Mitteleuropa Balkans (212) Slovaquie (6)

ARMEE DE TERRE SLOVAQUE

Une histoire militaire des tchèques et des slovaques

Si l’armée tchécoslovaque voit le jour en 1918 cela ne signifie pas que l’histoire martiale des tchèques et des slovaques à commencé à la fin du premier conflit mondial, elle est bien plus ancienne. Comme je manque de sources ce sera forcément un balayage très grossier.

Armée Noire

Les armées permanentes apparaissent à la fin du Moyen-Age. Parmi les pionniers nous trouvons la France de l’universelle aragne (Louis XI) et la Hongrie de Mathias Corvin et son Armée Noire car portant des armures sombres.

Cette armée à l’existence éphémère (1458-1494) comprenait à l’origine 6 à 8000 mercenaires puis 15 à 2000, les effectifs maximum étant atteint en 1485 avec 20000 cavaliers et 8000 fantassins. Elle était composée essentiellement de tchèques, d’allemands, de serbes, de polonais et de hongrois.

Armée du Saint-Empire

L’Armée du Saint-Empire en version originale Reichsheer voit le jour en 1422 et disparaît en 1803 quand le Saint Empire Romain Germanique disparaît au profit de l’Empire d’Autriche. Elle est composée de contingents du Saint-Empire dont la mobilisation doit être votée par la Diète Impériale. A noter que l’empereur possédait sa propre armée (Kaiserliche Armee).

En 1681 le Cercle d’Autriche qui incluait la Bohème devait fournir 2522 cavaliers et 5507 fantassins.

La mobilisation de cette armée est difficile car les Etats membres de l’Empire qui depuis la paix de Westphalie (1648) peuvent lever leurs propres unités renaclent à les laisser à l’empire et quand c’était le cas les unités étaient de piètre qualité.

En 1702 à la Diète de Ratisbonne dans le contexte de la Guerre de Succession d’Espagne le projet d’une armée impériale permanente est rejettée.

Armée commune, armées territoriales autrichiennes et hongroises

Armée territoriale hongroise en 1918

Jusqu’à l’implosion de l’Autriche-Hongrie il n’existait pas d’unités tchèques ou d’unités slovaques spécifiques probablement pour éviter qu’ils ne servent de creuset à une révolte nationale. Les tchèques et les slovaques servaient donc dans l’armée commune ou dans les armées territoriales de Transleithanie et de Cisleithanie.

La Gemeinsanne Armee (Armée Commune) voit le jour le 15 mars 1867 suite au compromis austro-hongrois. Elle est aussi connue après sa disparition sous le nom de KüK Armee et de Csaszari es kiralyi hadsereg.

Les tchèques et les slovaques font partie sans nul doute des 57 régiments allemands pour les premiers et des 45 régiments hongrois pour les seconds. Même topo au sein des 15 régiments de dragons impériaux et royaux, des 16 régiments de hussards impériaux et royaux et des 11 régiments de uhlans impériaux et royaux.

En juin 1914 l’armée commune c’est seize corps d’armée, quarante-neuf divisions d’infanterie représentant 76 brigades d’infanterie et 14 brigades de montagne, huit divisions de cavalerie soit seize brigades montées.

L’armée commune c’est un total de 102 régiments d’infanterie à quatre bataillons chacun, quatre régiments bosniens à quatre bataillons, quatre régiments de fusiliers du Tyrol à quatre bataillons chacun, trente deux bataillons de fusiliers et un bataillon de fusiliers bosniens.

L’artillerie c’est quarante-deux régiments d’artillerie de campagne, onze régiments d’obusiers de campagne, onze bataillons d’artillerie hippomobile, quatorze bataillons d’obusiers lourds, onze régiments d’artillerie de montagne, six régiments d’artillerie de forteresse, huit puis dix bataillons indépendants d’artillerie de forteresse.

La langue de commandement est l’allemand mais comme les régiments sont rarement pour ne pas dire jamais homogènes les officiers et surtout les sous-officiers doivent connaître les langues des hommes du rang.

On trouve également des tchèques et des slovaques au sein de l’armée territoriale hongroise ou Honved ainsi que dans l’armée territoriale impériale-royale autrichienne (K.k Landwehr).

L’armée royale hongroise complétait l’armée commune. En dépit de son caractère territorial elle était mieux équipée que l’armée commune pour la simple et bonne raison que si les hongrois étaient réticents à financer la Gemeinsanne Armee en revanche l’armée territoriale succédané d’une armée hongroise indépendante c’était différent…… .

Cette armée s’appuie sur six districts dont deux nous concernent plus particulèrement, le troisième district qui couvre la région de Kosice et le quatrième qui couvre la région de Bratislava.

Elle comprend deux divisions d’infanterie à deux brigades chacune, deux divisions de cavalerie à deux brigades chacune, douze brigades indépendantes d’infanterie ce qui représente au total trente-deux régiments d’infanterie, dix régiments de hussards, huit régiments d’artillerie de campagne et un bataillon d’artillerie hippomobile.

A Kassa sont stationnées la 77ème brigade indépendante d’infanterie ainsi que la 24ème brigade de cavalerie de la 11ème division de cavalerie et le 3ème régiment d’artillerie. A Pozsony (Presbourg/Bratislava) est stationnée la 73ème brigade d’infanterie.

Les légions tchécoslovaques

Sous ce terme figure différentes unités composées de volontaires et d’anciens prisonniers de guerre qui ont combattu aux côtés des alliés que ce soit sur le front français, sur le front italien et surtout sur le front russe. Leur but ultime est d’obtenir un Etat Tchéco-Slovaque. Les effectifs ne sont pas négligeables puisqu’on tourne autour de 100000 hommes.

La Légion tchécoslovaque en Russie

Commençons par la plus importante, la légion tchécoslovaque en Russie. Le 5 août 1914 la Stavka autorise la création d’une unité composée de tchèques et de slovaques vivant dans l’Empire russe, cette unité étant appelée les Compagnons Tchèques soit en version originale Ceska Druzina.

L’unité est opérationnelle en octobre 1914 et rattachée à la 3ème Armée. Elle est utilisée comme unité de choc en menant des patrouilles, en capturant des prisonniers pour interrogatoires et au nettoyage des tranchées.

Pour augmenter les effectifs de l’unité, la Russie autorise le recrutement dans les camps de prisonniers avant de finalement rétropédaler du moins officiellement car localement c’était une tout autre histoire.

Début 1916 la Druzina devient le 1er régiment de fusiliers tchéco-slovaque. Toujours en 1916 deux autres régiments sont créés permettant la mise sur pied d’une Brigade de fusiliers Tchéco-Slovaques soit en version originale Ceskoslovenska strelecka brigada. Cette unité se distingue durant l’offensive Kerensky au cours de la Bataille de Zborov (1er-2 juillet 1917).

La brigade tchéco-slovaque est ici engagée pour la première fois en unité constituée. Elle parvient à percer le dispositif germano-autrichien mais si ce succès à été militairement limitée en revanche sur le plan politique, diplomatique et de propagande les bénéfices ont été énormes.

C’est cet événement qui permet officiellement le recrutement des tchèques et des slovaques au sein des camps de prisonniers. Un quatrième régiment s’ajoute à la brigade, brigade qui devient la 1ère Division du Corps Tchécoslovaque en Russie (Ceskoslovensky sbor na Rusi) aussi connue sous le nom de Ceskoslovenska legie (Légion Etrangère). Une deuxième division à quatre régiments est créé en octobre 1917 portant les effectifs en 1918 à environ 40000 hommes.

En novembre 2017 à lieu la Révolution d’Octobre. Le président du Conseil National Tchécoslovaque Tomas Masaryk présent en Russie décide d’évacuer la Légion Tchécoslovaque de Russie pour qu’elle continue à combattre en France. L’évacuation doit se faire depuis Vladivostok ce qui impose de traverser toute la Russie !

Les bolchéviques donnent leur accord en février 1918 mais le 18 février les allemands lancent l’opération FAUSTCHLAG, l’ultime offensive à l’est, une véritable promenade de santé. Les tchécoslovaques doivent combattre les allemands pour évacuer.

Un accord est trouvé avec le gouvernement bolchévique le 25 mars 1918 mais doivent céder une partie de leurs armes. Des tensions réciproques se font jour, les partisans de Lénine soupçonnant les tchécoslovaques d’aider les Blancs alors que les tchécoslovaques soupçonnent les bolcheviques d’envoyer des communistes tchèques pour semer la zizanie. En mai 1918 ils traversent la Russie entre Penza et Vladivostok.

Le 14 mai 1918 ont lieu à Tchelyabinsk des affrontements entre tchécoslovaques qui allaient vers l’est et anciens prisonniers de guerre magyars qui allaient vers l’ouest. Trortsky ordonne le désarmement des légionnaires tchéco-slovaques mais ces derniers refusent et vont tailler leur chemin à coup de fusil, parvennant à contrôler Vladivostok à la fin du mois de juin.

A la mi-juillet ils contrôlent la portion Samara-Irkutsk du Transsibérien. En septembre tous les bolcheviques ont été chassés du Transsibérien. Approchant Iekaterinbourg, ils provoquent indirectement l’exécution de la famille impériale.

Les alliés interviennent à Vladivostok pour permettre l’évacuation des tchèques et des slovaques non sans arrières pensées. 70000 japonais, 829 britanniques, 1400 italiens, 5002 américains et 107 français.

Les victoires tchécoslovaques vont clairement contribuer à la reconnaissance d’un Etat Tchéco-Slovaque indépendant même si on peut se demander si il y avait une autre alternative.

La première guerre mondiale étant en passe de se terminer, la Légion Tchécoslovaque va participer officiellement à la guerre civile russe aux côtés des Blancs avec des effectifs qui sont passés à 61000 hommes.

Le 28 octobre 1918 l’indépendance tchécoslovaque est officiellement proclamée à Prague ce qui donne envie aux légionnaires de rentrer au pays. Ils sont d’autant plus impatients que le 18 novembre 1918 le gouvernement provisoire de toutes les russies à été renversé par l’amiral Kolchak.

Durant l’hiver 1918/1919 ils défendent le Transsibérien vital pour le ravitaillement des armées blanches. Cette mission est menée par les tchécoslovaques appuyés par d’anciens prisonniers de guerre polonais, roumains et yougoslaves.

Le 14 novembre 1919 Omsk la capitale de l’amiral Kolchak tombe aux mains des bolcheviques. C’est alors une fuite éperdue vers l’est de tous ceux qui ont à craindre des nouvelles autorités. Les tchécoslovaques sont neutres, refusant de protéger l’amiral Kolchak et le livrant même aux SR (Socialistes Révolutionnaires).

Un armistice est signé entre les tchécoslovaques et la 5ème armée Rouge le 7 février 1920. les tchèques et les slovaques peuvent rallier Vladivostok en laissant l’or impérial. Le même jour l’amiral Kolchak est exécuté.

Les tchécoslovaques sont enfin évacués entre mars et septembre 1920. Au total 67739 personnes sont évacuées dont 56455 soldats, 3004 officiers, 6714 civils 1716 femmes 717 enfants 1935 étrangers et 198 autres. Ces hommes vont former le cœur de la nouvelle Armée Tchécoslovaque. 4112 tchécoslovaques ont été tués (première guerre mondiale et guerre civile russe) sans compter les disparus et les déserteurs.

Légion Tchécoslovaque en France

Les tchèques et les slovaques souhaitent s’engager le font au travers de la Légion Etrangère. Le 31 août 1914, la 1ère compagnie du 2ème Régiment Etranger d’Infanterie est créée à Bayonne avec essentiellement des tchèques. Elle se distingue à Arras en 1915 mais suite à de lourdes pertes elle est dissoute et les effectifs dispersés.

De nouvelles unités sont créées par un décret du gouvernement français le 19 décembre 1917. En janvier 1918 le 21ème régiment de fusiliers tchécoslovaque voit le jour à Cognac avec d’anciens prisonniers de guerre et des volontaires venus des Etats-Unis. En mai le 22ème régiment est créé, ces deux régiments intégrant la 53ème division d’infanterie qui va combattre d’abord en Haute-Alsace puis en Champagne et en Argonne. Au total 650 tchéco-slovaques sont morts au combat sous uniforme français.

Légion Tchécoslovaque en Italie

Les tchèques et les slovaques ont aussi combattu sur le front italien. En janvier 1918 le quartier général de la 6ème Armée donne son accord pour créer des escadrons de reconnaissance en recrutant parmi les prisonniers de guerre slaves et plus généralement tchèques et slovaques. Ce sont les Esploratori Cecoslovacchi (Explorateurs Tchécoslovaques).

Ces escadrons d’éclaireurs sont regroupés en septembre 1918 au sein du 39ème régiment de la Légion Tchécoslovaque d’Italie.

Entre-temps (avril/mai 1918), cinq régiments sont créés le 31ème RI à Pérouse, le 32ème RI à Assisi, le 33ème RI à Foligno, le 34ème RI à Spaleto et le 35ème RI formé en octobre 1918.

Les unités forment deux divisions, la VI. Division avec les 31ème, 32ème et 35ème alors que la VII. Division avec les 33ème, 34ème et 39ème RI soit un total de 25000 hommes.

Les unités tchécoslovaques vont combattre sur la Piave mais sont en réserve lors de la bataille de Vittorio Veneto.

Le 8 décembre 1918 Tomas Masaryk, le roi Victor-Emmanuel III, le président du conseil Orlando et le commandant en chef Armando Diaz passent en revue les unités tchécoslovaques avant leur rapatriement qui à lieu en 1919, l’unité ralliant la Slovaquie pour combattre les hongrois dans un après-guerre aussi trouble qu’incertain.

En juillet 1919 le général Pellé à la tête d’une mission militaire française remplace le général Piccione. Cette mission doit organiser l’armée tchécoslovaque en combinant unités locales et unités ayant combattu à l’étranger.

Ces unités vont se montrer instables et source de troubles, combattant les socialistes, les allemands des Sudètes et les juifs. Ils dégradent les monuments habsbourgeois et réclament la dictature de Masaryk.

Mitteleuropa Balkans (11) Hongrie (11)

ARMEE DE TERRE

Une histoire militaire de la Hongrie

Les origines

Comme nous l’avons vu à propos de la partie d’histoire générale, les hongrois apparaissent dans l’histoire européenne au 9ème siècle sous la forme de raids meurtriers. Peuple issu des steppes, les hongrois utilisaient essentiellement la cavalerie pour frapper vite et fort. Ils utilisaient l’arc mais aussi l’épée et la lance.

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Mitteleuropa Balkans (3) Hongrie (3)

Histoire du Royaume de Hongrie (2) : la dynastie angevine (1301-1386)

Comme nous l’avons vu dans la partie précédente, Charles 1er Robert dit Canrobert rétablit l’ordre et l’unité du royaume qui devient à cette époque un producteur majeur d’or et d’argent avec un tiers de la production mondiale et ce jusqu’à la fin du 15ème siècle.

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