Mitteleuropa Balkans (208) Slovaquie (2)

HISTOIRE

Tchèques et Slovaques avant la Tchéco-Slovaquie

Avant de former un état ce sont des régions et des territoires plus ou moins autonomes et plus ou moins indépendants.

Bohème

Le Royaume de Bohème (en rouge vif) en 1618

-Le nom Bohème (en tchèque Cechy et en allemand Böhmen) vient d’un peuple vivant jadis dans la région les Celtes Boeins nom auquel fût accolé le terme germanique de Heim (hameau). C’est une région de plateaux fertiles que ces celtes auraient occupé au début du 6ème siècle avant notre ère mais naturellement les sources historiques manquent pour avoir une date précise.

-Les Boeins auraient été chassés à l’époque d’Auguste par les marcomans avant de se fondre chez un autre peuple germanique, les Bavaari (qui à donné le nom de Bavière).

-Les Slaves arrivent dans la région au 6ème siècle et au siècle suivant un royaume slave de Bohème aurait existé. Je dis bien aurait car là encore les sources historiques manquent.

-En 1086 le duc Vratislav II de Bohème de la dynastie des Premysildes devient roi quand la Bohème passe du rang ducal au rang royal suite à un décret prit par l’empereur germanique Henri IV. Ce royaume rentre immédiatement dans l’orbite du Saint Empire Romain Germanique né en 962 quand Othon 1er roi de Germanie relève une couronne impériale sans titulaire et sans existence depuis 888 et la mort de Charles le Gros.

-C’est également à cette époque que commence la colonisation germanique de la Bohème, une colonisation qui concerne d’abord les territoires forestiers de l’ouest peu peuplés puis les villes où allemands, juifs et Roms (qui héritent à cette époque du surnom de Bohémiens) cohabitent avec les tchèques.

Au 15ème et au 16ème siècle la Bohème connait un véritable age d’or avec un développement économique et culturel remarquable.

En 1526 le roi Louis II de Hongrie de la dynastie des Jagellon est tué par les ottomans à la bataille de Mohacs. C’est la fin de l’indépendance hongroise et le début de son morcellement.

Son beau-frère Ferdinand d’Autriche qui était aussi frère de Charles Quint devient roi de Bohème marquant l’intégration de la Bohème dans les territoires patrimoniaux de la maison d’Autriche même si officiellement et jusqu’en 1547 la couronne de Bohème est élective. A partir de cette date jusqu’en 1918 la couronne de Bohème devient héridtaire au sein de la Maison de Habsbourg (Habsbourg-Lorraine en 1780) à l’exception de quelques mois en 1619 et 1629.

A partir du 17ème siècle la situation se dégrade avec les guerres de religion et surtout la terrible guerre de Trente Ans qui ravage les pays allemands et leurs dépendances immédiates, les armées vivant sur le pays les conséquences pour les populations civiles sont absolument terrifiantes.

En 1918 la Bohème va intégrer la Tchécoslovaquie, sa ville principale Prague devenant la capitale du nouvel état. Amputé de plusieurs territoires au moment des Accords de Munich, affaiblie par l’autonomie slovaque, la Tchécoslovaquie cesse d’exister le 14 mars 1939 quand les allemands envahissent le pays sans que les alliés occidentaux ne réagissent. Le lendemain 15 mars la Slovaquie sous la pression des allemands et pour éviter une annexion par la Hongrie proclame son «indépendance» pendant que la Bohême-Moravie devient un protectorat, situation qui allait durer près de quinze ans.

Moravie

Cette région appelée Morava en tchèque et Mähren en allemand est indissolublement associée à la Bohème voisine, l’union définitive datant du premier tiers du 11ème siècle. Ses villes principales sont Brno et Olomouc.

Dans l’antiquité la région est peuplée par les celtes qui sont ensuite remplacés par différentes peuplades germaniques. Au 3ème siècle de notre ère on trouve des traces de peuplement lombard, un peuple venu de Scandinavie et qui allait donner son nom à une région d’Italie.

Au 6ème siècle comme en Bohème les slaves occupent la région mais sont tiraillés entre l’influence franque à l’ouest et l’influence des avars à l’est.

Au 9ème siècle (833) une Grande Moravie voit le jour, regroupant le nord de l’Autriche et de la Hongrie actuelle, l’ouest de l’Ukraine Subcarpathique et un peu plus tard d’une partie de la Bohéme et de l’est de la Silésie.

A partir de 863 deux missionaires, Cyrille et Methode entame l’évangélisation et la christianisation de la région.

Cette Grande Moravie à une existence éphémère et la région se lie à la Bohème à une date inconnue (1019 ou 1029 selon les sources). La Moravie intègre de facto le Saint Empire Romain Germanique et la Maison d’Autriche. En 1182 la Moravie devient un magraviat.

En 1806 la Moravie tout comme la Bohème intègre l’Empire d’Autriche qui succède au St Empire Romain Germanique puis à partir de 1867 à l’Empire d’Autriche-Hongrie, la Moravie dépendant de la partie autrichienne de la Double-Monarchie à savoir la Cisleithanie.

En 1918 elle intègre la Tchécoslovaquie puis au printemps 1939 le Protectorat (Reichsprotektorate) de Bohême-Moravie, situation qui dure jusqu’à la reconstitution d’une Tchécoslovaquie indépendante à la fin du second conflit mondial en Europe.

Slovaquie

La Slovaquie en 1943

Tout comme la Bohème et la Moravie la Slovaquie est peuplée durant la période antique de celtes venus des Alpes du centre de l’Allemagne. Ils s’y installent vers la fin du 2ème siècle avant notre ère.

Ils introduisent la civilisation de la Tène dans la région du Danube, construisant des enceintes fortifiées appelées oppidum et sont les premiers à battre monnaie. Il existe une forme de proto-état avec un oppidum «panceltique» près de l’actuelle Bratislava.

A la fin du 1er siècle les celtes de la région sont chassés à la fois par la poussée romaine et par la poussée de différents peuples germains notamment les marcomans et les quades.

Les Slaves arrivent dans la région vers l’an 500 et cohabitent un temps avec les gépides, les lombards et les turbulents avars avec lesquels les rapports sont immédiatement conflictuels. Les slaves profitent de l’affaiblissement des avars qui doivent affronter les byzantins.

A la fin du 7ème siècle deux principautés voient le jout sur l’actuel territoire slovaque, la Morava centrée sur l’ouest de la Slovaquie et la Moravie et la Nitra centrée sur l’ouest et le centre de la Slovaquie, les Carpathes blanches font office de séparateur.

Au cours de la 1ère moitié du 8ème siècle est amorcé un processus de christianisation et d’évangélisation, processus poursuivie par le Royaume de Francie orientale de Louis le Germanique qui après le traité de Verdun (843) _plus connu pour être le premier texte rédigé dans ce qui s’approche le plus du français et de l’allemand que pour ses clauses politiques_ se concentre sur ses marches orientales, véritables front pionniers et terres de mission à évangéliser et à coloniser.

C’est peu avant cet événement qu’avait vu le jour une Grande Moravie qui reste un état vassal de la Francie orientale, la faute à une instabilité chronique habilement exploitée par les voisins pour éviter de voir naitre un géant en Europe centrale. Une guerre aux résultats incertains opposent les francs alliés aux bulgares et les moraves.

En 862 les frères Cyrille et Methode arrivent en Moravie pour procéder à l’évangélisation de la région. Ce choix de se tourner vers Byzance répond à une volonté des moraves d’équilibrer les influences occidentales et orientales.

A cela s’ajoute vraisemblablement une plus grande souplesse des missionnaires qu’on appelle pas encore orthodoxes que de leurs homologues occidentaux ainsi qu’une volonté de la papauté de ne pas trop renforcer les évêques de Bavière qui lorgnent sur la région.

En dépit de cette évangélisation byzantine la Moravie reste politiquement parlant sous l’influence des francs.

Au 11ème siècle l’actuelle Slovaquie intègre le Royaume de Hongrie. En 1541 la ville de Buda tombe aux mains des ottomans. Par la force des choses la ville de Presbourg future Bratislava devient la capitale et la ville de couronnement des rois de Hongrie.

Au XVIIIème siècle on assiste à un éveil identitaire des slovaques. En 1787 dans le contexte des Lumières une première codification de la langue slovaque est réalisée. Ce réveil culturel se fait également dans le contexte de l’émergence de l’idéologie panslaviste.

En 1847 les catholiques et les luthériens s’entendent sur une langue slovaque commune.

L’année suivante au cours du Printemps des Peuples les slovaques se rangent du côté des autrichiens contre les hongrois ce qui n’empêche pas le nationalisme slovaque de continuer sa croissance et son développement.

En 1867 le compromis qui fait suite à la défaite de Sadowa exclue les slaves. Au projet d’une monarchie confédérale on préfère une monarchie duale avec les autrichiens et les hongrois. La Slovaquie dépend alors de la Transleithanie, la partie magyare de la Double-Monarchie. Le nationalisme slovaque connait un véritable coup de frein.

En 1918 l’Autriche-Hongrie véritable colosse aux pieds d’argile s’effondre. Les slovaques intègre un nouvel état la Tchéco-Slovaquie qui devient très vite la Tchécoslovaquie. Plus riches, plus puissants, les tchèques ne tardent pas à prendre les commandes du pays, cachant mal le mépris que leur inspire des slovaques plus ruraux et plus catholiques alors que les tchèques sont davantage athées voir a minima déchristianisés.

En 1938 la Slovaquie devient autonome suite aux accords de Munich, autonomie qui devient «indépendance» le 15 mars 1939 sous la pression des allemands prêts à rendre la Slovaquie à une Hongrie revancharde qui n’avait pas oublié le traité de Trianon qui avait réduit son territoire historique à la portion congrue.

La Slovaquie devient un état autoritaire, nationaliste, antisémite dirigé par un prêtre, Josef Tiso, l’Etat devenant un satellite de l’Allemagne et le restera jusqu’à la fin du second conflit mondial qui voit la fin de l’indépendance slovaque qui réintègre une Tchécoslovaquie qui ne tarde pas elle à aussi à replonger dans l’autoritarisme, un autoritarisme communiste mais un autoritarisme quand même.

Mitteleuropa Balkans (181) Grèce (25)

Histoire de l’armée (de terre) grecque

Des origines compliquées

L’armée grecque en 1832

L’armée royale grecque est officiellement créée en 1828 mais des unités sont mises en place dès avril 1822 avec un régiment d’infanterie et une batterie d’artillerie commandés non pas par des grecs mais par des européens philhellènes. Néanmoins le manque de fonds pousse à leur dissolution peu après.

De nouvelles unités régulières sont mises sur pied en juillet 1824 et en mai 1825 est votée la première loi de conscription.

Sous le commandement du colonel Charles Fabvier, l’armée grecque s’enrichit d’unités de cavalerie, de musique militaire et de santé (grâce à l’aide précieuse du plus célèbre des philéllènes à savoir Lord Byron).

Sous la direction de Ioannis Kapodistrias, un secrétaire des affaires militaires et navales est créé tout comme une Académie Militaire et un corps du génie. On tente d’intégrer les unités irrégulières de la guerre d’indépendance au sein d’unités d’infanterie légère. L’influence française est très forte.

Au cours de la guerre civile grecque (1831-1833), l’armée régulière disparaît de facto à défaut que cette disparition soit de jure.

Corps auxiliaire bavarois

Le 30 janvier 1833 le roi Othon 1er arrive à Nauplie avec un corps auxiliaire bavarois (Königlich Bayerisches Hilfkorps).

Ce corps créé grâce à une convention du 1er novembre 1832 doit permettre la relève du corps expéditionnaire français qui joua un rôle décisif dans la guerre d’indépendance grecque mais aussi permettre la création d’une armée royale hellène digne de ce nom.

Officiellement il s’agit de volontaires mais en pratique le manque de temps et surtout une organisation défaillante à obligé Othon 1er à utiliser l’armée de son état la Bavière pour disposer d’un corps qui lui soit fidèle alors qu’à l’époque son royaume est un véritable panier de crabe où les problèmes et les menaces sont légions.

Selon l’accord de novembre 1832 ce corps doit comprendre 3500 hommes répartis en un état-major, quatre bataillons d’infanterie, six compagnies de cavalerie, quatre compagnies d’artillerie et une compagnie technique.

La moitié du corps doit rester deux ans et le reste quatre ans. Théoriquement le corps doit être supprimé le 1er janvier 1837.

Ce corps affiche un manque criant qui montre à quel point le futur roi de Grèce ignore ou se moque de son futur état. Dans un pays sous-équipé en infrastructures qui plus est ravagé par les combats de la guerre d’indépendance comment expliquer l’absence d’unités du génie pour reconstruire et aménager le territoire en construisant routes, ponts, casernes……. .

3582 hommes arrivent en Grèce, la moitié étant de véritables volontaires, la deuxième moitiée étant composée de soldats issus de l’armée bavaroise.

Parmi les unités régulières on trouve deux régiments de marche, le premier combinant le 1er bataillon du 6ème régiment et le 2ème bataillon du 11ème régiment alors que le second combine le 1er bataillon du 10ème régiment et le 2ème bataillon du 11ème régiment. On trouve également deux escadrons de cavalerie et huit pièces d’artillerie.

Normalement le corps auxiliaire bavarois devait être indépendant et non intégré à l’armée grecque à créer. Othon 1er qui veut faire de son nouveau royaume un état occidental en se moquant bien des spécificités de la Grèce décide par un décret royal du 6 février 1834 d’intégrer son corps bavarois à l’armée héllène.

Comme on dit le ver et dans le fruit puisque naturellement un roi bavarois va avoir tendance à privilégier les bavarois pour les postes clés de l’armée au détriment des autochtones et qu’il n’y ait pas les personnes compétentes en Grèce ne change rien. On parle de Bavarocratie et certains combattant de la guerre d’indépendance amers et désabusés se demandent à quoi ont servis tout ces sacrifices pour remplacer le joug ottoman par le joug bavarois.

C’est ainsi que deux compagnies de chaque bataillon d’infanterie, dans le régiment de cavalerie et le bataillon d’artillerie doivent être exclusivement bavaroises. Officiellement il s’agit d’entrainer et d’encadrer les grecs mais en pratique cela va aboutir comme nous l’avons vu à un verrouillage de l’armée par du personnel bavarois.

Les effectifs sont portés à 5000 hommes. Entre 1832 et 1835 5410 volontaires ont été recrutés et tous ne sont pas bavarois puisqu’on trouve 3345 bavarois, 1440 volontaires de petits états allemands (NdA avant l’unification allemande, ces petits états princiers étaient des viviers de recrutement pour qui cherchait des mercenaires ce qui offrait à ces états une source appréciable de revenus), 235 suisses, 186 prussiens, 135 autrichiens, 23 français, 19 danois 10 suisses 6 italiens 3 suédois 2 britanniques 1 néerlandais 1 espagnol 1 belge et même trois turcs.

Nombre de volontaires déchantent, les conditions de vie sont très difficiles et nombre d’entre-eux succombent des suites de maladie.

Le Corps Auxiliaire Bavarois connait son baptême du feu lors de la Révolte de Maniot où par la volonté de détruire des habitations-tours vus comme des forteresses potentielles les 2500 bavarois se heurtent à une farouche et cruelle résistance des habitants obligeant le gouvernement d’Othon 1er de négocier et de lâcher du lest.

Cette défaite va encourager un certain nombre de révoltes puisque les bavarois n’apparaissant plus aussi redoutables qu’auparavant.

En décembre 1834 sur les 5678 hommes de l’armée grecque 3278 hommes appartiennent au corps auxiliaire bavaroise. Un an plus tard c’est respectivement 9613 et 4570 hommes.

L’efficacité des unités est médiocre, le nombre d’officiers étant tel qu’on pourrait parler d’une armée mexicaine et jamais dans l’histoire un surencadrement n’à été source d’efficacité.

En janvier 1836 l’armée est réorganisée. Un processus de «grécisation» est enclenchée avec deux bataillons sur quatre entièrement composés de grecs, les deux autres encore composés de bavarois devant être progressivement remplacés par des grecs. A noter que des soldats en sureffectif ont formé deux compagnies de travailleurs destinés à la construction de routes et à la lutte contre le brigandage.

Les derniers officiers quittent la Grèce en 1843 et les seuls officiers étrangers désormais autorisés sont ceux ayant combattu au cours de la guerre d’indépendance grecque.

Au final le bilan du corps auxiliaire bavarois n’à pas été bon. Immédiatement vu comme un élément étranger dans un pays tout juste indépendant, il n’à pas su ou pas voulu servir de creuser à une véritable armée grecque.

Othon 1er créé des bataillons d’infanterie de ligne organisés à l’occidentale avec une compagnie d’evzones, des fantassins légers qui ne sont pas simplement des soldats d’opérette gardant les bâtiments officiels de la République de Grèce comme c’est le cas aujourd’hui.

Les evzones sont des soldats comparables aux Jäger allemands, aux Riflemen britanniques ou encore aux chasseurs à pied français voir aux bersaglieri italiens.

Après des siècles d’éclipse ils réapparaissent en 1824 durant la guerre d’indépendance grecque quand le premier bataillon régulier d’infanterie était divisé en six compagnies dont une compagnie d’evzone. A noter qu’à l’époque leur célèbre uniforme n’était pas utilisé à la différence des régiments d’infanterie légère grec levés par les britanniques durant les guerres napoléoniennes.

En 1828 Ioannis Kapodistrias met sur pied treize bataillons légers (cinq venant de l’ouest de la Grèce et huit venant de Grèce orientale).

Il s’agissait de mettre un peu d’ordre dans le camp grec où les unités qui combattaient les ottomans (klephts) ressemblaient davantage à des bandits de grand chemin qu’à autre chose.

Après la mort de Kapodistrias ces bataillons se transforment en bandits de grand chemin un peu comme les troupes licenciées au Moyen-Age.

En février 1833 le roi Othon 1er organise l’infanterie en huit bataillons de 728 hommes chacun répartis en six compagnies (une compagnie de grenadiers, quatre compagnies de ligne et une compagnie d’evzones ou voltigeurs dans la terminologie bavaroise). L’uniforme reste européen avec néamoins des parements verts pour distinguer ces unités des autres composantes de l’infanterie.

En mars 1833 dix bataillons indépendant d’infanterie légère sont mis sur pied des unités appelées Ἀκροβολισταί, « tirailleurs » ou Κυνηγοί, « chasseurs ».

Ils disposent de 204 hommes répartis en quatre compagnies. Ces unités eurent du mal à recruter en raison d’un uniforme à l’européenne qui ne passapit pas auprès des vétérans de la guerre d’indépendance.

En 1836 quantre bataillons d’infanterie légère sont formées à leur place, bataillons autorisés à porter un uniforme plus populaire chez les grecs. Chaque bataillon disposait de six compagnies de 162 hommes chacune (contre 120 pour les bataillons de ligne).

En janvier 1838 ces quatre bataillons sont amalgamés pour former deux bataillons d’infanterie de ligne et en parallèle sont créés huit bataillons de garde-montagne pour protéger la frontière et traquer les brigands. Chaque bataillon disposait de quatre compagnies avec 299 hommes et 16 officiers. En février ils sont placés sous le commandement de trois QG de Garde-montagne.

Nouvelle réorganisation en 1843, les bataillons d’infanterie sont réduits à deux bataillons de ligne à huit compagnies (dont une d’evzones) de 140 hommes chacun et deux bataillons de Skirmisher à quatre compagnies chacune.

Au même moment trois compagnies légères sont mises sur pied qui en 1844 sont amalgamés dans un corps de garde-montagne de renfort, les quartiers généraux de Garde-montagne étant supprimés. En 1852 nouvelle réorganisation, les garde-montagnes sont réorganisés en quatre régiments à deux bataillons chacun.

Cela ne dure pas car en août 1854 les garde-montagnes sont supprimés et les unités transformées en trois bataillons de Skirmisher. Parallèlement le nombre de bataillon d’infanterie est porté à six.

En 1860 l’infanterie est homogénéisé avec dix bataillons d’infanterie à six compagnies de 120 hommes chacune (cinq de ligne et une evzone) plus dix bataillons de réserve.

Le 12 décembre 1868, le roi Georges 1er qui à succédé à Othon 1er deux ans plus tôt signe un décret royal créant quatre bataillons d’evzones destinés aussi bien à des missions classiques de combat qu’à des missions de soutien à la Gendarmerie.

Chaque bataillon était commandé par un lieutenant colonel ou un major avec un état-major de quatre officiers et six sous-officiers. Il comprennait quatre compagnies de 122 hommes, tous des engagées volontaires. Les engagés devaient être en bonne santé, être âgés entre 17 et 40 ans et si possible célibataires.

Le même jour face à l’insécurité endémique, le roi autorise la création à titre provisoire de huit autres bataillons d’evzone tandis que les effectifs de chaque compagnie sont portés à 170. Un détachement de la Garde Royale est créé le même jour pour protéger le roi avec deux compagnies d’evzones et un peloton (certaines sources disent un escadron) de cavalerie.

En 1877 durant la grand crise dans les Balkans, l’armée grecque est réorganisée avec deux divisions d’infanterie quartenaire. Les bataillons d’Evzones dépendant de différentes brigades réparties sur tout le territoire grec. La réforme de 1878 augmente les effectifs de l’armée mais pas ceux des evzones en temps de paix.

En 1880 le nombre d’unités d’evzones est porté à onze bataillons indépendants à quatre compagnies chacun plus un bataillon d’entrainement, nombre qui est réduit à neuf dès 1881 puis à huit en 1885 mais deux bataillons de réserve sont créés. En 1887 sur les huit bataillons seuls six sont opérationnels, deux étant des bataillon-cadre activés uniquement en temps de paix.

Ils participent à la désastreuse guerre gréco-ottomane de 1897 où ils ne font ni pire ni mieux que les autres tant ce conflit est un désastre pour l’armée grecque.

En juin 1900 deux régiments d’evzones sont mis sur pied, le 1er comprennantl es 6ème, 8ème et 9ème bataillons alors que le 2ème comprend les 1er et 4ème bataillons. En 1903/04 les deux régiments forment la 1ère brigade de la 1ère division d’infanterie en compagnie des 1er, 2ème et 3ème bataillons qui sont recréés pour renforcer les trois divisions d’ifnanterie.

Cela change encore en 1904 avec quatre régiments d’infanterie et deux bataillons d’evzone pour chacune des trois divisions d’infanterie, la 1ère division comprenant les 4ème et 6ème bataillons, la 2ème DI les 1er et 2ème bataillons, la 3ème division comprenant les 3ème et 7ème bataillons.

Evzones en 1908

En 1910 on envisage encore neuf bataillons d’evzones mais le nombre est à nouveau réduit à six avec quatre compagnies et deux pelotons de mitrailleuses.

Vers 1860, les effectifs de l’armée grecque sont proches des 200000 hommes. En 1877 elle est réformée avec une organisation en divisions et en brigades. En 1879 le service militaire universel est mis en place.

Pour améliorer les capacités de l’armée, la Grèce sollicite l’aide de la France qui de 1884 à 1887 envoie une mission militaire française pour mettre en place des Ecoles Militaires. Les éléments les plus prometteurs de l’armée grecque sont envoyés à l’étranger pour se former.

Cette mission militaire dirigée par le général de brigade Victor Vosseur arrive en novembre mais son action est limitée par le manque de fonds et par la volonté du premier ministre Charilaos Trikoupis de concentrer ses efforts sur la marine (qui bénéficie des conseils d’une autre mission française).

La période est tendue et à plusieurs reprises l’armée grecque mobilise (juillet 1880, avril 1882 et septembre 1885) ce qui épuise un pays pauvre.

La guerre greco-ottomane (1897) montre les faiblesses abyssales de l’armée grecque qui manque de tout, d’armes, de munitions, de fortifications et d’officiers compétents.

De nombreuses réformes sontt menées (1899-1901, 1903, 1904 et 1906 à 1909). Un nouveau statut de l’Armée est mis en place en 1904 puis révisé en 1910.

Canon de 75mm Schneider-Danglis modèle 06/09

De nouvelles armes sont acquises comme le canon de 75mm Schneider-Danglis modèle 06/09, des fusils Mannlicher-Schönauer, un nouvel uniforme kaki….. . Ces réformes sont accélérées et accentuées suite au coup de Goudi (1909).

Une nouvelle mission militaire française est envoyée à Athènes entre 1911 et 1914 sous l’impulsion du premier ministre Eleftherios Venizelos.

Sous l’impulsion de cette mission, l’armée grecque adopte l’organisation ternaire (trois régiments) pour ses divisions d’infanterie et surtout réforme profondément son processus de mobilisation ce qui lui permet de mobiliser bien plus de troupes qu’auparavant.

Si les observateurs étrangers estiment les effectifs grecs mobilisables à 50000, les effectifs réellement mobilisables sont bien plus important (125000 hommes plus 140000 hommes au sein de la garde nationale).

La mission militaire française arrive sur place en janvier 1911 sous l’autorité du général Joseph-Paul Eydoux remplacé en avril 1914 par le général Etienne de Villaret (qui avait servit dans une mission militaire au Japon) et allait repartir le 5 septembre 1914 suite au déclenchement du premier conflit mondial. Sans contestation possible, les performances de l’armée grecque durant les deux guerres balkaniques peuvent lui être attribuées.

En 1907 une mission navale française avait connu un échec en proposant aux grecs une marine composée uniquement d’unités légères donc ne pouvant jouer qu’un rôle mineur en mer Egée. A cela s’ajoutait l’hostilité ouverte des britanniques qui considéraient la marine comme leur pré-carré.

A l’époque les grecs cherchent à moderniser leur armée et envisage de faire appel à l’Allemagne de Guillaume II pour cela. Ce projet allait capoter en raison des réticences germaniques à rallumer le chaudron balkanique et de l’arrivée au pouvoir après le coup d’Etat de Goudi d’Eleftherios Venizelos.

Ce dernier était nettement plus partisan de la France et l’Allemagne préféra (également pour des raisons économiques) soutenir l’empire ottoman.

En 1911 le «Clemenceau grec» invite la Grande-Bretagne à envoyer une mission navale et la France à envoyer une mission militaire. Cette décision n’est pas vraiment du goût du roi Georges 1er et du prince héritier Constantin toujours favorables à une mission allemande. Ils sont pour cela appuyés par un petit groupe d’officiers grecs entrainés à l’allemande dont un certain Ioannis Metaxas.

Eleftherios Venizelos défend sa position en disant que la Grèce avait besoin d’un prêt (la France est un investisseur majeur à l’époque), que le matériel français déjà en service n’aurait aucun secret pour les officiers français à la différence des allemands qui auraient besoin d’un temps d’adaptation.

Ce conflit annonçait le futur Schisme National entre Eleftherios Venizelos et le roi Constantin 1er.

Le 21 janvier 1911 une convention militaire franco-grecque est signée pour définir les objectifs de la mission militaire française.

Quatre jours plus tôt le général Joseph-Paul Eydoux était arrivé à Athènes et disposait de pouvoirs étendus pour totalement réorganiser, réentrainer et rééquiper l’armée grecque. Il n’est naturellement pas seul puisqu’outre son adjoint le lieutenant-colonel Bousquier, il pouvait compter selon les époques entre 14 et 18 officiers.

Les relations ne sont pas forcément bonnes. Les officiers français ne parlent pas un mot de grec (NdA ce qui me paraît étrange pour une mission militaire destinée à former mais probablement que les officiers français parlant le grec n’étaient pas légion ou plutôt phalange) et se montrent souvent dédaigneux et cassants avec leurs homologues. Les grecs reconnaissent néanmoins que les officiers français font preuve d’énergie et de motivation.

Peu à peu la situation s’améliore. En janvier 1912 une nouvelle table d’organisation de l’armée est adoptée. Elle porte l’armée d’active à quatre divisions d’infanterie qui adoptent l’organisation ternaire comme nous l’avons vu.

L’Académie Militaire est réorganisée sur le modèle de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr, l’enseignement privilégiant l’artillerie et le génie par rapport à l’infanterie et à la cavalerie. Le cursus est réduit à 3 ans.

Au printemps 1912 les manœuvres doivent montrer l’efficacité de l’enseignement de la mission militaire française. Les progrès sont nets et si il y à bien quelques défauts à corriger, la réussite des dites manœuvres voit l’armée grecque être à nouveau confiante dans ses capacités. Le message est également envoyé aux pays voisins.

Parmi les principales difficultés signalons le manque de bons sous-officiers qui ne sont pas toujours capables d’exploiter une troupe considérée comme de bon niveau. Les échelons supérieurs de l’armée montrent un certain nombre de lacunes. Le prince Constantin critique au cours d’un diner l’action de la mission militaire française sans la nommer ce qui provoque un incindent diplomatique ce qui oblige le futur Constantin 1er à faire machine arrière le lendemain.

Durant les guerres balkaniques les officiers français restèrent là mais essentiellement dans des postes à l’arrière, laissant aux grecs le commandement des unités d’attaque. La logistique gérée par le colonel Bonnier joua un rôle clé dans les succès grecs et naturellement les quelques problèmes furent le prétexte trouvé par les pro-allemands pour à nouveau critiquer les performances de la mission militaire française.

Les guerres balkaniques terminées, l’armée grecque est réorganisée avec la création de nouvelles divisions et des premiers corps d’armée, le général Eydoux prennant la tête du Corps d’Armée «A» dont l’état-major était implanté à Athènes. Il doit en faire une unité modèle pour permettre à l’armée grecque d’atteindre l’excellence.

Je vais ici faire une nouvelle entorse à ma chronologie en abordant l’évolution des evzones. La mobilisation consécutive à la première guerre des Balkans permet de créer quatre nouveaux bataillons qui se distinguent durant le conflit.

J’ignore si les evzones se considéraient comme des troupes d’élite, des troupes de choc mais ce qui est certain c’est que les pertes notamment parmi les officiers sont à la hauteur de leur grande agressivité au combat notamment parmi les officiers qui commandent de l’avant et sont donc tout autant exposés au feu ennemi que les sous-officiers et les hommes du rang.

A la suite des guerres balkaniques l’armée grecque est réorganisée et les evzones sont désormais regroupés en cinq régiments d’infanterie sur les quarante-deux de l’armée grecque, les régiments d’evzones disposant d’une double dénomination.

Chaque régiment d’evzones est organisé de la même façon que n’importe quel régiment d’infanterie grec à savoir à trois bataillons à quatre compagnies chacune disposant de trois pelotons de combat et un peloton de mitrailleuses.

Le 1er régiment (38ème RI) dépend de la 1ère division d’infanterie stationnée à Larissa, division qui dépend du Corps d’Armée «A» dont l’état-major est installé à Athènes.

Le 2ème régiment (39ème RI) dépend lui de la 3ème division d’infanterie stationnée à Patras, division qui dépend du Corps d’Armée «B» dont l’état-major est installé également à Patras.

Le 3ème régiment (40ème RI) dépend lui de la 9ème division d’infanterie stationnée à Ioannina, division qui dépend du Corps d’Armée «E» dont l’état-major est également installé à Ioannina.

Le 4ème régiment (41ème RI) dépend lui de la 10ème division d’infanterie stationnée à Veroia, division qui dépend du Corps d’Armée «C» dont l’état-major est également installé à Veroia.

Le 5ème régiment (42ème RI) dépend lui de la 13ème division d’infanterie stationnée à Halkis, division qui dépend du Corps d’Armée «A» dont l’état-major est installé dans la capitale grecque.

Les evzones participent naturellement à la première guerre mondiale puis à la guerre gréco-turque prélude à la Grande Catastrophe. Ils se maintiennent dans l’armée grecque et sont toujours là en septembre 1948 quand pour la deuxième fois en trente ans les jeunes grecs doivent retourner au combat même si cette fois le contexte politique est nettement plus serein qu’en 1914.

Quand les italiens déclenchent l’opération CAESAR, les grecs mobilisent sur leur frontière commune avec l’Italie un total de dix divisions d’infanterie, deux divisions de cavalerie, leurs trois bataillons de chars Hotchkiss H-39 ainsi que des unités d’artillerie et du génie.

Ces divisions d’infanterie qui comprennent des unités d’evzones sont répartis entre une Armée d’Epire (1er Corps d’Armée, Corps d’Armée d’Epire et 3ème Corps d’Armée _chaque corps d’armée disposant de deux DI_ plus une divisions de cavalerie et un bataillon de chars Hotchkiss H-39) et une Armée de Macédoine (2ème et 4ème Corps d’Armée, une division de cavalerie et deux bataillons de chars Hotchkiss H-39).

Ces evzones vont combattre les italiens et les allemands, s’attirant le respect et souvent la haine de leurs ennemis.

Leurs pertes sont lourdes mais en arrivant dans le Péloponnèse à la fin de la Campagne de Grèce les fantassins légers grecs pourront garder la tête haute en se disant qu’ils n’ont pas démérité.

Lors de la recréation de l’armée grecque connue sous le nom d’Armée Grecque de Libération (AGL), la question de recréer des unités d’evzones ne se pose pas, le seul débat concernant la forme.

Si certains se prennent à rêver d’une division d’evzones, le débat le plus sérieux oppose ceux partisans de recréer des régiments d’evzones (un par division sur le modèle d’avant-guerre) à ceux voulant mettre sur pied des bataillons indépendants.

Ce sont ces derniers qui l’emporte. Les projets sont ambitieux puisqu’il est question de mettre sur pied pas moins de douze bataillons organisés en un état-major, une compagnie de commandement et de soutien, trois compagnies de combat à quatre sections de combat et une section de mitrailleuses et une compagnie d’armes lourdes.

Finalement seulement huit bataillons seront recrées, des bataillons qui sont clairement des bataillons d’infanterie légère c’est-à-dire capable de mener des missions d’éclairage, de flanquement et de harcèlement mais qui peuvent aussi se targuer d’être utilisés comme unités commandos aux côtés du bataillon sacré et du bataillon d’hoplites de la mer.

Néanmoins les bataillons d’evzones méneront assez peu d’opérations commandos stratégiques et seront surtout utilisés au niveau opératif en attaquant quelques heures avant les unités en ligne pour déstabiliser le dispositif ennemi.

La fin du second conflit mondial ne marque pas la fin des combats pour les evzones puisqu’ils doivent lutter contre les maquisards communistes bien décidés à renverser la monarchie pour établir une démocratie populaire. Utilisés comme bataillons d’intervention, les evzones vont se montrer redoutables.

A la fin de la guerre civile, le nombre de bataillon passera de huit à six puis à quatre, nombre qui n’à pas évolué jusqu’à nos jours malgré de nombreux projets.

Mitteleuropa Balkans (171) Grèce (15)

MARINE ROYALE GRECQUE

Histoire de la marine royale grecque (Βασιλικόν Ναυτικόν Vasilikón Naftikón)

Pavillon royal grec au moment de la restauration monarchique en 1935

Les origines

La marine royale grecque est naturellement née avec le royaume de Grèce d’Othon 1er encore comme nous l’avons vu à propos de l’Italie il arrive parfois qu’une marine précède de quelques mois la naissance de l’état qu’elle est censée servir. C’est néanmoins plus l’exception que la règle.

Les marins grecs peuvent s’appuyer sur une histoire maritime très ancienne qu’il s’agisse des légendaires navires grecs qui allèrent assiéger Troie pour récupérer Hélène, l’épouse d’Agamennon enlevée par Paris, du navire transportant Jason et ses Argonautes à la recherche de la Toison d’Or où encore d’Ulysse errant dès années avant de retrouver sa chère Ithaque et son épouse Pénélope.

Plus historique nous pouvons parler de la bataille de Salamine entre les trières grecques et les galères perses, des affrontements navals entre Athènes et Sparte, du feu grégeois de la marine byzantine qui sauva pendant dès années la capitale Constantinople de l’infamie d’une capture ou encore de l’escadre anglo-franco-russe qui joua un rôle capital dans l’indépendance grecque en défaisant une escadre turco-ottomane à Navarin.

Quand éclate la guerre d’indépendance, les insurgés grecs ne sont pas dépourvus de marine. Ils s’appuient sur les flottes marchandes d’Hydra, de Spetsai, de Poros, de Psara et de Samos.

Ces navires marchands sont armés moins pour faire la guerre que pour se défendre contre une piraterie encore présente dans la Mare Nostrum (Elle ne disparaitra qu’avec la conquête française de l’Algérie).

Leur première mission n’est pas d’écraser la marine ottomane _ils ne sont pas assez puissants pour cela_ mais d’empêcher le ravitaillement et le renforcement des garnisons ottomanes présentes en Grèce continentale et ainsi préserver la révolte.

C’est un succès et pour lutter contre la marine ottomane les grecs utilisent une stratégie du faible au fort en ressuscitant le brulot qui permet la destruction de plusieurs navires de ligne ottomans notamment le navire-amiral de la flotte ottomane à Chios par Kanaris en 1822.

En 1825 les grecs tentèrent même une attaque d’une rare audace contre le port d’Alexandrie où se trouvait la flotte egyptienne de Mehmet Ali mais ce fût un échec, un brusque changement de vent empêchant la réalisation du projet.

Tout en combattant les ottomans et tout en se combattant entre-eux, les grecs essayèrent de mettre sur pied une flotte de guerre digne de ce nom pour protéger leur indépendance toute neuve.

Une frégate moderne baptisée Hellas est construite aux Etats-Unis en 1825 mais elle sera incendiée en 1831 quand l’amiral Miaoulis décide de la saborder plutôt que de la livrer aux russes comme lui avait demandé le gouvernement.

Des navires modernes sont construits en Grèce une fois l’indépendance acquise permettant le remplacement progressif des navires survivants de la guerre d’indépendance.

On se préoccupe également d’obtenir le personnel compétent nécessaire mais il n’y à pas d’académie navale à l’époque, les officiers étant formés à la Scholi Evelpidon, le «St Cyr grec» avant d’être transférés à la marine où ils complètent leur formation sur le tas comme c’était souvent le cas à l’époque.

En 1832 le roi Othon 1er arrive en Grèce à bord de la frégate britannique Madagascar. A l’époque la marine grecque se compose d’une corvette, de trois bricks, de six goelettes, de deux canonnières, deux bateaux à vapeur et de quelques petits navires pour des missions de servitude.

En 1846 une ecole Navale est créée à bord de la corvette Loudovikos. Es-ce le début d’une croissance saine et vertueuse ? Hélas non car la marine grecque est traversée par des querelles entre les tenants de la modernité et les tenants de la tradition.

En gros ceux qui veulent rester au bois et à la voile et ceux qui veulent explorer les bénéfices de la coque en fer et de la vapeur. Cela affecte beaucoup les capacités de la marine grecque tout juste bonne à effectuer de la police des mers et à poursuivre les pirates.

Dans les années 1850 les modernes l’emporte sur les anciens. Le nombre de navires augmentent et en 1855 sont mis en service les premiers navires à coque en fer et à hélice, des navires baptisés Panopi Pliksavra Afroessa et Sfendoni de conception et de construction britannique.

En dépit de ces progrès, la marine grecque est incapable d’assister les insurgés crétois lors de leur révolte contre les ottomans en 1866. De nouveaux navires plus gros et plus modernes sont construits, des bases aménagées. En 1884 une mission navale française dirigée par l’amiral Lejeune introduit un certain nombre d’innovations et participe à la réorganisation de la marine royale grecque.

En 1897 la marine grecque qui s’est équipée de cuirassés modernes venus de France, les Hydra Spetsai et Para parvient à contrôler la mer Egée mais hélas le sort de la guerre se joue sur terre où la marine héllène n’est d’aucun secours.

En 1907 un état-major général est mis sur pied tandis que de nouveaux navires sont acquis pour faire face à la réorganisation et à l’expansion de la marine ottomane.

En 1910 une mission navale britannique dirigée par l’amiral Tuffnel introduit le modèle anglais dans la marine grecque que ce soit pour la gestion des hommes, l’organisation, l’entrainement et la stratégie navale.

La marine royale grecque va jouer un rôle capital dans les deux guerres balkaniques enfin surtout dans la première au cours de laquelle elle va empêcher l’empire ottoman de transférer des troupes entre la partie asiatique et la partie européenne du pays.

La marine grecque s’illustre tout d’abord lors de la Bataille d’Eli le 16 décembre 1912 (NdA calendrier grégorien), un bataille qui à lieu à l’entrée du détroit des Dardanelles. Elle oppose une flotte grecque commandée par contre-amiral Pavlos Kountouriotis et une flotte turque dirigée par le capitaine Ramiz Bey.

Le croiseur cuirassé Georgios Averoff durant le second conflit mondial avec un élégant camouflage

Du côté héllène on trouve le croiseur cuirassé Georgios Averoff, les cuirassés garde-côtes Hydra Spetsai et Psara et quatre destroyers, les Aetos Ierax Panthir et Leon.

Côté ottoman on trouve deux cuirassés, les Barbaros Hayreddin et Turgut Reis, les vieux cuirassés Mesudiye et Âsâr-i-Tevfik, le croiseur protégé Mecidiye et quatre destroyers ( Muavenet-i Milliye, Yadigâr-i Millet, Taşoz et Basra).

Depuis le début de la première guerre balkanique la marine grecque avait adopté une posture agressive alors que la marine ottomane s’était résolue à une stratégie attentiste.

L’amiral Kountouriotis débarque des troupes à Lemnos et conquiert d’autres petites îles. Le 5 novembre 1912 (N.S), l’amiral grec n’hésite pas à envoyer un télégramme à l’amiral turc pour le pousser au combat ! Le 15 décembre 1912, la flotte ottomane quitte les Dardanelles. La bataille à lieu le lendemain et se termine par une victoire grecque décisive. En effet les grecs ont pu capturer les îles de Imbros, Tenedos, Lemnos, Samos, Chios, Lesbos, Thasos, Samothrace et le mont Athos.

La deuxième bataille majeure du conflit à lieu à peine un mois plus tard le 18 janvier 1913 (N.S), la Bataille de Lemnos avec toujours les mêmes protagonistes, les grecs alignant trois cuirassés, un croiseur cuirassé, sept destroyers contre trois cuirassés, un croiseur et cinq destroyers.

Cette bataille à été provoquée par la marine ottomane qui cherchait à reprendre le contrôle de la mer Egée perdu un mois plus tôt à la bataille d’Elli.

Elle tente d’attirer le Georgios Averoff loin du reste de la flotte en coulant un navire et en bombardant Syros mais Kountouriotis ne tombe pas dans le piège.

La flotte ottomane est repérée par les grecs au matin du 18 janvier sur les coups de 08.20 et à 09.45 la flotte grecque appareille de la baie de Moudros, les deux flottes se retrouvant à 12 miles au sud-est de Lemnos, en colonnes convergentes au sud-est. Les échanges de tir commencent à 11.34 à une distance de 8400m.

Aussitôt la colonne grecque tourne à gauche pour réduire à la distance. Peu après le Mecidiye et des destroyers mettent cap au nord-est direction les Dardanelles suivi peu après par le Mesûdiye après que ce dernier eut été sévèrement endommagé par l’Hydra et le Psara.

A 11.54 le Barbaros Hayreddin est touché par une salve de l’Averoff, les dégâts lui impose une prompte retraite. Il est bientôt suivit (12.00) par le Turgut Reis. L’Elli et le Georgia Averoff utilisant leur vitesse supérieure se lancent à la poursuite des navires ottomans pour achever le travail mais à 14.30 la flotte ottomane entre à l’abri des Dardanelles.

Les ottomans ont tiré plus de 800 coups mais leur précision à été calamiteuse avec seulement deux coups au but ! De leur côté les grecs ont été nettement plus adroits, matraquant durement la flotte ottomane.

Ce sera le dernier affrontement naval de la première guerre balkanique, la marine ottomane renonçant à affronter la marine grecque. Le 24 janvier l’aéronavale grecque réalise sa première mission de guerre quand un hydravion Maurice Farman piloté par le lieutenant Michael Moutoussis et par l’enseigne Aristeidis Moraitinis confirme le repli de la flotte ottomane, flotte qu’ils vont attaquer avec quatre bombes. Le vol avait durer 2h20 et avait permis à l’hydravion de franchir 180km, une performance remarquée dans la presse qu’elle soit grecque ou étrangère.

La marine royale grecque dans le premier conflit mondial

Suite aux guerres balkaniques, la rivalité navale entre l’empire ottoman et le royaume de Grèce continue. La marine royale grecque est conçue pour être une force offensive pour capturer les îles ottomanes de la mer Egée.

Les grecs et les ottomans se livrent à une course aux armements à échelle réduite en commandant des cuirassés neufs.

Le Vasilefs Konstantinos, un des deux cuirassés commandés par la Grèce

En raison du déclenchement de la première guerre mondiale, ni l’empire ottoman ni le royaume de Constantin 1er ne recevra de cuirassé, Athènes ayant commandé un cuirassé type Bretagne à la France (navire baptisé Vasilef Konstantinos «Roi Constantin») et un cuirassé à l’Allemagne baptisé Salamis.

Le Salamis lui aussi ne fût jamais mis en service

Les seuls cuirassés grecs disponibles en 1914 étaient les derniers prédreadnought américains, les Mississippi et Idaho rebaptisés Kilkis et Lemnos. Du côté ottoman, l’arrivée du Goeben allemand fût une bénédiction pour la Sublime Porte.

Aux côtés des cuirassés on trouve quelques croiseurs et surtout des destroyers dont certains atteignent déjà les 1000 tonnes, un tonnage impensable quelques années plus tôt et qui à du faire sursauter d’effroi les tenants de la Jeune Ecole pour qui small is beautiful. On trouve même deux sous-marins.

Dans un premier temps la Grèce veut conserver sa neutralité mais très vite les dissensions apparaissent entre le roi Constantin 1er et son premier ministre Eleftherios Venizelos, le premier par culture et par liens familiaux (il est le beau-frère de Guillaume II) se sentant plus proche des Empires Centraux alors que le second est nettement plus favorable à l’Entente.

C’est le début du processus qui allait conduire au Schisme National entre un gouvernement légal à Athènes aux mains du roi et un gouvernement «rebelle» à Thessalonique. Pour faire pression sur le gouvernement grec, la France saisit la flotte grecque au moment de ce qu’on à appelé la Noemvriana («Vêpres Grecques»).

Ces navires vont être utilisés pour des patrouilles et des escortes en mer Egée et ce jusqu’en juillet 1917 quand suite à l’entrée de guerre de la Grèce aux côtés des alliés les navires sont rendus au gouvernement Venizelos. En 1917, la marine royale grecque affiche le visage suivant :

-Cuirassés Kilkis et Lemnos

-Cuirassés garde-côtes Hydra Psara Spetsai

-Croiseur cuirassé Georgios Averoff

-Croiseur protégé Elli

-Croiseur protégé Navarchos Miaoulis

Sous-marins Delfin et Xifias

-Destroyers Aspis Doxa Niki Velos Lonchi Nafkratousa Sfendoni Thyella Aetos Ierax Leon Panthir Keravnos et Nea Genea.

La marine grecque pro-alliée va participer aux opérations en mer Egée puis dans l’immédiat après guerre soutien l’amiral Denikine dans la guerre civile russe notamment en Crimée puis participe à la guerre greco-turque entre 1919/1922.

Mitteleuropa Balkans (168) Grèce (12)

Grande idée et Grande catastrophe

Megali Idea

En jaune les territoires revendiqués par la Grèce et notamment Eleftherios Venizelos

La Grande Idée est une théorie politique du 19ème siècle qui visait à regrouper dans un même état ayant pour capitale Constantinople tous les grecs dispersés dans tout le bassin oriental de la Méditerranée et jusqu’aux rives de la mer Noire. Le terme à été pour la première fois utilisé par Ioannis Koléttris, premier ministre du très impopulaire Othon 1er en 1844.

Cette idée à irrigué à infusé la politique intérieure et extérieure grecque jusqu’aux années soixante-dix. De temps à autre on assiste à quelques résurgences de cette idée mais elle est désormais ultra-minoritaire et n’est défendue que par quelques partis extrémistes.

Très vite cette idée se heurte à un certain nombre d’écueils. En effet si toutes les populations de culture grecque sont de confession orthodoxe, elles ne parlent pas tous le grec. Cela est une faiblesse majeure de la théorie de la Grande Idée car si on s’appuie sur l’orthodoxie, cela torpille l’argument principal de regrouper tous les grecs dans un état. De plus comme on l’à vu plus haut l’intégration des habitants des territoires acquis après les guerres balkaniques s’est fait de manière houleuse.

Cette idée à aussi des implications culturelles. On assiste à une volonté de purifier, de moderniser la langue grecque. Cela est vu comme un moyen de renforcer, de consolider un Etat qui reste encore très fragile car très récent.

Pour Athènes puissance secondaire le meilleur moyen de réaliser la grande idée est de profiter de la moindre occasion. Comme la région est empoisonnée par la Question d’Orient, le gouvernement grec va tenter de pousser ses pions dès que la région s’embrase.

La Guerre de Crimée constitue la première occasion pour s’emparer de nouveaux territoires mais c’est un échec cuisant puisque les français et les britanniques occupent le port du Pirée de mars 1854 à février 1857.

A noter qu’une légion grecque combat aux côtés des russes à Sébastopol ce qui explique peut être l’occupation du port d’Athènes par les franco-britanniques.

En mai 1864 la Grèce intègre les îles ioniennes quand les britanniques renoncent à leur protectorat sur la République des Sept Iles. C’est un cadeau fait à Georges 1er, le nouveau roi des héllènes.

En 1878 le Traité de San Stefano créé une Grande Bulgarie sous influence russe. La Grèce n’est pas conviée aux discussions contrairement à celles aboutissant à un traité de Berlin nettement moins favorable à Sofia. Trois ans plus tard le Traité de Constantinople permet à Athènes d’intégrer la Thessalie et l’Epire.

Il faudra ensuite attendre les deux guerres balkaniques pour que la Grèce connaisse un nouvel agrandissement territorial. C’est notamment le cas en Macédoine où dès les années 1890 la Grèce avait tenté d’agiter la région pour provoquer son détachement de l’empire ottoman et son intégration au royaume.

C’est une politique risquée non seulement parce que cela risquait de provoquer une guerre avec l’empire ottoman mais en plus parce que cela pouvait mécontenter la Serbie et la Bulgarie qui regardaient avec gourmandise la région en question.

Une révolte pilotée par la Bulgarie échoue en 1903 tout comme les révoltes pilotées par les grecs en 1904 et 1907 avec à chaque fois une crise diplomatique avec la Sublime Porte.

En juillet 1908 à lieu la Révolution Jeune-Turque par de jeunes officiers voulant mettre fin au déclin de l’empire ottoman.

La Crète en profite pour proclamer son enosis avec le Royaume de Grèce mais Athènes est trop faible pour obtenir la reconnaissance internationale de cet état de fait. Voilà pourquoi l’annexion de la Crète par la Grèce ne sera reconnue par Constantinople qu’à l’issue des deux guerres balkaniques.

En 1910 Eleftherios Venizelos arrive au pouvoir. Crétois il avait participé à la révolte de Therissos en 1905 qui avait aboutit au départ du Prince Georges, haut-commissaire en Crète.

Partisan convaincu de la Grande Idée, il arrive au pouvoir suite à des élections mais dans le contexte troublé par le coup de Goudi. Pour réaliser la Megali Idea il se lança dans une politique volontariste de modernisation et dans une politique étrangère centrée sur une alliance avec les autres états de la région.

Suite à la première guerre balkanique, la Grèce s’empare de Chios, de Lesbos, de Samos, de l’Epire avec sa capitale Ioannina. Ces annexions sont reconnues par le traité de Londres de mai 1913.

Comme nous le savons le partage des dépouilles ottomanes va générer un deuxième conflit entre la Bulgarie, ses anciens alliés et l’empire ottoman bien décidé à prendre sa revanche.

Parmi les sources de discorde figurent encore et toujours la question de la Macédoine que revendiquent la Serbie, la Macédoine et la Bulgarie. Cette dernière va ainsi lancer une attaque préventive pour s’emparer de cette région en partie peuplée de bulgarophones mais isolée, elle sera écrasée.

Le traité de Bucarest signé en août donne à la Grèce Thessalonique et la Macédoine du Sud mais Athènes n’à pu empêcher ni la Bulgarie d’obtenir une fenêtre sur la mer Egée ni la création de l’Albanie ce qui la prive de l’Epire du Nord.

Tous ces territoires conquis ne sont pas exclusivement peuplés de grecs. De plus la Grande Idée à fracturé la société et la classe politique grecque, cette théorie étant utilisé par la classe politique grecque comme un dérivatif pour faire oublier les problèmes économiques et sociaux.

La défaite de l’empire ottoman dans le premier conflit mondial semblait être l’occasion rêvée, imanquable pour réaliser la Grande Idée mais cela va au contraire conduire à l’une des pires catastrophes de l’histoire grecque.

Le traité de Sèvres

Le Traité de Sèvres signé le 10 août 1920 est la conséquence directe de l’Armistice de Moudros signé le 30 octobre 1918.

Cet armistice est négocié uniquement par les britanniques qui refuse la présence des français craignant soit des conditions trop durs ou pour priver Paris de toute zone d’influence dans la région.

C’est à bord du HMS Agamennon que l’armistice de Moudros à été négocié

Les négociations sont menées à bord du cuirassé HMS Agamennon à partir du 27 octobre et aboutissent trois jours plus tard. Il est signé à Moudros sur l’île grecque de Lemnos.

Les hostilités sont naturellement suspendues, l’empire ottoman renonce à toute présence militaire au Héjaz, au Yémen, en Syrie, en Mésopotamie, en Tripolitaine et en Cyrenaïque. Les alliés peuvent occuper les détroits des Dardanelles et du Bosphore, Batoumi et les tunnels des Monts Taurus.

Les vainqueurs peuvent occuper à titre de gage et pour prévenir tout désordre six provinces arméniennes dans le nord-est de l’Anatolie. L’armée ottomane est démobilisée après avoir évacué Batoumi, Kars, Ardahan et l’Azerbaïdjan.

Le traité de Sévres à été signé mais non ratifié. Il prévoyait que l’empire ottoman renonce à ses provinces arabes et africaines. Les pertes territoriales sont très lourdes. Par exemple en Europe le territoire de ce nouvel empire ottoman se limite à Constantinople et son voisinage immédiat.

Une Grande Arménie voit le jour tout comme une province kurde autonome, les détroits turcs sont démilitarisés.

Les villayets de Van, Bitlis et Trebizonde intègrent la république indépendante d’Arménie, la France occupe la Syrie avec une frontière bien plus au nord que l’actuelle et obtient une zone d’influence comprenant la Cilicie avec Adana, zone s’étendant jusqu’au nord de Sivas.

L’Italie occupe Antalya et sa région plus une zone d’influence allant de Bursa à Kayserie en passant par Afyankarahisar. La Grèce obtient Smyrne et sa région (un plébiscite est prévu en 1925), la Thrace orientale avec Andrinople et Gallipoli plus les îles d’Imbros et de Tenedos.

Les provinces arabes sont transformées en mandat de la SDN. La nouvelle Turquie peut être considéré comme un état croupion puisque elle passe de 1.78M de km² à 490000 km². De plus les territoires laissés sont pauvres et de sérieuses contraintes financières limitent toute possibilité de développement.

De plus le nouvel état ne peut posséder d’armée même réduite mais une gendarmerie. La police, le système fiscal, les douanes, les eaux et les forêts, les écoles sont sous contrôle allié !

Dès mai 1919 débute la guerre d’indépendance turque avec Mustapha Kemal qui se termine par une victoire en octobre 1922. Cela permet à la Turquie de signé le Traité de Lausanne le 24 juillet 1923 et deux ans plutôt le Traité de Kars en octobre 1921 avec l’URSS.

La guerre greco-ottomane et la grande catastrophe

Avant même la signature du traité de Sèvres une partie des turcs refuse un tel dépeçage de l’empire ottoman.

De mai 1919 à octobre 1922 les grecs vont affronter les révolutionnaires turcs dirigés par Mustafa Kemal le futur Atatürk.

Le Traité de Lausanne va faire perdre à la Grèce tous ses gains du traité de Sèvres sauf les îles de la mer Egée. Un dramatique échange de population à lieu avec 1.3 millions de grecs de Turquie partent vers l’ouest et 385000 turcs prennent le chemin inverse.

Au cours de la Conférence de Paris l’Italie outrée que ses intérêts au Proche-Orient ne soient pas respectés quitte la conférence. Cela fait les affaires de la Grèce qui peut débarquer des troupes à Smyrne le 15 mai 1919. Ce débarquement discrédite définitivement le sultan ottoman et renforce le mouvement révolutionnaire turc.

Ce débarquement grec est la réponse selon Athènes aux massacres des grecs du Pont et de l’Anatolie. Cet argument est contesté par les alliés et contesté par les turcs.

De mai 1919 à octobre 1920 les grecs se contentent de consolider leur emprise sur leur zone d’influence en Anatolie et sur la côte ionienne.

D’octobre 1920 à août 1921 les grecs attaquent les turcs de Mustafa Kemal, ces derniers résistent, bénéficient du soutien de la France, de l’Italie et de l’URSS et peuvent contre-attaquer. Cela aboutit à une défaire grecque en octobre 1922, prélude à la Grande Catastrophe.

Le 15 mai 1919, 20000 soldats héllènes de la 1ère division débarquent à Smyrne. Ils sont débarqués et soutenus par des navires grecs, français et britanniques. Pour Athènes Smyrne et sa régions sont des terres grecques qui doivent intégrer le royaume mais cet état de fait est contesté par les turcs et même par les alliés. Il semble en réalité que seule la ville soit grecque (et encore) et que son hinterland soit surtout peuplé de turcs.

Dès le premier jour des combats sporadiques ont lieu provoquant 300 à 400 morts côté turc et une centaine chez les grecs.

Si certains à Athènes ont pu pensé à une promenade militaire ils ont du être vite dégrisés. Comme souvent dans ce genre de conflit un terrible cycle d’attentats, de répresailles et de nouveaux attentats qui se met en place.

A J+7 (22 mai), les grecs commencent à occuper l’hinterland de la ville de Smyrne et se heurtent à des soldats turcs qui ne savent plus sur quel pied danser. Si le gouvernement ottoman _le seul reconnu par la communauté internationale_ leur à ordonné de ne pas résister, nul doute que leur patriotisme et leur éthique professionnelle leur dicte de combattre des troupes qui ne peuvent être considérées que comme des envahisseurs sans compter leur passif entre grecs et ottomans.

Au printemps et à l’été 1920, les grecs lancent de vigoureuses offensives. A l’époque l’armée héllène est encore soutenue par les alliés et surtout le personnel notamment de commandement est expérimenté. En face l’armée ottomane est en pleine déliquescence et le mouvement révolutionnaire turc est motivé mais peu entrainé et peu armé.

Les grecs occupent l’ouest et le nord-ouest de l’Asie Mineure. Parallèlement des combats ont lieu en Thrace. Peu à peu les grecs relèvent des unités françaises, Paris estimant avoir autre chose à faire que d’occuper cette région à moins que le gouvernement français ne pressent le traquenard qui monte peu à peu.

Le traité de Sèvres signé le 10 août 1920 est une amère déception pour la Grèce qui voit la région de Smyrne placée simplement sous son administration avec l’organisation en 1925 d’un plébiscite pour connaître le choix final des habitants. Détail intéressant ni les grecs ni les ottomans veulent ratifier ce traité qui ne satisfait personne.

En octobre 1920 les grecs s’avancent en Anatolie avec le soutien britannique. Lloyd George n’est pas un partisan de la Grande Idée mais veut surtout faire pression sur les ottomans pour que ces derniers ratifient le traité de Sèvres.

C’est alors que la machine militaire grecque se grippe. Suite à sa défaite électorale Venizélos doit quitter le pouvoir. De plus la mort prématurée du pauvre roi Alexandre 1er laisse augurer d’une possible, que dis-je d’une probable restauration de Constantin 1er dont on connait clairement le passif l’opposant à l’homme politique crétois.

Avant même le retour du beau-frère de Guillaume II sur le trone des hellènes, le personnel militaire vénizéliste est remplacé par un personnel monarchiste moins expérimenté et/ou moins compétent.

Les turcs se sachant militairement inférieurs refusent d’abord le combat, échangeant de l’espace contre du temps. Leur retraite ordonnée aurait du mettre la puce à l’oreille des grecs mais ces derniers ivres de leurs succès continuent de s’enfoncer sur les plateaux anatoliens prolongeant une guerre qu’ils avaient pourtant promis de terminer.

Les signaux d’alarme se multiplient notamment le plus inquiétant à savoir le fait que les alliés promettent de retirer leur soutien politique et militaire si Constantin 1er était restauré. En dépit de cette menace, les grecs plébiscitent le retour au pouvoir du troisième roi de Grèce (après Othon 1er et George 1er). Conséquence logique, les vénizélistes ou ceux ayant à craindre du nouveau régime préfèrent prendre le chemin de l’exil.

A cette époque l’armée grecque avait atteint la ville d’Eskisehir à environ 200km à l’ouest d’Ankara, la nouvelle capitale turque. Une résistance ferme et décidée de la nouvelle armée turque oblige les grecs à se replier.

Une nouvelle campagne est lancée au début de l’année 1921. Si la première bataille d’Inonü est une victoire grecque (9 au au 11 janvier), la seconde du 26 au 31 mars est une victoire turque non sans lourdes pertes des deux côtés.

Dès la première bataille d’Inonü, les alliés sentent que le vent tourne et propose une révision du traité de Sèvres.

Une conférence réunie à Londres en février et mars 1921 est un échec mais détail qui n’en est pas un, le gouvernement ottoman et les révolutionnaires turcs de Mustafa Kemal sont représentés.

L’échec de la conférence de Londres s’explique en grande partie par le fait que les grecs sont encore persuadés de pouvoir l’emporter avec le soutien de la Grande-Bretagne même si se soutien est plus tacite qu’autre chose.

En mars 1921 nouveau signal d’alerte pour Athènes, les français et les italiens signent un traité de paix avec les turcs et vont même jusqu’à fournir armes et renseignement au futur Atatürk. Il s’agit de contrer une Grèce qui est désormais vue comme un client de la Grande-Bretagne.

En juillet 1921 un accord franco-turc voit la France évacuer la Cilicie et autorise des livraisons substansielles d’armes.

Du 10 au 24 juillet à lieu la bataille d’Afyonkarahisar. C’est une victoire grecque mais une victoire à la pyrrhus avec des turcs se repliant en bon ordre. Lors de la bataille de Sakarya du 14 août au 13 septembre, les grec attaquent mais les turcs leur opposent une résistance farouche.

Les deux adversaires sont clairement épuisés. Les grecs sont certes parvenus à moins de 50km d’Ankara mais ils sont épuisés et affamés. De plus leurs longues lignes de communication les rendent très vulnérables au point qu’ils préfèrent se replier. Athènes demande l’aide de Paris et de Rome mais sans surprise les deux sœurs latines refusent.

Les turcs ont clairement pris l’ascendant alors que les grecs sont épuisés et démoralisés. La logique, le bon sens militaire auraient du conduire les grecs à se replier autour de Smyrne mais au lieu de cela les militaires grecs sombrent dans le plus complet irréalisme en planifiant une offensive sur Constantinople !

Le 26 août 1922 les turcs lancent leur grande offensive. Ils remportent une bataille décisive à Dumlipinar quatre jours plus tard, bataille qui fait suite à celle de Sokaya (début le 14 août fin des derniers combats le 13 septembre).

La moitié de l’armée grecque est capturée ou tuée, l’équipement entièrement perdu. Deux généraux grecs sont mêmes capturés. L’avancée turque est ensuite rapide et Smyrne tombe le 9 septembre 1922.

Les britanniques veulent résister aux côtés des grecs mais les français et les italiens refusent et évacuant la région de Constantinople et des détroits turcs.

Le 13 septembre 1922 la ville de Smyrne/Izmir est ravagée par un incendie dont les causes sont aujourd’hui encore disputées. Des arméniens et des grecs sont massacrés tandis que d’autre tentent de fuir en prennant d’assaut les navires étrangers présents dans le port.

Le 11 octobre 1922 l’Armistice de Moudanya est signé. Les franco-britannico-italiens gardent le contôle de la Thrace orientale et du Bosphore, les grecs évacuent ces régions. L’accord est appliqué à partir du 15 soit au lendemain de l’accord grec.

De cet armistice va découler le Traité de paix de Lausanne signé le 24 juillet 1923 et entré en vigueur le 6 août 1924.

Les alliés reconnaissent le régime d’Ankara comme le régime turc légitime. Mustafa Kémal et son gouvernement reconnaissent la perte de Chypre, du Dodécanèse, de la Syrie, de la Palestine, de la Jordanie, de l’Irak et de l’Arabie. Les alliés abandonnent les projets de Grande Arménie et d’autonomie d’un état kurde. La Turquie du traité de Lausanne est la Turquie actuelle moins le sandjak d’Alexandrette qui sera rétrocédé par la France en 1939 pour éviter une entrée en guerre turque aux côtés des allemands au moment de la guerre de Pologne.

Le traité prévoit également des échanges de population et tous les mécanismes de contrôle de la souveraineté turque sont abolis moins le contrôle des détroits qui sont internationalisés. Le régime des Capitulations est également abolit. Des échanges de population vont avoir lieu (ils ont en réalité déjà commencé dans des circonstances dramatiques).

Entre-temps le 11 novembre 1922 la péninsule de Gallipoli à été évacuée par les grecs. La Grande Catastrophe provoque une terrible secousse en Grèce et notamment en ce qui concerne la vie politique déjà agitée du pays. Huit responsables politiques et militaires sont traduits devant la justice et six d’entre-eux (d’où le nom de Procès des Six) sont condamnés à mort et exécutés (27 novembre 1922).

Deux mois plus tôt le 27 septembre 1922 Constantin 1er avait définitivement abdiqué en faveur de son fils ainé Georges II mais comme nous le verrons dans la partie suivante pour peu de temps.

Mitteleuropa Balkans (165) Grèce (9)

La naissance d’une nation

Les constitutions grecques

Constitution du 30 mars 1844

Othon 1er

Durant la guerre d’indépendance grecque plusieurs textes constitutionnels sont publiés mais quand il arrive au pouvoir en 1832 Othon 1er de culture absolutiste refuse le texte de 1832 et va gouverner pendant plus de dix ans sans constitution. Le 15 septembre 1843 la garnison d’Athènes se soulève pour réclamer une constitution ce qu’elle obtient l’année suivante avec l’assemblée dite du 3 septembre qui va rédiger la Constitution du 30 mars 1844 (18 mars dans le calendrier julien).

Cette constitution va être organisée en douze chapitres, le chapitre premier consacré à la religion, le chapitre II consacré au droit public des grecs, le chapitre III consacré à la forme du gouvernement, le chapitre IV consacré au roi, le chapitre V consacré au mécanisme de succession et de la régence, le chapitre VI consacré à la Chambre des Députés et du Sénat, le chapitre VII consacré à la Chambre des députés, le chapitre VIII consacré au Sénat, le chapitre IX consacré aux ministres, le chapitre X consacré au pouvoir judiciaire, le chapitre XI consacré aux dispositions générales et le chapitre XII destiné aux dispositions particulières.

Le chapitre premier concerne les deux premiers articles, le chapitre concerne les articles 3 à 14 avec l’égalité devant la loi, le respect des droits individuels et collectifs, l’interdiction du servage et de l’esclavage, la liberté de la presse, le droit à l’éducation, le droit de propriété ou encore le secret de la correspondance.

Le chapitre III concerne les articles 15 à 21 et impose la séparation des pouvoirs avec la répartition entre pouvoir exécutif, pouvoir législatif et pouvoir judiciaire.

Le chapitre IV couvre les articles 22 à 36 et concerne les pouvoirs du roi qui sont importants mais qui sont limités. Il sanctionne et promulgue les lois, convoque l’assemblée et le sénat en séances ordinaires et extraordinaires. Il possède le droit de grâce (à l’exception de ses ministres), peut proposer l’amnistie (après accord du ministre de la Justice), il peut battre monnaie, bénéficie d’une liste civile.

Le chapitre V couvre les articles 37 à 35 et concerne la succession au trône et la régence. La couronne hellène est héréditaire et transmissible aux descendants légitimes d’Othon 1er par ordre de primogéniture (article 37) puis de ceux de ses frères toujours par ordre de primogéniture (article 38).

En l’absence de tout héritier du trône le roi en fonction nomme son successeur du consentement de la Chambre des députés et du Sénat convoqués à cet effet avec 2/3 de chaque chambre et une majorité des 2/3 des membres présents.

Le roi doit être de religion orthodoxe (article 40), les couronnes de Bavière et de Grèce ne peuvent être réunies sur la même tête (article 41), la majorité du roi est fixée à 18 ans accomplis (article 42) et prête serment dans un délai de deux mois devant les deux assemblées réunies (article 43). En cas d’absence de successeur ou si le nouveau roi est mineur ou absent, une régence est mise en place (article 44). En cas de vacance du trône, régent grec et de religion orthodoxe est élu par les deux assemblées réunies par un seul corps.

Le chapitre VI qui va des articles 46 à 58 concerne la Chambre des Députés et du Sénat, répartissant les pouvoirs entre les deux assemblées. Les élus bénéficient d’une immunité parlementaire notamment durant les sessions. Les deux assemblées votent le budget chaque année.

Le chapitre VII (articles 59 à 68) concerne la Chambre des Députés qui sont élus dans chaque province proportionnellement à sa population avec un nombre minimal de 80. Ils sont élus au suffrage censitaire pour trois ans (article 62).

Pour être éligible il faut être citoyen grec établi en Grèce et jouir des droits civils et politiques, être âgé de trente ans accomplis et posséder les autres conditions requises par la loi électorale (article 63). Un député ne peut être ministre en même temps ce qui impose une nouvelle élection (article 64), chaque député recevant une indemnité mensuelle de 250 drachmes pendant la durée des travaux législatifs (article 67)

Le chapitre VIII (articles 69 à 79) concerne le Sénat qui sont nommés à vie par le roi. Le nombre minimal est fixé à vingt-sept avec un âge minimal de 40 ans, être de citoyen grec et avoir été nommé à une fonction politique ou militaire. Les princes du sang et l’héritier du trône sont membres à l’âge de 18 ans mais avec voix délibérative à partir de 25 ans. Le Sénat ne peut se réunir hors de la session de la Chambre des Députés. L’indemnité est fixée à 500 drachmes par mois.

Le chapitre IX (articles 80 à 85) concerne les ministres. L’article 80 prévoit qu’aucun membre de la famille royale ne puisse être nommé ministre. Les ministres peuvent être mis en accusation devant la chambre des Députés et jugés par le Sénat. Seul le Sénat peut autoriser le roi à gracier

Le chapitre X (article 86 à 96) concerne le pouvoir judiciaire rendu au nom du roi. Les juges sont nommés à vie, les procureurs du roi, les substituts ainsi que les juges de paix ne jouiront pas de l’inamovibilité. Les audiences sont publiques et le jury maintenu.

Seul autre emploi public que les juges peuvent accepter est celui de professeur à l’université. Des lois spéciales seront votées pour mettre en place la justice militaire et réglé les conditions d’admissibilité dans l’ordre judiciaire.

Le chapitre XI couvre les articles 97 à 103 et concerne les dispositions générales alors que le chapitre XII couvrant les articles 104 à 106 concerne des dispositions particulières.

Constitution du 28 novembre 1864

Georges 1er

La Constitution du 28 novembre 1864 (calendrier grégorien 16 novembre selon le calendrier julien) est mise en place après le renversement d’Othon 1er le 22 octobre 1862 et l’élection du prince Guillaume de Danemark qui devient Georges 1er de Grèce. Cette constitution intègre les îles ioniennes jusqu’ici protectorat britannique et impose le suffrage universel masculin. Cette constitution sera profondément révisée en 1911.

Elle est divisée en onze chapitres, le chapitre I concernant la religion, le chapitre II concernant le droit public des hellènes, le chapitre III concernant les pouvoirs, le chapitre IV concerne le Roi, le Chapitre V concerne la succession au trône et de la régence, le chapitre VI concerne la chambre des députés, le chapitre VII concerne les ministres, le chapitre VIII concerne le Conseil d’Etat, le chapitre IX concerne le pouvoir judiciaire, le chapitre X concerne les dispositions générales et le chapitre XI concerne les dispositions particulières.

Le chapitre I couvre les deux premiers articles alors que le chapitre II va des articles 3 à 20 et concerne les différents droits et devoirs des citoyens. Les citoyens grecs ont la liberté d’expression, la liberté de réunion, la liberté de la presse, l’esclavage et le servage étant clairement interdits, au serment peut être imposé et l’Etat à un devoir d’éducation auprès des citoyens. La peine de mort en matière de délits politiques est abolie tout comme la torture. Les citoyens grecs bénéficient du secret de la correspondance.

Le chapitre III concerne les pouvoirs et couvre les articles 21 à 28, ces articles définissant les champs de compétence entre pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires.

Le chapitre IV couvre les articles 29 à 45 et concerne le roi qui est une personne irresponsable et inviolable, ses actes doivent être contresignés par un ministre (qui est nommé et révoqué par le roi),

le roi est le chef de l’état et le chef des armées, nomme aux emplois publics, promulgue les ordonnances nécessaires pour l’exécution des lois, sanctionne et promulgue les lois, convoque la chambre des Députés, peut ajourner ou proroger la session, possède le droit de grâce, peut battre monnaie conformément à la loi, possède une liste civile et doit préter serment à la constitution.

Le chapitre V (articles 45 à 53) concerne les régles de succession et de la régence. Ces règles sont similaires à celle de la constitution précédente.

Le chapitre VI (articles 54 à 76) concerne la chambre des Députés qui est élue au suffrage universel direct pour 4 ans au scrutin secret avec des boules pour désigner leurs préférences. Les députés représentent la nation et non la province dont ils viennent. Le nombre est fixé proportionnellement à sa population, le nombre ne pouvant excéder 150. Il faut être citoyen héllène au moins deux ans avant son élection et être âgé de 30 ans. Les députés ne peuvent cumuler un mandat et un emploi public.

Les députés reçoivent une indemnité de 2000 drachmes pour chaque session ordinaire (simple défraiment en cas de prolongation).

Le chapitre VII (articles 77 à 82) concerne les ministres selon les règles de la constitution précédente.

Le chapitre VIII (article 83 à 86) concerne le Conseil d’Etat qui est un conseil consultatif siégeant à Athènes pour préparer et examiner les projets de loi. Aucun projet ne peut présenté devant la Chambre des Députés sans avoir été examiné par le Conseil d’Etat. Ils sont au minimum quinze et au maximum vingt. Chaque conseiller touche sept milles drachmes par an. Ils sont nommés par le roi (ces articles ont été abolis par la loi du 7 décembre 1865).

Le chapitre IX (articles 87 à 97) concerne le pouvoir judiciaire, le chapitre X (articles 98 à 103) concerne les dispositions générales alors que le chapitre XI concerne les dispositions particulières (articles 104 à 110).

Constitution du 1er juin 1911

Eleftherios Venizelos

En 1911 sous l’impulsion du premier ministre Elefthérios Venizelos, la constitution de 1864 est profondément réformée. C’est la Constitution du 28 novembre 1864 modifié 1911.

Elle comprend dix chapitres, le premier concerne la religion, le deuxième concerne le droit public des hellènes, le chapitre III les pouvoirs publics, le chapitre IV le roi, le chapitre V sur la succession au trône et la Régence, le chapitre VI la Chambre des Députés, le chapitre VII les ministres, le chapitre VIII le pouvoir judiciaire, le chapitre IX la cour des comptes et le chapitre X les dispositions générales.

Ce texte est la conséquence du Coup de Goudi, un nouveau coup d’état militaire mené dans la nuit du 15 août 1909. Cinquante amendements modifient profondément la constitution qui est promulguée le 1er juin 1911.

Le chapitre I concernant la religion couvre les deux premiers articles du texte, le chapitre II concernant le droit public des héllènes couvre les articles 3 à 20 avec les droits et devoirs des citoyens héllènes (les modifications sont assez mineures mais limitent les potentiels abus signe que le texte d’origine ou du moins sa pratique n’était pas parfait ).

Le chapitre III concernant les pouvoirs publics couvre les articles 21 à 28 et répartis les différents pouvoirs. La seule modification concerne l’interdiction d’une nouvelle présentation d’un texte rejeté par un des acteurs du pouvoir législatif.

Le chapitre IV qui couvre les articles 29 à 44 concerne le roi sa personne, ses pouvoirs, les limites de ses responsabilités.

Le texte de 1911 par rapport à celui de 1864 limite les nominations potentielles pour le roi, il ne peut le faire que dans le cadre de la loi. La dissolution est également encadrée notamment le delai pour la convocation de nouvelles élections. Même jour pour l’ajournement de la session de la chambre.

Le chapitre V qui couvre les articles 45 à 53 et concerne les règles de succession et une potentielle régence. La seule modification concerne la mise en place de la régence en cas de voyage du roi en dehors du royaume.

Le chapitre VI (articles 54 à 76) concerne la chambre des députés . Les modifications concerne une durée minimale pour la session (trois mois minimum), l’égalité de vote (égalité = le texte est repoussé), une loi abrogée ne peut être rétablie, le Chambre des Députés vérifie que le budget à bien été exécuté. Elle est toujours élue au suffrage universel direct et secret, l’âge d’éligibilité est abaissé à 25 ans révolus et un député ne peut être également fonctionnaire.

Le chapitre VII (articles 77 à 86) concerne les ministres et les modifications sont du niveau cosmétique sans modifications majeures. A noter que la constitution de 1911 rétablit les articles 83 à 86 de la constitution de 1864 concernant le Conseil d’Etat, articles qui avaient été supprimés par la loi du 7 décembre 1865.

Le chapitre VIII (articles 87 à 97) concernent le pouvoir judiciaire. Comme pour le titre précédent les modifications sont assez limitées. Ce chapitre ne permet pas la constitution de tribunaux extraordinaires hors vote d’une loi spécifique.

Le chapitre IX (articles 98) concerne la cour des comptes alors que le chapitre X concerne des dispositions générales (articles 99 à 111) qui couvre aussi bien les questions militaires que la question des élections locales ou la langue officielle. L’article 108 interdit toute révision intégrale de la Constitution mais il est prévu une révision des dispositions fondamentales d’ici dix ans.

Constitution républicaine du 3 juin 1927

Le 25 mars 1924 la république héllénique est proclamée. Il faudra attendre le 3 juin 1927 pour qu’une nouvelle constitution soit officiellement adoptée alors qu’entre-temps le général Pangalos avait commis un coup d’état en mars 1926 avant d’être renversé dès le mois d’août.

Ce texte comprend pas moins de quatorze chapitres. Le chapitre 1 concerne la religion et l’Eglise, la chapitre 2 la forme et les bases du régime, le chapitre 3 le droit public des héllènes, le chapitre 4 le pouvoir législatif, le chapitre 5 le président de la République, le chapitre 6 concerne le gouvernement et les ministres, le chapitre 7 le pouvoir judiciaire, le chapitre 8 la justice administrative, le chapitre 9 la cour des Comptes, le chapitre 10 l’autonomie administrative et la décentralisation, le chapitre 11 l’administration du mont Athos, le chapitre 12 les dispositions générales, le chapitre 13 les dispositions transitoires alors que le chapitre 14 concerne «la vigueur et la modification de la Charte».

Ce texte s’inspire des lois constitutionnelles françaises de 1875 soit un régime parlementaire avec un pouvoir exécutif très faible. Une vie politique troublée ne permet pas vraiment à ce texte de s’appliquer.

Ioannis Metaxas

Le 10 octobre 1935 un coup d’état monarchiste permet la restauration de Georges II et le rétablissement de la constitution de 1911 mais pour peu de temps avec la dictature du général Metaxas (Régime du 4 août 1936).

A sa mort en 1941 une période de flou constitutionnel apparaît, flou qui va durer jusqu’en 1943, Georges II semblant hésiter entre un retour à une vraie démocratie et le maintien d’un régime autoritaire.

En mars 1944 il nomme le général Vastotris comme premier ministre et protecteur du royaume. Ce dernier obtient du roi la nomination d’une chambre consultative qui avalise une série de Décrets Constitutionnels qui va être la «Constitution» de la Grèce jusqu’à l’invasion italo-allemande.

Ces décrets puisent dans les constitutions de 1864, de 1911 et de 1927 maintenant un régime autoritaire mais ouvrant une certaine libéralisation ce qui laisse augurer à certains grecs qu’un retour de la démocratie est possible, retour qui ne se fera qu’après la libération du pays (Constitution de 1956).

Revenons à cette constitution de 1927 après cette parenthèse. Le chapitre premier comprend un article unique qui reconnaît la place première de l’Eglise orthodoxe tout en imposant une liberté de conscience inviolable.

Le chapitre II concerne la forme et les bases du régime (articles 2 à 5) avec l’identification de la Grèce comme une république parlementaire avec un parlement bicaméral, un président et des ministres. Le pouvoir judiciaire est indépendant.

Le chapitre III (articles 6 à 27) concerne les droits et les devoirs des citoyens grecs, le chapitre IV (articles 28 à 66) concerne le pouvoir législatif qui est partagé entre le gouvernement, la Chambre et le Sénat.

La Chambre des députés se compose de députés élus au suffrage universel direct et secret, les élections ayant lieu simultanément sur tout le territoire. Le nombre de députés ne peut être inférieur à 250 et les sièges vacants sont pourvus par des élections complémentaires

Les députés sont élus pour quatre ans, les élections devant avoir lieu dans les 45 jours uivent l’expiration de la précédente mandature. L’assemblée nouvellement élue doit être convoquée dans un délai d’un mois après l’élection.

Les députés doivent être âgé de 25 ans. Les députés ne peuvent également posséder un emploi politique. La session ordinaire se réunit tous les 15 octobre sauf en cas de convocation antérieure. La session ne peut être inférieure à trois mois ni supérieure à six mois.

Le parlement comprend également un Sénat de 120 membres. 9/12 sont élus par le peuple et un douzième au plus peut être désigné par la Chambre et le Séance en séance commune au début de chaque législature de la Chambre.

Les sénateurs sont élus pour neuf ans renouvelés par tiers tous les trois ans. Les sénateurs désignés par la Chambre et le Sénat conservent leur mandat seulement pendant la durée de la législature de la Chambre. Pour être élu sénateur il faut être citoyen hellène et être âgé de 40 ans révolu. Le Sénat peut être convoqué en Cour de Justice pour juger les cas de haute-trahison.

Le chapitre V (articles 67 à 86) concerne le président de la République qui est élu pour cinq ans par la Chambre et le Sénat réunis en séance commune en présence des 3/5 et à la majorité absolue du nombre de leurs membres. Il nomme le président du conseil et les ministres. Tous les actes du président doivent être contresignés par le président de la République. Il bénéficie de l’immunité. Il sanctionne les lois et permet leur mise en application, peut gouverner par décrets-lois. Il peut convoquer et dissoudre la Chambre. Il possède également le droit de grâce.

Le Chapitre VI qui concerne le gouvernement et les ministres regroupe les articles 87 à 93. Le gouvernement doit jouir de la confiance de la Chambre, une motion de défiance est validée uniquement si elle réunit les 2/5 des députés. Les ministres qui sont députés peuvent participer au vote de défiance et peuvent assister librement aux séances. Une loi spécial peut autoriser la mise sur pied de sous-secrétaires d’Etat.

Le Chapitre VII est consacré au pouvoir judiciaire et regroupe les articles 94 à 101 à l’exception de la justice administrative qui regroupe les articles 102 à 105. le chapitre IX regroupe les articles 106 à 108 qui concernent la Cour des comptes. Le chapitre XI qui regroupe les articles 109 à 112 concerne l’Administration du Mont-Athos qui bénéficie d’une juridiction particulière.

Le Chapitre XII (articles 113 à 118) concerne les dispositions générales sur notamment la cession ou l’acquisition de territoire (uniquement via la loi), sur la fonction publique et d’autres sujets divers.

Le Chapitre XIII comprend les articles 119 à 124 et concerne les dispositions transitoires alors que le Chapitre XIV (articles 125 à 127) concerne la vigueur et la modification de la Charte.

Politique intérieure : miscellanées

La vie politique grecque est particulièrement agitée avec de violentes querelles politiques, des assassinats de responsables politiques et plusieurs coups d’état, l’armée grecque n’hésitant pas à intervenir dans la vie politique grecque.

Le pays reste pauvre et sous tutelle des puissances protectrices vis à vis desquelles la Grèce à contracté des dettes importantes. Elle ne peut donc développer une industrie qui aurait nécessité de solides barrières douanières.

Vu que la Grande-Bretagne n’à pas hésité à imposer le blocus des ports grecs pour des motifs bien moins importants, il n’était pas difficile d’imaginer qu’une politique protectioniste grecque aurait entrainé comme réaction britannique.

Même chose pour l’agriculture qui reste archaïque et improductive. Seule la marine marchande et les finances parviennent à tirer leur épingle du jeu mais cela ne touche pas grand monde. Quant à l’Etat c’est déjà corruption, incompétence et clientélisme. A la fin du XIXème siècle on trouve 370000 fonctionnaires pour 2.5 millions d’actif soit 14.8 %.

En 1832 Othon 1er devient le premier roi des héllènes. Issu de la dynastie des Wittelsbach, il ne fait rien pour s’intégrer à son nouveau royaume. Autoritaire et absolutiste, il s’entoure de bavarois que ce soit un conseil de régence, des architectes et une garde royale composée de 4000 bavarois. Si je devais prendre une métaphore biologique je dirai qu’il se comporte comme un corps étranger.

Pas étonnant que les grecs se soient sentis offensés surtout après une longue et sanglante guerre d’indépendance.

Certes Othon 1er organisait le pays et bénéficiait de prêts de la Grande-Bretagne, de la France et de la Russie mais ses prêts rendaient la Grèce dépendante des politiques extérieures de Londres, Paris et Saint-Pétersbourg (surtout que le remboursement des prêts était particulièrement dur et que les créanciers se montraient absolument intraitables).

C’était surtout la rivalité anglo-russe qui handicapait la politique athénienne, la Russie voulant faire de la Grèce un bélier pour démanteler l’empire ottoman alors que la Grande-Bretagne voulait conserver l’équilibre dans la région et empêcher les russes d’accéder aux mers chaudes en faisant sauter le verrou représenté par les détroits turcs.

Surtout l’organisation de partis français, anglais et russes pouvaient donner l’impression aux patriotes héllènes que leur pays était gouverné par des étrangers depuis l’étranger.

Suite à la défaite dans la guerre egypto-ottomane (la Grèce avait prit le parti de Mehmet Ali, pacha d’Egypte qui avait cherché à se débarrasser définitivement de la tutelle ottomane) à lieu le premier d’une longue série de coups d’état militaires, le coup d’état du 3 septembre 1843.

Pour être pleinement rigoureux, c’est en réalité le troisième coup d’état de l’histoire grecque moderne mais les deux premiers ont eu lieu avant l’avènement d’Othon 1er.

Ioánnis Kapodístrias

Je vais donc les citer ici juste pour mentionner leur existence avec tout d’abord un coup d’état en 1831, la mutinerie de la marine organisée par Andreas Miaoulis contre le gouvernement de Ioannis Kapodístrias conduit à l’incendie de la flotte le 13 août 1831 dans le port de Poros. Toujours en 1831 après l’assassinat de Kapodístrias, une révolte contre son frère Augustinos oblige le Sénat à se réfugier à Astros.

Comme nous l’avons vu le roi Othon 1er avait refusé d’accorder la constitution promise ce qui ulcérait les grecs qui parlaient de xénocratie («pouvoir des étrangers»).

Beaucoup de patriotes grecs étaient amers. A quoi bon s’être battu pendant des années contre les ottomans pour remplacer le joug de la Sublime Porte par celui des bavarois ? En revanche il ne remettait en cause ni la monarchie ni le roi mettant la situation sur le compte des «mauvais conseillers».

Comme le roi Othon 1er faisait la sourde oreille, les partisans de la constitution se firent de plus en plus radicaux. Très vite il devint évident que seul un coup de force pourrait aboutir.

Les premiers conspirateurs furent des civils, des politiques mais ils sont parvenus à obtenir le soutien des chefs de la garnison d’Athènes. Le coup de force était prévu initialement pour le 25 mars 1844 mais de multiples indiscrétions obligèrent les conspirateurs à précipiter leur coup de force.

Dans la nuit du 2 au 3 septembre alors que les noms des conspirateurs étaient connus de la police et que les arrestations étaient sur le point d’être menées, le colonel Démétrios Kallergis, commandant la cavalerie de la garnison d’Athènes précipita les choses en faisant sortir ses hommes de leur caserne direction le palais royale.

Il fit ouvrir les portes de la prison de Medrese pendant que le capitaine Schinas qui commandait l’artillerie et qui avait reçu l’ordre de réprimer l’insurrection se rallia aux insurgés.

Les soldats encerclèrent le palais royal en criant «Vive la Constitution». Othon 1er contraint et forcé s’inclinant nommant premier ministre l’un des conjurés Andréas Metaxas. Le projet de constitution était en réalité déjà prêt ce qui explique qu’il à été rapidement adopté par une nouvelle assemblée.

De leur côté les grandes puissances se contentèrent de prendre acte, le coup d’état n’ayant pas dégénéré en bain de sang voir pire en nouvelle guerre civile. En mémoire de cet événement, la place du palais royal fût rebaptisée Place de la Constitution (Syntagma, Πλατεία Συντάγματος en grec moderne).

Est-ce à dire que tout était rentré dans l’ordre ? Hélas non car si Othon 1er avait accordé une constitution il n’était pas pour autant décidé à l’appliquer. Ignorant les usages du parlementarisme qui commençaient à s’imposer peu à peu en Europe, le roi des hellènes gouvernait selon son bon plaisir et plus souvent contre la volonté de la Chambre.

Les années 1850 furent marquées par plusieurs crises internationales avec le blocus des ports grecs et même l’occupation du port du Pirée par les français et les britanniques durant la guerre de Crimée (1853-1856), occupation qui se prolongea jusqu’en 1859.

En février 1861 Aristidis Dosios tenta d’assassiner la reine Amalia. Condamné à mort il vit sa peine commuée en détention perpétuelle. Si pour certains il devint un héros, il est incontestable de noter que la famille royale connu un regain de popularité qui allait s’avérer insuffisant.

En effet l’année suivante éclata la Révolution grecque de 1862 qui allait aboutir au renversement du roi bavarois et de son épouse.

Tout commence le 1er février 1862 quand une première insurrection éclate à Nauplie. Cette insurrection fait tache d’huile mais le pouvoir royal parvient à reprendre la main et le 20 mars tout est terminé.

Le roi Othon 1er et son épouse décident de réaliser un voyage dans le royaume pour raffermir les liens entre les grecs et la couronne. Ils quittent Athènes le 16 octobre mais une nouvelle insurrection éclate deux jours plus tard à Vonitsa, s’étendn très vite à Missolonghi, à Patras et même à Athènes le 22 octobre.

Un gouvernement provisoire est mis en place et le lendemain 23 octobre les révolutionnaires proclament la destitution du couple royal et la convocation d’une nouvelle assemblée destinée à élire un nouveau souverain.

Le couple royal est placé sous la protection d’un navire de guerre britannique le HMS Scylla. Sur les conseils des ambassadeurs des grandes puissances, le roi et la reine des héllènes prennent le chemin de l’exil même si Othon 1er à refusé d’abdiquer.

Une consultation populaire organisée en décembre 1862 offre au prince Alfred de Grande-Bretagne, deuxième fils de la reine Victoria la couronne de Grèce. C’est un véritable plébiscite puisqu’il reçoit 230016 voix sur 244202. Un autre candidat, le prince Guillaume de Danemark _retenez bien ce nom_ reçoit six votes.

Cette élection jette l’embarras sur la Grande-Bretagne. Le gouvernement de Londres est réticent à envoyer un prince britannique à Athènes et de toute façon le Protocole de Londres du 22 mars 1829 interdit qu’un membre d’une famille régnant sur un état protecteur de la Grèce ne règne sur la Grèce.

Et même si Londres avait décidé de passer outre ce texte nul doute que la France, la Russie voir même l’Autriche aurait accepté que la Grèce devienne un simple protectorat britannique, position stratégique oblige.

D’autres candidats sont avancés comme le duc Nicolas de Leuchhtenberg, l’ex-roi du Portugal Ferdinand II, le duc Ernest II de Saxe-Cobourg-Gotha et le prince Guillaume de Bade.

Le 2 février 1863 le gouvernement provisoire grec émet une série de décrets qui réaffirment la déposition d’Othon 1er, d’Amélie et de toute la maison Wittelsbach. Un autre décret reconnaît l’élection d’Alfred lors du référendum de décembre et le proclame roi mais le gouvernement britannique reste sur sa position. D’autres candidats sont proposés mais aucun ne parvient à convaincre les grecs au point qu’on parle un retour des Wittelsbach !

A la fin du mois de mars 1863 le Royaume-Uni propose la candidature de……Guillaume de Danemark, fils du futur Christian IX de Danemark et dont les sœurs ont épousé le prince de Galles (futur Edouard VII) et le tsaveritch Nicolas (fils d’Alexandre II qui ne régnera pas).

L’assemblée l’élit le 30 mars 1863 mais les danois trainent les pieds et le gouvernement n’accepte que le 1er juin. Le 6 juin au château de Christianborg Guillaume est proclamé roi des héllènes sous le nom de Georges 1er.

Une nouvelle constitution est mise sur pied en 1864. Elle étend les libertés de la constitution précédente mais reste vague sur les pouvoirs du roi qui ne sont guère différents de ceux de Othon 1er ce qui montre que l’usage et la coutume sont aussi importants que le texte.

Ce qui ne change pas en revanche c’est l’instabilité de la vie politique grecque. Entre 1870 et 1875 il y à pas moins de quatre élections législatives et neuf gouvernements.

En 1893, le pays fait faillite et passe sous le contrôle de ses créations qui parviendront à récupérer 40% des fonds avancés via une procédure rigoureuse de contrôle.

Dans la nuit du 28 août 1909 eut lieu en Grèce un nouveau coup d’Etat militaire, le Coup de Goudi du nom des casernes de la banlieue est d’Athènes d’où est partit le mouvement. C’est une conséquence du discrédit de la classe politique grecque depuis la défaire dans la guerre greco-ottomane (1897).

A la suite de l’échec de l’énosis avec la Crète, une société secrète la Ligue Militaire est créée pour faire office de groupe de pression et plus si affinités.

A cela s’ajoute une crise économique et financière qui n’améliorait pas le mécontement général. D’autant que ceux qui s’en sortaient voyaient tout de mêle le pays s’enrichir et se demandaient pourquoi l’état était si mal géré et si mal organisé.

Dans la nuit du 28 août les unités se réclamant de la Ligue Militaire se réunissent dans les casernes du Goudi, se proclament en état d’insurrection et envoie un mémorandum au gouvernement réclamant le redressement du pays et de ses forces armées. Le roi Georges 1er accepta et changea de premier ministre mais cela ne suffisait pas et la LM s’appuya sur une manifestation populaire en septembre pour obtenir plus.

Suite à un processus électoral, Elefthérios Venizelos devint premier ministre et entama la politique réformatrice réclamée par les instigateurs du coup d’Etat. Il n’était cependant pas leur créature et n’hésita pas à faire preuve d’autonomie.

Les réformes concernèrent tous les secteurs de la société que ce soit le social, l’enseignement, l’agriculture, l’industrie et bien entendu l’armée. Le clientélisme fût jugulé car un recrutement sur concours, l’évasion fiscale baissa drastiquement.

En ce qui concerne l’armée et la marine elles furent réorganisées avec l’aide d’une mission militaire française dirigée par le général Eydoux pour l’armée et d’une mission militaire britannique menée par l’amiral Tufnell pour la marine grecque.

Les militaires furent exclus de la politique mais Constantin et ses frères retrouvèrent leurs postes ce qui suscita le mécontement des anciens membres de la Ligue Militaire qui songèrent à la réformer et à organiser un autre coup d’état.

Politique extérieure : miscellanées

Dans le domaine de la politique extérieure on trouve la trace de plusieurs conflits mais aussi de plusieurs extensions territoriales. En 1864 la République des Sept Iles protectorat britannique est rattaché à la Grèce, un cadeau de Londres pour le nouveau roi Georges 1er.

L’île de Samos principauté autonome depuis 1829 choisit en 1913 sont rattachement à la Grèce. La Crète suivra un chemin nettement plus complexe avec plusieurs révoltes, un conflit greco-ottoman en 1897, un statut d’autonomie jusqu’en 1909 quand elle est rattachée de facto à la Grèce (de jure en 1913).

Entre temps la Grèce récupéra la Thessalie et une partie de l’Epire mais allait échouer à récupérer la Macédoine et la Crète.

En 1897 à lieu une nouvelle guerre gréco-ottomane entre la Grèce de Georges 1er et l’empire ottoman du sultan Abdülhamid II. Appelée également «Guerre de Trente Jours» elle à pour origine les revendications de la Grèce dans le cadre de la Grande Idée (NdA j’en parlerai davantage dans la partie «Grande idée et Grande catastrophe»). L’élément déclencheur est la révolte des crétois qui souhaitent l’énosis, l’union avec la Grèce.

Le 21 janvier 1897 la Grèce débarque en Crète mais elle doit se replier le 5 avril sous la pression de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne, laissant les insurgés crétois à la merci de la répression ottomane.

Athènes choisit alors d’attaquer l’empire ottoman en Epire et en Macédoine. Face aux 60000 hommes ottomans d’Edhem Pacha, les grecs alignaient seulement 46000 hommes sous le commandement du diadoque Constantin.

Le conflit ayant exclusivement terrestre, la supériorité maritime ne fût d’aucune utilité. Battus à Matti les grecs se replièrent au delà de Larissa, choisissant de résister près de Pharsale. Ils contre-attaquent le 17 mai mais l’armée grecque connait une deuxième défaite à Domokos, les ottomans occupant la majeure partie de la Thessalie grecque. En Epire les deux ennemis se neutralisèrent.

Sous la pression des grandes puissances, le sultan ottoman proposa un cessez-le-feu aux grecs ce qui sauva le pays. Le traité de paix fût signé le 20 septembre et se révéla favorable aux turcs qui prirent le contrôle de cols stratégiques et une forte somme d’argent (94.3 millions de francs-or) que la Grèce ne put payer qu’avec l’aide des puissances occidentales qui allaient resserrer leur emprise sur les finances grecques.

Mitteleuropa Balkans (163) Grèce (7)

La guerre d’indépendance

Declin ottoman et réveil culturel grec

En 1683 les turcs échouent à s’emparer de Vienne. Cela marque non seulement l’apogée de la progression ottomane mais aussi le début du déclin de celui qui va devenir «l’homme malade de l’Europe».

Néanmoins en 1715 le Péloponnèse est conquis par les turcs qui ironiquement réalise l’unité politique de la Grèce.

Une paix relative favorise l’activité économique et la renaissance culturelle grecque soit en version originale Diafotsimos («lumières néohelleniques»), la vision héllène des Lumières.

Cela concerne la Grèce stricto sensu mais aussi les régions hellénisées ou peuplées de populations grécophones.

A la fin 18ème siècle le projet grec de Catherine II de Russie favorise cette renaissance. Si ce projet avait aboutit, la Grèce aurait intégré un nouvel empire byzantin dirigé par Constantin, petit-fils de la Grande Catherine exception faite de la Morée et de la Crète qui auraient été rendues à Venise.

A l’origine de cette renaissance la puissance économique des élites grecques. Ces derniers ont pu revivifier leur culture et envoyer leurs enfants dans des écoles prestigieuses. Pas étonnant que les écoles et les universités les plus prestigieuses se trouvaient à Ioannina, Chios, Smyrne et Kyrtonies se trouvaient dans des centres commerciaux grecs prépondérant.

Parmi ces élites grecques on trouve les Phanariotes , des familles aristocratiques de confession chrétienne orthodoxe pour la plupart d’origine grecque, familles initialement installées dans le quartier du Phanar à Constantinople.

La transmission des idées des Lumières en langue grecque influença aussi le développement d’une conscience nationale grecque. Les sciences ne sont pas oubliées.

Une longue guerre d’indépendance

Montage de tableaux représentant différents événements de la Guerre d’Indépendance Grecque

Le réveil culturel et linguistique des grecs va favoriser la course vers l’indépendance. Celle-ci va se faire au prix d’un long et terrible conflit qui verra les leaders de la cause indépendantiste se déchirer avant même l’indépendance acquise (NdA normalement ça se passe après non ?), des troupes égyptiennes intervenir au nord du sultan ottoman, des grandes puissances hostiles et embarrassées qui non sans contradiction finiront par intervenir sur mer et sur terre.

Officiellement la révolte à commencé le 25 mars 1821 mais il semble que cette date soit plus symbolique qu’autre chose, les historiens s’accordant sur le fait que les combats ont en réalité commencé un peu plus tard entre le 27 mars et le 2 avril 1821.

Dans un premier temps les grecs l’emporte dominant rapidement la Morée (Péloponnèse) alors que dans des régions moins favorables à la cause indépendantiste (faible population, peu d’infrastructure, présence ottomane militairement plus importante) les combats sont moins favorables aux grecs.

A cela s’ajoute l’indiscipline des unités qui ne sont que des bandes qui obéissent à leur chef et qui font preuve d’une grande indiscipline ainsi que d’une prompention au pillage et au massacre.

Pour ne rien arranger comme je l’ai dit un peu plus haut les chefs indépendantistes se divisent alors que la cause est loin d’être entendue, division entre politiques et militaires, division qui se double de divisions sociales et géographiques.

A partir de 1824 les troupes egyptiennes de Mehmet Ali dirigées par Salim Pacha,équipées et entrainées à l’européenne interviennent d’abord en Crète puis au Péloponnèse remportant une série de victoires.

La répression est terrible provoquant l’indignation des opinions éclairés occidentales notamment le mouvement philhellène qui conjure les grandes puissances d’intervenir mais tant la France que l’Autriche, la Russie ou la Grande-Bretagne jugent urgent d’attendre et ce comme nous le verrons pour des motifs différents.

En octobre 1827 une escadre franco-anglo-russe écrase une flotte turco-égyptienne en rade de Navarin ce qui marque le début d’une intervention réelle des grandes puissances dans le conflit. En 1828 un corps expéditionnaire débarque en Morée et va jouer un rôle clé dans la libération du territoire même si les combats seront limités.

Tout s’accélère alors avec une nouvelle guerre russo-ottomane en 1829 qui pousse la Sublime Porte à accepter des choses qu’elle jugeait encore il y à peu inacceptables.

La conférence de Londres de 1830 reconnaît l’indépendance de la Grèce mais comme il avait été dit à propos de l’Italie «L’Italie à été faite il reste à faire des italiens». Cette phrase de Massimo d’Azzeglio résume bien la problématique d’Othon 1er qui devient le premier roi de Grèce après le refus du futur Léopold 1er de Belgique.

***

Dès le début deux régions sont motrices dans la lutte indépendantiste, deux régions du Péloponnèse à savoir l’Achaïe et la Magne.

Theodoros Kolokotronis réorganise les troupes grecques en appliquant l’expérience qu’il avait acquise dans l’armée britannique où il avait atteint le grade de major. Il impose un commandement centralisé, une certaine discipline, une certaine coordination. Cela n’empêche ni les massacres ni les pillages mais nul doute que cela va rendre les insurgés grecs plus efficaces contre les troupes ottomanes.

Parallèlement les flottes marchandes des îles de l’Egée (Hydra, Spetsas et Psara) sont transformées en flottes de guerre. Les travaux sont minimaux puisque ces navires étaient déjà armés, la Méditerranée n’étant pas encore débarrassée de la piraterie. Ces navires ravitaillent les insurgés, bloquent le ravitaillement des garnisons ottomanes isolées. Des brûlots sont également utilisés pour détruire les navires ottomans.

Les autres régions sont en retrait faute de population, faute d’infrastructures ou parce que les troupes ottomanes sont bien trop puissantes pour être chassées. Des succès sont certes remportés mais comme souvent quand une guerilla affronte des unités régulières il s’agit de coups d’épingle, de succès éphémères.

A la fin du mois de juin la Crète entre en rebellion ce qui poussera la Turquie à demander l’aide de l’Egypte, royaume en théorie vassal de la Sublime Porte mais dont les liens de subordination étaient plutôt lâches.

Le 12 janvier 1822 à l’Assemblée Nationale d’Epidaure, l’indépendance est officiellement proclamée même si personne de la reconnaît au niveau international.

Cette assemblée regroupée vingt représentants issus de la Morée, vingt-six venant de la Grèce du Levant, huit ou neuf représentants de la Grèce de l’occident et des îles d’armateurs (Hydra, Psara et Spetsas). En revanche on ne trouve aucun représentant des îles de l’Egée mais quelques phanariotes étaient présents tout comme des délégues de l’Aéropage (une assemblée représentant la Grèce continentale de l’est).

Très vite les «politiques» et les «militaires» se divisent sur la conduite à tenir et bien entendu sur les postes de pouvoir.

Le 25 janvier 1822 une constitution provisoire est promulguée. Cette assemblée vote l’abolition de l’esclavage et de la torture, ordonne la rédaction d’un code civil, vote l’indemnisation des veuves, orphelins et blessés de la guerre d’indépendance et plus symbolique abandonne le drapeau de l’Hetairie (une sorte franco-maçonnerie philhéllène) au profit des couleurs blanc et bleu (le dessin du drapeau est cependant différent avec une croix blanche sur fond bleu).

La constitution rédigée par un italien V. Gallina s’inspire de la constitution américaine (souvent citée en exemple par tous les libéraux de l’époque) et plus surprennant par celle du Directoire français de 1795 !

Le texte est divisé en six titres avec les deux premiers titres consacrés aux grandes valeurs et à la définition de la citoyenneté. Le christianisme orthodoxe est religion officielle de l’Etat mais les autres religions bénéficient de la liberté de culte. Les citoyens sont égaux devant la loi et l’impôt.

Les chapitres III à VI concernent les institutions de l’Etat avec un chapitre III, un chapitre IV concernant le pouvoir législatif, un chapitre V concernant le pouvoir exécutif et un chapitre VI concernant le pouvoir judiciaire. L’initiative des lois est divisée entre le législatif et l’exécutif.

Le pouvoir législatif est assuré par un sénat législatif appelé Bouleutiko élu chaque année par les grecs de plus de 30 ans. Il votait avec droit d’amendement les lois proposées par le Conseil Executif composé de cinq hommes choisis hors du Bouleutiko.

Le conseil nommait huit ministres : relations extérieures, relations intérieures, finances, justice, guerre, marine, culte et police (NdA au sens ancien de la polis de la cité ce qui est plus un département économique). Il nommait également à tous les autres postes gouvernementaux nécessaires.

L’Assemblée se sépare après l’entrée en fonction des nouvelles institutions qui gagnent rapidement Corinthe.

C’est un texte de compromis pour ne pas désespérer les libéraux et surtout pour ne pas effrayer les grandes puissances de la Saint Alliance.

La division entre «politiques» et «militaires» tourne à la guerre civile dans la guerre d’indépendance ce qui va faciliter la contre-attaque et la répression ottomane.

C’est ainsi que la Chalcidique est soumise fin 1821 tandis qu’une troupe grecque descendue d’Olympie échoue à s’emparer de Thessalonique et est écrasée en avril 1822. La Thessalie est reconquise en août 1822, l’Epire pacifiée à l’automne. La majorité des combats vont alors se concentrer sur le Péloponnèse.

Dès l’annonce du soulèvement, des grecs sont massacrés à Constantinople, à Salonique, à Andrinople, à Smyrne ou Kydonies. Le patriarche de Constantinople Grégoire V est condamné et pendu dès le 18 avril 1821. Son corps est exposé trois jours puis livré à la foule qui le jette dans le Bosphore.

En mars 1822 une troupe grecque avait tenté de rallier l’île de Chios à la cause indépendaniste. Les marchands qui avaient beaucoup à perdre avaient refusé sans compter qu’une forte garnison ottomane tenait l’île.

La contre-attaque ottomane pousse la troupe grecque à évacuer, laissant les habitants à la merci de la fureur ottomane. La répression est terrible avec plusieurs milliers de morts, des habitants réduits en esclavage tandis que 10 à 20000 personnes ont fuit.

Ce massacre indigne l’opinion publique européenne et notamment le mouvement philhéllène. Pour les libéraux de l’époque c’est un peu lors guerre d’Espagne, la cause à aller défendre les armes à la main. Le plus célèbre d’entre-eux est le poète britannique lord Byron qui meurt en avril 1824.

Comme nous l’avons vu plus haut les grandes puissances sont bien embarassées. L’opinion éclairée est favorables aux grecs mais les gouvernements ne veulent pas mettre un terme à l’ordre du Congrès de Vienne.

N’oublions pas que nous sommes à peine cinq ans après la fin des guerres napoléoniennes et plus généralement d’une période quasi-ininterrompue de guerre qui à duré vingt-trois ans (1792-1815).

Qui nous dit qu’une intervention dans les affaires intérieures d’un empire ottoman très affaiblit n’allait pas déclencher une nouvelle guerre européenne ? Le souvenir d’un Vieux Continent ravagé par les combats est dans toutes les têtes.

La Russie par sympathie culturelle et religieuse est plus inccline à intervenir que les autres puissances. A cela s’ajoute la possibilité pour Saint-Pétersbourg de se rapprocher des mers chaudes, obssession des Romanov depuis Pierre le Grand.

La France de Louis XVIII puis de Charles X fait profil bas voulant faire oublier son statut de trublion et de perturbateur de l’ordre monarchique. Si elle est intervenue en Espagne c’est pour restaurer un roi légitime avec les «100000 fils de Saint Louis» (NdA ce qui à bien du faire rigoler certains vétérans de la Grande Armée encore présents dans l’armée de la Restauration) contre les libéraux et en accord avec la Saint-Alliance qui ont donné leur blanc-seing.

La Grande-Bretagne elle est obsédée par l’équilibre des puissances sur le continent mais s’inquiète tout de même de la poussée russe dans les Balkans. L’Autriche du chancelier Metternich est la plus hostile à toute intervention dans le conflit grec.

Naturellement la division des insurgés qui se déchirent entre politiques et militaires ne fait rien pour pousser une ou toutes les grandes puissances à intervenir que ce soit diplomatiquement ou militairement. Deux guerres civiles vont ainsi avoir lieu, une première opposant politiques et militaires et la seconde le continent aux îles.

Entre 1824 et 1827 les insurgés grecs connaissent une accumulation de défaites. Des prisonniers grecs sont déportés en Egypte ce qui lui alliène le soutien français.

En février 1825 Ibrahim Pacha, commandant des troupes egyptiennes débarque dans le Péloponnèse avec une armée entrainée et équipée à l’européenne bien plus efficace que les troupes ottomanes.

Avec son corps expéditionnaire de 20000 hommes il défait les grecs à Sphacterie le 8 mai 1825, Navarin est reprise tout comme une bonne partie de la Morée. Ils échouent devant la capitale grecque Nauplie en juin. Le 25 avril 1826 Missolonghi est reprise par les turcs suivie de l’Acropole d’Athènes le 5 juin 1827.

Les grandes puissances sont bien décidées à intervenir. Nicolas 1er, moins timoré que son frère Alexandre 1er fait pression sur l’Empire ottoman. Il obtient des avancées qui inquiètent les britanniques qui propose à la France et à la Russie une médiation entre insurgés grecs et les autorités ottomanes.

Les grecs aux abois acceptent mais le Sultan refuse. Une escadre franco-anglo-russe présente en Méditerranée intervient alors et remporte une brillante victoire le 20 octobre 1827 à Navarin contre une flotte turco-egyptienne.

Un corps expéditionnaire français va être engagé en Morée. Comme en Egypte cette expédition militaire se double d’une expédition scientifique, de nombreuses recherches et fouilles archéologiques sont menées, apportant de nouvelles connaissances sur l’histoire de la Grèce antique.

Le corps expéditionnaire français dirigé par le général Nicolas-Joseph Maison devait obtenir l’évacuation des troupes egyptiennes d’Ibrahim Pacha suite à la signature d’une convention à Alexandrie le 6 août 1828.

A noter que si la Grande-Bretagne digne oui à cette expédition c’est parce qu’elle s’inquiète de la poussée russe dans les Balkans et non suite à une brusque poussée de francophilie.

Ce corps expéditionnaire comprend trois brigades, la 1ère disposant des 8ème, 27ème et 35ème régiment d’infanterie de ligne, la 2ème des 16ème, 46ème et 58ème alors que la 3ème regroupe les 29ème, 42ème et 54ème de ligne. Le tout est accompagné du 3ème régiment de chasseurs à cheval, de quatre compagnies d’artillerie fournies par les 3ème et 8ème régiments ainsi que deux compagnies du génie. Le tout est transporté et protégé par soixante navires de la Royale.

Les troupes françaises débarquent à partir du 28 août non pas à Navarin où se trouve l’escadre franco-anglo-russe mais plus au sud dans le golfe de Messenie.

Le débarquement s’effectue sans opposition et l’accueil des populations locales est bon. Les différents convois arrivent en Grèce jusqu’à la fin du mois de septembre.

Les egyptiens acceptent d’évacuer à partir du 9 septembre 1828 et l’évacuation se termine le 5 octobre suivant. Des 40000 hommes venus avec lui en 1825 Ibrahim Pacha n’en rembarque que 21000 hommes. 2500 ottomans restent pour tenir les forteresses qui doivent à terme revenir à la Grèce indépendante.

Le 6 octobre 1828 la forteresse de Navarin est occupée suivit de celle de Modon le lendemain. A chaque fois les français doivent s’employer car les turcs refusent de rendre les forteresses mais la résistance est du domaine du symbolique. Il suffit que les sapeurs français percent une brèche dans les murs pour que la place se rende. Faut-il probablement y voir de la part des ottomans une forme d’honneur à ne pas rendre une place forte sans combats fussent-ils symboliques.

La forteresse de Coron tombe le 8 octobre après des combats plus importants qu’ailleurs et contrairement aux deux premières la forteresse est remise immédiatement aux grecs.

Patras est prise sans résistance trois jours plus tôt le 5 octobre 1828. Cela se passe plus difficilement pour la château de Morée car les troupes turques se rebelles contre leur chef vu comme un lâche et un couard. La place est bombardée le 30 octobre et se rend rapidement.

Les dernières troupes turco-egyptiennes quittent la Morée le 5 novembre 1828, des vaisseaux français se chargeant de les convoyer à Smyrne.

Pour l’ensemble de son œuvre, le général Maison est fait Maréchal de France le 22 février 1829.

La plus grande partie du corps expéditionnaire rentre alors en France ne laissant sur place qu’une Brigade d’occupation d’environ 5000 hommes (27ème, 42ème, 54ème et 58ème de ligne) sous le commandement du général Schneider.

Faute de combats le soldat français comme plus tard le Légionnaire pose le fusil pour la pelle et la pioche, construisant des casernes et des forteresses, des routes et des ponts, des écoles, des hôpitaux, bref toutes les infrastructures dont à besoin le jeune état grec.

Parallèlement des conseillers militaires français se chargent de mettre sur pied l’armée du nouvel état. Les derniers soldats français quittent la Grèce en août 1833 et la coopération militaire franco-grecque est mise sous l’éteignoir, le nouveau roi de Grèce Othon 1er préférant faire appel à des spécialistes venus de sa région natale à savoir la Bavière.

Le Sultan préoccupé par l’avancée russe vers Constantinople cède avec le Traité d’Andrinople (14 septembre 1829). Ce traité signé avec la Russie sera complété par la Convention de Londres (février 1830) qui reconnaît l’indépendance grecque, indépendance garantie par les grandes puissances.

Le nouvel état comprend le Péloponnèse, le sud de la Roumélie (la frontière allait d’Arta à Volos) et des îles. Cet accord est rattifié par l’empire ottoman avec le Traité de Constantinople (février 1832).

Entre-temps en mai 1827 l’Assemblée Nationale avait rédigé une troisième constitution ! Kapodistrias est élu président, gouvernant de janvier 1828 jusqu’à son assassinat à Nauplie le 9 octobre 1831.

Comme de coutume à l’époque le nouvel état ne peut être qu’une monarchie et faute de famille royale grecque, on se tourne vers les maisons royales d’Europe. Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha futur Léopold 1er de Belgique est approché mais il finit par renoncer. Ce sera finalement Othon de Wittelsbach, deuxième fils du roi de Bavière Louis 1er qui allait devenir le premier roi de Grèce.

Mitteleuropa Balkans (157) Grèce (1)

UNE AUTRE SECONDE GUERRE MONDIALE

T.11 MITTELEUROPA ET BALKANS

VOLUME 5 : GRECE

Le drapeau du Royaume de Grèce de 1863 à 1924

AVANT-PROPOS

Le 22 mai 2020 j’ai commencé le tome 11 de ma gigantesque que dis-je de ma monumentale, de ma vertigineuse uchronie qui après dix tomes (T1 France T2 Allemagne T3 Grande-Bretagne T4 Etats-Unis T5 Japon T6 Italie T7 URSS T8 Dominions T9 Benelux T10 Scandinavie) comprend 8395 pages !

Le 14 janvier 2021 j’ai terminé la Yougoslavie (Tome 11 vol.4) portant le total de pages écrites à 9385 pages (NdA quand je vous dis que je vais dépasser les 10000 pages…..)

Ce Tome 11 est le dernier des tomes concernant des nations belligérantes puisque le Tome 12 sera consacré aux nations neutres.

Ce Tome 11 disposera de six volumes, le premier consacré à la Hongrie, le deuxième consacré à la Bulgarie, le troisième consacré à la Roumanie, le quatrième à la Yougoslavie, le cinquième à la Grèce et enfin le sixième à l’Etat indépendant de Slovaquie apparu au printemps 1939 suite au démantèlement de ce qui restait de la Tchécoslovaquie. Comme pour le tome 10 il y aura des nations alliées et des nations ayant appartenu à l’Axe.

L’organisation sera différente selon les volumes. Si le volume 1 ne possédait pas de partie marine, si le volume 6 consacré à la Slovaquie n’en possèdera pas non plus (et pour cause !), les volumes 2 à 5 consacré respectivement à la Bulgarie, à la Roumanie, à la Yougoslavie et à la Grèce posséderont une partie consacrée à la marine qui fera suite à la partie traditionnelle consacrée à l’histoire générale.

La troisième partie sera consacrée à l’armée de terre avec d’abord une partie sur l’histoire militaire du pays, une partie sur l’organisation générales et des plus ou moins grandes unités et enfin une partie sur l’armement et les véhicules. Je terminerai par une partie consacrée à l’armée de l’air, son histoire, son organisation et son équipement.

Après cette partie consacrée au plan général revenons un peu sur l’histoire avec un grand H. J’ai eu du mal à définir l’étendue géographique qui est nettement moins évidente que celles des deux derniers tomes (Scandinavie, Benelux). J’ai finalement choisit «Mitteleuropa et Balkans» soit en français «Europe du milieu et Balkans».

Tout comme le terme Scandinavie il est peut être inapproprié pour les puristes mais je pense que c’est pas mal (j’avais un temps pensé à «Europe danubienne et balkanique» mais cela ne me satisfaisait pas totalement).

Mis à part peut être la Grèce (et encore !) ces pays ont un point commun celle d’avoir été gravement impactés par la première guerre mondiale et les traités qui y ont mis fin.

Nous avons d’abord les pays vaincus comme la Hongrie et la Bulgarie qui ont souffert de traités particulièrement musclés notamment le pays des magyars qui passa du statut de puissance majeure au sein d’une double-monarchie austro-hongroise au statut d’une puissance de second ordre enclavée en Europe centrale. La Bulgarie avait du également rendre des comptes aux alliés occidentaux pour s’être alliée aux empires centraux.

La Yougoslavie était elle un des états issus de l’éclatement de l’empire austro-hongrois en compagnie de la Tchécoslovaquie et partiellement de la Pologne. De cet état tchécoslovaque naquit au printemps 1939 un état slovaque souverain, une souveraineté biaisée par le fait que Bratislava devait tout à l’Allemagne.

La Roumanie et la Grèce en revanche avaient appartenu au camp des vainqueurs même si leur participation à la première guerre mondiale à été plutôt limitée, Bucarest livrant une prestation catastrophique et ne devant son salut qu’à une preste assistance alliée (et surtout française) alors qu’Athènes fût engagée contrainte et forcée dans le conflit, sa participation étant parasitée par un conflit entre un premier ministre pro-allié (Venizelos) et un roi pro-allemand (Constantin 1er).

Eleftherios Venizelos

Dans l’immédiat après guerre cette région est traversée par de vigoureuses secousses entre Blancs et Rouges, entre pro-allemands et pro-alliés.

C’est aussi le théâtre d’une lutte d’influence où la France tente de nouer un réseau d’alliance pour contre une réémergence de la menace allemande et pour tendre un cordon sanitaire contre la Russie bolchevique. Pas étonnant que ces différents pays aient connu pour la plupart des régimes autoritaires souvent réactionnaires parfois fascisants.

C’est l’acte de naissance de la Petite Entente. Les français n’en sont pourtant pas à l’origine puisque son origine remonte au 14 août 1920 quand la Tchécoslovaquie, la Roumanie et le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes _Yougoslavie à partir de 1929_ signent un accord d’assitance pour se prémunir de la menace hongroise, Budapest n’ayant jamais accepté le traité du Trianon le 4 mai 1920.

Cette alliance est renforcée par des accords bilatéraux entre la Roumanie et la Tchécoslovaquie (23 avril 1921), entre la Roumanie et le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes (7 juin 1921) et entre le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes et la Tchécoslovaquie (31 août 1921). La Petite Entente entend garantir, par la force si besoin, les traités de paix.

Cette alliance est cependant imparfaite et incomplète puisque ne prenant pas en compte les autres menaces que ce soit l’URSS (vis à vis de la Roumanie), l’Italie (vis à vis de la Yougoslavie) ou encore l’Allemagne et la Pologne (vis à vis de la Tchécoslovaquie).

Suite aux accords de Locarno, la France signe des alliances militaires avec Prague (16 octobre 1925), avec Bucarest (10 juin 1926) et Belgrade (novembre 1926).

Suite aux renoncements français de la fin des années trente, ces pays vont davantage se tourner vers l’Allemagne.

Nul doute que si la guerre de Pologne était devenu un conflit mondial nul doute que cette région aurait durablement échappé aux alliés. Son arrêt brutal en décembre 1939 permet à Paris et à Londres de remettre l’ouvrage sur le métier.

Plus facile à dire qu’à faire puisque si la réputation dégringole par l’ascenseur, elle remonte par l’escalier. Il faudra du temps, de la patience, du doigté et un soupçon de chance pour rendre la région moins hostile aux alliés.

C’est ainsi que des accords formels de coopération et d’assistance militaires sont signés avec la Yougoslavie et la Grèce, le premier étant signé à Belgrade le 14 septembre 1945 et le second à Athènes le 8 octobre 1946. Des tentatives vis à vis de la Hongrie, de la Roumanie et de la Bulgarie se heurtent à une telle inertie qu’elle équivaut à une fin de non recevoir.

Cette relance est donc limitée mais s’accompagne d’une coopération politique et militaire avec notamment la livraison de matériel militaire moderne ainsi que l’envoi comme dans les années vingt de missions militaires, le général Gamelin dirigeant celle en Yougoslavie et le général Georges celle envoyée en Grèce. L’envoi de généraux ayant été aux manettes de l’armée française est très apprécié par les gouvernements concernés qui y voient une profonde marque de respect.

Quand la guerre s’annonce inévitable à très court terme la région concernée par ce tome se partage entre pays pro-alliés mais sans excès (Yougoslavie, Grèce), des pays clairement pro-allemands (Hongrie, Slovaquie, Roumanie) et une Bulgarie qui accepte de se faire courtiser par les deux camps tout en veillant à ne pas se mettre à dos la Russie qui bien que communiste est toujours considérée par nombre de bulgares comma la Troisième Rome, protectrice des slaves.

Quand la seconde guerre mondiale éclate le 5 septembre 1948 ces différents pays mobilisent mais ne s’engagent pas directement dans le conflit. Question de temps dirions nous…… .

***

Ce volume 5 concerne donc la Grèce que l’on peut considérer sans trop se tromper comme le ou du moins l’un des berceaux de la civilisation européenne.

Des civilisations brillantes se succèdent jusqu’à la conquête romaine qu’il s’agisse de la thalassocratie athénienne, de la militariste sparte (qui continue de fasciner aujourd’hui, les faibles sources permettant à chacun de projeter ses fantasmes sur la cité lacédémonienne), de Thèbes et son ordre oblique et que dire bien entendu de la Macédoine de Philippe II et d’Alexandre le Grand.

Après la conquête romaine si le monde grec perd son indépendance, elle garde son influence culturelle et même politique, l’empire romain voyant son centre de gravité basculer peu à peu vers l’Orient.

Conséquence en 330 Constantin implante une nouvelle capitale sur le site de la colonie grecque de Byzance, Constantinople.

L’empire se scinde définitivement en deux en 395 et si en 476 l’Empire Romain d’Occident disparaît, en Orient il va perdurer jusqu’en 1453 et sa chute définitive sous les coups de boutoirs des ottomans.

Les grecs vont connaître une longue période de domination ottomane, plus de trois siècles avant de retrouver son indépendance au cours du XIXème siècle après une longue guerre d’indépendance.

Une dynastie bavaroise est choisie pour diriger le pays ce qui à l’époque ne choque personne ou presque.

Othon 1er, le premier roi de la Grèce indépendante

Le pays qui est loin d’avoir atteint ses frontières actuelles (A l’époque il ne couvre que le Péloponnèse et l’Attique) va tenter de regrouper tous les hellénophones sous sa souveraineté. Si le roi Othon 1er parvient à créer une administration centralisée et à transformer Athènes en ville et capitale moderne, il ne parvient pas à réaliser tous ces projets en raison de problèmes financiers constants (lourd endettement vis à vis de la France, de la Grande-Bretagne et de la Russie) et de relations conflictuelles avec l’empire ottoman.

De nombreuses querelles intérieures empêchent la Grèce de sortir de près de quatre siècle de marasme pour devenir un état moderne et respecté. En 1862 le roi Othon 1er est renversé et remplacé par un prince de la maison de Danemark, la dynastie restant au pouvoir jusqu’à la fin des années soixante quand elle sera renversée par un coup d’état militaire qui à sa chute laissera la place à une république, toujours en place aujourd’hui.

La Grèce parvient peu à peu à agrandir son territoire en récupérant des territoires auprès de la Sublime Porte notamment la Grèce ou la Macédoine.

Durant le premier conflit mondial, la Grèce songe d’abord à rester neutre mais va être forcée de s’impliquer dans le premier conflit mondial. Aux combats sur le front balkanique s’ajoute une guerre civile entre les partisans du roi Constantin 1er et ceux du premier ministre Elefthérios Venizelos.

Constantin 1er

Dans l’immédiat après guerre, la Grèce va tenter de réaliser la Megale Idae (La Grande Idée) à savoir de regrouper dans un même état toutes les populations de langue et de culture grecque. Athènes espère profiter de la défaite de l’empire ottoman mais la guerre greco-turque de 1921/22 tourne à la catastrophe, la Grèce enterrant définitivement ses rêves expansionnistes et devant gérer l’arrivée de plusieurs millions de réfugiés suite à un échange de population avec la Turquie de Mustapha Kemal.

Cette crise provoqua la chute de la monarchie en 1924 et une expérience républicaine qui se termine en 1935 par une restauration bientôt supplantée dans les faits par la dictature de Metaxas qui tel un despote éclairé tente de sortir la Grèce de sa léthargie et de la moderniser alors que les menaces s’accumulent tout autour du pays. Nul ne peut dire ce qui se serait passé si il n’était pas mort en 1941 dans des circonstances suspectes.

Durant la Pax Armada la Grèce doit faire à une politique étrangère italienne agressive ce qui la pousse à se rapprocher mais sans excès des alliés, signant un accord de coopération militaire avec la France mais cet accord que les militaires grecs espéraient fructueux ne donnera pas les fruits escomptés sans que l’on sache si le problème est venu du côté français ou du côté grec.

En septembre 1948 la Grèce proclame sa non-belligérance. Elle annonce qu’elle prendra toutes les mesures pour préserver son territoires des opérations menées par les différents belligérants.

Des incidents vont opposer les grecs aux italiens et parfois aux alliés mais sans que cela dégénére en conflit armé et ouvert. Ce n’est que partie remise puisque le 5 mai 1949 l’Italie envahit la Grèce selon les modalités prévues par l’opération CAESAR mais cette opération censée être une promenade militaire se transforme en déroute, les grecs bien aidés par les britanniques et les français refoulant les italiens en Albanie.

ES-ce que cela signifie qu’Athènes à fait le plus dur ? Hélas pour la Grèce non puisque le 7 juillet 1949 les allemands lancent l’opération MARITSA, envahissant la Yougoslavie qui malgré une résistance formidable doit s’avouer vaincu à l’automne.

Cela à au moins permis à la Grèce de renforcer son dispositif et nul doute que si les troupes de l’Axe n’ont pu s’emparer du Péloponnèse c’est aussi parce que les yougoslaves ont résisté plusieurs mois et non quelques jours.

La Grèce est partiellement occupée mais le gouvernement grec échappe aux affres de l’exil, quittant simplement Athènes pour la Crète et Héraklion. Mieux même l’opération CATAPULT permet au gouvernement grec de récupérer de nouveaux territoires sous la forme des îles du Dodécannèse.

Après avoir reconstituée une armée et une armée de l’air, après avoir préservé sa marine, le gouvernement grec pèse de tout son poids pour faire du front balkanique non pas un front majeur mais autre chose qu’un front de fixation.

Il obtiendra gain de cause avec une série d’offensives qui permettront de libérer un territoire meurtrit par une occupation particulièrement sévère des italiens, des allemands et des bulgares, les combats provoquant in fine une famine biblique qui allait ramener la Grèce à un niveau socio-économique particulièrement bas.

Pour ne rien arranger, le second conflit mondial fait place à une guerre civile qui commence dès 1955 et s’achève en 1959 par la défaite des communistes grecs qui ne purent bénéficier du soutien soviétique.

Mitteleuropa Balkans (114) Yougoslavie (2)

HISTOIRE DE LA YOUGOSLAVIE

Avant-propos

Le concept de regrouper les Slaves du Sud (Yougo-Slaves) apparaît à la fin du 17ème siècle. Au 19ème siècle le mouvement illyrien (1835-1863) marque la naissance d’un sentiment national croate.

Au delà du culturel, les leaders du mouvement voulaient créer au sein de l’Autriche-Hongrie un établissement national croate. Ils évolueront vers l’idée de regrouper sous un même état les cousins slovènes, bosniens et serbes, les Jug-Slaveni (sud-slaves).

On aurait pu aboutir à la Croatie comme cœur moteur de l’union des Slaves du Sud mais comme nous le savons tous ce sera la Serbie, état constitué en 1918 qui deviendra le cœur battant de la future Yougoslavie.

Cette union va se faire sur les ruines et les décombres de l’Autriche-Hongrie qui comme les trois autres empires présents en août 1914 disparaît ce qui était plus ou moins attendu tant les observateurs les plus lucides savaient que comme la Russie des Romanov, l’Autriche-Hongrie des Habsbourgs était un colosse aux pieds d’argile traversé par tellement de failles que sa survie jusqu’en 1918 pouvait être considéré comme miraculeuse.

Il était important pour moi de rappeler le contexte car cela expliquera un certain nombre de choses par la suite. Je pourrai refaire de l’uchronie dans l’uchronie mais on peut imaginer une histoire différente si les slovènes, les croates, les bosniens et les monténégrins s’étaient unis dans un contexte de paix.

L’union va se faire dans les années chaotiques de l’immédiat après premier conflit mondial où les passions sont encore à vif. Les croates et les slovènes sont impatients de prendre leur indépendance et espèrent que les serbes joueront le jeu d’une véritable union.

Or la Serbie qui à terriblement souffert du premier conflit mondial (violents combats, anabase homérique, occupation rude) veut restaurer sa grandeur et son prestige (N’oublions pas que la Serbie avant la conquête ottomane à connu des périodes où elle était un acteur majeur de la région).

Les non-dits et les rancoeurs vont provoquer un chaos politique régulier, un chaos à bas bruit avec une vie politique mouvementée, une tentative du roi Alexandre 1er de Yougoslavie de centraliser et d’unifier la Yougoslavie au mépris du poids des nationalités, volonté que l’on pourrait comparer à celle d’un «despote éclairé» voulant faire le bien de ses sujets contre leur gré (NdA éternel débat de savoir si le pouvoir doit suivre tout ce que le peuple veut ou si il doit parfois aller à contre-courant), volonté qui allait lui coûter la vie un jour d’octobre 1934 du côté de Marseille.

La Yougoslavie retourne ensuite à la démocratie avec le règne de Pierre II, fils encore mineur du roi assassiné. Si la situation s’apaise un temps, nul doute que si la guerre de Pologne s’était prolongée on aurait pu craindre le pire pour le royaume de Yougoslavie surtout en cas d’invasion étrangère qu’elle soit italienne ou allemande.

La Pax Armada va être l’occasion de revenir à plus de stabilité, plus de sérénité. Pierre II en dépit de son jeune âge va se montrer assez habile.

Il parvient à donner des gages aux slovènes et surtout aux turbulents croates. Il réprime les extrémistes de tous bords et tente de dévelloper une véritable idéologie yougoslave un peu comme son père mais avec plus de réussite.

En septembre 1948 si la Yougoslavie n’à pas exorcisé tous ces démons elle peut voir l’avenir avec une relative sérénité. C’est alors que le second conflit mondial éclata……. .

Du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes au Royaume de Yougoslavie

Petit retour en arrière : la Serbie entre grandeur et décadence

Le cœur battant de la Yougoslavie est donc à l’est sous la forme de feu le Royaume de Serbie (Kraljevina Srbija) qui le 6 mars 1882 succède à la Principauté de Serbie (Kneževina Srbija)quand le prnce Milan de la dynastie Obrenovic devient roi sous le nom de Milan 1er.

Cette principauté avait officiellement vue le jour en 1817 quand après des années de troubles et plusieurs révoltes l’empire ottoman décide de lâcher du lest. Il faut néanmoins attendre 1830 pour que cette situation se stabilise juridiquement parlant avec la mise en place d’une série de textes à partir de 1828. Milos Obrenovitch devient prince hériditaire de Serbie.

Cet état va voir deux dynasties alterner au pouvoir. C’est ainsi que les Obrenovic sont au pouvoir de 1815 à 1842 et de 1858 à 1882, les Karadjordevic de 1842 à 1858 avant de revenir au pouvoir en 1903 à une époque où la principauté est devenue royaume.

Vont donc se succéder sur le trone serbe Milos Obrenovitch 1er (1780-1860) prince hériditaire de servie de 1817 à 1839 et de 1858 à 1860, Ses fils Milan Obrenovitch II (1819-1839) et Michel Obrenovitch (1823-1868) qui règne respectivement en 1839 et de 1839 à 1842, Aleksandar Karadjordevic (1806-1888) prince de 1842 à 1858, Mihailo Obrenovitch III (1823-1868), prince de 1860 à 1868 et enfin Milan Obrenovitch IV (1854-1901), prince de 1868 à 1882 puis roi de Serbie jusqu’en 1889.

Le 5 octobre 1866 la Serbie signe une alliance avec le Monténégro puis avec la Grèce le 18 avril 1887 en vue d’une guerre contre l’empire ottoman pour libérer les peuples chrétiens du joug ottoman. Cette alliance allait finalement n’être qu’un coup d’épée dans l’eau.

En 1867 la garnison ottomane quitte occupait Belgrade quitte la capitale serbe. De facto la Serbie est indépendante même si il faudra attendre 1878 pour qu’elle soit reconnue de jure par le Congrès de Berlin.

D’abord limitée au territoire du Pashaluk de Belgrade (appelé également territoire du Sandjak de Smeredevo) la principauté s’étend entre 1831 et 1873 vers l’est, le sud et l’ouest.

La population est à 87% serbe. On trouve également 10.5% de Valaques, 2.1% de Roms et 0.5% d’autres nationalités. Sur le plan religieux, la religion orthodoxe est dans une situation monopolistique avec 99.2% des habitants fidèles de cette religion.

La croissance démocratique est spectaculaire puisque la Serbie passe de 678192 habitants à 1 669 337 habitants entre 1834 et 1878.

En 1869 une nouvelle constitution est promulguée, neuf ans avant que l’indépendance ne soit officiellement reconnue au congrès de Berlin. En 1882 la principauté devient donc royaume, Milan Obrenovitch IV devant Milan 1er.

Du 14 au 28 novembre 1885 la Serbie affronte la Bulgarie dans une guerre où elle à le dessus et uniquement parce que les austro-hongrois ont menacé d’intervenir contre la jeune armée bulgare. Le conflit est réglé par le Traité de Bucarest signé le 19 février 1886. la Serbie reconnait l’unification de la Bulgarie (principauté de Bulgarie et Roumélie orientale sous l’union personnelle de Ferdinand 1er).

Une nouvelle constitution est promulguée en 1888 mais Milan 1er refuse de voir ses pouvoirs ains contraints et préfère abdiquer l’année suivante en 1889. Son fils Alexandre 1er (NdA à ne pas confondre avec le roi de Yougoslavie assasiné en 1934) lui succède en 1893 et supprime cette constitution en 1894.

Roi controversé par sa politique et par sa vie privée, Alexandre 1er Obrenovitch est assassiné en compagnie de son épouse et de sa famille dans la nuit du 28 au 29 mai 1903 (10/11 juin dans le calendrier grégorien) (Coup d’Etat de Mai) ce qui entraine l’extinction de cette maison régnante.

L’assemblée serbe (Shupstina) propose à Pierre Karadjordevic de devenir roi sous le nom de Pierre 1er. Après avoir hésité _on aime guère accepter une couronne après un coup d’état doublé d’un assassinat_ il finit par accepter et est couronné le 21 septembre 1904 (calendrier grégorien) dans un contexte difficile, la mort d’Alexandre 1er et de sa famille ayant choqué l’Europe entière.

Pierre 1er de Serbie puis de Yougoslavie

C’est la fin des bonnes relations avec l’Autriche-Hongrie, Belgrade se tournant davantage vers la France et la Russie. Un traité d’amitié est signé avec la Bulgarie en avril 1904 suivit d’une union douanière en juin 1905. Entre 1906 et 1909 une véritable guerre douanière oppose la Serbie à l’Autriche-Hongrie.

Le 6 octobre 1908 l’Autriche-Hongrie annexe la Bosnie-Herzegovine qu’elle occupait et qu’elle gouvernait depuis 1878. Pour la Serbie c’est un camouflet car ce territoire était une voie naturelle d’expansion. Cette annexion est comme nous le savons une réponse à la proclamation la veille de l’indépendance bulgare.

Le Royaume de Serbie va participer aux deux guerres balkaniques. Ces deux conflits véritables répétition de la première guerre mondiale sont les deux faces d’une même pièce avec d’abord des nations balkaniques unies pour chasser l’empire ottoman d’Europe puis des alliés d’hier devenus des ennemis d’aujourd’hui.

Un traité d’alliance serbo-bulgare est signé en mars 1912, Belgrade et Sofia voulant se partager le Vardar macédonien. En mai la Serbie signe un traité similaire avec la Grèce et en octobre c’est autour du Monténégro de signer un traité d’alliance militaire avec la Serbie.

Durant ces deux guerres la Serbie va conquérir le Kosovo _considéré comme le berceau de la nation serbe_, la Macédoine, le Sandjak de Novi Pazar. Le traité de Londres signé après la première guerre permet à la Serbie de s’emparer du Kosovo et du nord-ouest de la Macédoine.

Après la deuxième guerre qui voit la Bulgarie attaquer ses anciens alliés serbes et grecs, le traité de Bucarest permet à la Serbie de récupérer tout le Vardar macédonien. Elle aurait souhaité pouvoir disposer d’une fenètre maritime sur l’Adriatique mais les grandes puissances préfèrent créer un royaume d’Albanie. La Serbie gagne 81% de superficie et 1.6 millions d’habitants (passant de 2.9 à 4.5 millions).

Comme nous l’avons à propos de la Bulgarie, la Serbie est aux premières loges durant le premier conflit mondial. Attaquée par les Empires Centraux, elle fait mieux que se défendre mais finit par craquer.

Commence alors une terrible Anabase en plein hiver dans les montagnes albanaises.. 400000 militaires et civils entament un véritable périple direction les ports albanais où des navires italiens parviennent à les évacuer en direction de Corfou. Seuls 120000 soldats (sur 135000) et 60000 civils (sur 280000) parviennent sur l’île grecque. Cela n’est pas finit car 11000 soldats et civils finiront par succomber des conséquences de cette odyssée.

Les autres composantes nationales

Dans cette partie je vais balayer à gros traits l’histoire des autres composantes du royaume de Yougoslavie en essayant de rester factuel et de ne pas trop me disperser.

Slovenie

La Slovénie à fait partie intégrante de l’empire romain. Les invasions barbares vont dévaster le territoire et pour cela les habitants de la future Slovénie ne peuvent incriminer que la géographie puisque leur territoire est un point de passage obligé entre la plaine de Pannonie et la péninsule italique.

Les Slaves s’installent dans ce qui allait devenir la Slovénie à la fin du 6ème siècle. Le territoire va ensuite passer sous l’autorité du Saint Empire Romain Germanique puis après 1806 sous la souveraineté de l’empire d’Autriche et de la maison des Habsbourgs.

Les ancêtres des slovènes actuels occupaient les régions actuelles de la Carinthie, de la Styrie (ouest) et de la Slavonie. Il y eut une brève union avant une division entre les slaves de Carniole (Slovénie actuelle) alors que les Slaves du Nord vont former la Principauté de Carantanie qui par déformation allait devenir la Carinthie. Cette dernière en 746 passe sous la tutelle de la Bavière.

Au 9ème siècle le territoire est sous l’influence du duché de Bavière mais aussi d’une puissance en devenir, la République de Venise. En 952 l’empereur Othon 1er fonde un duché de Karananie qui intègre une partie de l’actuelle Slovenie.

Région frontalière, la future Slovenie était une marche pour protéger le Saint Empire contre les incursions des slaves et des hongrois. La Carniole qui correspond grosso modo à la Slovenie actuelle est une marche de 1040 à 1364 puis un Duché de 1364 à 1918.

La Slovenie n’à pas de statut spécifique mais ils ont des députés à Vienne. Un embryon d’Etat slovène, le comté de Celje disparaît en 1456 après la mort du dernier titulaire tué par Jean Hunaydi.

Si les élites soucieuses de leur position se germanisent, la paysannerie résiste et conserve une identité spécifique. Sur le plan religieux la Réforme est un temps très populaire mais la Contre-Réforme catholique finit par triompher notamment grâce à l’action de l’Archiduc et futur empereur Ferdinand (empereur de 1590 à 1637). En 1573 une révolte paysanne dévaste la région.

En 1806 le Saint Empire Romain Germanique disparaît cédant la place à l’Empire d’Autriche. Les territoires correspondant à la Slovénie restent domaines patrimoniaux de la Maison d’Autriche. Une partie de la Slovénie, le duché de Carniole dont la capitale était Laibach (Lubjana) intègre les Provinces Illyriennes, un territoire sous contrôle français d’octobre 1809 à août 1813. En 1815 le duché est réintégré à l’Autriche avant d’intégrer le Royaume d’Illyrie le 2 août 1816.

Ce royaume va rapidement perdre des territoires au profit des royaumes de Croatie et de Slavonie, le royaume d’Ilyrie ne regroupant plus que le duché de Carinthie, le duché de Carniole et le Littoral Autrichien qui correspond grosso modo à l’Istrie et à la Dalmatie.

En 1848 une proposition est faite pour regrouper tous les slovènes sous un même royaume autonome. Ce projet n’aboutit pas et en 1849 le royaume disparaît laissant des territoires autonomes (Carinthie, Carniole et le Littoral autrichien).

En février 1861 une patente met en place une Diète provinciale qui envoie des élus au Reichsrat, le parlement de la Cisleithanie.

Après 1918 et la disparition de l’Autriche-Hongrie, une grande partie du territoire slovène va intégrer la Yougoslavie mais une petite partie (32700 km² et 1.3 millions d’habitants tout de même) intègre le Royaume d’Italie.

Toujours en 1918 un conflit armé oppose les slovènes à la République d’Autriche allemande, l’un de ses états éphémères apparus dans l’immédiat après guerre. Les territoires contestés ssont la Basse Styrie et le Sud de la Carinthie. Par le traité de Saint Germain, Maribor et la Basse Styrie sont accordés à la Yougoslavie.

Des combats ont lieu en Carinthie du Sud (décembre 1918 à juin 1919), des volontaires slovènes aidés par l’armée serbe tentent d’occuper Klagenfurt.

En octobre 1920 la majorité de la population de la Carinthie du Sud vote pour rester autrichienne, la seule exception étant la région autour de Dravograd et de Gustany qui est accordée à la future Yougoslavie.

Le traité de Trianon (1920) accorde au royaume de Yougoslavie une région pourtant non slovène, celle de Prekmuye qui appartenait à la Hongrie depuis le 10ème siècle.

En 1929 la Slovénie est rebaptisée Drava Banovina (Drava Banate) du nom de la rivière Drava, la capitale provinciale étant logiquement Lubjana, l’ancienne Laibach. La Slovénie renait en 1944 et sans devenir confédérale la Yougoslavie se libéralise.

Cela explique en partie pourquoi les slovènes et les croates ont combattu en 1949 avec une certaine détermination alors que le haut-commandement serbe craignait mutineries et désertions massives.

Croatie

La Croatie telle que nous l’entendons aujourd’hui couvrait deux provinces romaines, la Dalmatie et la Pannonie. Après 476 et la chute de l’Empire romain d’Occident, elle est occupée par les Ostrogoths pendant cinquante ans avant d’être intégré à l’empire byzantin.

Au VIIème siècle apparaissent ce qu’on pourrait qualifier les proto-états croates, le Duché de Croatie et le Duché de Croatie Pannoniène. Si le premier va perdurer, le second disparaît au 10ème siècle après environ 300 ans d’existance.

Le Duché de Croatie comprend le littoral de l’actuelle Croatie sauf l’Istrie. Ce territoire est l’objet des convoitises franques et byzantines. Une rivalité nait également avec l’orgueilleuse République de Venise bien décidée à faire de l’Adriatique une Mare Venetium. Des batailles opposent les croates aux bulgares mais très vite les relations s’améliorent à la différence des relations avec les arabes qui restent hostiles.

Vassalisé par les Francs vers 790, le duché de Croatie devient en 879 un duché sans suzeraineté suite à l’intervention du pape Jean VIII. En 925 le duché de Croatie devient un royaume d’abord indépendant puis en union personnelle avec la Hongrie à partir de 1102.

La Croatie est en première ligne contre les ottomans. Une marche militaire appelée la Frontière Militaire/Militärgrenze/Vojna Krajina est mise en place en 1553 et supprimée en 1881. C’était un véritable front pionnier avec fortins, fortifications et surtout une colonisation de peuplement par des valaques, des allemands et surtout des serbes ce qui entrainera une cascade de terribles événements notamment durant le second conflit mondial. D’ailleurs la région concernée en Croatie est la Krajina.

Si la Croatie dépend de la Cisleithanie, il est important de noter que la Dalmatie forme un Royaume autonome.

Comme nous l’avons déjà vu au milieu du 19ème siècle, apparaît un romantisme nationaliste croate pour contrer une politique de germanisation et de magyarisation. C’est le mouvement illyrien.

En 1848 la Croatie, la Slavonie et la Dalmatie restent du côté habsbourgeois par peur du nationalisme hongrois. Cela ne leur valut aucun traitement de faveur de la part du nouvel empereur François Joseph.

En 1867 l’empire d’Autriche devient l’empire austro-hongrois et l’année suivante en 1868 on compromis croato-hongrois est signé.

En 1918 les croates décident de s’engager dans l’aventure de l’idée yougoslave dans l’espoir d’aboutir à un état confédéral. Leurs espoirs vont être vite deçus et cette déception est rendue encore plus amère par le fait qu’économiquement la Croatie moins touchée par le premier conflit mondial s’en sortait mieux que nombre de régions de Serbie.

La situation reste très tendue pour ne pas dire explosive en Croatie durant l’entre-deux-guerres et nul doute que si Pierre II n’était pas revenu sur la politique autoritaire de son père nul doute qu’avant même l’invasion germano-italienne la Croatie aurait explosé provoquant l’implosion de la Yougoslavie.

Bosnie-Herzegovine

Peuplée à l’époque néolithique, elle à été ensuite habitée par les illyriens et les celtes. Comme toute l’Europe la future Bosnie-Herzegovine à été christianisée à partir du 1er siècle et trois siècles plus tard elle était une partie de l’Empire Romain d’Occident avant d’être envahit par les Barbares suite aux invasions du même nom. Plus précisément ce sont les Ostrogoths qui occupent la région et ce dès 455. Les Alains et les Huns traversent également la région.

Après une reconquête sous l’empereur Justinien, l’actuelle Bosnie-Herzegovine est occupée par les avars puis par les slaves. Une certaine influence des Francs est à noté, certains leur attribuant l’introduction du féodalisme même si pour certains ce n’est pas si évident que cela. Le territoire est également l’objet des convoitises serbes, croates et même bulgares.

En 1136 le roi de Hongrie Béla II envahit la Bosnie et créa le titre de Ban de Bosnie, un titre honoraire pour son fils Ladislas II. De 1167 à 1180 la Bosnie-Herzegovine revient temporairement dans le giron byzantin.

Territoire autonome, la Bosnie devient un royaume en 1377 mais moins d’un siècle plus tard en 1463 l’empire ottoman occupe la région (la résistance va perdurer jusqu’en 1527 mais de manière épisodique), la transformant en profondeur puisque les populations locales se convertissent pour une part importante d’entre-elles à l’islam. C’est le début d’une domination qui va durer 415 ans jusqu’en 1878.

A partir de 1831 les paysans bosniens se révoltent. Cette révolte est réprimée seulement en 1850 mais la situation reste toujours aussi tendue. Une véritable rébellion éclate en 1875 et sous la pression des événements mais aussi des grandes puissances, la Sublime Porte va céder à l’Autriche-Hongrie l’administration de la Bosnie-Herzegovine.

La Bosnie-Herzegovine est occupée par l’Autriche-Hongrie entre le 29 juillet et le 20 octobre 1878, occupation qui n’est pas une promenade de santé puisqu’on signale quelques combats avec les ottomans et des milices locales.

Officiellement la Bosnie-Herzegovine appartient toujours à la Sublime Porte mais en réalité c’est devenue une région de l’empire austro-hongrois. Vienne veut en faire une colonie modèle et pour cela va mettre sur pied le Condominium de Bosnie et d’Herzegovine, condominium placé sous l’autorité du ministre des Finances austro-hongrois via un office bosnien.

La politique habsbourgeoise se heurte rapidement aux spécificités du territoire et à l’influence de l’idée yougo-slave, diablement séduisante pour les élites bosniennes. A la fin du siècle les serbes et les musulmans de Bosnie (ou Bosniaques) réclament l’autonomie religieuse et l’autonomie scolaire.

Le projet de dévelloper une identité bosnienne spécifique échoue. Résultat en 1905 la vie politique en Bosnie et en Herzegovine est dominée par trois partis communtaires représentant les serbes, les croates et les musulmans.

Le 5 octobre 1908 suite à la déclaration d’indépendance de la Bulgarie, l’empereur austro-hongrois François Joseph annonce l’annexion de la Bosnie-Herzegovine. Cette annexion est annoncée deux jours plus tard à Sarajevo.

C’est le début d’une crise internationale qui va durer jusqu’au 26 février 1909 quand la Sublime Porte finit par s’incliner. Elle reçoit des compensations matérielles et obtient le départ des garnisons austro-hongroises du Sandjak de Novi-Pazar.

Cette annexion est reconnue par la Russie le 21 mars mais uniquement après un ultimatum allemand. La Serbie la reconnaît le 31 mars et le Monténégro le 5 avril 1909.

Cette annexion entraine des troubles réprimés par un corps spécial austro-hongrois le Streifkorps même si très vite les partis musulmans soucieux de légalisme et de réalisme finissent par admettre cette annexion. Les croates de Bosnie sont d’abord très enthousiastes espérant rejoindre la Croatie et former avec le reste de la Bosnie-Herzegovine un pôle slave au sein d’une monarchie qui ne serait composée de deux pôles mais de trois.

En 1910 le territoire est peuplé de 1 898 044 habitants répartis entre des musulmans (612137 32.2%), orthodoxes (825418, 43.5%), catholiques (434061, 22.9%) et enfin 11868 juifs (0.6%).

La Constitution de 1910 met en place une Diète de Bosnie, un Conseil National et des conseils municipaux mais leurs pouvoirs sont naturellement très limités.

En ce qui concerne l’organisation locale, elle reste inchangée par rapport à l’époque ottomane, les seuls changements concernant les noms. C’est ainsi que le Vilayet de Bosnie devient le Reichsland, les sandjaks deviennent des Kreise (cercles), les Kazas (juridictions) des Bezirke, les Nahiyaks (cantons) sont rebaptisés Exposituren. On compte six Kreise et cinquante-quatre Bezirke.

Suite à l’implosion de l’Autriche-Hongrie, la Bosnie-Herzegovine va intégrer le Royaume des Serbes Croates et Slovènes (Yougoslavie en 1929) mais la région se montra rétive, s’opposant à une réforme agraire puis à une réorganisation des structures administratives qui finalement resteront assez semblables à celles de l’époque ottomane.

La mise en place des Banovina passe mal en Bosnie-Herzegovine d’autant que les bosniaques c’est à dire les musulmans de Bosnie ont le sentiment qu’à terme le territoire sera partagé entre serbes et croates. Finalement le système de banovina sera abandonné et les anciens régions rétablies ce qui allait calmer un peu la situation. Es-ce à dire que tous les problèmes ont été réglés ? Non bien sur le second conflit mondial allait se charger de le montrer.

Monténégro

Durant la période antique le Monténégro appartenait à la province romaine de Dalmatie. Peuplée d’abord par les illyriens, cette région est ensuite occupée par les slaves après avoir été ravavée par les Avars et les Goths. Les bulgares et les serbes vont aussi tenter d’occuper ce territoire tout comme les byzantins.

Au 9ème siècle pas moins de trois principautés se partagent le territoire actuel du Monténégro : la principauté de Dukja (qui correspond approximativement à la moitié sud), la principauté de Travunia (l’ouest) et celle de Rascia (le nord).

En 1042 la principauté de Duklja prend son indépendance, principauté qui devient celle de Zeta au 13ème siècle. En 1054 à lieu un schisme entre Rome et Byzance. Le futur monténégro bascule du côté de Rome avec l’érection de l’évêché de Bar en 1067 (archeveché en 1082).

Au 15ème siècle on appelle davantage la principauté de Zeta comme la principauté de Crna Gora ou en vénétien Monte Negro.

De larges portions du territoires sont occupées par l’empire ottoman de 1496 à 1878. le reste était sous contrôle de Venise notamment la région des bouches de Kotor (1420-1797) ou du prince-évêque de Cetinje (1515-1851). Une ultime dynastie émerge, celle des Petrovic-Njegos qui va régner jusqu’en 1918.

En 1852 le prince-évêque Danilo Petrovic-Njegos se marie et renonce à son état ecclésiastique, devenant le knjaz (prince) Danilo Ier et sécularisant son état.

Il est assassiné à Kotor en 1860 et remplacé par Nicolas 1er. Ce dernier engage une guerre infructueuse contre l’empire ottoman (1861-1862) puis tente de profiter du soulèvement de la Bosnie-Herzegovine (1875-1877) pour reprendre la lutte. Il est aidé par la Serbie mais là encore c’est un échec. Il faudra attendre l’intervention russe pour aboutir à quelque chose avec la signature du Traité de San Stefano (mars 1878), traité très favorable au Monténégro, à la Russie, à la Serbie, à la Roumanie et à la Bulgarie.

Ces gains vont être minorés par le Traité de Berlin (1878) même si ce traité reconnaît le Monténégro comme un état indépendant, état qui double sa superficie avec notamment le port de Bar. Les eaux monténégrines sont fermées aux navires de guerre étrangers. L’administration maritime et la police sanitaire est cependant assurée par l’Autriche-Hongrie.

En 1905 le Monténégro se donne d’une constitution et cinq ans plus tard il devient un royaume. Il participe aux guerres balkaniques, se partageant le Sandjak de Novi-Pazar avec la Serbie mais du rendre la ville de Skadar au nouvel état albanais créé par les grandes puissances.

Le 6 août 1914 le Monténégro déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie en dépit du fait que Vienne lui avait promis la région de Shkoder/Skhadar si le petit royaume restait neutre. L’armée monténégrine est placée sous l’autorité du haut-commandement serbe pour des raisons de coordination.

Belgrade à offert une aide militaire (30 canons et 17 millions de dinars) tandis que la France envoyait 200 soldats des troupes coloniales à Cetinje pour armer deux stations radios de transmission mais aussi d’écoute. Du matériel, de la nourriture et différentes fournitures sont envoyées de France direction le port de Bar jusqu’à ce que ce dernier soit bloqué par la marine austro-hongroise.

Une fois l’Italie en guerre c’est Rome qui prit le relais, ravitaillant le pays par l’Albanie, une route non sécurisée, les irréguliers albanais organisés par des agents autrichiens attaquant les convois. Le manque de ravitaillement fût l’une des causes de la capitulation monténégrine après une belle résistance. L’occupation de la totalité du territoire serbe (décembre 1915) rendait impossible la situation du Monténégro qui est envahit en janvier 1916.

La campagne du Monténégro est une campagne éclair qui dure du 5 au 17 janvier 1916. Elle engage 100000 soldats austro-hongrois contre seulement 50000 monténégrins. Cette la suite directe de la submersion de la Serbie et de la retraite des troupes de Pierre 1er à travers les montagnes albanaises.

Les austro-hongrois voulaient s’occuper des monténégrins alliés à la Serbie mais aussi s’emparer des ports stratégiques de Durazzo et de Valona. Deux corps d’armée austro-hongrois, les 8ème et 19ème CA sont engagés. Le 11 janvier 1916 le mont Lovcen, position défensive monténégrine clé est prise par les austro-hongrois.

Le 13 janvier c’est la capitale qui est prise ce qui entraine l’ouverture de négociations pour un armistice. Les termes sont insupportables pour le roi qui refuse de signer, quittant le pays pour l’Albanie puis pour l’Italie le 19 janvier. Il ordonne au commandant en chef de continuer à combattre au besoin en se repliant sur l’Albanie pour retrouver les troupes serbes à Corfou.

Le gouvernement refuse et ordonne aux troupes monténégrines de déposer les armes. Ils obtiennent gain de cause le 17 janvier 1916.

le 1er mars 1916 un gouvernement militaire provisoire est mise en place sous l’autorité de Viktor Weber Edler von Webeneau qui est remplacé par Heinrich Clam-Martinic le 10 juillet 1917, ce dernier restant aux commandes jusqu’à la fin du conflit.

Après la libération du pays par les alliés un débat fit rage pour savoir si le Monténégro devait rester indépendant ou si il devait rejoindre le futur état des slaves du sud.

Le 1er décembre 1918 le royaume du Monténégro s’unit au royaume de Serbie, déclenchant des troubles entre Blancs et Verts.

Du 2 au 7 janvier 1919 à lieu l’insurrection de Noël (NdA les orthodoxes fêtent Noël le 6 janvier et non le 25 décembre).

Les Verts _nationalistes et séparatistes monténégrins_ refusent la décision de la Grande Assemblée Populaire du Monténégro d’unir le jeune royaume (28 août 1910) au Royaume de Serbie.

Mauvais perdants ? Faut voir puisqu’il devient rapidement évident que les débats de Podgorica (qui à l’époque n’était pas la capitale du pays puisqu’il s’agissait de Cetinje) ont été une farce puisque les Blancs favorables à l’idée yougo-slave et à l’union avec la Serbie ont truqué le processus électoral pour s’assurer d’une confortable majorité.

Es-ce à dire que les Blancs se moquaient de l’avenir de leur pays ? Non puisque comme les croates et les slovènes ils espéraient conserver l’identité monténégrine au sein d’une Yougoslavie confédérale.

Si la révolte va être rapidement réprimée, une guérilla épisodique va durer jusqu’en 1929, les Verts survivants prenant le chemin de l’exil. Les plus extrémistes ou les plus enragés selon les points de vue reviendront en 1949 dans les bagages de l’armée italienne pour servir d’auxiliaires aux troupes d’occupation. Inutile de préciser que ceux tombant aux mains de maquisards royalistes ou des partisans communistes subissaient un sort terrible.

Quand la Yougoslavie implosa au début des années quatre-vingt dix cette révolte de Noël devint un axe majeur du nationalisme monténégrin, les Verts comme les Blancs étant célébrés comme de fiers patriotes, oubliant la division irréconciable entre deux camps.

Macédoine

A la période antique l’actuelle Macédoine du Nord (anciennement Ancienne République Yougoslave de Macédoine) était occupée par le royaume de Paeonie, un royaume aux frontières floues peuplées essentiellement par des descendants illyriens et des thraces.

A la fin du 6ème siècle, les perses de la dynastie Achéménide dirigés par Darius le Grand occupent ce royaume mais après la défaite en -479 les perses se retirent en Asie mineure.

En -336 Philippe II de Macédoine annexe la Haute-Macédoine ce qui correspond à notre Macédoine du Nord actuelle.

La Macédoine est conquise par les romains en -146 devenant une province dont les dimensions vont évoluer, la partie nord intégrant la Mésie à l’époque de Dioclétien.

Les Slaves s’installent sur le territoire de l’empire byzantin, les historiens grecs les appelant Sklavines les slaves attaquant l’empire byzantin avec ou sans l’aide des bulgares et des avares. A plusieurs reprises les différents basileus qui se succèdent à Constantinople doivent lancer des campagnes contre des populations remuantes qui sont pour beaucoup déportées en Cappadoce (Turquie actuelle).

Vers 836 le territoire de la Macédoine intègre le premier empire bulgare, les populations s’assimilant avec les bulgares. C’est aussi à cette période que les slavkines se christianisent avec Saint Cyrille et Saint Methode. A la fin du 10ème siècle l’actuelle Macédoine du Nord devient le cœur idéologique et religieux du premier empire bulgare avec notamment l’évéché d’Ohrid qui après l’occupation de Preslav par Basile II devient le siège du patriarche bulgare.

La domination byzantine est à plusieurs reprises contestée par les serbes et par les bulgares. De 1257 à 1277, Constantin Asen qui fût tsar de Bulgarie était originaire de Skopje. Plus tard la capitale actuelle de la Macédoine du Nord fût celle de l’empire serbe de Stedan Dusan.

La région est conquise par les ottomans à la fin du 14ème siècle et va rester sous le joug de la Sublime Porte pendant près de 500 ans ccomme une partie de la province (Eyalet) de Roumélie («pays des Roums»).

L’Elayet de Roumélie est supprimé en 1867 et le territoire de la Macédoinr du Nord est partagé entre les Vilayet de Monastir, du Kosovo et de Salonique.

En 1903 une République de Krusevo est proclmée suite à la Révolte d’Ilinden-Preobrazhenie mais bien entendue cette république disparaît après la féroce répression ottomane.

En 1912 au cours de la première guerre Balkanique la région est capturée par la Serbie qui l’annexe une fois le conflit terminé à l’exception de la région de Strumica qui appartient à la Bulgarie de 1912 à 1919.

Cette région qui ne dispose d’aucun statut particulier au sein de l’Etat serbe est appelée Južna Srbija (Serbie du Sud ) pour la distinguer de la Stara Srbija (Vieille Serbie). De 1915 à 1918 la région est occupée par la Bulgarie.

Après le premier conflit mondial, le royaume de Serbie devient le cœur battant du Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes. En 1929, le royaume est rebaptisé Royaume de Yougoslavie et divisé en provinces ou banovinas. Le territoire correspondant à la Macédoine du Nord est appelée Banovina du Vardar avec Skopje comme capitale.

Après le premier conflit mondial la région subit une période de serbisation, les écoles bulgares, grecques et roumaines étant fermées, les prêtres bulgares et tous les enseignants non-serbes sont expulsés. Cette politique est violement combattu par la VMRO (Vatreshna Makendonska Revolutsionna Organizatasiya) en français l’organisation révolutionnaire intérieure macédonienne.

Durant le second conflit mondial, la Macédoine du Nord allait être occupée à la fois par les bulgares et par les italiens. Cette région allait connaître une occupation troublée avec de nombreux combats entre partisans et troupes d’occupation. Cela entraina comme nous le verrons un cycle infernal d’attentats et de représailles. Néanmoins au moins au début les bulgares furent bien accueillis par les populations locales bulgarophones.

Benelux (40) Belgique (1)

UNE AUTRE SECONDE GUERRE MONDIALE
T-9 BENELUX (2) BELGIQUE

Belgique 3

AVANT-PROPOS

Après avoir passé plus de trois mois sur les Pays-Bas, je passe au deuxième volet de ce Tome 9, volet consacré à la Belgique. Comme à chaque fois j’espère passer moins de temps que précédemment mais que cela va sans doute rester un vœux pieu.

La Belgique est longtemps restée une «expression géographique» pour reprendre le bon mot du chancelier autrichien Metternich à propos de l’Italie.

A quand dater la naissance de la Belgique ? A la Gaule Belgique dont les tribus affrontèrent les légions de César ? À l’émergence de la Bourgogne comme puissance majeure ? À la division politico-religieuse du XVIème siècle entre l’Union d’Utrecht et l’Union d’Arras ? Aux révolutions de la fin du 18ème ?

Difficile à dire ce qui est sur c’est qu’il fallut attendre 1830 pour qu’enfin la Belgique devienne un pays indépendant mais une nation c’est moins sur car très vite les relations entre flamands et wallons vont devenir tendues, les seconds plus riches snobant les premiers considérés comme des bouseux avant que la situation ne se renverse bien des décennies plus tard. En 2020, la Belgique est encore un pays uni mais es-ce que ce sera le cas encore dans cinquante ans rien n’est moins sur.

Pays neutre coincé entre des puissances militaires qui n’attendent qu’un prétexte pour se sauter mutuellement à la gorge, la Belgique est forcée de participer à la première guerre mondiale, parvenant sous l’impulsion du Roi-Chevalier Albert 1er à préserver une partie du territoire national.

Tirant les leçons de ce conflit, la Belgique abandonne sa sacro-sainte neutralité en s’alliant avec la France par un traité d’assistance mutuelle signé en 1920. En 1934, Albert 1er meurt accidentellement et son fils Léopold III lui succède.

Ce dernier est inquiet de la montée en puissance de l’Allemagne nazie et refuse d’être entraînée dans ce conflit. En 1936, la Belgique retourne à la neutralité au grand dam des puissances occidentales.

La guerre de Pologne semble valider cette hypothèse mais néanmoins ce conflit impose à la fois un réarmement du pays et un rapprochement mezzo voce avec Paris et Londres, Bruxelles adoptant une position semblable à celle de La Haye.

Le second conflit mondial, le pays se retrouvera divisé entre un gouvernement réfugié à Caen et un roi qui avait décidé de rester à Bruxelles pour dit-il «soulager les souffrances de son peuple».

Léopold III (1934-1951) 11

Léopold III

Son influence sera réelle mais limitée, les allemands imposant un gouvernement militaire qui s’appuyait sur des collaborateurs flamands et wallons. Le territoire libéré, la question du roi se posera, aboutissant à des affrontements et à un référendum qui aboutira en 1959 à l’abdication de Léopold III et à l’avènement de Baudouin 1er.

Tout comme le Tome 9(1), le Tome 9(2) sera organisé en une partie historique avant d’enchaîner par une partie navale consacré à la «marine belge», une marine qui allait connaître des éclipses jusqu’à la création d’un Corps Naval Belge/Belgium Naval Corps/Belgish MarineKorps.

Belgique 13

Pavillon de la marine belge

L’action courageuse et remarquable de cette petite marine allait convaincre le gouvernement belge de pérenniser un outil naval qui aujourd’hui opère de manière quasi-continuelle avec la Koninklijke Marine au point qu’on parle depuis des années de la création d’une marine néerlando-belge ou belgo-néerlandaise.

On passera ensuite à l’armée de terre belge avec son histoire, son organisation et son armement avant de terminer par l’armée de l’air belge, une armée de l’air qui comme son homologue néerlandaise n’était pas indépendante au début du second conflit mondial.

L’armée de terre est puissante et bien équipée même si il y à un certain nombre de lacunes. Elle peut raisonnablement espéré tenir suffisamment longtemps pour permettre l’entrée en Belgique de renforts franco-britanniques capables de repousser les troupes allemandes.

L’armée de l’air belge est en réalité une entité de l’armée de terre appelée Aéronautique Militaire et ne deviendra indépendante qu’après le second conflit mondial. L’équipement est essentiellement étranger, les avions de conception et de fabrication belge étant très peu nombreux, le gouvernement belge n’ayant pas pu ou su encourager l’émergence d’un constructeur national, la SABCA produisant davantage des avions étrangers sous licence qu’autre chose.

HISTOIRE DE LA BELGIQUE

Les prémices

Antiquité et Haut Moyen-Age

Dans cette première partie, quelques informations sur la «Belgique», un territoire qui allait être longtemps disputé et le théâtre de nombreux conflits en raison d’une géographie qui favorisait les envahisseurs : des fleuves qui formaient autant de pénétrantes, pas de montages infranchissables, des vastes plaines.

Le territoire actuel de la Belgique à été peuplé par les Celtes, un peuple indo-européen venu d’Europe centrale. La date d’installation est incertaine entre -1200 et -800 avant J.C.

Jules Cesar

Buste de Jules César repêché dans le Rhône 

Connus sous le nom de gaulois (de gallus coq) par les romains, ces habitants résistent ou s’allient avec la République Romaine et ce jusqu’en -58 quand Jules César pour des raisons politiques engage la conquête de la Gaule. Selon l’auteur des Commentaires sur la Guerre de Gaule, les Belges étaient plus belliqueux et les plus redoutables.

Après six ans de combat et une ultime victoire à Alésia en -52, la Gaule devient une possession romaine, possession divisée en trois provinces, la province de Lyonnaise, la province d’Aquitaine et la province de Belgique.

Cette province est bien plus vaste que l’actuel Royaume de Belgique puisqu’elle s’étend également sur le nord-est de la France (de la mer du Nord à la Franche-Comté) ainsi que sur une partie des Pays-Bas et de l’Allemagne (ex-Nouveaux Pays Allemands).

En l’an 84 de notre ère elle est divisée en deux provinces, la province de Germanie inférieure et la province de Germanie supérieure, cette dernière étant à nouveau divisée sous Dioclétien en Belgica prima et Belgia secunda.

Comme partout dans l’empire, les romains équipent le territoire, traçant des routes, établissant des forts qui sont autant d’embryons de villes. La défense est assurée par des légions romaines et par des auxiliaires barbares dont certains sont appelés à un grand avenir puisqu’il s’agit des Francs et notamment des plus puissants d’entre-eux, les francs saliens.

Le royaume franc à pour capitale Tournai et émerge au Vème siècle. En 496, Clovis se convertit au christianisme marquant le début de l’histoire du royaume de…..France fondé par l’alliance du trône et de l’autel ce qui sort du cadre de notre étude.

Aux Mérovingiens succèdent les Carolingiens et notamment le plus célèbre d’entre-eux, Charles le Grand ou Charlemagne. La future Belgique est au cœur de la puissance carolingienne, le premier empereur romain d’Occident depuis plus de trois siècles faisant d’Aix-La-Chapelle sa capitale.

Certes Aachen n’est pas en Belgique actuelle mais la capitale impériale irrigue les territoires alentours via notamment la vallée de la Meuse.

En 840, Louis le Pieux unique fils survivant de Charlemagne décède à son tour, laissant trois fils qui se partagent l’héritage paternel ou plutôt se querellent pour obtenir la plus grosse part. En 843 est signé le Traité de Verdun.

Traité de Verdun

Carte du traité de Verdun

Ce traité à une importance fondamentale. Pas vraiment pour ses clauses politiques _elles ne tiendront pas longtemps_ mais pour des raisons culturelles _le traité est rédigé en français et en allemand ou du moins dans des formes qui annoncent ces deux langues_ et géographiques puisque les limites sont fixées sur l’Escaut et le Rhin.

On trouve comme nous le savons à l’ouest la Francia Occidentalis confiée à Charles le Chauve et à l’est la Francia Orientalis confiée à Louis le Germanique. Ces deux royaumes annoncent la France et l’Allemagne. En revanche l’état central appelé Lotharingia _en référence à son souverain Lothaire_ n’allait pas survivre jusqu’à l’époque des Etats-Nations.

L’actuel territoire de la Belgique est essentiellement contenu par la Lotharingie (qui par déformation allait donner naissance à la Lorraine) mais des territoires actuellement en Belgique appartenaient par exemple à la Francia occidentalis puisque la frontière de celui-ci était fixé sur un fleuve aujourd’hui belge, l’Escaut.

En 870, le traité de Meersen provoque la disparition de la Lotharingie partagée entre les deux royaumes, la Meuse et l’Ourthe servant de frontière. En 879, tous les territoires de l’actuelle Belgique ont été rattachés à la future Germanie.

Les Carolingiens et les ascendants des Capétiens tout se disputant le trône n’ont pas renoncé à s’emparer de la Lotharingie. En 911, Charles le Simple envahit et va en garder le contrôle jusqu’en 923 quand Henri 1er dit l’Oiseleur récupère le territoire contesté.

Quand se termine le 10ème siècle, le territoire de l’actuelle Belgique est morcelée en de multiples entités territoriales, certaines éphémères et d’autres plus durables.

C’est aussi à cette époque que les villes se développent, tirant leur richesse du commerce maritime mais aussi du travail de la laine, de la laine anglaise ce qui expliquera nombre de positions politiques des villes «belges». Cette expansion sera continue jusqu’au 14ème siècle quand l’Europe est frappée par la Peste Noire provoquant des saignées démographiques qui ne seront effacées qu’au 19ème siècle.

Ces villes sont riches, puissantes et jalouses de leur indépendance. Même le roi le plus puissant peut s’y casser au moins temporairement les dents, Philippe IV le Bel étant bien placé pour le savoir quand son armée est écrasée à la bataille des Eperons d’or à Courtrai le 11 juillet 1302.

Principauté de Liège et Pays-Bas bourguignons

En l’an 985, la principauté de Liège voit le jour. Parti intégrante du Saint Empire Romain Germanique (En l’an 962, le roi de Germanie Othon 1er à rétablit la dignité impériale disparue en 888 à la mort de Charles le Gros), cette principauté ecclésiastique dirigée par un prince-évêque allait durant plus de 800 ans puisqu’elle ne disparaît qu’en 1789 (révolution liégoise).

Les autres territoires «belges» dépendaient plus ou moins directement des ducs de Bourgogne, des vassaux du roi de France mais qui parfois étaient plus puissants que leur suzerain ce qui rarement bon pour la stabilité d’une région surtout avec un personnage aussi charismatique que controversé comme Charles le Téméraire.

Les ducs de Bourgogne tenaient leur puissance de notre Bourgogne mais aussi de la Franche-Comté mais peu à peu ils vont acquérir essentiellement par mariage d’immenses territoires.

Bourgogne

Les possessions bourguignonnes étaient regroupées en deux grandes ensembles, les «pays de par deçà» qui regroupaient des territoires appartenant aujourd’hui à la France, à la Belgique et aux Pays-Bas à savoir la Flandre, l’Artois, le Brabant,le Limbourg,le Hainaut,le Naumurois, la Hollande et la Zélande notamment et les «pays de par delà» (Bourgogne Franche-Comté).

Les différents ducs de Bourgogne (Philippe le Hardi [1342-1404],Jean sans Peur [1371-1419] Philippe le Bon [1396-1467] et Charles le Téméraire [1433–1477]) tentèrent d’unifier leurs états, d’en faire un ensemble unitaire et centralisé mais cela fût impossible faute de temps mais aussi en raison des déjà forts particularismes locaux qui obligeaient les ducs de Bourgogne à multiplier les négociations et les compromis avec les élites locales.

C’était donc écrit qu’il n’y aurait jamais de Bourgogne comme il y eut de France, d’Allemagne ou d’Italie. La mort de Charles le Téméraire en 1477 donne le coup de grâce à cette politique.

Charles Quint 64

Ai-je besoin de le présenter ? 

Cependant tout n’est pas totalement perdu puisque l’unique héritière de Charles le Téméraire, Marie de Bourgogne va épouser Maximilien 1er de Habsbourg. De cette union naît un fils prénommé Philippe le Beau, le père de Charles Quint. Ce dernier nait en 1500 à Gand et se considéra toujours comme flamand et bourguignon avant tout.

Cette union entre Marie et Maximilien empêcha le roi Louis XI de s’emparer de la totalité des possessions bourguignonnes. Il dut se contenter du duché de Bourgogne (qui avait été cédé à Philippe Le Hardi comme apanage) ne pouvant s’emparer du comté de Bourgogne (future Franche-Comté) ni des Pays-Bas qui passèrent dans le camp Habsbourg et ce pour près de quatre siècles.

Charles Quint à un œil particulier sur les possessions de sa famille du côté paternel et réunit par la pragmatique sanction en une seule entité, les dix-sept provinces couvrant l’actuel Benelux. Ce n’est pas un hasard si la cérémonie d’abdication de l’empereur n’à pas lieu à Vienne ou à Madrid mais à Bruxelles. Les territoires formant l’actuelle Belgique reviennent à son fils, Philippe II.

Pays-Bas Espagnols et Autrichiens

Né à Gand, Charles Quint se considérait comme un enfant du pays. Tout le contraire de son fils Philippe II né et élévé en Espagne. Farouche champion de la cause catholique, il s’opposait de toutes ses forces à l’hérésie protestante et rêvait comme son père de centraliser toutes ses possessions en ne montrant guère d’intérêts pour les particularismes locaux.

Les frictions et les querelles sont nombreuses. Les raisons sont multiples entre la volonté centralisatrice de Madrid, les impôts très lourds (les monarchies d’Ancien Régime sont perpétuellement à court d’argent) mais aussi les exactions de la soldatesque qui mal ou pas du tout payée vivait sur le pays, engendrant de terribles nuisances.

En 1568 commence ce qu’on va appeler la Guerre de 80 ans, la guerre qui allait aboutir en 1648 à la reconnaissance définitive de l’indépendance des Provinces Unies, l’union des sept provinces les plus septentrionales, provinces à majorité protestante alors que le sud restait fidèle à la foi catholique.

Cette Union d’Utrecht était la réponse protestante à l’Union D’Arras signée le 6 janvier 1579 et qui était une alliance défensive contre les calvinistes. Cette Union d’Atrecht regroupait les comté d’Artois et du Hainaut, le Cambresis et Douai. Le 17 mai 1579, la Paix Arras est signée, paix à laquelle se joignent également Orchies et Lille. D’autres entités territoriales appuyant cette pais sans la signer (Namur, Luxembourg, Limbourg).

Cette union et cette paix doivent beaucoup à Alessandro Farnese, grande capitaine et grand politique. Par cette union, l’emprise espagnole est renforcée et l’Union d’Arras peut servir de base de reconquête des provinces rebelles du Nord.

A la différence des Provinces-Unies du Nord, les Pays-Bas espagnols vont rester une vague confédération de provinces où chaque entité conservait jalousement ses lois et ses coutumes. Il appartient à ce vaste ensemble qu’est la couronne d’Espagne même si le siècle d’or espagnol est en passe de se terminer.

En 1700, Charles II dernier roi Habsbourg d’Espagne meurt sans héritier. Depuis des années les autres monarchies se préparent à sa mort et au partage des dépouilles.

Deux royaumes sont surtout concernés : la France de Louis XIV et le roi de Bohème et de Hongrie également empereur du Saint-Empire Romain Germanique. L’Angleterre à également son mot à dire au titre de son sacro-saint principe d’équilibre des puissances.

Comme souvent c’est la guerre qui va décidé du vainqueur. C’est la guerre de Succession d’Espagne qui va durer treize ans de 1701 à 1714, aboutissant par les traités de Rastadt et d’Utrecht à un partage des territoires ayant appartenu à Charles II.

C’est ainsi que les Pays-Bas Espagnols deviennent pour à peine un siècle les Pays-Bas autrichiens passant des Habsbourg d’Espagne aux Habsbourg d’Autriche (de la filiale à la maison mère si l’on peut dire).

Détail amusant, à Vienne, le bureau spécial chargé de gérer ces territoires portera le nom de Belgium Austriacum en français Provinces Belgiques et en thiois _dialecte flamand_ Oostenrijkse Nederlanden (Pays-Bas autrichiens).

En succédant au Conseil Suprême des Pays-Bas, ce bureau montrait de manière implicite que tout le monde avait compris qu’un système de communauté régnait au sein des Pays-Bas autrichiens et que tôt ou tard il faudrait en tenir compte.

Ce territoire à un rôle de zone tampon entre la France et les Provinces-Unies. Il s’agit aussi d’éviter la réalisation d’un cauchemar britannique : le drapeau français flottant sur Anvers, le grand port flamand ayant toujours été considéré comme un «potentiel pistolet braqué sur Londres».

Le traité de la Barrière signé en 1715 autorise le stationnement de troupes néerlandaises dans le pays, troupes déployées dans des forteresses, le siège étant encore considéré comme préférable à l’incertaine bataille en terrain libre.

Les débuts avec Vienne sont compliqués mais peu à peu à la situation s’apaise mais en 1744 éclate la guerre de Succession d’Autriche, un conflit qui fait suite à la volonté de Charles VI de défendre les droits de sa fille Marie-Thérèse en matière de succession à la tête de ses possessions patrimoniales, la couronne impériale allant à François-Etienne de Lorraine, le mari de l’ennemie jurée de Fréderic II de Prusse.

Cette guerre éclate d’ailleurs par l’invasion de la Silésie par la Prusse _que Marie-Thérèse considère comme son allié_ en décembre 1740. La situation de Marie-Thérèse est compliquée d’autant que George II et son premier ministre Walpole refusent d’intervenir. La France hésite, louvoie et finit par entrer en guerre contre Marie-Thérèse au nom de la vieille rivalité entre la maison de France et la maison d’Autriche. La France et la Prusse vont s’allier mais on ne peut pas dire que cette alliance soit productive et profitable.

On trouve donc d’un côté la Prusse, la France, l’Espagne et la Bavière et de l’autre l’Autriche, la Grande-Bretagne, les Provinces-Unies, la Sardaigne et la Saxe.

Les combats vont avoir lieu en Allemagne mais aussi dans les Pays-Bas autrichiens, théâtre de nombreuses guerre par le passé (en attendant le futur). Le 15 mars 1744, la France déclare officiellement la guerre à la Grande-Bretagne et à l’Autriche.

A l’époque les Pays-Bas autrichiens sont dérivés par l’archiduchesse Marie-Anne d’Autriche, sœur de Marie-Thérèse et par son mari, le prince Charles-Alexandre de Lorraine, frère de François-Etienne.

Fin mai 1744, les troupes françaises sous la direction du maréchal de Noailles passent la frontière. Ils s’emparent sans difficulté des places de la barrière _aussi mal entretenues que défendues_ puis de villes. Maurice de Saxe parvient de son côté à bloquer l’armée ennemie en associant coups de main et raids de troupes légères. Les victoires s’enchaînent.

Maurice de Saxe

Tableau représentant Maurice de Saxe (photo prise dans le remarquable musée de la ville de Strasbourg dont je vous recommande chaudement la visite)

En trois campagnes, les 120000 hommes dirigés effectivement par Maurice de Saxe s’emparent de tous les territoires ennemis à l’exception de la Gueldre et du Luxembourg. Le 17 mai 1744, la ville de Courtrai est prise, les alliés se repliant pour couvrir Gand, Anvers et Bruxelles.

Après le traditionnel hivernage, les combats reprennent au printemps 1745 avec le siège de Tournai et surtout la bataille de Fontenoy le 11 mai 1745 où Maurice de Saxe remporte une splendide victoire contre les troupes anglo-hollandaises du duc de Cumberland sous le regard de Louis XV et du Dauphin Louis (décédé en 1765, il ne régnera jamais mais donnera trois rois à la France Louis XVI, Louis XVIII et Charles X). Le 22 mai, Tournai est prise suivit de Gand le 15 juillet ou encore d’Ostende le 24 août.

En 1746, ce sont les villes de Bruxelles, Malines, Anvers, Mons et Charleroi qui tombent aux mains des français en attendant Namur. Le 11 octobre 1746, une armée autrichienne dirigée par Charles-Alexandre de Lorraine est battue à Rocourt ce qui ouvre à la France les portes des Provinces-Unies, porte franchie en 1747 avec la prise de Berg-op-Zoom et de Maastricht.

Le traité de paix est signé à Aix-La-Chapelle le 18 octobre 1748, traité très impopulaire en France puisque Louis XV rend ses conquêtes. La future Belgique allait donc rester sous souveraineté autrichienne. On peut cependant se poser la question de savoir ce qu’aurait fait l’Angleterre si les Pays-Bas autrichiens étaient devenus français….. .