11-Torpilleurs d’escadre (16)

La Railleuse

Le torpilleur d'escadre La Railleuse en mer

Le torpilleur d’escadre La Railleuse en mer

-La Railleuse est mise sur cale sur le site des Anciens Chantiers Dubigeon sis à Nantes le 1er août 1925 lancée le 9 septembre 1926 et admise au service actif le 20 avril 1928.

A son admission au service actif, il forme à Brest la 7ème escadrille en compagnie de ses sister-ship Le Mars Le Fortuné et La Palme.

Le 1er mars 1929, le terme «Escadrille» est remplacé par celui de «Division» et la 7ème ET devient donc la 7ème DT avec toujours les mêmes navires en l’occurence les torpilleurs Le Mars, Le Fortuné La Railleuse et La Palme. La Flottille devient Escadrille regroupant deux ou trois divisions et enfin le «Groupe de flottilles» devient «Flottille».

Le 1er septembre 1932, les divisions de torpilleurs passent de quatre à trois navires. Le 15 août 1933,  La Railleuse et Le Fortuné sont placés en position de complément pour permettre de grandes réparations.

Le 1er octobre 1934, la composition et l’organisation tactique des divisions de torpilleurs sont modifiées. Les 9ème 7ème et 11ème DT sont dissoutes et les navires placés dans le groupe de complément en compagnie de La Tramontane, de La Trombe, de La Tornade, de La Tempête, du Typhon et de L’Alcyon.

En septembre 1936, La Railleuse quitte le groupe de complément et retrouve Le Fortuné pour former une 3ème DT. Il va alors participer aux opérations liées à la guerre d’Espagne qu’il s’agisse d’évacuation de ressortissants, de patrouilles et de protection du trafic commercial.

Quand la France déclare la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939, La Railleuse est intégrée à la 3ème DT en compagnie du Fortuné et du Simoun, division appartenant à la 2ème escadre de la Flotte de la Méditerranée. La 3ème DT participe jusqu’à la fin de la guerre de Pologne à des escortes de convois entre Afrique du Nord et Métropole sans parler de différents exercices.

La Railleuse commence l’année par un entrainement de division en compagnie de ses compères Le Fortuné et Le Simoun. Il quitte Toulon le 7 janvier, faisant une école à feux du 7 au 15 janvier puis après une escale à Ajaccio du 16 au 21 janvier, effectuant un entrainement au combat antisurface du 22 janvier au 2 février, effectuant ensuite une escale à Alger du 3 au 7 février avant de rentrer à Toulon le 8 février 1940.

Le 9 février 1940, la marine décide de redéployer la 3ème DT à Casablanca. Les trois torpilleurs quittent Toulon le 11 février et rallient le Maroc le 14 février. Ils effectuent un exercice antisurface du 15 au 20 février, rentrant le lendemain à Casablanca le 21 février 1940.

Deux jours plus tard, La Railleuse devait appareiller pour un entrainement en solitaire au large de Casablanca.

A 16h55, une forte explosion secoue le navire au milieu suivit de trois éclairs aveuglant puis trois explosions très rapprochées qui ravage les œuvres vives et les superstructures. L’avant et l’arrière se soulèvent puis retombent.

Le navire est littéralement coupé en deux et devant la crainte du chavirement, l’évacuation est ordonnée pour les survivants. Comme le veut la tradition, le commandant est le dernier à quitter le bord à 18h25 après l’extinction de l’incendie. Vingt-quatre blessés sont évacués alors que vingt-huit officiers mariniers et matelots ont été tués.
L’enquête se concentre sur l’affût lance-torpilles avant situé juste au dessus de la chaudière 3. Au moment de l’explosion, l’équipage était en train de ramasser le matériel ayant servi au chargement des bouteilles d’air comprimé. Il est probable que comme le Maillé-Brézé, le torpilleur d’escadre La Railleuse à été victime du lancement accidentel d’une de ces torpilles.

Epave du torpilleur La Railleuse à Casablanca

Epave du torpilleur La Railleuse à Casablanca

Son épave privé de son artillerie est finalement relevée en 1944 car trop gênante pour la navigation, échoué sur une plage et démantelée.

10-Contre-torpilleurs (24)

Le Maillé Brézé

Le contre-torpilleur Maillé-Brézé à la mer

Le contre-torpilleur Maillé-Brézé à la mer

Par le marché n°5268E du 17 octobre 1929, la construction du contre-torpilleur Da-14 est attribuée à la Société des Ateliers et Chantiers de Saint Nazaire Penhoët.

-Le Da-14 ultérieurement baptisé Maillé-Brézé est mis sur cale le 9 octobre 1930 et lancé le 9 novembre 1931. Après une période d’achèvement à flot, le Maillé-Brézé quitte Saint-Nazaire le 12 septembre 1932 direction Lorient son port d’armement.

Les essais commencés dès la traversée Saint Nazaire-Lorient se déroulent sans réels incidents et le contre-torpilleur entre en phase de démontage dès le 7 novembre 1932.

Les remontages sont terminés le 24 janvier 1933 mais la surcharge des bassins de l’Arsenal retarde sa mise au sec, préalable à sa sortie de vérification qui à lieu à la fin du mois de février. Revenu à Lorient le 7 mars, son départ pour sa traversée longue durée est retardé par une avarie d’hélice. La clôture d’armement est prononcée le 6 avril et il quitte Lorient pour Brest le 11 avril 1933.

Rentré de Brest le 13 avril 1933, il appareille pour sa traversée de longue durée qui se résume à une traversée Lorient-Brest avec une participation aux exercices de la 2ème Escadre. Il rallie le port finisterien le 22 avril 1933.

Le 22 avril 1933, le contre-torpilleur Maillé-Brézé est admis au service actif au sein de la 2ème Escadre à Brest.

A son admission au service actif, le Maillé-Brézé est affecté à la 6ème DL qu’il compose avec le Bison et le Vauban, deux unités plus anciennes de classe Guépard.

Le 15 octobre 1933 est créé au sein de la 2ème Escadre un groupe de contre-torpilleurs, le Maillé-Brézé formant la 6ème DL avec le Lion mais seulement trois mois plus tard, en janvier 1934, cette division est formée par le Maillé-Brézé, le Kersaint et le Léopard.

Le 26 mars 1934, le Kersaint est admis au service actif ce qui permet à la 6ème DL de devenir une division homogène avec le Maillé-Brézé, le Vauquelin et donc le Kersaint.

Le 22 octobre 1934, la 6ème DL quitte définitivement Brest pour Toulon où elle arrive le 31 octobre après une escale à Casablanca du 25 au 29. La 6ème DL est alors rebaptisé 9ème DL et affecté au groupe des contre-torpilleurs de la 1ère Escadre.

Pour l’année d’instruction 1936-37, la composition de la 9ème DL évolue puisque la division est désormais composée du Maillé Brézé (Al), du Kersaint et du Cassard, la division étant intégrée à la 3ème Escadre Légère (nouvelle appellation du groupe des contre-torpilleurs de la 1ère Escadre).

Après une fin d’année 1936 consacrée à un grand carénage (Maillé Brézé et Cassard à Toulon, Kersaint à Bizerte), la 9ème DL est affectée en janvier 1937 aux opérations au large de l’Espagne, la 9ème DL devant faire respecter la liberté de navigation menacée par les deux belligérants et leurs alliés.

Le 12 avril 1937 comme les autres DL armées de contre-torpilleurs, la 9ème DL devient 9ème DCT mais ce changement de nom se traduit par aucun changement de composition de la division qui va rester ainsi composée jusqu’au déclenchement de la guerre de Pologne en septembre 1939.

Durant les deux mois de conflit (septembre-décembre 1939), le Maillé-Brézé va effectuer des escortes de convois, des missions de surveillance sans oublier un entrainement constant et de plus en plus intensif pour être prêt à faire face à une entrée en guerre de l’Italie.

La 9ème DCT est en entretien à flot du 1er au 17 janvier, sortant pour essais du 18 au 21 janvier avant remise en condition du 23 au 17 février 1940. Ils rentrent tous à Toulon le 22 février après une escale à Marseille du 18 au 21 février.

Alors que le Kersaint est indisponible pour avarie, le Cassard et le Maillé-Brézé sortent pour un entrainement au combat antisurface du 25 février au 5 mars, faisant escale en rade de Villefranche du 6 au 10 mars avant d’enchainer une école à feux et des lancements de torpilles du 11 au 17 mars allant mouiller aux salins d’Hyères.

Le 20 mars, le Kersaint réparé retrouve ses compères aux salins d’Hyères, les trois contre-torpilleurs effectuant une école à feux jusqu’au 24 mars, date à laquelle les trois contre-torpilleurs rentrent à Toulon.

La 9ème DCT exécute alors un entrainement de division. Quittant Toulon le 30 mars, les trois contre-torpilleurs commencent cet entrainement par une école à feux du 30 mars au 8 avril puis après un ravitaillement à Toulon le 9 avril par un entrainement au combat antisurface du 10 au 15 avril suivit après un nouveau ravitaillement par un entrainement au mouillage de mines du 17 au 21 avril date à laquelle les trois navires reprennent leur poste au quai Noël.

Alors que le Cassard est indisponible suite à une avarie mécanique, le Maillé-Brézé et le Kersaint sortent pour une école à feux nocturne du 27 avril au 1er mai, date à laquelle ils vont mouiller aux salins d’Hyères jusqu’au 8 mai.

Le lendemain 9 mai, le Cassard les y rejoint pour un entrainement commun (combat antisurface, école à feux) du 9 au 18 mai. Après une escale commune à La Ciotat du 19 au 24 mai, les trois navires rentrent à Toulon le 25 mai 1940.

Le Maillé-Brézé va à partir du 1er juin mouiller en grande rade pour entrainement au mouillage, une sortie à la mer étant prévue le 8 juin 1940.

Le 8 juin 1940 à  9.14, peu après un entrainement au lancement simulé de torpilles, une explosion secoue le Maillé-Brézé.

Une torpille de la plate-forme double bâbord s’est auto-allumée, la gargousse de poudre étant restée en place en dépit des consignes. La torpille chassée fonce droit devant, défonçant les cloisons légères. Le cône explosif qui n’était pas en place semble devoir limiter les dégâts mais le réservoir d’air comprimé sous l’effet de la chaleur explose, ravageant les superstructures et déclenchant un terrible incendie qui oblige le commandant, le CF Glottin à noyer les soutes avant de 138mm.

Plusieurs navires de la DP de Toulon  interviennent rapidement mais l’incendie ravage le navire qui pour ne rien arranger, s’enfonce sous l’effet des paquets d’eau envoyés par les navires de secours et finit par couler droit.

Le Maillé-Brézé sécoué par l'incendie. Au fond la presqu'ile de Saint Mandrier

Le Maillé-Brézé secoué par l’incendie. Au fond la presqu’ile de Saint Mandrier

Au total 34 marins ont été tués que ce soit par l’explosion, l’incendie ou la submersion du bâtiment qui est considéré comme irrécupérable. Le Maillé-Brézé est condamné le 17 octobre 1940 et l’épave relevée en février 1941 puis démantelée. Les obsèques des 17 marins morts à l’intérieur du navire feront l’objet d’un faste à la hauteur de l’émotion suscitée. La mémoire du contre-torpilleur sera perpétuée par un contre-torpilleur de classe Guépratte.

8-Croiseurs légers (6)

C-Croiseur mouilleur de mines Pluton

Le croiseur mouilleur de mines Pluton en 1932

Le croiseur mouilleur de mines Pluton en 1932

NdA : théoriquement, je ne devrai pas aborder le Pluton vu qu’il est détruit avant mon point de divergence (13 septembre 1939) mais il me semble nécessaire d’en parler à la fois pour comprendre la suite de l’histoire des croiseurs légers français et au moins par respect pour la mémoire des marins fauchés en ce jour de septembre.

Genèse d’un navire particulier

La mine marine est apparue au cours de la guerre de Sécession mais ce n’est qu’au vingtième siècle qu’elle devient une arme redoutablement performante avec un rapport prix/coût de reviens défiant toute concurrence.

Les alliés utilisèrent massivement la mine durant le premier conflit mondial pour protéger les convois contre les sous marins, créant de véritables corridors pour les convois avec un succès mitigé tout comme celui des bâteaux-piège (Q-ship), l’utilisation des convois, de l’Asdic et d’escorteurs armés de grenades ASM se révélant plus efficaces.

La guerre terminée, la Royale s’interroge sur le futur usage des mines marines. A la fin des années vingt, le seul adversaire potentiel est la marine allemande et pour gêner ses mouvements, la marine française envisage deux usages de la mine : des bouchons de mines dans les estuaires et à des points de passage obligés de la côte allemande et de vastes champs de mines pour barrer de larges passages ou de créer des zones dangereuses pour les forces navales navales allemandes notamment dans des mers resserrées comme la mer du Nord.

Si pour le premier emploi, des sous marins mouilleurs de mines sont prévus (la classe Rubis) pour le second, des navires de surface spécialisés sont nécessaires.

C’est dans ce but qu’à la tranche 1925 (votée le 13 juillet 1925) est financée la construction d’un croiseur de 1ère classe (le futur Suffren), trois contre-torpilleurs de classe Guépard, quatre torpilleurs d’escadre de classe Adroit (les six premiers avaient été financés à la tranche 1924), sept sous marins de 1ère classe, deux sous marins mouilleur de mines de classe Saphir, le transport d’hydravions Commandant Teste et un «croiseur de 6000 tonnes mouilleur de mines» baptisé Pluton.

Carrière opérationnelle

-Le Pluton est mis sur cale à l’Arsenal de Lorient le 16 avril 1928 lancé le 10 avril 1929 et armé pour essais le 15 mai 1930. Il est armé définitivement le 15 novembre 1931 et admis au service actif le 25 janvier 1932.

Le 16 janvier 1932, il quitte Lorient pour Toulon où il est affecté à la Division d’instruction de la 1ère escadre plus précisément comme navire de «l’école d’application du Tir à la mer». Également utilisé comme transport de troupes, il est utilisé dans ces deux rôles jusqu’en 1939.

Le 10 juin 1939, la Division d’instruction est dissoute et le Pluton rejoint la 5ème escadre à Lorient et c’est à ce moment que la décision est prise de le transformer en navire-école d’Application des enseigne de vaisseau en complément du croiseur école Jeanne d’Arc sous le nom de La Tour d’Auvergne.

Il est cependant à noter que jamais le Pluton n’a été officiellement rebaptisé puisque ce changement de nom ne devait être effectif que lors de sa transformation en navire-école d’application pour seconder et soulager le croiseur Jeanne d’Arc.

Le 28 août, il forme théoriquement avec la «Jeanne» la 7ème division de croiseurs mais cette division n’aura aucune réalité effective.

Au moment où éclate la guerre, la France craint une démonstration des cuirassés allemands sur les côtes marocaines. Le 2 septembre 1939, le Pluton appareille de Brest avec un chargement de 125 mines B4 et arrive à Casablanca le 5 septembre 1939.

Entre temps l’opération de minage est devenue sans objet et le Pluton reçoit l’ordre de débarquer ses mines. Le désamorçage et le déchargement des engins doivent avoir lieu le 13 septembre 1939 mais dès le début de l’opération, une énorme explosion ravage le navire et entraine son naufrage. Trois bateaux de pêche amarrés à côté coulent également : l’Etoile du Matin, le Sultan et la Marie Merveilleuse provoquant la mort de 207 hommes.

CL Pluton schéma

Caractéristiques techniques du Pluton

Déplacement :  Washington 5300 tonnes En surcharge 6214 tonnes

Dimensions :  longueur hors tout 152.5m entre perpendiculaires 144m largeur maximum 15.55m tirant d’eau en charge normale (5321 tonnes) 4m à l’avant 5.2m à l’arrière

Propulsion :  deux groupes de turbines à engrenages alimentées en vapeur par quatre chaudières groupées deux par deux et dévellopant en service courant 57000ch et entrainant deux hélices tripales.

Performances :  vitesse maximale 30 noeuds distance franchissable 4150 miles nautiques à 14 noeuds

Protection :  compartimentage très serré

Armement d’origine : 4 canons de 138mm modèle 1923 en affûts simples sous masque, 10 canons de 37mm modèle 1925 en affûts simples, 12 mitrailleuses Hotchkiss de 8mm en six affûts doubles et 2 canons de 47mm modèle 1885 pour les embarcations

Equipements particuliers :  220 mines, nombre pouvant être si besoin est porté à 250 engins mises à l’eau par quatre voies

Equipage :  513 officiers et matelots