23-Armée de terre Ligne Maginot (33)

Secteur Fortifié de Colmar

L’organisation de ce secteur fortifié repose sur les mêmes principes que le Secteur Fortifié du Bas Rhin. La densité des casemates y est à peine plus élevée que dans le SFBR, le point le plus solide étant les abords des ponts qui relient Breisach (Allemagne) à Neuf-Brisach (France) et ouvrent la route de Colmar à l’assaillant.

Sur le plan organisationnel, ce SF est divisé en deux sous-secteur, le sous-secteur d’Elsenheim défendu par le 42ème RIF et le sous-secteur de Dessenheim défendu par le 28ème RIF.

Après la démobilisation, seul le premier est maintenu en ligne pour couvrir tout le secteur avec l’aide du 242ème RI de SF, un régiment mobilisé en septembre 1939 et maintenu en ligne avec un bataillon complet et un bataillon allégé.

Sous-secteur d’Elsenheim

-La 1ère ligne de casemates (casemates des berges) est composée du nord au sud successivement d’un abri actif (exemplaire unique) défendu par une cloche GFM et une cloche M, de deux Abris type A1 Cl défendus chacun par une cloche GFM, une casemate simple type M1P disposant d’un créneau JM/13.2, d’un créneau JM et d’une cloche GFM, une casemate type M2P disposant de deux créneaux JM/13.2, de deux créneaux JM et d’une cloche GFM, un Abri type A2 Cl défendu par une cloche GFM et de cinq casemates type M2F disposant de deux créneaux JM/13.2, de deux créneaux JM et d’une cloche GFM.

-La 2ème ligne ou ligne des abris dispose d’un abri type A2Cl défendu par une cloche GFM, un abri type A3 sans cloche et un abri type A3 Cl avec une cloche GFM.

-La 3ème ligne ou ligne des villages avec quatre casemates CORF type SFBR disposant de deux créneaux JM/AC 47, deux créneaux JM et une cloche GFM, deux casemates CORF type SFBR spécial avec en plus des précédents une cloche M et trois casemates type M2F.
Sous-secteur de Dessenheim

Canon antichar de 47mm en position. Le canon est mobile, pouvant être remplacé si nécessaire par un JM

Canon antichar de 47mm en position. Le canon est mobile, pouvant être remplacé si nécessaire par un JM

-La 1ère ligne de casemates comprend dans ce sous-secteur successivement deux casemates type M2F, un abri type A1 Cl, une casemate type M1F, un casemate simple flanquant vers le sud avec un créneau JM/AC 47, un créneau JM et une cloche GFM et sept casemates type M2F.

-La 2ème ligne ou ligne des abris comprend un abri type A3Cl, un abri type A2 allongé sans cloche, une casemate type M2F et deux abris type A2Cl.

-La 3ème ligne dispose de treize casemates CORF type M2F et un casemate type spécial disposant de deux créneaux JM/AC 47, deux créneaux JM et une cloche GFM.

Secteur Fortifié de Mulhouse

Ce secteur fortifié représente une vraie dualité avec une partie nord de Rumersheim à Hombourg organisée d’une façon assez semblable à celle des SF Bas Rhin et Colmar et une partie sud dont la mise en défense est gênée par les traités de 1815 qui interdisent toute fortification à moins de trois lieues (environ 12km) de Bâle.

Ces contraintes génèrent une trouée qui pourrait être mise à profit par un assaillant pour exploiter sa percée. Pour limiter ce risque, la 7ème RM fait construire une position légère en arc de cercle autour de Bâle en respectant les interdictions du traité.

Cette bretelle qui demarre à partir de Krembs se compose de quinze blockhaus STG pour l’infanterie et deux casemates d’artillerie. L’intervalle entre Krembs et Lombourg n’est couvert que par quelques ouvrages type MOM qui bénéficie de la forêt de la Hardt qui rend peu probable une percée allemande dans ce secteur.

Ce secteur fortifié dispose d’un sous-secteur, le sous-secteur de Schliebach armé par le 10ème RIF, un régiment mobilisé en septembre 1939 et maintenu en ligne après l’automne 1940.

Durant la période où le secteur fortifié de Mulhouse est devenu le 105ème DIF, existaient également le 8ème bataillon de mitrailleurs et le 371ème RI de secteur fortifié, régiments dissous à la démobilisation.

-La 1ère ligne ou ligne des berges est composée dans ce secteur de deux casemates doubles type M2P et deux casemates doubles type M2F armées de deux créneaux JM/13.2, de deux créneaux JM et d’une cloche GFM; d’un abri pour deux groupes,d’un abri PC et de deux abris pour un groupe.

-La 2ème ligne ou ligne des abris comprend une casemate double armée de deux créneaux JM/AC 47, deux créneaux JM, une cloche M et deux cloches GFM et une casemate simple flanquant vers le sud disposant d’un créneau JM/AC 47, d’un créneau JM et d’une cloche GFM.

-La 3ème ligne ou ligne des villages dispose de deux casemates doubles type CORF armés de deux créneaux JM/AC 47, de deux créneaux JM et d’une cloche GFM, de deux casemates doubles type CORF armés de deux créneaux JM/13.2, de deux créneaux JM et une cloche GFM et de deux blockhaus doubles type STG.

-La Bretelle de Kembs disposent au final de quinze blockhaus STG armés de deux créneaux JM/AC 47, de deux créneaux JM et d’une cloche GFM plus deux blockhaus d’artillerie pour canons de 75mm.

Secteur Fortifié d’Altkirch

Initialement, la Haute-Alsace devait être traitée comme le reste de la frontière allemande avec des ouvrages puissants afin d’éliminer la hantise d’un envellopement par le sud du dispositif français ou hypothèse suisse.

Cette hypothèse étant à l’époque (fin des années vingt), la moins probable, les travaux sont repoussés en deuxième urgence. Il faut attendre 1934 pour que les autorités politiques et militaires se penchent à nouveau sur la fortification de la région avec mine de rien de grandes ambitions.

On prévoit ainsi la construction de quatre ouvrages d’artillerie dont un aurait du comporter douze blocs (ce qui en aurait fait un des plus puissants de la ligne), six ouvrages d’infanterie et soixante-huit casemates.

Hélas ce projet est à nouveau ajourné et la 7ème région militaire, suivant les instructions de Daladier fin 1936 décide d’organiser la région avec de la «fortification camelotte» pour tenir les hauteurs à l’ouest de Bale, toujours en dehors des limites neutralisées par le traité et pour neutraliser les voies d’accès menant à Belfort.

Les travaux comprennent la réalisation de trois centres de résistance à Sierentz, Bettlach-Oltingue et Roedersdorff-Blochmont où sont construits sept casemates d’artillerie pour canons de 75mm modèle 1897/33 et dix blockhaus STG (deux canons de 47mm de marine, deux mitrailleuses de 8mm et deux FM par blockhaus).

En 1937, la construction de trois nouveaux centres de résistance est étudiée (Stetten, Ranspach-le-Haut et Trois-Maisons) mais finalement, on préfère construire une ligne de casemates s’appuyant sur les centres de résistance existants.

On trouve également dans ce secteur douze positions d’artillerie (155L et 240 modèle 1884) pour interdire les ponts de Bâle et de Huningue.

En 1939, cette position est prolongée par un tronçon de treize blockhaus, deux observatoires et quatorze abris de part et d’autres du Glaserberg.

Sur le plan organisationnel, le SF d’Altkirch est divisé en deux sous-secteurs, le premier le sous-secteur de Franken est tenu par le 171ème RIF alors que le sous-secteur de l’Ill est tenu par le 12ème RIF.

Le premier régiment qui est un régiment d’active reste en ligne tout comme le 12ème RIF qui est cependant transféré au SF de Montbeliard, le 171ème RIF assurant la garde du sous-secteur de l’Ill, un nouveau régiment devant être créé en cas de guerre à partir de la compagnie de gardiennage.

Sous-secteur de Franken

Ce sous-secteur dispose de trente-deux blockhaus type STG avec successivement du nord au sud, trois casemate d’artillerie pour deux matériels de 75mm 97/33 flanquant à droite, un blockhaus simple flanquant vers le nord, un blockhaus simple flanquant vers le sud, trois blockhaus doubles, un blockhaus simple flanquant vers le nord, huit blockhaus doubles dont 2 équipés de deux cloches GFM, les autres n’en possédant qu’une.

On trouve également un blockhaus double allégé avec deux créneaux de mitrailleuses et une cloche Pamart, un blockhaus double, un blockhaus simple allégé flanquant vers le nord, deux blockhaus doubles allégés, un blockhaus double équipé de deux cloches GFM, une casemate d’artillerie pour deux matériels de 75mm 97/33 flanquant à gauche, un blockhaus double, quatre blockhaus doubles allégés, une casemate d’artillerie pour deux matériels de 75mm 97/33 flanquant à gauche et deux blockhaus doubles.

Canon de 75mm modèle 1897 modifié 1933. Insatisfaisant pour le service campagne, il fût relégué sur la Ligne Maginot

Canon de 75mm modèle 1897 modifié 1933. Insatisfaisant pour le service campagne, il fût relégué sur la Ligne Maginot

Sous-secteur de l’Ill

Ce sous-secteur dispose de cinq casemates STG (une casemate d’artillerie pour deux matériels de 75mm 97/33 flanquant à gauche, un blockhaus double avec deux cloches GFM, une casemate d’artillerie pour deux matériels de 75mm 97/33 flanquant à gauche, un blockhaus double avec une cloche GFM et un blockhaus double allégé avec deux créneaux de mitrailleuses), des barrages de route avec canons de 47mm sous blockhaus et mitrailleuses de 8mm sous coupoles mobiles ainsi que quatre positions d’artillerie : huit emplacements pour canons de 155L modèle 1916 avec six abris, quatre emplacements pour canons de 240 Saint Chamond avec 4 abris.

Le Glaserberg

Ligne fortifiée type MOM avec treize blockhaus, deux observatoires et quatorze abris

Secteur Fortifié de Montbeliard

Pas d’organisations spécifiques mis à part les vieux forts type Seré de Rivière qui sont modernisés à minima et armé par le 12ème RIF.

Secteur Fortifié du Jura Central

Ce secteur est d’une faible valeur défensive avec des forts type Seré de Rivière (Larmont, Joux et Saint Antoine), quelques blocs et sept casemates STG. Ils doivent être occupés en temps de guerre par les 81ème et 91ème Bataillons Alpins de Forteresse créés au printemps 1944.

23-Armée de terre Ligne Maginot (16)

L’organisation de la frontière nord

-La 1ère région militaire (Lille) va être particulièrement prolixe, volubile, expansive dans la conception de fortifications de campagne en développant une gamme complète d’abris de tir et de blocs adaptés à toutes les configurations.

On trouve ainsi des abris de tir (type A et B pour une mitrailleuse et deux FM, N1 et N2 pour une mitrailleuse ou un canon antichar avec une précision sur l’emplacement des armes : d pour droite g pour gauche et f pour frontal)

On trouve également des blocs (type A pour une mitrailleuse ou un antichar, type B pour une mitrailleuse ou un antichar, type D [a,b,c et d] pour une mitrailleuse, un canon antichar et deux FM, type Ds [d ou g] pour une mitrailleuse, un canon antichar et trois fusils mitrailleurs, type G (1,2 et 3) pour une mitrailleuse, un antichar et quatre FM, type Gs [d ou g] pour une mitrailleuse ou un canon antichar, un type E2, un type H, un type M1 pour deux à cinq FM, des type S (1 2 3 4) spéciaux.

On trouve enfin des observatoires type O1 O2 O3 et O4

-La 2ème région militaire (Amiens) va faire réaliser le long de la Meuse et de la Chiers une série de petits blocs moins bien conçus que ceux de la 1ère RM, des petits blocs ou des abris pour canons antichars et mitrailleuses.

-La 20ème région militaire (Nancy) fait réaliser une coupole bétonnée pour une ou deux mitrailleuses connue sous le nom de «Coupole d’Haguenau», de nombreuses cuves bétonnées pour canons de 47 et de 65mm et de points d’appui comportant plusieurs petits blocs ou plate-formes de tir (27 points d’appui pour 120 petits blocs).

Blockhaus Garchery

Blockhaus Garchery

-La 7ème région militaire (Besançon) va elle aussi mettre au point une série d’ouvrages passés à la postérité sous le nom de «Blockhaus Garchery» (ou type G). Le général Garchery s’attache à renforcer la défense du Rhin en faisant réaliser à partir de 1938 des blockhaus équipés de mitrailleuses ou de FM, installés tous les 1000m environ.

On note également la présence de blockhaus de digue, petits blocs implantés le long de la digue d’inondation au débouchés de la forêt du Rhin, des coupoles pour mitrailleuse, desabris, des PC ainsi que des points d’appui composés de plusieurs petits blocs.

Blockhaus type STG (Service Technique du Génie)

Blockhaus type STG (Service Technique du Génie)

A partir de 1937, la Section Technique du Génie (STG) reprend les choses en main en diffusant des modèles de blockhaus standard appelés Blockhaus STG construits dans le cadre du programme Prételat.

Ces blockhaus sont des unités assez imposantes (environ 600 m²) comportant pour chaque chambre de tir, deux créneaux en échelons refusés (un pour canon antichar de 25 ou de 47mm et une pour mitrailleuse). Entre 1937 et 1939, différentes versions de ces blockhaus sont construits :

-Blockhaus type STG A (double)

-Blockhaus type STG A 1 (double avec cloche)

-Blockhaus type STG B (blockhaus simple)

-Blockhaus type STG B 1 (blockhaus simple avec cloche)

En septembre 1936, Edouard Daladier alors ministre de la Défense Nationale et de la Guerre émet une circulaire dont il ressort deux idées précises : l’amélioration du front des Flandres et le verrouillage de la Haute Alsace pour éviter qu’une invasion allemande par la Suisse ne prenne à revers les fortifications CORF. La priorité donnée à la Haute Alsace sera telle que dès 1939, les 32 blockhaus STG prévus seront achevés alors qu’il faudra attendre le printemps 1941 dans les autres régions.

Le Service Technique du Génie (STG) va aussi mettre au point des casemates d’artillerie et ce à partir de 1937. Comme les casemates d’artillerie décrits plus haut, ils sont destinés à abriter des canons de 75mm mais cette fois, les vénérables modèle 1897 ont cédés la place à un canon de 75mm modèle 1897 modifié 33 en réalité un bon vieux «75» dont l’affût d’origine à été remplaé par celui de l’obusier de 105mm modèle 1935. Ce canon à l’origine prévu pour les DIM ayant été reversé à la fortifications car non satisfaisant.

Canon de 75mm modèle 1897 modifié 1933. Insatisfaisant pour le service campagne, il fût relégué sur la Ligne Maginot

Canon de 75mm modèle 1897 modifié 1933. Insatisfaisant pour le service campagne, il fût relégué sur la Ligne Maginot

Ce casemate sera réalisé en deux versions (dont un exemplaire unique à cloche GFM), une version à deux pièces (neuf casemates) et une version à une pièce (dix casemates).

D’autres blocs vont être réalisés comme les neuf casemates Pamart équipés de cloches Pamart de récupération (deux dans le SF de Crusnes, une dans le SF Boulay, deux dans le SD d’Altkirch et quatre dans le SF Faulquemont)

D’autres observatoires vont être équipés de cloches Digoin et un autre recevra l’unique cloche type Héronfontaine.

D’autres constructions vont être réalisés en avant de la Ligne Principale de Résistance, les maisons fortes pour GRM, les maisons fortes des Ardennes et les avant-postes d’Alsace.

-Les Maisons Fortes pour GRM (Gardes Républicains Mobiles) ont été construits à partir de 1935 sur la majorité des axes venant de la frontière allemande voir du Luxembourg.

Ces maisons ne sont pas destinées à servir de position de résistance prolongée mais doivent abriter une petite garnison destinée à faire jouer les destructions (ponts, routes…) et à servir de sonnette.

Ces maisons fortes se composent d’un local habitation accompagné d’un ou deux blockhaus, d’une barrière et d’un dispositif de mines. Ces maisons fortes sont essentiellement armées de mitrailleuses avec ultérieurement le renfort de grenades VB et d’un canon de 37mm.

-Les Maisons Fortes des Ardennes sont semblables aux précédentes. Leur construction est plus tardive (1937-38) et leur forme différente, le local d’habitation surmontant le blockhaus ce qui peut constituer un camouflage. Elles sont armées de canons antichars, de mitrailleuses et de fusils-mitrailleurs fournis par les troupes d’intervalles. Vingt-deux maisons fortes de ce type ont été construites.

-Les Avant-postes d’Alsace se repartissent en deux catégories : de véritables avant poste au nombre de vingt-six et trente-quatre maisons fortes semblables à celles des Ardennes construites _ironie de l’histoire_ sur un tracé épousant assez largement le tracé initial proposé en 1926 par la CORF.