20-Ordre de bataille et Programme de guerre (3)

B-Programme de guerre du 15 janvier 1949

Avant propos

Le 5 septembre 1948, ce que le monde craignait depuis la fin de la guerre de Pologne se produit : la guerre déchire à nouveau le continent. Deux petits royaumes nordiques, la Norvège et le Danemark sont attaqués par l’Allemagne au mépris de la neutralité de Copenhague et d’Oslo.

De violents bombardements frappent Copenhague, Oslo, Bergen et d’autres villes suivis de raids aéroportés et de débarquements amphibies qui prennent les alliés aux dépourvus en dépit de signaux d’alerte convergents que Paris comme Londres n’ont pas su ou pas voulu voir.

Ce déclenchement de l’opération Weserübung entraine de violents affrontements sur mer, dans les airs, à terre et sous les océans entre l’Allemagne d’un côté et les alliés franco-anglo-polono-norvégiens qui se terminent par l’occupation de la Norvège par l’Allemagne.

Deux mois de violents combats qui ont provoqué des pertes qu’il faut combler. Il faut également envisager l’avenir, anticiper l’après conflit et le visage de la marine dans quinze ou vingt-ans.

D’où le vote d’un programme de guerre le 15 janvier 1949 par la Chambre des Députés destiné à combler les pertes présentes, à si possible anticiper les pertes et besoins futurs et ce qui est encore plus difficile, mettre sur pied les bases d’une marine puissante une fois ce conflit terminé car tout le monde pressent en cet automne 1948 que les allemands ne s’arrêteront pas là……….. .

De longues discussions

Dès le 12 octobre 1948, le commandant en chef de la marine nationale, l’amiral Ollive réclame le vote par le parlement d’un programme de guerre destiné à combler les premières pertes du conflit et ne pas se retrouver au pied du mur.

Les discussions sont paradoxalement assez longues. En dépit de la situation internationale tendue, les parlementaires rechignent à voter de nouveaux crédits pour les constructions navales. Un jeune député PSF, Michel Debré lance cette algarade célèbre «Messieurs auriez vous oublié que c’est la guerre et qu’il n’est pas  temps de mégoter sur les investissements ?».

La situation se débloque à la fin de l’année. Le projet est voté en première lecture le 14 décembre 1948 suivit d’un deuxième vote au Sénat le 19 décembre 1948. Après un amendement accroissant les commandes, le programme de guerre est définitivement voté le 27 décembre 1948 et sanctionné par le pouvoir exécutif le 15 janvier 1949 bien que dans la pratique, des premières commandes ont été passées.

Des navires, toujours plus de navires

Cuirassés et croiseurs de bataille

Le 17 septembre 1948, le porte-avions Painlevé lance un raid dévastateur sur Oslo en compagnie du porte-avions britannique Malta. L’aérodrome de la capitale norvégienne occupée par les allemands est particulièrement visé et la Luftwafe subit de lourdes pertes notamment en avions de transport.

Un raid de représailles est lancé dans l’après midi, coulant un destroyer britannique, le torpilleur d’escadre Le Téméraire  et endommageant le cuirassé Lorraine.

Le surlendemain, alors que le porte-avions français s’apprête à lancer un nouveau raid contre Trondheim au nord de la Norvège, d’inquiétantes gerbes éclatent alors que règne un brouillard à couper au couteau.

Cela signale l’arrivée du cuirassé Hindenburg et du croiseur lourd Tegetthoff bien décidés à chatier la Royale.

Le cuirassé Lorraine va alors se sacrifier en compagnie des torpilleurs d’escadre L’Intrepide et Arquebuse pour couvrir la retraite du Painlevé qui quand il sera en mesure de lancer ses avions contre les navires allemands, constatera qu’ils ont disparu tout comme le Lorraine et l’Arquebuse alors que l’Intrepide légèrement endommagé récupère les survivants au risque d’être torpillé ou victime de la Luftwafe.

La perte du Lorraine suivit quelques jours plus tard par les lourds dommages subis par le cuirassé Normandie pousse la marine à reconsidérer la construction des trois cuirassés type CR3 (Cuirassé Rapide de 3ème génération).

En septembre 1948, seuls les deux premiers baptisés Languedoc et Moselle avaient été mis sur cale respectivement à l’Arsenal de Brest et aux ACL de Saint-Nazaire mais les travaux avaient été menés sans empressement et même suspendus au moment de l’entrée en guerre de la France.

Ces travaux vont reprendre début octobre 1948, financés par le programme de guerre, les deux cuirassés de 47500 tonnes, 28 nœuds avec un armement principal composé de neuf canons de 406mm en trois tourelles triples étant mis en service en 1951 remplaçant numériquement le Lorraine et le Clemenceau coulé en Méditerranée.

-Le Languedoc est mis sur cale à l’Arsenal de Brest (forme n°11) le 14 mai 1948 lancé le 23 mars 1950 et mis en service au printemps 1951.

-Le Moselle est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers de Saint-Nazaire-Penhoët le 15 août 1948 lancé le 4 septembre 1950 et mis en service en octobre 1951

Le troisième CR3 qui aurait du être mis sur cale après le lancement du Languedoc (survenu en mars 1950) ne le sera jamais, la marine connaissant des problèmes d’effectifs et ne voulant pas construire des navires qu’elle ne pourrait mettre en œuvre sereinement.
Caractéristiques Techniques de la classe Languedoc

Déplacement : standard 47500 tonnes pleine charge 51000 tonnes

Dimensions : longueur hors tout 272m largeur 37.50m tirant d’eau 11.50m

Propulsion :  4 turbines à engrenages Parson réparties en une salle des machines avant et une salle des machines arrières, alimentées par six chaudières Sural développant 170000ch et entrainant quatre hélices

Performances :  vitesse maximale : 29.5 noeuds distance franchissable : 8400 miles nautiques à 15 noeuds 2900 miles nautiques à 28 noeuds.

Protection : ceinture principale 390mm bulkhead avant 355mm bulkhead au dessus du pont blindé intermédiaire 235mm

pont blindé supérieur au dessus des soutes à munitions 190mm pont blindé supérieur au dessus des machines 170mm pont blindé intermédiaire 50/70mm (100mm au dessus des hélices et 150mm au dessus des lignes d’arbre)

Bloc passerelle : face avant et latérales 360mm arrière 280mm toit 170mm tube de communication 160mm

Tourelles triples de 406mm : face avant 430mm faces latérales 300mm toit 170 à 195mm face arrière 270mm (T.I) et 260mm (T.II) barbettes au dessus du PBS 405mm barbettes en dessous du PBS 80mm

Tourelles de l’artillerie secondaire : face avant 130mm côtés et toit 70mm face arrière 60mm barbette 100mm

Électronique : un radar de veille aérienne, un radar de veille surface, deux radars de conduite de tir pour l’artillerie principale, deux radars pour la conduite de l’artillerie secondaire
Armement : neuf canons de 406mm Mark IV répartis en trois tourelles triples (deux avant et une arrière), 24 canons de 130mm en douze tourelles doubles installées latéralement, 28 canons de 37mm groupés en quatre affûts quadruples ACAQ modèle 1941  et six  affûts doubles ACAD modèle 1935   et 12 canons de 25mm Hotchkiss modèle 1939-40 en six affûts doubles
Aviation : une catapulte et un hangar sous la poupe avec deux à quatre hydravions Dewoitine HD-731

Equipage : 1780 officiers et marins

Porte-avions

Quand éclate le second conflit mondial, la marine nationale dispose de cinq porte-avions dont quatre sont déployés en Europe. Le porte-avions montre son  utilité durant la campagne norvégienne mais le programme de guerre ne prévoit dans sa première version aucune commande.

Tout juste prévoit-il que la marine nationale ne peut disposer de moins de trois porte-avions pour en avoir un toujours opérationnel, un en entretien courant ou entrainement de son groupe aérien et un troisième immobilisé pour un grand carénage ou une modernisation. Ce n’est qu’en mai 1952 que les trois porte-avions type PA23 ou classe Clemenceau (Clemenceau Foch Joffre) sont commandés, des navires qui seront mis en service après la fin du conflit.

Caractéristiques Techniques de la classe Clemenceau

Déplacement : standard 32500 tonnes pleine charge 41000 tonnes

Dimensions : longueur hors tout 275m longueur du pont d’envol 270m largeur à la flottaison 30m largeur du pont d’envol 47m tirant d’eau à pleine charge 9.80m

Propulsion : 4 turbines à vapeur Rateau-Bretagne alimentées en vapeur par 8 chaudières Penhoët dévellopant 170000ch et entrainant quatre hélices

Performances : vitesse maximale en service courant 32 noeuds distance franchissable 16000 miles nautiques à 15 noeuds

Protection : ceinture de 130mm pont d’envol 75mm pont du hangar 50mm

Armement : huit canons de 130mm en quatre tourelles doubles, quarante-huit canons de 37mm Schneider modèle 1941 ou ADAC/ADAQ et trente-six canons de 25mm en affûts simples et doubles
Installations aéronautiques : pont d’envol de 270m de long sur 47m de large équipé de deux catapultes hydrauliques axiales à l’avant

Hangar de 204m de long sur 24m de large et 5.40m de haut relié au pont d’envol par trois ascenseurs  (deux axiaux de 14.7 sur 13.5m et un latéral du 18.3 sur 10.4m) onze brins d’arrêts et une grue de 15 tonnes derrière l’ilôt

Groupe aérien : 90 appareils (chasseurs MB-159M, bombardiers en piqué Loire-Nieuport LN-420,Latécoère Laté 299-5, SNCAO CAO-610 en attendant des avions plus modernes)

Equipage : 2500 à 3000 hommes

La raison finit cependant par l’emporter et la version définitive du programme de guerre voit la commande de deux porte-avions légers, version agrandie des Alienor d’Aquitaine, des porte-avions baptisés Guillaume le Conquérant et Henri Plantagenêt.

Il faut dire que les «ponts plats» payent leur part de pertes avec la destruction du Joffre en Méditerranée et de l’Alienor d’Aquitaine en Indochine par les japonais.

Caractéristiques des porte-avions classe Guillaume Le Conquérant

Déplacement : standard 16000 tonnes pleine charge 19000 tonnes

Dimensions : longueur 215.30m largeur (flottaison) 24.50m tirant d’eau (en charge) 8.25m

Propulsion : turbines à engrenages Parson alimentées par quatre chaudières type Amirauté dévellopant une puissance totale de 43000ch et entrainant deux hélices

Performances : vitesse maximale 25 noeuds distance franchissable 12000 miles nautiques à 14 noeuds

Armement : 32 canons de 37mm Schneider modèle 1941 en seize affûts doubles et 16 canons de 25mm Hotchkiss modèle 1940 en huit affûts doubles.

Installations aéronautiques et Groupe aérien :

-Une catapulte à l’avant

-Deux ascenseurs axiaux

-Hangar de 138mx15.84×5.33m

-Dix brins d’arrêt.
Groupe aérien : encore non arrêté à l’époque mais devrait tourner entre 30 et 40 appareils

Equipage : encore inconnu à l’époque

Croiseurs lourds

En septembre 1948, la marine nationale dispose de neufs croiseurs lourds plus un dixième _le Charles Martel_ en construction à Lorient. Tous sont déployés en Europe à l’exception du Tourville déployé en Indochine comme navire-amiral des FNEO.

Jugeant ce type de croiseur inadapté aux missions à venir, la marine nationale décide de ne commander aucun croiseur lourd ou croiseur de 1ère classe.

Croiseurs légers

Quand le second conflit mondial éclate, la marine nationale dispose de dix sept-croiseurs légers plus  trois autres en construction (un en achèvement à flot et deux sur cale) soit un potentiel de vingt-croiseurs légers.

Il ne faut cependant pas s’arrêter sur un bilan strictement comptable. La flotte est en effet hétérogène avec les vénérables Duguay Trouin et Primauguet, le croiseur-école Jeanne d’Arc juste capable de traquer les raiders allemands, les modernes La Galissonnière et De Grasse (six de chaque côté) et l’étonnant Waldeck-Rousseau, un croiseur léger antiaérien.

Les tranches 1946 et 1948 avaient financé la construction de trois croiseurs légers baptisés  Dupuy de Lôme Sully et Louvois destinés à remplacer le Lamotte-Picquet (désarmé prématurément en 1946), le Duguay-Trouin et Le Primauguet.

La campagne de Norvège à prélevé sa part de la «note du boucher» comme dise les anglo-saxons puisque le Gloire est coulé au large d’Oslo par une attaque combinée de la Luftwafe et des sous-marins qui ne laisse aucun chance au croiseur léger. Le Waldeck-Rousseau est sévèrement endommagé et nécessitera de longues réparations avant de redevenir opérationnel.

Prévoyant des pertes sévères dans cette catégorie de croiseurs, la marine parvint à arracher aux députés la commande de neuf croiseurs légers type Dupuy de Lôme même si les retours d’expérience de la guerre se chargeront de modifier éventuellement l’armement et les capacités de ces navires.

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7-Porte-avions et porte-aéronefs (6)

E-Porte-avions légers classe Alienor d’Aquitaine

HMS Illustrious (R-87) 4

Devant opérer dans des mers essentiellement fermées sous la menace de l’aviation basée à terre et des batteries côtières sans réelle possibilité de s’esquiver, les britanniques se préoccupent de la protection passive de leurs porte-avions d’escadre. C’est ainsi que Sir Stanley Goodall invente le porte-avions blindé.

Ces porte-avions au nombre de sept (Ark Royal, Illustrious, Formidable, Victorious, Indomitable, Indefatigable, Implacable) étaient cependant très longs et très coûteux à construire avec une capacité aéronautique assez faible.

Or les besoins britanniques sont importants ne serais que la protection des lignes de communications. D’où l’idée d’un porte-avions très simple, un porte-avions sans protection avec une vitesse modérée et une DCA légère uniquement.

Les Arsenaux Royaux et les grands chantiers étant surchargés, ce sont les chantiers travaillant habituellement pour la marine marchande qui sont chargés de la construction de ces navires. Le design imaginé par Vickers est donc très simple, la vitesse faible (environ 25 noeuds), la protection absente et la défense limitée à une DCA légère.

La France est intéressé par le projet avant même la Royal Navy et planifie dans le programme naval de mai 1941 la construction de deux porte-avions légers sans que néanmoins le choix du modèle soit définitif, certains voulant donner la préférence aux chantiers français mais cette hypothèse fit long feu en raison de leur saturation.

Le premier porte-avions doit être déployé en Indochine, le commandant des FNFEO, le vice-amiral Dulieux annonçant clairement que sans couverture aérienne, affronter la marine japonaise en haute mer équivalait à du suicide. Tout au plus préconise-t-il de rechercher l’affrontement de nuit où l’avantage aérien était amoindri pour ne pas dire annulé………… .

Le second porte-avions doit remplacer numériquement le transport d’hydravions Commandant Teste devenu ultérieurement le navire-atelier Albert Caquot pour servir à l’entrainement, à la formation de jeunes pilotes, au transport d’aviation et puis un pont plat de plus cela pourrait faire la différence.

Le projet Vickers est présenté à la Royal Navy et à la Marine Nationale en juin 1942. Si les britanniques hésitent, les français sont intéressés et demandent des informations supplémentaires transmises en octobre 1942.

Les négociations avancent rapidement et le contrat pour la construction de deux porte-avions légers (plus deux options) est signé en mars 1943. La construction est attribuée pour le premier aux chantiers Vickers de Barrow-in-Furness alors que la construction du second l’est aux chantiers Harland & Wolff de Belfast.

Destinés à célébrer l’amitié et l’alliance franco-britannique, les deux porte-avions légers sont baptisés Alienor d’Aquitaine du nom de la duchesse d’Aquitaine qui après sa séparation avec Louis VII offrit au roi d’Angleterre Geoffroy Plantagenêt un empire allant de la Normandie aux Pyrenées et Henriette de France, la fille d’Henri IV et soeur de Louis XIII qui épousa le roi martyr Charles 1er.

L’Alienor d’Aquitaine

Alienor d'Aquitaine

-L’Alienor d’Aquitaine est mis sur cale aux chantiers Vickers de Barrow-in-Furness le 14 octobre 1944 et lancé le 12 janvier 1946.

Il est armé pour essais le 14 décembre 1946 et après des essais constructeurs en mer d’Irlande du 15 au 20 décembre, le porte-avions gagne Brest pour les essais menés par la marine nationale, propriétaire légal du navire depuis le 21 décembre.

Il arrive dans le port du Ponant après trois jours de traversée le 27 décembre 1946, une traversée mouvementée qui nécessite des réparations et un passage au bassin. Les formes de l’Arsenal étant saturées, le porte-avions doit migrer vers le port de commerce où le porte-avions est échoué du 30 décembre 1946 au 24 janvier 1947.

Il sort pour essais du 25 janvier au 3 février 1947 avant de reprendre la mise en condition de son flotteur du 10 février au 5 mars, cette longue mise en condition s’expliquant par les difficultés de mise en condition du groupe aérien.

La plate-forme est rodée, reste à entrainer un groupe aérien largement novice car à la différence des Joffre, le groupe aérien du porte-avions léger n’à pas bénéficié de l’expérience du groupe aérien de feu le Béarn.

L’entrainement aviation pour des raisons météorologiques à lieu entre Casablanca et Dakar du 22 mars au 4 mai 1947 avant de rentrer à Brest le 10 mai 1947.

Il est indisponible pour des modifications à flot du 12 mai au 15 juin 1947. Il reprend ses essais et l’entrainement de son groupe aérien le 24 juillet et ce jusqu’au 4 septembre en Manche. Durant cette période, il fait escale à Saint Malo du 31 juillet au 2 août, à Cherbourg du 9 au 13 août, au Havre du 20 au 25 août. Il rentre à Brest le 5 septembre 1947.

Après une sortie du 15 au 30 septembre, l’Alienor d’Aquitaine fait escale à La Rochelle du 1er au 8 octobre où est accueillie une délégation de sa ville marraine, Poitiers, longtemps capitale du duché d’Aquitaine et référence à l’une des plus grandes duchesses aquitaines en l’occurrence Alienor. Il rentre à Brest le lendemain 9 octobre.

Le 12 octobre 1947, il appareille pour sa traversée longue durée en direction de la Méditerranée, choix surprenant puisque le navire est amené à se déployer en Extrême Orient. Le porte-avions quitte Brest, fait escale à Vigo du 14 au 15 octobre, à Lisbonne du 18 au 21 octobre, Gibraltar du 23 au 25 octobre, Oran du 26 au 28 octobre puis Ajaccio du 29 au 31 octobre 1947.

Il repart alors pour Brest, ne faisant escale que quelques heures pour se ravitailler à Casablanca le 1er novembre avant de rejoindre au large de Lorient le porte-avions Painlevé et les cuirassés Normandie et Lorraine pour un important exercice aéronaval jusqu’au 21 novembre qui permet au groupe aérien du porte-avions léger composé de 12 Dewoitine D-795, de 6 Latécoère Laté-299-5 et de 4 Loire-Nieuport LN-420 de se roder notamment face à un groupe aérien expérimenté.

Cet exercice voit les cuirassés Normandie et Lorraine couvrir alternativement les deux porte-avions pendant que le porte-avions non escorté tente d’attaquer le porte-avions et les cuirassés. On voit également l’aviation à terre simuler des attaques aériennes à la torpille, à la bombe et même les premiers essais à la roquette air-sol.

Rentré à Brest le 22 novembre 1947, il passe au bassin jusqu’au 9 décembre, charge munitions et carburant et appareille en compagnie de ses deux torpilleurs d’escorte direction Cam-Ranh, la nouvelle base navale en Indochine le 10 décembre 1947. Il est admis au service actif le même jour, affecté aux Forces Navales  en Extrême Orient (FNEO).

Le groupe aérien est récupéré en haute mer et le porte-avions met cap à l’ouest, direction les Antilles et plus précisément Fort de France où il arrive le 17 décembre. Il fait escale trois jours et repart le 21 décembre, franchit le canal de Panama le 25 décembre et arrive à Papeete le 3 janvier pour trois jours d’escale.

Reprenant la mer le 7 janvier, il fait escale à Cavite (Phillipines) le 12 janvier avant d’effectuer la dernière traite en direction de Cam-Ranh où il arrive le 19 janvier 1948. Il est mis au bassin du 21 janvier au 15 février pour réparer les avaries causées par la longue traversée (40 jours).

Après des essais à la mer du 17 au 22 février, le porte-avions reprend l’entrainement avec des exercices dans le Golfe du Tonkin du 24 février au 6 mars 1948 en compagnie du croiseur lourd Tourville et du croiseur léger Duguay Trouin.

Le porte-avions effectue ensuite une croisière dans les ports amis de la région. Il quitte Cam-Ranh le 12 mars, fait escale à Hong Kong du 16 au 20 mars, à Manille du 22 au 25 mars, Singapour du 28  mars au 4 avril et enfin Batavia du 5 au 10 avril avant de mettre cap sur Cam Ranh où il arrive le 17 avril 1948.

Il ressort du 21 avril au 15 mai pour entrainement de son groupe aérien, plusieurs jonques de trafiquants d’opium saisies par les Douanes sont rassemblées au large de Cam Ranh et servent de cibles aux chasseurs-bombardiers Dewoitine D-795 alors que les LN-420 et les Latécoère Laté 299-5 eux sont engagés à terre contre des blockaus désaffectés et ce pilote de commenter «C’est bien la première fois que l’aviation joue un rôle dans les travaux publics». Le croiseur lourd Tourville l’accompagne en jouant le rôle tenu en Europe par les cuirassés.

Le porte-avions sort pour un entrainement du 24 avril au 2 mai, du 7 au 17 mai, du 24 mai au 3 juin et du 10 au 18 juin pour des entrainements à l’attaque antisurface et pour des missions de défense aérienne avec des duels contre les avions de l’armée de l’air.

Il ressort pour entrainer son groupe aérien du 30 juin au 12 juillet, faisant escale à Subic Bay du 13 au 15 juillet avant de manœuvrer avec l’Asiatic Fleet (US Navy) du 16 au 22 juillet puis de rentrer à sa base le 25 juillet 1948.

l’Alienor d’Aquitaine sort pour entrainement du 29 juillet au 7 août, faisant escale à Saïgon du 8 au 11 août avant une nouvelle phase d’entrainement du 12 au 27 août. Il rentre à Cam-Ranh le 30 août 1948. Il sort à nouveau du 2 au 9 septembre 1948.

Le Henriette de France

-Le Henriette de France à été mis sur cale aux chantiers navals Harland & Wolf de Belfast le 16 janvier 1945 et lancé le 20 avril 1946.

Il est armé pour essais le 25 mars 1947, effectuant ses essais constructeurs du 26 au 31 mars 1947 avant d’être remis à la marine nationale le lendemain 1er avril. Il quitte Belfast le 2 avril pour Brest où il arrive le 3 avril 1947.

Il appareille dès le 5 avril pour les essais officiels qui ont lieu du 5 au 12 avril, du 14 au 19 avril et du 21 au 27 avril avant d’être une indisponibilité pour des travaux complémentaires et des modifications du 28 avril au 5 juin 1947.

Après de nouveaux essais à la mer du 7 au 16 juin, le porte-avions entame sa mise en condition opérationnelle, quittant Brest le 21 juin pour Casablanca où il arrive le 24 juin. Son groupe aérien va s’entrainer entre Casablanca et Dakar du 25 juin au 12 août 1947 avant de rentrer à Brest via Gibraltar, Lisbonne et Verdon le 19 août 1947.

Le 20 août 1947, la ville de Colombes devient ville-marraine du porte-avions léger puisque c’est là qu’en 1669 Henriette de France passa de vie à trépas.

Après une période d’entretien du 21 août au 15 septembre 1947, le porte-avions est en essais du 17 au 21 septembre. Le 22 septembre 1947, il est décidé de l’affecter à la Flotte de l’Atlantique en soutien des croiseurs légers et des croiseurs lourds basés à Brest bien qu’un temps on envisagea de l’envoyer à Bizerte, intégrer la 6ème Escadre légère.

Le 24 septembre 1947, il appareille pour sa traversée de longue durée en direction de l’Europe du Nord, faisant escale à Cherbourg du 25 au 27 septembre, Le Havre du 29 septembre au 4 octobre, Dunkerque du 6 au 9 octobre, Anvers du 11 au 14 octobre, Rotterdam du 16 au 20 octobre, Copenhague du 23 au 27 octobre, Oslo du 29 octobre au 3 novembre, Bergen du 5 au 8 novembre, Newcastle du 10 au 13 novembre, Chatham du 15 au 18 novembre, Douvres du 19 au 21 novembre, Portsmouth du 24 au 29 novembre avant de rentrer à Brest le 1er décembre 1947.

Devant passer au bassin et les formes de l’Arsenal de Brest étant saturées, le porte-avions léger gagne Lorient le 2 décembre et est échoué au bassin du 3 au 16 décembre, rentrant à Brest le 19 décembre, profitant du transit pour réaliser les essais à la mer.

Le 20 décembre 1947, le porte-avions léger Henriette de France est admis au service actif au sein de la Flotte de l’Atlantique avec Brest pour port base.

Il ressort du 25 au 30 décembre et du 4 au 12 janvier 1948 pour entrainement de son groupe aérien au large de Brest avant une escale à Lorient du 13 au 17 janvier. Il manoeuvre au large de Quiberon du 18 au 30 janvier, simulant des raids contre les fortifications de la presqu’ile avant une escale à Saint-Nazaire du 31 janvier au 4 février 1948. Il est de retour à Brest le 6 février 1948.

Le 12 février 1948, le porte-avions Henriette de France franchit le Goulet qui ferme la rade de Brest. Il ouvre la route à ses deux torpilleurs d’escadre puis aux croiseurs de la Flotte de l’Atlantique disponibles c’est-à-dire le croiseur lourd Foch et les croiseurs légers  Gloire Montcalm et Georges Leygues.

C’est le début de l’exercice «Centaure» qui commence par un exercice de défense aérienne à la mer, les avions de l’armée de l’air attaquant l’escadre et sont repoussés par la DCA des croiseurs et les chasseurs embarqués sur le porte-avions léger.

Il est suivit le lendemain 13 février par un exercice d’escorte et de protection de convois, alternativement le groupe Foch (croiseur lourd Foch et croiseur léger Georges Leygues) et le groupe Gloire (croiseurs légers  Gloire et Montcalm) défendaient et attaquaient un convoi composé de pétroliers et de cargos civils dont leurs armateurs ont accepté de jouer le jeu. Les croiseurs vont manoeuvrer encore jusqu’au 18 février avant de rentrer à Brest le 20 février 1948.

Le porte-avions reprend la mer le 27 février pour entrainer son groupe aérien et ce jusqu’au 12 mars, le porte-avions naviguant dans le Golfe de Gascogne. Il fait escale au Verdon du 13 au 18 mars, à La Pallice du 19 au 21 mars, à Saint-Nazaire du 22 au 24 mars avant de rentrer à Brest le lendemain 25 mars.

Il sort pour un entrainement aviation du 2 au 16 avril entre Saint Nazaire et La Rochelle, faisant escale à La Rochelle du 17 au 22 avril avant de rentrer à Brest le 23 avril 1948.

Il reprend la mer le 30 avril pour entrainer son groupe aérien. Il manoeuvre dans le Golfe de Gascogne du 30 avril au 8 mai 1948 avant de gagner Casablanca où il arrive le 10 mai 1948 dans la soirée. Il repart le 12 mai pour Dakar où il arrive le 15 mai pour entrainer son groupe aérien au polygone de Rufisque du 16 mai au 2 juin 1948 avant de rentrer à Brest le 8 juin 1948.

Le porte-avions est en petit carénage du 10 juin au 5 août 1948 (bassin n°8 au Laninon) avant des essais à la mer du 6 au 10 août puis un stage de remise en condition du 12 au 28 août 1948. Il sort à nouveau pour entrainement du 31 août au 4 septembre.

Suite à l’attaque allemande sur la Norvège et le Danemark, les alliés décident de riposter, voulant à tout prix éviter une Norvège sous la botte allemande. L’Henriette de France reçoit pour mission de couvrir le convoi transformant le corps expéditionnaire franco-polonais à Rosyth pour rejoindre les troupes anglaises prévues pour cette riposte terrestre.

Caractéristiques des porte-avions classe Alienor d’Aquitaine

Déplacement : standard 14000 tonnes pleine charge 17000 tonnes

Dimensions : longueur 211.25m largeur (flottaison) 24.50m tirant d’eau (en charge) 7.15m

Propulsion : turbines à engrenages Parson alimentées par quatre chaudières type Amirauté dévellopant une puissance totale de 40000ch et entrainant deux hélices

Performances : vitesse maximale 25 noeuds distance franchissable 12000 miles nautiques à 14 noeuds

Armement : 32 canons de 37mm Schneider modèle 1941 en seize affûts doubles et 16 canons de 25mm Hotchkiss modèle 1940 en huit affûts doubles.

Installations aéronautiques et Groupe aérien :

-Une catapulte à l’avant

-Deux ascenseurs axiaux

-Hangar de 135.63×15.84×5.33m

-Dix brins d’arrêt.

Groupe aérien : 12 Dewoitine D-795, 6 Latécoère Laté-299-5 et 4 Loire-Nieuport LN-420 plus une section d’Entrainement et de Servitude équipée de quatre NAA-57 et deux Dewoitine D-720M soit un total de 28 appareils

Equipage : 42 officiers et 777 officiers mariniers et quartiers maitres et matelots pour la conduite du navire et environ 200 hommes pour le groupe aérien

F-Projets de porte-avions

Avec la construction de cinq porte-avions, la marine nationale dispose en 1948 de la quatrième puissance aéronavale du monde derrière les Etats Unis ( 16 porte-avions _les deux Lexington, les trois Yorktown et onze Essex ), la Grande Bretagne (13 porte-avions _11 d’escadre et 2 légers_) et le Japon (12 porte-avions).

Bien que certains partisans enthousiastes des ponts plats réclamèrent la construction d’autres navires de ce type, la marine nationale avait atteint l’étiage dans cette catégorie bien particulière de navires.
Cela n’empêche pas le Service Technique des Constructions Navales d’étudier de nouveaux projets de porte-avions pour compenser les pertes inévitables, conserver une compétence technique et se tenir prêt à adapter des plate-formes à des avions évoluant très rapidement.
En 1947, le STCN proposa ainsi le projet PA19, un porte-avions du tonnage du Joffre mais sans aucune protection (à l’exception d’un léger blindage des soutes et des machines) avec l’axe du pont coïncidant avec l’axe du navire, un ilôt allégé et une DCA légère, le groupe aérien devant se composer de 60 appareils.
L’idée qui sous-tend ce projet était de proposer un navire facile à construire sous entendu consommable mais ce projet ne dépasse pas l’étude préliminaire.

Si le PA-20 n’est qu’une redite du Joffre avec deux catapultes et le PA-21 une copie améliorée du Commandant Teste, le projet PA-22 est plus original.

L’acte de naissance de ce projet remonte à la bataille navale du Golfe de Zanthe en mars 1950, bataille qui vit l’engagement côté français des porte-avions Joffre et Commandant Teste et côté britannique du porte-avions Ark Royal face à une puissante force aéronavale italienne composée des porte-avions Italia et Maréchal Balbo (ex don Juan d’Austria) appuyé par des avions allemands basés à terre.
Cette première vrai bataille au delà de l’horizon vit l’engagement des groupes aériens embarqués et de l’aviation basée à terre. Le Joffre fût coulé le 23 mars 1950 après avoir résisté à cinq attaques aériennes et encaissé au moins une dizaine de bombes. Le Commandant Teste avait lui été touché par une torpille mais avait pu rentrer à Bizerte. Côté britannique, l’Ark Royal protégé par un grain avait échappé aux foudres italo-germaniques.
Cette destruction avait poussé les ingénieurs navals français à accepté l’idée du porte-avions blindé, un porte-avions surprotégé pouvant encaisser des coups si l’esquive traversait impossible. Ironie de l’histoire, les français se rangeaient à cette idée au moment où les anglais y renonçaient pour augmenter la taille de leur groupe aérien.
Le projet PA22 dans sa version originale était un navire de 30000 tonnes, une longueur de 271m (la taille des Essex américains) et une largeur de 28m à la flottaison, une vitesse de 33 noeuds, un armement composé de 8 canons de 130mm en quatre tourelles doubles plus une DCA légère composée de 24 canons de 37mm et 32 canons de 25mm, le groupe aérien se composant de 80 appareils.
La protection était renforcé avec un pont d’envol blindé à 30mm, un pont du hangar à 95mm mais curieusement la proue et la poupe étaient ouvertes.
L’engagement du Painlevé en mer du Nord et dans l’Océan Glacial Arctique pour soutenir l’URSS montra les désavantage pour l’endurance d’une proue ouverte aux quatre vents.

Les expériences successives aboutirent au projet PA23 de septembre 1950, un navire de 32500 tonnes, une longueur de 275m, une largeur de 30m à la flottaison, une vitesse de 32 noeuds, une DCA composée de canons de 130mm et de 37mm avec un groupe aérien de 90 appareils.

Au niveau protection, la proue était fermée par une étrave élégante inspirée du paquebot Normandie et la poupe arrondie munie tout de même de vastes aérations. Sur le plan du blindage, le pont d’envol était protégé par 75mm d’acier, le pont du hangar par 50mm, une ceinture de 130mm et un compartimentage serré.

Ce projet fût validé par le ministre de la marine en janvier 1951 mais en raison d’une guerre incertaine, la commande officielle fût différée jusqu’en mai 1952 quand fût autorisée la construction de trois porte-avions baptisés Clemenceau (en hommage au cuirassé coulé au large de la Sicile en juin 1951), Foch (en hommage au croiseur lourd coulé en mer du Nord en septembre 1949) et Joffre (en hommage au célèbre maréchal et au premier porte-avions français tombé au champ d’honneur).
Le Clemenceau fût ainsi mis sur cale à Saint-Nazaire en septembre 1952, le Foch à l’Arsenal de Brest en janvier 1953 et le Joffre également à Saint-Nazaire en juin 1954. Aucun de ces porte-avions ne sera achevé avant la fin du conflit en septembre 1954.
Ils formeront néanmoins le coeur de la puissance navale française de l’après guerre en compagnie des trois cuirassés maintenus en service.

Entre-temps, le programme de guerre de janvier 1949 voit la commande aux chantiers britanniques de deux porte-avions légers, version agrandie des Alienor d’Aquitaine, des porte-avions légers baptisés Guillaume le Conquérant et Henri Plantagenêt

D’autres projets furent également étudiés mais sans réalisation concrète comme le projet PA24 d’un porte-avions léger semblable aux deux Guillaume le Conquérant ou le projet PA25 qui prévoyait la transformation de cargos rapides en porte-avions avec un simple pont d’envol posé dessus sans hangar.