fortifications prévues par le CORF en complément des gros ouvrages et non comme éléments principaux.

La dégradation du contexte international entraîne donc une reprise des travaux avec des petits ouvrages qui ont la préférence aussi bien du Front Populaire que d’Edouard Daladier. Pour la gestion des travaux, il est prévu de la confier aux commandants des régions militaires qui vont bénéficier pour la réalisation de la MOM (Main d’Oeuvre Militaire).

On cherche à obtenir un front continu, un front continu et profond pour empêcher l’ennemi de percer et d’exploiter sa percée.

A priori, cela n’est pas négatif mais dans la réalisation, cela va se révéler assez préjudiciable avec une absence de coordination entre régions militaires et des fortifications de campagne parfois seules dans certains secteurs notamment le long de la frontière belge.

Fort heureusement, la guerre de Pologne ne voit aucune attaque majeure à l’ouest, les escarmouches n’opposant que les corps francs et les unités avancées de l’armée allemande au delà des ouvrages fortifiés.

En mars 1938, le général Griveaux, chef de l’Inspection générale du génie et des fortifications établit un état des organisations défensives construites sous l’autorité des régions militaires. Cet état montre l’hétérogénéité des constructions qui si pour certaines sont très intéressantes, d’autres ont une valeur militaire très faible.

La crise des Sudètes réglée par les accords de Munich provoque un électrochoc en France, la Tchécoslovaquie ne pouvant plus jouer un rôle de menace pour l’Allemagne.

Les programmes de fortifications sont accélérés et au front continu «bête et méchant», on préfère un système de môles capable de se replier sur lui même et de permettre une reconstitution ultérieure d’un front défensif.

En octobre 1938, on dessine cinq môles de résistance. La 1ère armée doit s’appuyer sur celui de Maubeuge, l’armée des Ardennes sur les môles de Revin et de Mezière, la 2ème armée le môle de Sedan-La Mazée et celui de Mouzon, la 4ème armée le môle du seuil de Cappel et la 8ème armée ceux de Sungdau, Lormont, Saint-Hippolyte, Morteau et Pontarlier).

Pour la constitution de ces môles, on renonce aux ouvrages CORF (temps, nécessite de former de nouvelles unités de forteresse) au profit d’ouvrages STG (Service Technique du Génie) qui doivent être occupés par des bataillons de mitrailleurs ou par des grandes unités formées à la mobilisation.

Hélas, ce beau projet est mal appliqué par le général Prételat qui va préférer homogénéiser les fortifications de campagne plutôt que ce concevoir des môles aptes à la défense en profondeur.

La guerre de Pologne surprend la ligne Maginot en plein travaux. En réalité, les travaux ne vont jamais vraiment cesser jusqu’en septembre 1948…….. .

La mobilisation de septembre 1939 impacte l’aménagement des lignes fortifiées. Les unités en ligne consacrent une bonne part de leur temps aux travaux d’aménagement complémentaires. Ces travaux peuvent être résumés de la façon suivante :

-Sur la frontière Nord, une série de casemates STG de différents types sur les positions de Trélon, d’Hirson et de Rocroi, la tête de pont de Charleville et le secteur de Sedan

-Sur la position avancée de Longwy, amorce d’une ligne de bloc contournant la localité.

-Dans la Sarre, la réalisation de différents blockaus STG

-Le clou de ce programme est cependant une seconde ligne de défense destiné à offrir de la profondeur aux fronts allégés du Nord et de la Sarre. Cette ligne est baptisée Ligne CEZF (Commission d’Etudes de Zones Fortifiées), cette dernière étant considérée comme un chaînon manquant entre les fortifications de campagne et les ouvrages du CORF.

Les travaux du CEZF qui inspireront d’autres travaux à la frontière nord ne seront cependant pas achevés avant 1945. A noter que certains ouvrages reportés par le CORF dans le cadre de choix budgétaires seront réalisés mais souvent sous une forme simplifiée.