Le Conflit (33) Norvège (33)

Jutland et Danemark

Fortifications allemandes

Plus encore que la Norvège la position du Danemark est stratégique pour la défense allemande puisque le pays des Dans contrôle le Skagerrak et le Kattegat permettant d’accéder à la mer Baltique, une mer censée être une mare germanicum ce qui est moins vrai avec la montée en puissance de la Flotte de la Baltique.

De solides fortifications vont protéger la côte occidentale du Danemark et les accès à la mer Baltique en liaison avec des fortifications situées dans le sud de la Norvège notamment du côté de Kristiansand et d’Oslo.

10, 5 cm Krupp, Odderøya

La défense du Skagerrak est assuré côté danois par plusieurs batteries comme les deux Batteries de Hirtshals qui comprennent quatre canons de 105mm sous béton, le tout associé à des postes d’observation, des soutes à munitions souterraines, des abris pour les troupes.

La défense rapprochée est assurée par des pièces légères de DCA (20 et 37mm) et par des tourelles de char démontées, des tourelles de Panzer II (canon de 20mm et mitrailleuse de 7.92mm).

Batterie de 380mm de quoi calmer bien des témérités (ou pas)

A Hanstholm se trouve une puissance batterie de défense côtière qui verrouille le Skagerrak avec la batterie de Vara en Norvège. Elle comprend quatre canons de 380mm sous béton.

Des pièces plus légères sont également présentes comme quatre canons de 170mm, quatre canons de 105mm et quatre canons de 88mm, le tout sous béton. On trouve également des postes de commandement et d’observation sous béton, des abris pour troupes, des dépôts de munitions, des blockhaus d’infanterie disposant de mitrailleuses et de canons antichars associés à des tourelles de char déclassées.

La presqu’ile de Skagen qui marque la limite entre la mer du Nord et la mer Baltique est défendue par une batterie disposant de quatre canons de 120mm modèle 1913, des canons danois retrouvés dans les dépôts de la marine danoise.

Montés sur plate-formes rotatives protégées par du béton, elles disposaient comme de coutumes de postes d’observation, de postes de commandement, d’abris pour la troupe et pour les munitions.

La défense rapprochée de cette batterie est assurée par deux tourelles de Panzer II et par quatre blockhaus d’infanterie disposant chacun d’un canon antichar de 47mm et de deux mitrailleuses de 7.92mm, le tout couvert par des mortiers de 81mm.

En septembre 1952 en raison de la pénurie d’obus de 120mm, ces canons sont remplacés par des canons de 127mm allemands.

Au sud de Skagen on trouve la ville de Frederikshvan avec un dispositif étoffé se composant de soixante-douze bunkers de différente taille, des postes d’observation, des postes de commandement, des abris pour servants, des soutes à munitions bétonnées et bien entendu des blockhaus d’infanterie pour défendre les canons contre un coup de main.

La puissance de feu est conséquente avec six canons de 120mm danois puis six canons de 150mm allemands, des canons antiaériens de 105mm, des canons antiaériens de 20 et de 37mm, des blockhaus d’infanterie disposant d’un canon antichar et de deux mitrailleuses, des tourelles de chars déclassées.

La côte occidentale du Danemark, le Jutland est naturellement sérieusement modifiée car vue comme le meilleur moyen pour les alliés de prendre pied au Danemark (comme nous l’avons vu ce n’est pas si évident que cela).

Des batteries sont implantées à Thyboron, à Agger, à Stavning, à Esjberg, à Oxby et sur l’île de Fano.

A Thyboron on trouve deux canons de 105mm sous masque avec des pièces légères de DCA, des blockhaus d’infanterie et des tourelles de chars déclassées.

A Agger on trouve deux canons de 150mm sous masque, deux canons de 75mm belges eux aussi sous masque, des pièces légères de DCA (20 et de 37mm), deux blockhaus d’infanterie (canon antichar de 37mm tchèque et une mitrailleuse de 7.92mm) et deux tourelles de Panzer II.

A Stavning on trouve quatre canons de 105mm sous masque montés sur plate-formes rotatives le tout protégées par une épaisse couche de béton armé.

On trouve deux postes d’observation, un poste de commandement, quatre abris pour les servants, quatre soutes à munitions (une par pièce) associées à une soute centrale.

On trouve également huit canons de 37mm antiaériens et deux blockhaus d’infanterie (un canon antichar de 37mm tchèque et une mitrailleuse de 7.92mm).

Le port d’Esjberg est couvert par six points d’appui disposant chacun de deux canons de 105mm associés à des pièces légères de DCA (37 et 20mm), des blockhaus d’infanterie (canons antichars et mitrailleuses), des mortiers de 81mm en fosse et des tourelles de Panzer III.

A Oxby il était prévu deux tourelles doubles de 380 et de 406mm mais au final seule une tourelle de 380mm à été aménagée pour repousser au loin la flotte ennemie. L’action de ces canons est relayé par deux canons de 170mm et quatre canons de 150mm.

Cette position est protégée par une solide DCA (canons de 88mm, de 37 et de 20mm), des blockhaus d’infanterie et des tourelles de char déclassées.

Sur l’île de Fano, on trouve quatre canons de 105mm et deux canons de 150mm sous masque montés sur plate-formes rotatives, le tout protégé par du béton. Ces canons sont associés à des pièces de DCA légère (20 et 37mm) et des blockhaus d’infanterie.

A Aalborg une base de sous-marine bétonnée devait être construite mais quand les alliés attaquent on trouve simplement deux alvéoles immergeables et asséchables plus quatre autres encore en travaux, travaux stoppés et qui ne seront jamais repris.

Après guerre la marine danoise envisage d’utiliser cette installation mais y renonce rapidement en raison de nombreuses malfaçons. Les installations sont abandonnées puis détruites non sans mal dans les années quatre-vingt.

La défense de cette base sous-marine est assurée par deux batteries légères à l’entrée du port d’Aalborg, chacune disposant de deux canons de 105mm, de pièces de DCA légères et de blockhaus d’infanterie.

Sur le papier ce dispositif est impressionant, rassurant les allemands et inquiétant les alliés même si on le saura plus tard toutes les batteries ne furent pas toutes armées faute de personnel disponible.

Unités allemandes déployées

Le destroyer Z.15 Erich Steinbrick

-Destroyer Z.15 Erich Steinbrick basé à Aalborg

-Torpilleur T.52 stationné à Aalborg

-Escorteur G.27 stationné à Copenhague

-17. R.-Flottille : R.86 R.90 R.92 à Aalborg R.88 R.94 R.96 à Copenhague

-Dragueurs de mines M.63 M.66 M.107 à Copenhague, M.67 et M.68 à Aalborg

-1. U-Flottille stationnée à Aalborg : U-32 U-34 U-48 U-248 U-250 U-252 U-289 U-290

-Un transport armé et un forceur de blocus

-MIS-6 à Copenhague MIS-7 à Aalborg

-12. Marine Aufklärung Staffel : douze Blohm & Voss Bv-138M stationnés à Esjberg

*
**

Les forces aériennes allemandes déployées au Danemark sont regroupées au sein du X. Fliegerkorps appelé également Fliegerkorps Danmark. Il regroupe les moyens suivants :

Schéma d’un Me-109K

-Jagdgeschwader 10 : 1er groupe volant sur Messerschmitt Me-109K, 2ème groupe volant sur Messerschmitt Me-109L, 3ème groupe volant sur Messerschmitt Me-109L, 4ème groupe volant sur Messerschmitt Me-410 Hornisse.

Dornier Do-217 en vol

-Kampfgeschwader 10 : 1er groupe volant sur Dornier Do-217, 2ème groupe volant sur Dornier Do-217, 3ème groupe volant sur Junkers Ju-388, 4ème groupe volant sur Heinkel He-119

-Aufklärunggeschwader 10 : 1er groupe volant sur Focke-Wulf Fw-189 2ème groupe volant sur Focke-Wulf Fw-189, 3ème groupe volant sur Fieseler Fi-156 Storch 4ème groupe volant sur Focke-Wulf Fw-189

-Transport Gruppen Danmark : Junkers Ju-52/3m et Junkers Ju-90

*
**

Les troupes de la Heer assurant la défense du Danemark sont placées sous le commandement de la 6.Armee. Ces moyens sont les suivants :

-Un état-major implanté à Copenhague

Panzer VI Tiger

-La 34. PanzerDivision une unité créé au printemps 1953 et donc largement inexpérimentée et à l’équipement largement perfectible puisqu’elle ne dispose que de 70% de ses chars 45% de ses semi-chenillés ou encore 54% de son artillerie. Son positionnement loin du Jutland sera critique après guerre mais pas certain que sa présence y aurait changé quoi que ce soit.

canon automoteur Hummel

Sur le plan matériel l’unité dispose de Panzer V Panther et de Panzer VI Tiger, de semi-chenillés Sdkfz 250 et d’automoteurs de 150mm Hummel.

-60ème Corps d’Armée (LX. ArmeeKorps) : 275ème division d’infanterie, 277ème division d’infanterie, le 717ème bataillon de canons d’assaut, un régiment d’artillerie lourde, un régiment antiaérien, un régiment antichar et un bataillon du génie

-61ème Corps d’Armée (LXI ArmeeKorps) : 276ème division d’infanterie, 278ème division d’infanterie, le 718ème bataillon de canons d’assaut, un régiment d’artillerie lourde, un régiment antiaérien, un régiment antichar et un bataillon du génie.

Si le 60ème CA couvre le Jutland, le 61ème est davantage déployé sur la frontière en couverture des unités qui combattent les alliés en Allemagne.

-Festung Copenhaguen : «garnison» de Copenhague composée de deux bataillons composites de faible valeur militaire associé à deux batteries d’artillerie lourde et une compagnie du génie. Les fortifications sont essentiellement celles héritées du Danemark avec quelques blockhaus mais rien de bien extraordinaire.

-Des garnisons dispersées sur les îles danoises là aussi de faible valeur militaire, ne dépassant le volume de la compagnie renforcée.

Ces garnisons sont présentes à Laeso et Anholt (Kattegat), à Samso Endelave et Sejero (entre la péninsule du Jutland et l’île de Sjaelland) ainsi qu’à Bornholm en Baltique.

Unités alliées déployées

La Jutland Task Force placée sous commandement américain comprend les moyens navals suivants :

USS Arizona (BB-39)

-Cuirassés USS Arizona (BB-39) et HMS Iron Duke

-Porte-avions USS Block Island (CVL-34)

-Croiseur lourd USS Toledo (CA-78)

Le USS Brooklyn (CL-40)

-Croiseurs légers USS Brooklyn (CL-40) USS Raleigh (CL-113) HMS Minotaur Defence et Duquesne

-Escorteur d’escadre (ex-Contre-torpilleur) Guepratte

-Destroyers USS Farragut (DD-348) USS Worden (DD-352) USS Aylwin (DD-355) USS Preston (DD-379) HDMS Zealand Bornholm et HMCS Chippewa

-Sous-marins Martinique Mayotte HMS Virtus et Visigoth

-Transport et escorte de la force d’assaut : quatre transports d’assaut  USS Craighead (AK-144) USS Dodridge (AK-145) USS Faribaut (AK-148) Fentress (AK-149), douze LST (dont six canadiens), sept LCI et six LCT canadiens, huit LSL et six LSM le tout escortés par quatre type Hunt IV (HMS Answer Antaeus Ardent Argosy) et deux frégates de classe River, les HMS Plym et Wye.

-Pétrolier RFA Arndale

-Transports rapide HMS Latonna et RFA Fort Beauharnais

Le dispositif aérien est étoffée avec des moyens fournis par la Grande-Bretagne et surtout par les Etats-Unis.

Consolidated Catalina britannique approchant de l’île de Malte

La couverture de la force de combat et de transport est assurée par le Coastal Command avec les hydravions du squadron 212 en l’occurrence des Consolidated Catalina et des bimoteurs du squadron 269 en l’occurence les Blackburn Buccaneer.

Grumman F8F Bearcat

A bord du USS Block Island (CVL-34) on trouve le Carrier Air Group Thirty-Four (CAG-34) qui se composait de deux flottilles de chasse volant sur Grumman F8F Bearcat, une flottille de bombardement en piqué volant sur Curtiss SB2C Helldiver et une flottille de bombardement-torpillage volant sur Grumman TBF Avenger.

Des unités aériennes basées à terre sont également de la partie pour couvrir, éclairer et appuyer les troupes au sol. Ces unités sont fournies par les Etats-Unis et le Danemark.

Republic P-47 Thunderbolt

Côté américain on trouve d’abord quatre groupes de chasse, le 48th Fighter Group volant sur Republic P-47 Thunderbolt, le 361th Fighter Group volant sur Lockheed P-38 Lightning, le 364th Fighter Group volant sur North American P-51 Mustang et le 406th Fighter Group volant sur Bell P-39 Airacobra.

Douglas A-26 Invader

Deux unités d’attaque sont également engagées, le 394th Attack Group volant sur Douglas A-26 Invader et le 410th Attack Group volant sur Republic P-47 Thunderbolt.

North American B-25 Mitchell

Deux unités de bombardement médian sont également engagées, le 44th Combat Bombardement Group volant sur North American B-25 Mitchell et le 467th Combat Bombardement Group volant sur Martin B-26 Marauder.

Lockheed F.7 Lightning

Une unité de reconnaissance est également engagée, le 10th Photo Reconnaissance Group volant sur Lockheed F.7 Lightning.

Supermarine Spitfire Mk IX

Les deux unités danoises de la RAF sont également engagées, le N°464 Squadron (Danish)  volant sur Supermarine Spitfire Mk IX et le N°465 Squadron (Danish)  volant sur des Bristol Beaumont Mk IIID.

Les unités terrestres engagées au Danemark sont les suivantes :

-1ère Brigade mobile danoise (1. Dansk Mobilbrigade)

-Un régiment blindé indépedant, le Régiment des Dragons du Jutland

-Un régiment d’artillerie danois et un groupe d’artillerie norvégien

-1er bataillon de Rangers

-31st Infantry Division (US)

-Eléments blindés fournis par la 1ère division blindée française, un groupement de marche composé de deux escadrons de chars moyens Renault G-2R (appelation officielle : char moyen modèle 1949R), un bataillon d’infanterie mécanisée disposant de VBCI Renault modèle 1949 et un groupe d’artillerie automotrice de 105mm.

-La 11ème division parachutiste (11ème DP) est transportée par voie maritime pour l’exploitation et non parachutée à la grande déception des rivaux de la 25ème DP.

A l’assaut ! (épisode 5)

La préparation du débarquement est classique pour une opération amphibie avec de nombreuses frappes aériennes menées depuis la Grande-Bretagne et même depuis l’Allemagne pour obliger les allemands à disperser leurs moyens de défense.

Les aérodromes sont pilonnés tout comme les sites stratégiques. Les défenses côtières sont naturellement visées via notamment des raids commandos pour neutraliser le maximum de pièces, des opérations «choc et effroi» mais aussi des opérations plus subtiles comme le sabotage des groupes électrogènes, des optiques, des réservoirs de carburant…… .

A l’aube l’aviation en remet une couche pour secouer les défenses allemandes, perturber les communications et gener les mouvements des troupes allemandes.

Les alliés ont envisagé l’engagement des bombardiers lourds de la 8th Air Force pour créer un effet sidération avant d’y renoncer pour une raison obscure. Plusieurs hypothèses peuvent être émises comme la crainte de toucher les civils danois, de trop bouleverser le terrain sans compter les réticences des « gros» à être gaspillés sur le plan tactique.

Alors que les batteries côtières sont à peine remises d’un bombardement aérien plus efficace qu’ailleurs, la flotte ouvre le feu. Les deux cuirassés peuvent quasiment vider leurs soutes pour neutraliser les batteries lourdes, laissant aux croiseurs les batteries médianes et légères.

Enfin les troupes au sol sont mises à terre. Politique oblige c’est la Dansk Mobilbrigade qui est mise à terre en premier pour s’emparer d’une tête de pont dans la direction d’Esjberg.

Les combats sont violents mais les soldats danois submergent les défenses côtières et s’installent solidement en défense. En deuxième vague des éléments blindés fournis par la 1ère Division Blindée française sont mis à terre en compagnie d’éléments du régiment d’artillerie danois.

Cela permet de contrer plusieurs contre-attaques allemandes avec l’aide de l’aviation et de l’artillerie de marine. Très vite les allemands renoncent à rejeter les alliés à la mer préférant couvrir les accès en direction de la frontière allemande et de Copenhague. En clair ils s’enterrent pour contrer l’attaque alliée qui ne vient pas immédiatement.

En effet les alliés décident d’attendre la mise à terre de la 31st Infantry Division (US) mais aussi du régiment de Dragons du Jutland et même de la 11ème Divisison Parachutiste (11ème DP) qui va opérer comme une unité d’infanterie de ligne ce qui ne plut guère aux principaux intéressés.

Ce n’est que le 15 octobre 1953 que les alliés vont reprendre leur avancée sous la forme de trois groupements, un groupement Nord, un groupement Centre et un groupement Sud.

On trouve un groupement Nord sous commandement danois comprenant la 1. Danske Brigade associé à un escadron de dragons, à un régiment d’infanterie américain, un régiment de paras français et un groupe d’artillerie danois.

Ce groupe nord va mettre cap sur Herning puis sur Alborg pour sécuriser tout le nord du Danemark. Il va réaliser également des coups de main vers les îles de Laeso et d’Anholt. Il y rencontre moins de résistance qu’ailleurs et peu ensuite renforcer les deux autres groupes qui se heurtent à davantage de résistance.

Un groupement Centre sous commandement américain comprend un régiment d’infanterie américain, un régiment de parachutistes français un escadron de dragons, quelques éléments de la 1ère division blindée française ainsi que le groupe d’artillerie norvégien. Il met cap sur Vejle et Arhus.

Un groupement Sud sous commandement américain comprend un régiment d’infanterie américain, le reliquat du régiment de dragons, un régiment de paras français et des éléments d’appui américains et danois (notamment le reste du régiment d’artillerie danois). Ses objectifs sont Odense et Copenhague.

Le temps du débarquement est terminé, le temps de l’exploitation est venu.

Revenons un peu en arrière et parlons des pertes navales dans les deux camps. Des pertes lourdes chez les allemands, plus légères chez les alliés.

Côté allemand, les forces navales sont pour ainsi dire anéanties sous les coups de l’aviation et des navires alliés.

Le destroyer Z.15 Erich Steinbrick appareille à l’aube dans l’espoir de surprendre une partie de la flotte alliée, de détruire le maximum de navire et tel un corsaire de disparaître en direction d’eaux moins mal fréquentées. Il n’en aura pas le temps. Son appareillage n’à pas échappé aux alliés qui vont l’attendre de pied ferme.

Après avoir tiré quelques obus de 127mm et lancé une torpille qui ne toucha aucune cible, le destroyer est coulé par les avions du USS Block Island (CVL-34), les F8F Bearcat mitraillant les pièces d’artillerie pendant que les avions d’assaut Curtiss SB2C Helldiver et Grumman Avenger ne passent à l’attaque, le destroyer disparaissant dans un énorme boule de feu, touché selon toute vraisemblance par quatre bombes et deux torpilles !

Le torpilleur T.52 stationné à Aalborg est capturé par les danois, coulé droit dans le port après avoir été sabordé par les allemands dans l’espoir de bloquer le port. Le navire est relevé, inspecté en vue d’une éventuelle remise en service mais très vite les danois comprennent que ce serait un gaspillage de temps et d’argent et préfèrent donc l’envoyer directement à la casse.

L’escorteur G.27 est coulé le 11 octobre 1953 par des Spitfire danois qui le surprennent en plein mer, le détruisant à l’aide de roquettes et de bombes perforantes.

En ce qui concerne les R-Boot, deux sont capturés par les danois et réutilisés par ces derniers (R.86 R.94), deux autres sont victimes de l’aviation américaine (R.88 R.90), le R.92 est frappé par une bombe qui ne lui laisse aucune chance alors que le R.96 est sabordé.

En ce qui concerne les dragueurs de mines, les M-Boote, le M.63 est coulé par un Blackburn Buccaneer du Coastal Command, les M.66 et M.67 sont victimes de mines posées par la Luftwaffe sans que la Kriegsmarine soit au courant (!), le M.68 capturé est remis en service et utilisé par la Danske Marinen jusqu’en 1967 alors que le M.107 est surpris et coulé par le destroyer HDMS Zealand.

Les sous-marins stationnés à Aalborg ne sont comme leurs homologues norvégiens pas tous engagés dans l’opération BOREALIS.

Le U-32 en mer surprend un LST qu’il coule à la torpille. Hélas pour les allemands non seulement ce navire était vide mais en plus le sous-marin est victime des charges de profondeur d’un Consolidated Catalina qui veillait au grain (ou presque).

Le U-34 est lui aussi victime d’un Catalina le 11 octobre 1953 alors qu’il tentait de trouver une position de tir dans l’espoir de couler le USS Faribaut (AK-148) et si jamais l’hydravion américain n’avait pas fait mouche, plusieurs escorteurs fonçaient à pleine vitesse en direction l’importun.

Le U-48 immobilisé pour réparations est sabordé à Aalborg. L’épave est relevée après guerre mais trop dégradée, elle est rapidement envoyée à la ferraille.

Les autres sous-marins sont déployés loin du Danemark que ce soit dans l’Atlantique (U-248 et U-250 coulés respectivement les 5 et 9 novembre 1953) ou dans l’Arctique (U-252 U-289 U-290), ces trois derniers sous-marins étant coulés respectivement le 2 décembre 1953 (un hydravion soviétique), le 21 novembre 1953 (mine) et entre le 8 et le 13 octobre 1953 (cause inconnue)

-Le transport armé et le forceur de blocus incapables de prendre la mer sont sabordés pour embouteiller le port d’Aalborg.

Le MIS-6 capturé par les américains est cédé aux britanniques alors que le MIS-7 est coulé par les Bristol Beaumont Mk IIID.

Les alliés souffrent aussi des coups de l’ennemi mais naturellement à un degré moindre. Le destroyer HMCS Chippewa à pour triste privilège d’être la seule unité à être coulée. Le responsable est un bimoteur Junkers Ju-388, ultime déclinaison (le Ju-488 ne dépassa pas le stade prototypal) du Ju-88. Surgissant d’un trou dans la couche nuageuse, le bimoteur place deux bombes dont l’une explose sur une plate-forme lance-torpilles. Le navire coule rapidement après avoir été coupé en deux.

Deux LSM et un LST sont également coulés par des batteries côtières, les coastal battery représentant jusqu’au bout une menace ou du moins une nuisance. D’autres navires amphibies sont perdus notamment un LST canadien, deux LCI, un LST et quatre LCM eux aussi canadiens.

Un certain nombre de navires vont être endommagés comme le croiseur léger USS Raleigh (CL-113) ou encore le HDMS Zealand.

D’autres navires sont endommagés que ce soit accidentellement (échouage sans gravité du destroyer américain Aylwin) ou sous les coups de l’ennemi comme le croiseur léger français Duquesne touché par une bombe et des roquettes ce qui lui impose plusieurs semaines de réparations.

Le sous-marin Mayotte est secoué par l’explosion d’une mine. Il parvient à rallier non sans mal Chatham mais la guerre est finie pour lui, les travaux se terminant en juin 1954 et sa carrière sera naturellement raccourcie par rapport à d’autres submersibles.

20-Ordre de bataille et Programme de guerre (5)

Navires auxiliaires

Quand le second conflit mondial éclate, la marine nationale dispose du train d’escadre suivant :

-Pétroliers-caboteurs Aube (Méditerranée) Nièvre (Toulon) L’Ardèche (Beyrouth) Le Blavet (Dunkerque) La Lèze (Brest)

-Pétroliers Le Loing (Antilles) Mékong (Bizerte) Niger (Indochine) Elorn (Toulon) Le Var (Brest) Sèvre (Toulon)

-Ravitailleurs Rapides L’Adour (Toulon) Lot (Brest) Tarn (Mers-El-Kébir) La Charente (Brest), La Mayenne (Bizerte), La Baïse (Mers-El-Kébir)

-Pétroliers ravitailleurs d’escadre La Seine (Brest) La Saône (Toulon) La Medjerda (basée à Mers-El-Kébir mais en carénage à Bizerte) Le Liamone (Toulon) Le Rhône (Indochine) et La Garonne (Diego-Suarez)

-Ravitailleur de sous-marins Jules Verne (Brest) + L’Atlantide en construction à La Ciotat.

-Ravitailleurs d’hydravions Sans Souci (Brest) Sans Peur (Toulon) Sans Pareil (Bizerte) et Sans Reproche (basé à Mers-El-Kébir déployé à Porto Vecchio)

-Cargos rapides Mers-El-Kébir (Brest) L’Oran (basé à Bizerte mais est à Toulon) Sidi-Bel-Abbès (Toulon), Tlemcen (Toulon) Mostaganem (Brest), Chelif (en construction)

-Transport littoral Golo (Bizerte)

A cela s’ajoute d’autres auxiliaires comme le mouilleur de filets Gladiateurs et les indispensables remorqueurs et gabares.

Comme en septembre 1939, la MarMar, la marine marchande est mise à contribution pour renforcer les moyens de la marine nationale. Si une grande partie des navires sont utilisés comme en temps de paix pour leur mission originale de transport, certains navires vont recevoir des missions plus militaires.

C’est ainsi que les paquebots et autres paquebots-ferry sont transformés en transport de troupes, en navires-hôpitaux ou en croiseurs auxiliaires tout comme le sont certains cargos.

Cependant la marine estime que cela ne suffit pas et décide de commander deux navires-ateliers qui sont une déclinaison des cargos rapides de type Oranie et deux pétroliers rapides type La Seine destinés à compenser les pertes éventuelles. Si les deux premiers navires sont baptisés Vulcain et Héphaïstos, les deux nouveaux PRE sont baptisés La Dordogne et La Durance.

Bilan

Au final, le programme de guerre de janvier 1949 autorise la construction de deux cuirassés de 47000 tonnes de deux porte-avions légers de 16000 tonnes, de neuf croiseurs légers de 8500 tonnes, de huit escorteurs d’escadre de 3500 tonnes, de seize escorteurs rapides de 1300 tonnes, de douze patrouilleurs anti-sous-marins de 700 tonnes, de vingt-quatre sous-marins de 900 tonnes, de deux navires-ateliers de 8000 tonnes et de deux PRE de 9000 tonnes, ces soixante dix-sept navires représentant 315300 tonnes de constructions neuves.

Planning des constructions du programme de guerre

Cuirassés

-Le Languedoc est mis sur cale à l’Arsenal de Brest (forme n°11) le 14 mai 1948 lancé le 23 mars 1950 et mis en service au printemps 1951.

-Le Moselle est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers de Saint-Nazaire-Penhoët le 15 août 1948 lancé le 4 septembre 1950 et mis en service en octobre 1951

Porte-avions légers

-Le Guillaume le Conquérant est mis sur cale aux chantiers Harland & Wolff de Belfast le 12 avril 1949 lancé le 14 septembre 1950 et mis en service le 2 janvier 1951

-Le Henri Plantagênet est mis sur cale aux chantiers Harland & Wolff de Belfast le 5 mai 1949 lancé le 2 octobre 1950 et mis en service le 12 janvier 1951

Croiseurs légers

La commande de neuf croiseurs légers à pu paraître à certains comme surdimensionnée mais la marine craignait d’importantes pertes en croiseurs sous les coups des sous-marins et de l’aviation ennemie.

Dès le mois de mars 1949, la marine revoit ses priorités et décide de fractionner sa commande de neuf croiseurs en trois ségments de trois navires.

-Le Lamotte-Picquet est mis sur cale à l’Arsenal de Lorient mis sur cale le 12 février 1949 lancé le 8 juin 1950 et mis en service le 3 octobre 1950

-Le Duquesne est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers de la Loire (ACL) à Saint Nazaire le 12 mai 1949 lancé le 6 novembre 1950 et mis en service en février 1951

-Le Phillipe Auguste est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers Maritimes du Sud-Ouest & de Bacalan Réunis à Bordeaux le 8 mars 1949 lancé le 12 septembre 1950 et mis en service en mars 1951

Les pertes en croiseurs s’étant révélés plus faibles que prévues, la construction des six autres non encore baptisés est suspendue en mars 1951.

Escorteurs d’escadre

Si les croiseurs légers ne sont pas prioritaires, cela est bien différent pour les escorteurs d’escadre qui sont jugés ultra-prioritaires.

-Le Surcouf est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers de France (ACF) à Dunkerque le 12 février 1949 lancé le 8 septembre 1949 et mis en service le 7 janvier 1950.

-Le Kersaint  est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers du Havre (ACH) le 2 mars 1949 lancé le 12 octobre 1949 et mis en service le 4 février 1950

-Le Bouvet est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers du Havre (ACH) le 12 mars 1949 lancé le 2 novembre 1949 et mis en service le 4 avril 1950

-Le Dupetit-Thouars est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers du Havre (ACH) le 8 mai 1949 lancé le 7 janvier 1950 et mis en service le 9 juin 1950

-L’D’Estrées est mis sur cale aux Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM) au Havre le 8 avril 1949 lancé le 17 février 1950 et mis en service le 30 juin 1950

-Le Du Chayla est mis sur cale aux ACSM du Trait le 8 mars 1949 lancé le 2 février 1950 et mis en service le 7 septembre 1950

-Le Duperré est mis sur cale à l’Arsenal de Brest le 8 juin 1949 lancé le 12 mars 1950 et mis en service le 12 décembre 1950

-Le Forbin est mis sur cale à l’Arsenal de Lorient le 12 septembre 1949 lancé le 8 juin 1950 et mis en service le 12 février 1951

Escorteurs rapides

Les seize escorteurs rapides (ex NLC) doivent être capables à la fois de remplacer un torpilleur d’escadre mais également un escorteur, être capables de mener une attaque à la torpille et offrir une escorte musclée aux convois. Ces seize navires dont la construction est confiée aux chantiers privés reprennent les noms des torpilleurs d’escadre type Bourrasque et L’Adroit.

-Le Bourrasque est mis sur cale aux Anciens Chantiers Dubigeon de Nantes le 8 février 1949 lancé le 23 décembre 1949 et mis en service le 15 avril 1950

-L’Adroit  est mis sur cale aux Anciens Chantiers Dubigeon de Nantes le 12 mars 1949 lancé le 27 janvier 1950 et mis en service le 8 juillet 1950

-Le Fougueux  est mis sur cale aux Anciens Chantiers Dubigeon le 4 avril 1949 lancé le 12 janvier 1950 et mis en service le 8 juillet 1950

-Le Foudroyant est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers de Bretagne (ACB) de Nantes le 12 mai 1949 lancé le 23 février 1950 et mis en service le 12 août 1950

-Le Frondeur  est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers de Bretagne (ACB) de Nantes le 21 mai 1949 lancé le 7 mars 1950 et mis en service le 12 août 1950

-L’Ouragan  est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers de la Loire (ACL) de Nantes le 8 mars 1949 lancé le 3 janvier 1950 et mis en service le 15 mai 1950

-L’Orage est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers de la Loire (ACL) de Nantes le 8 mars 1949 lancé le 3 janvier 1950 et mis en service le 15 mai 1950

-Le Cyclone est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers de la Gironde à Bordeaux le 8 juillet 1949 lancé le 17 juin 1950 et mis en service le 8 décembre 1950

-Le Siroco est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers de la Gironde à Bordeaux le 15 juin 1948 lancé le 21 juillet 1949 et mis en service le 8 mars 1950

-Le Mistral est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers de Provence (ACP) à Port de Bouc le 8 avril 1949 lancé le 12 décembre 1949 et mis en service le 8 mars 1950

-La Palme est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers de Provence (ACP) de Port Bouc le 12 avril 1949 lancé le 14 décembre 1949 et mis en service le 15 mars 1950

-Le Mars est mis sur cale aux  Ateliers et Chantiers de Provence (ACP) de Port Bouc le 7 mai 1949 lancé le 5 janvier 1950 et mis en service le 3 mai 1950

-Le Tempête est mis sur cale aux  Ateliers et Chantiers de Provence (ACP) de Port Bouc le 21 avril 1949 lancé le 8 mai 1950 et mis en service le 2 décembre 1950

-La Tramontane  est mis sur cale Ateliers et Chantiers de Provence (ACP) de Port Bouc le 30 avril 1949 lancé le 21 mai 1950 et mis en service le 4 janvier 1951

-Le Typhon est mis sur cale aux Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM) de La Seyne sur Mer le 8 septembre 1949 lancé le 12 août 1950 et mis en service le 8 mars 1951

-La Tornade est mis sur cale aux Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM) de la Seyne sur Mer le 12 octobre 1949 lancé le 21 septembre 1950 et mis en service le 12 mai 1951

Seize navires vont donc être mis en service avril 1950 et mai 1951. Formant quatre DER (Division d’Escorteurs Rapides), ils vont assurer à la fois des missions d’escorte et des missions d’attaque, complétant/remplaçant les torpilleurs légers.

Patrouilleurs ASM

Douze patrouilleurs de 700 tonnes sont commandés en février 1949 pour renforcer les capacités de chasse aux submersibles de la marine nationale. Ils sont commandés aux Chantiers Auguste Normand du Havre (quatre navires) , aux Chantiers Navals Français (CNF) à Caen (quatre navires), à l’Arsenal de Lorient (deux) et aux Ateliers et Chantiers de Bretagne à Nantes (deux)

-Le Patrouilleur Guêpe est mis sur cale aux chantiers Auguste Normand du Havre le 2 mars 1949 lancé le 12 novembre 1949 et mis en service le 8 février 1950
-Le Patrouilleur Mouche est mis sur cale aux Chantiers Navals Français (CNF) de Caen le 8 avril 1949 lancé le 2 novembre 1949 et mis en service le 11 février 1950

-Le Patrouilleur Araignée est mis sur cale aux Chantiers Navals Français (CNF) de Caen le 12 mai 1949 lancé le 7 décembre 1949 et mis en service le 2 mars 1950

-Le Patrouilleur Bourdon est mis sur cale aux chantiers Auguste Normand du Havre le 7 juin 1949 lancé le 8 février 1950 et mis en service le 12 mai 1950

-Le Patrouilleur Libellule est mis sur cale aux Chantiers Navals Français (CNF) de Caen le 18 novembre 1949 lancé le 21 juin 1950 et mis en service le 2 septembre 1950

-Le Patrouilleur Frelon est mis sur cale aux chantiers Auguste Normand du Havre le 8 décembre 1949 lancé le 17 juillet 1950 et mis en service le 8 septembre 1950

-Le Patrouilleur Scorpion est mis sur cale aux Chantiers Navals Français (CNF) de Caen le 6 janvier 1950 lancé le 14 juillet 1950 et mis en service le 3 octobre 1950

-Le Patrouilleur Moustique est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers de Bretagne (ACB) à Nantes le 15 février 1950 lancé le 5 janvier 1951 et mis en service le 8 mai 1951

-Le Patrouilleur Abeille est mis sur cale aux chantiers Auguste Normand du Havre le 17 mars 1950 lancé le 21 décembre 1950 et mis en service en février 1951

-Le Patrouilleur Coléoptère est mis sur cale à l’Arsenal de Lorient le 21 juin 1950 lancé le 12 février 1951 et mis en service le 6 juin 1951
-Le Patrouilleur Criquet est mis sur cale à l’Arsenal de Lorient le 21 mars 1951 lancé le 27 décembre 1951 et mis en service le 6 mai 1952

-Le Patrouilleur Sauterelle  est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers de Bretagne (ACB) à Nantes le 3 avril 1951 lancé le 30 décembre 1951 et mis en service le 8 avril 1952

Caractéristiques Techniques

Déplacement : standard 700 tonnes

Dimensions : longueur hors tout 60m largeur 9m tirant d’eau 3.50m

Propulsion : quatre moteurs diesels de 5000ch entrainant une hélice

Performances : vitesse maximale 18 noeuds distance franchissable : nc

Armement : un canon de 100mm à l’avant, quatre canons de 37mm, quatre mitrailleuses de 7.5mm et trente-deux grenades ASM

Equipage : 30 officiers et marins

Sous-marins

Le programme de guerre prévoit la construction de 24 sous-marins type Phenix. Les premières leçons du conflit sont rapidement digérées et le projet Y4 est jugé perfectible, donnant naissance au modèle Y5 de 980 tonnes, un intermédiaire entre le sous-marin de moyenne et de grande patrouille, entre le Rolland Morillot et le Phenix.

Cependant comme pour les croiseurs légers, les pertes en sous-marins se révèlent plus faibles que prévues, les forces anti-sous-marines allemandes ne se montrant pas d’une efficacité aussi redoutable que les italiens qui prélèvent également leur part avec trois sous-marins français coulés lors de l’opération Merkur contre la Corse et Malte.

Un amendement au programme de guerre voit la commande de sous-marins type Y5 limitée à douze, les douze autres devenant une version améliorée des Rolland Morillot, des sous-marins capables d’opérer facilement dans le Pacifique, un officier de marine lucide les appelant «Vengeurs de l’Indochine».

Pour fluidifier la construction, les commandes vont être étalées avec une première commande de quatre Y5 et de deux Z4 (Rolland Morillot mod.) en février 1949, quatre Y5 et de deux Z4 en septembre 1949, quatre Y5 et deux Z4 en juin 1950 et enfin six Z4 en juin 1951.

La construction est répartie entre l’Arsenal de Cherbourg, les chantiers Auguste Normand du Havre, les Ateliers et Chantiers de Seine Maritime du Trait et les Anciens Chantiers du Dubigeon de Nantes.

Première commande de février 1949

Les quatre premiers Y5 baptisés vont être tous construits par l’Arsenal de Cherbourg qui dispose de quatre cales de libre.

-L’Antiope est mis sur cale le 17 mars 1949 lancé le 8 août 1950 et mis en service le 7 janvier 1951

-L’Amazone est mis sur cale le 8 avril 1949 lancé le 2 septembre 1950 et mis en service le 11 février 1951

-L’Orphée est mis sur cale le 5 mai 1949 lancé le 11 octobre 1950 et mis en service le 25 mars 1951

-La Sibylle est mis sur cale le 7 juin 1949 lancé le 30 octobre 1950 et mis en service le 4 mai 1951

Les deux Z4 sont commandés aux ACSM du Trait dans l’estuaire de la Seine

-Sous-marin Achille mis sur cale le 12 mai 1949 lancé le 8 janvier 1951 et mis en service le 2 septembre 1951

-Sous-marin Persée mis sur cale le 19 mai 1949 lancé le 15 janvier 1951 et mis en service le 15 septembre 1951

Deuxième commande de septembre 1949

Les quatre Y5 sont commandés à part égales aux chantiers Auguste Normand du Havre et aux Anciens Chantiers Dubigeon de Nantes.

-Le Circé est mis sur cale aux chantiers Auguste Normand du Havre le 12 novembre 1949 lancé le 8 mars 1951 et mis en service le 30 juillet 1951

-La Calypso est mis sur cale aux Anciens Chantiers Dubigeon le 17 février 1950 lancé le 30 juillet 1951 et mis en service le 23 janvier 1952

-La Doris est mis sur cale aux Anciens Chantiers Dubigeon le 8 mai 1950 lancé le 5 novembre 1951 et mis en service le 12 juin 1952

-Le Thetis  est mis sur cale aux chantiers Auguste Normand du Havre le 12 avril 1951 lancé le 15 octobre 1952 et mis en service le 7 mai 1953

Les deux Z4 de la deuxième commande sont commandés à l’Arsenal de Cherbourg. Ils sont baptisés  Pascal et Argo reprennant les noms de «1500 tonnes» désarmés.

-Le Pascal est mis sur cale le 12 août 1950 lancé le 8 janvier 1952 et mis en service le 17 juin 1952

-L’Argo est mis sur cale le 10 septembre 1950 lancé le 18 février 1952 et mis en service le 7 août 1952

Commande de juin 1950

Les quatre Y5 baptisés Sirène Naïade Galatée et Argonaute sont tous commandés aux ACSM du Trait.

-La Sirène est mise sur cale le 26 juin 1950 lancé le 2 janvier 1952 et mis en service le 7 juillet 1952

-La Naïade est mis sur cale le 12 juillet 1950 lancé le 15 janvier 1952 et mis en service le 12 août 1952

-Le Galatée est mis sur cale le 8 septembre 1950 lancé le 3 mars 1952 et mis en service le 8 octobre 1952

-L’Argonaute est mis sur cale le 12 novembre 1950 lancé le 15 juin 1952 et mis en service le 8 janvier 1953

Les deux Y4 sont commandés aux Anciens Chantiers Dubigeon. Ils sont baptisés Henri Poincaré et Pasteur.

-Le Henri Poincaré est mis sur cale le 6 septembre 1950 lancé le 12 janvier 1952 et mis en service le 8 juin 1952

-Le Pasteur est mis sur cale le 12 octobre 1950 lancé le 4 mars 1952 et mis en service le 17 août 1952

Commande de juin 1951

Six sous-marins type Z4 sont donc commandés en juin 1951. Leur construction est confiée à l’Arsenal de Cherbourg et aux Anciens Chantiers Dubigeon, les chantiers normands étant jugés trop proche de l’Allemagne. Comme leurs devanciers, ils reprennent les noms des sous-marins type Redoutable désarmés au cours de la décennie 1940.

-L’Ajax est mis sur cale à l’Arsenal de Cherbourg le 8 juillet 1951 lancé le 30 décembre 1952 et mis en service le 7 mai 1953

-Le Poncelet est mis sur cale aux Anciens Chantiers Dubigeon le 4 septembre 1951 lancé le 5 janvier 1953 et mis en service en juillet 1953

-L’Archimède est mis sur cale à l’Arsenal de Cherbourg le 17 septembre 1951 lancé le 12 février 1953 et mis en service le 15 septembre 1953

-Le Fresnel est mis sur cale aux Anciens Chantiers Dubigeon le 21 novembre 1951 lancé le 2 mars 1953 et mis en service en septembre 1953

-L’Acheron est mis sur cale à l’Arsenal de Cherbourg le 12 janvier 1953 lancé le 23 décembre 1954 (soit après la fin de la guerre) et mis en service en octobre 1954

-L’Actéon est mis sur cale aux Anciens Chantiers Dubigeon le 8 février 1953. Quand s’achève la guerre en septembre 1954, le sous-marin est quasiment achevé. Lancé le 8 octobre 1954, il est achevé seulement en 1956 comme sous-marin expérimental.

Navires-ateliers

Si les navires à voile nécessitaient assez peu d’entretien, l’apparition de la propulsion vapeur eut pour conséquence un alourdissement conséquent de la charge de travail des équipages qui parfois étaient dépassés par l’ampleur de la tache.

D’où l’idée de spécialiser des navires dans l’entretien. C’est l’apparition du navire-atelier, le premier exemple en France étant le Foudre, un croiseur porte-torpilleur qui fût également utilisé comme porte-hydravions.

Elle est remplacée dans cette mission par un ancien paquebot allemand, le Phoenica datant de 1894  Saisi par les russes lors du conflit russo-japonais, il est utilisé sous le nom de Kronstadt comme navire-atelier.

Il se réfugie avec le reste de la flotte blanche en 1921 à Bizerte. Réquisitionné puis acheté, il est rebaptisé Vulcain, ce navire est utilisé jusqu’à sa mise en réserve en 1933. Il est condamné en 1937 puis vendu à la démolition en décembre 1938, laissant la marine nationale sans navire-atelier dédié quand éclate la guerre de Pologne.

Il y avait bien le bâtiment de soutien aux sous-marins Jules Verne qui de temps en temps rendaient des services aux bâtiments de surface mais il avait déjà fort à faire avec les sous-marins dont les nécessités d’entretien étaient encore plus grandes.

En dépit de l’expansion de la flotte tant de combat que de soutien, aucun navire-atelier n’est commandé ni même acheté et quand éclate le second conflit mondial en septembre 1948, aucun navire spécialisé n’équipe la marine nationale qui doit se contenter de la transformation hâtive de navires marchands.

Cette solution montre rapidement ses limites. La campagne de Norvège à provoqué des pertes sensibles mais aussi à endommagé de nombreux navires. L’utilité du navire-atelier saute aux yeux des marins français pour réparer les avaries de combat, stabiliser un navire comme on stabilise un patient avant de véritables réparations dans un Arsenal ou un chantier parfaitement outillé.

Le programme de guerre de janvier 1949 finance ainsi la construction de deux navires ateliers qui reprennent la coque et le système propulsif des cargos de type Commission, ces deux navires étant baptisés Vulcain et Héphaïstos et construits à Saint-Nazaire, le premier aux ACL et le second aux Ateliers et Chantiers de Saint Nazaire-Penhoët.

-Le Vulcain est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers de la Loire (ACL) à Saint Nazaire le 12 avril 1949 lancé le 8 juin 1950 et mis en service le 4 septembre 1950

-L’Hephaïstos  est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers de Saint Nazaire-Penhoët le 4 juin 1949 lancé le 2 octobre 1950 et mis en service le 8 février 1951

Pétroliers-ravitailleurs d’escadre

Quand éclate le second conflit mondial, la marine nationale dispose de 23 pétroliers dont 6 PRE _Pétroliers Ravitailleurs d’Escadre_ dont la mission exclusive est de ravitailler les escadres et les groupes occasionnels en mazout et au mouillage en munitions, pièces détachées, vivres et autres fournitures.

En dépit de cette flotte assez confortable, la marine nationale obtient la commande de deux autres PRE quasi-identiques aux six en service, des navires baptisés La Dordogne et La Durance.

-Le PRE La Dordogne est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers Maritimes du Sud-Ouest & de Bacalan Réunis sis à  Bordeaux le 8 juillet 1949 lancé le 12 septembre 1950 et mis en service le 8 janvier 1951.

-Le PRE La Durance est mis sur cale aux Forges et Chantiers de la Gironde de Bordeaux le 8 septembre 1949 lancé le 1er décembre 1950 et mis en service le 12 mars 1951

20-Ordre de bataille et programme de guerre (4)

Contre-torpilleurs

Si il y à bien un domaine où la France peut être fière de sa flotte, c’est bien celui-ci. Ces contre-torpilleurs sont sans équivalent dans le monde en terme de puissance propulsive, de puissance de feu. Ils ne sont pas exempts de défauts même si les défauts les plus criants ont pour ainsi dire été tous corrigés enttre 1939 et 1948.

Quand le second conflit mondial éclate en septembre 1948, la marine nationale dispose de 35 contre-torpilleurs répartis entre les six Aigle, les cinq Vauquelin (perte du Maillé-Brézé en 1940), les 6 Le Fantasque, les 2 Mogador et leurs demi-frères, les 4 contre-torpilleurs de classe Hoche, les 6 puissants contre-torpilleurs de classe Bayard et les 6 contre-torpilleurs de classe Bruix.

Six autres contre-torpilleurs sont en construction quand éclate le conflit, les six navires de classe Guépratte ( Guépratte Ronar’ch Maillé Brézé D’Estaing Vautreuil et Aumale) quasiment identiques aux Bayard et aux Bruix ce qui fait dire à certains que la classe Bayard compte dix-huit navires.

Théoriquement, les Guépratte devaient remplacer les Aigle qui avaient été pourtant modernisés notamment avec le remplacement des canons de 138mm par des 130mm DP. Le déclenchement du conflit fait qu’ils vont remplacer les navires perdus.

Au large de la Norvège, les contre-torpilleurs Vautour et Kersaint sont coulés par l’aviation allemande ce qui va entrainer une réorganisation des divisions de contre-torpilleurs dont l’existence même est remise en cause.

La construction des Guépratte est accélérée mais aucun autre contre-torpilleur va être commandé, la marine nationale préférant réorganiser ses catégories de navires. En fusionnant les catégories «contre-torpilleurs» et «torpilleurs d’escadre», la marine invente l’escorteur d’escadre qui va être le futur maitre-étalon de la force de combat de la marine nationale.

Le programme de guerre de janvier 1949 voit la commande de huit escorteurs d’escadre de classe Surcouf baptisés Surcouf Kersaint Bouvet Dupetit-Thouars D’Estrées Du Chayla Duperré et Forbin, des navires de 3500 tonnes à pleine charge, filant à 33 noeuds, mesurant 132.50m de long avec un armement composé de six canons de 130mm en trois tourelles doubles (une avant et deux arrière), seize canons antiaériens de 37mm en huit affûts doubles, huit canons de 25mm en affûts simples ou doubles, douze tubes lance-torpilles de 550mm en quatre plate-formes triples latérales et deux grenadeurs de sillage pour la lutte ASM.

La construction des huit escorteurs d’escadre est repartie entre les ACF (Surcouf), les ACH (Kersaint Bouvet Dupetit-Thouars), les FCM du Havre (D’Estrées), les ACSM du Trait (Du Chayla), l’Arsenal de Brest (Duperré) et l’Arsenal de Lorient (Forbin)

Torpilleurs d’escadre

Quand éclate le second conflit mondial en septembre 1948, la marine nationale dispose de 39 torpilleurs d’escadre plus quatre encore en construction aux Etats Unis.

Ces torpilleurs d’escadre répartis entre la classe Le Hardi (8), la classe Intrepide (23) et la classe Empire (8+4 en construction) sont chargés pour leur majorité de protéger les treize cuirassés et les cinq porte-avions soit un besoin minimal 36 navires.

Trois sont déployés à Dunkerque comme navires d’attaque au sein de l’ELN, les quatre navires en construction aux Etats Unis devaient normalement être affectés au Levant (2) et en Indochine (2).

Durant la campagne de Norvège, la marine nationale perd les torpilleurs Le Téméraire et L’Arquebuse. Elle décide donc que les quatre torpilleurs en construction aux Etats Unis seront déployés en Europe.

Elle s’interroge sur la nécessité de construire de nouveaux TE de classe Empire pour compenser les pertes inévitables.

Comme les TE et les CT ont été fusionnés en une seule classe d’EE, aucun TE ainsi nommé ne va être commandé mais il manque un navire léger bon à tout faire pouvant escorter des convois, combattre les navires légers ennemis, faire de la présence.

Torpilleurs légers

En septembre 1948, la marine nationale dispose de 28 torpilleurs légers de classe Le Fier/Colonie répartis en sept divisions de quatre navires, six divisions étant déployés en Europe et la septième en Indochine.

Ces navires vont se montrer efficaces et vont donner du fil à retordre aux allemands, italiens et même aux japonais.

Le programme de guerre de janvier 1949 décide de commander de nouveaux Navires Légers de Combat (NLC) capable de mener des missions de combat et d’escorte. Prévoyant de lourdes pertes, elle commande seize NLC qui seront ultérieurement reclassés Escorteurs Rapides.
Ces navires qui reprennent les noms des Bourrasque et des Adroit sont d’élégants navires de 1300 tonnes, filant à 30 noeuds avec un armement théorique composé d’une tourelle double de 100mm à l’avant, une DCA légère composée de canons de 37mm et un armement ASM composé de deux grenadeurs de sillage et d’un projecteur de fusées ASM installé à l’avant.

Cette première version ne satisfait pas la marine qui le juge sous-armée. Une nouvelle version voit donc le jour, les quatre premiers navires sont modifiés in-extremis selon les nouvelles caractéristiques

Cette deuxième version du NLC est ainsi armée de deux tourelles doubles de 100mm (une avant et une arrière), une DCA légère composée de huit canons de 37mm en quatre affûts doubles, quatre tubes lance-torpilles de 550mm en deux plate-formes doubles latérales, deux grenadeurs de sillage et un projecteur de fusées ASM.

Les seize NLC commandés aux Arsenaux et aux chantiers privés sont jugés aptes à la lutte ASM mais leur capacité antiaérienne pourrait être améliorée. La marine décide de lancer des études pour un ER-AA pour compléter les ER (ex-NLC), aucune commande n’est cependant encore passée, le projet étant encore dans les limbes.

Avisos, escorteurs et patrouilleurs

Si il y à bien un domaine où la marine nationale ne manque pas de moyens, c’est bien dans cette catégorie. Outre les aviso-coloniaux aux capacités limités dans ce domaine, elle peut aligner les treize aviso-dragueurs de classe Elan, les vingt-quatre aviso-dragueurs coloniaux de classe Gazelle et les trente deux corvettes classe La Malouine soit 69 navires d’escorte plus quels patrouilleurs.

En dépit de ce nombre important, la marine souhaite commander de nouveaux navires anti-sous-marins pour anticiper les pertes que l’on craint lourdes sous les coups de l’aviation et des sous-marins allemands, italiens voir japonais.

Le programme de guerre voit ainsi la commande de douze patrouilleurs ASM. Ces patrouilleurs sont d’une simplicité biblique.

Une coque simple, des superstructures réduites au maximum, la généralisation de la soudure, une propulsion par machine alternative à triple expansion ou diesel et un armement basique et pas moins efficace avec un canon de 100mm à l’avant (le 75mm était jugé trop faible), quelques pièces de DCA légère, des mitrailleuses et surtout des grenades ASM en grand nombre.

Ces petits patrouilleurs doivent essentiellement escorter des convois côtiers ou des convois méditerranéens, déchargeant ainsi les escorteurs océaniques de leur protection. Ils doivent aussi pouvoir protéger une escadre au mouillage.

Sous-marins

Entre le 5 septembre et le 27 octobre 1948 _durée de la campagne de la Norvège même si il y eut encore quelques combats sporadiques jusqu’au 1er novembre_, la Royale va perdre sept sous-marins appartenant à l’ELN et à la 5ème Escadre sous les coups des sous-marins ennemis, de l’aviation et de navires de surface.

Certes la sous-marinade française peut se consoler en se disant qu’elle à coulé le 9 septembre 1948 le croiseur lourd Blücher (quatre torpilles cadeau du Casabianca), endommagé le Oldenburg le 27 septembre (Rolland Morillot deux torpilles) et coulé plusieurs navires marchands mais avec sept sous-marins perdus en sept semaines, la force sous-marine française s’inquiète.

Quand le conflit éclate, quatre submersibles sont en construction mais même en accélérant la construction, la Royale craint d’être sur la corde raide. D’où la commande de vingt-quatre sous-marins de type Phenix jugés plus maniables et plus aisés à construire que les Rolland Morillot.