Mitteleuropa Balkans (163) Grèce (7)

La guerre d’indépendance

Declin ottoman et réveil culturel grec

En 1683 les turcs échouent à s’emparer de Vienne. Cela marque non seulement l’apogée de la progression ottomane mais aussi le début du déclin de celui qui va devenir «l’homme malade de l’Europe».

Néanmoins en 1715 le Péloponnèse est conquis par les turcs qui ironiquement réalise l’unité politique de la Grèce.

Une paix relative favorise l’activité économique et la renaissance culturelle grecque soit en version originale Diafotsimos («lumières néohelleniques»), la vision héllène des Lumières.

Cela concerne la Grèce stricto sensu mais aussi les régions hellénisées ou peuplées de populations grécophones.

A la fin 18ème siècle le projet grec de Catherine II de Russie favorise cette renaissance. Si ce projet avait aboutit, la Grèce aurait intégré un nouvel empire byzantin dirigé par Constantin, petit-fils de la Grande Catherine exception faite de la Morée et de la Crète qui auraient été rendues à Venise.

A l’origine de cette renaissance la puissance économique des élites grecques. Ces derniers ont pu revivifier leur culture et envoyer leurs enfants dans des écoles prestigieuses. Pas étonnant que les écoles et les universités les plus prestigieuses se trouvaient à Ioannina, Chios, Smyrne et Kyrtonies se trouvaient dans des centres commerciaux grecs prépondérant.

Parmi ces élites grecques on trouve les Phanariotes , des familles aristocratiques de confession chrétienne orthodoxe pour la plupart d’origine grecque, familles initialement installées dans le quartier du Phanar à Constantinople.

La transmission des idées des Lumières en langue grecque influença aussi le développement d’une conscience nationale grecque. Les sciences ne sont pas oubliées.

Une longue guerre d’indépendance

Montage de tableaux représentant différents événements de la Guerre d’Indépendance Grecque

Le réveil culturel et linguistique des grecs va favoriser la course vers l’indépendance. Celle-ci va se faire au prix d’un long et terrible conflit qui verra les leaders de la cause indépendantiste se déchirer avant même l’indépendance acquise (NdA normalement ça se passe après non ?), des troupes égyptiennes intervenir au nord du sultan ottoman, des grandes puissances hostiles et embarrassées qui non sans contradiction finiront par intervenir sur mer et sur terre.

Officiellement la révolte à commencé le 25 mars 1821 mais il semble que cette date soit plus symbolique qu’autre chose, les historiens s’accordant sur le fait que les combats ont en réalité commencé un peu plus tard entre le 27 mars et le 2 avril 1821.

Dans un premier temps les grecs l’emporte dominant rapidement la Morée (Péloponnèse) alors que dans des régions moins favorables à la cause indépendantiste (faible population, peu d’infrastructure, présence ottomane militairement plus importante) les combats sont moins favorables aux grecs.

A cela s’ajoute l’indiscipline des unités qui ne sont que des bandes qui obéissent à leur chef et qui font preuve d’une grande indiscipline ainsi que d’une prompention au pillage et au massacre.

Pour ne rien arranger comme je l’ai dit un peu plus haut les chefs indépendantistes se divisent alors que la cause est loin d’être entendue, division entre politiques et militaires, division qui se double de divisions sociales et géographiques.

A partir de 1824 les troupes egyptiennes de Mehmet Ali dirigées par Salim Pacha,équipées et entrainées à l’européenne interviennent d’abord en Crète puis au Péloponnèse remportant une série de victoires.

La répression est terrible provoquant l’indignation des opinions éclairés occidentales notamment le mouvement philhellène qui conjure les grandes puissances d’intervenir mais tant la France que l’Autriche, la Russie ou la Grande-Bretagne jugent urgent d’attendre et ce comme nous le verrons pour des motifs différents.

En octobre 1827 une escadre franco-anglo-russe écrase une flotte turco-égyptienne en rade de Navarin ce qui marque le début d’une intervention réelle des grandes puissances dans le conflit. En 1828 un corps expéditionnaire débarque en Morée et va jouer un rôle clé dans la libération du territoire même si les combats seront limités.

Tout s’accélère alors avec une nouvelle guerre russo-ottomane en 1829 qui pousse la Sublime Porte à accepter des choses qu’elle jugeait encore il y à peu inacceptables.

La conférence de Londres de 1830 reconnaît l’indépendance de la Grèce mais comme il avait été dit à propos de l’Italie «L’Italie à été faite il reste à faire des italiens». Cette phrase de Massimo d’Azzeglio résume bien la problématique d’Othon 1er qui devient le premier roi de Grèce après le refus du futur Léopold 1er de Belgique.

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Dès le début deux régions sont motrices dans la lutte indépendantiste, deux régions du Péloponnèse à savoir l’Achaïe et la Magne.

Theodoros Kolokotronis réorganise les troupes grecques en appliquant l’expérience qu’il avait acquise dans l’armée britannique où il avait atteint le grade de major. Il impose un commandement centralisé, une certaine discipline, une certaine coordination. Cela n’empêche ni les massacres ni les pillages mais nul doute que cela va rendre les insurgés grecs plus efficaces contre les troupes ottomanes.

Parallèlement les flottes marchandes des îles de l’Egée (Hydra, Spetsas et Psara) sont transformées en flottes de guerre. Les travaux sont minimaux puisque ces navires étaient déjà armés, la Méditerranée n’étant pas encore débarrassée de la piraterie. Ces navires ravitaillent les insurgés, bloquent le ravitaillement des garnisons ottomanes isolées. Des brûlots sont également utilisés pour détruire les navires ottomans.

Les autres régions sont en retrait faute de population, faute d’infrastructures ou parce que les troupes ottomanes sont bien trop puissantes pour être chassées. Des succès sont certes remportés mais comme souvent quand une guerilla affronte des unités régulières il s’agit de coups d’épingle, de succès éphémères.

A la fin du mois de juin la Crète entre en rebellion ce qui poussera la Turquie à demander l’aide de l’Egypte, royaume en théorie vassal de la Sublime Porte mais dont les liens de subordination étaient plutôt lâches.

Le 12 janvier 1822 à l’Assemblée Nationale d’Epidaure, l’indépendance est officiellement proclamée même si personne de la reconnaît au niveau international.

Cette assemblée regroupée vingt représentants issus de la Morée, vingt-six venant de la Grèce du Levant, huit ou neuf représentants de la Grèce de l’occident et des îles d’armateurs (Hydra, Psara et Spetsas). En revanche on ne trouve aucun représentant des îles de l’Egée mais quelques phanariotes étaient présents tout comme des délégues de l’Aéropage (une assemblée représentant la Grèce continentale de l’est).

Très vite les «politiques» et les «militaires» se divisent sur la conduite à tenir et bien entendu sur les postes de pouvoir.

Le 25 janvier 1822 une constitution provisoire est promulguée. Cette assemblée vote l’abolition de l’esclavage et de la torture, ordonne la rédaction d’un code civil, vote l’indemnisation des veuves, orphelins et blessés de la guerre d’indépendance et plus symbolique abandonne le drapeau de l’Hetairie (une sorte franco-maçonnerie philhéllène) au profit des couleurs blanc et bleu (le dessin du drapeau est cependant différent avec une croix blanche sur fond bleu).

La constitution rédigée par un italien V. Gallina s’inspire de la constitution américaine (souvent citée en exemple par tous les libéraux de l’époque) et plus surprennant par celle du Directoire français de 1795 !

Le texte est divisé en six titres avec les deux premiers titres consacrés aux grandes valeurs et à la définition de la citoyenneté. Le christianisme orthodoxe est religion officielle de l’Etat mais les autres religions bénéficient de la liberté de culte. Les citoyens sont égaux devant la loi et l’impôt.

Les chapitres III à VI concernent les institutions de l’Etat avec un chapitre III, un chapitre IV concernant le pouvoir législatif, un chapitre V concernant le pouvoir exécutif et un chapitre VI concernant le pouvoir judiciaire. L’initiative des lois est divisée entre le législatif et l’exécutif.

Le pouvoir législatif est assuré par un sénat législatif appelé Bouleutiko élu chaque année par les grecs de plus de 30 ans. Il votait avec droit d’amendement les lois proposées par le Conseil Executif composé de cinq hommes choisis hors du Bouleutiko.

Le conseil nommait huit ministres : relations extérieures, relations intérieures, finances, justice, guerre, marine, culte et police (NdA au sens ancien de la polis de la cité ce qui est plus un département économique). Il nommait également à tous les autres postes gouvernementaux nécessaires.

L’Assemblée se sépare après l’entrée en fonction des nouvelles institutions qui gagnent rapidement Corinthe.

C’est un texte de compromis pour ne pas désespérer les libéraux et surtout pour ne pas effrayer les grandes puissances de la Saint Alliance.

La division entre «politiques» et «militaires» tourne à la guerre civile dans la guerre d’indépendance ce qui va faciliter la contre-attaque et la répression ottomane.

C’est ainsi que la Chalcidique est soumise fin 1821 tandis qu’une troupe grecque descendue d’Olympie échoue à s’emparer de Thessalonique et est écrasée en avril 1822. La Thessalie est reconquise en août 1822, l’Epire pacifiée à l’automne. La majorité des combats vont alors se concentrer sur le Péloponnèse.

Dès l’annonce du soulèvement, des grecs sont massacrés à Constantinople, à Salonique, à Andrinople, à Smyrne ou Kydonies. Le patriarche de Constantinople Grégoire V est condamné et pendu dès le 18 avril 1821. Son corps est exposé trois jours puis livré à la foule qui le jette dans le Bosphore.

En mars 1822 une troupe grecque avait tenté de rallier l’île de Chios à la cause indépendaniste. Les marchands qui avaient beaucoup à perdre avaient refusé sans compter qu’une forte garnison ottomane tenait l’île.

La contre-attaque ottomane pousse la troupe grecque à évacuer, laissant les habitants à la merci de la fureur ottomane. La répression est terrible avec plusieurs milliers de morts, des habitants réduits en esclavage tandis que 10 à 20000 personnes ont fuit.

Ce massacre indigne l’opinion publique européenne et notamment le mouvement philhéllène. Pour les libéraux de l’époque c’est un peu lors guerre d’Espagne, la cause à aller défendre les armes à la main. Le plus célèbre d’entre-eux est le poète britannique lord Byron qui meurt en avril 1824.

Comme nous l’avons vu plus haut les grandes puissances sont bien embarassées. L’opinion éclairée est favorables aux grecs mais les gouvernements ne veulent pas mettre un terme à l’ordre du Congrès de Vienne.

N’oublions pas que nous sommes à peine cinq ans après la fin des guerres napoléoniennes et plus généralement d’une période quasi-ininterrompue de guerre qui à duré vingt-trois ans (1792-1815).

Qui nous dit qu’une intervention dans les affaires intérieures d’un empire ottoman très affaiblit n’allait pas déclencher une nouvelle guerre européenne ? Le souvenir d’un Vieux Continent ravagé par les combats est dans toutes les têtes.

La Russie par sympathie culturelle et religieuse est plus inccline à intervenir que les autres puissances. A cela s’ajoute la possibilité pour Saint-Pétersbourg de se rapprocher des mers chaudes, obssession des Romanov depuis Pierre le Grand.

La France de Louis XVIII puis de Charles X fait profil bas voulant faire oublier son statut de trublion et de perturbateur de l’ordre monarchique. Si elle est intervenue en Espagne c’est pour restaurer un roi légitime avec les «100000 fils de Saint Louis» (NdA ce qui à bien du faire rigoler certains vétérans de la Grande Armée encore présents dans l’armée de la Restauration) contre les libéraux et en accord avec la Saint-Alliance qui ont donné leur blanc-seing.

La Grande-Bretagne elle est obsédée par l’équilibre des puissances sur le continent mais s’inquiète tout de même de la poussée russe dans les Balkans. L’Autriche du chancelier Metternich est la plus hostile à toute intervention dans le conflit grec.

Naturellement la division des insurgés qui se déchirent entre politiques et militaires ne fait rien pour pousser une ou toutes les grandes puissances à intervenir que ce soit diplomatiquement ou militairement. Deux guerres civiles vont ainsi avoir lieu, une première opposant politiques et militaires et la seconde le continent aux îles.

Entre 1824 et 1827 les insurgés grecs connaissent une accumulation de défaites. Des prisonniers grecs sont déportés en Egypte ce qui lui alliène le soutien français.

En février 1825 Ibrahim Pacha, commandant des troupes egyptiennes débarque dans le Péloponnèse avec une armée entrainée et équipée à l’européenne bien plus efficace que les troupes ottomanes.

Avec son corps expéditionnaire de 20000 hommes il défait les grecs à Sphacterie le 8 mai 1825, Navarin est reprise tout comme une bonne partie de la Morée. Ils échouent devant la capitale grecque Nauplie en juin. Le 25 avril 1826 Missolonghi est reprise par les turcs suivie de l’Acropole d’Athènes le 5 juin 1827.

Les grandes puissances sont bien décidées à intervenir. Nicolas 1er, moins timoré que son frère Alexandre 1er fait pression sur l’Empire ottoman. Il obtient des avancées qui inquiètent les britanniques qui propose à la France et à la Russie une médiation entre insurgés grecs et les autorités ottomanes.

Les grecs aux abois acceptent mais le Sultan refuse. Une escadre franco-anglo-russe présente en Méditerranée intervient alors et remporte une brillante victoire le 20 octobre 1827 à Navarin contre une flotte turco-egyptienne.

Un corps expéditionnaire français va être engagé en Morée. Comme en Egypte cette expédition militaire se double d’une expédition scientifique, de nombreuses recherches et fouilles archéologiques sont menées, apportant de nouvelles connaissances sur l’histoire de la Grèce antique.

Le corps expéditionnaire français dirigé par le général Nicolas-Joseph Maison devait obtenir l’évacuation des troupes egyptiennes d’Ibrahim Pacha suite à la signature d’une convention à Alexandrie le 6 août 1828.

A noter que si la Grande-Bretagne digne oui à cette expédition c’est parce qu’elle s’inquiète de la poussée russe dans les Balkans et non suite à une brusque poussée de francophilie.

Ce corps expéditionnaire comprend trois brigades, la 1ère disposant des 8ème, 27ème et 35ème régiment d’infanterie de ligne, la 2ème des 16ème, 46ème et 58ème alors que la 3ème regroupe les 29ème, 42ème et 54ème de ligne. Le tout est accompagné du 3ème régiment de chasseurs à cheval, de quatre compagnies d’artillerie fournies par les 3ème et 8ème régiments ainsi que deux compagnies du génie. Le tout est transporté et protégé par soixante navires de la Royale.

Les troupes françaises débarquent à partir du 28 août non pas à Navarin où se trouve l’escadre franco-anglo-russe mais plus au sud dans le golfe de Messenie.

Le débarquement s’effectue sans opposition et l’accueil des populations locales est bon. Les différents convois arrivent en Grèce jusqu’à la fin du mois de septembre.

Les egyptiens acceptent d’évacuer à partir du 9 septembre 1828 et l’évacuation se termine le 5 octobre suivant. Des 40000 hommes venus avec lui en 1825 Ibrahim Pacha n’en rembarque que 21000 hommes. 2500 ottomans restent pour tenir les forteresses qui doivent à terme revenir à la Grèce indépendante.

Le 6 octobre 1828 la forteresse de Navarin est occupée suivit de celle de Modon le lendemain. A chaque fois les français doivent s’employer car les turcs refusent de rendre les forteresses mais la résistance est du domaine du symbolique. Il suffit que les sapeurs français percent une brèche dans les murs pour que la place se rende. Faut-il probablement y voir de la part des ottomans une forme d’honneur à ne pas rendre une place forte sans combats fussent-ils symboliques.

La forteresse de Coron tombe le 8 octobre après des combats plus importants qu’ailleurs et contrairement aux deux premières la forteresse est remise immédiatement aux grecs.

Patras est prise sans résistance trois jours plus tôt le 5 octobre 1828. Cela se passe plus difficilement pour la château de Morée car les troupes turques se rebelles contre leur chef vu comme un lâche et un couard. La place est bombardée le 30 octobre et se rend rapidement.

Les dernières troupes turco-egyptiennes quittent la Morée le 5 novembre 1828, des vaisseaux français se chargeant de les convoyer à Smyrne.

Pour l’ensemble de son œuvre, le général Maison est fait Maréchal de France le 22 février 1829.

La plus grande partie du corps expéditionnaire rentre alors en France ne laissant sur place qu’une Brigade d’occupation d’environ 5000 hommes (27ème, 42ème, 54ème et 58ème de ligne) sous le commandement du général Schneider.

Faute de combats le soldat français comme plus tard le Légionnaire pose le fusil pour la pelle et la pioche, construisant des casernes et des forteresses, des routes et des ponts, des écoles, des hôpitaux, bref toutes les infrastructures dont à besoin le jeune état grec.

Parallèlement des conseillers militaires français se chargent de mettre sur pied l’armée du nouvel état. Les derniers soldats français quittent la Grèce en août 1833 et la coopération militaire franco-grecque est mise sous l’éteignoir, le nouveau roi de Grèce Othon 1er préférant faire appel à des spécialistes venus de sa région natale à savoir la Bavière.

Le Sultan préoccupé par l’avancée russe vers Constantinople cède avec le Traité d’Andrinople (14 septembre 1829). Ce traité signé avec la Russie sera complété par la Convention de Londres (février 1830) qui reconnaît l’indépendance grecque, indépendance garantie par les grandes puissances.

Le nouvel état comprend le Péloponnèse, le sud de la Roumélie (la frontière allait d’Arta à Volos) et des îles. Cet accord est rattifié par l’empire ottoman avec le Traité de Constantinople (février 1832).

Entre-temps en mai 1827 l’Assemblée Nationale avait rédigé une troisième constitution ! Kapodistrias est élu président, gouvernant de janvier 1828 jusqu’à son assassinat à Nauplie le 9 octobre 1831.

Comme de coutume à l’époque le nouvel état ne peut être qu’une monarchie et faute de famille royale grecque, on se tourne vers les maisons royales d’Europe. Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha futur Léopold 1er de Belgique est approché mais il finit par renoncer. Ce sera finalement Othon de Wittelsbach, deuxième fils du roi de Bavière Louis 1er qui allait devenir le premier roi de Grèce.

Mitteleuropa Balkans (74) Roumanie (4)

Réveil et marche vers l’indépendance

Le reveil roumain

Au 17ème et 18ème siècle à lieu un véritable réveil culturel roumain (Renastera culturala Romana) qui va préparer les cœurs et les esprits à l’unification politique qui n’aura lieu qu’au 19ème siècle dans ce siècle où la question des nationalités devient prégnante.

Difficile de dire pourquoi ce réveil à lieu maintenant et pas plus tôt ou plus tard. Nul doute que les facteurs sont multiples et je serais bien présomptueux de répondre de manière définitive à la question.

Ce contexte est d’abord politico-militaro-diplomatique avec le recul ottoman. En 1683 ils assiègent Vienne pour la deuxième fois (1529, 1683 mais échouent dans leur prise de leur ville en raison notamment de l’intervention d’une armée de secours dirigée par Jean III Sobieski, le roi de Pologne.

Cela marquant le début du reflux ottoman, la Sublime Porte s’enfonçant dans un déclin qui semble sans fin au point que l’empire ottoman deviendra «l’homme malade de l’Europe», le pendant européen de la Chine.

De 1685 à 1690 c’est la Hongrie qui est reconquise tout comme la Transylvanie. En 1718 c’est au tour du Banat, un territoire peuplé de roumains et serbes (aujourd’hui à cheval sur les territoires de la Serbie, de la Hongrie et de la Roumanie. Sur le plan de la géographie physique il couvre le sud-est de la plaine de Tisza délimitée par le Danube au sud, la rivière Tisza à l’ouest, la rivière Mures au nord et les Carpathes Méridionales à l’est) de tomber dans l’escarcelle hasbourgeoise.

En 1775 la Bucovine (partie nord de la Moldavie) est annexée par les Habsbourgs. Signe que cette conquête doit être durable et pérenne, une politique de colonisation de peuplement est menée avec des slaves, des allemands et des ukrainiens greco-catholiques ou uniates rite orthodoxe mais suivant les consignes de Rome .

Au 18ème siècle alors que les élites se piquent de philosophie (au point que par snobisme une partie de la noblesse se complaira dans une ignorance crasse) le gros de la population roumaine est non seulement pauvre mais soumise à un servage très strict.

De son côté les ottomans lassés de l’autonomie des voïvodes locaux recrutent de plus en plus chez les Phanariotes, des familles aristrocrates greco-orthodoxes vivant dans le quartier du Phanar à Constantinople.

Si ces hospodars sont fidèles à la Sublime Porte ils ne mènent pas tous la même politique, certains menant une politique inspirée par les Lumières, s’imaginant en despotes éclairés.

La renaissance culturelle roumaine voit donc l’introduction des idées les plus avancées en pays roumanophone.

Cette renaissance passe par l’envoi à l’étranger d’étudiants roumanophones grâce aux efforts des élites grecques et phanariotes. Clairement l’unité roumaine va répondre à la même philosophie que les unités allemandes et italiennes.

Des écoles s’ouvrent notamment les académies de Jassy et de Bucarest. Nul doute que les premiers événements de la Révolution Française ont influencé les partisans de la renaissance culturelle roumaine. Un gros travail sur la géographie, l’histoire et la langue est également mené.

Cette renaissance est aussi favorisée par le projet byzantin. Il s’agissait d’un projet chimérique de Catherine II visant à reconstituer quatre siècles après sa disparition de l’empire romain d’Orient et sa descendance. Cet empire aurait été confié à son petit-fils Constantin, fils du futur Paul 1er.

Ce néo-empire byzantin aurait englobé la Grèce, la Thrace, la Macédoine et la Bulgarie mais pas les principautés roumaines qui auraient formées un Royaume de Dacie confié à l’amant et favori de la Grande Catherine, Gregori Potemkine.

Pour calmer les inquiétudes de l’Autriche, Saint-Pétersbourg lui aurait cédé la Bosnie, la Serbie et l’Albanie alors que Venise aurait récupété la Morée, la Crète et Chypre.

Révoltes et répression

Le 2 novembre 1784 éclate la Révolution Transylvaine. Cette révolte à pour origine des revendications politiques et sociales notamment contre le servage, pratique qui semble appartenir à un autre temps.

La révolte éclate dans la région de Zarand et s’entend très vite dans les monts du Bihors (Carpathes occidentales roumaines). Les insurgés réclament l’abolition du servage, l’égalité politique des différents groupes ethniques.

C’est la révolte de la paysannerie, de la bourgeoisie et de la petite noblesse contre la grande aristocratie. Les insurgés affrontent les hussards des aristocrates magyars. Des châteaux sont pris.

Joseph II

L’élément déclencheur de la révolte c’est la non application d’une révolte de l’empereur Joseph II qui permettait aux paysans s’engageant dans les troupes impériales d’échapper aux corvées et de devenir propriétaires de leur lopin de terre.

Ce premier objectif est vite dépassé. Clairement il s’agit d’une émancipation pleine et entière. Les aristocrates sont chassés de Transylvanie jusqu’à la frontière avec la Valachie. On proclame la République du peuple de Transylvanie.

On abolit le servage et les privilèges, on proclame l’égalité de tous devant l’impôt, le retour des franchises paroissiales et la libération des insurgés prisonniers.

Elle promet la vie sauve et le respect des propriétés à ceux hissant le pavillon blanc alors que les autres c’est la mort et la confiscation.

La révolte s’étend également en Crisana (à l’ouest de la Roumanie à la frontière hongroise) et la Marmatie (au pied des Carpathes, haut-bassin de la rivière Tsiza aujourd’hui à cheval sur la Roumanie et l’Ukraine).

Les 27 et 29 novembre 1794 les insurgés et les garde-frontières ralliés battent les troupes impériales à Lupsa et Râmet mais sont défaits à Mihaileni. On décide de reprendre la stratégique de la guerilla.

Contre-offensive de la noblesse, la tête des chefs est mise à prix, les cols de Moldavie et de Valachie sont surveillés. L’Autriche demande à l’empire ottoman de ne pas accorder l’asile aux chefs insurgés.

Horea et Closca sont pris le 27 décembre 1794, Crisa le 30 janvier 1785. Ils sont condamnés à être roués mais Crisa parvient à se pendre dans la nuit précédent l’exécution qui à lieu le 28 février 1785. Ce mode d’exécution ainsi que la coutume médievale de partager le corps en plusieurs morceaux exposés dans toute la Transylvanie choque et révulse une Europe des Lumières qui se pensait au dessus de cela.

Joseph II comprend qu’il faut rassurer les possédants mais aussi donner des gages aux opprimés pour éviter une nouvelle révolte encore plus dévastatrice. Un décret déporte dans le Banat et la Bucovine les familles des insurgés et le servage est abolit en août 1785.

Un demi-siècle de lutte

Une guerre russo-ottomane une de plus !

L’union des principautés danubiennes (Moldavie et Valachie) va mettre un demi-siècle à aboutir en profitant d’événements extérieurs notamment plusieurs conflits. Il faut dire que les deux tentatives de révolution de 1821 et de 1848 se sont terminées par de sanglants échecs.

Le premier événement est la guerre russo-ottomane entre 1806 et 1812. Ce conflit à pour origine la révolte des Serbes qui éclate en 1804 et qui allait durer jusqu’en 1813. Après une dure répression les serbes reçoivent l’autonomie en 1817 (indépendance en 1878).

En 1805 le traité de Presbourg permet à Napoléon 1er d’obtenir des ottomans le départ des hospodars trop favorables aux russes. Les ottomans ferment les détroits aux navires russes ce qui entraine la réaction d’Alexandre 1er qui ordonne l’occupation des principautés danubiennes.

Mahmoud II décare la guerre à la Russie en novembre 1806. Les britanniques décident d’aider les russes mais ils échouent aussi bien à forcer les détroits et à pénétrer en Egypte et notamment à Alexandrie.

Les russes et les serbes font leur jonction à Vidin le 17 juin 1807. Les ottomans attaquent simultanément les îles Ioniennes, la Serbie et la Valachie, Bucarest étant assiégée.

Lors de la paix de Tilsit (juillet 1807), Napoléon 1er exige l’évacuation des troupes russes des Balkans et les îles ioniennes sont cédées à la France.

Le 24 août 1807 l’Armistice de Slobozia est signé. En échange de la possibilité de traverser à nouveau les détroits, les russes doivent évacuer les principautés danubiennes mais les russes ne bougent pas et la guerre reprend.

En mars 1809 Napoléon 1er lors de l’entrevue d’Erfurt avait promis à la Russie la cession de la Moldavie et de la Valachie.

Les serbo-monténégrins relancent la guerre en liaison avec les russes. Napoléon 1er refuse de soutenir les insurgés serbes. Ces derniers sont proches de l’anihilation mais sont sauvés par l’offensive menée en Moldavie par le prince Pierre de Bagration. Les russes établissent des garnisons en territoire serbe.

A cette époque Alexandre 1er anticipe la rupture avec la France et offre la paix au sultan. Après de multiples péripéties, le Traité de Bucarest est signé en mai 1812. la Russie évacue les principautés roumaines mais annexe la Moldavie orientale et le Boudjak ottoman (sud de la Moldavie entre les bouches du Danube au sud, le liman du Dniestr et la Mer Noire à l’est. Ces territoires forment la Province de Bessarabie). La Russie obtient également des droits de commerce sur le Danube.

Les serbes refusent de détruire les fortifications ainsi que le retour de la souveraineté ottomane (en échange il devaient obtenir l’amnisite générale et l’autonomie interne) ce qui explique que la révolte va durer jusqu’en 1813.

Débute alors une lutte d’influence entre russes et ottomanes sur les principautés danubiennes.

C’est une révolte ? Non sire c’est une révolution !

Neuf ans après la fin de la guerre russo-ottomane, une révolution éclate en Moldavie et en Valachie. C’est la Révolution de 1821 qui est le premier pas vers l’émancipation du peuple roumain de la souveraineté ottomane.

Cet événement va durer plus de six mois de février à août 1821. Cette révolution est à la fois un mouvement populaire et une véritable campagne militaire menée contre les classes dominantes et l’empire ottomane.

A la manœuvre figure une société secrète la Filiki Eteria et des volontaires armés les pandoures (en roumain Panduri). Cette révolution devait initialement être coordonnée avec la guerre d’indépendance grecque mais dans la pratique les deux mouvements vont vite divérger, la méfiance l’emportant sur la confiance.

Paradoxalement les deux voïvodes en place sont favorables aux idées hétaïriques ce qui contredit peut être l’idée d’une révolte populaire contre les possédants.

Le mouvement commence à Galati qui se révolte. Les Eteiristes pénétrent à Jassy le 6 mars 1821.

Alexandre Ypsilantis

Le 14 mars 1821 Ypsilantis chef de la Filiki Eteria quitte Jassy à la tête de 1600 hommes dont 800 cavaliers avec lesquels il marche sur la Valachie. Vivant sur le pays ils se rendent très vite impopulaires et leur arrivée n’est pas forcément vue d’un très bon œil.

Tudor Vladimirescu

En mai, Tudor Vladimirescu s’empare de Bucarest où il détrône le voïvode conservateur en poste. Il est en désaccord avec l’Eteria qui aurait préféré composer avec le voïvode en poste.

Alexandre 1er condamne le déclenchement de l’insurrection. Il limoge Ypislanti de son armée et lui interdit le territoire russe. Le patriarche de Constantinople jette l’anathème sur l’Eteria. Des troupes abandonnent Ypsilantis, le voïvode de Moldavie est déposé par les boyards.

Ypsilantis se retranche alors à Targoviste avec 3000 hommes. Les ottomans réagissent militairement à la fin du mois d’avril. Après avoir repris Galati le 14 mai, les troupes ottomanes s’avancent vers Jassy et Bucarest. Cette dernière est reprise sans combats le 27 mai 1821.

Le 31 mai Tudor Vladimirescu est arrêté et exécuté après avoir été accusé de trahison. Désormais les insurgés qui n’ont pas fuit vont être écrasés par les ottomans.

La seule bataille rangée de la révolte est la Bataille de Dragasni le 19 juin 1821. Bien que largement supérieurs en effectifs aux ottomans, les insurgés mal commandés, mal instruits et indisciplinés sont écrasés par les troupes ottomanes.

Ypsilantis parvient à s’enfuir en Autriche. Il avait obtenu de l’inamovible chancelier Metternich l’autorisation de traverser le territoire autrichien pour rentrer en Russie. Seulement à peine arrivé il est arrêté et jeté en prison. Le nouveau tsar Nicolas 1er qui à succédé à son frère Alexandre 1er en 1825 obtient sa libération fin 1827. Il n’en profite guère puisqu’il meurt à Vienne le 31 janvier 1828.

Les derniers insurgés sont écrasés en août et jusqu’en 1822 les postes voïvodaux sont vacants, les territoires placés sous administration militaire.

Le Réglement organique

En 1826 une nouvelle convention est signée entre les russes et les ottomans. Les principautés deviennent des protectorats russes tout en restant formellement sous souveraineté de la Sublime Porte.

En 1829 la Valachie récupère les ports danubiens de Turnu, de Giurgiu et de Braïla et le 14 septembre 1829 la Russie et l’Empire ottoman signent le Traité d’Andrinople qui rétablit un protectorat russe sur la Moldavie et la Valachie.

Le 13 juillet 1831 en Valachie et le 13 janvier 1832 en Moldavie, le Regulamentul Organic (Réglement Organique), une loi organique quasi-constitutionnelle imposée par les autorités russes.

On reconnaît la séparation et l’équilibre des pouvoirs. Les hospodars sont désormais élus à vie (et non pour sept ans selon un texte plus ancien la Convention d’Akkerman) par une assemblée extraordinaire qui comprenait représentants des marchands et des guildes. L’hospodar nomme les ministres et les fonctionnaires.

Une assemblée de 35 membres est mise en place en Moldavie et une assemblée de 42 membres en Valachie, ces deux assemblées étant élues au suffrage censitaire. Les prémices de la séparation de l’Eglise et de l’Etat apparaissent tandis qu’une réforme fiscale est mise en place.

Suite au début de la guerre de Crimée, les deux principautés sont placées sous l’autorité militaire russe. De 1854 à 1857 elles seront placées sous une administration neutre, celle des autrichiens. Les hospodars sont rétablis dans leurs fonctions.

C’est une révolte ? Non sire c’est une révolution ! (bis)

Vingt-sept ans après les révolutions de Moldavie et de Valachie, les provinces danubiennes sont à nouveau sécouées par une révolution qui s’inscrit dans le contexte plus général du Printemps des Peuples, une contestation profonde de l’ordre du Congrès de Vienne adoté trente ans plus tôt par les vainqueurs de Napoléon 1er.

Si la contribution moldave fût essentiellement intellectuelle, en Valachie ce fût moins intellectuel et plus violent. Comme souvent dans les révolutions, les modérés furent débordés par les plus radicaux.

Le 7 juin 1848 un comité de salut public s’installe à Craïova. Deux jours plus tard les troupes envoyées reprimer le mouvement à Islaz se rallient à la sédition. La Proclamation d’Islaz du 11 juin 1848 devient la nouvelle constitution en remplacement du Réglément organique imposé par les russes au début des années 1830.

La Valachie se divise entre les révolutionnaires et les conservateurs qui bénéficient du soutien de garnisons russes.

Le 13 juin 1848 les russes et les conservateurs quittent Craïova à l’annonce de l’arrivée de troupes révolutionnaires. Une tentative ultérieure de reprise de la ville par les russes échoue. Le lendemain on adopte le pavillon tricolore bleu-jaune-rouge et la devise «Liberté Egalité et Fraternité».

Le drapeau roumain s’est inspiré de notre drapeau français

Le 15 juin 1848, le gouvernement provisoire et son armée quittent Craïova pour Bucarest. La Russie qui sent alors que la situation lui échappe fait pression sur les ottomans pour intervenir. Le lendemain 16 juin, les révolutionnaires de Craïova et de Bucarest font leur jonction.

Le 19 juin 1848 une tentative de coup d’Etat des légitimistes soutenus par les russes échoue mais le même jour un protocole d’intervention est signé entre la Russie (qui doit s’occuper de la Moldavie et l’Empire ottoman qui doit s’occuper de la Valachie.

Pour éviter cette intervention le gouvernement provisoire et l’Empire ottoman signent un compromis reconnu par tous les gouvernements mais sauf par les russes. Cela n’empêchera par les ottomans d’envahir la Valachie le 11 septembre 1848. Deux jours plus tard l’armée révolutionnaire est massacrée, la répression aussi brutale que féroce. Le 30 novembre 1848 la ville de Craïova est reprise par les ottomans qui se livrent à un épouvantable massacre.

Cette révolte s’étend également en Transylvanie (qui n’est pas une province danubienne au sens strict) où les révolutionnaires se divisent d’emblée.

Laszlo Kossuth

En effet si Laszlo Kossuth veut la libération de la Hongrie de la tutelle habsbourgeoise, il est surtout un patriote et un nationaliste hongrois qui n’à aucunement l’intention de corriger le déséquilibre électoral qui fait que la majorité roumanophone était dirigée par un élite magyar, saxonne et sicule.

Le 15 mai 1848 une Assemblée révolutionnaire se réunit à Blaj. Des combats opposent roumains et hongrois. Le 29 mai 1848 la Diète proclame le rattachement de la Transylvanie à la Hongrie mais cette assemblée n’est absolument pas représentative. On assiste alors à une situation incroyable : une partie des troupes de Kossuth combattait les roumains alors que les troupes russes intervenaient pour rétablir l’ordre ancien.

Paradoxalement l’écrasement de la révolution hongroise permettra à la Transylvanie de conserver son autonomie du moins jusqu’en 1867 et le compromis austro-hongrois.

Une ou plusieurs principautés ?

La Roumanie en 1859

L’échec de la révolution de 1848 n’à pas atteint les ambitions d’union et d’émancipation des principautés de Moldavie et de Valachie. Comme souvent c’est un événement extérieur qui va favoriser un processus d’unification en l’occurence la défaite russe dans la guerre de Crimée.

Suite à cette défaite la Moldavie récupère le Boujak russe depuis 1821 et surtout le processus d’unification avec la Valachie est enclenché. Deux assemblées consultatives se réunissent et suite à deux votes favorables, un acte organique est adopté par la Conférence de Paris le 19 août 1858 (7 août calendrier julien) qui autorise la réunion des deux principautés.

Alexandre Jean Curza

Le 17 janvier 1859 le colonel Alexandre Jean Cuza est élu prince de Moldavie et le 5 février suivant prince de Valachie. L’unité est donc réalisée de facto avant d’être réalisée de jure.

La France et la Grande-Bretagne reconnaissent la double élection à la Conférence de Paris, l’empire ottoman l’accepte par le firman le 4 décembre 1861 suivi par l’empire russe.

Le 5 février 1862 les assemblées fusionnent donnant naissance aux Principautés Unies de Roumanie. Alexandre Jean Cuza devient prince souverain (domnitor) de Roumanie.

En 1866 l’empire ottoman reconnaît cette unité comme un seul état mais cette «Petite Roumaine» reste vassale de l’empire ottoman.

Alexandre Jean Cuza est né à Barlad (Moldavie) le 1er avril 1820. Issu d’une famille de boyards, il appartient donc à l’élite politique et intellectuelle moldave.

Francophone et de mouvance libérale, sa famille participe à la révolution de 1821. Lui même participe à un niveau modeste à la révolution de 1848.

Après un court exil à Paris, Vienne et Constantinople, Cuza devient colonel de l’armée moldave mais aussi fran-maçon. Le 17 janvier 1859 il est élu prince souverain de Moldavie et le 5 février 1859 il est élu prince souverain de Valachie.

Curza qui se veut être un despote éclaire multiplie les réformes : sécularisation des immenses domaines ecclésiastiques, réforme agraire (ce qui lui vaut la haine de boyards), nouveau code civil, nouveau code pénal (qui abolit la peine de mort), mise en place d’un enseignement public primaire gratuit et obligatoire, création d’une université à Iasi (1860) et d’une autre à Bucarest (1864), dévellopement d’une armée roumaine, émancipation des Roms.

En multipliant les réformes, en voulant peut être trop en faire, il s’alienne tout le monde sans pour autant se constituer un socle qui le rendrait intouchable.

Un complot mené par la «coalition monstrueuse» (libéraux le jugeant trop mou, conservateurs effrayés par ses réformes radicales) le contraint à l’abdication le 22 février 1866. Il est rapidement expulsé de Roumanie, terminant sa vie à Paris, Vienne et Wiesbaden.

La classe politique cherche un roi permettant au nouvel état de peser ou du moins pouvant être protégé par une grande puissance. On élit dès le 23 février 1866 le comte de Flandre, Philippe, frère de Léopold II de Belgique mais ce dernier refuse de devenir le nouveau hospodar des principautés roumaines comme il avait refusé auparavant la couronne de Grèce.

Carol 1er de Roumanie

C’est finalement le prince allemand Charles de Hohenzollern-Sigmaringen qui est élu le 20 avril 1866 (couronné le 22 mai), adoptant comme nom de règne celui de Carol 1er même si il ne deviendra roi de Roumanie qu’en 1881.

La principauté de Roumanie participe à la guerre russo-ottomane en 1877/78 aux côtés de la Russie. Elle obtient son indépendance qui est proclamée le 21 mai 1877.

Cette indépendance est reconnue par le traité de Berlin le 13 juillet 1878 (Article 43) sous réserve d’abroger l’Article 7 de la constitution de 1866.

Outre son indépendance la Roumanie reçoit des territoires supplémentaires : les bouches du Danube, l’île des Serpents et les deux tiers de la Dobroudja avec le port de Constansa mais perd le Boujak en Bessarabie.

Le 10 mai 1881 la Principauté de Roumanie devient le Royaume de Roumanie. Jusqu’à l’abolition de la monarchie, le 10 mai sera la fête nationale roumaine.

Scandinavie (64) Finlande (2)

HISTOIRE GENERALE

Aux temps jadis

Rapidement quelques infos préliminaires sur l’histoire de la Finlande qui est longtemps restée sur une expression géographique (pour reprendre l’expression de Metternich à propos de l’Italie).

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Scandinavie (36) Danemark (7)

La politique intérieure (2) : miscellanées

Danemark

Partis politiques

Durant la période qui nous intéresse on trouve deux partis dominants ce qui tendrait à dire que le Danemark à adopté le bipartisme. En réalité c’est plus compliqué que cela, d’autres parties apparaissant et jouant un rôle important dans la vie politique danoise.

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Benelux (40) Belgique (1)

UNE AUTRE SECONDE GUERRE MONDIALE
T-9 BENELUX (2) BELGIQUE

Belgique 3

AVANT-PROPOS

Après avoir passé plus de trois mois sur les Pays-Bas, je passe au deuxième volet de ce Tome 9, volet consacré à la Belgique. Comme à chaque fois j’espère passer moins de temps que précédemment mais que cela va sans doute rester un vœux pieu.

La Belgique est longtemps restée une «expression géographique» pour reprendre le bon mot du chancelier autrichien Metternich à propos de l’Italie.

A quand dater la naissance de la Belgique ? A la Gaule Belgique dont les tribus affrontèrent les légions de César ? À l’émergence de la Bourgogne comme puissance majeure ? À la division politico-religieuse du XVIème siècle entre l’Union d’Utrecht et l’Union d’Arras ? Aux révolutions de la fin du 18ème ?

Difficile à dire ce qui est sur c’est qu’il fallut attendre 1830 pour qu’enfin la Belgique devienne un pays indépendant mais une nation c’est moins sur car très vite les relations entre flamands et wallons vont devenir tendues, les seconds plus riches snobant les premiers considérés comme des bouseux avant que la situation ne se renverse bien des décennies plus tard. En 2020, la Belgique est encore un pays uni mais es-ce que ce sera le cas encore dans cinquante ans rien n’est moins sur.

Pays neutre coincé entre des puissances militaires qui n’attendent qu’un prétexte pour se sauter mutuellement à la gorge, la Belgique est forcée de participer à la première guerre mondiale, parvenant sous l’impulsion du Roi-Chevalier Albert 1er à préserver une partie du territoire national.

Tirant les leçons de ce conflit, la Belgique abandonne sa sacro-sainte neutralité en s’alliant avec la France par un traité d’assistance mutuelle signé en 1920. En 1934, Albert 1er meurt accidentellement et son fils Léopold III lui succède.

Ce dernier est inquiet de la montée en puissance de l’Allemagne nazie et refuse d’être entraînée dans ce conflit. En 1936, la Belgique retourne à la neutralité au grand dam des puissances occidentales.

La guerre de Pologne semble valider cette hypothèse mais néanmoins ce conflit impose à la fois un réarmement du pays et un rapprochement mezzo voce avec Paris et Londres, Bruxelles adoptant une position semblable à celle de La Haye.

Le second conflit mondial, le pays se retrouvera divisé entre un gouvernement réfugié à Caen et un roi qui avait décidé de rester à Bruxelles pour dit-il «soulager les souffrances de son peuple».

Léopold III (1934-1951) 11

Léopold III

Son influence sera réelle mais limitée, les allemands imposant un gouvernement militaire qui s’appuyait sur des collaborateurs flamands et wallons. Le territoire libéré, la question du roi se posera, aboutissant à des affrontements et à un référendum qui aboutira en 1959 à l’abdication de Léopold III et à l’avènement de Baudouin 1er.

Tout comme le Tome 9(1), le Tome 9(2) sera organisé en une partie historique avant d’enchaîner par une partie navale consacré à la «marine belge», une marine qui allait connaître des éclipses jusqu’à la création d’un Corps Naval Belge/Belgium Naval Corps/Belgish MarineKorps.

Belgique 13

Pavillon de la marine belge

L’action courageuse et remarquable de cette petite marine allait convaincre le gouvernement belge de pérenniser un outil naval qui aujourd’hui opère de manière quasi-continuelle avec la Koninklijke Marine au point qu’on parle depuis des années de la création d’une marine néerlando-belge ou belgo-néerlandaise.

On passera ensuite à l’armée de terre belge avec son histoire, son organisation et son armement avant de terminer par l’armée de l’air belge, une armée de l’air qui comme son homologue néerlandaise n’était pas indépendante au début du second conflit mondial.

L’armée de terre est puissante et bien équipée même si il y à un certain nombre de lacunes. Elle peut raisonnablement espéré tenir suffisamment longtemps pour permettre l’entrée en Belgique de renforts franco-britanniques capables de repousser les troupes allemandes.

L’armée de l’air belge est en réalité une entité de l’armée de terre appelée Aéronautique Militaire et ne deviendra indépendante qu’après le second conflit mondial. L’équipement est essentiellement étranger, les avions de conception et de fabrication belge étant très peu nombreux, le gouvernement belge n’ayant pas pu ou su encourager l’émergence d’un constructeur national, la SABCA produisant davantage des avions étrangers sous licence qu’autre chose.

HISTOIRE DE LA BELGIQUE

Les prémices

Antiquité et Haut Moyen-Age

Dans cette première partie, quelques informations sur la «Belgique», un territoire qui allait être longtemps disputé et le théâtre de nombreux conflits en raison d’une géographie qui favorisait les envahisseurs : des fleuves qui formaient autant de pénétrantes, pas de montages infranchissables, des vastes plaines.

Le territoire actuel de la Belgique à été peuplé par les Celtes, un peuple indo-européen venu d’Europe centrale. La date d’installation est incertaine entre -1200 et -800 avant J.C.

Jules Cesar

Buste de Jules César repêché dans le Rhône 

Connus sous le nom de gaulois (de gallus coq) par les romains, ces habitants résistent ou s’allient avec la République Romaine et ce jusqu’en -58 quand Jules César pour des raisons politiques engage la conquête de la Gaule. Selon l’auteur des Commentaires sur la Guerre de Gaule, les Belges étaient plus belliqueux et les plus redoutables.

Après six ans de combat et une ultime victoire à Alésia en -52, la Gaule devient une possession romaine, possession divisée en trois provinces, la province de Lyonnaise, la province d’Aquitaine et la province de Belgique.

Cette province est bien plus vaste que l’actuel Royaume de Belgique puisqu’elle s’étend également sur le nord-est de la France (de la mer du Nord à la Franche-Comté) ainsi que sur une partie des Pays-Bas et de l’Allemagne (ex-Nouveaux Pays Allemands).

En l’an 84 de notre ère elle est divisée en deux provinces, la province de Germanie inférieure et la province de Germanie supérieure, cette dernière étant à nouveau divisée sous Dioclétien en Belgica prima et Belgia secunda.

Comme partout dans l’empire, les romains équipent le territoire, traçant des routes, établissant des forts qui sont autant d’embryons de villes. La défense est assurée par des légions romaines et par des auxiliaires barbares dont certains sont appelés à un grand avenir puisqu’il s’agit des Francs et notamment des plus puissants d’entre-eux, les francs saliens.

Le royaume franc à pour capitale Tournai et émerge au Vème siècle. En 496, Clovis se convertit au christianisme marquant le début de l’histoire du royaume de…..France fondé par l’alliance du trône et de l’autel ce qui sort du cadre de notre étude.

Aux Mérovingiens succèdent les Carolingiens et notamment le plus célèbre d’entre-eux, Charles le Grand ou Charlemagne. La future Belgique est au cœur de la puissance carolingienne, le premier empereur romain d’Occident depuis plus de trois siècles faisant d’Aix-La-Chapelle sa capitale.

Certes Aachen n’est pas en Belgique actuelle mais la capitale impériale irrigue les territoires alentours via notamment la vallée de la Meuse.

En 840, Louis le Pieux unique fils survivant de Charlemagne décède à son tour, laissant trois fils qui se partagent l’héritage paternel ou plutôt se querellent pour obtenir la plus grosse part. En 843 est signé le Traité de Verdun.

Traité de Verdun

Carte du traité de Verdun

Ce traité à une importance fondamentale. Pas vraiment pour ses clauses politiques _elles ne tiendront pas longtemps_ mais pour des raisons culturelles _le traité est rédigé en français et en allemand ou du moins dans des formes qui annoncent ces deux langues_ et géographiques puisque les limites sont fixées sur l’Escaut et le Rhin.

On trouve comme nous le savons à l’ouest la Francia Occidentalis confiée à Charles le Chauve et à l’est la Francia Orientalis confiée à Louis le Germanique. Ces deux royaumes annoncent la France et l’Allemagne. En revanche l’état central appelé Lotharingia _en référence à son souverain Lothaire_ n’allait pas survivre jusqu’à l’époque des Etats-Nations.

L’actuel territoire de la Belgique est essentiellement contenu par la Lotharingie (qui par déformation allait donner naissance à la Lorraine) mais des territoires actuellement en Belgique appartenaient par exemple à la Francia occidentalis puisque la frontière de celui-ci était fixé sur un fleuve aujourd’hui belge, l’Escaut.

En 870, le traité de Meersen provoque la disparition de la Lotharingie partagée entre les deux royaumes, la Meuse et l’Ourthe servant de frontière. En 879, tous les territoires de l’actuelle Belgique ont été rattachés à la future Germanie.

Les Carolingiens et les ascendants des Capétiens tout se disputant le trône n’ont pas renoncé à s’emparer de la Lotharingie. En 911, Charles le Simple envahit et va en garder le contrôle jusqu’en 923 quand Henri 1er dit l’Oiseleur récupère le territoire contesté.

Quand se termine le 10ème siècle, le territoire de l’actuelle Belgique est morcelée en de multiples entités territoriales, certaines éphémères et d’autres plus durables.

C’est aussi à cette époque que les villes se développent, tirant leur richesse du commerce maritime mais aussi du travail de la laine, de la laine anglaise ce qui expliquera nombre de positions politiques des villes «belges». Cette expansion sera continue jusqu’au 14ème siècle quand l’Europe est frappée par la Peste Noire provoquant des saignées démographiques qui ne seront effacées qu’au 19ème siècle.

Ces villes sont riches, puissantes et jalouses de leur indépendance. Même le roi le plus puissant peut s’y casser au moins temporairement les dents, Philippe IV le Bel étant bien placé pour le savoir quand son armée est écrasée à la bataille des Eperons d’or à Courtrai le 11 juillet 1302.

Principauté de Liège et Pays-Bas bourguignons

En l’an 985, la principauté de Liège voit le jour. Parti intégrante du Saint Empire Romain Germanique (En l’an 962, le roi de Germanie Othon 1er à rétablit la dignité impériale disparue en 888 à la mort de Charles le Gros), cette principauté ecclésiastique dirigée par un prince-évêque allait durant plus de 800 ans puisqu’elle ne disparaît qu’en 1789 (révolution liégoise).

Les autres territoires «belges» dépendaient plus ou moins directement des ducs de Bourgogne, des vassaux du roi de France mais qui parfois étaient plus puissants que leur suzerain ce qui rarement bon pour la stabilité d’une région surtout avec un personnage aussi charismatique que controversé comme Charles le Téméraire.

Les ducs de Bourgogne tenaient leur puissance de notre Bourgogne mais aussi de la Franche-Comté mais peu à peu ils vont acquérir essentiellement par mariage d’immenses territoires.

Bourgogne

Les possessions bourguignonnes étaient regroupées en deux grandes ensembles, les «pays de par deçà» qui regroupaient des territoires appartenant aujourd’hui à la France, à la Belgique et aux Pays-Bas à savoir la Flandre, l’Artois, le Brabant,le Limbourg,le Hainaut,le Naumurois, la Hollande et la Zélande notamment et les «pays de par delà» (Bourgogne Franche-Comté).

Les différents ducs de Bourgogne (Philippe le Hardi [1342-1404],Jean sans Peur [1371-1419] Philippe le Bon [1396-1467] et Charles le Téméraire [1433–1477]) tentèrent d’unifier leurs états, d’en faire un ensemble unitaire et centralisé mais cela fût impossible faute de temps mais aussi en raison des déjà forts particularismes locaux qui obligeaient les ducs de Bourgogne à multiplier les négociations et les compromis avec les élites locales.

C’était donc écrit qu’il n’y aurait jamais de Bourgogne comme il y eut de France, d’Allemagne ou d’Italie. La mort de Charles le Téméraire en 1477 donne le coup de grâce à cette politique.

Charles Quint 64

Ai-je besoin de le présenter ? 

Cependant tout n’est pas totalement perdu puisque l’unique héritière de Charles le Téméraire, Marie de Bourgogne va épouser Maximilien 1er de Habsbourg. De cette union naît un fils prénommé Philippe le Beau, le père de Charles Quint. Ce dernier nait en 1500 à Gand et se considéra toujours comme flamand et bourguignon avant tout.

Cette union entre Marie et Maximilien empêcha le roi Louis XI de s’emparer de la totalité des possessions bourguignonnes. Il dut se contenter du duché de Bourgogne (qui avait été cédé à Philippe Le Hardi comme apanage) ne pouvant s’emparer du comté de Bourgogne (future Franche-Comté) ni des Pays-Bas qui passèrent dans le camp Habsbourg et ce pour près de quatre siècles.

Charles Quint à un œil particulier sur les possessions de sa famille du côté paternel et réunit par la pragmatique sanction en une seule entité, les dix-sept provinces couvrant l’actuel Benelux. Ce n’est pas un hasard si la cérémonie d’abdication de l’empereur n’à pas lieu à Vienne ou à Madrid mais à Bruxelles. Les territoires formant l’actuelle Belgique reviennent à son fils, Philippe II.

Pays-Bas Espagnols et Autrichiens

Né à Gand, Charles Quint se considérait comme un enfant du pays. Tout le contraire de son fils Philippe II né et élévé en Espagne. Farouche champion de la cause catholique, il s’opposait de toutes ses forces à l’hérésie protestante et rêvait comme son père de centraliser toutes ses possessions en ne montrant guère d’intérêts pour les particularismes locaux.

Les frictions et les querelles sont nombreuses. Les raisons sont multiples entre la volonté centralisatrice de Madrid, les impôts très lourds (les monarchies d’Ancien Régime sont perpétuellement à court d’argent) mais aussi les exactions de la soldatesque qui mal ou pas du tout payée vivait sur le pays, engendrant de terribles nuisances.

En 1568 commence ce qu’on va appeler la Guerre de 80 ans, la guerre qui allait aboutir en 1648 à la reconnaissance définitive de l’indépendance des Provinces Unies, l’union des sept provinces les plus septentrionales, provinces à majorité protestante alors que le sud restait fidèle à la foi catholique.

Cette Union d’Utrecht était la réponse protestante à l’Union D’Arras signée le 6 janvier 1579 et qui était une alliance défensive contre les calvinistes. Cette Union d’Atrecht regroupait les comté d’Artois et du Hainaut, le Cambresis et Douai. Le 17 mai 1579, la Paix Arras est signée, paix à laquelle se joignent également Orchies et Lille. D’autres entités territoriales appuyant cette pais sans la signer (Namur, Luxembourg, Limbourg).

Cette union et cette paix doivent beaucoup à Alessandro Farnese, grande capitaine et grand politique. Par cette union, l’emprise espagnole est renforcée et l’Union d’Arras peut servir de base de reconquête des provinces rebelles du Nord.

A la différence des Provinces-Unies du Nord, les Pays-Bas espagnols vont rester une vague confédération de provinces où chaque entité conservait jalousement ses lois et ses coutumes. Il appartient à ce vaste ensemble qu’est la couronne d’Espagne même si le siècle d’or espagnol est en passe de se terminer.

En 1700, Charles II dernier roi Habsbourg d’Espagne meurt sans héritier. Depuis des années les autres monarchies se préparent à sa mort et au partage des dépouilles.

Deux royaumes sont surtout concernés : la France de Louis XIV et le roi de Bohème et de Hongrie également empereur du Saint-Empire Romain Germanique. L’Angleterre à également son mot à dire au titre de son sacro-saint principe d’équilibre des puissances.

Comme souvent c’est la guerre qui va décidé du vainqueur. C’est la guerre de Succession d’Espagne qui va durer treize ans de 1701 à 1714, aboutissant par les traités de Rastadt et d’Utrecht à un partage des territoires ayant appartenu à Charles II.

C’est ainsi que les Pays-Bas Espagnols deviennent pour à peine un siècle les Pays-Bas autrichiens passant des Habsbourg d’Espagne aux Habsbourg d’Autriche (de la filiale à la maison mère si l’on peut dire).

Détail amusant, à Vienne, le bureau spécial chargé de gérer ces territoires portera le nom de Belgium Austriacum en français Provinces Belgiques et en thiois _dialecte flamand_ Oostenrijkse Nederlanden (Pays-Bas autrichiens).

En succédant au Conseil Suprême des Pays-Bas, ce bureau montrait de manière implicite que tout le monde avait compris qu’un système de communauté régnait au sein des Pays-Bas autrichiens et que tôt ou tard il faudrait en tenir compte.

Ce territoire à un rôle de zone tampon entre la France et les Provinces-Unies. Il s’agit aussi d’éviter la réalisation d’un cauchemar britannique : le drapeau français flottant sur Anvers, le grand port flamand ayant toujours été considéré comme un «potentiel pistolet braqué sur Londres».

Le traité de la Barrière signé en 1715 autorise le stationnement de troupes néerlandaises dans le pays, troupes déployées dans des forteresses, le siège étant encore considéré comme préférable à l’incertaine bataille en terrain libre.

Les débuts avec Vienne sont compliqués mais peu à peu à la situation s’apaise mais en 1744 éclate la guerre de Succession d’Autriche, un conflit qui fait suite à la volonté de Charles VI de défendre les droits de sa fille Marie-Thérèse en matière de succession à la tête de ses possessions patrimoniales, la couronne impériale allant à François-Etienne de Lorraine, le mari de l’ennemie jurée de Fréderic II de Prusse.

Cette guerre éclate d’ailleurs par l’invasion de la Silésie par la Prusse _que Marie-Thérèse considère comme son allié_ en décembre 1740. La situation de Marie-Thérèse est compliquée d’autant que George II et son premier ministre Walpole refusent d’intervenir. La France hésite, louvoie et finit par entrer en guerre contre Marie-Thérèse au nom de la vieille rivalité entre la maison de France et la maison d’Autriche. La France et la Prusse vont s’allier mais on ne peut pas dire que cette alliance soit productive et profitable.

On trouve donc d’un côté la Prusse, la France, l’Espagne et la Bavière et de l’autre l’Autriche, la Grande-Bretagne, les Provinces-Unies, la Sardaigne et la Saxe.

Les combats vont avoir lieu en Allemagne mais aussi dans les Pays-Bas autrichiens, théâtre de nombreuses guerre par le passé (en attendant le futur). Le 15 mars 1744, la France déclare officiellement la guerre à la Grande-Bretagne et à l’Autriche.

A l’époque les Pays-Bas autrichiens sont dérivés par l’archiduchesse Marie-Anne d’Autriche, sœur de Marie-Thérèse et par son mari, le prince Charles-Alexandre de Lorraine, frère de François-Etienne.

Fin mai 1744, les troupes françaises sous la direction du maréchal de Noailles passent la frontière. Ils s’emparent sans difficulté des places de la barrière _aussi mal entretenues que défendues_ puis de villes. Maurice de Saxe parvient de son côté à bloquer l’armée ennemie en associant coups de main et raids de troupes légères. Les victoires s’enchaînent.

Maurice de Saxe

Tableau représentant Maurice de Saxe (photo prise dans le remarquable musée de la ville de Strasbourg dont je vous recommande chaudement la visite)

En trois campagnes, les 120000 hommes dirigés effectivement par Maurice de Saxe s’emparent de tous les territoires ennemis à l’exception de la Gueldre et du Luxembourg. Le 17 mai 1744, la ville de Courtrai est prise, les alliés se repliant pour couvrir Gand, Anvers et Bruxelles.

Après le traditionnel hivernage, les combats reprennent au printemps 1745 avec le siège de Tournai et surtout la bataille de Fontenoy le 11 mai 1745 où Maurice de Saxe remporte une splendide victoire contre les troupes anglo-hollandaises du duc de Cumberland sous le regard de Louis XV et du Dauphin Louis (décédé en 1765, il ne régnera jamais mais donnera trois rois à la France Louis XVI, Louis XVIII et Charles X). Le 22 mai, Tournai est prise suivit de Gand le 15 juillet ou encore d’Ostende le 24 août.

En 1746, ce sont les villes de Bruxelles, Malines, Anvers, Mons et Charleroi qui tombent aux mains des français en attendant Namur. Le 11 octobre 1746, une armée autrichienne dirigée par Charles-Alexandre de Lorraine est battue à Rocourt ce qui ouvre à la France les portes des Provinces-Unies, porte franchie en 1747 avec la prise de Berg-op-Zoom et de Maastricht.

Le traité de paix est signé à Aix-La-Chapelle le 18 octobre 1748, traité très impopulaire en France puisque Louis XV rend ses conquêtes. La future Belgique allait donc rester sous souveraineté autrichienne. On peut cependant se poser la question de savoir ce qu’aurait fait l’Angleterre si les Pays-Bas autrichiens étaient devenus français….. .

Italie (6) Histoire (5)

La réaction et son opposition : congrès de Vienne et carbonari

Après la défaite de Napoléon 1er, les puissances gagnantes se réunissent à Vienne pour réorganiser la carte de l’Europe. La France bien que vaincue est également invitée.

Les puissances continentales (Autriche,Russie) veulent un retour à l’ordre ancien. La fureur vengeresse des dynasties renversées ou malmenées par les armées de la Révolution et de l’Empire est à la hauteur de la peur suscitée par cette tornade politique et militaire.

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