Mitteleuropa Balkans (85) Roumanie (15)

Infanterie de Marine

Histoire

C’est entre 1886 et 1888 que l’infanterie de marine roumaine rentre dans l’histoire. Oh non pas suite à un fait d’armes glorieux mais simplement parce qu’on mentionne à cette époque la présence de fusiliers faisant pleinement partie de l’équipage du croiseur protégé NMS Elisabeta.

La présence de fantassins au sein des équipages de navires est vieille comme le monde. A l’époque antique c’est souvent la présence d’hoplites et de légionnaires à bord des trirèmes qui faisait la différence après l’abordage.

Au Moyen-Age cela permettait de réaliser des «descentes» (que l’on peut considérer comme l’ancètre de nos raids commandos) et à l’époque moderne cela permettait aussi de protéger les officiers contre des marins qui étaient souvent recrutés de force et pas toujours dans des milieux sociaux où la loi était une valeur cardinale si vous voyez ce que je veux dire.

Le 24 janvier 1917 la marine royale roumaine créé un bataillon de débarquement pour assurer la défense des côtes et surtout les bouches du Danube qui resteront sous contrôle des roumains jusqu’au bout. Ultérieurement un Corps des Marines est créé regroupant le bataillon sus-nommé et un groupe de compagnies de marche (NdA formées de matelots non indispensables à bord des navires comme pour les compagnies de débarquement ?).

Le 11 mars 1920 les forces navales roumaines sont réorganisées avec la création d’unités de défense fluviale et de défense côtière. L’infanterie de marine roumaine à clairement là un rôle défensif.

Ces fantassins sont pour ainsi dire des gardiens de côte en liaison avec des postes d’observation et des batteries côtières (canons de 102mm, 120 et de 152mm).

Le 1er avril 1940 le décret royal n°635 réorganise à nouveau la marine roumaine notamment dans le domaine de la défense côtière qui est le rôle primordial de la marine royale roumaine en attendant un potentiel développement hauturier.

Un commandement de la défense côtière comprend un régiment de génie maritime chargé d’aménager les défenses côtières, de mouiller des mines télécommandées et d’autres pièges comme des filets anti-sous-marins et anti-plongeurs, une division d’artillerie côtière qui regroupe les batteries côtières (la côte roumaine est divisée en trois secteurs avec une brigade regroupant les pièces du secteur) et un bataillon d’infanterie de marine composé initialement de 48 officiers, 55 sous-officiers et 2250 soldats.

La mission de ce bataillon aux effectifs importants était à la fois la défense des côtes, la sécurité des ports mais aussi des navires, des détachements opérant sur les navires de la marine roumaine.

En septembre 1945 le bataillon devient un régiment qui lui même est transformé en brigade en juin 1947 avec un état-major, une compagnie de commandement et de soutien, trois bataillons d’infanterie, un bataillon d’artillerie légère, une compagnie antichar, une compagnie antiaérienne, une compagnie du génie et un peloton d’autos blindées.

Quand le premier conflit mondial éclate, la brigade se retrouve à protéger des secteurs sensibles du littoral roumain ce qui est un gaspillage de moyens car l’entrainement et le caractère élitiste de l’unité en fond une unité désignée pour le coup de main, pour le harcèlement, bref pour ce qu’on n’appelle pas encore le raid commando ou les opérations spéciales.

L’opération BARBAROSSA est l’occasion pour la brigade de montrer ses capacités, occupant dès le 21 juin 1950 à l’aube la rive orientale du Danube sous la forme de têtes de ponts pour permettre un déploiement plus serein des troupes germano-roumaines.
Les fusiliers marins roumains opéraient depuis des canots pneumatiques ou des radeaux, neutralisaient les sonnettes et les observateurs ennemis, dégageaient les éventuels pièges et autres mines avant de baliser la zone pour permettre à l’infanterie de renforcer la tête de pont.

Il n’y avait pas de règle établie mais quand les relations étaient bonnes avec l’armée de terre, les Diables Noirs dès que la tête de pont était consolidée s’infiltraient loin dans la profondeur du dispositif ennemi pour renseignement et sabotage, certains Dracul Negru capturés étaient sommairement passés par les armes par les détachements de sécurité du NKVD chargés de sécuriser les arrières.

L’usage de l’infanterie de marine roumaine était donc particulièrement moderne et novateur et ne dépareille pas en 2020, le 307ème régiment de fusiliers de marine créé en 1970 reprenant les traditions de la brigade.

Cette mission effectuée, la brigade va multiplier les coups de main. Dès que le front se stabilisait, les Diables Noirs débarquaient à l’arrière du front pour déstabiliser le dispositif soviétique. Très vite les fusiliers marins soviétiques vont apprendre à respecter leurs homologues roumains.

Après avoir opéré sur les rives de la mer Noire et en Crimée, la brigade s’installe à Yalta, une base étant implantée pour permettre à l’unité d’opérer à son aise. Elle bénéficie de certains privilèges qui provoque rancoeurs et jalousie au sein de la marine mais aussi au sein de l’armée de terre.

Depuis cette base, la brigade va mener des raids en direction des côtes sous contrôle soviétique notamment dans le cadre de l’opération FRIEDRICH. Après la contre-attaque soviétique, les diables noirs roumains vont opérer comme pompiers et comme anges-gardiens, freinant les attaques soviétiques et récupérant des soldats isolés.

Repliée sur la Crimée, elle combat dans le cadre de l’opération PIOTR VELIKYI (volet GANGUT), se montrant toujours aussi redoutable au point qu’on racontait que certains Frontoviki hésitait à attaquer les secteurs tenus par les fusiliers marins roumains un peu comme les croisés de la 4ème croisade se gardèrent d’attaquer les secteurs venus par la garde varègue.

Elle subit des pertes importantes mais profite du manque d’allant des soviétiques pour se replier sur Sébastopol et évacuer jusqu’en Roumanie.

Profitant du chaos ambiant qui annonce le coup d’état communiste, la brigade se replie dans le nord de la Roumanie pour se reconstituer, reconstitution difficile suite au coup d’état du 25 septembre 1953.

la brigade choisit de lier son sort aux allemands et va combattre jusqu’à la capitulation allemande, terminant en Hongrie. Des prisonniers roumains sont envoyés en Roumanie où certains sont sommairement exécutés mais beaucoup parviennent à rallier la France, certains s’engageant dans la Légion Etrangère où il vont combattre dans la première guerre du Vietnam notamment.

Organisation

L’organisation adoptée en 1947 n’évolue qu’à la marge durant le second conflit mondial. Elle est donc la suivante :

-Un état-major

-Une compagnie de commandement et de soutien

Elle est chargée de fournir soutien militaire et logistique à l’état-major. Elle dispose de véhicules pour un poste de commandement mobile, founit ravitaillement et soutien sanitaire, assure la maintenance des véhicules et dispose d’un peloton de protection rapprochée.

-Trois bataillons d’infanterie

Chaque bataillon d’infanterie de la brigade est organisé en une compagnie de commadement et de soutien (commandement du bataillon, soutien logistique et sanitaire), quatre compagnies de combat et une compagnie d’armes lourdes.

Chaque compagnie de combat dispose d’une section de commandement, de quatre sections de combat à trois groupes de combat plus un groupe de mortiers et d’une section de mitrailleuses lourdes.

La compagnie d’armes lourdes dispose d’une section d’éclaireurs, d’une section de mitrailleuses, d’une section de mortiers de 81mm et d’une section de canons antichars légers.

-Un bataillon d’artillerie légère

Caanon de 75mm Resita

Le bataillon d’artillerie légère est organisé en un état-major, une batterie de commandement et de soutien, trois groupes de trois batteries de quatre canons de 75mm Resita et une batterie de conduite de tir.

Une compagnie antichar

Canon de 25mm Hotchkiss

La compagnie antichar est organisée en une section de commandement et de soutien, trois sections de quatre canons antichars (25mm Hotchkiss puis 47mm Böhler) et une section de fusils antichars (fusils PTRD-41 de prise puis Panzerfaust et Panzerschrek)

Une compagnie antiaérienne

2cm Flak 38

La compagnie antiaérienne est organisée en une section de commandement et de soutien, une sections de canons antiaériens de 37mm et deux sections de canons antiaériens de 20mm

Une compagnie du génie

Cette compagnie est organisée en un état-major, une section de déminage, une section de minage et une section d’aide à l’aménagement du terrain

Un peloton d’autos blindées

Ce peloton qui aurait du être porté au niveau de la compagnie dispose de huit autos blindées.

Equipement

En ce qui concerne l’uniforme, le fusilier marin roumain porte un uniforme bleu marine avec un maillot de corps rayé semblable à celui des fusiliers marins soviétiques quand il sert à bord des navires de la marine royale roumaine mais quand il opère à terre il porte le même uniforme que celui de l’armée de terre avec tout de même les ancres de marine sur l’uniforme.

Ca c’est dans la théorie puisqu’en pratique il y avait de nombreuses libertés notamment en première ligne ce qui fait aujourd’hui les délices des amateurs d’uniformologie.

En revanche en ce qui concerne l’armement il est identique à celui de l’armée de terre. Notons tout de même une proportion plus forte en matière d’armes automatiques qu’elles soient individuelles ou collectives.

Fusil mitrailleur ZB vz.26 utilisé par les troupes tchèques. Les troupes de marine roumaine qui disposaient d’un modèle similaire possédaient souvent deux armes de ce type dans chaque groupe de combat. Autant dire une puissance de feu dissuasive.

Si normalement le groupe de combat roumain disposait d’un fusil mitrailleur, les fusiliers marins disposaient parfois de deux armes de ce type notamment pour les raids derrière les lignes ennemies.

Et si le fusil était présent pour la parade et la garde à bord des navires, au combat il était souvent remplacé par le pistolet mitrailleur qu’il soit roumain, allemand ou soviétique.

Défenses côtières

Schéma général et Organisation opérationnelle

Si aujourd’hui la défense côtière est réservée à un certain nombre de pays à la géographie particulière ce ne fût pas toujours le cas. Pendant des siècles tous les pays garnissaient leurs côtes de tours, de fortins pour se protéger des menaces venues de la mer.

La Roumanie ne fait pas exception. Non seulement elle à l’est un pays hostile possédant une puissante marime en expansion mais en plus elle ne posséde pas une marine lui permettant de négliger la protection de son littoral et de ses ports.

Après des années d’essais, de tâtonnements, l’année 1940 est considéré comme l’année de la renaissance pour la défense côtière roumaine. En effet le décret royal n°635 du 1er avril 1940 entraine une réorganisation de la marine roumaine et la création d’un commandement de la défense côtière.

Ce commandement qui dépend directement du commandant de la marine roumaine comprend un régiment de génie maritime chargé de l’aménagement des défenses côtières, du mouillage et de l’utilisation de mines télécommandées et autres pièges (filets anti-plongeurs et filets anti-sous-marins), un bataillon d’infanterie de marine et une division d’artillerie côtière.

Cette dernière comprend trois brigades, chaque brigade correspondant à un secteur du littoral roumain avec un certain nombre de batteries d’artillerie, des postes d’observation, des postes de commandement mais aussi des abris pour l’infanterie qu’elle soit de marine ou de l’armée de terre (même si les relations interarmées ont toujours été compliquées).

Ce secteur est dirigé par officier supérieur qui dirige la défense en liaison avec les navires de surface, les sous-marins et l’aéronavale. Il dispose pour cela d’un petit état-major qui relaie son action en direction de ses subalternes qui dirigent des districts correspondant le plus souvent à une batterie d’artillerie lourde et à des batteries légères. C’est là un schéma général il y à parfois des exceptions pour s’adapter à la réalité du terrain.

On trouve un secteur couvrant les bouches du Danube, un secteur central et un secteur méridional couvrant le port de Constanza.

Obusier américain de 240mm M-1. Encore aujourd’hui on ignore l’origine exact des pièces de 240mm de la défense côtière roumaine.

Le secteur des bouches du Danube comprend deux batteries lourdes disposant de deux canons de 240mm chacun, de quatre batteries médianes disposant chacune de quatre canons de 152mm et de huit batteries légères disposant de canons de 102 et de 76.2mm.

La construction de ces batteries à été difficile en raison d’un terrain ingrat ce qui fit que l’ingénieur responsable comparant cette construction aux douze travaux d’Hercules.

A ces seize batteries de tir s’ajoute huit postes d’observation optiques, quatre postes de commandement et huit abris bétonnés pour l’infanterie. Ces installations sont armées de mitrailleuses pour leur défense rapprochée.

Le secteur central qui couvre la côte des bouches du Danube à la ville de Marmaia comprend deux batteries lourdes disposant chacun de deux canons de 240mm, six batteries médianes disposant chacune de quatre canons de 120mm et huit batteries légères disposant de quatre canons de 102mm.

A ces seize batteries vont s’ajouter quatre postes d’observation optiques, quatre postes de commandement et huit abris bétonnés pour l’infanterie. Ces installations sont armées de mitrailleuses pour leur défense rapprochée.

Le secteur méridional couvre le port de Constansa, le principal port de commerce roumain et surtout une base majeure pour la marine roumaine. C’est donc le secteur le plus puissant avec quatre batteries lourdes à deux canons de 240mm, huit batteries médianes disposant de canons de 152mm (deux) et de canons de 120mm (six) et douze batteries légères disposant de canons de 76.2mm

A ces vingt-quatre batteries vont s’ajouter six postes d’observation optiques, quatre postes de commandement et douze abris bétonnés pour l’infanterie, ces installations disposant de mitrailleuses pour se défendre contre un coup de main.

Dès la fin du mois d’août des travaux complémentaires sont menés avec le creusement de tranchées par des unités de travailleurs (ces unités étaient composées d’hommes jugés inaptes au service armé comme les roms, les juifs ou des politiques jugés dangereux), la mise en place de mines, de barbelés.

Les batteries deviennent ainsi de véritables ilôts de défense se couvrant mutuellement contre une menace venue de la mer mais aussi de la terre puisque les pièces sont souvent montées sur une plate-forme rotative permettant un pointage tout azimut.

En l’absence de réelle tentative amphibie de l’URSS les batteries vont surtout tirer pour l’entrainement sauf pour celles du secteur des bouches du Danube qui vont opérer contre les positions de l’Armée Rouge dans les premières heures de l’opération BARBAROSSA.

Par la suite durant le conflit une partie des batteries sera désarmée et les pièces déplacées pour défendre les approches d’Odessa et de Sébastopol. Ces pièces seront détruites durant l’opération PIOTRE VELIKYI en septembre 1953.

Même si le dispositif est affaiblit il reste une noix dure à casser. Es-ce à dire que les soviétiques vont connaître de sérieuses difficultés à les neutraliser. Pas vraiment car l’armée roumaine se désintégra on verra certaines batteries se rendre sans combattre, d’autres évacuer sans autorisation tandis que d’autres ouvraient le feu pour l’honneur.

Ce qui est certain en revanche c’est que les soviétiques vont dès la fin du conflit détruire ces fortifications récupérant canons, mitrailleuses, optiques, ne laissant que le béton.

Durant la période communiste certains blockhaus et certains fortins ont été détruits pendant que d’autres ont disparu sous la végétation pour mieux réapparaitre au début des années 2000 quand le gouvernement décide de jouer la carte du tourisme historique en reconstituant certains fortins pour les transformer en musée.

Principaux modèles d’armes et d’installations

L’artillerie côtière roumaine dispose de canons de 240mm, de 152, de 120, de 102 et de 76.2mm, des canons d’origine étrangère en dépit de tentatives pour produire des canons de conception roumaine.

Le canon de 240mm à une origine incertaine. Selon certains cette pièce serait d’origine roumaine mais pour d’autres il s’agit de pièces de conception allemandes produites en Roumanie. En dépit de recherches intensives, le mystère n’à toujours pas été levé en 2020.

Les canons de 120 et de 152mm sont des canons de la firme Bofors alors que les canons de 102mm sont d’origine italienne, le canon de 76.2mm étant un modèle d’origine russe que la Roumanie continuait de produire dans une variante améliorée.

La défense rapprochée des pièces lourdes était assurée par des canons de 20 et de 37mm à double usage mais aussi des mitrailleuses qu’elles soient lourdes (13.2mm Hotchkiss) ou médianes (7.92mm).

Il y eu des projets de blockhaus antichars disposant de canons de 47mm mais aucun ne fût construit tout comme de véritables blockhaus d’infanterie et non de simples abris avec mitrailleuses et mortiers. C’est visiblement des questions de coût qui ont provoqué l’abandon de ce projet qui aurait donné à la défense côtière roumaine un faux-air de Ligne Maginot.

Les postes de commandement, les postes d’observation et les abris possédaient une base technique commune avec bien entendu des différences pour s’adapter à leur mission.

C’est ainsi que les postes de commandement disposait d’un télémètre pour permettre de guider le tir des pièces les plus lourdes même si ce n’était pas son rôle premier. Ces postes de commandement disposait aussi d’installations de télécommunication plus étoffées, installations qui parait-il ont impressionné tant les allemands que les soviétiques.

Les postes d’observation disposaient d’une tour muni de plusieurs télémètres alors que les abris pour fantassins disposaient de tourelles d’observation et de moyens de défenses plus importants.

URSS (41) Navires amphibies et troupes de marine

NAVIRES AMPHIBIES ET TROUPES DE MARINE

infanterie de marine russe.jpg

Fin du conflit pour les fusiliers marins soviétiques qui posent pour la photo sur les hauteurs de Port Arthur

Avant-propos

Si vous demandez à une personne lambda quand sont apparues les débarquements, les opérations amphibies, il y à de grandes chances pour qu’il vous réponde la seconde guerre mondiale.

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22-Armée de terre : armement et matériel (54)

O-Uniformes

Préambule

Grande tenue d'officier modèle 1931

Grande tenue d’officier modèle 1931

En septembre 1939, le fantassin français rentre dans une tenue kaki, une tenue base visibilité comme ses alliés britanniques également en kaki et leurs ennemis allemands et italiens en gris-vert.

Ce n’était pourtant que l’aboutissement d’un très long processus, entamé au début du siècle pour aboutir au milieu des années trente après un passage par le bleu horizon du premier conflit mondial.

Quand nait le 20ème siècle, le fantassin français porte la même tenue que le vaincu de 1870 soit un képi rouge, une capote bleue et un pantalon garance.

Cette tenue entourée d’un patriotisme et d’un chauvinisme échevelé apparaît comme une relique sacrée et intouchable ce qui explique l’échec des différentes tentatives pour remplacer la tenue du glorieux vaincu de 1870 par une tenue plus adaptée.

En 1907, l’armée allemande avait adoptée une tenue feld-grau (gris de campagne) qui ringardisait la tenue française certes seyante mais extrêmement voyante.

Représentation de la tenue Reseda

Représentation de la tenue Reseda

En octobre 1910, une commission des uniformes est mise en place pour plancher sur une refonte complète de la tenue des fantassins, des cavaliers et des artilleurs qui doivent recevoir un uniforme de couleur gris vert de teinte dite «réséda».

L’accueil est mitigé en raison d’une couleur très ressemblante avec le feld-grau ce qui pourrait engendrer des «méprises cruelles» comme le note l’Illustration du 3 juin 1911.

Deux bataillons d’infanterie du 106ème RI, un escadron du 5ème chasseurs à cheval et des éléments d’artillerie et du génie du 6ème corps d’armée sont entièrement équipés de cette nouvelle tenue de couleur réséda avec l’introduction d’un casque en liège pour l’infanterie (en acier poli pour la cavalerie et en acier bruni pour l’artillerie).

Les essais montrent la faible visibilité de l’uniforme mais l’opinion publique et ses représentants, les députés le rejette violement. Une nouvelle tenue est expérimentée combinant une vareuse réséda et un pantalon garance qui va rivaliser avec une tenue combinant culotte garance et un drap gris bleu.

Finalement aucun changement n’est mené à bien et nos braves piou-piou rentrent en guerre en septembre 1914 avec une tenue fort semblable à celle du vaincu de 1870.
Cette tenue fait du fantassin français une cible magnifique pour les mitrailleuses allemandes surtout avec une tactique aussi téméraire que celle choisit par l’armée française avant le premier conflit mondial celle d’une charge en terrain découvert.

Les pertes abominables de l’été et l’automne 1914 pousse enfin la France à adopter une tenue basse visibilité de couleur bleu horizon sauf les chasseurs à pied qui conservent le bleu foncé.

C’est dans un uniforme de cette teinte que la France va remporter la guerre bien que le kaki ait également été utilisé notamment par l’Armée d’Orient dans les Balkans. L’impact est tel que l’assemblée élue en 1919 et composée de beaucoup d’anciens combattants sera surnommée la «chambre bleue horizon».

Dès 1921, le kaki avait été reconnu comme plus pratique et offrait une visibilité plus faible sur le champ de bataille. La France se ralliait à un choix fait il y à déjà très longtemps par les armées britanniques et américaines, le tommy et le sammy portant une tenue aux teintes similaires.

Par un souci d’économie bien légitime, si la fabrication du drap fût stoppé, les uniformes distribués en corps de troupe furent portés jusqu’à usure complète des uniformes ce qui explique qu’il fallut attendre 1935 pour que le kaki soit généralisé à toute l’armée.

Toute l’armée ? Non quelques unités firent de la résistance, les chasseurs alpins et les chasseurs à pieds qui conservèrent après une longue bataille avec l’administration leur tenue bleu foncée, devant (théoriquement) porter le casque et la capote kaki en temps de guerre.

Si la tenue de campagne n’offrait que peu de différences d’une arme à l’autre mise à part la coiffure, la couleur des soutaches et des chiffres des pattes de collet entre autres, les tenues de ville et les tenues de parade restaient plus colorées notamment les splendides tenues des légionnaires ou des troupes nord-africaines qu’il s’agisse des zouaves ou des tirailleurs.

La tenue de combat du fantassin va évoluer durant la période de paix armée qui sépare la guerre de Pologne du second conflit mondial.

Le choix d’une conception mécaniste de la guerre entraine l’apparition chez les dragons et les chasseurs portés d’une nouvelle tenue, la tenue modèle 1943 plus légère, d’allure plus sportive, donnant un net coup de jeune à la silhouette du fantassin français même si la généralisation de la tenue ne fût pas possible pour des raisons de coût et d’économie.

Cette tenue s’accompagnait de la généralisation en campagne du port du béret, chaque arme ayant une couleur propre, le béret remplaçant le calot et le bonnet de police dans la plupart des unités, les tirailleurs et les zouaves conservant la chéchia et les légionnaires le képi blanc bien qu’à partir de 1947, un béret vert fût introduit d’abord avec méfiance puis avec davantage de compréhension au sein de cette troupe d’élite.

La tenue modèle 1943 marquait également la fin des bandes molletières remplacées par des guêtres de cuir qui protégeaient le bas du pantalon et faisaient encore avec des chaussures montantes, ancêtres de nos chaussures de randonnée. La capote et le manteau furent remplacés par un manteau court dit «manteau toutes armes modèle 1942».

Des tests de tenue camouflée sont également menés courant 1945 dans le plus grand secret mais en dépit de qualités évidentes, elles ne sont pas adoptées avant le début du second conflit mondial.
Les tenues des hommes du rang

Généralités

Avant même une séparation entre les différentes armes, il existe une distinction supérieure en l’occurence celle qui sépare les Hommes Montés (HM) et les Hommes Non Montés (HNM).

Néanmoins, il existe des points communs, des points de convergence entre les HM et les HNM puisqu’ils disposent en commun des éléments suivants :

-Un casque en acier

-Une coiffure de repos

-Une plaque d’identité

-Une chemise modèle 1935 (puis modèle 1943)

-Une cravate modèle 1935 (couleur kaki identique à celle de l’uniforme)

-Un capote pour les Hommes Non-Montés et un manteau pour les Hommes Montés puis le manteau toutes armes.

-Un jersey modèle 1936 (infanterie et sapeurs mineur), une vareuse (autre armes) et des lainages spéciaux pour les troupes de montagne. Une vareuse remplace le jersey dans toutes les armes à partir du printemps 1940.

-Un pantalon-culotte (HNM) ou une culotte (HM)

-Une paire de bretelles

-Une ceinture de flanelle (laine pour les troupes de forteresse, de montagne, les troupes nord-africaines et les tirailleurs indigènes des troupes coloniales)

-Une paire de brodequins modèle 1917, les troupes de montagne recevant des brodequins spéciaux qui vont inspirer les chaussures montantes de la nouvelle tenue modèle 1943.

Particularités propres à chaque arme (1) : infanterie

Tous les fantassins en tenue de campagne portent la même tenue, en kaki avec un casque en acier (le plus courant étant le modèle 1926) sauf le personnel de la DCA qui dispose d’un casque spécifique, le modèle 1936.

En cantonnement, ils portent une coiffure de repos qu’il s’agisse d’un bonnet de police ou calot, le béret pour les troupes de forteresse, les chasseurs à pied et les chasseurs alpins ou encore la chéchia pour les zouaves et les tirailleurs.

Peu à peu le bonnet de police sera abandonné au profit du béret. Seuls les zouaves et les tirailleurs conserveront leur chéchia, les légionnaires préservant jalousement leur képi blanc tout en acceptant avec moultes réticences l’introduction d’un béret vert.
Par dessus le pantalon-culotte modèle 1922 ou le pantalon toutes armes modèle 1938, la chemise et la vareuse (à partir de 1941), les fantassins portent une capote.

Pour protéger les jambes, les fantassins utilisent des bandes molletières puis des jambières en cuir souple, plus simples à utiliser.

A l’uniforme s’ajoute l’équipement individuel. Un soldat pour vivre en campagne doit être autonome et il porte donc un chargement conséquent.

En 1939-40, on trouve un ancien équipement et l’équipement modèle 1935. Si le premier équipement combine différents effets parfois très anciens comme l’étui-musette modèle 1861, le second comprend des effets datant de 1934/35.

Le milieu alpin étant fort particulier, les troupes qui y combattent reçoivent des équipements particuliers en plus des équipements communs à l’infanterie.

Ils disposent ainsi de brodequins modèle 1930, d’un bâton ferré, d’un manteau à capuchon en plus de la capote alors que les bandes molletières sont remplacés par des bas en laine ou des guêtres spéciales. On trouve également des gants de laine, des lunettes à neige et des raquettes et chaussons à neige.

L’éventuel envoi d’un corps expéditionnaire pour soutenir la Finlande entraina la mise sur pied d’une Brigade de Haute Montagne qui reçut des équipements modernes qui inspirèrent la future tenue modèle 1943 et plus généralement les progrès «vestimentaires» de l’armée française entre 1940 et 1948.

Si le casque est celui standard (avec néanmoins un couvre-casque blanc) et que le béret reste la fameuse tarte, ils reçoivent un chandail avec manches modèle 1940, le blouson de skieur modèle 1940, un manteau à capuchon modèle 1935, une salopette en toile modèle 1938, des brodequins modèle 1940, le reste de l’équipement restant soit celui de l’infanterie soit des troupes de montagne.

Les troupes coloniales ont aussi leurs particularités avec le paletot à deux rangées de bouton qui remplace la vareuse, les pantalons-culotte et culottes sont des modèles spécifiques.

L’introduction de la tenue modèle 1943 entraine la mise au point d’un nouvel équipement très moderne pour l’époque avec une épaisse ceinture de cuir portant des cartouchières, une musette recevant de la nourriture, un crochet pour un masque à gaz et un sac de toile renforcé de cuir transportant le nécessaire pour permettre au fantassin de vivre sur le terrain.

Cet équipement à été distribué d’abord aux dragons et aux chasseurs portés. Ces derniers étaient à l’origine des fantassins avant d’intégrer courant 1943 la nouvelle Arme Blindée-Cavalerie ce qui explique que cette tenue et son équipement puisse être considérée comme appartement à l’infanterie.

Cette tenue est destinée à offrir à son porteur un plus grand confort en tout terrain. Elle est donc destinée en premier lieu aux dragons et aux chasseurs portés. La tenue 1943 se compose d’une chemise et d’une cravate de couleur kaki, d’un pantalon droit, de jambières en cuir et de chaussures montantes.

On trouve également une vareuse et un manteau d’une nouvelle coupe à mi-chemin entre le manteau du cavalier et la lourde capote du fantassin.

22-Armée de terre : armement et matériel (45)

M-Véhicules de transport de troupes

Préambule

Après les sanglantes offensives d’août et de septembre 1914, le front se stabilisa en deux lignes de tranchées parallèles, séparées par un non man’s land barrés de trous d’obus, de barbelés et balayés par les tirs des mitrailleuses.

L’arrivée du char marqua le retour d’une possible percée décisive du front ou du moins la reprise de la guerre de mouvement qui sans l’Armistice aurait conduit les alliés au cœur de l’Allemagne au printemps 1919.

Si le char pouvait traverser le no man’s land, l’infanterie se heurtait à nouveau à un terrain bouleversé sans parler qu’avancer au niveau des chars était des plus risqués.

Emergea alors rapidement le besoin de véhicules spécialement conçus pour le transport de troupes, l’usage de chars sans canons se révélant décevant. En dépit des intentions, aucune réalisation concrète ne vit le jour avant le 11 novembre 1918, le véhicule de transport de troupes restait à créer.

En juillet 1920, les bases d’une armée mécanique sont jettés prévoyant différents types de véhicule de soutien à l’action des chars dont des véhicules de transport de troupes mais cette première esquisse est un véritable pétard mouillé et il faut attendre le début des années trente pour le programme de motorisation entraine à nouveau l’état-major à réfléchir sur la problématique du transport de troupes sur route mais également en terrain difficile.

Le 30 décembre 1930 dans la foulée du programme de motorisation lancé par le CEMA, le général Weygand, dix catégories de véhicules de support sont définis dont un type K pour une voiture blindée de transport de combattants.

Dans un premier temps, ce concept va surtout faire florès dans l’Empire où les interminables opérations de pacification et de police coloniale nécessite de mettre sous blindage les combattants pour les protéger des embuscades.

En métropole, le besoin n’est pas immédiat, tout juste imagine-t-on des véhicules de ravitaillement (type N) pour transporter les munitions au plus près des combattants, ce sont les prémices des chenillettes.

Si le transport des unités d’infanterie se fait par les groupes de transport du train y compris les DIM (qui ne sont en réalité que partiellement motorisées), les «fantassins» appelés à soutenir les chars et les automitrailleuses de cavalerie ont besoin de véhicules spécifiquement conçus pour leur permettre de suivre le rythme des véhicules chenillés, le tout dans le cadre du programme de transport de combattants sous blindage approuvé le 30 septembre 1938.

Les premiers appelés chasseurs portés vont ainsi partir des ravitailleurs chenillés qui vont peu à peu se transporter en véhicules de transport de combattant chenillés et blindés pouvant opérer sur tous les terrains, collant aux chars pour occuper le terrain et les protéger des pièces antichars ennemis.

Les seconds appelés dragons portés préfèrent les véhicules à roues qu’il s’agisse d’abord du Lorraine modèle 28 puis du Laffly S 20 T en dépit du fait qu’en tout terrain, les performances des chenillés auraient été meilleurs mais les dragons portés tout comme la cavalerie préfèrent privilégier la mobilité stratégique sur route.

On aboutit donc à une véritable dualité au sein de l’Arme Blindée-Cavalerie avec des VBCP (Voitures Blindées de Chasseurs Portés) chenillées pour les chasseurs portés et des Voitures de Dragons Portés (VDP) à roues pour les dragons portés.

Quand aux huit Divisions d’Infanterie Motorisée, elles le sont totalement en septembre 1948 qu’il s’agisse des véhicules de soutien, de l’artillerie mais surtout de l’infanterie qui dispose organiquement de ses propres véhicules, des Laffly S 20T-12, lui donnant une vraie mobilité stratégique, lui permettant de suivre la percée engagée par les DC et les DLM.

Néanmoins, il faut préciser que ces véhicules ne servent qu’au transport et non au combat, les chasseurs comme les dragons portés, une fois arrivés sur zone giclent de leurs VBCP/VDP pour combattre à pied comme l’infanterie de ligne.

Ce n’est qu’au cours du conflit que les futurs fusiliers mécanisés (1959 : fusion de l’arme des dragons portés et chasseurs portés) apprendront à combattre depuis les véhicules pour bénéficier d’une mobilité et d’une protection accrue.

Les projets inaboutis du programme de 1930

Le programme destiné à satisfaire le type K est  lancé officiellement le 9 janvier 1931. Il demande une voiture pouvant transporter six combattants en plus du conducteur (soit sept hommes) ce qui représente un demi-groupe de combat avec un FM, des portes latérales et arrière, pas de toît mais une capote pour protéger les combattants, le tout avec une vitesse instantanée de 50 km/h et moyenne de 30 km/h.

Trois constructeurs répondent à cet appel à projets. Berliet propose la VPDK et Renault la URK, deux véhicules à six roues mais ils ne sont pas construits en série tout comme le Citroën P26A semi-chenillé qui renait sous la forme d’un descendant, la P-104, une voiture blindée coloniale produite à douze exemplaires, trois avec tourelle dans la Côte Française des Somalis et neuf sans tourelle en Indochine qui était plus une automitrailleuse qu’une voiture de transport de combattants.

Citroën P-104 avec tourelle

Citroën P-104 avec tourelle

Caractéristiques Techniques de la voiture blindée Citroën P-104

Poids total en ordre de marche : 4750kg 5000kg pour la version avec tourelle

Dimensions : longueur 4.68m largeur 1.82m hauteur 2.00m (2.36m avec la tourelle)

Motorisation : moteur Citroën type K de 6 cylindres délivrant 67ch

Vitesse maximale 40 km/h Autonomie 400km (250 litres d’essence à bord)

Blindage : 6mm

Armement : deux FM modèle 1924/29 avec 5000 cartouches ou une mitrailleuse de 7.5mm MAC-31 en tourelle

Equipage : conducteur, chef de voiture et deux tireurs

Le transport de troupes dans les colonies

Utilisé très régulièrement à partir des années trente avec le groupement Trinquet, la pacification du sud marocain voit l’utilisation d’un grand nombre de véhicules de combat et de transport, la puissance de feu des tribus du Sud nécessitant un blindage pour protéger les combattants.

Néanmoins, on se rend vite compte qu’un tel blindage transforme sous le soleil marocain le compartiment des troupes en enfer insupportable. On décide donc d’alléger la protection, conservant le blindage autour des organes vitaux comme le moteur ou la cabine, l’arrière reste partiellement protégé mais surtout la ventilation est particulièrement soignée.

En 1934, sont testés le Laffly S 35C puis le Lorraine 28 qui ne sont pas adoptés à la différence du Berliet GMS, un camion à roues motrices arrière proposé par le grand constructeur lyonnais en 1937 mais qui ne sera produit qu’en petite série (16 exemplaires) en 1941 pour participer à la pacification permanente du sud-marocain.

Ces véhicules seront surtout utilisés par les goumiers, les légionnaires du 3ème REI disposant d’autres véhicules.

Ce besoin va cependant déboucher sur la production antérieure d’un camion blindé, le Camion Blindé Panhard (CBP) ou voiture spéciale 179.

Ce véhicule va être produit à 19 exemplaires et va participer notamment aux opérations de la colonne (ou groupement) Trinquet. Il est dérivé de la Panhard 165/175 TOE.Il dispose d’un équipage de trois hommes (chef de voiture, conducteur et tireur FM) et peut transporter dix hommes qui disposent de quatre postes de tir.