Mitteleuropa Balkans (211) Slovaquie (5)

Le protectorat de Bohême-Moravie

C’est le 16 mars qu’Hitler proclame le Protectorat de Bohème-Moravie. Le président Hacha et le gouvernement restent en place mais c’est uniquement pour la galerie, la réalité du pouvoir appartenant au Reichsprotektor in Böhmen und Mähren, Konstantin von Neurath très vite supplanté par son second Reinhard Heydrich «l’homme au cœur de fer» disait Hitler.

Konstantin von Neurath

Il devient chancelier du Reich le 24 avril 1943 mais garde un œil sur le protectorat où il n’hésite pas à se rendre en visite, échappant à plusieurs attentats dont certains ne venait pas forcément de la Résistance Tchécoslovaque si vous voyez ce que je veux dire.

Le protectorat c’est 56600 km² et 7.3 millions d’habitants.

Suite à la fin de la guerre de Pologne, le gouvernement tchécoslovaque en exil à Londres espère reconstituer le pays quitte à devoir consentir à de sérieux sacrifices territoriaux vis à vis de l’Allemagne mais très vite doit déchanter. Les tchécoslovaques comprennent qu’il faudra attendre un nouveau conflit et espérer une victoire des franco-britanniques.

Dans un premier temps les allemands cherchent à gagner «les cœurs et les esprits» en ménageant le peuple tchèque et en s’attaquant aux exilés politiques allemands anti-nazis ou encore aux élites intellectuelles mais très vite la répression se durcit notamment après les manifestations du 28 octobre 1939 célébrant le 21ème anniversaire de la proclamation de l’indépendance de la Tchécoslovaquie.

Les universités sont fermées, les intellectuels emprisonnés ou condamnés à l’exil. Face aux premiers mouvements de résistance armée, des opérations de ratissage sont menées par les allemands et leurs collaborateurs tchèques.

Le protectorat possède une petite armée qui sera graduellement renforcée mais juste ce qu’il faut pour lutter contre la résistance et surtout pas pour devenir le bras armée d’une éventuelle révolte armée contre l’Allemagne.

La répression ne cesse de se durcir jusqu’à la guerre civile où la Bohème-Moravie est le théâtre d’une féroce lutte d’influence entre les trois triumvirs (Goering, Borman et Himmler) mais solidement tenue en main par Heydrich la région reste fidèle au duo Himmler/Heydrich.

Cette répression est assouplie après 1945 mais reste ferme mais plus discrète ce qui la rend plus efficace. La résistance tchécoslovaque est décapitée et ne représentera plus qu’une menace résiduelle jusqu’à la fin du second conflit mondial.

Durant le second conflit mondial la région sera sérieusement bombardée par les aviations alliées qui visaient les industries d’armement qui tournaient à plein régime pour l’Allemagne.

La région est occupée au printemps 1954 par les soviétiques qui ne vont pas tarder à faire basculer la Tchécoslovaquie dans leur escarcelle par un savant mélange de pressions politiques et de pressions militaires. Les occidentaux laisseront faire ne voulant pas risquer un nouveau conflit pour la Tchécoslovaquie. Qui à dit que l’histoire ne repassait jamais les plats ?

La Slovaquie indépendante (indépendante vraiment ?)

Un certain Jozef Tiso

La figure centrale de l’Etat slovaque est Jozef Tiso (Bytca 13 octobre 1887 Bratislava 18 avril 1956), un prêtre catholique et professeur de théologie qui se lança en politique devenant député du parlement tchécoslovaque (1925-1939), ministre de la Santé et des Sports de 1927 à 1929 avant de devenir président du gouvernement autonome slovaque du 7 octobre 1938 au 9 mars 1939.

Parlant tchèque, slovaque et allemand, il est couramment appelé Monseigneur alors qu’il n’à jamais été archevêque et encore moins cardinal. Durant le premier conflit mondial il était aumonier militaire dans l’armée austro-hongroise.

En 1938 le père Andrej Hlinka fondateur du parti du peuple slovaque meurt. Joezf Tiso le remplace et va faire de ce parti le parti unique du nouvel état slovaque. Il devient le Parti populaire slovaque de Hlinka-Parti de l’unité nationale slovaque (Hlinkova slovenská ľudová strana – Strana slovenskej národnej jednoty, HSĽS-SSNJ) qui doit pour des raisons politico-diplomatique tolérer le Deutsche Partei et le Magyar Part qui représentent respectivement les minorités allemandes et hongroises.

Le régime de Tiso est un régiment «clérico-fasciste», autoritaire, nationaliste et antisémite mais pas spécifiquement nazi. Le président slovaque doit cependant tenir compte des plus extrémistes représentés par le chancelier Vojteck Tuka.

A la fin du conflit il s’enfuit en Autriche où il se cache. Découvert et arrêté, il est livré au gouvernement tchécoslovaque qui le juge en compagnie des leaders collaborationistes. Il est exécuté le 18 avril 1956 à Bratislava.

Le Parti du Peuple Slovaque

Andrej Hlinka

L’Etat slovaque étant un régime autoritaire il s’appuie sur un parti unique, le arti populaire slovaque de Hlinka-Parti de l’unité nationale slovaque (Hlinkova slovenská ľudová strana – Strana slovenskej národnej jednoty, HSĽS-SSNJ).

Ce parti à une longue histoire puisqu’il à vu le jour en 1913 alors que la Slovaquie n’était qu’un élément de l’empire austro-hongrois. Il est créé par un prêtre, le père Andrej Hlinka le 29 juillet 1913 dans un contexte de réveil des nationalités de la Double-Monarchie qui n’en peuvent plus de la dualité austro-hongroise et souhaiterait l’émergence d’un véritable empire confédéral et multinational.

Durant la première guerre mondiale le parti reste fidèle aux Habsbourgs pour éviter tout prétexte à Vienne pour agir contre les slovaques. A la fin du conflit le parti d’Hlinka se rallie à l’idée d’un état tchéco-slovaque qui allait devenir tchécoslovaque. Le parti intègre le deuxième conseil national slovaque qui entre octobre 1918 et janvier 1919va beaucoup aider dans la consolidation du nouvel état.

Le 17 octobre 1925 le parti du peuple slovaque devient le Parti du Peuple Slovaque Hlinka pour le distinguer du parti populaire tchécoslovaque.

C’est le premier parti de Slovaquie et jusqu’en 1938 c’est un parti respectueux des usages démocratiques. Son programme est certes fondamentalement chrétien et opposé au libéralisme mais le parti reste loyal à Prague et ne montre aucune volonté indépendantiste.

De 1927 à 1929 il est présent au gouvernement tchécoslovaque avec deux ministres dont Jozef Tiso mais quitte le gouvernement après le procès pour haute-trahison d’un de ses membres, Vojtech Tuka.

A partir du milieu des années trente le parti se radicalise. En août 1938 Andrej Hlinka meurt à l’âge de 74 ans, son poste restant vacant même si officieusement Jozef Tiso, vice-président dirigeant le parti. Cette situation baroque cesse en octobre 1939 quand celui qu’on appelle Monseigneur devient président du parti.

Durant la période de crise que connait la Tchécoslovaquie le parti participe aux manifestations anti-allemandes et refuse de suivre le parti des Sudètes dans la voie de la radicalité. Cela change clairement après les accords de Munich.

Jozef Tiso devient premier ministre de la Slovaquie autonome dans un contexte où le parti se déchire enttre la majorité conservatrice et l’aile radicale qui lorgne davantage vers le fascisme.

Les radicaux peuvent s’appuyer sur la Garde Hlinka (Hlinkova Garda)et sur les comités nationaux slovaques (Slovenské Národné Výbory).

Le 8 novembre 1938 après le premier arbitrage de Vienne tous les partis politiques slovaques sauf les sociaux-démocrates et les communistes sont absorbés par le parti Hlinka du peuple slovaque. Le parti national slovaque rejoint le parti le 15 décembre 1938.

Le nouveau parti devient clairement autoritaire et antisémite, obtenant 97.3% des votes et sur lesquels on trouve 72% issus du parti Hlinka du peuple slovaque.

Le 31 janvier 1939 tous les autres partis sont interdits à l’exception comme on l’à vu des partis allemands et hongrois.

Tiso est déposé par les tchécoslovaques suite à une volonté indépendantiste mais ce ne sera que pour peu de temps puisque poussé par les allemands il va déclarer l’indépendance de la Slovaquie dont il va devenir le dirigeant jusqu’à la fin du second conflit mondial. Le duel entre radicaux et conservateurs va se poursuivre jusqu’en 1954. Le parti disparaît dans les soubressauts du second conflit mondial.

Nombre de membres du parti seront poursuivis après guerre, les plus compromis étant condamnés à mort ou à de lourdes pertes de prison. De nombreux membres choisissent la voie d’un exil plus ou moins dorée en Amérique du Sud.

Comme tous les partis, le parti Hlinka du peuple slovaque possède un service d’ordre qui allez par la suite devenir une véritable force paramilitaire. Cela remonte aux origines mêmes du parti puisqu’en 1923 Andrej Hlinka et Vojtech Tuka mettent sur pied une milice appelée Rodobranna mais suite à plusieurs incidents elle est interdite par le gouvernement tchécoslovaque dès le 30 août 1923.

Elle est recrée en 1929 et de nouveau interdite. Elle renait en 1938 à l’époque des Sudètes. Le 8 octobre elle prend le nom de Garde Hlinka en l’honneur du charismatique fondateur du parti dont elle défend les intérêts avant de défendre ceux de l’Etat slovaque.

Suite à un décret du 29 octobre 1938 elle est la seule force paramilitaire autorisée sur le territoire slovaque. Composée des éléments les plus radicaux du parti Hlinka du Peuple Slovaque, elle traque sans répit les juifs, les communistes, les opposants politiques de gauche comme de droite.

Si le 1er Régiment «Andrej Hlinka» (en réalité de la taille d’un bataillon) est davantage destiné à la parade et à la propagande l’autre unité à un rôle plus opérationnel. Il s’agit du Groupe d’intervention d’urgence de la Garde Hlinka soit en version originale : Pohotovostné Oddiely Hlinkovey (POHG), un groupe de choc formé et entrainé par la Waffen S.S.

Le POHG considérée comme l’élément le plus extrémiste du parti dispose lui aussi de ses radicaux regroupés au sein du Nas Boj (Notre lutte).

Ce groupuscule à la différence du POHG restera fidèle à ses idées jusqu’à la fin du conflit et même après guerre ceux ayant échappé aux prisons tchécoslovaques finissant en Amérique du Sud comme mercenaires, hommes de main et autres tortionnaires pour les régimens militaires et autoritaires présents dans le sous-continent sud-américain.

A noter qu’au printemps 1953 le régime Tiso envisagea de transformer la Garde Hlinka en une véritable unité militaire rattachée à la Waffen S.S mais ce projet n’à connu qu’un début d’exécution et l’unité n’à jamais été engagée au combat. Le parti et ses organisations satellites ont été interdites dès la fin du conflit par le gouvernement tchécoslovaque en exil à Londres.

Une indépendance corsetée

Comme nous l’avons vu plus haut la Slovaquie à déclaré son indépendance dans un contexte particulier fait de volonté propre mais aussi de pression allemand.

Jusqu’au 21 juillet 1939 la Slovaquie porte le nom d’Etat Slovaque puis après cette date qui correspond à l’adoption de la constitution de Première République Slovaque. Les deux termes sont cependant utilisés sans distinction.

Au printemps 1939 les allemands décident de régler définitivement le problème tchécoslovaque et se pose donc la question de l’avenir de la Slovaquie.

En dépit des demandes hongroises d’annexion (Bratislava était l’ancienne Presbourg, capitale du royaume de Hongrie quand Buda était occupée par les ottomans), Berlin décide d’en faire un état satellite du Reich et une base de départ pour de futures opérations militaires.

Le 13 mars 1939 Tiso est convoqué à Berlin. Si la Slovaquie ne proclame pas son indépendance, il se moquera du sort des slovaques. En clair il laissera les polonais et les hongrois occuper les territoires qu’ils revendiquent. Tiso demande au moins pour la forme et la galerie un vote du parlement slovaque ce qu’Hitler accepte. Le parlement dans les conditions que l’on sait accepte et l’indépendance est proclamée.

Cela n’est pas du goût des hongrois qui le 23 mars 1939 passent à l’attaque. C’est le début de la guerre hungaro-slovaque qui allait durer jusqu’au 4 avril.

Le 22 mars 1939, une commission slovaquo-hongroise fixe la frontière commune entre les deux états pendant que les derniers soldats tchécoslovaques se retirent en Bohème-Moravie.

La Hongrie estimant qu’il n’y à plus aucune force militaire en Slovaquie envahit son petit voisin le 23. Il faut dire que dès le 15 une partie de la Slovaquie avait été occupée par les hongrois qui n’ayant vu aucune réaction décidèrent de pousser leur avantage plus loin.

Les forces slovaques sont d’abord surprises mais elles contre-attaquent le 24 mars soutenues par les troupes tchèques encore présentes en Slovaquie. Les combats sont cependant essentiellement aériens. Les bombardements hongrois causant des pertes civiles, ils n’améliorent pas la popularité de Budapest dans la région. Une trêve est négociée le 24 mais les combats vont continuer jusqu’au 31.

Comme un traité de protection à été signé entre l’Allemagne et la Slovaquie, le chef du nouvel état slovaque, Jozef Tiso demande une assistance en armes et matériel de la part de son protecteur qui refuse mais propose une intervention militaire allemande directe. Cette fois c’est le chef slovaque qui refuse de crainte que les alliés occidentaux ne prennent le parti de la Hongrie et ne décident d’entrer vraiment en guerre.

Au début du mois d’avril les deux pays entament des négociations qui s’achèvent par la signature d’un traité à Budapest le 4 avril.

La Hongrie reçoit un territoire dans l’est de la Slovaquie, un territoire de 1697km² peuplés de 69930 habitants, territoire où il n’y avait aucune population hongroise.

A l’automne la Slovaquie va être le seul état de l’Axe à participer à la Guerre de Pologne. Elle engage un premier groupe composé de six bataillons d’infanterie, deux bataillons d’artillerie et une compagnie du génie mais aussi un deuxième groupe qui comprend deux bataillons comprenant de la cavalerie et des unités motocyclistes ainsi que neuf batteries d’artillerie motorisée. Les unités slovaques se comportent honorablement.

Parmi les symboles de cette souveraineté limitée figure la Zone de Protection Allemande en Slovaquie, une partie de l’ouest de la Slovaquie dont la création survient le 23 mars 1939.

Ce jour là l’Allemagne et la Slovaquie signe un traité. Un traité d’amitié, d’assistance et de coopération ? Non que neni un traité de protection qui confirme à ceux qui n’y croyait pas que la Slovaquie de Joezf Tiso est un état satellite de l’Allemagne rien de plus.

Cette Schutzzone est officiellement créée le 28 août 1939 par un traité additionnel signé à Presburg pardon Bratislava. Dans cette zone les allemands décident de tout et peuvent utiliser cette zone comme base de départ pour l’invasion de la Pologne. La création de cette zone s’explique par la présence d’usines d’armements et d’importants dépôts d’armes de feu l’armée tchécoslovaque.

Autre limite à la souveraineté slovaque : en février 1940 les allemands obtiennent un remaniement ministeriel en menaçant de retirer leur garantie.

Entre-temps suite à sa participation à la guerre de Pologne, la 1ère République Slovaque à pu récupérer des territoires anciennement polonais.

Le 6 décembre 1940 la Slovaquie signe un traité de commerce et de navigation avec l’URSS.

La Slovaquie de Jozef Tiso est un état autoritaire, nationaliste et antisémite. Celui qui se fait appeler Monseigneur est le chef de l’Etat. Il s’appuie sur une assemblée ou Diète élue pour cinq ans et sur un conseil d’Etat qui fait office de Sénat. J’ai bien entendu pas besoin de préciser que ces deux assemblées n’ont que des pouvoirs très limités.

Les députés sont élus pour cinq ans (des élections ont eu lieu en 1940, 1945 et 1950, les prochaines prévues en 1955 n’ont naturellement jamais eu lieu), les membres du Conseil d’Etat étant nommés par le président. Le gouvernement se compose de huit ministres.

Sur le plan administratif le pays est divisé en six comtés ou zuppy (Bratislava, Nitra, Trencin, Tatra, Saris-Zemplin et Hron), 58 districts et 2659 municipalités. La capitale Bratislava est aussi la plus grande ville du pays avec 140000 habitants.

La Slovaquie est en 1939 peuplée de 2.6 millions d’habitants, 85% se déclarant slovaques 4.8% allemands, 2.9% tchèques, 2.6% ruthènes, 2.1% hongrois, 1.1% juifs et 0.9% roms. Les catholiques représentent trois quarts des habitants, le reste se répartissant entre luthériens et orthodoxes.

A la différence de la Bohème-Moravie, la Slovaquie reste encore très rurale avec 50% de la population vivant à la campagne.

Durant la Pax Armada le régime slovaque hésite entre brusques pousées autoritaires et relative libéralisation.

Ce n’est pas complètement certain faute d’archives indiscutables mais il semble que des contacts ont été liés avec le gouvernement tchécoslovaque à Londres en vue pourquoi pas de reconstituer la Tchécoslovaquie à condition que les allemands acceptent d’abandonner leur protectorat sur la Bohême-Moravie.

Edouard Benes qui selon un historien contemporain tchèque «n’à rien appris et n’à rien oublié» refuse tout autre projet qu’une Tchécoslovaquie unitaire avec quelques concession cosmétiques (comme l’intitulé «République de Tchéco-Slovaquie» ou symboliquement une partie du parlement se réunissant à Bratislava) fit capoter tout rapprochement.

Le régime slovaque contraint et forcé soutien l’Allemagne dans le second conflit mondial, proposant même l’envoi de troupes sur le front de l’ouest mais Berlin décline préférant réserver les unités slovaques à des combats en Europe centrale et orientale. Elle aurait pu participer à l’opération MARITSA mais va finalement participer à la «croisade antibolchévique», l’opération BARBAROSSA.

La petite armée slovaque va être engagée au combat sur le front russe aux côtés des allemands dans le cadre de l’opération BARBAROSSA.

Dans un premier temps elle se comporte honorablement mais très vite comme tous les contingents alliés les désertions se multiplient au fur et à mesure que la démotivation gagne les rangs. Les allemands retirent l’unité du front au printemps 1953 alors que le cours de la guerre ne fait plus guère de doute.

Une rébellion éclate en octobre 1953, les nationalistes et les communistes slovaques (très) provisoirement unis espèrent s’imposer aux alliés pour maintenir une Slovaquie indépendante mais l’Armée Rouge occupe le pays puis la Bohême-Moravie, les alliés occidentaux très afférés en Allemagne laissant Moscou faire ce qu’elle souhaite à l’est de l’Oder, de la Neisse, des Monts Métallifères même si officiellement rien n’est décidé.

La Tchécoslovaquie renait bien sous la forme d’une République (la Troisième République Tchécoslovaque) mais très vite les communistes vont prendre le pas sur les démocrates aboutissant au basculement de la Tchécoslovaquie dans le camp communiste et ce pour une trentaine d’années mais ceci est une autre histoire.

Mitteleuropa Balkans (128) Yougoslavie (17)

Une histoire des forces armées en Serbie (1) Des origines aux guerres balkaniques

La Serbie ayant été le moteur de l’unification des yougo-slaves il était logique que les forces armées serbes beneficient d’une partie particulière.

De plus en dépit d’efforts sincères menés par Pierre II le haut commandement de la Jugoslovensko Vojska était encore à la veille de l’opération MARITSA majoritairement serbe, les croates et les slovènes étant assez peu présent dans les hautes-sphères militaires alors que leur région d’origine était clairement en première ligne en cas d’invasion qu’elle soit italienne ou allemande.

Les unités militaires serbes ou serbophones ne datent pas de la création de la principauté de Serbie en 1830. Sans remonter jusqu’aux temps glorieux où l’empire serbe pouvait s’étendre sur une grande partie des Balkans, on trouvait dès le 18ème siècle des unités militaires serbes qu’elles soient irrégulières (hadjuks) ou militairement encadrées comme les unités serbes déployés dans la Frontière Militaire.

Cette milice va être utilisée par les autrichiens dans deux assauts infructueux contre Belgrade en 1787 et 1788. Elle est dissoute suite au traité de Sistova.

Mise sur pied dans la Frontière Militaire et plus précisément la région du Bannat. L’objectif de cette nouvelle force armée serbe est de libérer la Serbie du joug ottoman et de placer la Serbie sous la protection des Habsbourg.

Selon un document du 6 novembre 1789 cette unité comprenait un squadron de hussards, dix-huit compagnies de fusiliers et quatre compagnies de mousquetaires soit 5049 soldats. Ils portaient des uniformes semblables à ceux des autres unités de la Frontière Militaire.

A noter qu’en 1793 un nouveau corps franc composé de serbes et de bosniens à été levé dans la Frontière Militaire et que durant le premier soulèvement serbe (14 février 1804 au 7 octobre 1813) des détachements de sabotage appelés frajkori ont été mis en place.

Ce soulèvement fait suite au comportement de janissaires rénégats qui avait pris le pouvoir en 1801 et avait remplacé un régiment d’une relative autonomie, d’une relative quiétude en une tyrannie sanglante qui poussa les serbes à la revolte.

Faute d’armée digne de ce nom les serbes se livrèrent à des actions de guerilla ainsi que des représailles contre ce qu’on pourrait appeler des collaborateurs. Ils bénéficiaient de l’aide du Sultan avec l’appui d’un corps de cavalerie, le corps de sipahi.

Le Sultan s’en inquiéta et décida de surveiller de près ce mouvement tout en faisant mine de le soutenir. Après une série de victoires militaires en 1805/1806 les divisions entre leaders, la fin du soutien russe en raison du retour de la paix avec les ottomans entrainant une victoire ottomane et une sévère répression.

Une nouvelle révolte à lieu du 23 avril 1815 au 26 juillet 1817. Contrairement à la première où un temps les serbes furent alliés aux ottomans (encore qu’il s’agissait d’une alliance ambigüe et pleine de sous-entendus) cette fois les ennemis étaient clairement identifiés. Là encore il s’agissait d’une guerre du faible au fort aboutissant à la naissance de la Principauté de Serbie.

Qui dit principauté dit armée et Belgrade va très vite s’attacher à marquer symboliquement son autonomie en mettant sur pied une véritable armée.

Plus facile à dire qu’à faire car ce développement est clairement contraint par ses voisins autrichiens et ottomans.

Vienne et Constantinople ne sont pas dupes : si Belgrade parvient à obtenir une armée puissante la tentation se grande de vouloir obtenir par les armes une indépendance en bonne et due forme.

La principauté de Serbie doit donc limiter ses ambitions militaires. Sans surprise c’est la Russie qui sert de modèle militaire.

Entre 1830 et 1835, un bataillon d’infanterie, un escadron de cavalerie et une batterie d’artillerie sont mis sur pied. Des officiers russes d’active arrivent en Serbie y introduisent lois, règlements et exercices venus de la Troisième Rome. Douze jeunes serbes sont envoyés en Russie pour être formés au métier d’officier.

Une loi de 1838 permet la mise en place d’une Armée de Garnison. A noter que l’armée serbe dépend du ministère de l’Intérieur et non du ministère de la Guerre comme on pourrait s’y attendre (NdA Je n’ai pas la réponse à ce mystère mais probablement que le caractère autonome de l’Etat serbe exclu la présence d’un ministère de la Guerre). Les effectifs sont très limités avec 2438 hommes. Autant dire que pour venger le roi Lazare tombé à Kosovo Polje en 1389 on repassera….. .

A noter qu’à cette époque un deuxième bataillon d’infanterie à quatre compagnies à été mis sur pied.

En 1860 de jeunes officiers serbes de l’Armée autrichienne rejoignent l’Armée de la Principauté de Serbie. Des Slovènes sont également recrutés essentiellement dans le domaine sanitaire et logistique. En 1867 une loi autorise des officiers étrangers à servir dans les rangs de l’armée serbe.

Après la guerre de Crimée l’influence russe sur la chose militaire russe décline au profit de l’influence militaire française qui ne perdra pas trop d’éclat même après la défaite de 1870. Certes l’Allemagne devient un modèle séduisant pour tous les pays avides de modernité militaire mais la France reste pour beaucoup une valeur sure.

A la même époque l’assemblée serbe vote une loi sur l’armée nationale qui prévoit des effectifs importants à savoir 100 à 150000 hommes (NdA j’ignore si il s’agit du temps de paix ou du temps de guerre).

Si dans les premiers temps toutes les demandes de l’Armée sont acceptées par la classe politique, avec le temps les politiques à tort ou à raison sont plus réticents à consentir aux dites demandes.

Cette armée de la Principauté participe à une nouvelle révolte serbe en 1848/49 mais aussi à la révolte en Herzegovine (1875-1877). Elle participe également à l’expulsion de 30 à 70000 musulmans essentiellement albanais du Sandjak de Nis direction le Kosovo. Elle est aussi engagée dans une guerre contre son suzerain ottoman de 1876 et 1878.

A l’issue de cette guerre la principauté de Serbie devient indépendant et étend son territoire pour aboutir quasiment à son territoire actuel. Quatre ans plus tard en 1882 la principauté devient royaume.

En 1901 est votée la Loi sur l’organisation militaire (Zakono ustrojstvu vojske) qui réorganise le dispositif militaire serbe. Comme tous les pays de l’époque ou peu s’en faut, le Royaume de Serbie dispose d’une armée de conscription.

Tous les hommes de 17 à 50 ans sont soumis à des obligations militaires. L’armée est divisée entre une Armée Nationale composée d’hommes entre 20 et 45 ans et une Force de Défense composée des plus jeunes (17 à 20 ans) et des plus anciens (45 à 50 ans).

L’Armée Nationale est divisée en trois classes d’âge ou poziv (appel), les troupes du premier appel étant composée d’hommes entre 20 et 31 ans, celles du second appel d’hommes entre 31 et 37 ans et celles du troisième appel d’hommes entre 37 et 45 ans.

Le territoire serbe est divisée en cinq zones divisionnaires (Morava, Drina, Dunav, Sumadija et Timok) qui donnent leur nom aux divisions.

Chaque zone divisionnaire est divisée en trois districts qui correspondent au niveau du régiment, districts eux mêmes divisé en districts bataillonnaire.

Chaque zone divisionnaire fournit une division d’infanterie de 1ère classe à quatre régiments, une division d’infanterie de 2ème classe à trois régiments d’infanterie et trois régiments d’infanterie de troisième classe.

L’armée mobilisée doit ainsi disposer de cinq divisions de 1ère classe soit vingt régiments d’infanterie, cinq divisions de 2ème classe soit quinze régiments et quinze régiments d’infanterie de troisième classe soit un total de cinquante régiments d’infanterie.

L’unique division de cavalerie était recrutée sur l’ensemble du territoire serbe. Même chose pour l’artillerie, le génie et les unités logistiques.

Le service militaire durait 14 à 18 mois pour l’infanterie, 16 à 24 mois pour la cavalerie.

Au final comme il y avait cinq régiments d’infanterie en surnombre, ils furent intégrés aux divisions d’infanterie de 2ème classe qui passèrent donc à quatre régiments d’infanterie.

En temps de paix aussi étrange que cela puisse paraître il n’existe pas d’armée sur le pied guerre, la seule force militairement organisée étant composée de 3000 officiers et sous-officiers chargés au travers de vingt régiments-cadres de former et d’entrainer les conscrits (environ 40000 appelés chaque année).

La Division d’Infanterie de 1ère classe comprend quatre régiments d’infanterie à quatre bataillons à quatre compagnies, le régiment disposait également d’une escouade de quatre mitrailleuses et d’un ou deux bataillons de remplacement.

A cela s’ajoute un régiment de cavalerie disposant de deux ou trois escadrons avec pour chaque escadron des unités montées et une escouade de mitrailleuse. On trouve également un escadron de remplacement (NdA Remonte ?).

Le régiment d’artillerie comprend trois bataillons d’artillerie appelés Divizio chacun disposant de trois batteries de quatre canons et une batterie de remplacement.

On trouve également un demi-bataillon de pionniers, une escouade de télégraphistes, des unités de ravitaillement, du train et des unités médicales.

Au final une Division de 1ère classe comprend normalement 25513 hommes, 20 mitrailleuses, 36 canons, 5110 chevaux, 1538 mules et 1645 chariots. Dans certaines conditions les effectifs peuvent passer à 28000 hommes.

Les Divisions d’Infanterie de 2ème classe sont organisées initialement de façon semblable mais on ne trouve qu’un bataillon d’artillerie soit douze pièces et un unique escadron de cavalerie au lieu d’un régiment soit seulement 15 à 17000 hommes.

Quand la première guerre balkanique éclate en 1912 les serbes utilisent principalement des armes françaises et allemandes.

Si les allemands dominent dans le domaine de l’armement de l’infanterie, les français sont plus que présents dans le domaine de l’artillerie, le dernier argument des rois comme disait l’un de nos plus grands souverains.

Mauser M1891 argentin. Le M1889 est semblable

Jugez plutôt ! Le fusil standard de l’infanterie serbe était le Mauser M1889 (7x57mm) complétés par quelques vieux fusils Berdan II russes alors que la principale mitrailleuse était la Maxim M1908.

L’artillerie serbe pouvait compter sur des canons de campagne et de montagne Schneider M1907 de 75mm, quelques vieilles pièces De Bange M85 de 80mm ainsi que des pèces lourdes que ce soit des obusiers de 120mm Schneider M1897, des canons de 120mm Schneider modèle M1897, six mortiers de 150mm Schneider-Canet.

Des pièces lourdes modernes sont acquises entre 1912 et 1914 que ce soit des canons de 120mm Schneider-Canet M1910 ou des canons de 150mm Schneider-Canet M1910.

Mitteleuropa Balkans (128) Yougoslavie (16)

ARMEE ROYALE YOUGOSLAVE

Une histoire militaire de la Yougoslavie

L’armée yougoslave avant la Yougoslavie : miscellanées

Dans cette partie je vais brièvement parler de l’art de la guerre slave et du rôle des unités slaves dans la défense de l’empire austro-hongrois, croates, slovènes et serbes de Croatie jouant un rôle important dans la défense de la Frontière Militaire, une marche destinée à contrer non seulement les invasions ottomanes planifiées mais surtout les raids de pillage menés par les tristement célèbres bachi-bouzouks.

Représentation graphique es unités de la Frontière Militaire

En revanche en ce qui concerne la Serbie le rôle joué par l’armée serbe dans le premier conflit mondial mérite des catégories à part.

Les Slaves sont apparus dans l’histoire au 6ème siècle venant des steppes russes. Il s’agissait essentiellement nomades combattant donc à cheval même si très vite les unités d’infanterie se développèrent par exemple sous l’empire bulgare, la noblesse bulgare ne jurant que par et pour la cavalerie, laissant les slaves combattre au sein des unités d’infanterie.

Avec la montée en puissance des habsbourgs et la menace ottomane, les slaves ont servit de soldats pour les deux camps et surtout pour la maison d’Autriche qui pour faire face aux ottomans transforma l’actuel sud de la Croatie en marche militaire.

Les pandurs étaient une unité de cavalerie légère qui comme les dragons pouvaient aussi combattre à pied

Le 5 décembre 1868 est créée la garde nationale royale de croatie (Kraljevsko hrvatsko domobranstvo), une entitée militaire de l’armée royale hongroise. Cela faisait suite au compromis hungaro-croate de 1868 qui faisait suite au compromis de 1867.

Cet accord prévoyait que les croates et les serbes de Croatie réalisent leur service militaire en Croatie, que l’entrainement se fasse dans la langue croate, que des académies soient mises sur pied et que les unités puissent prendre des noms croates.

Cette force militaire est d’abord composée de huit escadrons stationnées dans cinq villes différentes.

C’est ainsi que la ville de Varazdin accueille les 29ème, 30ème et 79ème escadrons, Zagreb le 80ème, Virovitica le 81ème, Vukovar le 82ème et enfin Vinkovici les 31ème et 32ème.

Suite à une réforme, les moyens sont réorganisés en huit bataillons stationnés à Sisak (83ème bataillon), Bjelovar (84ème), Gospic (87ème), Ogulin (88ème),Svarca (89ème), Glina (90ème), Nova Gradiska (91ème) et Mitrovica (92ème).

Une nouvelle réforme regroupe les moyens en cinq régiments stationéns à Zagreb (25ème), à Karlovac (26ème), Sisak (27ème), Osijek (28ème) et Varazdin (10ème), les quatre premiers régiments étant des unités d’infanterie, le dernier un régiment de cavalerie.

Ces unités vont participer à la première guerre mondiale sur le front serbe, la garde nationale disparaissant en même que l’Autriche-Hongrie.

Au sud de la future Yougoslavie on trouve l’armée royale monténégrine. Avant d’être royale cette armée défendait la principauté du Monténégro qui devint royaume en 1910 pour seulement dix ans.

Cette armée est réorganisée en 1880. Chaque commune doit former un bataillon de réserve ce qui représente quatre bataillons. Dès l’année suivante des exercices réguliers sont conduits.

Qui dit armée dit cadres et en 1882 quatorze monténégrins sont envoyés à l’étranger (notamment en Italie et en Russie) pour être formés au métier d’officier, dix d’entre-eux obtenant leur diplôme. Ils ouvrirent des cours à Podgorica, Niksic et Cetinje pour transmettre leur vécu.

En septembre 1885 une école de sous-officiers d’infanterie est ouverte à Podgorica. L’année suivante c’est une école d’officiers d’artillerie qui ouvre à Cetinje (c’est également la première école d’officiers du Monténégro).

En 1910 un texte est adopté pour officialiser les lois et l’organisation de l’armée monténégrine qui s’organise entre des unités d’infanterie, d’artillerie, de reconnaissance, du génie, des unités sanitaires, dees ouvriers militaires, une justice militaire, une gendarmerie et des unités logistiques.

Trois ans plus tard en 1913 la gendarmerie monténégrine devient une unité de police spéciale.

Depuis 1912 le territoire du royaume du Monténégro est divisé e quatre zones divisionnaires : Cetinje, Podgorica, Niksic et Kolasic. Suite aux deux guerres balkaniques on ajoute les zones divisionnaires de Plevlja et de Pec.

A cette époque l’armée monténégrine comprend onze zones de brigade, cinquante-deux districts et 322 zones bataillonnaires.

Chaque division d’infanterie regroupe deux ou trois brigades avec également trois batteries d’artillerie. Cela représente une force militaire de 55000 hommes.

Après avoir participé aux deux guerres balkaniques aux côtés de la Serbie, l’armée monténégrine mobilise 50000 hommes alors que début la première guerre mondiale.

Ces moyens sont répartis entre la Division de Plevjla qui comprennait dix bataillons soit environ 6000 hommes, le Détachement d’Herzegovine composé de quinze bataillons et d’environ 15000 soldats, le Détachement de Lovcen qui disposait de 18 bataillons et d’environ 8000 hommes alors que le Détachement de la Vieille Serbie disposait de treize bataillons et d’environ 6000 hommes.

Mal équipée cette armée fit ce qu’elle pu face à l’offensive austro-hongroise lancée en 1916 et qui submergea rapidement le petit royaume qui ne le savait pas encore mais allait disparaître après moins de dix ans d’expérience.

Feldwebel (sergent) de l’infanterie bosniaque

Au sein de l’empire austro-hongrois on trouvait des unités d’infanterie bosniaques. Appelées Bosniaken, ces soldats étaient recrutés en dehors des régions autrichiennes et hongroises avec une part significative de personnel de confession musulmane (un tiers environ).

Formant des régiments ils portaient leurs propres uniformes, une coiffure distinctive (le fez) et disposaient de leur propre séquence numérale.

En 1914 ils formaient quatre régiments d’infanterie numérotés un à quatre et un bataillon de fusilier de campagne (Feldjägerbataillon).

Suite au Congrès de Berlin, l’Autriche-Hongrie avait reçu l’administration de deux provinces ottomanes, le Vilayet de Bosnie et le Sandjak de Novi-Pazar. L’occupation militaire généra des combats jusqu’en octobre 1878, les austro-hongrois perdant plus de 4000 soldats (946 morts et 3980 blessés).

Pour assurer le maintien de l’ordre les austro-hongrois lèvent une force militaire local baptisée pandurs mais c’est un échec cuisant, nombre d’entre-eux se transformant en brigands qui augmentent l’insécurité qu’ils étaient censés combattre.

En novembre 1881 le gouvernement austro-hongrois passe une loi militaire ou Wehrgesetz obligeant les bosniens à servir dans l’armée impériale.

Cela entraine un certain nombre de révoltes entre décembre 1881 et janvier 1882, révoltes durement réprimées. Il faudra l’intervention du Mufti de Sarajevo pour ramener le calme.

Les premières unités d’infanterie sont levées en 1882 dans les quatre principaux districts de recrutement (Sarajevo, Banja Luka, Tuzla et Mostar). Du format companie ils passent au statut de bataillon (huit en 1889). En 1892 trois autres bataillons sont mis sur pied.

En 1894 l’administration militaire met sur pied l’association du régiment d’infanterie de Bosnie-Herzégovine pour préparer son intégration à l’armée impériale. Cette décision est juridiquement validée mais ne sera pleinement appliquée qu’en 1897. En 1903 le Feldjägerbataillon est mis sur pied.

A l’orée du premier conflit mondial, les quatre régiments d’infanterie bosniaques regroupent 10156 hommes plus 21327 réservistes. Le Feldjägerbataillon comprend 434 jägers (chasseurs) et 1208 réservistes. Sur plan religieux c’est ainsi équilibré avec un tiers de musulmans, un tiers de serbes orthodoxes et un tiers catholiques romains avec respectivement 31, 39 et 25, le reliquat soit 5% étant constitué de catholiques grecs (uniates), de juifs et de protestants.

Durant le premier conflit mondial les effectifs connurent une très grande expansionavec pas moins de 36 bataillons de 1200 hommes chacun soit un effectif théorique de 43200 soldats.

Une telle expansion ne peut se faire sans «tricher» sur l’origine des recrues et on pu voir des hongrois, des polonais, destchèques et des ukrainiens rejoindre les unités bosniennes pendant que des bosniens rejoignaient des unités de recrutement germanophone ou magyarophone. Cela diminua l’efficacité d’unités qui restèrent fidèles à la Double-Monarchie et ce jusqu’à la fin du conflit.

En 1916 la conquête de l’Albanie ouvrit à Vienne un autre vivier potentiel de recrutement et c’est ainsi que 5000 albanais furent recrutés au sein d’unités dont l’encadrement était fourni par des officiers bosniens de confession musulmane.

Plusieurs furent décorés voir anoblis pour acte de bravoure au combat, certains connaissant une deuxième carrière militaire au sein des forces armées de l’Etat indépendant de Croatie ou au sein d’unités recrutées par la Waffen S.S.

En ce qui concerne les uniformes ces régiments ont un certain nombre de particularités comme le fez comme couvre-chef. En théorie les officiers portaient la casquette plate ou le shako mais dans la pratique c’était beaucoup plus compliqué. La vareuse était de même couleur que celles de l’infanterie de ligne allemande, les boutons étaient en bronze. L’uniforme des officiers était bleu clair avec un col rouge et des boutons jaune.

Le Feldjägerbataillon avait un uniforme différent. Les officiers et les cadets portaient le même uniforme que le bataillon de chasseurs tyroliens (Tyrolean Jägerbataillon) alors que les soldats du rang portaient un uniforme gris avec des pattes de col vertes et un fez de couleur rouge-brun.

Le corps de gendarmerie (zandamerijski) portait le couvre-chef des Jägers mais avec des plumes noires.

En 1908 l’uniforme bleu gris clair est introduit pour le combat et le service quotidien, réléguant la tenue décrite plus haut (bleu clair) pour les parades et les périodes de repos. Deux ans plus tard un fez de même couleur est adopté même si le fez rouge-brun était retenu pour la tenue de parade et la tenue de repos.

Durant les combats sur le front de l’est, l’uniforme adopté en 1908 se révéla trop visible et en urgence un uniforme d’une teinte proche de l’armée impériale allemande fût adopté même si comme souvent en temps tous les uniformes ne purent être changés.

En ce qui concerne l’armement, les unités bosniennes furent équipées durant toute leur carrière du fusil Mannlicher M1890.

Mitteleuropa Balkans (114) Yougoslavie (2)

HISTOIRE DE LA YOUGOSLAVIE

Avant-propos

Le concept de regrouper les Slaves du Sud (Yougo-Slaves) apparaît à la fin du 17ème siècle. Au 19ème siècle le mouvement illyrien (1835-1863) marque la naissance d’un sentiment national croate.

Au delà du culturel, les leaders du mouvement voulaient créer au sein de l’Autriche-Hongrie un établissement national croate. Ils évolueront vers l’idée de regrouper sous un même état les cousins slovènes, bosniens et serbes, les Jug-Slaveni (sud-slaves).

On aurait pu aboutir à la Croatie comme cœur moteur de l’union des Slaves du Sud mais comme nous le savons tous ce sera la Serbie, état constitué en 1918 qui deviendra le cœur battant de la future Yougoslavie.

Cette union va se faire sur les ruines et les décombres de l’Autriche-Hongrie qui comme les trois autres empires présents en août 1914 disparaît ce qui était plus ou moins attendu tant les observateurs les plus lucides savaient que comme la Russie des Romanov, l’Autriche-Hongrie des Habsbourgs était un colosse aux pieds d’argile traversé par tellement de failles que sa survie jusqu’en 1918 pouvait être considéré comme miraculeuse.

Il était important pour moi de rappeler le contexte car cela expliquera un certain nombre de choses par la suite. Je pourrai refaire de l’uchronie dans l’uchronie mais on peut imaginer une histoire différente si les slovènes, les croates, les bosniens et les monténégrins s’étaient unis dans un contexte de paix.

L’union va se faire dans les années chaotiques de l’immédiat après premier conflit mondial où les passions sont encore à vif. Les croates et les slovènes sont impatients de prendre leur indépendance et espèrent que les serbes joueront le jeu d’une véritable union.

Or la Serbie qui à terriblement souffert du premier conflit mondial (violents combats, anabase homérique, occupation rude) veut restaurer sa grandeur et son prestige (N’oublions pas que la Serbie avant la conquête ottomane à connu des périodes où elle était un acteur majeur de la région).

Les non-dits et les rancoeurs vont provoquer un chaos politique régulier, un chaos à bas bruit avec une vie politique mouvementée, une tentative du roi Alexandre 1er de Yougoslavie de centraliser et d’unifier la Yougoslavie au mépris du poids des nationalités, volonté que l’on pourrait comparer à celle d’un «despote éclairé» voulant faire le bien de ses sujets contre leur gré (NdA éternel débat de savoir si le pouvoir doit suivre tout ce que le peuple veut ou si il doit parfois aller à contre-courant), volonté qui allait lui coûter la vie un jour d’octobre 1934 du côté de Marseille.

La Yougoslavie retourne ensuite à la démocratie avec le règne de Pierre II, fils encore mineur du roi assassiné. Si la situation s’apaise un temps, nul doute que si la guerre de Pologne s’était prolongée on aurait pu craindre le pire pour le royaume de Yougoslavie surtout en cas d’invasion étrangère qu’elle soit italienne ou allemande.

La Pax Armada va être l’occasion de revenir à plus de stabilité, plus de sérénité. Pierre II en dépit de son jeune âge va se montrer assez habile.

Il parvient à donner des gages aux slovènes et surtout aux turbulents croates. Il réprime les extrémistes de tous bords et tente de dévelloper une véritable idéologie yougoslave un peu comme son père mais avec plus de réussite.

En septembre 1948 si la Yougoslavie n’à pas exorcisé tous ces démons elle peut voir l’avenir avec une relative sérénité. C’est alors que le second conflit mondial éclata……. .

Du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes au Royaume de Yougoslavie

Petit retour en arrière : la Serbie entre grandeur et décadence

Le cœur battant de la Yougoslavie est donc à l’est sous la forme de feu le Royaume de Serbie (Kraljevina Srbija) qui le 6 mars 1882 succède à la Principauté de Serbie (Kneževina Srbija)quand le prnce Milan de la dynastie Obrenovic devient roi sous le nom de Milan 1er.

Cette principauté avait officiellement vue le jour en 1817 quand après des années de troubles et plusieurs révoltes l’empire ottoman décide de lâcher du lest. Il faut néanmoins attendre 1830 pour que cette situation se stabilise juridiquement parlant avec la mise en place d’une série de textes à partir de 1828. Milos Obrenovitch devient prince hériditaire de Serbie.

Cet état va voir deux dynasties alterner au pouvoir. C’est ainsi que les Obrenovic sont au pouvoir de 1815 à 1842 et de 1858 à 1882, les Karadjordevic de 1842 à 1858 avant de revenir au pouvoir en 1903 à une époque où la principauté est devenue royaume.

Vont donc se succéder sur le trone serbe Milos Obrenovitch 1er (1780-1860) prince hériditaire de servie de 1817 à 1839 et de 1858 à 1860, Ses fils Milan Obrenovitch II (1819-1839) et Michel Obrenovitch (1823-1868) qui règne respectivement en 1839 et de 1839 à 1842, Aleksandar Karadjordevic (1806-1888) prince de 1842 à 1858, Mihailo Obrenovitch III (1823-1868), prince de 1860 à 1868 et enfin Milan Obrenovitch IV (1854-1901), prince de 1868 à 1882 puis roi de Serbie jusqu’en 1889.

Le 5 octobre 1866 la Serbie signe une alliance avec le Monténégro puis avec la Grèce le 18 avril 1887 en vue d’une guerre contre l’empire ottoman pour libérer les peuples chrétiens du joug ottoman. Cette alliance allait finalement n’être qu’un coup d’épée dans l’eau.

En 1867 la garnison ottomane quitte occupait Belgrade quitte la capitale serbe. De facto la Serbie est indépendante même si il faudra attendre 1878 pour qu’elle soit reconnue de jure par le Congrès de Berlin.

D’abord limitée au territoire du Pashaluk de Belgrade (appelé également territoire du Sandjak de Smeredevo) la principauté s’étend entre 1831 et 1873 vers l’est, le sud et l’ouest.

La population est à 87% serbe. On trouve également 10.5% de Valaques, 2.1% de Roms et 0.5% d’autres nationalités. Sur le plan religieux, la religion orthodoxe est dans une situation monopolistique avec 99.2% des habitants fidèles de cette religion.

La croissance démocratique est spectaculaire puisque la Serbie passe de 678192 habitants à 1 669 337 habitants entre 1834 et 1878.

En 1869 une nouvelle constitution est promulguée, neuf ans avant que l’indépendance ne soit officiellement reconnue au congrès de Berlin. En 1882 la principauté devient donc royaume, Milan Obrenovitch IV devant Milan 1er.

Du 14 au 28 novembre 1885 la Serbie affronte la Bulgarie dans une guerre où elle à le dessus et uniquement parce que les austro-hongrois ont menacé d’intervenir contre la jeune armée bulgare. Le conflit est réglé par le Traité de Bucarest signé le 19 février 1886. la Serbie reconnait l’unification de la Bulgarie (principauté de Bulgarie et Roumélie orientale sous l’union personnelle de Ferdinand 1er).

Une nouvelle constitution est promulguée en 1888 mais Milan 1er refuse de voir ses pouvoirs ains contraints et préfère abdiquer l’année suivante en 1889. Son fils Alexandre 1er (NdA à ne pas confondre avec le roi de Yougoslavie assasiné en 1934) lui succède en 1893 et supprime cette constitution en 1894.

Roi controversé par sa politique et par sa vie privée, Alexandre 1er Obrenovitch est assassiné en compagnie de son épouse et de sa famille dans la nuit du 28 au 29 mai 1903 (10/11 juin dans le calendrier grégorien) (Coup d’Etat de Mai) ce qui entraine l’extinction de cette maison régnante.

L’assemblée serbe (Shupstina) propose à Pierre Karadjordevic de devenir roi sous le nom de Pierre 1er. Après avoir hésité _on aime guère accepter une couronne après un coup d’état doublé d’un assassinat_ il finit par accepter et est couronné le 21 septembre 1904 (calendrier grégorien) dans un contexte difficile, la mort d’Alexandre 1er et de sa famille ayant choqué l’Europe entière.

Pierre 1er de Serbie puis de Yougoslavie

C’est la fin des bonnes relations avec l’Autriche-Hongrie, Belgrade se tournant davantage vers la France et la Russie. Un traité d’amitié est signé avec la Bulgarie en avril 1904 suivit d’une union douanière en juin 1905. Entre 1906 et 1909 une véritable guerre douanière oppose la Serbie à l’Autriche-Hongrie.

Le 6 octobre 1908 l’Autriche-Hongrie annexe la Bosnie-Herzegovine qu’elle occupait et qu’elle gouvernait depuis 1878. Pour la Serbie c’est un camouflet car ce territoire était une voie naturelle d’expansion. Cette annexion est comme nous le savons une réponse à la proclamation la veille de l’indépendance bulgare.

Le Royaume de Serbie va participer aux deux guerres balkaniques. Ces deux conflits véritables répétition de la première guerre mondiale sont les deux faces d’une même pièce avec d’abord des nations balkaniques unies pour chasser l’empire ottoman d’Europe puis des alliés d’hier devenus des ennemis d’aujourd’hui.

Un traité d’alliance serbo-bulgare est signé en mars 1912, Belgrade et Sofia voulant se partager le Vardar macédonien. En mai la Serbie signe un traité similaire avec la Grèce et en octobre c’est autour du Monténégro de signer un traité d’alliance militaire avec la Serbie.

Durant ces deux guerres la Serbie va conquérir le Kosovo _considéré comme le berceau de la nation serbe_, la Macédoine, le Sandjak de Novi Pazar. Le traité de Londres signé après la première guerre permet à la Serbie de s’emparer du Kosovo et du nord-ouest de la Macédoine.

Après la deuxième guerre qui voit la Bulgarie attaquer ses anciens alliés serbes et grecs, le traité de Bucarest permet à la Serbie de récupérer tout le Vardar macédonien. Elle aurait souhaité pouvoir disposer d’une fenètre maritime sur l’Adriatique mais les grandes puissances préfèrent créer un royaume d’Albanie. La Serbie gagne 81% de superficie et 1.6 millions d’habitants (passant de 2.9 à 4.5 millions).

Comme nous l’avons à propos de la Bulgarie, la Serbie est aux premières loges durant le premier conflit mondial. Attaquée par les Empires Centraux, elle fait mieux que se défendre mais finit par craquer.

Commence alors une terrible Anabase en plein hiver dans les montagnes albanaises.. 400000 militaires et civils entament un véritable périple direction les ports albanais où des navires italiens parviennent à les évacuer en direction de Corfou. Seuls 120000 soldats (sur 135000) et 60000 civils (sur 280000) parviennent sur l’île grecque. Cela n’est pas finit car 11000 soldats et civils finiront par succomber des conséquences de cette odyssée.

Les autres composantes nationales

Dans cette partie je vais balayer à gros traits l’histoire des autres composantes du royaume de Yougoslavie en essayant de rester factuel et de ne pas trop me disperser.

Slovenie

La Slovénie à fait partie intégrante de l’empire romain. Les invasions barbares vont dévaster le territoire et pour cela les habitants de la future Slovénie ne peuvent incriminer que la géographie puisque leur territoire est un point de passage obligé entre la plaine de Pannonie et la péninsule italique.

Les Slaves s’installent dans ce qui allait devenir la Slovénie à la fin du 6ème siècle. Le territoire va ensuite passer sous l’autorité du Saint Empire Romain Germanique puis après 1806 sous la souveraineté de l’empire d’Autriche et de la maison des Habsbourgs.

Les ancêtres des slovènes actuels occupaient les régions actuelles de la Carinthie, de la Styrie (ouest) et de la Slavonie. Il y eut une brève union avant une division entre les slaves de Carniole (Slovénie actuelle) alors que les Slaves du Nord vont former la Principauté de Carantanie qui par déformation allait devenir la Carinthie. Cette dernière en 746 passe sous la tutelle de la Bavière.

Au 9ème siècle le territoire est sous l’influence du duché de Bavière mais aussi d’une puissance en devenir, la République de Venise. En 952 l’empereur Othon 1er fonde un duché de Karananie qui intègre une partie de l’actuelle Slovenie.

Région frontalière, la future Slovenie était une marche pour protéger le Saint Empire contre les incursions des slaves et des hongrois. La Carniole qui correspond grosso modo à la Slovenie actuelle est une marche de 1040 à 1364 puis un Duché de 1364 à 1918.

La Slovenie n’à pas de statut spécifique mais ils ont des députés à Vienne. Un embryon d’Etat slovène, le comté de Celje disparaît en 1456 après la mort du dernier titulaire tué par Jean Hunaydi.

Si les élites soucieuses de leur position se germanisent, la paysannerie résiste et conserve une identité spécifique. Sur le plan religieux la Réforme est un temps très populaire mais la Contre-Réforme catholique finit par triompher notamment grâce à l’action de l’Archiduc et futur empereur Ferdinand (empereur de 1590 à 1637). En 1573 une révolte paysanne dévaste la région.

En 1806 le Saint Empire Romain Germanique disparaît cédant la place à l’Empire d’Autriche. Les territoires correspondant à la Slovénie restent domaines patrimoniaux de la Maison d’Autriche. Une partie de la Slovénie, le duché de Carniole dont la capitale était Laibach (Lubjana) intègre les Provinces Illyriennes, un territoire sous contrôle français d’octobre 1809 à août 1813. En 1815 le duché est réintégré à l’Autriche avant d’intégrer le Royaume d’Illyrie le 2 août 1816.

Ce royaume va rapidement perdre des territoires au profit des royaumes de Croatie et de Slavonie, le royaume d’Ilyrie ne regroupant plus que le duché de Carinthie, le duché de Carniole et le Littoral Autrichien qui correspond grosso modo à l’Istrie et à la Dalmatie.

En 1848 une proposition est faite pour regrouper tous les slovènes sous un même royaume autonome. Ce projet n’aboutit pas et en 1849 le royaume disparaît laissant des territoires autonomes (Carinthie, Carniole et le Littoral autrichien).

En février 1861 une patente met en place une Diète provinciale qui envoie des élus au Reichsrat, le parlement de la Cisleithanie.

Après 1918 et la disparition de l’Autriche-Hongrie, une grande partie du territoire slovène va intégrer la Yougoslavie mais une petite partie (32700 km² et 1.3 millions d’habitants tout de même) intègre le Royaume d’Italie.

Toujours en 1918 un conflit armé oppose les slovènes à la République d’Autriche allemande, l’un de ses états éphémères apparus dans l’immédiat après guerre. Les territoires contestés ssont la Basse Styrie et le Sud de la Carinthie. Par le traité de Saint Germain, Maribor et la Basse Styrie sont accordés à la Yougoslavie.

Des combats ont lieu en Carinthie du Sud (décembre 1918 à juin 1919), des volontaires slovènes aidés par l’armée serbe tentent d’occuper Klagenfurt.

En octobre 1920 la majorité de la population de la Carinthie du Sud vote pour rester autrichienne, la seule exception étant la région autour de Dravograd et de Gustany qui est accordée à la future Yougoslavie.

Le traité de Trianon (1920) accorde au royaume de Yougoslavie une région pourtant non slovène, celle de Prekmuye qui appartenait à la Hongrie depuis le 10ème siècle.

En 1929 la Slovénie est rebaptisée Drava Banovina (Drava Banate) du nom de la rivière Drava, la capitale provinciale étant logiquement Lubjana, l’ancienne Laibach. La Slovénie renait en 1944 et sans devenir confédérale la Yougoslavie se libéralise.

Cela explique en partie pourquoi les slovènes et les croates ont combattu en 1949 avec une certaine détermination alors que le haut-commandement serbe craignait mutineries et désertions massives.

Croatie

La Croatie telle que nous l’entendons aujourd’hui couvrait deux provinces romaines, la Dalmatie et la Pannonie. Après 476 et la chute de l’Empire romain d’Occident, elle est occupée par les Ostrogoths pendant cinquante ans avant d’être intégré à l’empire byzantin.

Au VIIème siècle apparaissent ce qu’on pourrait qualifier les proto-états croates, le Duché de Croatie et le Duché de Croatie Pannoniène. Si le premier va perdurer, le second disparaît au 10ème siècle après environ 300 ans d’existance.

Le Duché de Croatie comprend le littoral de l’actuelle Croatie sauf l’Istrie. Ce territoire est l’objet des convoitises franques et byzantines. Une rivalité nait également avec l’orgueilleuse République de Venise bien décidée à faire de l’Adriatique une Mare Venetium. Des batailles opposent les croates aux bulgares mais très vite les relations s’améliorent à la différence des relations avec les arabes qui restent hostiles.

Vassalisé par les Francs vers 790, le duché de Croatie devient en 879 un duché sans suzeraineté suite à l’intervention du pape Jean VIII. En 925 le duché de Croatie devient un royaume d’abord indépendant puis en union personnelle avec la Hongrie à partir de 1102.

La Croatie est en première ligne contre les ottomans. Une marche militaire appelée la Frontière Militaire/Militärgrenze/Vojna Krajina est mise en place en 1553 et supprimée en 1881. C’était un véritable front pionnier avec fortins, fortifications et surtout une colonisation de peuplement par des valaques, des allemands et surtout des serbes ce qui entrainera une cascade de terribles événements notamment durant le second conflit mondial. D’ailleurs la région concernée en Croatie est la Krajina.

Si la Croatie dépend de la Cisleithanie, il est important de noter que la Dalmatie forme un Royaume autonome.

Comme nous l’avons déjà vu au milieu du 19ème siècle, apparaît un romantisme nationaliste croate pour contrer une politique de germanisation et de magyarisation. C’est le mouvement illyrien.

En 1848 la Croatie, la Slavonie et la Dalmatie restent du côté habsbourgeois par peur du nationalisme hongrois. Cela ne leur valut aucun traitement de faveur de la part du nouvel empereur François Joseph.

En 1867 l’empire d’Autriche devient l’empire austro-hongrois et l’année suivante en 1868 on compromis croato-hongrois est signé.

En 1918 les croates décident de s’engager dans l’aventure de l’idée yougoslave dans l’espoir d’aboutir à un état confédéral. Leurs espoirs vont être vite deçus et cette déception est rendue encore plus amère par le fait qu’économiquement la Croatie moins touchée par le premier conflit mondial s’en sortait mieux que nombre de régions de Serbie.

La situation reste très tendue pour ne pas dire explosive en Croatie durant l’entre-deux-guerres et nul doute que si Pierre II n’était pas revenu sur la politique autoritaire de son père nul doute qu’avant même l’invasion germano-italienne la Croatie aurait explosé provoquant l’implosion de la Yougoslavie.

Bosnie-Herzegovine

Peuplée à l’époque néolithique, elle à été ensuite habitée par les illyriens et les celtes. Comme toute l’Europe la future Bosnie-Herzegovine à été christianisée à partir du 1er siècle et trois siècles plus tard elle était une partie de l’Empire Romain d’Occident avant d’être envahit par les Barbares suite aux invasions du même nom. Plus précisément ce sont les Ostrogoths qui occupent la région et ce dès 455. Les Alains et les Huns traversent également la région.

Après une reconquête sous l’empereur Justinien, l’actuelle Bosnie-Herzegovine est occupée par les avars puis par les slaves. Une certaine influence des Francs est à noté, certains leur attribuant l’introduction du féodalisme même si pour certains ce n’est pas si évident que cela. Le territoire est également l’objet des convoitises serbes, croates et même bulgares.

En 1136 le roi de Hongrie Béla II envahit la Bosnie et créa le titre de Ban de Bosnie, un titre honoraire pour son fils Ladislas II. De 1167 à 1180 la Bosnie-Herzegovine revient temporairement dans le giron byzantin.

Territoire autonome, la Bosnie devient un royaume en 1377 mais moins d’un siècle plus tard en 1463 l’empire ottoman occupe la région (la résistance va perdurer jusqu’en 1527 mais de manière épisodique), la transformant en profondeur puisque les populations locales se convertissent pour une part importante d’entre-elles à l’islam. C’est le début d’une domination qui va durer 415 ans jusqu’en 1878.

A partir de 1831 les paysans bosniens se révoltent. Cette révolte est réprimée seulement en 1850 mais la situation reste toujours aussi tendue. Une véritable rébellion éclate en 1875 et sous la pression des événements mais aussi des grandes puissances, la Sublime Porte va céder à l’Autriche-Hongrie l’administration de la Bosnie-Herzegovine.

La Bosnie-Herzegovine est occupée par l’Autriche-Hongrie entre le 29 juillet et le 20 octobre 1878, occupation qui n’est pas une promenade de santé puisqu’on signale quelques combats avec les ottomans et des milices locales.

Officiellement la Bosnie-Herzegovine appartient toujours à la Sublime Porte mais en réalité c’est devenue une région de l’empire austro-hongrois. Vienne veut en faire une colonie modèle et pour cela va mettre sur pied le Condominium de Bosnie et d’Herzegovine, condominium placé sous l’autorité du ministre des Finances austro-hongrois via un office bosnien.

La politique habsbourgeoise se heurte rapidement aux spécificités du territoire et à l’influence de l’idée yougo-slave, diablement séduisante pour les élites bosniennes. A la fin du siècle les serbes et les musulmans de Bosnie (ou Bosniaques) réclament l’autonomie religieuse et l’autonomie scolaire.

Le projet de dévelloper une identité bosnienne spécifique échoue. Résultat en 1905 la vie politique en Bosnie et en Herzegovine est dominée par trois partis communtaires représentant les serbes, les croates et les musulmans.

Le 5 octobre 1908 suite à la déclaration d’indépendance de la Bulgarie, l’empereur austro-hongrois François Joseph annonce l’annexion de la Bosnie-Herzegovine. Cette annexion est annoncée deux jours plus tard à Sarajevo.

C’est le début d’une crise internationale qui va durer jusqu’au 26 février 1909 quand la Sublime Porte finit par s’incliner. Elle reçoit des compensations matérielles et obtient le départ des garnisons austro-hongroises du Sandjak de Novi-Pazar.

Cette annexion est reconnue par la Russie le 21 mars mais uniquement après un ultimatum allemand. La Serbie la reconnaît le 31 mars et le Monténégro le 5 avril 1909.

Cette annexion entraine des troubles réprimés par un corps spécial austro-hongrois le Streifkorps même si très vite les partis musulmans soucieux de légalisme et de réalisme finissent par admettre cette annexion. Les croates de Bosnie sont d’abord très enthousiastes espérant rejoindre la Croatie et former avec le reste de la Bosnie-Herzegovine un pôle slave au sein d’une monarchie qui ne serait composée de deux pôles mais de trois.

En 1910 le territoire est peuplé de 1 898 044 habitants répartis entre des musulmans (612137 32.2%), orthodoxes (825418, 43.5%), catholiques (434061, 22.9%) et enfin 11868 juifs (0.6%).

La Constitution de 1910 met en place une Diète de Bosnie, un Conseil National et des conseils municipaux mais leurs pouvoirs sont naturellement très limités.

En ce qui concerne l’organisation locale, elle reste inchangée par rapport à l’époque ottomane, les seuls changements concernant les noms. C’est ainsi que le Vilayet de Bosnie devient le Reichsland, les sandjaks deviennent des Kreise (cercles), les Kazas (juridictions) des Bezirke, les Nahiyaks (cantons) sont rebaptisés Exposituren. On compte six Kreise et cinquante-quatre Bezirke.

Suite à l’implosion de l’Autriche-Hongrie, la Bosnie-Herzegovine va intégrer le Royaume des Serbes Croates et Slovènes (Yougoslavie en 1929) mais la région se montra rétive, s’opposant à une réforme agraire puis à une réorganisation des structures administratives qui finalement resteront assez semblables à celles de l’époque ottomane.

La mise en place des Banovina passe mal en Bosnie-Herzegovine d’autant que les bosniaques c’est à dire les musulmans de Bosnie ont le sentiment qu’à terme le territoire sera partagé entre serbes et croates. Finalement le système de banovina sera abandonné et les anciens régions rétablies ce qui allait calmer un peu la situation. Es-ce à dire que tous les problèmes ont été réglés ? Non bien sur le second conflit mondial allait se charger de le montrer.

Monténégro

Durant la période antique le Monténégro appartenait à la province romaine de Dalmatie. Peuplée d’abord par les illyriens, cette région est ensuite occupée par les slaves après avoir été ravavée par les Avars et les Goths. Les bulgares et les serbes vont aussi tenter d’occuper ce territoire tout comme les byzantins.

Au 9ème siècle pas moins de trois principautés se partagent le territoire actuel du Monténégro : la principauté de Dukja (qui correspond approximativement à la moitié sud), la principauté de Travunia (l’ouest) et celle de Rascia (le nord).

En 1042 la principauté de Duklja prend son indépendance, principauté qui devient celle de Zeta au 13ème siècle. En 1054 à lieu un schisme entre Rome et Byzance. Le futur monténégro bascule du côté de Rome avec l’érection de l’évêché de Bar en 1067 (archeveché en 1082).

Au 15ème siècle on appelle davantage la principauté de Zeta comme la principauté de Crna Gora ou en vénétien Monte Negro.

De larges portions du territoires sont occupées par l’empire ottoman de 1496 à 1878. le reste était sous contrôle de Venise notamment la région des bouches de Kotor (1420-1797) ou du prince-évêque de Cetinje (1515-1851). Une ultime dynastie émerge, celle des Petrovic-Njegos qui va régner jusqu’en 1918.

En 1852 le prince-évêque Danilo Petrovic-Njegos se marie et renonce à son état ecclésiastique, devenant le knjaz (prince) Danilo Ier et sécularisant son état.

Il est assassiné à Kotor en 1860 et remplacé par Nicolas 1er. Ce dernier engage une guerre infructueuse contre l’empire ottoman (1861-1862) puis tente de profiter du soulèvement de la Bosnie-Herzegovine (1875-1877) pour reprendre la lutte. Il est aidé par la Serbie mais là encore c’est un échec. Il faudra attendre l’intervention russe pour aboutir à quelque chose avec la signature du Traité de San Stefano (mars 1878), traité très favorable au Monténégro, à la Russie, à la Serbie, à la Roumanie et à la Bulgarie.

Ces gains vont être minorés par le Traité de Berlin (1878) même si ce traité reconnaît le Monténégro comme un état indépendant, état qui double sa superficie avec notamment le port de Bar. Les eaux monténégrines sont fermées aux navires de guerre étrangers. L’administration maritime et la police sanitaire est cependant assurée par l’Autriche-Hongrie.

En 1905 le Monténégro se donne d’une constitution et cinq ans plus tard il devient un royaume. Il participe aux guerres balkaniques, se partageant le Sandjak de Novi-Pazar avec la Serbie mais du rendre la ville de Skadar au nouvel état albanais créé par les grandes puissances.

Le 6 août 1914 le Monténégro déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie en dépit du fait que Vienne lui avait promis la région de Shkoder/Skhadar si le petit royaume restait neutre. L’armée monténégrine est placée sous l’autorité du haut-commandement serbe pour des raisons de coordination.

Belgrade à offert une aide militaire (30 canons et 17 millions de dinars) tandis que la France envoyait 200 soldats des troupes coloniales à Cetinje pour armer deux stations radios de transmission mais aussi d’écoute. Du matériel, de la nourriture et différentes fournitures sont envoyées de France direction le port de Bar jusqu’à ce que ce dernier soit bloqué par la marine austro-hongroise.

Une fois l’Italie en guerre c’est Rome qui prit le relais, ravitaillant le pays par l’Albanie, une route non sécurisée, les irréguliers albanais organisés par des agents autrichiens attaquant les convois. Le manque de ravitaillement fût l’une des causes de la capitulation monténégrine après une belle résistance. L’occupation de la totalité du territoire serbe (décembre 1915) rendait impossible la situation du Monténégro qui est envahit en janvier 1916.

La campagne du Monténégro est une campagne éclair qui dure du 5 au 17 janvier 1916. Elle engage 100000 soldats austro-hongrois contre seulement 50000 monténégrins. Cette la suite directe de la submersion de la Serbie et de la retraite des troupes de Pierre 1er à travers les montagnes albanaises.

Les austro-hongrois voulaient s’occuper des monténégrins alliés à la Serbie mais aussi s’emparer des ports stratégiques de Durazzo et de Valona. Deux corps d’armée austro-hongrois, les 8ème et 19ème CA sont engagés. Le 11 janvier 1916 le mont Lovcen, position défensive monténégrine clé est prise par les austro-hongrois.

Le 13 janvier c’est la capitale qui est prise ce qui entraine l’ouverture de négociations pour un armistice. Les termes sont insupportables pour le roi qui refuse de signer, quittant le pays pour l’Albanie puis pour l’Italie le 19 janvier. Il ordonne au commandant en chef de continuer à combattre au besoin en se repliant sur l’Albanie pour retrouver les troupes serbes à Corfou.

Le gouvernement refuse et ordonne aux troupes monténégrines de déposer les armes. Ils obtiennent gain de cause le 17 janvier 1916.

le 1er mars 1916 un gouvernement militaire provisoire est mise en place sous l’autorité de Viktor Weber Edler von Webeneau qui est remplacé par Heinrich Clam-Martinic le 10 juillet 1917, ce dernier restant aux commandes jusqu’à la fin du conflit.

Après la libération du pays par les alliés un débat fit rage pour savoir si le Monténégro devait rester indépendant ou si il devait rejoindre le futur état des slaves du sud.

Le 1er décembre 1918 le royaume du Monténégro s’unit au royaume de Serbie, déclenchant des troubles entre Blancs et Verts.

Du 2 au 7 janvier 1919 à lieu l’insurrection de Noël (NdA les orthodoxes fêtent Noël le 6 janvier et non le 25 décembre).

Les Verts _nationalistes et séparatistes monténégrins_ refusent la décision de la Grande Assemblée Populaire du Monténégro d’unir le jeune royaume (28 août 1910) au Royaume de Serbie.

Mauvais perdants ? Faut voir puisqu’il devient rapidement évident que les débats de Podgorica (qui à l’époque n’était pas la capitale du pays puisqu’il s’agissait de Cetinje) ont été une farce puisque les Blancs favorables à l’idée yougo-slave et à l’union avec la Serbie ont truqué le processus électoral pour s’assurer d’une confortable majorité.

Es-ce à dire que les Blancs se moquaient de l’avenir de leur pays ? Non puisque comme les croates et les slovènes ils espéraient conserver l’identité monténégrine au sein d’une Yougoslavie confédérale.

Si la révolte va être rapidement réprimée, une guérilla épisodique va durer jusqu’en 1929, les Verts survivants prenant le chemin de l’exil. Les plus extrémistes ou les plus enragés selon les points de vue reviendront en 1949 dans les bagages de l’armée italienne pour servir d’auxiliaires aux troupes d’occupation. Inutile de préciser que ceux tombant aux mains de maquisards royalistes ou des partisans communistes subissaient un sort terrible.

Quand la Yougoslavie implosa au début des années quatre-vingt dix cette révolte de Noël devint un axe majeur du nationalisme monténégrin, les Verts comme les Blancs étant célébrés comme de fiers patriotes, oubliant la division irréconciable entre deux camps.

Macédoine

A la période antique l’actuelle Macédoine du Nord (anciennement Ancienne République Yougoslave de Macédoine) était occupée par le royaume de Paeonie, un royaume aux frontières floues peuplées essentiellement par des descendants illyriens et des thraces.

A la fin du 6ème siècle, les perses de la dynastie Achéménide dirigés par Darius le Grand occupent ce royaume mais après la défaite en -479 les perses se retirent en Asie mineure.

En -336 Philippe II de Macédoine annexe la Haute-Macédoine ce qui correspond à notre Macédoine du Nord actuelle.

La Macédoine est conquise par les romains en -146 devenant une province dont les dimensions vont évoluer, la partie nord intégrant la Mésie à l’époque de Dioclétien.

Les Slaves s’installent sur le territoire de l’empire byzantin, les historiens grecs les appelant Sklavines les slaves attaquant l’empire byzantin avec ou sans l’aide des bulgares et des avares. A plusieurs reprises les différents basileus qui se succèdent à Constantinople doivent lancer des campagnes contre des populations remuantes qui sont pour beaucoup déportées en Cappadoce (Turquie actuelle).

Vers 836 le territoire de la Macédoine intègre le premier empire bulgare, les populations s’assimilant avec les bulgares. C’est aussi à cette période que les slavkines se christianisent avec Saint Cyrille et Saint Methode. A la fin du 10ème siècle l’actuelle Macédoine du Nord devient le cœur idéologique et religieux du premier empire bulgare avec notamment l’évéché d’Ohrid qui après l’occupation de Preslav par Basile II devient le siège du patriarche bulgare.

La domination byzantine est à plusieurs reprises contestée par les serbes et par les bulgares. De 1257 à 1277, Constantin Asen qui fût tsar de Bulgarie était originaire de Skopje. Plus tard la capitale actuelle de la Macédoine du Nord fût celle de l’empire serbe de Stedan Dusan.

La région est conquise par les ottomans à la fin du 14ème siècle et va rester sous le joug de la Sublime Porte pendant près de 500 ans ccomme une partie de la province (Eyalet) de Roumélie («pays des Roums»).

L’Elayet de Roumélie est supprimé en 1867 et le territoire de la Macédoinr du Nord est partagé entre les Vilayet de Monastir, du Kosovo et de Salonique.

En 1903 une République de Krusevo est proclmée suite à la Révolte d’Ilinden-Preobrazhenie mais bien entendue cette république disparaît après la féroce répression ottomane.

En 1912 au cours de la première guerre Balkanique la région est capturée par la Serbie qui l’annexe une fois le conflit terminé à l’exception de la région de Strumica qui appartient à la Bulgarie de 1912 à 1919.

Cette région qui ne dispose d’aucun statut particulier au sein de l’Etat serbe est appelée Južna Srbija (Serbie du Sud ) pour la distinguer de la Stara Srbija (Vieille Serbie). De 1915 à 1918 la région est occupée par la Bulgarie.

Après le premier conflit mondial, le royaume de Serbie devient le cœur battant du Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes. En 1929, le royaume est rebaptisé Royaume de Yougoslavie et divisé en provinces ou banovinas. Le territoire correspondant à la Macédoine du Nord est appelée Banovina du Vardar avec Skopje comme capitale.

Après le premier conflit mondial la région subit une période de serbisation, les écoles bulgares, grecques et roumaines étant fermées, les prêtres bulgares et tous les enseignants non-serbes sont expulsés. Cette politique est violement combattu par la VMRO (Vatreshna Makendonska Revolutsionna Organizatasiya) en français l’organisation révolutionnaire intérieure macédonienne.

Durant le second conflit mondial, la Macédoine du Nord allait être occupée à la fois par les bulgares et par les italiens. Cette région allait connaître une occupation troublée avec de nombreux combats entre partisans et troupes d’occupation. Cela entraina comme nous le verrons un cycle infernal d’attentats et de représailles. Néanmoins au moins au début les bulgares furent bien accueillis par les populations locales bulgarophones.

Mitteleuropa Balkans (77) Roumanie (7)

Le Royaume de Roumanie (2) (1918-1954)

La Grande Roumanie et la guerre hungaro-roumaine

La Grande Roumanie

Carte de la Grande Roumanie

Dans l’immédiat après guerre, la Roumanie va réaliser le rêve d’un Etat regroupant tous les roumanophones. C’est la naissance de la Grande Roumanie. Cette Grande Roumanie va voir le jour en plusieurs étapes.

Le 28 novembre 1918 la Bucovine vote son rattachement à la Roumanie suivie le 1er décembre 1918 par les roumains de Transylvanie réunis à Alba Iulia. Si les saxons acceptent ce rattachement le 15 décembre, les hongrois eux confirment le 22 décembre leur attachement à la couronne de Hongrie.

A la conférence de paix de Paris la Roumanie reçoit la Transylvanie, une partie du Banat et d’autres territoires ayant appartenus à la Hongrie, la Bessarabie (partie de la Moldavie comprise entre le Prut et le Dniestr) et la Bucovine. La loi du 1er janvier 1920 ratifie ces différentes unions.

Le Traité de Trianon (1920) voit la Hongrie renoncer à la Transylvanie, le Traité de Saint-Germain-en-Laye (1919) confirme l’union de la Roumanie avec la Bucovine.

Le Traité de Paris (1920) reconnaît la domination roumaine sur la Bessarabie mais comme le Japon ne l’à pas ratifié il n’à aucune valeur.

Pour ne pas simplifier les choses les Etats-Unis ne reconnaissent pas le traité de Trianon et ont signé un traité de paix séparé avec la Hongrie le 29 août 1921. En 1923 il y eut quelques rectifications de frontière avec le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes.

C’est ainsi qu’entre 1914 et 1920 le Royaume de Roumanie à plus que doublé de superficie, passant de 120732 km² à 295049km².

Il doit désormais relever le défi d’être un état multinational avec de fortes minorités germanophones et magyarophones vis à vis duquel la politique va varier avec néanmoins une constance : une relative tolérance et non une roumanisation forcée comme les roumains de Transylvanie ont pu le subir à partir de 1867 et la fin de l’autonomie transylvaine.

La guerre hungaro-roumaine

L’armistice du 11 novembre 1918 marque la fin du premier conflit mondial mais pas des opérations. En effet les alliés s’inquiètent de la situation en Russie où les bolcheviks de Lenine et de Trotsky affrontent les armées blanches soutenus par les alliés.

On craint la contagion communiste à travers l’Europe. Pour des pays ravagés par les combats et la pauvreté, par la haine des profiteurs de guerre et par la volonté du «plus jamais ça» nul doute que les idées bolcheviques sont particulièrement attirantes.

Dans l’immédiat après guerre les troupes alliées et notamment françaises qui ont combattu sur le front macédonien restent déployées en Roumanie et dans les territoires ayant appartenu à feu l’empire austro-hongrois. Ils vont opérer contre les bolcheviques russes mais aussi contre leurs cousins hongrois qui établissent en Hongrie une république des conseils dont le leader est Béla Kun.

Béla Kun

Les roumains sont d’ailleurs intervenus en Bessarabie du 19 janvier au 5 mars 1918 dans le cadre de la guerre civile russe, intervention qui se termina par l’occupation de la Bessarabie par la Roumanie (sud et centre) et par l’Autriche-Hongrie (nord).

Seulement voilà les troupes françaises sont démoralisées et épuisées. Surtout ils se demandent pourquoi ils combattent encore alors que sur le front ouest les combats sont terminés. Des mouvements d’humeur et des mutineries éclatent ce qui entrainera le rapatriement de la flotte et du corps expéditionnaire en France et sa démobilisation.

C’est donc l’armée roumaine qui va assurer le gros du boulot. C’est le début de ce qu’on à appelé la guerre hungaro-roumaine.

Avant d’entrer dans le vif du sujet rappelons que le 16 novembre 1918 la Hongrie à proclamé la république, une république démocratique dirigée par Mihaly Karolyi.

Ce dernier est plein de bonne volonté mais il est pris entre le marteau allié qui fait preuve d’une intransigeance totale et l’enclume des extrémistes des deux bords qui sont dans une destructive surenchère.

Le 21 mars 1919 Bela Kun proclame la république des conseils. Le régime du comte Karolyi se maintient partiellement en Transylvanie où une administration mixte hungaro-roumaine se met en place sous l’égide de Gyula Peidl et du roi Ferdinand 1er de Roumanie.

La noblesse magyare propose la couronne de Hongrie au roi de Roumanie pour lier les deux pays dans une union personnelle mais ce projet ne pu aboutir. Ce projet entrainera une guerre hungaro-roumaine.

Les alliés tentent de négocier avec Bela Kun mais c’est un échec. La solution allait donc être militaire. Comme nous l’avons vu plus haut l’armée française ne peut intervenir et c’est finalement une armée franco-serbe dirigée par le général Franchet d’Esperey et une armée franco-roumaine (mais plus roumaine que franco) dirigée par Berthelot (Nda «Le gros Berthelot» comme dit Philippe Torreton dans ce splendide film qu’est Capitaine Conan) qui allaient intervenir.

Les 15 et 16 avril 1919 les hongrois lancent une attaque préventive contre les franco-roumains mais ces derniers contre-attaquent, brisant les lignes hongroises. Au début du mois de mai, les troupes d’Henri Berthelot occupent la rive est de la rivière Tisza selon le partage territorial prévu par la note Vix, note qui avait conduit à la démission de Karolyi.

Dès le 2 mai 1919 le gouvernement hongrois réclame la paix. Cela ne veut pas dire capitulation puisque le 20 mai l’armée rouge hongroise attaque et repousse les troupes tchécoslovaques et roumaines.

Le 30 mai 1919 un gouvernement anticommuniste est fondé à Szeged avec à sa tête Gyula Karolyi. En juin la conférence de paix de Paris ordonne de mettre un terme au conflit hungaro-tchèque.

Du 17 au 20 juillet 1919 les hongrois attaquent à nouveau l’armée roumaine. Cette fois cela se passe très mal pour les hongrois qui sont repoussés par les franco-roumains. Le 26 la rive est de la Tisza est à nouveau contrôlée et dans la nuit du 29 au 30 juillet la dite rivière est franchie pour permettre aux troupes alliées de mettre cap sur Budapest.

Le régime communiste hongrois se décompose. Le 1er août le gouvernement révolutionnaire démissione et Kun quitte la capitale sous la protection de la mission militaire italienne. Le 6 août la république des conseils à vécu et la république démocratique restaurée après une tentative de restauration des Habsbourgs.

L’armée franco-roumaine d’Henri Berthelot rentre le 6 août 1919 à Budapest et l’occupe jusqu’au 16 novembre quand Miklos Horthy, futur régent du royaume de Hongrie entre dans la capitale hongroise.

Le régent Horthy

La Roumanie en menant la guerre contre les communistes hongrois à sans nul doute marqué des points importants à la conférence de paix de Paris et pu ainsi obtenir la validation des rattachements des territoires peuplés de populations roumanophones.

La constitution de 1923

Le 29 mars 1923 est officiellement promulguée en Roumanie une nouvelle constitution. Appelée Constitution d’Union, elle va être en vigueur de 1923 à 1938. Elle à été abrogée par la Constitution du 27 février 1938.

Elle à pour but d’intégrer juridiquement parlant les nouveaux territoires acquis en 1918 et surtout remplacer le suffrage censitaire par le suffrage universel masculin.

Quatre projets de constitution sont présentés, un présenté par le Parti National Libéral écrit en partie par Ion I. C. Bratianu, un projet influencé par le Parti National Roumain écrit à Cluj par R. Boila, un par Constantin Stere représentant le point de vue du Parti des paysans et un quatrième par C. Berariu.

Tous sauf celui de Stere proposaient une chambre monocamérale, une représentation proportionnelle et une consultation populaire. En ce qui concerne l’organisation politique les trois projets étaient très inspirés de la Constitution en vigueur.

Un décret publié le 22 janvier 1922 prononce la dissolution du Parlement et convoque une Assemblée Constituante.

Quand les libéraux arrivent au pouvoir en 1922, ils proposent leur projet qui est adopté par la Chambre des Députés le 26 mars 1923 (247 voix contre 8, 2 abstentions) et par le Sénat le lendemain (137 voix contre 2, 2 abstentions). Sanctionné par le roi Ferdinand 1er le 28, elle est publiée le 29 mars 1923 par le Moniteur officiel de Roumanie.

Pour résumer c’est la constitution de 1866 révisée en 1879, en 1884 et 1917.

Ce texte est organisé en huit titres, le Titre 1 concerne le territoire roumain, le Titre 2 concerne les droits des roumains, le Titre 3 concerne les pouvoirs de l’Etat, le Titre 4 concerne les finances, le Titre 5 concerne les forces armées, le Titre 6 concerne les dispositions générales, le Titre 7 concerne les modalités de révision de la Constitution et le Titre 8 les dispositions transitoires et supplémentaires.

Le Titre premier (Titre 1) comprend les quatre premiers articles et concerne les limites du Royaume de Roumanie avec son organisation interne (départements ou judete eux mêmes divisés en communes).

Le Titre second (Titre II) concerne donc les droits des roumains comprennant les articles 5 à 32 avec la liberté de croyance et de conscience (articles 7 et 22), la non-reconnaissance des statuts et des privilèges et des titres de noblesse (article 10), la garantie des libertés individuelles (articles 11 et 12), la peine de mort est réservé au temps de guerre (article 16), la propriété privée est garantie (article 17), la liberté d’enseignement (article 24), la liberté d’expression (articles 25 et 26), la liberté de la correspondance (article 27), le droit d’association (article 29), le droit de pétition (article 30).

Le Titre Troisième (Titre III) concerne les pouvoirs de l’Etat. Il couvre les articles 33 à 108. Le pouvoir législatif est assuré par le roi et par la représentation nationale qui est assurée par le Sénat et l’Assemblée des Députés. Une loi doit être votée par les deux assemblées pour pouvoir être sanctionnée par le roi. Les trois branches du pouvoir législatif peuvent avoir l’initiative de la loi (articles 34 et 35).

Les membres du corps législatif sont élus pour quatre ans (article 62). L’assemblée des députés se compose (article 64) de députés par les citoyens roumains majeurs au suffrage universel égal, direct, obligatoire et secret, sur la base de la représentation des minorités.

L’élection des députés à lieu par circonscription électorale, chaque circonscription électorale ne peut être plus grande qu’un département (article 65).

Pour être élu il faut être citoyen roumain, jouir des droits civils et politiques, être âgé de 25 ans et être domicilié en Roumanie.

Le Sénat se compose de sénateurs élus et de sénateurs de droit (article 67). Tous les citoyens roumains âgés de 40 ans accomplis élisent par circonscriptions électorales qui ne peuvent être plus grandes qu’un département, au vote obligatoire, égal, direct et secret un certain nombre de sénateurs (article 68).

Les membres des conseils de département et des conseils municipaux urbains et ruraux réunis en un seul collège élisent au vote obligatoire égal, direct et secret un sénateur par département (article 69).

Les membres des chambres de commerce, d’industrie, de travail et d’agriculture réunis en collèges distincts élisent un sénateur de chaque catégorie pour chaque circonscription électorale. Ces circonscriptions électorales spéciales seront fixées par la loi électorale, leur nombre ne pouvant être supérieur à six (article 70).

Chaque université élit par le vote de ses professeurs un sénateur (article 71) et d’autres sont membres de droits (héritier du trôné âgé de 18 ans, les hauts-cadres des Eglises, le président de l’Académie roumaine). Ces personnes sont membres du Sénat tant qu’ils sont titulaires de la charge leur permettant d’accéder au Sénat (article 72 et 73).

Pour être éligible au Sénat, il fallait être citoyen roumain, jouir des droits civils et politiques, être âgé de 40 ans et être domicilié en Roumanie. Même chose pour les sénateurs de droit à l’exception de l’âge.

Un Conseil Législatif donne son avis sur les projets de lois proposés tant par le pouvoir exécutif que par le pouvoir législatif (article 76).

Le pouvoir exécutif est confié au roi (article 39) alors que le pouvoir judiciaire exercé par des organes propres, les arrêts étaient rendus en vertu de la loi et exécutés au nom du roi (article 40).

Le roi transmet à des descendants mâles et légitimes ses pouvoirs constitutionnels, les femmes et leur descendance étant exclues, les descendants devant être élevés dans la religion orthodoxe d’Orient (Article 77). En l’absence de descendance y compris par les branches collatérales, le roi pourrait choisir parmi les maisons royales d’Europe après assentiment de la représentation nationale. Durant la vacance du trône, une Lieutenance royale de trois personnes assumera la régence (Article 78 et 79). Les articles 80 à 87 précisent les pouvoirs du roi et leur évolution.

Selon l’article 88 le roi nomme et révoque ses ministres, sanctionne et promulgue les lois, peut refuser la sanction des lois, dispose du droit d’amnistie en matière politique, peut remettre ou réduire les peines en matière criminelle, peut suspendre les poursuites, nomme et confirme aux emplois publiques, chef de la force armée, distribue les décorations militaires et peut battre monnaie selon une loi spéciale et peut signer des traités avec les états étrangers. Selon l’article 89, la loi fixe la liste civile pour la durée de chaque règne.

Les ministres doivent être roumains par naissance ou naturalisation, aucun membre de la famille royale ne pouvant être ministre. Les ministres peuvent être mis en accusation par les deux assemblées, ministres jugés par la Haute-Cour de cassation et de justice.
Les tribunaux sont créés par la loi (article 101), il n’existe qu’une cour de cassation et de justice (article 102) et seule cette dernière peut juger de la constitutionnalité et de la inconstitutionnalité des lois (article 103). les juges sont inamovibles dans les conditions spéciales qur fixera la loi (article 104).

Le Titre Quatrième (Titre 4) concerne les finances du Royaume de Roumanie. Il précise les modalités de recueil de l’impôt et de son utilisation. Ce sont les articles 109 à 118 qui précisent également le vote et l’utilisation du budget.

Le Titre Cinquième (titre V) concerne la force armée et couvre les articles 119 à 123. Comme la majorité des pays à l’époque, l’armée roumaine est une armée de conscription ce qui impose par exemple un vote annuel pour le contingent appelé sous les drapeaux (article 121).

Le Titre Sixième (Titre VI) concerne les dispositions générales couvrant les articles 124 à 128. Cela concerne les couleurs du drapeau (article 124), la capitale Bucarest (article 125), la langue officielle le roumain (article 126), l’interdiction de tout serment (article 127) et sur l’impossibilité de suspendre la constitution (article 128 «La Constitution ne peut être suspendue, ni en totalité, ni en partie. En cas de danger pour l’État, l’état de siège, général ou partiel, peut être déclaré»).

Le Titre Septième (Titre 7 article 129 et 130) précise les modalités de révision de la Constitution et la Titre Huitième (Titre 8 article 131 à 138) concerne les dispositions transitoires et supplémentaires.

La période démocratique

De 1923 à 1938 la Roumanie va connaître une période de vraie démocratie. Alors que l’Europe de l’est est marquée par des régimes autoritaires d’essence souvent réactionnaire, Bucarest fait figure d’ilôt démocratique même si naturellement tout n’est pas parfait.

J’en veux pour preuve la révolte de Tartarbunary survenue du 15 au 18 septembre 1924. Il s’agit d’une révolte paysanne, d’une jacquerie mais fortement matinée d’idées bolcheviques.

Cette révolte éclate en Bessarabie, une région récemment rattachée à la Roumanie. Elle à été menée par un comité révolutionnaire pro-soviétique qui avait pour objectif de créer une république soviétique moldave et de mettre fin à ce qui était considéré comme une occupation roumaine.

Cette révolte éclate dans un contexte de relations extrêmement tendues entre la Roumanie et l’URSS. Des entrevues ont été organisées à Copenhague, à Varsovie, à Gênes et ailleurs mais aucun consensus ne put aboutir, les soviétiques considérant que la Bessarabie avait été annexée et que le vote d’union avec la Roumanie avait été biaisée par la présence de troupes roumaines.

En décembre 1923 la 6ème conférence de la Fédération Communiste Balkanique adopte une résolution condamnant l’expansionisme roumain. Il encourageait les habitants de Bessarabie, de Bucovine, de Dobroudja et de Transylvanie à «combattre pour leur auto-détermination».

Du 27 mars au 2 avril 1924 des négociations roumano-soviétiques ont lieu à Vienne pour tenter d’améliorer les relations bilatérales. Ce n’était pas facile car la Roumanie n’avait pas reconnu l’URSS et les deux pays n’entretenaient aucun relation diplomatique.

Dès le début les soviétiques réclament un plébiscite en Bessarabie mais Bucarest refuse estimant que ce plébiscite était une opération de relations publiques en faveur de l’URSS.

Le chef de la délégation roumaine fit remarquer qu’aucun plébiscite ne fût organisé dans ce qui était censé être le «paradis socialiste». Les roumains rompent les négociations le 2 avril et toutes les conditions sont réunies pour un mouvement armé d’ampleur contre Bucarest.

Ce mouvement doit entrainer une réaction vigoureuse de la Roumanie pour justifier l’intervention de l’Armée Rouge. D’autres révoltes doivent être organisées dans d’autres états de la région notamment les Etats Baltes alors indépendants. C’est à l’été que la décision est prise.

Le territoire roumain à été divisé en deux zones, une zone nord couvrant la Bucovine qui doit être la région où doit commencer la rébellion, les autres zones (Bessarabie, Dobroudja, Banat et Hongrie orientale, Manamures Hongrie orientale et Transylvanie) devant suivre dans la foulée.

Durant les négociations roumano-soviétiques à Vienne, des agents soviétiques s’infiltrent en Bessarabie du Sud avec des armes et des tracts de propagande.

Le premier incident à lieu à minuit le 11 septembre 1924 quand un groupe armé de trente hommes transporté par bateaux attaque le village de Nikolaievca près de la frontière soviéto-roumaine et sur le rivage de la mer Noire.

Ce détachement coupe les lignes de téléphone et de télégraphe, tue le maire et deux gendarmes, incendient plusieurs bâtiments dont la mairie, affichant des tracts pour pousser la population à la révolte. Une foire fût également attaquée mais l’intervention rapide des gendarmes limita les dégâts. Après cette attaque plusieurs leaders de l’opération furent arrêtés ce qui imposa aux conjurés de passer la vitesse supérieure.

Le 15 septembre 1924 au soir, une réunion à lieu à Tatarbunary. Tous les participants acceptèrent d’attaquer le soir même. La mairie est occupée et une république soviétique moldave est proclamé, république autonome intégrée à la république socialiste et soviétique d’Ukraine.

Cette attaque entraina la mort du secrétaire de mairie, le chef de la gendarmerie, deux soldats roumains et d’autres représentants de l’état roumain furent tués.

Dans la nuit deux autres groupes armés sont formés pour prendre le contrôle des villages voisins et augmenter la surface de la rébellion. Des institutions typiquement soviétiques sont mises sur pied comme des comités révolutionnaires, des unités de milices et de gardes rouges. Les rebelles étaient entre 4000 et 6000 mais la majorité étaient ukrainiens et russes avec fort peu de roumains.

Le lendemain le commandant de la gendarmerie de Bïlolïssa s’échappa à Sarata en compagnie de quatre volontaires allemands. Avec ce groupe roumain ils attaquèrent les rebelles communistes, le combat durant plusieurs heures aboutissant à la retraite des insurgés en direction de Tatarbunary.

Le gouvernement roumain réagit promptement en envoyant des unités d’artillerie au profit de son 3ème Corps d’Armée mais aussi des moyens navals. Les premières unités arrivent à Cetatea Alba dans la soirée du 16 septembre et engagea immédiatement les rebelles sur le pont reliant Tatarbunary et Bîlolîssia. L’un des leaders Ivan Bejanovici est mortellement blessé.

Les troupes roumaines continuent leur opération venant de l’ouest en direction de Strumok. Les combats sont violents mais les rebelles en fin de journée doivent battre en retraite en direction du sud à Nerushai.

Dans les premières heures du 18 septembre, les troupes roumaines bombardèrent Tatarbunary, le centre majeur de la rébellion. Nenin nouveau chef de la rébellion ordonna la retraite en direction de Desantne.

Les rebelles tentèrent de rallier la mer Noire à Volcioc près de Jibrieni mais ils furent interceptés par une patrouille de garde-frontières de vingt hommes. N’ayant plus de munitions ils furent obligés de se rendre à l’armée roumaine qui captura au total 120 hommes mais les

Les deux leaders se séparèrent, Iustin Batischcev abandonna Nenin en prenant tout l’argent restant mais fût capturé par l’armée. Il eut plus de chance que Nenin qui fût mortellement blessé par un gendarme alors qu’il tentait de gagner les rives de la mer Noire pour rallier l’URSS.

La révolte fût mâtée après trois jours de combats. 1600 personnes furent arrêtées et 3000 tués dont un certain nombre de leaders de la rébellion. Le 11 octobre 1924, 45 hommes armés tentèrent de libérer des rebelles armés près de Tuzly. Même chose six jours plus tard près de Tatarbunary.

Le procès eut lieu entre le 24 août et le 2 décembre 1925 à la cour militaire du 3ème Corps d’Armée. Sur les 1600 personnes arrêtés, 489 personnes dont seulement 9 roumains sont poursuivis d’où son nom de Procès des 500.

C’est un procès hors norme avec un dossier d’instruction de 70000 pages et un verdict nécessitant 180 pages ! Quand on ajoute au fait que la majorité ne parlait pas roumain ce qui imposait le recours à la traduction on comprend que ce procès à duré 103 jours.

Le verdict est rendu le 3 décembre 1925. Iustin Batischcev fût condamné aux travaux forcés à perpétuité (la peine la plus sévère en temps de paix), d’autres à des peines de 15 ans de travaux forcés, de 10, 5, 3, 2 ou un an de prison. A cela s’ajoute 1000 lei d’amende.

Ce procès fût naturellement très commenté dans le monde et l’image de la Roumanie en souffrit, la réponse militaire ayant été jugé disproportionée par rapport à la menace réelle. En clair la défaite militaire à été un succès de propagande pour l’idéologie soviétique.

Ceux qui avaient échappé à l’arrestation et qui s’étaient réfugiés en URSS furent victimes des Grandes Purges déclenchées à la fin des années trente.

Ils ne pouvaient de toute façon espérer aucune clémence des autorités roumaines qui par une loi du 17 décembre 1925 fit interdire le parti communiste roumaine, une interdiction qui n’allait être levé qu’en 1953 après le changement de camp de la Roumanie.

Sur le plan de la politique extérieure la Roumanie va s’inscrire dans une série d’accords que l’histoire à retenu sous le nom de Petite Entente.

Tout à commencé le 14 août 1920 quand la Tchécoslovaquie, la Roumanie et le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes Yougoslavie à partir de 1929 signent un accord d’assistance pour se prémunir de la menace hongroise, Budapest n’ayant jamais accepté le traité du Trianon signé le 4 mai 1920.

Cette alliance est renforcée par des accords bilatéraux entre la Roumanie et la Tchécoslovaquie (23 avril 1921), entre la Roumanie et le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes (7 juin 1921) et entre le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes et la Tchécoslovaquie (31 août 1921). La Petite Entente entend garantir, par la force si besoin, les traités de paix.

Cette alliance est cependant imparfaite et incomplète puisque ne prenant pas en compte les autres menaces que ce soit l’URSS (vis à vis de la Roumanie), l’Italie (vis à vis de la Yougoslavie) ou encore l’Allemagne et la Pologne (vis à vis de la Tchécoslovaquie).

Suite aux accords de Locarno, la France s’est portée garante des accords de la Petite Entente en signant des alliances militaires avec Prague (16 octobre 1925), avec Bucarest (10 juin 1926) et Belgrade (novembre 1926). Une façon de posséder une alliance de revers en cas de réémergence de la menace allemande.

Ce Petite Entente montre très vite ses limites d’autant que les différents pays se regardent parfois en chien de faïence. Nous sommes loin de la solidarité transnationale contre une menace d’un pays tiers vis à vis de l’un des signataires. Pour ne rien arranger, les renoncements français des années trente vident ces accords de leur substance.

Nul doute que si la guerre de Pologne était devenu un conflit mondial nul doute que cette région aurait durablement échappé aux alliés. Son arrêt brutal en décembre 1939 permet à Paris et à Londres de remettre l’ouvrage sur le métier.

Plus facile à dire qu’à faire puisque si la réputation dégringole par l’ascenseur, elle remonte par l’escalier. Il faudra du temps, de la patience, du doigté et un soupçon de chance pour rendre la région moins hostile aux alliés.

C’est ainsi que des accords formels de coopération et d’assistance militaires sont signés avec la Yougoslavie et la Grèce, le premier étant signé à Belgrade le 14 septembre 1945 et le second à Athènes le 8 octobre 1946. Des tentatives vis à vis de la Hongrie, de la Roumanie et de la Bulgarie se heurtent à une telle inertie qu’elle équivaut à une fin de non recevoir.

La Roumanie se rapproche également de la Pologne au travers d’une série de traités signés durant la période que l’histoire à retenu sous le nom de «Rethondes-Coblence».

Les différents traités de paix signés dans la foulée de la Conférence de paix de Paris ont permis la renaissance de la Pologne 123 ans après sa disparition et permis du côté Roumain la réalisation du vieux irrédentiste en regroupant dans un même état tous les roumanophones jadis dispersés entre la Roumanie, la Russie et l’Autriche-Hongrie.

Bucarest et Varsovie en donc tout intérêt à se rapprocher pour ne pas dilapider les fruits des traités en cas de retour au premier plan de pays vaincus comme l’Allemagne ou de pays mis au ban de la communauté internationale comme la Russie devenue l’URSS. La volonté d’imposer un «cordon sanitaire» contre le bolchevisme était également très présente chez les deux gouvernements.

Lors de la guerre polono-soviétique de 1919/20 les roumains ne s’engagèrent pas aux côtés des troupes polonaises mais acceptèrent que leur territoire serve de zone de transit pour l’armée de Varsovie qui se composait à l’époque d’un étonnant mélange de soldats, sous-officiers et officiers ayant combattu aux côtés des alliés (Armée Bleue), au sein de l’armée allemande, de l’armée austro-hongroise et même de l’armée russe.

Les roumains participèrent néanmoins à la guerre opposant les polonais à la république populaire d’Ukraine occidentale créé en Galicie à l’été 1919. En août 1919 les polonais proposèrent même un condominium polono-roumain sur l’Ukraine mais ce projet n’eut pas de suite en raison visiblement de réticences côté roumain.

Bucarest de son côté envisageait de nouer des relations diplomatiques avec la République Populaire d’Ukraine. En 1920 Pidulski l’homme fort de la Pologne proposa à nouveau un condominium sur l’Ukraine en précisant que la Roumanie pourrait administrer les rives de la mer Noire, Odessa et la Transnistrie. Là encore les roumains refusèrent de crainte d’être entrainés dans la guerre civile russe.

En dépit de ces refus roumains, les deux pays estimèrent qu’un accord était possible. C’est ainsi qu’une convention défensive est signée à Bucarest le 3 mars 1921. Valable cinq ans ce traité obligeait chaque signataire à porter assistance à l’autre en cas d’agression à sa frontière orientale ce qui faisait de ce traité une arme dirigée contre la Russie bolchévique future (1922) URSS, cette dernière venant de perdre la guerre contre la Pologne.

Les ratifications sont échangées à Bucarest le 25 juillet 1921 et le traité est enregistré dans les archives de la SDN le 24 octobre de la même année.

Si la Pologne et la Roumanie s’entendirent pour une convention défensive en revanche Bucarest échoua à convaincre Varsovie à rejoindre la Petite Entente en raison d’une série de contentieux frontaliers entre la Pologne et la Tchécoslovaquie. La Grèce également approchée refusa également.

Le traité de 1921 expirant le 3 mars 1926 les discussions pour le proroger sont lancées dès les premières semaines de l’année. Les négociations s’annoncent ardues car cette fois Varsovie veut une assistance roumaine contre l’URSS mais aussi contre l’Allemagne.

Le 26 mars 1926 la Roumanie et la Pologne signe un traité d’alliance qui élargit le champ d’application en automatisant l’assistance envers l’autre signataire et ce quelquesoit la frontière attaquée. Les ratifications sont échangées à Varsovie le 9 février 1927 et le traité est enregistré par la SDN le 7 mars suivant.

Le 15 janvier 1931 un traité de garantie est signée entre les deux pays. En octobre des rumeurs envoient même le prince Nicolas, fils de Ferdinand 1er et frère de Carol II, ancien régent de Roumanie pour son neveu Michel 1er comme nouveau roi de Pologne.

Alors que les nazis sont aux portes du pouvoir en Allemagne, la Pologne tente de sécuriser sa frontière orientale en signant un pacte de non-agression avec Moscou.

Ce traité est signé le 25 juillet 1932, les ratifications sont échangées le 23 décembre 1932, le traité est enregistré le 9 janvier 1933 par la SDN. Le 5 mars 1934 ce traité est prolongé sans modifications jusqu’au 31 décembre 1945 (sic).

Nul doute que la Roumanie aurait aimé faire pareil mais comme l’URSS ne reconnaissait la souveraineté roumaine sur la Bessarabie cela partait sur de mauvaises bases pour rester poli.

Toujours en 1932 les milieux autorisés bruissèrent de rumeurs qu’on envisageait une union personnelle de la Roumanie et de la Pologne avec un Carol II roi de Roumanie et roi de Pologne.

A partir du milieu des années trente les relations roumano-polonaises se rafraichissent puisque les intérêts des deux pays commencèrent à diverger. Bucarest signa ainsi le Pacte Balkanique (Nda voir plus loin) avec la Yougoslavie, la Turquie et la Grèce. De son côté la Pologne tenta de convaincre la Roumanie de retirer son soutien à la Tchécoslovaquie en échange d’un compromis avec la Hongrie.

En 1938 lors de la crise des Sudètes, le colonel Beck, ministre des affaires étrangères polonais proposa à la Roumanie de participer au dépeçage de la Tchécoslovaquie en soutenant l’annexion hongroise de la Ruthenie subcarpathique. Le MAE polonais espérait ainsi faire oublier à Budapest ses revendications sur la Transylvanie. Cette offre est refusée par Carol II.

Alors que de sombres nuages s’accumulent au dessus de l’Europe les deux pays décident de revenir à leurs bonnes relations des années vingt. Cette revivification des relations roumano-polonaises allait trouver son illustration dans le soutien discret mais capital de la Roumanie à la Pologne durant la guerre de trois mois (NdA l’expression «Three Month’s War guerre de trois mois est très utilisée dans les pays anglo-saxons de préférence à «Guerre de Pologne» jugée trop réductrice mais surement trop française).

Certes on ne vit pas des soldats roumains combattre bras dessus bras dessous avec leurs frères d’armes polonais (Varsovie déclina une offre roumaine car espérant une intervention franco-britannique musclée en se servant de la Roumanie comme tête de pont, on connait la suite) mais l’ouverture du territoire roumain permis à de nombreux soldats polonais à échapper à la captivité.

Ce séjour roumain fût bref puisque probablement pour éviter des complications, les troupes polonaises furent rapidement autorisées à rallier la France pour reprendre la lutte après un internement pour la forme.

Cette attitude explique probablement pourquoi malgré un rapprochement avec l’Allemagne les roumains furent obligés de dire adieu à la Grande Roumanie en cédant des territoires à la Hongrie à l’URSS et à la Bulgarie.

Cette politique ne faisait d’ailleurs pas l’unanimité en Roumanie puisque le 21 septembre 1939 le premier ministre pro-britannique Armand Calinescu fût assassiné à Bucarest par des hommes de la Garde de Fer soutenus par l’ambassade d’Allemagne ce qui entraina une crise diplomatique entre Berlin et Bucarest, les deux pays étant à deux doigts d’entrer en guerre.

Il semble que c’est l’attitude pusilanime de la France dans le conflit qui dissuada Bucarest de déclarer la guerre à l’Allemagne. L’ambassadeur fût rappelé en Allemagne et quelques lampistes furent sacrifiés

Suite à la fin de la guerre de Pologne, un gouvernement polonais en exil s’installa à Nantes mais il ne fût pas reconnu de jure par la Roumanie ce qui n’empêcha pas Bucarest de garder des canaux ouverts. On sait maintenant que des filières d’évasion existaient pour les polonais et que ces filières étaient connues des roumains en dépit de dénégations officielles.

Le Pacte ou Entente Balkanique était un traité signé par la Grèce, la Turquie, la Roumanie et la Yougoslavie le 9 février 1934 à Athènes pour maintenir le status quo dans une région qui méritait plus que jamais son surnom de «Poudrière des Balkans» tant les contentieux et les sources de conflit étaient nombreux.

Ce traité était également tourné contre une Bulgarie vaincue durant le premier conflit mondial et dont on redoutait un retour en force pour recréer une Grande Bulgarie qui avait brièvement existé après le traité de San Stefano en 1878 et que Sofia cherchait à recréer. Il s’agissait d’un véritable letmotiv de sa politique étrangère.

Ce pacte avait comme la Petite Entente de sérieuses limites, la principale étant le refus de l’Italie, de l’Albanie, de la Bulgarie, de la Hongrie et de l’URSS de signer ce texte. Le traité est enregistré par la Société des Nations (SDN) le 1er octobre 1934.

A peine quatre ans après la signature de ce pacte les signataires négocièrent le retour de la Bulgarie dans le concert des nations en signant l’Accord de Salonique. Cet accord signé dans la même ville que l’armistice qui sortit Sofia de la guerre annula les clauses des traités de Neuilly-sur-Seine et de Lausanne, traités qui sanctionnaient les défaites bulgares et ottomanes. Il permettait surtout à la Bulgarie de réarmer officiellement, chose qu’elle avait commencé clandestinement depuis longtemps.

Ce pacte littéralement vidé de sa substance par l’accord de Salonique devint une coquille vide. Il y eut bien quelques tentatives de le faire revivre mais sans succès.

Mitteleuropa Balkans (74) Roumanie (4)

Réveil et marche vers l’indépendance

Le reveil roumain

Au 17ème et 18ème siècle à lieu un véritable réveil culturel roumain (Renastera culturala Romana) qui va préparer les cœurs et les esprits à l’unification politique qui n’aura lieu qu’au 19ème siècle dans ce siècle où la question des nationalités devient prégnante.

Difficile de dire pourquoi ce réveil à lieu maintenant et pas plus tôt ou plus tard. Nul doute que les facteurs sont multiples et je serais bien présomptueux de répondre de manière définitive à la question.

Ce contexte est d’abord politico-militaro-diplomatique avec le recul ottoman. En 1683 ils assiègent Vienne pour la deuxième fois (1529, 1683 mais échouent dans leur prise de leur ville en raison notamment de l’intervention d’une armée de secours dirigée par Jean III Sobieski, le roi de Pologne.

Cela marquant le début du reflux ottoman, la Sublime Porte s’enfonçant dans un déclin qui semble sans fin au point que l’empire ottoman deviendra «l’homme malade de l’Europe», le pendant européen de la Chine.

De 1685 à 1690 c’est la Hongrie qui est reconquise tout comme la Transylvanie. En 1718 c’est au tour du Banat, un territoire peuplé de roumains et serbes (aujourd’hui à cheval sur les territoires de la Serbie, de la Hongrie et de la Roumanie. Sur le plan de la géographie physique il couvre le sud-est de la plaine de Tisza délimitée par le Danube au sud, la rivière Tisza à l’ouest, la rivière Mures au nord et les Carpathes Méridionales à l’est) de tomber dans l’escarcelle hasbourgeoise.

En 1775 la Bucovine (partie nord de la Moldavie) est annexée par les Habsbourgs. Signe que cette conquête doit être durable et pérenne, une politique de colonisation de peuplement est menée avec des slaves, des allemands et des ukrainiens greco-catholiques ou uniates rite orthodoxe mais suivant les consignes de Rome .

Au 18ème siècle alors que les élites se piquent de philosophie (au point que par snobisme une partie de la noblesse se complaira dans une ignorance crasse) le gros de la population roumaine est non seulement pauvre mais soumise à un servage très strict.

De son côté les ottomans lassés de l’autonomie des voïvodes locaux recrutent de plus en plus chez les Phanariotes, des familles aristrocrates greco-orthodoxes vivant dans le quartier du Phanar à Constantinople.

Si ces hospodars sont fidèles à la Sublime Porte ils ne mènent pas tous la même politique, certains menant une politique inspirée par les Lumières, s’imaginant en despotes éclairés.

La renaissance culturelle roumaine voit donc l’introduction des idées les plus avancées en pays roumanophone.

Cette renaissance passe par l’envoi à l’étranger d’étudiants roumanophones grâce aux efforts des élites grecques et phanariotes. Clairement l’unité roumaine va répondre à la même philosophie que les unités allemandes et italiennes.

Des écoles s’ouvrent notamment les académies de Jassy et de Bucarest. Nul doute que les premiers événements de la Révolution Française ont influencé les partisans de la renaissance culturelle roumaine. Un gros travail sur la géographie, l’histoire et la langue est également mené.

Cette renaissance est aussi favorisée par le projet byzantin. Il s’agissait d’un projet chimérique de Catherine II visant à reconstituer quatre siècles après sa disparition de l’empire romain d’Orient et sa descendance. Cet empire aurait été confié à son petit-fils Constantin, fils du futur Paul 1er.

Ce néo-empire byzantin aurait englobé la Grèce, la Thrace, la Macédoine et la Bulgarie mais pas les principautés roumaines qui auraient formées un Royaume de Dacie confié à l’amant et favori de la Grande Catherine, Gregori Potemkine.

Pour calmer les inquiétudes de l’Autriche, Saint-Pétersbourg lui aurait cédé la Bosnie, la Serbie et l’Albanie alors que Venise aurait récupété la Morée, la Crète et Chypre.

Révoltes et répression

Le 2 novembre 1784 éclate la Révolution Transylvaine. Cette révolte à pour origine des revendications politiques et sociales notamment contre le servage, pratique qui semble appartenir à un autre temps.

La révolte éclate dans la région de Zarand et s’entend très vite dans les monts du Bihors (Carpathes occidentales roumaines). Les insurgés réclament l’abolition du servage, l’égalité politique des différents groupes ethniques.

C’est la révolte de la paysannerie, de la bourgeoisie et de la petite noblesse contre la grande aristocratie. Les insurgés affrontent les hussards des aristocrates magyars. Des châteaux sont pris.

Joseph II

L’élément déclencheur de la révolte c’est la non application d’une révolte de l’empereur Joseph II qui permettait aux paysans s’engageant dans les troupes impériales d’échapper aux corvées et de devenir propriétaires de leur lopin de terre.

Ce premier objectif est vite dépassé. Clairement il s’agit d’une émancipation pleine et entière. Les aristocrates sont chassés de Transylvanie jusqu’à la frontière avec la Valachie. On proclame la République du peuple de Transylvanie.

On abolit le servage et les privilèges, on proclame l’égalité de tous devant l’impôt, le retour des franchises paroissiales et la libération des insurgés prisonniers.

Elle promet la vie sauve et le respect des propriétés à ceux hissant le pavillon blanc alors que les autres c’est la mort et la confiscation.

La révolte s’étend également en Crisana (à l’ouest de la Roumanie à la frontière hongroise) et la Marmatie (au pied des Carpathes, haut-bassin de la rivière Tsiza aujourd’hui à cheval sur la Roumanie et l’Ukraine).

Les 27 et 29 novembre 1794 les insurgés et les garde-frontières ralliés battent les troupes impériales à Lupsa et Râmet mais sont défaits à Mihaileni. On décide de reprendre la stratégique de la guerilla.

Contre-offensive de la noblesse, la tête des chefs est mise à prix, les cols de Moldavie et de Valachie sont surveillés. L’Autriche demande à l’empire ottoman de ne pas accorder l’asile aux chefs insurgés.

Horea et Closca sont pris le 27 décembre 1794, Crisa le 30 janvier 1785. Ils sont condamnés à être roués mais Crisa parvient à se pendre dans la nuit précédent l’exécution qui à lieu le 28 février 1785. Ce mode d’exécution ainsi que la coutume médievale de partager le corps en plusieurs morceaux exposés dans toute la Transylvanie choque et révulse une Europe des Lumières qui se pensait au dessus de cela.

Joseph II comprend qu’il faut rassurer les possédants mais aussi donner des gages aux opprimés pour éviter une nouvelle révolte encore plus dévastatrice. Un décret déporte dans le Banat et la Bucovine les familles des insurgés et le servage est abolit en août 1785.

Un demi-siècle de lutte

Une guerre russo-ottomane une de plus !

L’union des principautés danubiennes (Moldavie et Valachie) va mettre un demi-siècle à aboutir en profitant d’événements extérieurs notamment plusieurs conflits. Il faut dire que les deux tentatives de révolution de 1821 et de 1848 se sont terminées par de sanglants échecs.

Le premier événement est la guerre russo-ottomane entre 1806 et 1812. Ce conflit à pour origine la révolte des Serbes qui éclate en 1804 et qui allait durer jusqu’en 1813. Après une dure répression les serbes reçoivent l’autonomie en 1817 (indépendance en 1878).

En 1805 le traité de Presbourg permet à Napoléon 1er d’obtenir des ottomans le départ des hospodars trop favorables aux russes. Les ottomans ferment les détroits aux navires russes ce qui entraine la réaction d’Alexandre 1er qui ordonne l’occupation des principautés danubiennes.

Mahmoud II décare la guerre à la Russie en novembre 1806. Les britanniques décident d’aider les russes mais ils échouent aussi bien à forcer les détroits et à pénétrer en Egypte et notamment à Alexandrie.

Les russes et les serbes font leur jonction à Vidin le 17 juin 1807. Les ottomans attaquent simultanément les îles Ioniennes, la Serbie et la Valachie, Bucarest étant assiégée.

Lors de la paix de Tilsit (juillet 1807), Napoléon 1er exige l’évacuation des troupes russes des Balkans et les îles ioniennes sont cédées à la France.

Le 24 août 1807 l’Armistice de Slobozia est signé. En échange de la possibilité de traverser à nouveau les détroits, les russes doivent évacuer les principautés danubiennes mais les russes ne bougent pas et la guerre reprend.

En mars 1809 Napoléon 1er lors de l’entrevue d’Erfurt avait promis à la Russie la cession de la Moldavie et de la Valachie.

Les serbo-monténégrins relancent la guerre en liaison avec les russes. Napoléon 1er refuse de soutenir les insurgés serbes. Ces derniers sont proches de l’anihilation mais sont sauvés par l’offensive menée en Moldavie par le prince Pierre de Bagration. Les russes établissent des garnisons en territoire serbe.

A cette époque Alexandre 1er anticipe la rupture avec la France et offre la paix au sultan. Après de multiples péripéties, le Traité de Bucarest est signé en mai 1812. la Russie évacue les principautés roumaines mais annexe la Moldavie orientale et le Boudjak ottoman (sud de la Moldavie entre les bouches du Danube au sud, le liman du Dniestr et la Mer Noire à l’est. Ces territoires forment la Province de Bessarabie). La Russie obtient également des droits de commerce sur le Danube.

Les serbes refusent de détruire les fortifications ainsi que le retour de la souveraineté ottomane (en échange il devaient obtenir l’amnisite générale et l’autonomie interne) ce qui explique que la révolte va durer jusqu’en 1813.

Débute alors une lutte d’influence entre russes et ottomanes sur les principautés danubiennes.

C’est une révolte ? Non sire c’est une révolution !

Neuf ans après la fin de la guerre russo-ottomane, une révolution éclate en Moldavie et en Valachie. C’est la Révolution de 1821 qui est le premier pas vers l’émancipation du peuple roumain de la souveraineté ottomane.

Cet événement va durer plus de six mois de février à août 1821. Cette révolution est à la fois un mouvement populaire et une véritable campagne militaire menée contre les classes dominantes et l’empire ottomane.

A la manœuvre figure une société secrète la Filiki Eteria et des volontaires armés les pandoures (en roumain Panduri). Cette révolution devait initialement être coordonnée avec la guerre d’indépendance grecque mais dans la pratique les deux mouvements vont vite divérger, la méfiance l’emportant sur la confiance.

Paradoxalement les deux voïvodes en place sont favorables aux idées hétaïriques ce qui contredit peut être l’idée d’une révolte populaire contre les possédants.

Le mouvement commence à Galati qui se révolte. Les Eteiristes pénétrent à Jassy le 6 mars 1821.

Alexandre Ypsilantis

Le 14 mars 1821 Ypsilantis chef de la Filiki Eteria quitte Jassy à la tête de 1600 hommes dont 800 cavaliers avec lesquels il marche sur la Valachie. Vivant sur le pays ils se rendent très vite impopulaires et leur arrivée n’est pas forcément vue d’un très bon œil.

Tudor Vladimirescu

En mai, Tudor Vladimirescu s’empare de Bucarest où il détrône le voïvode conservateur en poste. Il est en désaccord avec l’Eteria qui aurait préféré composer avec le voïvode en poste.

Alexandre 1er condamne le déclenchement de l’insurrection. Il limoge Ypislanti de son armée et lui interdit le territoire russe. Le patriarche de Constantinople jette l’anathème sur l’Eteria. Des troupes abandonnent Ypsilantis, le voïvode de Moldavie est déposé par les boyards.

Ypsilantis se retranche alors à Targoviste avec 3000 hommes. Les ottomans réagissent militairement à la fin du mois d’avril. Après avoir repris Galati le 14 mai, les troupes ottomanes s’avancent vers Jassy et Bucarest. Cette dernière est reprise sans combats le 27 mai 1821.

Le 31 mai Tudor Vladimirescu est arrêté et exécuté après avoir été accusé de trahison. Désormais les insurgés qui n’ont pas fuit vont être écrasés par les ottomans.

La seule bataille rangée de la révolte est la Bataille de Dragasni le 19 juin 1821. Bien que largement supérieurs en effectifs aux ottomans, les insurgés mal commandés, mal instruits et indisciplinés sont écrasés par les troupes ottomanes.

Ypsilantis parvient à s’enfuir en Autriche. Il avait obtenu de l’inamovible chancelier Metternich l’autorisation de traverser le territoire autrichien pour rentrer en Russie. Seulement à peine arrivé il est arrêté et jeté en prison. Le nouveau tsar Nicolas 1er qui à succédé à son frère Alexandre 1er en 1825 obtient sa libération fin 1827. Il n’en profite guère puisqu’il meurt à Vienne le 31 janvier 1828.

Les derniers insurgés sont écrasés en août et jusqu’en 1822 les postes voïvodaux sont vacants, les territoires placés sous administration militaire.

Le Réglement organique

En 1826 une nouvelle convention est signée entre les russes et les ottomans. Les principautés deviennent des protectorats russes tout en restant formellement sous souveraineté de la Sublime Porte.

En 1829 la Valachie récupère les ports danubiens de Turnu, de Giurgiu et de Braïla et le 14 septembre 1829 la Russie et l’Empire ottoman signent le Traité d’Andrinople qui rétablit un protectorat russe sur la Moldavie et la Valachie.

Le 13 juillet 1831 en Valachie et le 13 janvier 1832 en Moldavie, le Regulamentul Organic (Réglement Organique), une loi organique quasi-constitutionnelle imposée par les autorités russes.

On reconnaît la séparation et l’équilibre des pouvoirs. Les hospodars sont désormais élus à vie (et non pour sept ans selon un texte plus ancien la Convention d’Akkerman) par une assemblée extraordinaire qui comprenait représentants des marchands et des guildes. L’hospodar nomme les ministres et les fonctionnaires.

Une assemblée de 35 membres est mise en place en Moldavie et une assemblée de 42 membres en Valachie, ces deux assemblées étant élues au suffrage censitaire. Les prémices de la séparation de l’Eglise et de l’Etat apparaissent tandis qu’une réforme fiscale est mise en place.

Suite au début de la guerre de Crimée, les deux principautés sont placées sous l’autorité militaire russe. De 1854 à 1857 elles seront placées sous une administration neutre, celle des autrichiens. Les hospodars sont rétablis dans leurs fonctions.

C’est une révolte ? Non sire c’est une révolution ! (bis)

Vingt-sept ans après les révolutions de Moldavie et de Valachie, les provinces danubiennes sont à nouveau sécouées par une révolution qui s’inscrit dans le contexte plus général du Printemps des Peuples, une contestation profonde de l’ordre du Congrès de Vienne adoté trente ans plus tôt par les vainqueurs de Napoléon 1er.

Si la contribution moldave fût essentiellement intellectuelle, en Valachie ce fût moins intellectuel et plus violent. Comme souvent dans les révolutions, les modérés furent débordés par les plus radicaux.

Le 7 juin 1848 un comité de salut public s’installe à Craïova. Deux jours plus tard les troupes envoyées reprimer le mouvement à Islaz se rallient à la sédition. La Proclamation d’Islaz du 11 juin 1848 devient la nouvelle constitution en remplacement du Réglément organique imposé par les russes au début des années 1830.

La Valachie se divise entre les révolutionnaires et les conservateurs qui bénéficient du soutien de garnisons russes.

Le 13 juin 1848 les russes et les conservateurs quittent Craïova à l’annonce de l’arrivée de troupes révolutionnaires. Une tentative ultérieure de reprise de la ville par les russes échoue. Le lendemain on adopte le pavillon tricolore bleu-jaune-rouge et la devise «Liberté Egalité et Fraternité».

Le drapeau roumain s’est inspiré de notre drapeau français

Le 15 juin 1848, le gouvernement provisoire et son armée quittent Craïova pour Bucarest. La Russie qui sent alors que la situation lui échappe fait pression sur les ottomans pour intervenir. Le lendemain 16 juin, les révolutionnaires de Craïova et de Bucarest font leur jonction.

Le 19 juin 1848 une tentative de coup d’Etat des légitimistes soutenus par les russes échoue mais le même jour un protocole d’intervention est signé entre la Russie (qui doit s’occuper de la Moldavie et l’Empire ottoman qui doit s’occuper de la Valachie.

Pour éviter cette intervention le gouvernement provisoire et l’Empire ottoman signent un compromis reconnu par tous les gouvernements mais sauf par les russes. Cela n’empêchera par les ottomans d’envahir la Valachie le 11 septembre 1848. Deux jours plus tard l’armée révolutionnaire est massacrée, la répression aussi brutale que féroce. Le 30 novembre 1848 la ville de Craïova est reprise par les ottomans qui se livrent à un épouvantable massacre.

Cette révolte s’étend également en Transylvanie (qui n’est pas une province danubienne au sens strict) où les révolutionnaires se divisent d’emblée.

Laszlo Kossuth

En effet si Laszlo Kossuth veut la libération de la Hongrie de la tutelle habsbourgeoise, il est surtout un patriote et un nationaliste hongrois qui n’à aucunement l’intention de corriger le déséquilibre électoral qui fait que la majorité roumanophone était dirigée par un élite magyar, saxonne et sicule.

Le 15 mai 1848 une Assemblée révolutionnaire se réunit à Blaj. Des combats opposent roumains et hongrois. Le 29 mai 1848 la Diète proclame le rattachement de la Transylvanie à la Hongrie mais cette assemblée n’est absolument pas représentative. On assiste alors à une situation incroyable : une partie des troupes de Kossuth combattait les roumains alors que les troupes russes intervenaient pour rétablir l’ordre ancien.

Paradoxalement l’écrasement de la révolution hongroise permettra à la Transylvanie de conserver son autonomie du moins jusqu’en 1867 et le compromis austro-hongrois.

Une ou plusieurs principautés ?

La Roumanie en 1859

L’échec de la révolution de 1848 n’à pas atteint les ambitions d’union et d’émancipation des principautés de Moldavie et de Valachie. Comme souvent c’est un événement extérieur qui va favoriser un processus d’unification en l’occurence la défaite russe dans la guerre de Crimée.

Suite à cette défaite la Moldavie récupère le Boujak russe depuis 1821 et surtout le processus d’unification avec la Valachie est enclenché. Deux assemblées consultatives se réunissent et suite à deux votes favorables, un acte organique est adopté par la Conférence de Paris le 19 août 1858 (7 août calendrier julien) qui autorise la réunion des deux principautés.

Alexandre Jean Curza

Le 17 janvier 1859 le colonel Alexandre Jean Cuza est élu prince de Moldavie et le 5 février suivant prince de Valachie. L’unité est donc réalisée de facto avant d’être réalisée de jure.

La France et la Grande-Bretagne reconnaissent la double élection à la Conférence de Paris, l’empire ottoman l’accepte par le firman le 4 décembre 1861 suivi par l’empire russe.

Le 5 février 1862 les assemblées fusionnent donnant naissance aux Principautés Unies de Roumanie. Alexandre Jean Cuza devient prince souverain (domnitor) de Roumanie.

En 1866 l’empire ottoman reconnaît cette unité comme un seul état mais cette «Petite Roumaine» reste vassale de l’empire ottoman.

Alexandre Jean Cuza est né à Barlad (Moldavie) le 1er avril 1820. Issu d’une famille de boyards, il appartient donc à l’élite politique et intellectuelle moldave.

Francophone et de mouvance libérale, sa famille participe à la révolution de 1821. Lui même participe à un niveau modeste à la révolution de 1848.

Après un court exil à Paris, Vienne et Constantinople, Cuza devient colonel de l’armée moldave mais aussi fran-maçon. Le 17 janvier 1859 il est élu prince souverain de Moldavie et le 5 février 1859 il est élu prince souverain de Valachie.

Curza qui se veut être un despote éclaire multiplie les réformes : sécularisation des immenses domaines ecclésiastiques, réforme agraire (ce qui lui vaut la haine de boyards), nouveau code civil, nouveau code pénal (qui abolit la peine de mort), mise en place d’un enseignement public primaire gratuit et obligatoire, création d’une université à Iasi (1860) et d’une autre à Bucarest (1864), dévellopement d’une armée roumaine, émancipation des Roms.

En multipliant les réformes, en voulant peut être trop en faire, il s’alienne tout le monde sans pour autant se constituer un socle qui le rendrait intouchable.

Un complot mené par la «coalition monstrueuse» (libéraux le jugeant trop mou, conservateurs effrayés par ses réformes radicales) le contraint à l’abdication le 22 février 1866. Il est rapidement expulsé de Roumanie, terminant sa vie à Paris, Vienne et Wiesbaden.

La classe politique cherche un roi permettant au nouvel état de peser ou du moins pouvant être protégé par une grande puissance. On élit dès le 23 février 1866 le comte de Flandre, Philippe, frère de Léopold II de Belgique mais ce dernier refuse de devenir le nouveau hospodar des principautés roumaines comme il avait refusé auparavant la couronne de Grèce.

Carol 1er de Roumanie

C’est finalement le prince allemand Charles de Hohenzollern-Sigmaringen qui est élu le 20 avril 1866 (couronné le 22 mai), adoptant comme nom de règne celui de Carol 1er même si il ne deviendra roi de Roumanie qu’en 1881.

La principauté de Roumanie participe à la guerre russo-ottomane en 1877/78 aux côtés de la Russie. Elle obtient son indépendance qui est proclamée le 21 mai 1877.

Cette indépendance est reconnue par le traité de Berlin le 13 juillet 1878 (Article 43) sous réserve d’abroger l’Article 7 de la constitution de 1866.

Outre son indépendance la Roumanie reçoit des territoires supplémentaires : les bouches du Danube, l’île des Serpents et les deux tiers de la Dobroudja avec le port de Constansa mais perd le Boujak en Bessarabie.

Le 10 mai 1881 la Principauté de Roumanie devient le Royaume de Roumanie. Jusqu’à l’abolition de la monarchie, le 10 mai sera la fête nationale roumaine.

Mitteleuropa Balkans (73) Roumanie (3)

Moyen-Age

Bulgares et hongrois

L’histoire médiévale de la Roumanie est particulièrement riche et complexe. Je vais donc essayer de ne pas perdre les quelques lecteurs qui ont échappé aux problèmes de la Mésie et de la Dacie.

Basile II Bulgaroctone

Entre 971 et 1020 une terrible que dis-je une terrifiante guerre oppose les byzantins menés par Basile II Bulgaroctone et les bulgares.

Cette guerre sans merci se termine par la destruction du premier empire bulgare. Des slaves et des valaques se réfugient au nord du Danube et se placent sous la protection du Royaume de Hongrie.

En 1186 les Valaques participent au sud du Danube à la fondation d’un Royaume des bulgares et des valaques (Regnum Bulgarorum Valaqum) appelé également Second Empire Bulgare.

Ce deuxième empire bulgare couvre un vaste territoire allant de l’Albanie à la mer Noire et du Pinde aux Carpathes méridionales. Il va durer soixante ans ce qui n’est pas négligeable mais n’est pas non plus extraordinaire.

Au sud du Danube il est remplacé par les tzarats bulgares d’Ohrid, Vidin et Tarnovo alors qu’au nord du fleuve par les banats valaques vassaux de la couronne de Hongrie (Severin, Litovsi, Arges et Muscel).

Vers 1256 les valaques se concentrent au nord du Danube alors qu’au sud le territoire est dominé par les slaves et par les turcs ottomans.

Au beau des temps des voïvodies : entre résistance et collaboration avec l’empire ottoman

Le futur territoire roumain est sous domination ou sous influence hongroise notamment en Transylvanie. La noblesse orthodoxe se heurte à des hongrois catholiques romains. Ils doivent donc soit se convertir ou se réfugier au delà des Carpathes. Les roumains de Transylvanie devront attendre 1918 pour accéder à la pleine égalité des droits avec les magyars et les germanophones.

La Transylvanie est conquise par les hongrois au 12ème et au 13ème siècle. Cette conquête est un savant mélange d’opérations militaires et de stratégies matrimoniales pour arrimer la noblesse transylvaine à la noblesse magyare.

Véritable région pionnière du royaume de Hongrie, la Transylvanie est militairement organisée avec des comitas (comtés) et des cnézats (duchés), véritables marches militaires pour protéger le cœur du pays des invasions extérieures. L’un de ces comitas, le comita de Barsa est un fief des Chevaliers Teutoniques (1211 à 1225).

Au final la Transylvanie va être organisée en voïvodat autonome, vassal du royaume de Hongrie ce qui ne l’empêche pas d’être ravagée par les Tatars en 1241.

Au final seule une minorité de nobles roumains s’intègrent dans la noblesse des ispans magyars avec comme famille la plus célèbre celle des Corvin qui donnera excuser du peu un roi à la Hongrie, le célèbre Mathias Corvin.

Matthias Corvin


Jusqu’au 15ème siècle la Transylvanie était gérée de manière conjointe par quatre nations : les magyars, les saxons, les sicules (d’origine turque) et les valaques. S’estimant maltraités les valaques se révoltent d’avril 1437 à février 1938 (révolte de Bobalna) ce qui entraine la mise en place d’un pacte des trois nations (Pacte Unio Trium nationum), pacte qui réserve le pouvoir politique aux saxons, aux magyars et aux sicules, faisant des valaques des sujets de seconde zone.

Comme dans de nombreux pays à l’époque moderne on peut voir qu’une minorité de langue et de religion différente domine une majorité de langue et de confeions différente.

Pour changer cette situation certains «roumains» se rallient aux Habsbourgs en abjurant l’orthodoxie au profit du catholicisme romain. Avec le siècle des Lumières les roumains vont peu à peu prendre conscience de leur spécificité.

Après un temps d’exil dans les Carpathes, la noblesse roumaine va créer le voïvodat de Moldavie à l’est des Carpathes et le voïvodat de Valachie au sud de cette ténébreuse chaine de montagne.

Une troisième voïvodie voit le jour, la Voïvodie de Bessarabie dont l’origine du nom est incertaine ou du moins contestée et débattue par les historiens.

La Valachie s’emancipe de la tutelle hongroise en 1330 après la Bataille de Posada (9-12 novembre 1330). La Moldavie elle doit attendre 1359 après la Bataille de Baïa. Un temps la Dobrojee/Dobrouja fût indépendante (1341 à 1402) mais fût finalement absorbée par la Valachie.

Cette émancipation est au final brève car la menace ottomane ne cesse de grandir. En 1396 les derniers tzarats bulgares ont succombé marquant la fin d’une résistance organisée (si l’on peut dire).

La Moldavie et la Valachie doivent accepter la vassalité et payer un tribu aux ottomans. Elles doivent céder aux turcs la Dobrouja (1421) et le littoral moldave (1484). La Mer Noire devient un lac turc, les génois qui y étaient très présents (c’est de leur comptoir de Caffa qu’est partie l’épidémie de Peste Noire) sont expulsés.

La Valachie et la Moldavie ne deviennent pas des provinces turques puisqu’elle conservent leurs lois, leurs assemblées (sfat), leurs voïvodes, ambassadeurs, armées et politiques autonomes. Ces territoires sont appelés par les ottomans Dar el Ahd (territoire/maison du pacte).

Vlad III Tepes dit Vlad l’Empaleur

Les relations sont ambivalentes et conflictuelles. Au 15ème siècle soit à la fin du Moyen-Age, les voïvodes de Moldavie Etienne III le Grand (1438-1457-1504) et de Valachie Vlad III Tépès dit l’Empaleur (1431-1476 règne en 1448, de 1456 à 1462 et en 1476) résistent et battent à plusieurs reprises les troupes de la Sublime Porte.

A la chute de Constantinople (1453), les deux voïvodes cherchent des appuis du côté de la Pologne et du côté de la Russie.

En 1526 la Transylvanie devient vassale de l’empire ottoman suite à la défaite de Mohacs où Louis II de Hongrie meurt.

Jusqu’au 19ème siècles la Valachie, la Moldavie et la Transylvanie vont louvoyer entre puissances rivales.

Michel 1er le Brave

Vers 1600 le prince valaque Michel 1er dui le Brave (1558-1593-1601) tente d’unir les trois principautés mais échoue et fût assassiné par ses propres alliés. Aux côtés de Décebale, Michel 1er le Brave devint une figure importante du panthéon national roumain et ce quelque soit le régime politique au pouvoir à Bucarest.

Ce n’est en effet jamais bon d’être trop en avance sur son temps car si dès le 16ème les valaques comme les moldaves et les roumains de Transylvanie ont le sentiment de partager quelque chose de commun de là à imaginer un Etat unitaire……. .

Mitteleuropa Balkans (11) Hongrie (11)

ARMEE DE TERRE

Une histoire militaire de la Hongrie

Les origines

Comme nous l’avons vu à propos de la partie d’histoire générale, les hongrois apparaissent dans l’histoire européenne au 9ème siècle sous la forme de raids meurtriers. Peuple issu des steppes, les hongrois utilisaient essentiellement la cavalerie pour frapper vite et fort. Ils utilisaient l’arc mais aussi l’épée et la lance.

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Mitteleuropa Balkans (7) Hongrie (7)

La naissance douloureuse de la Hongrie moderne

Traité de Trianon

Superposées l’Autriche-Hongrie et les états successeurs. En rose pale l’ancienne Transleithanie, la comparaison avec la nouvelle Hongrie est édifiante. On comprend pourquoi encore aujourd’hui le traité de Trianon représente un passé qui ne passe pas pour de nombreux hongrois quelque soit leur profil idéologique

En bref que retenir

Dire que la naissance de la Hongrie moderne à été douloureuse est un délicat euphémisme entre guerre civile, occupation étrangère et un traité de paix bien plus dur que ceux imposés à l’Autriche, à l’Allemagne, à la Turquie ou à la Bulgarie. A croire que l’on faisait payer quelque chose aux magyars.

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Mitteleuropa Balkans (4) Hongrie (4)

Une Hongrie morcelée

La Hongrie Royale

Hongrie

La Hongrie, la couronne de Saint-Etienne est divisée, morcelée en trois ensemble : la Hongrie Royale ou Royaume de Hongrie qui reste sous l’autorité des Habsbourgs, la Hongrie ottomane sous la domination de la Sublime Porte et la Transylvanie qui sous influence ottomane tout en faisant preuve d’une indocilité et d’une grande volonté d’autonomie.

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