21-Armée de terre (32)

Les Divisions Cuirassées

Une gestation longue et douloureuse

C’est le général Estienne qui le premier préconisa la création d’une unité blindée autonome de l’infanterie sous la forme d’un corps cuirassé autonome, une unité de 20000 hommes, 8000 camions et tracteurs et 4000 chars mais le père des chars ne fût pas entendu du moins dans l’immédiat, sa vision des troupes de choc sous entendait une vision offensive qui n’était plus en odeur de sainteté après les ravages du premier conflit mondial.

Cette conception offensive est rejetée au profit d’une conception défensive où le char est «tenue en laisse» par l’infanterie, le char devant se déplacer au pas, être bien protégé et bien armé pour éliminer les obstacles rencontrés par le fantassin.

Il faut attendre septembre 1932 pour que l’infanterie (arme de laquelle dépend les chars depuis 1920) relance l’expérimentation d’un groupement tactique interarmes sous la forme du détachement mécanique de combat expérimenté aux manoeuvres de septembre 1932.

Char D1

Char D1

Ce détachement alignait pour sa composante blindée, 45 chars D1 et les trois chars B existants. Les manoeuvres montrent que les chars ont pu s’emparer de la position mais que faute d’une infanterie suffisamment proche, ils ont été abandonnés à eux même.

Le 5 mai 1934, le lieutenant-colonel Charles de Gaulle publie «Vers l’armée de métier» où il préconise la création d’un corps spécialisé motorisé, chenillé et cuirassé, composé uniquement d’engagés ce qui lui permettrait d’être engagé dès le déclenchement d’une crise internationale sans mobiliser ce qui prend (beaucoup) trop de temps.

Il serait injuste et faire trop d’honneur à ce grand général que de faire de lui l’unique apôtre de ce type de division. D’autres officiers moins connus ou oubliés aujourd’hui comme le général Flavigny, le général Buat et le général Doumenc ont participé à cette réflexion théorique.

Dans un ouvrage complémentaire publié fin 1934 et intitulé «Comment faire une armée de métier», il décrit comment obtenir cette armée de choc qui alignerait 98000 hommes, 432 chars lourds, 1296 chars moyens,, 540 chars légers et 7000 voitures de transport tout-terrain répartis entre six divisions de ligne et une DLM (les chars de celle-ci ne sont pas compris dans les chiffres avancés plus haut).

Chaque division de ligne doit disposer d’un groupe de reconnaissance composé de «chars réduits» et d’éléments portés, d’une forte brigade de chars avec un régiment lourd (un bataillon lourd et un bataillon moyen), un régiment moyen à deux bataillons moyens et un bataillon soit un total de 252 chars en ligne (48 lourds, 144 moyens et 60 légers) plus 126 de remplacement (24 lourds, 72 moyens et 30 légers),

une brigade d’infanterie sur véhicules tous terrains à deux régiments et un bataillon de chasseurs, une forte brigade d’artillerie à tracteurs tous terrains avec un régiment d’artillerie lourde, un régiment d’artillerie légère et un groupe de DCA, un bataillon du génie, un bataillon de transmission et d’observation ainsi qu’un bataillon de camouflage.

Ce magnifique projet qui aurait donné un formidable outil à l’armée de terre est immédiatement critiqué et rejeté en tant que tel pour des raisons aussi bien militaires (le char doit soutenir l’infanterie et ne peut être le cœur d’un système) que politiques (crainte qu’un corps de métier devienne une véritable garde prétorienne menaçant les institutions de la république) et idéologiques (appétence pour la conscription et le peuple en armes).

Néanmoins, les graines sont semées et le principe de divisions cuirassés est adopté en septembre 1936 dans le cadre du programme des 14 milliards du 7 septembre 1936, première étape d’un réarmement massif.

Il est prévu deux «divisions à base de chars» comptant chacune six bataillons de chars B ! Ces divisions assez proches des divisions de ligne proposées par Charles de Gaulle sont rapidement jugées trop lourdes et dès 1937 ont s’oriente vers trois divisions à quatre bataillons.

La mise en place de ces divisions ne s’est cependant toujours pas concrétisée quand éclate la guerre de Pologne moins semble-t-il à cause d’un manque de véhicules qu’à cause d’un manque de volonté de l’arme des chars de l’infanterie qui n’ont pas suivit l’exemple du général Flavigny qui n’hésita pas à expérimenter le concept de la division motomécanique avec un matériel pas forcément adapté.

Le succès foudroyant des panzerdivisionen en Pologne décille les derniers hésitants ou les derniers opposants. Dès 1938 néanmoins, un groupement tactique d’experience avait été mis sur pied avec quatre bataillons de chars équipés de B1 et de B1bis, deux bataillons de chasseurs portés et un régiment d’artillerie.

C’est à partir de ce groupement que le général Gamelin ordonne la mise sur pied des 1ère et 2ème Divisions Cuirassés de réserve sur un mode sensiblement allégé par rapport aux idées de Charles de Gaulle.

Les divisions cuirassées telles que mises en place durant la guerre de Pologne disposent donc d’une demi-brigade de chars lourds type B1bis (deux bataillons), d’une demi-brigade de chars légers type Hotchkiss H-39 (deux bataillons), d’un bataillon de chasseurs portés, d’un régiment d’artillerie tracée motorisée, d’une batterie antichar (rattachée au RA) et d’unités de soutien.
C’est sur ce modèle que sont mis sur pied les quatre premières Divisions Cuirassées de réserve. Ce modèle loin des théories du lieutenant-colonel De Gaulle avec un manque en matière notamment de moyens de reconnaissance.

Les deux premières BCr puis DCr sont regroupés dans un groupement cuirassé qui doit à la fois d’organe de commandement mais également d’outil d’aguerrissement pour les nouvelles Divisions Cuirassés de réserve mises sur pied.

La 3ème DCr est mise sur pied au printemps 1940 et la 4ème DCr en septembre 1940, le commandement étant confié fin 1941 au général de brigade Charles de Gaulle permettant au théoricien de mettre en pratique ses idées.

Au moment de la mise sur pied de la 4ème DCr, un deuxième bataillon de chasseurs portés est intégré à chaque division, ces bataillons de chasseurs portés étant issus de la transformation de bataillons de chasseurs à pied de mobilisation qui échappent ainsi à la dissolution.

En décembre 1941, le groupement cuirassé est remplacé par un Corps d’Armée Cuirassé qui aligne ainsi quatre divisions même si les 3ème et 4ème DCr sont loin d’être au point matériellement et opérationnellement parlant.

L’arrivée à la tête de l’armée du général Villeneuve donne un coup de fouet bienvenue aux Divisions Cuirassés de réserve qui passent la surmultipliée.

En mars 1943, les DCr perdent le r de réserve, devenant des Divisions Cuirassées. Désormais leur rôle n’est plus de colmater la brèche dans un front et rétablir sa continuité mais d’être un outil de percée et de manoeuvre.

Elles sont également réorganisés selon un schéma comparable aux D.L.M tel qu’il est initié par la 6ème D.L.M. La Division Cuirassée type 1944 est ainsi organisée selon le schéma suivant :

-Un état-major

-Un régiment de découverte équipé de chars légers, de fusiliers motocyclistes et de chasseurs portés

-Deux brigades cuirassées avec un état-major, un bataillon de chars lourds, un bataillon de chars moyens, un bataillon de chasseurs portés, un groupe de canons d’assaut, un groupe d’automoteurs antichars, un groupe d’automoteurs antiaériens et un groupe de reconnaissance sur chars légers.

-Un régiment d’artillerie tractée tout terrain transformée à partir de 1946 en un régiment d’artillerie automotrice (pièces de 105mm automoteurs)

-Un bataillon du génie à quatre compagnie

-Deux compagnies de transmission

-Un bataillon de réparations divisionnaires à deux escadrons

-Un bataillon sanitaire divisionnaire

-Une compagnie automobile de quartier général

-Une compagnie automobile de transport
En septembre 1947, deux nouvelles DC sont créées, les 5ème et 6ème Divisions Cuirassées ce qui entraine la division du CAC en deux. Le 1er CAC va aligner  les 1ère, 3ème et 5ème DC alors que le 2ème CAC dispose des 2ème, 4ème et 6ème DC.

Ces deux Corps d’Armées Cuirassés sont stationnés l’un au nord de Paris et le second à l’est de la capitale, donnant un axe potentiel à leur intervention, la Belgique pour le 1er CAC, le Rhin et l’Allemagne pour le 2ème CAC.

La 1ère DC est ainsi stationnée au camp de Suippes, la 2ème DC à Chalons sur Marne, la 3ème DC à Compiègne, la 4ème DC dite «Division de Fer» dans la région de Nancy, la 5ème DC à Amiens et la 6ème DC à Toul

Sur le plan de l’armement, les DC n’ont rien à envier aux panzerdivisionen, elles font même la course en tête avec le redoutable B1bis bientôt remplacés par des ARL-44, un char lourd à canon de 90mm en tourelle ! Le Hotchkiss H-39 bon char léger est remplacé par le Renault G1R à canon de 75mm en tourelle.

Lorraine 39L

Lorraine 39L

L’infanterie de ces divisions _les chasseurs portés_ sont transportées d’abord dans des véhicules à roues mais bientôt dans des véhicules chenillés type Lorraine 39L et Renault DAJ-1.

L’artillerie n’est pas en reste, allant même plus loin que dans les D.L.M car outre les canons d’assaut compris dans les brigades cuirassées (des ARL V-39), elle remplace les pièces tractées du régiment d’artillerie par des canons automoteurs de 105mm qui combinent un châssis de Renault R-40 avec un obusier de 105C modèle 1935B en superstructure (Renault R-40 Au 105).

Bref ce sont de véritables outils de percée, capable d’opérer en profondeur dans le dispositif ennemi pour les désarticuler, le démanteler et ainsi favoriser l’effondrement du front.

Signe de l’importance des deux CAC, ces derniers bénéficient (tout comme les CC) de groupes de reconnaissance tactique équipés de Bréguet Br694, chacun des deux CAC pouvant bénéficier de l’éclairage de quatre escadrilles de 9 appareils soit un total de 36 appareils sans oublier des unités d’assaut, d’appui rapproché et de chasse.

Ne pas oublier que les DC et les D.L.M doivent disposer également de Groupes Aériens d’Observation (GAO) chargés de l’éclairage de la division et du guidage des avions d’appui.

21-Armée de terre (22)

Les unités de cavalerie

Un long chemin et un big-bang organisationnel

Schneider CA1 et Saint Chamond (ci-dessous), les premiers chars français

Schneider CA1 et Saint Chamond (ci-dessous), les premiers chars français

Char Saint Chamond

Si les anglais furent les premiers à utiliser le char d’assaut en 1916, la France eut un impact décisif dans ce domaine à l’aide d’abord des médiocres Saint Chamond et Schneider puis à l’aide du char de la victoire, le Renault FT souvent connu de manière erronée sous le nom de FT-17.

Le "char de la victoire" Renault FT en version canon de 37mm

Le « char de la victoire » Renault FT en version canon de 37mm

Les premiers chars français engagés furent les Schneider et les Saint Chamond le 17 avril 1917 à Berry-au-Bac dans le cadre de l’offensive du Chemin des Dames, une nouvelle tentative pour obtenir la percée tant recherchée.

Ce fût un véritable désastre. Sur un terrain difficile, sous les coups de l’artillerie allemande, 76 chars furent détruits dont 57 avaient brûlé, les chars emportant une grande quantité de matières inflammables qui transformaient ces chars en véritables torches sur chenilles. L’échec des «gros» donna sa chance aux petits Renault FT qui répondaient à une autre conception mais qui avait la particularité d’avoir également pour père le général Estienne.

le général Estienne

le général Estienne

Aux «cuirassés terrestres», on préférait désormais le «fantassin blindé», le char-canon ou le char mitrailleur qui avec ces deux hommes devaient se couler dans le terrain et soutenir au plus près l’infanterie pour éliminer les obstacles et lui permettre d’occuper le terrain sans se faire hacher par les mitrailleuses, les barbelés et les obstacles.

Le Renault FT produit à 4517 exemplaires (de 1917 à 1919 puis des compléments jusqu’en 1927) fût le véritable «char de la victoire», symbolisant le char d’assaut et son rôle dans l’esprit de l’armée française ce qui désabusa son concepteur, le général Estiennes pour qui le char léger n’avait aucun avenir.

Le premier conflit mondial terminé, se posa la question en France de l’avenir de la motorisation et de la mécanisation des armées. Bien que vaincue, l’armée allemande pouvait redevenir une menace et devant la lenteur d’une mobilisation, l’idée de disposer d’éléments mécaniques pouvant se porter rapidement sur le Rhin (ou en Rhénanie jusqu’en 1930) était séduisante.

Le premier à la proposer fût le général Fayolle qui proposa la création de véritables groupements tactiques d’intervention rapide composés d’automitrailleuses et d’autocanons accompagnés de cyclistes, d’infanterie portée sur camions, de l’artillerie portés sur tracteurs, de chars légers portés sur camions et d’éléments motorisés du Génie.

Ces groupements devaient tronçonner et harceler l’ennemi sans se laisser fixer, les divisions de cavalerie devant se charger de détruire les grandes unités ennemies, le tout avec l’appui de l’aviation.

Dans l’immédiat, ces groupements techniques ne furent pas créés mais de cette étude allait naitre les groupements de reconnaissances de division d’infanterie (GRDI) et leur pendant de corps d’armée (GRCA).

Leur évolution post-guerre de Pologne allait permettre la réalisation du projet du général Fayolle, les GRDI (les GRCA n’existant qu’en temps de guerre) évoluant d’unités de reconnaissance et d’éclairage à de véritables groupement de combat chargés de «sauter à la gorge» de l’ennemi, de contrer ses unités de reconnaissance, de le harceler et de gêner sa progression ou son repli.

De son côté, le général Estienne préconisa la création d’un corps cuirassé autonome, une unité de 20000 hommes, 8000 camions et tracteurs et 4000 chars mais le père des chars ne fût pas entendu du moins dans l’immédiat, sa vision des troupes de choc sous-entendait une vision offensive qui n’était plus en odeur de sainteté après les ravages du premier conflit mondial.

En 1920, disparu l’Artillerie d’Assaut. Elle avait été créée quand le char français semblait devoir être l’équivalent des chars britanniques, des chars lourds armés de véritables pièces d’artillerie de campagne, le Saint Chamond et le Schneider disposant d’un canon de 75mm modèle 1897.

Le char interallié Mark VIII Liberty

Le char interallié Mark VIII Liberty

Il était d’ailleurs prévu que l’AS mette en œuvre des chars de fabrication britannique, des MkV* armés de canons de 57mm (100 exemplaires commandés mais seulement 77 livrés avant l’armistice, aucun engagé au combat) sans oublier le MkVIII Liberty, le char interallié mais la production de 600 exemplaires rien que pour la France fût annulée en raison de l’armistice.

Le choix du Renault FT comme char standard bouleversait la donne, le cuirassé terrestre qui devait être à la pointe de la percée (laissant l’exploitation à la cavalerie à cheval puis à l’infanterie) justifiait que l’artillerie mette en œuvre ses puissants véhicules mais avec la petite merveille de Billancourt (qui mine de rien imposait l’architecture standard du char moderne avec pilote à l’avant, moteur à l’arrière et compartiment de combat au centre) la donne changea, ce char accompagnait l’infanterie, lui collait au train pour détruire les obstacles.

Char de forteresse ou de percée FCM 2C

Char de forteresse ou de percée FCM 2C

Il devait bien avoir des chars lourds de percée comme le FCM 2C mais ils étaient trop petit nombre pour justifier une quelconque mainmise de l’artillerie qui avait déjà mis au point ses premiers canons automoteurs et automouvants.

D’où la suppression de l’Artillerie d’Assaut remplacée par l’arme des Chars d’Infanterie qui regroupait les chars destinés à soutenir l’infanterie, des véhicules lents et bien protégés mais qui n’étaient pas destinés à mener de folles chevauchés comme la cavalerie de jadis.

La cavalerie justement parlons-en. Cette arme hautement aristocratique, cette arme noble par excellence connaissait une véritable crise existentielle. Les unités à cheval passées les premiers combats de l’été et de l’automne 1914 avaient du admettre leur impuissance face aux tranchées ce qui entraina leur transformation en unités d’infanterie.

Après la fin du premier conflit mondial, les unités à cheval étaient toujours présentes mais leur existence était sérieusement remise en question bien qu’elles pouvaient toujours rendre de précieux services comme la reconnaissance, la découverte, l’exploitation. Elle devait néanmoins s’adapter aux nouvelles formes de guerre au risque de disparaître.

Les divisions de cavalerie au nombre de dix en 1914 tombèrent à six en 1916/17 puis à seulement cinq en 1928 ce qui était mine de rien une part importante dans une armée de temps de paix qui se réduisait comme peau de chagrin avec à terme seulement vingt divisions.

La cavalerie n’avait pas attendu la fin du premier conflit mondial pour faire connaissance avec le «moteur combattant» car dès 1913, on trouvait des automitrailleuses et des autocanons (deux puis trois groupes par DC) ainsi que des groupes de chasseurs cyclistes à raison d’un groupe par division de cavalerie.

On n’assiste donc pas à un big-bang, à une révolution mais plutôt une évolution progressive avec le remplacement des chasseurs cyclistes par des dragons portés, la motorisation du commandement, de l’artillerie, du génie et des services, le tout formant les Division de Cavalerie type 1932.

Cette division était cependant d’un maniement délicat puisqu’elles faisaient cohabiter des éléments à cheval (deux brigades à deux régiments), un groupe d’automitrailleuses, un bataillon de dragons portés et un régiment d’artillerie tout terrain tracté ou RATTT ce qui leur vaut leur surnom de «division pétrole-picotin» ou «cambouis-crotin».

Ce type de division mixte va survivre jusqu’au déclenchement de la guerre de Pologne, faute de mieux ou plutôt faute de moyens voir de réelle volonté alors que l’avenir était clairement aux divisions mécaniques comme les Divisions Légères Mécaniques, la 1ère DLM voyant officiellement le jour le 1er juillet 1935 par transformation de la 4ème division de cavalerie et la 2ème DLM un an plus tard par transformation de la 5ème division de cavalerie de Lyon.

Du côté de l’arme des chars de l’infanterie, l’idée même de divisions de choc interarmes va être nettement plus longue à naitre, une gestion douloureuse et compliquée.

Le scepticisme y est nettement plus grand qu’au sein de la cavalerie. En effet la mission des chars est d’accompagner l’infanterie, de lui offrir appui et protection et non de percer le front et d’entamer une folle chevauchée.

Cela n’empêche pas le général Weygand de mettre sur pied un détachement mécanique de combat composés de chars D1 (14 tonnes, un canon de 47mm et deux mitrailleuses) et des trois premiers chars B (27 tonnes, un canon de 75mm, un canon de 47mm et deux mitrailleuses) qui opère en septembre 1932 au cours des manoeuvres de Champagne. L’expérience est mitigée, les chars ont pris la position ennemie mais faute de soutien d’infanterie, ils ont du se replier.

En 1934, un colonel inconnu, Charles de Gaulle publie un livre intitulé Vers l’armée de métier où il envisage la mise sur pied d’un corps spécialisé composé de soldats de métiers avec six divisions de ligne (un groupe de reconnaissance, une forte brigade de chars avec un régiment lourd, un régiment moyen et un bataillon léger, une brigade d’infanterie à deux régiments plus un bataillon de chasseurs,une brigade d’artillerie à deux régiments + des services) et une division légère type DLM.

Ce projet est rejeté par les parlementaires pour des raisons qui tiennent aussi bien de considérations financières que pour des raisons idéologiques (attachement à l’armée de la conscription) et politiques (crainte que ce corps spécialisé deviennent une garde prétorienne pouvant menacer la république).
La France prend du retard alors qu’en Allemagne sont mises sur pied les Panzerdivision, que des corps blindés sont créés en URSS et qu’en Angleterre, des théoriciens comme Basil Lidell-Hart appellent de leurs vœux la création de divisions blindées.

Néanmoins, la décision de créer des «divisions à base de chars» est prise au moins sur le papier dans le cadre du programme des 14 milliards du 7 septembre 1936.

Néanmoins, l’industrie est bien incapable de suivre pour fournir le matériel nécessaire à moins qu’il n’y ait manqué la volonté d’aboutir car si le matériel parfaitement adapté manquait, qu’es-ce qui aurait empêché de l’expérimenter avec du matériel existant ?

Un parallèle peut être avec l’action du général Flavigny qui batailla pour mettre sur pied les DLM avec le matériel existant _souvent inadapté comme des automitrailleuses semi-chenillées_ en attendant la disponibilité des véhicules adaptés.

La foudroyante victoire en Pologne des panzerdivision est un électrochoc qui achève de convaincre les ultimes sceptiques.

Dès 1938, un groupement tactique d’experience avait été mis sur pied avec quatre bataillons de chars équipés de B1 et de B1bis, deux bataillons de chasseurs portés et un régiment d’artillerie.

C’est à partir de ce groupement que le général Gamelin ordonne la mise sur pied des 1ère et 2ème Divisions Cuirassés de réserve sur un mode sensiblement allégé par rapport aux idées de Charles de Gaulle.

L’arrivée du général Villeneuve va donner un coup de fouet bienvenue à ces unités de chars. Non seulement, il va en créer deux autres en plus des quatre programmées mais il va les créer et les doter d’une puissance supérieure à celle envisagée par le général Gamelin notamment par la mise en service de chars mieux adaptés.

Côté cavalerie, le nombre de DLM est doublé avec la création des 3ème, 4ème et 5ème DLM par transformation des trois divisions de cavalerie type 1932. Trois autres DLM sont ultérieurement créer à partir d’éléments fournis par les trois Divisions Légères Mécaniques sus-nommées.

Formant des Corps de Cavalerie (DLM) et des Corps d’Armées Cuirassés (CAC), ils vont permettre à l’armée française de retrouver de l’allant et du mordant face à une éventuelle agression allemande, la mobilisation partielle n’étant plus nécessaire pour intervenir.

Organisées, dotées d’un matériel performant et d’un doctrine précise, ces divisions n’ont rien à envier aux Panzerdivisionen allemandes.

Reste que la dichotomie est maintenue entre l’arme des Chars de l’Infanterie et le Cavalerie alors que les DLM et des DC sont identiques en terme d’organisation, les DC se distinguant par la présence de chars lourds, l’arme des chars de l’infanterie disposant également de  BCC.

Pour le général Villeneuve, esprit pragmatique si il en est, cette dichotomie est absurde et dès son arrivée à la tête de l’armée, entame le long processus visant à rapprocher «la noblesse» (la cavalerie) et la «roture» (les chars d’infanterie).

Hors de question de passer en force, il va patiemment négocier, accordant des faveurs à l’un ou à l’autre, menaçant l’un et complimentant l’autre. Il révèle un talent certain pour le lobying politique, veillant à ce que ses idées imprègnent les jeunes officiers, les futurs cadres de l’armée dont il élabore les bases dès juin 1940.

Finalement le 1er janvier 1943, un décret du ministre de la guerre fusionne la Cavalerie avec l’arme des Chars de l’Infanterie sous le nom d’Arme Blindée-Cavalerie (ABC) qui installe son école à Saumur, reprenant l’essentiel des traditions de la défunte cavalerie.

Après ce long exposé, nous allons maintenant entrer en détail en parlant de l’organisation des différentes unités de la cavalerie, des chars de l’infanterie puis de l’arme blindée-cavalerie.

21-Armée de terre (3)

Évolution générale de l’armement et des équipements

Le fusil Manufacture d'Armes de Saint-Etienne modèle 1936 dit MAS 36, fusil standard de l'armée de terre en 1948

Le fusil Manufacture d’Armes de Saint-Étienne modèle 1936 dit MAS 36, fusil standard de l’armée de terre en 1948

L’une des évolutions majeures est un changement de calibre. Le 8mm apparu à la fin du 19ème siècle avec le fusil Lebel disparaît au profit du 7.5mm inspiré de la cartouche allemande de 7.92mm. Du moins en Métropole, dans l’Empire où le besoin d’une cartouche moderne se fait moins sentir, le 8mm est encore assez présent.

Pour ce qui est des armes de poings _pistolets et pistolets mitrailleurs_, le 8mm cède la place au 7.65mm. Le 9mm est présent de façon marginale pour équiper certains pistolets mitrailleurs de prise ou certaines armes héritées du premier conflit mondial. On trouve également du 11.43mm pour les mitraillettes Thompson livrées par les Etats-Unis au printemps 1940.

Le fusil mitrailleur Manufacture d'Armes de Chatellerault modèle 1924 modifié 29 dit FM modèle 1924/29

Le fusil mitrailleur Manufacture d’Armes de Châtellerault (MAC) modèle 1924 modifié 29 dit FM modèle 1924/29

Les armes automatiques lourdes type fusil-mitrailleur et mitrailleuses utilisent principalement le 7.5mm mais on trouve encore du 8mm pour les inusables Hotchkiss modèle 1914 présentes dans l’Empire et le 13.2mm utilisées pour l’armement de certains ouvrages de la ligne Maginot et de certains véhicules.

Les canons antichars sont de trois calibres : 25, 47 et 75mm. Si le premier semble largement dépassé face aux chars allemands les plus lourds, de nouvelles munitions lui donnent un punch bienvenue face aux blindés légers qu’il pourrait rencontrer. Le 47mm reste encore redoutable et ne parlons pas du 75mm TAZ modèle 1939, une pièce que la Panzerwafe allait apprendre à redouter.

A noter qu’un projet de canon antichar de 90mm inspiré du canon de 90mm modèle 1939 fût étudié mais ne se concrétisa pas totalement . Toutefois les essais furent suffisamment poussés pour que la production en grande série soit rapidement lancée si le besoin s’en faisait sentir.
On trouve également des armes singulières comme des fusils antichars qui n’allaient pas tarder à être utilisés pour un tout autre usage que celui d’origine, un lance-fusée Brandt de 50mm et des grenades à fusils du même constructeur.

Pour ce qui est des mortiers, les mortiers de 60mm sont toujours là mais le 81mm à cédé la place à une arme nettement plus redoutable de 120mm soit une puissance de feu supplémentaire pour l’infanterie française.

Pour ce qui est de la défense antiaérienne, on trouve deux canons de moyen calibre, le Hotchkiss modèle 1939-40 de 25mm et le Schneider modèle 1941, certaines pièces étant tractées mais d’autres étaient montées sur camions, sur semi-chenillées voir même sur des châssis de chars déclassés.

L’artillerie de campagne connait également une profonde modernisation avec l’arrivée de nouveaux canons comme le canon de 75mm TAZ (Tous Azimut) modèle 1939  utilisable aussi bien pour le tir sol-sol que pour le tir antichar ou encore le canon de 155mm court Schneider modèle 1946, une variante remise au goût du jour du modèle 1917. De nombreuses pièces anciennes restent en service notamment dans les RAMF et les RAP chargés de soutenir les ouvrages de la ligne Maginot.

Pour ce qui est de l’ALVF (Artillerie Lourde sur Voie Ferrée), aucune pièce moderne n’est mise en service, seules les pièces les moins usées du premier conflit mondial sont maintenues en service au cas où il aurait fallut percer la ligne Siegfried ou les fortifications alpines défendant l’Italie.

Évolution générale des véhicules

char léger modèle 1935R dit Renault R-35

char léger modèle 1935R dit Renault R-35

Quand la guerre de Pologne éclate en septembre 1939, les chars et véhicules blindés français sont repartis grosso modo en deux catégories : les véhicules de cavalerie généralement rapides pour la percée et les missions traditionnelles de la cavalerie et les chars d’accompagnement de l’infanterie lents et bien protégés, censés accompagnés au plus près les fantassins.

Cette répartition simpliste va être bouleversée par la «révolution villeneuvienne» qui renoue avec les mannes du général Estienne en adoptant une attitude résolument offensive, symbolisée par une motorisation à outrance et par les fameux Corps d’Armée Cuirassés, placé sous les ordres directs du CEMAT et censé être les poings blindés pour percer le front et aboutir avec le soutien des groupes d’armées à la percée décisive tant cherchée et tant souhaitée durant le premier conflit mondial.

Un bon char est un savant compromis _compromis souvent imparfait_ entre vitesse, protection et armement. Le second paramètre était souvent mis en avant pour les chars d’infanterie alors que les automitrailleuses de combat de la cavalerie devaient être surtout rapides. On assiste à un rapprochement de ces trois facteurs dans les différentes catégories qu’il s’agisse des chars de bataille, des chars de combat et des chars légers ou chars d’accompagnement.

Quand éclate la guerre de Pologne le 1er septembre 1939, les chars/automitrailleuses de combat français sont globalement supérieurs à ceux alignés par l’Allemagne. En effet, les chars français étaient généralement plus rapides, mieux protégés et mieux armés.

Si le Renault R-35 était bien plus lent qu’un Panzer I ou II, il était nettement mieux protégé et nettement mieux armé. Le Somua S-35 était aussi rapide, mieux protégé et mieux armé que le Panzer III. Seul le Panzer IV était mieux armé que les chars légers et médians français mais son canon de 75mm court était plus adapté à l’appui de l’infanterie et de plus il était disponible en faible nombre.

L'Automitrailleuse de Combat (AMC) modèle 1935S dit Somua S-35

L’Automitrailleuse de Combat (AMC) modèle 1935S dit Somua S-35

Le B1bis lui était insurpassable, son blindage le mettait l’abri de la plupart des canons allemands (à l’exception du 88mm) et son armement mixte (canon de 47 en tourelle et de 75mm en casemate) lui donnait une puissance de feu sans équivalent.

Tout n’était cependant pas rose dans le domaine des chars/automitrailleuses de combat. Plusieurs carences auraient pu avoir des conséquences dramatiques si les allemands avaient attaqué à l’ouest qu’il s’agisse de la configuration monoplace de la tourelle (chars légers biplaces ou chars moyens triplaces) ce qui obligeait le chef de char à être pointeur et tireur en même temps, d’un canon de 37mm SA18 dépassé (il équipait notamment le R-35 et le FCM-36) et de l’absence de radio qui empêchait les unités de chars à pouvoir manoeuvrer rapidement et exploiter la moindre opportunité.

Fort heureusement, les huit années de paix armée vont permettre de résoudre ces carences même si seule l’expérience du feu pouvait valider ou pas les modifications effectuées.

Sur le plan des modèles de véhicules, un grand nombre d’entre-eux en service en septembre 1939 sont encore en service en septembre 1948.

Si les Renault FT, D-2 et les B1bis ont tous été retirés du service (ou peu s’en faut pour le FT qui assure quelques missions secondaires), on trouve encore des Renault R-35, des Hotchkiss H-39 (neufs ou H-35 modifiés), des Somua S-35, des FCM-36.

De nouveaux modèles sont également mis en service qu’il s’agisse de dérivés de véhicules existants comme le Renault R-40 dérivé du R-35, le FCM-42 issu du FCM-36 ou le Somua S-40 dérivé du S-35 ou de véhicules de conception nouvelle comme l’ARL-44 remplaçant des B1bis ou le Renault G1 qui va remplacer les Hotchkiss H-39 au sein des DC.

Le Somua S-45 en dépit d’une dénomination qui laisserai apparaître un lien de parenté avec le S-35 et le S-40 est un char différent, l’équivalent du G1 pour les DLM. Il est mis en service en juin 1946 et en septembre 1948 équipe cinq des huit DLM.

On trouve également l’AMX-42 et l’AMX-44, derniers nés de la famille des chars légers qui allaient devoir se concenter sur les missions de reconnaissance faute de pouvoir réellement peser dans un combat de char à char. A l’autre bout du spectre, on trouve une poignée de chars de forteresse FCM F1 qui remplacent les antédiluviens FCM-2C issus du premier conflit mondial.

Les chars (automitrailleuses de combat pour la cavalerie) ne sont pas les seuls véhicules en service, on trouve également des canons d’assaut type Somua SAu40 ou ARL V-39, des automitrailleuses de reconnaissance AMR-33 et 35, des automitrailleuses de reconnaissance à roues AMD-178 et AM Panhard modèle 1940.

Parallèlement, aux véhicules de combat, les DC et les DLM vont disposer de véhicules spécialisés qu’il s’agisse de dérivés de chars et de véhicules de combat ou d’engins spécialement conçus pour le soutien notamment logistique. Dans cette catégorie figurent également les transports destinés aux armes lourdes et aux fantassins, les dragons et les chasseurs portés notamment.

On trouve par exemple des chars de commandement, de tout type. Ils sont soient dépourvus de canon ou alors pourvu d’une radio si encombrante (technologie de l’époque) que la dotation en munitions est généralement réduite de 10%.

Les véhicules de dépannage sont généralement des chars de première série auxquels on à enlevé la tourelle pour le remplacer par une petite superstructure avec des moyens de levage et de remorquage.
Dans cette catégorie, nous trouvons également des véhicules de liaison, des véhicules chenillés comme les AMR-33 présentées plus haut ou des véhicules à roues comme la Panhard 178L (Liaison) qui sera ultérieurement complété par des Daimler Dingo livrés par la Grande-Bretagne.

Pour ce qui est du transport de troupes, on trouve des véhicules toutes roues motrices (hélas non blindées) et vrai nouveauté, des chenillés spécialement conçus pour le transport d’hommes en armes, les Lorraine 39L et les Renault DAJ-1.

21-Armée de terre (1)

21°) ARMÉE DE TERRE

A-Une brève histoire de l’armée de terre

Avant-propos

Défilé de la victoire le 14 juillet 1919 ouvert par Foch et Joffre

Défilé de la victoire le 14 juillet 1919 ouvert par Foch et Joffre

Le 14 juillet 1919, l’armée française défile sur les Champs Élysées, un défilé de la victoire digne de la première armée du monde, la plus puissante, la plus moderne, armée qui porta sur ses épaules l’essentiel du conflit, étant présente sur le front occidental, en Orient mais également sur le front italien où son intervention fût précieuse pour requinquer une armée italienne laminée à Caporetto.

Bien que l’armistice eut été signé le 11 novembre 1918, la première guerre mondiale ne s’achève vraiment pour l’armée française qu’en octobre 1919 et plus précisément entre le 14 et le 16 octobre quand une série de décrets acte la démobilisation générale, une loi proclamant la fin du conflit le 23 octobre 1919.

Bien que la paix soit de retour sur le continent européen, l’armée de terre ne croise pas les bras et reste mobilisée dans une phase de fermeté qui la voit occuper la Rhur (avec des unités belges) pour contraindre l’Allemagne à payer, intervenir en Europe centrale ou orientale au nom de la SDN sans oublier les interventions dans les colonies notamment dans le Rif soulevé par Abd-el-Kader. La fin des années vingt marque la fin de cette période active.

Le pacifisme de l’opinion, la crise économique et des budgets réduits empêche l’armée de terre de poursuivre sa modernisation ou de maintenir au niveau d’excellence qu’elle avait atteint au printemps 1918 quand une succession d’offensives (où certains on pu voir les prémices de l’art opératif brillamment théorisé par les soviétiques) avaient acculé l’Allemagne à l’armistice ce qui abrégea le conflit mais permit à l’armée allemande de nier sa défaite et de lancer la légende du «coup de poignard dans le dos» (Dolchstoßlegende).

Suite à la démobilisation, l’armée de terre aligne encore des effectifs importants avec 600000 hommes disposant de 2600 chars, 2500 avions et plus de 12000 hommes mais cet état de fait dure peu, le nombre de divisions ne cesse de diminuer passant de 55 en 1919 à seulement 20, ces unités disposant d’effectifs fort réduits, nécessitant une mobilisation partielle pour conduire des opérations de guerre.

Voilà pourquoi la France n’à pu s’opposer à l’expansionnisme hitlérien jusqu’en septembre 1939, donnant à penser au dictateur nazi qu’il avait tous les droits et un sentiment d’invincibilité. Même la déclaration de guerre du 3 septembre 1939 ne l’inquiéta pas et on peu se mettre à frémir en imaginant ce qui se serait passé si Adolf Hitler n’était pas mort dans l’attentat du 9 novembre 1939 qui mit en  pratique fin à la guerre de Pologne.

Cette première alerte aurait pu passer pour pertes et profits et ne rien changer à la situation politique et militaire de la France.

Fort heureusement, ce court conflit servit de véritable électrochoc au sein de la classe politique et de l’opinion qui mit de côté le pacifisme intégral des années vingt et trente pour une politique ferme contre l’Allemagne qui n’avait pas abandonné ces funestes projets d’annexion.

Bien entendu et comme nous l’avons pour ce qui concerne le PSF, les française ne sont pas passés du pacifisme intégral d’août 1939 à un bellicisme agressif. Ils se sont résignés à un nouveau conflit européen vingt-ans après la «der des ders» et veulent tout faire pour la gagner quitte à rayer l’Allemagne de la carte.
Comme le dira le colonel de La Rocque à l’un de ses adjoints «Si les allemands déclarent à nouveau la guerre, cette fois nous irons jusqu’à Berlin».

L’évolution générale de l’armée de terre

Comme nous l’avons vu plus haut, la stratégie offensive destinée à prendre l’Allemagne à la gorge dès qu’elle violerait le traité de Versailles devient caduque à partir de 1926. Ce changement de posture s’explique à la fois par une opinion publique frileuse, le vieillissement du corps des officiers généraux et le manque de moyens.

La France adopte une stratégie clairement défensive symbolisée par la «muraille de France» ou ligne Maginot qui couvre la frontière de Nice à Sedan, négligeant la frontière belge en raison de l’alliance franco-belge et de la nécessite de se conserver un espace de manoeuvre où affronter l’armée allemande sans risquer de provoquer de nouveaux dégâts au territoire national.

Si les crédits accordés à la ligne Maginot n’ont pas été vraiment au détriment des unités de manoeuvre, la construction de cette ligne fortifiée devient le prétexte commode pour réduire les crédits sous le fallacieux prétexte que l’on investira quand la menace extérieure nous y poussera.

La mécanisation (combattre avec des engins blindés) et la motorisation (la faculté de se déplacer en engins mécaniques) _la première concernant plus la cavalerie et la seconde l’infanterie_ n’est donc que partielle et la cavalerie dispose encore en septembre 1939 d’unités à cheval.

Avant la mobilisation consécutive à l’agression allemande contre la Pologne, l’armée de terre aligne les divisions suivantes :

-Dix Divisions d’Infanterie de type Nord-Est : 10ème DI (Paris) 11ème DI (Nancy) 13ème DI (Besançon), 14ème DI (Colmar), 19ème DI (Rennes), 21ème DI (Nantes), 23ème DI (Tours), 36ème DI (Bayonne), 42ème DI (Metz) et 43ème DI (Strasbourg)

-Sept Divisions d’Infanterie Motorisée : 1ère DIM (Lille), 3ème DIM (Amiens), 5ème DIM (Caen), 9ème DIM (Bourges), 12ème DIM (Châlons sur Saône), 15ème DIM (Dijon), 25ème DIM (Clermont-Ferrand)

-Deux Division d’Infanterie Alpine : 27ème DIA (Grenoble)  et 31ème DIA (Montpelier)

-Quatre Divisions d’Infanterie Coloniale : 1ère DIC à Bordeaux, 2ème DIC à Toulon, 3ème DIC à Paris et 4ème DIC à Toulouse.

-Quatre divisions d’infanterie nord-africaine :1ère DINA à Lyon 2ème DINA à Toulon, 3ème DINA à Poitiers et 4ème DINA à Épinal

-Trois divisions de cavalerie : la 1ère DC d’Orléans, la 2ème DC de Lunéville et la 3ème DC de Paris auxquelles s’ajoutent la 1ère brigade de spahis (Compiègne) et la 2ème brigade de spahis (Orange).

-Deux Divisions Légères Mécaniques (D.L.M), les unités s’approchant le plus des Panzerdivisionen allemandes puisque unités entièrement mécanisées et motorisées.
-Les sept régiments indépendants de cavalerie forment en temps de paix  trois groupements de cavalerie  qui doivent à la mobilisation servir de base à la mise sur pied des GRDI (Groupement de Reconnaissance de Division d’Infanterie) et des GRCA (Groupement de Reconnaissance de Corps d’Armée). Ces régiments ne sont pas reconstitués, les GRDI étant préservés après la démobilisation.

On trouve également douze régiments de chars de combat qui vont disparaître à la mobilisation pour donner naissance à des Bataillons de Chars de Combat (BCC).

L’artillerie est également présente avec différents types de régiments allant du régiment d’artillerie de campagne au régiment d’artillerie sur voie ferrée en passant par les régiments d’artillerie lourde de corps d’armée, les régiments d’artillerie mobile fortifiée ou d’artillerie de position, ces deux types d’unités assurant l’appui des ouvrages de la ligne Maginot.

Dès la fin du mois d’août 1939, les premiers réservistes sont rappelés pour compléter les unités pendant que les structures de mobilisation sont mises en place notamment les état-majors de groupe d’armée, d’armées et de corps d’armée.

La guerre déclarée, la mobilisation bat son plein, orchestrée par les régions militaires qui complètent d’abord les effectifs des divisions de première échelon qui montent aussitôt à la frontière avant de mettre sur pied des unités de réserve à partir des réservistes les plus âgés, unités assez mal équipées ce qui n’aura aucune conséquence puisque mis à part quelques escarmouches entre patrouilles, il n’y eut aucun combat sur le front occidental.

En quelques semaines, l’armée de terre se métamorphose approchant la centaine d’unités de combat réparties en trois groupes d’armées + une armée des Alpes, huit armées (plus une en réserve face à la Suisse), vingt-six corps d’armée et 94 divisions.

Sur ces quatre-vingt quatorze divisions, on compte une grande majorité de divisions d’infanterie, les GU n’appartenant pas cette arme étant les trois divisions de cavalerie et les deux D.L.M  en  attendant la mise sur pied de deux autres divisions légères mécaniques (par transformation des unités de cavalerie) et surtout des DCr ou Divisions Cuirassés de Réserve que l’on pourrait résumer par des D.L.M avec des chars lourds.

La montée en puissance de l’armée de terre ne cesse pas avec la fin de la guerre de Pologne le 15 décembre 1939. A cette situation paradoxale deux raisons : une méfiance vis à vis de l’Allemagne et l’inertie propre à une armée qui atteint les cinq millions d’hommes.

A partir du printemps 1940 règne une paix armée en Europe. La question n’est pas de savoir si la guerre éclatera en Europe mais quant.

La prudence voudrait que l’armée reste sur le pied de guerre mais c’est économiquement impossible de maintenir autant d’hommes sous les drapeaux sans parler du facteur moral, les trois mois d’inaction ayant provoqué leur lot de dépressions et de mutilations volontaires.

La démobilisation va donc être engagée à partir de mars 1940 mais hors de question de faire ça à la hussarde. Il faut préserver les compétences et rester cohérent dans le schéma organisationnel sans parler du simple côte pratique de démobiliser plusieurs millions d’hommes, de garder une trace de leur engagement, de les avertir de leur rôle de réserviste sans parler du matériel à stocker et/ou à détruire ainsi que de la remise en état de terrains et de battisses.

Cette démobilisation achevée à l’automne 1940 ne s’accompagne pas d’un retour à la situation antérieure au conflit.

En effet, le nouveau chef d’état-major général de l’armée, le général Villeneuve qui succède à Gamelin en juin 1940 est bien décidé à moderniser l’armée pour que quand un nouveau conflit éclatera en Europe, elle soit capable de faire face à des menaces limitées sans mobiliser et si la menace se révèle immédiatement mortelle de tenir le choc le temps que la mobilisation mette sur pied les divisions nécessaires au combat.

Pour cela, le général Pierre Harcourt de Villeneuve va renouer avec les mannes du général Estienne en adoptant un ton résolument offensif. À l’armée à dominante d’infanterie, succède l’armée villeneuvienne où les unités mécanisées et blindées forment le fer de lance d’une armée sur la voie d’une motorisation complète ou peu s’en faut.