23-Armée de terre Ligne Maginot (34)

Secteur Défensif du Rhône

Le Secteur Défensif du Rhône est le plus long (180km), le plus accidenté (nous sommes le long de la frontière suisse) et le moins bien organisé de toute la ligne Maginot, la faute à l’absence de menaces crédibles.

Des travaux sont finalement réalisés à partir de 1939 lors de la mobilisation liée à la guerre de Pologne pour barrer les grands axes en provenance de Suisse entre le Mont Blanc et la Faucille afin de protéger le flanc nord de l’armée des Alpes en liaison avec le Secteur fortifié de Jura.

C’est en janvier 1937 que les premiers travaux sont envisagés selon les projets dessinés par la 14ème Région Militaire avec trois zones prioritaires :

-L’ouvrage de Crêt Mourex au nord-ouest du lac Léman (une tourelle de 75mm)

-Quatre ouvrages à une tourelles et trois casemates de 75mm entre le lac et le Mont Blanc

-Un ouvrage implanté dans l’Argentière avec une casemate de 75 dans la vallée de l’Arve Supérieure-Chamonix.

La menace d’une percée allemande par la Suisse étant faible et les crédits pas illimités, ce projet n’est pas réalisé, le général Mittelhauser préfère des bouchons plutôt qu’un véritable réseau tendu le long de la frontière.

On trouve deux positions en Haute-Savoie avec une position frontalière Saint Gingolph-La Chapelle d’Abondance, une position de résistance dite des Dranses avec six blockhaus et onze tourelles démontables.

Ce projet est réalisé sans empressement à l’aide de la Maim d’Oeuvre Militaire (MOM) avec des blockhaus modèle 1936 pour canon antichar ou mitrailleuse et des blockhaus Briançon ou «pilule» avec mitrailleuse ou FM.

Cloche GFM en position

Cloche GFM en position

Quelques blockhaus STG vont également être réalisés entre 1943 et 1945, une douzaine armés d’un créneau JM/AC 47, d’un créneau JM, d’une cloche GFM et d’un emplacement pour mortier de 60mm sous la forme d’une cuvette bétonnée.

Ce secteur est tenu par la 230ème demi-brigade alpine de forteresse (230ème DBAF) qui dispose de trois bataillons, le 179ème bataillon alpin de forteresse déployé dans le sous-secteur de la Faucille, le 189ème bataillon alpin de forteresse déployé dans le sous-secteur du Chablais et le 199ème bataillon de chasseurs de haute montagne déployé dans le sous-secteur de l’Avre Supérieure.

Suite à la démobilisation de l’été et l’automne 1940, la 230ème DBAF est dissoute et seul le 179ème BAF est maintenu en ligne pour tenir le secteur. Ce secteur est organisé et fortifié de la façon suivante :

Sous-secteur Faucille-Fort l’Ecluse

-Le Fort-L’Ecluse est destiné à barrer la route Lyon-Nantua-Genève et la voie ferrée Genève-Grenoble qui franchit le Rhône une centaine de mètres plus bas à la hauteur du fort par le viaduc de Longeray.

Il se compose d’un fort inférieur reconstruit de 1816 à 1828 (le fort précédent avait été démantelé en 1815) est un ouvrage d’interdiction qui jusqu’en 1939 était traversé par la RN 84. Après sa déviation via un tunnel, le fort à été modernisé avec la construction d’une casemate dite casemate du Tinnel avec deux canons de 47mm et deux FM. Un fort supérieur couvre le fort inférieur, il à été construit de 1834 à 1848.

De petits ouvrages de campagne sont réalisés à proximités pour recevoir des mitrailleuses, des mortiers et des canons antichars, faisant du Fort-L’Ecluse, un endroit difficile à dépasser.

Sous-secteur du Chablais

-Défense du Leman assurée par onze blockhaus/ouvrages fortifiés avec un emplacement pour arme antichar, cinq blockhaus pour arme antichar et cinq blockhaus pour FM

-La défense de la vallée venant du Pas de Morgins est assurée par un emplacement pour arme antichar, deux blockhaus modèle 1936 et un blockhaus FM.

-La défense de la rocade Thonon-les-bains-les Gets-vallée de l’Arve est assurée par cinq blockhaus ou emplacements antichars.

-La défense d’Annecy aménagée tardivement (printemps 1940) est assurée par quatre blockhaus modèle 1936 pour arme antichar et dix-sept Briançon armés d’un ou deux fusils-mitrailleurs (ligne Groisy-Chervonnex) alors que l’axe La Clusaz-Annecy l’est par un abri sous roc à un créneau pour un FM et un abri sous roc avec trois créneaux dont un pour canon de 25mm et un blockhaus type Briançon.

Sous-secteur de l’Arve

-La défense face à l’Italie est assurée par un blockhaus pour arme antichar, quatre blockhaus pour FM et un abri sous rocher, bientôt renforcés par six blockhaus STG tels que décrits plus hauts.

23-Armée de terre Ligne Maginot (12)

Une ligne Maginot particulière : la Ligne Maginot alpine

La fortification alpine reprend une grande partie des formes architecturales dévellopées pour sa grande soeur du Nord-Est mais le terrain, les conditions climatiques obligent à de naturelles adaptations.

Les organisations d’intervalles

Une seule casemate type CORF _l’annexe de Saint Antoine_ est réalisée tout simplement car ce type d’ouvrage ne se justifie pas. Le plus souvent les ouvrages de flanquement d’infanterie sont intégrés dans les ouvrages. On trouve également une casemate cuirassée appelée officiellement «petit ouvrage» à Saint Ours Bas qui dispose pas moins de trois cloches pour mitrailleuses et de deux cloches GFM.

Cloche pour Jumelage de mitrailleuses (JM)

Cloche pour Jumelage de mitrailleuses (JM)

Plus encore que dans le Nord-Est, la question des abris est crucial. La topographie de la frontière Sud-Est impose des abris-caverne. Ces abris se subdivisent entre des abris défensifs totalement passifs et les abris actifs ou ouvrages d’infanterie destinés à abriter des troupes, des abris équipés d’un organe actif.

La réalisation des observatoires est également prévue mais la préférence donnée aux observatoires de campagne fait que seuls trois observatoires seront réalisés en temps de paix dont deux dans le Secteur Fortifié des Alpes Maritimes (SFAM) sur les treize prévus dans les plans initiaux.

Les ouvrages

Qu’ils soient d’infanterie, mixtes ou d’artillerie, tous les ouvrages des Alpes sauf Saint-Ours Bas comportent une organisation souterraine et des organes de surface (blocs).

Contrairement aux ouvrages d’infanterie du Nord-Est qui doivent assurer une mission de flanquement, les ouvrages d’infanterie des Alpes doivent assurer plutôt le barrage des vallées et l’interdiction des cols.

Peu d’ouvrages de la ligne Maginot alpine ressemblent aux ouvrages du nord-est, le plus approchant, celui de Granges-Communes aurait été identique si le bloc d’entrée avait été réalisé.

Les blocs-casemates d’infanterie

Très peu d’ouvrages des Alpes comportent des blocs-casemates d’infanterie type Nord-Est avec chambre de tir à deux créneaux pour jumelage et un ou plusieurd cloches tout simplement parce que la mission des ouvrages fortifiés de la ligne Maginot alpine est de barrer des axes. On trouve plutôt ce type d’ouvrage :

-des blocs pour mitrailleuses à un, deux ou trois casemates agissant en flanquement ou en action frontale.

-des blos à action multidirectionnelle comportant des jumelages de mitrailleuses ou de FM, des jumelages d’armes mixtes (remplacés dans la pratique par des JM) et des FM (PO de seconde génération)

-des blocs-casemates cuirassées équipées de cloches JM (bloc 2 de Granges-Communes)

-des blocs composés d’une simple cloche GFM ou observatoire par éléments.
Les blocs d’artillerie

Dans les Alpes, le manque de place conjugué avec la superposition des axes de tir amène les concepteurs des dits ouvrages à concentrer sous un même bloc des armes de nature différente, donnant un aspect particulier aux ouvrages.

La notice du 31 août 1931 définit la configuration des casemates d’artillerie des Alpes qui doivent être de deux types : le casemate de flanquement et le casemate d’action fronale. Il se présente sous une forme compacte avec deux canons de 75mm (au lieu de trois dans le Nord-Est).

En pratique, peu de casemates pour 75 en pays de montagne seront réalisés, la CORF préférant plutôt «alpiniser» les casemates de flanquement du Nord-Est. Aucun casemate d’action frontale ne sera construit avec des canons-obusiers modèle 1929 et une poignée de casemates de ce type équipés de canons de 75mm modèle 1931 seront réalisés.

mortier de 81mm modèle 1932  jadis installé dans la Ligne Maginot

mortier de 81mm modèle 1932 jadis installé dans la Ligne Maginot

En raison du manque de place donc, la majorité ces casemates d’artillerie des Alpes vont regrouper dans un même bloc jusqu’à deux canons de 75mm et deux mortiers de 81mm, faisant donc cohabiter des armes à tir tendu et des armes à tir courbe.

Ces blocs multidirectionnels peuvent se ranger en deux catégories : les casemates de flanquement dont il existera au final un seul exemplaire, le bloc 2 de Roquebrune (SFAM) combinant un mortier de 75mm modèle 1931 et un de 81mm, aucun casemate ne combinant dans cette catégorie une arme à tir tendu et un matériel à tir courbe. Les casemates de flanquement type Nord-Est allégé seront eux plus nombreux.

Les casemates d’action frontale vont être paradoxalement les plus difficiles à mettre au point alors que logiquement, cela aurait du être le contraire. Les tourelles de 75mm étant réservés à des ouvrages précis et l’embrasure frontale étant exclue, il à fallut innover pour trouver une solution efficace.

Chronologiquement, on trouve successivement la casemate sous roc, le bloc de barrage, la casemate cuirassée et la casemate défilée.

Les premiers nommés sont souvent situés dans de vieux forts remaniés, des embrasures largement ouvertes pour laisser place à un canon de 75mm de campagne. Certains plus élaborés étaient armés d’un canon-obusier de 75mm modèle 1933.

Le bloc de barrage appelé aussi casemate bétonnée d’action frontale n’à été construit qu’à deux exemplaires à chaque fois dans le Secteur Fortifié des Alpes Maritimes. Le canon de 75mm est ainsi accompagné de mitrailleuses et de mortiers de 81mm.

Le bloc de barrage n’ayant pas donné satisfaction, il est remplacé par la casemate cuirassée pouvant recevoir soit un mortier de 75mm modèle 1931 ou un modèle 1933.

Ailleurs, le bloc de barrage est remplacé par la casemate défilée installée à contre-pente le dissimulant à la vue de l’ennemi avec le prix modique d’un petit nombre d’angles morts.

On à également trouvé trace d’un projet de casemate d’action frontale à deux obusiers de 75mm modèle 1933 et deux mortiers de 81mm pour l’ouvrage de Flaut sans réalisation concrète à la différence des blocs-casemates équipés uniquement de mortiers de 81mm.

Les autres blocs

-La Ligne Maginot alpine dispose de blocs mixtes qui comme leur nom l’indique regroupe de l’artillerie et des armes d’infanterie en raison d’un terrain exigu et parfois difficile à aménager. Le bloc 2 du Janus dispose par exemple de deux jumelages pour mitrailleuses et deux mortiers de 81mm.

-Si le Nord-Est permet la généralisation de la tourelle, ce n’est pas le cas dans les Alpes ce qui explique la rareté des blocs-tourelles installés uniquement sur des sites optimaux. On en trouve ainsi quatre (deux au Mont-Agel et deux au Monte Grosso soit un total de trois tourelles de 75mm et une tourelle de 135mm), deux autres devant être réalisés mais abandonnés pour des raisons budgétaires.

Tourelle de 135mm à éclipse

Tourelle de 135mm à éclipse

-Comme pour le cas des blocs-tourelles, les blocs casemates-tourelles sont peu nombreux sur le front des Alpes avec deux exemples, le Bloc 5 de Roche-la-Croix (une tourelle de 75mm modèle 1933 associé à un casemate de flanquement modèle 1931 combinant deux canons de 75mm modèle 1931 et deux mortiers de 81mm) et le Bloc 3 de l’Agaisen (une tourelle de 75mm modèle 1933 et un bloc de deux 81mm).

-C’est la note du 15 avril 1930 qui indique les types d’observatoires destinés à la fortification alpine, trois types d’observatoires doivent être construits :

-des observatoires cuirassés pour l’observation et le service des engins de feux sous tourelle ou sous casemate agissant frontalement. Ces observatoires sont équipés soit d’une cloche VDP, soit d’une cloche GFM ou des deux.

-des observatoires bétonnés pour le service des engins de feux agissant en flanquement, ces observatoires sont équipés de créneaux bétonnés installés le plus souvent dans les casemates d’artillerie.

-des cloches de guetteurs pour la surveillance des abords et le service des armes de défense rapprochée.

En fait peu d’ouvrages sont dotés d’observatoires spécifiques et, dans la plupart des cas, les cloches observatoires sont intégrés dans un bloc d’ouvrage.

Les ouvrages mixtes alpins (artillerie et infanterie)

Comme leurs homologues du Nord-Est, les ouvrages mixtes de la ligne Maginot alpine peuvent disposer de plusieurs types, plusieurs modèles d’entrée, une entrée en plain-pied (la plus courante), une entrée en puits ou encore une entrée en plan inclinée. Certains ouvrages ont deux entrées et d’autres une entrée mixte, ces dernières se distinguant dans les Alpes par la présence d’un pont levis et parfois d’un téléphérique.

A la différence des ouvrages du Nord-Est, les ouvrages alpins bénéfécient de la protection de la roche et les locaux soutterains sont généralement établis de plain-pied avec l’entrée, un plus évident pour le ravitaillement. Avec des galeries réduites, la distinction «zone avant/zone arrière» est nettement plus ténue.

Si les ouvrages alpins disposent comme en Lorraine et en Alsace d’usines de production électriques, les soutes à munitions sont de dimensions plus réduites et surtout il n’existe pas de soute à munitions centrales (magasin M1).

Plus encore que dans le Nord-Est, la nécessaire concentration des organes s’impose en raison d’un sol souvent difficile à creuser et le faible dévellopement des ouvrages qui fait cohabiter oeuvre vives et blocs de combat.

Caractéristiques des ouvrages de Corse et de Tunisie

Les casemates d’Infanterie de Corse

Pour ce qui est des casemates de première génération (1932-33), il s’agit de casemates type CORF allégés à un ou deux étages. Ces casemates sont équipés de jumelages de mitrailleuses, de fusils-mitrailleurs sous créneau, d’une cloche GFM (et quelques fois d’une cloche mitrailleuse) mais sans armement antichar.

Pour les casemates de seconde génération (1939-40), il s’agit d’un compromis entre la casemate CORF et le blockaus double STG dont il reprend la forme générale. Chaque chambre de tir dispose de deux créneaux équipés de jumelages de mitrailleuses et d’un canon de 47mm antichar. Ces casemates sont à niveau unique. Les deux casemates reçoivent seulement fin 1940 une cloche GFM type B.

Pour ce qui est des blockaus, il s’agit de simples blocs carrés armés d’une mitrailleuse Hotchkiss 8mm puis Darne de 7.5mm pour assurer le flanquement des casemates doubles de Saint Florent et de Bastia.

Les casemates d’artillerie de Corse

Trois casemates d’artillerie ont été réalisés, un double à Santa Manza et deux simples, le premier à L’Arena et le second à Saint Cyprien. Deux des quatre canons-obusiers de 75mm modèle 1929 sont issus du bloc de flanquement nord non construit au Barbonnet. Ils ne disposent pas de cloche mais d’un créneau d’observation par direction.

Les abris de Corse

Des abris sont construits à Pertusato par la Main d’Oeuvre Militaire en 1932-33 sur le modèle d’abris cavernes simplifiés comportant deux entrées, deux galeries parallèles protégées par six mètres de roc. Chacun des trois abris peuvent abriter soixante-dix hommes.

Particularités des organisations fortifiées de Tunisie

La Ligne Mareth est organisée en points d’appuis avec un total de quarante-neuf PA, vingt-huit sur la LPR (Ligne Principale de Résistance) et vingt-un sur la ligne d’arrêt. . La physionomie varie en fonction de l’emplacement des points d’appui : plaine ou montagne.

L’essentiel des constructions bétonnées ont été construites entre 1936 et 1939 et se décomposent en plusieurs types :

-La casemate d’infanterie ressemble fortement à une casemate STG (Service Technique du Génie qui à repris le flambeau de la CORF le 1er janvier 1936) allégée à deux créneaux de mitrailleuses en échelon refusé. L’épaisseur des murs le met à l »abri d’un coup isolé de 105 mm.

-Le poste commandement (PC) se présente sous deux formes soit comme PC de surface comme dans l’Oued Gouabasia ou comme PC-caverne type A10.

-La casemate/PC ressemble aux casemates du Rhin, combinant comme son nom l’indique un poste de commandement et une casemate de mitrailleuses, l’épaisseur de ses murs étant similaire à celle des murs des casemates d’infanterie.

-La casemate ou plate-forme pour 47M est une plate-forme bétonnée ressemblant aux cuves aménagées dans le Nord-Est pour un canon de 65mm dôtée d’un toit en tôle et accolée à un abri pour le personnel.

-La casemate à canon de 75mm est conçue pour abriter un canon de 75mm de marine. Elle se présente sous la forme d’un bloc carré ressemblant au blockaus modèle 1936 pour canon antichar. Dix casemates de ce type ont été construits.

23-Armée de terre Ligne Maginot (9)

Sud-Est

Comme dans le nord-est, la Ligne Maginot Alpine est divisée en secteurs défensifs et en secteurs fortifiés.

-Dans le Secteur Défensif du Rhône, l’infanterie à déployé lors de la mobilisation de septembre 1939, une unité de mobilisation la 230ème demi-brigade alpine de forteresse (230ème DBAF) qui dispose de deux bataillons alpins de forteresse, les 179ème et 189ème BAF ainsi que le 199ème BCHM. A cela s’ajoute la 2ème compagnie du 440ème régiment de pionniers.

Impossible de laisser ce secteur sans troupes mais comme ailleurs, on réduit la voilure avec la mise en sommeil de la 230ème DBAF en décembre 1940, ne laissant actif que le 179ème bataillon alpin de forteresse pour assurer la garde des ouvrages en compagnie de la 2ème compagnie du 440ème régiment de pionniers, les 189ème BAF et 199ème BCHM (Bataillon de Chasseurs de Haute Montagne) étant mis en sommeil mais prêts à être mobilisés en cas de nouvelle menace italienne.

L’artillerie était représentée par la 1ère batterie du 164ème RAP, ce régiment est un régiment de mobilisation mais il est activé comme les deux bataillons d’infanterie pour maintenir une défense dissuasive. Ces moyens sont néanmoins réduits avec trois canons de 105mm et quatre canons de 155mm. Sur les deux sections de génie existantes à la mobilisation, une seule est maintenue.

-Dans le Secteur Fortifié de Savoie, les troupes déployées sont nombreuses avec pour l’infanterie, deux demi-brigades alpines de forteresse, la 16ème DBAF qui dispose de trois bataillons (70ème 80ème BAF 6ème BCM) et la 30ème DBAF qui dispose elle aussi de trois bataillons (71ème 81ème et 91ème BAF) auxquelles s’ajoutent deux compagnies de pionniers (2ème et 3ème compagnie du 440ème régiment).

Suite à la démobilisation, la 16ème DBAF est dissoute (ou plutôt mise en sommeil), ne laissant que la seule 30ème DBAF qui dispose alors de deux bataillons alpins de forteresse, les 70ème et 71ème BAF. A noter que les numéros 81 et 91 sont attribués aux deux bataillons alpins de forteresse attribués à la Région Fortifiée de Belfort. Les pionniers sont toujours présents après la démobilisation.

Mortier de 280C modèle 1914

Mortier de 280C modèle 1914

Après la démobilisation, le 154ème RAP maintien les trois groupes réduits à deux batteries. Le 1er groupe dispose de deux batteries de 75mm (huit canons), le 2ème groupe dispose de deux batteries équipées de canons de 105L modèle 1913 (huit canons) et le 3ème groupe dispose de deux batteries, une de quatre obusiers de 280mm et une de quatre canons de 220C modèle 1916.. Le génie conserve sur place le 214ème bataillon de sapeurs mineurs plus des unités de soutien.

 
-Comme le secteur fortifié de la Savoie, le Secteur Fortifié du Dauphiné dispose de deux DBAF, la 75ème DBAF qui dispose de quatre bataillons alpins de forteresse, les 72ème 82ème 92ème et 102ème alors que la 157ème DBAF ne dispose que de deux bataillons, les 73ème et 83ème BAF. A cela s’ajoute les 4ème et 5ème compagnie du 440ème régiment de pionniers.

Après la démobilisation, on ne maintient en ligne que la 157ème DBAF _la demi-brigade d’active_ avec les deux bataillons alpins de forteresse d’active, les 72ème et 73ème BAF plus le 83ème BAF qui devient un bataillon d’active.

Après la démobilisation, le 162ème RAP est dissous ne laissant dans le secteur que le 154ème RAP qui conserve ses trois groupes. Le génie à déployé le 216ème bataillon de génie de forteresse plus quelques unités de soutien.

-Le Secteur Fortifié des Alpes-Maritimes (SFAM) ne dispose plus à l’issue de la démobilisation que d’un bataillon alpin de forteresse ou une grande unité par sous-secteur, unité qui tient le secteur, unité souvent renforcée pour tenir compte de l’entretien et de la surveillance d’ouvrages non gardés en permanence.

C’est ainsi qu’on retrouve dans le sous-secteur Mounier le 74ème BAF (Bataillon Alpin de Forteresse), dans le sous-secteur Tinée-Vésubie, on trouve le 84ème BAF, une unité mobilisée à partir du 74ème BAF mais maintenue en ligne après l’automne 1940, le sous-secteur d’Authion est gardé par le 75ème BAF _une unité d’active_, le sous-secteur de Sospel est gardé par le 85ème BAF, une unité de mobilisation issue du 75ème BAF et le sous-secteur des Corniches est occupé après la démobilisation par le 76ème BAF _une unité d’active_.

En ce qui concerne l’artillerie, on trouve après démobilisation le seul 157ème RAP, les 158ème et 167ème RAP étant mis en sommeil à la différence du 251ème BGF qui reste en place.

Corse

Suite à la démobilisation, le dispositif défensif en Corse est constitué de deux régiments renforcés souvent appelés demi-brigade, la 373ème DBIA réduite à quatre bataillons et chargée de la défense du Nord de l’île, les autres unités étant dissoutes.

La défense du secteur sud est donc assuré par le 173ème RIA (également connue sous le nom de 173ème DBIA) en remplacement de la 363ème DBIA mise en sommeil.

Char léger modèle 1940R dit Renault R-40

Char léger modèle 1940R dit Renault R-40

L’arme blindée cavalerie déploie dans l’île de beauté en remplacement du 43ème Escadron de Mitrailleuses et engins du 10ème Dragon, un bataillon de chars de combat, le 30ème BCC équipé de Renault R-40 stationnés près de Bastia et un GRDI connu sous le nom de Groupement Motorisé de Corse équipé notamment de Hotchkiss H-39.

L’artillerie est représentée par le Groupement d’Artillerie Coloniale de Corse qui redevient 92ème Régiment d’Artillerie Coloniale à quatre groupes, deux équipés de canons de 75mm (le 1er à Bastia, le 2ème à Bonifaccio) et deux équipés de canons de 155mm courts (le 3ème à Ajaccio et le 4ème à Porto-Vecchio).

Tunisie

La défense de la Tunisie contre une éventuelle attaque italienne est assurée notamment par la Région Fortifiée du Sud-Tunisien (RFST) officiellement créée le 1er mars 1940 et qui va rester en place après la démobilisation avec des moyens réduits comme partout ailleurs.

Dans le secteur est, on trouve toujours le 5ème régiment de tirailleurs sénégalais (5ème RTS) qui est pérénnisé avec ses trois bataillons. Un temps régiment de mitrailleurs de position, il redevient un régiment de tirailleurs comme les autres

Dans le secteur ouest, nous trouvons le 32ème régiment de tirailleurs tunisiens (32ème RTT) qui lui aussi dispose de trois bataillons, le 1er à Aïn Tounine, le second à Gouabsia et le troisième à Toujane.

Le 35ème régiment de tirailleurs algériens (35ème RTA) est lui mis en sommeil, la défense de Gabès ne reposant plus que sur les épaules du 3ème bataillon du 1er régiment étranger d’infanterie.

La 1ère DBIL devenue la 5ème DLI à considérablement renforcé les possibilités de manoeuvres des forces françaises en Tunisie au détriment de la défense des avancées du sud qui en temps de paix repose sur le 274ème régiment de travailleurs pour l’entretien et la garde et sur le 441ème régiment de pionniers (un régiment à trois compagnies) pour une occupation régulière mais allégée des ouvrages.

La cavalerie ne dispose plus d’unités en défense/appui direct de la ligne Mareth.

L’artillerie est représentée par le 380ème régiment d’artillerie d’Afrique et le 388ème régiment d’artillerie de position de Tunisie. Après la démobilisation, seul le premier reste en service.

23-Armée de terre ligne Maginot (2)

Les Alpes

Si la frontière nord-est est la plus sensible car directement menacée par l’Allemagne (dont on connait très rapidement les sentiments revanchards symbolisé par le Dolchloss _le coup de poignard dans le dos_), la frontière du sud-est face à l’Italie et la Suisse ne doit pas être négligée non seulement parce que les allemands pourraient choisir de passer par la Suisse plutôt que par la Belgique et que rapidement les relations franco-italiennes virent à l’aigre.

La faute à la frustration italienne qui n’à pas obtenu les terres irrédentes promises par le traité de Londres de 1915, une situation économique difficile et l’arrivée au pouvoir de Benito Mussolini qui ne tarda pas à réclamer le retour de la Savoie et de Nice à la «mère patrie italienne».

Des fortifications existent déjà en 1918, des fortifications héritées du passé qu’il s’agisse de l’oeuvre de Vauban ou de Serré de Rivière qui construisirent des ouvrages d’interdiction d’accès aux vallées, d’ouvrages haut-perchés pour pour protéger les ouvrages inférieurs et des ouvrages de surveillance.

En 1920, pour les deux pays, l’organisation de 1914 demeure la norme de leur système fortifié mais en 1930, cette norme aura radicalement changé tant du côté français que du côté italien.

En juin 1920, le ministre de la guerre André Lefèvre demande au Conseil Supérieur de la Guerre (CSG) une étude, un état des lieux sur les fortifications. Le général Nivelle est chargé des Alpes et de la Méditerranée. Son constat est alarmant : fortfications à l’abandon, garnisons désertées mais ce cri d’alarme tombe dans le vide, l’Italie n’est pas la menace principale pour la France.

Tout change avec donc l’arrivée au pouvoir de Mussolini qui comme tout dictateur joue sur la corde nationaliste pour asseoir son pouvoir. La potentialité d’un conflit franco-italien croit chaque jour et la question des fortifications alpines cesse d’être secondaire.

Si l’Italie seule serait bien incapable de mener un conflit contre la France, elle pourrait très bien renouer avec les manes de la Triplice de 1882 et se rapprocher de Berlin. La France fait alors un terrible cauchemar d’une attaque allemande sur la frontière du nord-est associée à une attaque italienne dans le Sud-Est, immobilisant des troupes qui auraient été utiles ailleurs.

Le 25 février 1925, le général Nollet, ministre de la Guerre du gouvernement Herriot demande au général Degoutte, commandant désigné de l’Armée des Alpes de «préciser le tracé d’une ligne de résistance de l’Armée des Alpes», événement qui peut être considéré comme le premier acte de la future «Ligne Maginot alpine».

La nature du milieu et le caractère secondaire de ce théâtre d’opérations dans la stratégie française impose des contraintes différentes par rapport à celle du TONE.

Avec des effectifs réduits, elle doit tenir le terrain. Point positif cependant, les ouvrages anciens encore loin d’être déclassés sont en bien meilleur état que les forts Serré de Rivière de l’Est victimes des bombardements du premier conflit mondial et de la nécessité de disposer d’artillerie lourde.

Le projet imaginé par le général Degoutte est composé essentiellement de petits ouvrages qui vont s’insérer dans le système existant. Plus encore que sur le front nord-est, il s’agit d’établir une véritable défense profondeur pour compenser ainsi l’infériorité numérique des troupes françaises face aux italiens qui pourraient aligner 340000 hommes.

Le programme global (ouvrages fortifiés, amélioration des infrastructures de transport) est estimé à 1.2 milliards (5 milliards pour le dispositif Nord-Est).

Des crédits sont débloqués dès 1927 notamment pour améliorer les défenses de Nice mais alors que le programme Degoutte n’à pas encore atteint sa vitesse de croisière, le CDF estime le 23 août 1927 que les ouvrages sont trop prêts de la frontière pour être efficaces.

Un programme réduit destiné à moderniser les défenses de Nice est cependant adopté, la défense de la métropole azuréenne étant jugée prioritaire face aux menaces italiennes, menaces verbales pour le moment.

Au cours de l’année 1927, on renonce à un front continu, le programme initial qui prévoyait 440km à fortifier est réduit à 155km ce qui nécessite tout de même la construction de 400 ouvrages pour un budget global de 400 à 500 millions plus 150 millions pour les routes et téléphériques. Au niveau des troupes, cela nécessite dix-huit bataillons d’infanterie dont douze de chasseurs alpins.

Le «programme Degoutte» est mis en pièces par le CDF le 11 janvier 1928 et il est décidé de tout reprendre à zéro pour uniformiser la situation de la frontière alpine par rapport à la frontière du nord-est. C’est à partir de cette date que l’on peut véritablement parler de «Ligne Maginot alpine», l’étude concernant la défense du Sud-Est étant publié par le CDF le 12 février 1929.

Le 28 mars 1928, en effet, le CORF avait vu son autorité étendue à toutes les frontières de la France, les Alpes vont être l’objet de soins attentifs du Comité d’Organisation des Régions Fortifiées.

Dès le 12 novembre 1928, le comité rend ses conclusions. On renonce à une protection continue au profit de la protection des points vitaux : Nice et les grandes vallées de pénétration, protection s’appuyant sur les reliefs et plus encore que dans le Nord-Est sur les fortifications existantes ce qui génère de substansielles économies.

Concrètement le CDF propose un programme estimé à 700 millions de francs (dont 328 pour la construction et 105 pour l’armement et les munitions), comprennant 103 ouvrages (75 ouvrages à construire, 28 existants à améliorer) représentant 298 organes de feux. Un programme restreint de 205 millions est lancé immédiatement.

Alors que la conception des ouvrages commence en tirant partie du terrain et des conditions météos plus difficiles que dans le Nord-Est, le calendrier est affiné suite à l’approbation du ministre Painlevé.

Dans un premier temps, un programme restreint de 208 millions destiné à parer au plus pressé à savoir le barrage des grands axes, ce programme restreint englobant le programme réduit de la défense de Nice.

Dans un second temps, les travaux complémentaires qui doivent s’achever en six ans (1935-40), ce programme de deuxième urgence allait comme en Alsace-Lorraine être relégué aux oubliettes. La réalisation est confiée au CORF à l’aide de trois délégations à Grenoble, Briançon et Nice qui vont dessiner respectivement les ouvrages des secteurs de Savoie, de Durance et des Alpes-Maritimes.

Ce premier projet est remis en cause par le général Belhague le 31 mars 1930 qui dénonce des insuffisances de ce projet restreint, des insuffisances notamment budgétaires, le projet estimé à 208 millions étant maintenant estimé à 366 millions (+80%).

Le général Degoutte réapparaît alors et propose à nouveau son projet de petits ouvrages plus économiques alors que l’heure est aux économies mais à nouveau, il n’à pas gain de cause, le choix de son projet ayant pour conséquence de provoquer un retard d’un an au minimum.

Néanmoins, le projet Degoutte de petits ouvrages renaît sous la forme des ouvrages d’avant-postes (AP) qui seront construits par la Main d’Oeuvre Militaire (MOM).

Après d’ultimes discussions, le projet est approuvé, un projet de 362 millions qui à la fin de décembre 1930 atteint sa phase de croisière, le projet étant approuvé par le général Weygand le 26 janvier 1931.

Pour résumé cette genèse douloureuse, la ligne maginot alpine présente le même visage que sa consœur alsaco-lorraine, une ligne fortifiée à base d’ouvrages puissants à base d’artillerie avec le renfort d’ouvrages légers dans les intervalles et dans les avant-postes.

Gros ouvrage de Rimplac, Secteur Fortifié des Alpes Maritimes

Gros ouvrage de Rimplac, Secteur Fortifié des Alpes Maritimes

Devant les menaces italiennes, les travaux vont commencer en même temps qu’au Nord-Est à savoir en septembre 1928 avec  l’ouvrage de Rimplas dans les Alpes Maritimes à 80km de Nice.

Pour le reste de la Ligne Maginot Alpine, le gros des travaux commence au printemps 1931 au plus tard à l’été pour les ouvrages en altitude. Outre le gros oeuvre, on commence également le tracé des routes d’accès aux ouvrages. Ce n’est cependant que le 15 décembre 1931 que les derniers marchés sont passés avec des entreprises locales.

Les travaux sont menés à une allure soutenue mais le climat lié à l’altitude réduit pour nombre d’ouvrages la période de travail effective à trois ou quatre mois. Début 1931, six ouvrages de Savoie sont commencés, six en Haute Durance et dix dans les Alpes Maritimes. Dès l’automne 1931 certains ouvrages méridionaux (où le climat permet de travailler toute l’année) peuvent être considérés comme achevés à défaut d’être pleinement opérationnels.

Comme dans le Nord-Est, on assiste à des dépassements de budget, 110 millions de francs dès la fin 1932 ce qui nécessite pour rester dans les clous des ajournements acceptés par le ministre le 28 janvier 1933 mais cela n’économisant que 17 millions, d’autres ajournements ont lieu au printemps 1933.

Comme de nouveaux ajournements seraient préjudiciables à la solidité des positions, on se résout à demander une rallonge au contribuable. C’est chose faite le 6 juillet 1934 quand le Parlement autorise une nouvelle rallonge de 800 millions, nouvelle et dernière rallonge pour régulariser les dépassements des crédits au Nord-Est et dans les Alpes.
En 1935, Paris et Rome se rapprochent et on s’interroge sur l’opportunité de poursuivre la construction des ouvrages défendant les Alpes contre une possible agression italienne. Cette embellie sera cependant de courte durée. En octobre, l’Italie envahit l’Ethiopie, menace l’Angleterre d’une guerre et le 1er novembre 1936 se rapproche définitivement de l’Allemagne, abandonnant sa menace d’intervention en cas d’Anschluss.

La France doit donc se résigner à reprendre les travaux défensifs. La CORF et ses délégations locales ayant été dissoutes depuis le 1er janvier 1936 par le ministre Fabry, la direction des travaux est décentralisée. Celle de l’organisation défensive du Sud-Est est confiée au général Mittelhauser qui en cas de guerre doit prendre la tête de l’armée des Alpes.

Pour le général Mittelhauser, la priorité c’est de terminer l’oeuvre engagée par la CORF et ensuite simplement de remédier aux lacunes constatées. Les travaux sont loins d’être achevés quand éclate le conflit resté dans l’histoire sous le nom de guerre de Pologne et même quand ce conflit se termine, il reste beaucoup de travail et le programme d’avenir décidé par Mittelhauser et approuvé par son successeur le général Besson est loin d’être achevé, fusionnant dans la pratique avec le CEZF.

Le programme CEZF va lui aussi avoir un impact sur le front alpin, des ouvrages de campagne musclés ou des gros ouvrages simplifiés c’est selon vont être construits, amélioration sensiblement la défense de certains secteurs notamment les plus négligés comme le SD-Rhône.

La Corse

Quand il arrive au pouvoir en 1922, Mussolini va jouer sur la corde nationaliste, profitant de la frustration d’une Italie qui s’estime volée dans ses revendications territoriales. Aux traditionnelles régions irrédentes de Dalmatie, de l’Istrie et du Tyrol, le dictateur italien ajoute d’autres terres ayant autrefois appartenu à l’Italie : le duché de Savoie, le comté de Nice et la Corse.

L’Ile de Beauté n’étant situé qu’à 12km de la Sardaigne, celle-ci clairement menacée par les armées italiennes. Aussi dès 1926, le général Debeney s’inquiète des fortifications protégeant la Corse et s’en ouvre au chef d’état-major de la marine, le vice-amiral Salaun.

Le constat fait par ce dernier n’est guère rassurant. Si Ajaccio bénéficie d’une défense de côte assez solide, ce n’est pas le cas de Bastia et de la région Bonifaccio-Porto-Vecchio. Un débarquement amphibie italien n’aurait aucun mal à investir le sud de l’île en profitant également de la médiocrité des infrastructures routières et ferroviaires de l’île.

Cette préoccupation est également partagée par les parlementaires à partir de mars 1927 quand le sénateur Tissier de la commission de la Marine au Sénat attire l’attention de ses collègues. Les premiers projets ébauchés prévoit un renforcement des défenses des approches de Bonifaccio et d’Ajaccio et néglige la défense de Bastia.

Contrairement aux défenses du Nord Est ou aux défenses alpines, les premiers travaux sont menés au coup par coup avec par exemple la construction d’une batterie de 4 canons de 138mm à Boca di Valle qui est achevée en 1930. un projet nettement plus ambitieux avec deux tourelles de 340mm et quelques batteries annexes est repoussée à plus tard en raison de son coût démesuré (200 millions).

Cependant les défenses réalisées au coup par coup jusqu’au début des années trente sont très vulnérables à une attaque par l’arrière au cas ou l’ennemi débarquerait dans les baies situées à l’est et à l’ouest de Bonifaccio. C’est là que la CORF va intervenir pour parer à cette menace.

Le 13 avril 1928, le ministre de la guerre demande au général Fournier, commandant supérieur de la défense de la Corse de lui proposer un programme de défense de l’île. Son projet très complet (défenses des côtes, infrastructures de transport, terrains d’aviation) pour un coût global de 6 milliards de francs.

On ne lui accorde que 42 millions et pas un centime dans la loi-programme du 14 janvier 1930 alors qu’un exercice combiné armée-marine exécuté en mars 1929 avait montré la position stratégique de Bonifaccio et la nécessité de protéger l’arrière.

En octobre 1930, le général Fournier revient à la charge en proposant pour dix millions, la constructions de 25 petits blocs de campagne pour défendre les plages du sud de l’île et barrer les routes menant à Bonifaccio.

Ce projet reçoit un accueil favorable du parlement qui estime néanmoins nécessaire de consulter la CORF. Après une reconnaissance sur le terrain réalisé en février 1931, un rapport est publié en avril 1931.

Le 25 juin 1931, ce rapport est examiné par le sénateur Charles Dumont _rapporteur général du budget au Sénat_, le général Gamelin et l’amiral Levavasseur _inspecteur général des forces maritimes du Midi_. Le projet est approuvé par le ministre de la Marine le 7 juillet et par le ministre de la Guerre le 14 août 1931.

Parallèlement le 15 juin 1931, le projet 344/F du colonel André qui reprend en partie le plan du général Fournier, détaille le programme qui bénéficie d’un budget de 25 millions pour construire des routes, développer un réseau de transmission et construire de petits casemates destinés à protéger les approches terrestres de Bonifacio.

En octobre 1933, les travaux sont désormais évalués à 27 millions (casemates, routes et rocades, nouvelle caserne de Bonifacio) auxquels il convient d’ajouter un montant de deux millions pour l’armement et les munitions.

La réalisation effective commence en 1932, les derniers travaux sont approuvés par le ministre le 1er octobre. L’ensemble réalisé par la CORF représente trois casemates d’artillerie et douze casemates d’infanterie auxquelles s’ajoutent cinq abris réalisés par la Main d’Oeuvre Miliaire.

Les travaux réalisés au début des années trente sont complétés en 1939/40 au cours de la guerre de Pologne et immédiatement après celle-ci par des travaux complémentaires, complétant les défenses de Bonifacio et améliorant nettement celles des approches de Bastia.

Comme ailleurs le CEZF va réaliser des travaux en Corse notamment dans la région de Porto Vecchio et de Solenzara où une importante base aérienne est construite avec comme but évident d’attaquer l’Italie et de rendre invivable la mer Tyrrhénienne ce qui devrait considérablement gêner la marine italienne qui dispose là de deux bases importantes : La Spezia près de Gênes et Gaète près de Naples.