Pologne et Pays Neutres (57) Suisse (7)

Armée de Terre helvétique

Historique

Dans cette partie je vais aborder la partie historique concernant l’armée suisse c’est à dire soit les événements postérieurs à 1848 ou les événements antérieurs mais concernant des cantons et des unités militaires suisses servant des entités politiques helvétiques qu’elles soient dépendantes ou indépendantes.

Le 3 février 1798 est créé à Berne un bataillon de volontaires vaudois appelé Légion fidèle car composée de soldats souhaitant lutter contre l’invasion française. Appelée également Légion Romande et Bataillon Rovéréa, cette unité se composait de 620 hommes répartis en cinq compagnies. Elle est dissoute dès le 5 mars 1798.

Les principaux uniformes de la Légion Helvétique

Dans le camp opposé on trouve la Legion Helvétique levée comme son nom l’indique pour servir l’une des républiques-soeurs mises en place par la France à savoir la République Helvétique. La légion est créée le 4 février 1798 et disparaitra en même temps que l’état qu’elle sert en 1803.

Composée de 1500 hommes répartis en quinze compagnies, elle constitue la première tentative nationale d’un service militaire obligatoire formant une milice et dont l’équipement et l’instruction sont uniformisées.

En 1815 suite à la renaissance de la confédération helvétique la question militaire revient rapidement sur le tapis. Chaque canton doit fournir à la armée confédérale (Bundesheer) un contingent correspondant à 2% de sa population. L’objectif est de disposer d’une armée de 33000ch. Il est également interdit aux cantons de déclarer la guerre, de signer des capitulations ou des accords de paix avec des pays étrangers.

Panorama d’uniformes suisses au moment de la guerre du Sonderbund

En 1848 après la guerre du Sonderbund une nouvelle constitution et une nouvelle armée sont mis sur pied.

Enfin c’est plus compliqué que cela car l’article 13 du nouveau texte interdit toute armée permanente et plafonne les effectifs de chaque canton à 300 hommes hors les Landjäger une sorte de police locale.

L’article 18 impose à tout citoyen suisse des obligations militaires. Les effectifs sont plafonés à 3% de la population plus une réserve correspondant à 1.5% de la population soit une armée potentielle de 80000 hommes.

En 1870 à lieu la première mobilisation générale pour mettre à l’abri de la guerre franco-allemande le territoire helvétique. En janvier 1871 néanmoins la Suisse devra interner l’armée du général Bourbaki.

L’armée suisse doit également intervenir pour lutter contre l’agitation sociale. En 1875 la troupe tire sur les grévistes du chantier du tunnel du Gothard. Il y à 4 morts et 13 blessés. Ce ne sera hélas pas la dernière que l’armée suisse va intervenir.

L’année précédente une nouvelle constitution à été promulguée (en réalité c’est celle de 1848 qui à été réactualisée).

Peut être es-ce la conséquence du récent conflit franco-allemand et des unités allemandes et italiennes mais ce qui est sur c’est que la Suisse décide de muscler son dispositif militaire en augmentant massivement les effectifs disponibles.

Désormais les effectifs de l’armée suisse c’est simplement tous les citoyens de sexe masculin aptes au service armé ce qui fait passer l’armée helvétique de 150 à 700000 hommes. Avec l’augmentation de la population au cours du 20ème siècle c’est potentiellement 1.5 millions de soldat que la confédération peut mobiliser. C’est l’une des plus grandes armées du monde rapportée à sa population.

Soldat suisse au début du 20ème siècle

En 1912 le commandant de corps Wille et futur commandant en chef durant le premier conflit mondial organise des manœuvres auxquelles assiste Guillaume II qui comprend la détermination suisse à défendre son territoire. Si jamais l’armée allemande avait envisagé une invasion de la Suisse nul doute que cette idée à été vite remisée au placard.

Elle mobilise au début du premier conflit mondial pour préserver le territoire de toute tentative tant de l’Entente que des Empires Centraux d’utiliser le territoire helvétique pour tenter d’enfin de remporter la décision alors que depuis l’automne 1914 après l’échec de la course à la mer le territoire française est tailladé par un immense front fixe de 700km entre la mer du Nord et la frontière…..suisse.

En 1918 comme nous l’avons vu le pays est sécoué par une grève générale (Landestreik) que certains interprètent comme les prémices d’une révolution bolchévique que ce soit pour s’en rejouir ou pour s’en inquieter. L’armée est déployée, tire et tue trois travailleurs. L’armée suisse est elle aussi victime de la grippe espagnole.

Dans l’immédiat post-premier conflit mondial le fait militaire n’à pas bonne presse. Bien qu’épargnée par les ravages de ce qui aurait du être la Der des Ders la Suisse n’échappe pas à la vague pacifiste qui parcours le continent. Es-ce lié mais en 1921 seulement 55.8% des appelés sont considérés comme aptes (il faut probablement y voir l’impact de la grippe espagnole).

En 1923 une pétition pour un service receuille 39000 signatures et en 1927 l’Assemblée Fédérale gèle les dépenses militaires à 85 millions de francs suisses par an.

Au début des années trente l’armée suisse est peu motorisée, ne possède pas de couverture aérienne ni de moyens antiaériens. Bref en cas d’invasion seul son relief tourmenté pourrait sauver le pays de la débacle et encore………. .

En 1932 pour la dernière fois elle intervient en maintien de l’ordre à Genève. Elle tire sur une manifestation antifascite faisant treize morts et soixante-cinq blessés.

A chaque fois qu’elle intervient l’armée suisse tire et tue. Comment expliquer un tel phénomène ?

Outre le fait que l’emploi d’armes de guerre ne peut que générer des morts chez les manifestants, l’engagement exclusif de soldats venus des cantons ruraux et conservateurs contre des manifestants urbains ne pouvait que générer ce genre de drame, les autorités jouant sur la traditionnelle animosité entre ruraux conservateurs et catholiques et urbains plus protestants et plus libéraux (NdA bien entendu je schématise et je simplifie à l’extrême).

A la suite de cette intervention l’extrême-gauche réclame l’abolition de l’armée.

Avec la montée des périls symbolisée au sud par l’Italie mussolinienne et au nord par l’Allemagne nazie les crédits augmentent à nouveau.

Le parlement helvète accorde ainsi 800 millions de francs suisses entre 1935 et 1939 ce qui permet de moderniser l’armée et de relancer l’économique puisque neutralité oblige la Suisse ne peut pas vraiment s’équiper massivement d’armes étrangères. De toute façon les manufacturiers d’armes suisses comme Oerlikon proposent des armes de bonne qualité.

Le 10.5cm kanon m/34 un canon suédois à été utilisé par la Suisse

De nouvelles armes sont ainsi acquises comme le lance-mines (mortier) de 8.1cm modèle 1933, un canon antichar de 45mm, des canons Bofors de 105 et de 120mm, des chars Skoda mais aussi des chasseurs Me-109 et Morane-Saulnier D-3800 (89 et 74 respectivement).

Le bureau des fortifications dissous en 1921 est réactivé en 1935 pour d’abord renforcer par des blockhaus la couverture des frontières puis pour participer à la mise en place du réduit national.

Ce concept ne date cependant pas de cette époque. En effet il à été imaginé dès les années 1880 alors que comme nous l’avons vu les unités allemandes et italiennes rendent la situation géopolitique de la Suisse moins confortable que quelques années auparavant.

A l’époque il s’agit de mettre sur pied des ceintures fortifiées destinées à couvrir la Suisse utile à savoir une ligne s’appuyant sur les forteresses de Saint Maurice, du Saint-Gothard et de Sargans et d’autres lignes plus frontalières à savoir la ligne fortifiée et la postion d’armée.

Au 20ème siècle il s’agit de créer un refuge inexpugnable où le gouvernement, les autorités, l’armée et l’industrie pourrait se replier pour maintenir la fiction d’une Suisse indépendante. Cela passe notamment par la défense et le contrôle des tunnels ferroviaires et routiers.

Néanmoins après le premier conflit mondial l’intérêt pour les fortifications s’estompe au point qu’en 1921 le bureau des fortifications est dissous. Il est réactivé en 1935 quand non seulement la fortification fixe redevient à la mode avec la construction en France, en Allemagne, en Tchécoslovaquie et en Belgique de fortifications modernes et puissantes mais aussi la montée des périls aux frontières helvétiques.

A cela s’ajoutait le fait que de tels travaux permettrait de relancer l’économie et de diminuer le chômage en offrant aux travailleurs sans-emplois la possibilité de se réinsérer sur le marché du travail.

Avoir du matériel c’est bien mais avec du personnel entrainé c’est mieux. Voilà pourquoi la durée de l’Ecole des Recrues passe de 67 à 90 jours en 1935 puis à 118 en 1939 (cette durée va passer en 1947 à 132 jours avec des rappels plus fréquents et un encouragement à une formation continue).

Mannequins représentant les uniformes de l’armée suisse au moment du second conflit mondial

En 1938 l’armée suisse est réorganisée avec trois corps d’armée avec neuf divisions dont trois de montagne auxquelles il faut ajouter trois brigades légères plus des troupes de couverture à la frontière plus un corps professionnalisé avec une escadrille de surveillance. L’armée suisse souffre de nombreuses lacunes en matière d’armement, d’équipement et d’entrainement.

Le général Guisan durant la guerre de Pologne précise la stratégie. En cas d’invasion étrangère, les troupes déployées à la frontière ne doivent pas opposer une défense ferme mais harceler l’ennemi, gagner du temps pour permettre au gros des forces de s’installer dans le réduit national. Ces combats rétardateurs se doublent de destruction des ponts, des routes et des voies ferrées.

L’armée suisse met les bouchées doubles. Elle est mobilisée et surtout comme en France et en Allemange fait sortir de terre blockhaus, casemates et autres abris, fait couler des dents de dragons antichar (la fameuse Ligne Toblerone), fait poser des champs de fil de fer barbelé. De nouvelles armes sont également commandées portant par exemple le parc d’armes automatiques d’infanterie à 3000 mitrailleuses et 1800 fusils-mitrailleurs.

Au printemps 1940 le dispositif fortifié suisse est impressionnant au moins sur le papier avec 68 ouvrages d’artillerie, 10 batteries de casemates non-armées, 1410 ouvrages et positions d’artillerie, 1545 positions d’infanterie et d’artillerie non armées, 995 abris, postes d’observation et de commandement, 3263 barrages antichars et 1500 kilomètres de barbelées.

Le dispositif fortifié suisse s’appuie sur plusieurs positions souvent de conception ancienne mais régulièrement modernisées.

Forte Airolo

La Forteresse du Gothard comprend plusieurs forteresses et points d’appui fortifiées :

-Les Positions d’Airolo au sud du col du Gothard au dessus de la ville du même nom ont été construites entre 1887 et 1890. Elle comprend une tourelle double de 120mm, quatre canons de 53mm en tourelles simples pour la défense rapprochée et cinq canons de 84mm en casemates, un tunnel de 1km de nom reliant le fort au tunnel ferroviaire du Gothard.

-La Batterie de Motto Bartola est située sur une colline dominant le fort d’Airolo. Construite entre 1888 et 1890 elle comprend quatre canons de 120mm et quatre canons de 84mm, les positions étant reliés par des souterrains à la fois pour la protection au combat mais aussi pour le climat.

-La Batterie de Foppa Grande qui domine la précédente comprend un canon de 105mm et trois canons de 20mm antiaériens installés durant la guerre de Pologne.

-On trouve également les forts d’artillerie de San Carlo et du Stuei

-Le tunnel du Gothard est protégé au sud par un portail relié par un tunnel au fort d’Airolo, position fortifiée construite en 1886/1887 mais vite obsolète en raison de l’extension du tunnel.

-La Redoute Hospiz construite à la fin du 19ème siècle (opérationnelle en 1894) est située près du sommet du col du Gothard. Elle comprend deux canons de 120mm.

-Le Forte Sasso do Pigna opérationnel en 1943 remplace la redoute décrite plus haut même si durant la guerre les deux positions seront armées. La batterie orientale couvre la vallée Leventine et la batterie orientale la vallée de Bedretto. L’entrée principale se situe juste au nord de la redoute Hospsiz et comprend 2400m de galléries qui servent notamment au service des quatre canons de 105mm. Des bunkers d’infanterie sont également construits à différentes périodes.

Position de Göscknen et d’Andermatt

-Les forts de Bühl et de Bäzberg ainsi que le fortin Altkirch couvrent la vallée nord d’Urseren.

-Le col de l’Oberalp sont couverts par les Forts de Stöckli et de Gütsch ainsi que les postions d’infanterie de l’Oberalp.

-Le col de Furka est couvert par les forts de Galenhutten et de Fuchsegg.

La Forteresse de Saint Maurice comprend également plusieurs forts, fortins et positions fortifiées pour couvrir la vallée du Rhône. Le dispositif comprend le fort de Dailly, le fort de Savatan, le fort du Scex et le Fort de Cindey.

La Forteresse de Sarganscomprend six ouvrages majeurs autour de la vallée du même nom dans le canton de Saint-Gall.

-Les Forts de la 1ère barrière du Rhin sont les forts de Schollberg et de Austein

-Les Forts Majeurs les forts de Magletsch, de Castels, de Furggels et Passatiwand

-Les forts du Sud sont les forts de Molinära et d’Hasleborden

-Les forts de la deuxième barrière du Rhin sont les forts de Tschingel, de Nusslock et de Tamina Ragaz.

Durant la guerre de Pologne l’armée suisse est organisée de la façon suivante :

-1er Corps d’Armée (ouest et sud-ouest) 1ère, 2ème, 3ème, 8ème et 9ème divisions, 1ère et 2ème brigades légères, 10ème et 11ème brigades de montagne.

-2éme Corps d’Armée (Nord) : 4ème et 5ème divisions

-3ème Corps d’Armée (Est et Nord-Est) : 6ème et 7ème divisions, 3ème brigade légère, 12ème brigade de montagne

-Des gardes locales pour prevenir l’arrivée de parachutistes et accessoirement rassurer la population.

Bien que la guerre de Pologne se termine dès décembre 1940 ce n’est qu’à partir de février 1940 que la démobilisation est vraiment enclenchée pour comme ailleurs soulager l’industrie et l’agriculture qui manquaient de bras.

Dès le début du second conflit mondial l’armée suisse mobilise, une mobilisation qui se passe bien sans incidents. A noter que dès le premier jour de la mobilisation décision est prise de porter l’âge limite du service armé de 48 à 60 ans. Les hommes concernés dont certains se sont présentés volontairement doivent renforcer la gardes locales et former une sorte de Landsturm (milice).

La mobilisation terminée l’armée suisse est organisée de la façon suivante :

1er Corps d’Armée de Campagne (94000 hommes) avec la 1ère division (20000 hommes), la 2ème division (24000 hommes) et la 7ème division (16000 hommes).

A cela s’ajoute deux brigades de montagne, la n°10 (11000 hommes) et la n°11 (Brigade du Simplon) (13000 hommes) mais aussi la 1ère brigade légère (10000 hommes) et les fortifications de Saint-Maurice (voir plus haut). On trouve également le Commandement urbain de Genève avec les 71ème et 80ème régiments territoriaux d’infanterie.

Le corps d’armée dispose de deux régiments d’artillerie, le 12ème régiment d’artillerie lourde motorisée et le 22ème régiment d’obusiers de campagne.

2ème Corps d’Armée (46000 hommes) avec la 8ème division de montagne (16000 hommes), la 4ème division d’infanterie (20000 hommes) et la 2ème brigade légère (10000 hommes).

A cela s’ajoute le 13ème régiment d’artillerie motorisée, le 24ème régiment d’obusiers lourds le commandement urbain de Bâle, la 11ème brigade frontalière, la brigade d’infanterie de montagne n°11

4ème Corps d’Armée (80000 hommes) avec la 5ème division (22000 hommes), la 6ème division (26000 hommes) et la 3ème brigade légère (10000 hommes). A cela s’ajoute les fortifications de Sargans et le 23ème régiment d’obusiers de campagne.

3ème Corps d’Armée (40000 hommes) avec la 9ème division de montagne (16000 hommes), la brigade de montagne n°9 dite brigade du Gothard (11000 hommes), la 3ème division de montagne (11000 hommes) et les fortifications du Saint-Gothard. A cela s’ajoute le 14ème régiment d’artillerie motorisée, le 25ème régiment d’obusiers et la 9ème brigade frontalière.

A ces effectifs de combat s’ajoutent ceux de l’artillerie (52000 hommes), du génie (30000 hommes), la DCA et l’aviation (30000 hommes), les troupes sanitaires (30000 hommes), les troupes d’approvisionnement alimentaire (7000 hommes), le transport motorisé (9000 hommes), le train (14000 hommes), le service auxiliaire (200000 hommes) et le service complémentaire féminin (SCF) (15000 femmes).

Des vedettes armées sont également construites pour patrouiller sur les lacs alpins notamment neuf vedettes type 41.

Pologne et Pays Neutres (54) Suisse (4)

Charles Pictet de Rochemont

Charles Pictet de Rochemont (Genève 21 septembre 1755 Genève 28 décembre 1824) est un agronome, diplôme et homme d’état suisse originaire du canton de Genève. C’est lui qui à négocié les frontières du canton de Genève et la reconnaissance du statut de neutralité permanente de la Suisse.

Il est le deuxième fils de Charles Pictet (1713-1792) dit de Cartigny et de Marine née Dunant. Il reçoit une solide formation humaniste au séminaire de Haldenstein, apprenant l’anglais, l’allemand et l’italien.

Son père ancien soldat au service des Provinces-Unies le destine à une carrière militaire et pour cela il rentre à l’âge de 20 ans avec le grade de sous-lieutenant, servant au sein du régiment de Diesbach et de la Compagnie Lullin de Châteauvieux.

Il prend son congé en 1785, rentre à Genève. Il épouse Adelaïde Sara de Rochemont l’année suivante, cette union donnant naissance à sept enfants [ Charles-René (1787-1856), Amédée (1789-1817), Amélie (1791-1872), Adolphe (1796-1797), Anne (1798-morte en bas âge), Adolphe (1799-1875), et Anna (1801-1882)].

En 1788 il entre au Conseil des Deux-Cents et en 1789 il reçoit le commandement d’un des quatre bataillons de la Milice bourgeoise. Il est élu auditeur de Justice en 1790 puis commande la Legion Genevoise ex-régiment des Volontaires en 1792. Il est élu la même année à l’Assemblée nationale genevoise. Il démissionne rapidement excédé des excès jacobins et se retire de la vie politique. Il s’initie à l’agronomie et à l’élevage de moutons mérinos en Suisse mais aussi en Russie. Avec ses frères Marc-Auguste et Frédéric-Guillaume il lance le période littéraire et scientifique Bibliothèque britannique.

La chute de Napoléon et la libération de Genève en 1813 par les autrichiens le remet sur le devant de la scène politique. Il rencontre le tsar, l’empereur d’Autriche et le roi de Prusse, les trois monarques convainquant Genève redevenue indépendante de rejoindre la Suisse. Rappelé à Genève en mars 1814 ill en devient le diplomate en chef. Il obtient le rattachement de Genève et de territoires supplémentaires ainsi que le statut de neutralité.

Après ces succès diplomatiques, il reprend ses activités agricoles à Lancy tout en continuant une carrière politique et de journaliste.

Frederic César De La Harpe

Frederic Cesar De La Harpe (Rolle 6 avril 1754 Lausanne 30 mars 1838) est un homme politique vaudois qui fût également précepteur du tsar Alexandre 1er de Russie.

Docteur en droit à l’université de Tübingen en 1774, il exerce comme avocat dans le pays de Vaud mais en 1782 il accepte le poste de précepteur de deux jeunes russes réalisant ce qu’on appelle le Grand Tour.

En 1784 Catherine II lui confie l’éducation de ses petits-fils Alexandre et Constantin. Il s’enthousiasme pour la révolution française. Il quitte la cour de Russie en 1795. Il espère le soutien de la France et est donc sidéré par l’invasion française de 1797.

Il reste à Paris et ne participe pas au gouvernement helvétique imposé par la France. Il quitte la Suisse en 1800 passe quelques mois en Russie puis s’établit en France et ne participe plus à la vie politique jusqu’à la chute de Napoléon 1er. Il s’établit à Lausanne, étant élu au Grand Conseil jusqu’en 1828 où il reste un libéral convaincu. Il meurt à Lausanne le 30 mars 1838.

Henri Dunant

Henri Dunant (Genève 8 mai 1828 Heiden 30 octobre 1910) est un homme d’affaire humaniste suisse considéré comme le fondateur du mouvement de la Croix-Rouge Internationale. Il est naturalisé français en avril 1859.

En juin 1859 il est aux premières loges de la bataille de Solferino. Le spectacle de milliers de blessés agonisant le choque profondément. Il publie en 1862 Un Souvenir de Solferino qui aboutira à la création du Comité international de secours aux militaires blessés qui devient en 1876 le comité international de la Croix-Rouge. La première convention de Genève est ratifiée en 1864 et en 1901 alors qu’il est âgé de 73 ans il reçoit le premier prix Nobel de la Paix en compagnie de Frédéric Passy.

Fils d’une famille de la petite bourgeoisie genevoise, il hérite de ses parents le goût pour l’aide aux plus pauvres, aux plus démunis et aux déclassés. Ces valeurs sont également inculquées à ses deux sœurs et ses deux frères cadets.

Sensible et profondément religieux, il fonde en 1852 le noyau de la Young Men’s Christian Association (YMCA). Après l’échec d’études au Collège de Genève, il travaille dans la banque tout en restant profondément attaché au social.

Il se lance dans les affaires et notamment dans plusieurs projets en Algérie et en Tunisie, deux possessions françaises. Il se heurte à l’inertie des autorités françaises ce qui explique surement pourquoi il prend la nationalité française en 1859.

C’est d’ailleurs pour cela qu’il se rend du côté de Solferino alors que l’empereur Napoléon III à pris la tête de ses armées et de celles du Piémont pour combattre les autrichiens et favoriser l’unité italienne. Il organise de son propre chef un service d’assistance aux blessés et aux morts laissés sur le champ de bataille.

Tout manque que ce soit le personnel ou les fournitures. Il aide aussi bien les français, les piémontais que les autrichiens et aux villageois qui s’en étonnent il dit simplement Tutti fratelli (Tous frères). Il obtient par exemple que les médecins autrichiens faits prisonniers puissent aider, il met en place des hôpitaux fait venir du matériel de Paris.

Profondément traumatisé, il publie Un souvenir de Solferino en 1862. Alors qu’on idéalise encore la guerre et les combats, Henri Dunnant montre la guerre dans toute son horreur, dans toute sa cruauté avec des soldats battus à mort, des blessés agonisant des heures.

Le livre est bien accueillit tout comme sa campagne de lobbying menée dans toute l’Europe pour convaincre les différents états de mettre sur pied un système neutre de soins de guerre.

Il s’agit également d’offrir l’immunité aux hôpitaux de campagne et aux infirmiers. Cette vision est très vite critiquée car vue comme irréalisable.

A l’issue d’une conférence diplomatique du 8 au 22 août, la première convention de Genève est signée par douze états le 22 août 1864. Au printemps 1865 l’empereur Napoléon III le décore de la légion d’honneur et en 1866 il participe aux cérémonies célébrant la victoire prussienne dans la guerre contre l’Autriche. Au cours de la parade, le drapeau blanc à croix rouge flotte aux côtés du drapeau prussien.

En 1867 suite à des déboires financiers il doit démissioner de son poste de secrétaire du comité avant d’en être exclu. On peut aussi y ajouter le fait que son rival Moynier à tout fait pour l’en exclure. Ayant la rancune tenace, l’ami Moynier fera tout pour empêcher une aide financière à l’initiateur de la croix rouge. L’année suivante en 1868 sa mère meurt.

Installé à Paris, il vit très modestement mais continue à croire en ses idées. Il milite ainsi pour le désarmement et l’installation d’une cour de justice internationale censée régler les conflits et ainsi aboutir à la fin des conflits. Inutile de préciser que cela restera un vœu pieux. Il milite également pour les droits des femmes et sème les graines qui aboutiront après le second conflit mondial à la création de l’UNESCO.

De 1874 à 1886 il vit misérablement seul errant en Europe entre Stuttgart, Rome, Corfou, Bâle et Karlsruhe. Il bénéficie de l’aide de quelques amis et de connaissances qui lui évite de sombrer totalement.

A partir de 1892 il s’installe à Heiden et encouragé par des amis (les Sonderegger) il commence à rédiger ses mémoires tout en devenant président d’honneur de la section de la Croix-Rouge d’Heiden. Un article publié en 1895 le fait redécouvrir par le monde et en 1901 comme nous l’avons vu il reçoit le premier prix Nobel de la Paix avec Frederic Passy.

Il meurt dans la soirée du 30 octobre 1910 deux mois après son ennemi Moynier. Il est enterré au cimetière de Sihlfeld de Zurich.

L’histoire à cependant rééquilibré les choses en estimant que l’idéalisme de Dunnant et le pragmatisme de Moynier ont été nécessaires pour mettre sur pied la Croix-Rouge et permettre son développement.

Ulrich Wille

Conrad Ulrich Sigmund Wille (Hambourg 5 avril 1848 Meilen 31 janvier 1925) est un militaire suisse d’origine allemande connu pour avoir été général de l’Armée Suisse durant le premier conflit mondial.

Très influencé par la culture martiale prussienne, il essaya de la faire infuser dans l’armée helvétique non sans mal.

Marié à Clara Grafin von Bismarck, nièce du chancelier de fer il eut une fille Renée et un fils prénommé Ulrich (1877-1959) et qui fût également militaire, terminant sa carrière comme commandant de corps, son orientation pro-nazie le disqualifiant au moment de choisir le général de l’armée suisse en septembre 1948.

Le 1er août 1914 la mobilisation générale de l’armée suisse est ordonnée et le 3 août il est élu par l’Assemblée fédérale général de l’Armée suisse (122 voix contre 63).

Son action fût particulièrement critiquée notamment par les romands qui lui reprochait son tropisme pro-allemand. Ce n’était pas une vue de l’esprit puisque le 20 juillet 1915 il proposa tout simplement que la Suisse entre en guerre aux côtés des Empires Centraux. Nul doute que si le Conseil Fédéral avait accepté le cours de la guerre en aurait été bouleversé à défaut peut être d’être totalement et complètement changé.

A cela s’ajoute l’affaire des colonels, une affaire qui avait vu deux colonels suisses transmettre à des diplomates allemands et austro-hongrois non seulement un journal confidentiel appelé la Gazette de l’état-major mais aussi des messages russes décodés par les cryptanalystes suisses. Wille ne prit qu’une sanction symbolique ce qui aggrava le fossé entre romands et alémaniques.

A la fin du conflit il dut gérer la pandémie de grippe espagnole et l’instabilité sociale qui fit craindre au général de l’armée suisse une potentielle révolte bolchévique.

Giuseppe Motta

FN Jost P 368, Bundesrat Giuseppe Motta, ca. 1930, Artist:

Giuseppe Motta (Airolo 29 décembre 1871 Berne 23 janvier 1940) est un avocat, notaire et homme politique suisse. Personnalité éminente du partici populaire catholique (parti conservateur populaire en 1912) il est conseiller national de 1899 à 1911, conseiller fédéral de 1912 à 1940, président de la Confédération en 1915, 1920, 1927, 1932 et 1937, président de l’Assemblée générale de la Société des Nations entre 1924 et 1925 mais aussi président d’honneur de la Conférence mondiale pour le désarmement en 1932.

Il occupe pendant sept ans (1er janvier 1912 au 31 janvier 1919) le département des finances et des douanes et surtout il est pendant vingt ans à la tête de la diplomatie helvétique, occupant la tête du département politique du 1er janvier 1920 à sa mort au début de l’année 1940 à tel point que certains on parlé d’ère Motta.

Henri Guisan

Henri Guisan (Mézières 21 octobre 1874 Pully 7 avril 1960) est un militaire suisse, général de l’armée suisse pendant la guerre de Pologne où son action durant le court conflit qui aurait dégénérer en guerre mondiale est unanimement saluée.

En septembre 1948 il est à nouveau solicité pour reprendre son rôle mais il décline en raison de son âge. Il reste cependant un conseiller écouté par le gouvernement et par son successeur le général d’armée suisse Welksdorf.

Fils d’un médecin, il obtient une maturité en lettres après avoir fréquenté le collège classique cantonal et le gymnase à Lausanne. À l’Université de Lausanne il s’inscrit d’abord en théologie puis en droit avant de choisir l’agronomie qu’il va étudier à Hohenheim et à Lyon.

Il fait son école de recrues (équivalent du service militaire) d’artillerie à Bière, devenant lieutenant en 1894. Il gravit les différents échelons jusqu’à devenir commandant de corps en 1932.

Désigné général de l’Armée Suisse le 30 août 1939 par 204 voix contre 21 il se met aussitôt au travail pour assurer la mobilisation, l’entrainement et l’équipement des unités sous son commandement. Il est déchargé de sa fonction de commandant en chef le 15 mars 1940 mais reste dans l’armée.

Conseiller écouté il propose le concept de réduit national à savoir un bastion dans l’arc alpin pour préserve l’indépendance suisse. Une convention militaire secrète est passée avec la France, convention rendue publique en 1949 ce qui suscitera les protestations de Berlin.

Cette convention prévoyait l’assistance de la France à la Suisse en cas d’invasion allemande ou italienne. Elle ne prévoyait pas en revanche l’aide suisse à la France ce qui explique qu’aucune unité hélvète ne s’est déployée pour aider la France à contrer l’invasion ennemie.

A la différence du général Wille il est apprécié et respecté par les différentes communautés de la Suisse. Voilà pourquoi Welksdorf va montrer ostensiblement qu’il rencontre régulièrement Guisant pour assurer les romands alors que ces derniers sont toujours méfiants dès qu’un alémanique devient commandant de l’armée suisse.

Il quitte le service actif le 5 mai 1954 et se retiré sur son domaine de Verte-Rive à Pully aux portes de Lausanne. C’est là qu’il meurt le 7 avril 1960. Il bénéficie d’obsèques nationales.

Il était marié à Mary Doelker (1875-1964) dont il eut deux enfants, Henri né le 13 février 1899, et Myriam née le 2 décembre 1900.

Mitteleuropa Balkans (209) Slovaquie (3)

La première république tchécoslovaque (1918-1939)

A la fin du 19ème siècle des contacts sont noués entre tchèques et slovaques sur la possibilité de créer un état Tchéco-Slovaque. Tomas Masaryk premier président de la république tchécoslovaque était slovaque et partisan d’une union avec les tchèques.

Tomas Masaryk

Une union tchécoslovaque voit le jour en 1898 pour effectuer un travail de lobbying au sein de l’Autriche-Hongrie mais les tentatives pour créer un troisième pôle slave au sein de l’Autriche-Hongrie est torpillée aussi bien par les allemands que par les hongrois.

Quand le premier conflit mondial éclate les tchèques comme les slovaques présents en Autriche-Hongrie accepte sans trop broncher la mobilisation. Cette attitude qui peut étonner s’explique probablement par l’espoir qu’un tel comportement sera récompensé après guerre surtout en cas de victoire de la part des empires centraux.

Ce n’est qu’avec la dégradation causée par le conflit que les différentes nationalités de la Double-Monarchie vont aggraver les fissures d’un colosse aux pieds d’argile avant de provoquer son effondrement. De nombreux tchèques et slovaques vont déserter et vont former différentes Légions tchécoslovaques qui vont combattre aussi bien à l’ouest que sur le front russe. 1.4 million de soldats tchèques, slovaques et ruthènes furent mobilisés dans l’armée austro-hongroise avec au final 150000 morts.

En 1916 à Paris est créé le Conseil National Tchécoslovaque, un conseil animé par Tomas Masaryk, Edouard Benes et Milan Stefanik.

Le 31 mai 1918 les tchèques et les slovaques ont signé l’Accord de Pittsburgh. Il prévoit la constitution d’un Etat Tchéco-Slovaque avec une Slovaquie disposant de sa propre Assemblée ce qui aurait donné naissance à un état confédéral.

De juin à décembre 1918 le conseil est reconnu par la France, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et le Japon comme le représentant officiel du prochain Etat tchécoslovaque. Le 14 octobre 1918 le conseil devient un gouvernement provisoire avec Masaryk comme président Benes comme ministre des affaires étrangères et Stefanik ministre de la guerre.

Le 18 octobre 1918 alors qu’il est aux Etats-Unis, Tomas Masaryk proclame l’indépendance de la Tchécoslovaquie. Il réclame l’intégration de tout le Royaume de Bohème ce que refuse les députés allemands de Bohème accompagnés par d’autres députés germanophones qui tentent d’imposer un état germano-autrichien indépendant.

L’indépendance de la Tchécoslovaquie est officiellement proclamée dans le hall Smetana de la mairie de Prague qui après avoir été la capitale du royaume de Bohème devient celle du nouvel état Tchéco-Slovaque qui ne va pas tarder à devenir Tchécoslovaque au grand dam des slovaques. Ces derniers rejoignent officiellement le nouvel état le 30 octobre 1918 lors d’une réunion dans la ville de Martin.

Béla Kun

Ultérieurement des troupes tchécoslovaques vont participer à la guerre civile russe puis interviennent contre la Hongrie des conseils de Béla Kun.

Deux traités de paix vont concerner la Tchécoslovaquie, le Traité de Saint Germain en Laye signé le 10 septembre 1919 et le Traité de Trianon signé le 4 juin 1920.

Le premier voir la Cisleithanie partie autrichienne de l’Autriche-Hongrie est disloquée et remplacée par sept états successeurs. Il est entré officiellement en vigueur le 16 juillet 1920. Les autrichiens étant considérés comme un peuple vaincu n’obtiennent pas le droit de disposer d’eux-mêmes et le texte est écrit en français, anglais, italien et russe mais pas en allemand ce qui est un signe ! Les autrichiens en colère mettent le feu à l’ambassade de France à Vienne le 23 mai 1919.

Ce texte reconnaît l’existence d’un Etat commun aux tchèques et aux slovaques. Les allemands des Sudètes et ceux d’Autriche se voient refuser l’intégration à la République de Weimar et la République allemande d’Autriche devient la République d’Autriche et se voit refuser la possibilité de réaliser l’Anschluss (article 88).

Le second voit la Hongrie être réduite à la portion congrue. Pour Budapest c’est le jour et la nuit puisqu’on passe en 1914 à une situation où 21% des sujets de la Transleithanie être non-magyars à une situation où 3.3 millions de hongrois sont sous souveraineté étrangère.

Le traité est un traumatisme majeur pour la Hongrie, représentant une histoire qui ne passe toujours pas. Même Aristide Briand et Lloyd George reconnaissent un traité injuste appuyé sur des documents mensongers.

La Slovaquie et la Ruthénie Subcarpathique rejoignent la Bohème et la Moravie pour former la Tchécoslovaquie qui comprend des tchèques, des slovaques, des ruthènes, des allemands et des hongrois.

La première république tchécoslovaque va très vite se heurter à sa composition multiethnique sans oublier des litiges frontaliers avec la Pologne mais ces derniers vont être vite réglés entre deux nouveaux états qui n’ont pas intérêt à s’affronter du moins pas dans l’immédiat.

Alors que toute l’Europe centrale et orientale succombe aux sirènes autoritaires, la Tchécoslovaquie reste une démocratie parlementaire.

Le 18 novembre 1918 Tomas Masaryk devient le premier président de la Tchécoslovaquie. La constitution tchécoslovaque est adoptée le 29 février 1920, texte qui s’inspire des lois constitutionnelles de la Troisième République.

Ce texte comprend en préambule une Loi Préliminaire de dix articles (Article I à X) qui s’occupe de la période transitoire. Le texte proprement dit appelé officiellement Charte Constitutionnelle de la République Tchécoslovaque comprend les principaux éléments suivants :

-Le Titre premier concerne les dispositions générales avec cinq articles qui traitent des dispositions générales et des principaux symboles de l’Etat.

-Le Titre 2 (articles 6 à 54) s’occupe du pouvoir législatif. Ce dernier est assuré par l’Assemblée Nationale qui comporte une Chambre des Députés et un Sénat.

La chambre des députés comprend 300 députés élus au suffrage universel à la proportionnelle pour six ans alors que le Sénat est composé de 150 membres élus de la même façon mais pour huit ans.

-Le Titre 3 (Article 55 à 93) concerne le pouvoir exécutif. Le président de la république est élu par l’Assemblée Nationale. Il doit être citoyen tchécoslovaque, éligible à la Chambre des députés et âgé d’au moins 35 ans.

Pour que l’élection soit valide les députés et les sénateurs présents doivent représenter la majorité absolue (soit 226) et l’élection se fait à la majorité des 3/5. Après deux tours si il n’y à pas de vainqueurs, les candidats en tête sont départagés au plus grand nombre de suffrage lors d’un nouveau scrutin. Si l’égalité persiste, on laisse le sort décider.

Le président est élu pour sept ans avec deux mandats consécutifs. Il doit ensuite attendre un délai de sept ans avant un éventuel nouveau mandat.

Il nommé et révoque le président du gouvernement et les ministres. Ces pouvoirs sont plus étendus que ceux de son homologue français.

-Le Titre IV concerne le pouvoir judiciaire (Article 94 à 105)

-Le Titre V (article 106 à 127) concerne les droits, les libertés et les devoirs des citoyens avec l’égalité (art.106), la liberté de la personne et de la propriété (art. 107 à 111), la liberté de domicile (Art. 112), la liberté de la presse, le droit de réunion et d’association (art.113 et 114), le droit de pétition (Art.115), le secret de la correspondance (Art.116), la liberté d’enseignement, de conscience et d’opinion (Art.117 à 125), le mariage et la famille (Art.126) et les devoirs militaires (Art.127).

-Le Titre VI concerne la protection des minorités nationales, religieuses et raciales (Articles 128 à 134).

La République Tchécoslovaque refuse d’accéder à la volonté des hongrois et des allemands de retrouver respectivement la Hongrie et l’Allemagne.

Les débuts du nouvel état sont difficiles avec une République slovaque des conseils soutenus par leurs homologues hongrois mais cette république est éphémère (16 juin au 7 juillet 1919), la république ne résistant à la défaite de la Hongrie de Béla Kun face aux troupes roumaines.

Les premières élections législatives ont lieu le 18 avril 1920. Le choix de la proportionnelle si elle est louable pour permettre à tous les courants politiques d’être représentés fragilise le pouvoir exécutif qui doit faire face à une forte instabilité gouvernementale.

Certaines années pas moins de neuf partis étaient nécessaires pour soutenir le gouvernement. Il faut dire qu’à la division politique et idéologique s’ajoute la division ethnique, chaque nationale ayant pour ainsi dire son parti social-démocrate, son parti agrarien, son parti libéral……. .

En 1921 la République Tchécoslovaque comprend 13 613 172 habitants répartis entre 51% de tchèques, 23.4% d’allemands (Allemands des Sudètes et des Carpathes), 14% de slovaques, 5.5% de hongrois, 3.4% de ruthènes, 1.3% de juifs germanophones et 1.4% de divers (essentiellement des polonais, des roumains et des roms).

Dans un premier temps ce sont les sociaux-démocrates qui dominent avant d’être progressivement évincés par les agrariens.

La présidence de la République est plus stable. Non concerné par la règle des deux mandats consécutifs, Tomas Masaryk élu en 1920 est réelu en 1927 puis en 1934. Il se retire en 1935 à l’âge de 87 ans, remplacé par Edouard Benes.

Sur le plan de la politique extérieure c’est la période de la Petite Entente, une série de traités d’alliance avec la Yougoslavie et la Roumanie pour s’opposer à une Hongrie qui n’à pas digéré le traité de Trianon, probablement le plus dur de tous les traités de paix.

Malgré sa dénomination française Les français n’en sont pas les initiateurs puisque son origine remonte au 14 août 1920 quand la Tchécoslovaquie, la Roumanie et le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes _Yougoslavie à partir de 1929_ signent un accord d’assistance pour se prémunir de la menace hongroise, Budapest n’ayant jamais accepté le traité du Trianon.

Cette alliance est renforcée par des accords bilatéraux entre la Roumanie et la Tchécoslovaquie (23 avril 1921), entre la Roumanie et le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes (7 juin 1921) et entre le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes et la Tchécoslovaquie (31 août 1921).

La Petite Entente entend garantir, par la force si besoin, les traités de paix. Cette alliance est cependant imparfaite et incomplète puisque ne prenant pas en compte les autres menaces que ce soit l’URSS (vis à vis de la Roumanie), l’Italie (vis à vis de la Yougoslavie) ou encore l’Allemagne et la Pologne (vis à vis de la Tchécoslovaquie).

Suite aux accords de Locarno, la France signe des alliances militaires avec Prague (16 octobre 1925), avec Bucarest (10 juin 1926) et Belgrade (novembre 1926).

On verra que les traités d’assistance c’est comme les promesses cela n’engage que ceux qui y croient.

Mitteleuropa Balkans (167) Grèce (11)

La Grèce dans la première guerre mondiale

En bref

Chers lecteurs je confesse que j’ai du mal à aller vers l’essentiel et que je veux toujours en faire trop.

Voilà pourquoi je vais commencer par une partie qui synthétise les événements concernant la Grèce dans le première conflit mondial. Comme ça qui veulent aller à l’essentiel pourront lire cette partie et sauter les suivantes.

Quand la première guerre mondiale éclate, la Grèce choisit la voie de la neutralité. Elle est pourtant impliquée à son corps défendant les différents belligérants prenant leurs aises sur le territoire grec, l’Armée Navale qui attend la sortie de la marine austro-hongroise n’hésitant pas à mouiller sur des rades foraines grecques sans forcément que le gouvernement grec ait accepté.

Cela fragilise un peu plus une société grecque que l’on peut diviser entre Vieux et Nouveaux Grecs, les premiers issus des territoires acquis à l’indépendance ne considérant pas les seconds ayant intégré le royaume au 19ème et après les deux guerres balkaniques comme de vrais grecs ce qui comme je l’ai déjà dit met une claque au concept de la Grande Idée qui semble davantage destinée à satisfaire la soif de conquêtes, la soif de pouvoir et la soif de gloire d’une classe dirigeante dont la corruption n’est plus à prouver.

Constantin 1er

Ces fêlures deviennent des fractures au cours du conflit. Il faut dire que quand vous avez un roi (Constantin 1er), beau-frère de Guillaume II germanophile convaincu de la supériorité des Empires Centraux et un premier ministre Elefthérios Venizelos partisan de l’Entente forcément pour la gestion du pays dans une guerre mondiale.

Eleftherios Venizelos

A cela s’ajoute une querelle personnelle entre les deux hommes, le roi alors qu’il n’était que prince héritier considérant l’homme politique crétois comme le «mauvais génie» de son père et qui l’avait obligé à mettre cap sur Thessalonique plutôt que sur la Macédoine. Néanmoins je temporiserai en disant qu’en 1914 la rupture n’est pas encore consommée entre les deux hommes.

Le 3 octobre 1915 le premier ministre grec franchit le Rubicon en autorisant le débarquement à Thessalonique des troupes alliées évacuées des Dardanelles après l’échec de l’expédition du même nom. Constantin 1er le démet de ses fonctions marquant le début du Schisme National.

Le 16 septembre 1916 avec l’appui du général français Maurice Sarrail, Elefthérios Venizelos créé le Gouvernement de Défense Nationale marquant le début d’une guerre civile, le pays se trouvant divisé en trois avec au sud la partie contrôlée par le gouvernement, la Macédoine et l’Epire aux mains des venizelistes et au centre une partie neutre faisant tampon entre les deux régions car si les alliés ont intérêt à voir la Grèce les rejoindre ils n’ont aucun intérêt à favoriser une guerre civile.

Les alliés mettent la Grèce sous blocus pour faire pression sur le gouvernement royaliste (le 1er décembre 1916 un débarquement à Athènes s’était mal terminé pour les alliés) qui le 11 juin 1917 reçoit un ultimatum. Constantin 1er abdique, laissant à son fils cadet Alexandre le trône mais le jeune roi n’à aucun pouvoir.

Un nouveau gouvernement dirigé par Venizelos déclare la guerre aux Empires Centraux le 2 juillet 1917. Une nouvelle armée grecque est créée permettant à Athènes de bénéficier des traités de paix en récupérant nombre de territoires.

Elefthérios Venizelos

Avant de rentrer dans les détails (NdA promis je serais pas trop long), il me semble important de présenter rapidement le premier ministre de Constantin 1er.

Elefthérios Venizelos est né le 23 août (NdA calendrier grégorien) 1864 à Mounies sur l’île de Crète. Il devint avocat en 1887 et comme souvent à l’époque il est aussi journaliste et homme politique.

Il joue un rôle clé dans l’insurrection crétoise de 1886/87, devenant en 1889 député de l’Assemblée Générale crétoise qui vote l’enosis (rattachement) de la Crète à la Grèce. Faute de soutien des grandes puissances et aussi en raison de la défaite de 1897 contre les ottomans, la Grèce ne peut obtenir qu’une Crète autonome dirigée par un haut commissaire, le prince Georges.

Venizelos est ministre de la Justice de la Crète de 1898 à 1901 mais s’oppose au prince Georges au point de prendre la tête d’insurrection en 1905, insurrection qui aboutit au départ du Prince Georges.

En 1909 à lieu le coup de Goudi. Solicité par les putschistes pour prendre leur tête, il accepte mais uniquement après la convocation d’élections qui aboutissent à une victoire triomphale de son parti en octobre 1910.

Si les relations avec Georges 1er sont normales, celles avec son fils et successeur Constantin 1er vont vite se tendre en raison de rancœurs personnelles. Si d’abord le roi et son premier ministre parviennent à les mettre de côté, peu à peu les relations vont se tendre jusqu’à aboutir à la rupture.

Il devient ainsi premier ministre, poste qu’il va occuper du 18 octobre 1910 au 10 mars 1915 puis du 23 août au 7 octobre 1915 date à laquelle il est congédié par le roi Constantin 1er suite à un acte qui fleure la rébellion : l’accès à la ville de Thessalonique pour les troupes alliées évacuées des Dardanelles.

Il prend la tête d’un gouvernement rebelle et obtient le soutien des alliés qui par un blocus maritime, des menaces de bombardement sur Athènes et différentes pressions obtiennent l’abdication du roi et de son fils ainé, laissant le prince Alexandre devenir Alexandre 1er. Ai-je besoin de dire que ce roi était comme les derniers mérovingiens un roi sans pouvoir ?

Alexandre 1er

Après avoir mis sur pied son Gouvernement de Défense Nationale, Venizelos redevient premier ministre de la Grèce le 27 juin 1917, poste qu’il va occuper jusqu’au 18 novembre 1920, date de sa défaite aux élections, Elefthérios Venizelos subissant le même sort que Clemenceau en étant congédié par une classe politique ou des électeurs souhaitant passer à autre chose.

Es-ce la fin de la carrière politique du «Clemenceau grec» (NdA j’ignore si les deux hommes se sont rencontrés mais c’est probable notamment à la conférence de paix de Paris) ? Oui et non avec des exils et des retours ce qui traduisit parfaitement le chaos de la Grèce post-premier conflit mondial.

Il est ainsi rappelé après la Grande Catastrophe, la déroute de l’armée grecque face aux troupes de celui qui n’est pas encore Attatürk mais ne peut enrayer le chaos d’une république introuvable. Il est ainsi premier ministre du 24 janvier au 19 février 1924, du 4 juillet 1928 au 26 mai 1932, du 3 juin au 3 novembre 1932 et enfin du 16 novembre 1932 au 6 mars 1933.

Accusé de tendances dictatoriales, soupçonné fortement d’avoir piloté deux coups d’état ayant avorté, il choisit l’exil en France, la restauration de la monarchie rendant caduque tout espoir de se maintenir au pouvoir. Il ne souffre guère de l’exil puisqu’arrivé à Paris en mars 1935 il y meurt un mois plus tard. Le corps est ramené directement en Crète pour éviter tout problème d’ordre public à Athènes.

Sa trace est immense puisqu’il à participé à la structuration de la vie politique grecque en deux partis, un parti libéral et un parti conservateur, ce bipartisme explosant durant la seconde guerre mondiale avec l’émergence d’un parti centriste, d’un parti socialiste et d’un parti communiste.

Neutralité et engagement, Schisme National et Gouvernement de Défense Nationale

En 1914 la Grèce est un pays ruiné ou du moins très appauvri par les guerres balkaniques. De plus le pays est divisé politiquement avec une classe politique décrédibilisée et divisée.

L’année précédente en 1913, le roi Constantin 1er s’était rendu en Allemagne et en France dans l’espoir d’obtenir des crédits pour des travaux d’infrastructure mais sans succès, Berlin refusant de se mettre à dos son allié et partenaire ottoman alors que Paris à mal digéré les compliments vis à vis de l’armée allemande exprimés en public par le beau-frère du Kaiser.

Dès cette époque les objectifs de Constantin 1er et d’Eleftherios Venizelos commencent à diverger mais à l’époque nous sommes loin de toute rupture, les deux hommes travaillant pour asseoir la position de la Grèce dans une scène balkanique récemment bouleversée.

En dépit des pressions de son beau-frère (Constantin 1er à épousé la sœur de Guillaume II), en dépit de ses propres inclinaisons, le roi des héllènes décide de maintenir le pays neutre.

De son côté Venizelos est plus favorable à l’entente mais ne veut rentrer en guerre que si cela est profitable à la Grèce c’est-à-dire la réalisation de la Megali Idea (Grande Idée). De plus il soupçonne la famille royale d’être de connivence avec Guillaume II ce qui n’est pas le cas puisque l’empereur allemand avait menacé la Grèce d’être traitée comme une nation ennemie si jamais le pays choisissait la neutralité.

Les alliés tentent de convaincre les grecs de renoncer à des territoires récemment acquis pour attirer la Bulgarie de leur côté. Les négociations sont d’autant plus complexes que les alliés cherchent à attirer également l’Italie de leur côté. Impossible de satisfaire tout le monde.

Venizelos craint que déclarer la guerre à l’Empire ottoman n’entraine de terribles représailles aux populations hellénophones en Asie Mineure, l’exemple arménien en 1915 prouve que le crétois avait raison d’être prudent.

En Epire du Nord la situation est tendue, la majorité hellénophone qui y vit craignant de perdre un statut d’autonomie acquis en mai 1914 au sein d’un nouvel Etat albanais créé après les deux guerres balkaniques.

Athènes y envoie son armée le 27 octobre 1914 ce qui marque la fin de la République autonome de l’Epire mise en place le 17 mai 1914 dans le cadrre du protocole de Corfou.

Les alliés décident d’attendre la fin de la guerre pour régler la situation mais la Grèce fait comme si l’Epire du Nord avait fait son enosis avec la Grèce.

En mars 1916 l’union est proclamée officiellement. Si les alliés pouvaient fermer les yeux sur une union de facto en revanche de jure c’est impossible. Comme en plus les relations de l’Entente avec Athènes se sont dégradées, en septembre 1916 la France et l’Italie occupent la région.

En 1914 la Grèce soutien du bout des lèvres son alliée serbe pour ne surtout pas provoquer la Triplice.

Au moment du déclenchement de l’Expédition des Dardanelles en février 1915, Venizelos veut profiter de la situation pour attaquer l’empire ottoman. Constantin 1er et le chef d’état-major un certain Ioannis Metaxas veulent que la Grèce attaque seule pour s’emparer Constantinople.

Probablement parce qu’ils savaient parfaitement que jamais les alliés accepteraient une Grèce occupant Constantinople notamment les russes pour qui les détroits turcs constituent le dernier verrou pour accéder aux mers chaudes, obsession russe depuis Pierre le Grand.

L’échec allié (notamment l’attaque navale du 18 mars 1915) porte un coup très rude à Venizelos qui avait été remplacé huit jours plus tôt (10 mars 1915).

Le 13 juin 1915 les venizélistes remportent les élections législatives. Constantin 1er rappelle Venizelos qui redevient premier ministre le 23 août 1915. Constantin 1er refise de décreter la mobilisation générale après l’attaque de la Serbie par la Bulgarie.

Suite à la menace d’une démission de Venizelos et la risque d’une crise politique majeure, il ordonne une mobilisation générale mais à but défensif.

Le 3 octobre 1915, Venizelos ouvre la ville et le port de Thessalonique aux troupes alliées évacuées des Dardanelles officiellement pour aider la Serbie.

Constantin 1er qui déteste comme tout le monde être pris pour un imbécile le congédit. Cette fois la rupture est définitive entre le roi et le premier ministre.

L’Entente considère désormais le roi Constantin 1er comme un roi pro-allemand. Il est accusé d’avoir provoqué la chute de la Serbie en refusant d’entrer en guerre en 1914 ou 1915.

Les alliés ordonnent à Athènes de démobiliser son armée pendant que la loi martiale est proclamée à Thessalonique et qu’un blocus maritime partiel est mis en place pour faire plier le roi qui organise de nouvelles élections mais le scrutin est boycotté par les vénizélistes.

Le 1er janvier 1916 les alliés installent les serbes évacués à Corfou. Des troupes françaises arrivent le 12 janvier 1916. Les relations se tendent avec les alliés mais ces derniers ne veulent pas forcément rompre avec Constantin 1er.

Les alliés multiplient les pressions alors que le gouvernement grec cherche à mécontenter ni les alliés ni la Triplice mais es-ce encore possible alors que la guerre qui fait rage depuis bientôt deux ans ce qui à radicalisé les positions.

Les forces germano-bulgares occupent une partie de la Grèce. Constantin 1er refuse que ses troupes résistent ce qui ulcère nombre d’officiers qui se demandent à quoi cela à servit de lutter et de mourir trois ans plus tôt pour ne pas combattre.

A Athènes on assiste à des affrontements de rue entre monarchistes et venizélistes. Les alliés évacuent Venizélos sur la Crète pour le mettre à l’abri.

La marine marchande grecque subit un embargo le 29 mai, la famine menace sans compter une grave pénurie de charbon. On parle de projets d’enlèvements ou d’assassinats de Constantin 1er, projets imaginés par les services de renseignements français. Un incendie dans la forêt entourant le Palais de Tatoï est attribué aux français.

Le 29 mai 1916 Venizelos propose de créer un gouvernement provisoire. Il ménage encore le roi et la dynastie pour des raisons politiques et diplomatiques. Le président du conseil Aristide Briand refuse craignant de mécontement de Londres.

Le 2 août 1916 à lieu un coup d’Etat militaire à Thessalonique, coup d’état organisé avec l’aide du général Sarrail. La mise en place d’un comité de défense nationale très vite piloté par Venizélos marque le début du Schisme National.

Elefthérios Vénizélos débarque à Thessalonique en compagnie de l’amiral Pavlos Koundoririotis et du général Panagiotis Danglis. Le soutien des alliés reste tacite et officieux. Le blocus allié se renforce et une partie de la marine grecque est saisie.

Constantin 1er hésite entre opposition franche aux alliés et tentative timide de coopération. L’attitude des vénizélistes et de leur chef est aussi critiquée par les alliés.

Le 16 novembre 1916 les alliés exigent que les grecs livrent des armes mais le gouvernement royaliste refuse.

Le 23 novembre 1916, le vice-amiral Louis Dartige du Fournet, commandant des forces navales alliées en Méditerranée expulse les représentations diplomatiques des Empires Centraux. Un nouvel ultimatum est adressé le lendemain.

Les grecs refusent le 26 novembre et mettent Athènes en état de se défendre avec 20000 hommes, des soldats de l’armée régulière et des miliciens (epistratoi). En face les alliés pensent à un bluff.

Le 1er décembre 1916 1200 marins français, italiens et britanniques des compagnies de débarquement sont mis à terre mais les positions qui leur ont été assignées sont déjà occupées par les grecs. Après deux heures d’observation, les combats éclatent provoquant la mort de 194 marins du côté de l’Entente contre 82 pour les grecs.

Ce sont les Vêpres grecques. Après d’houleuses négociations, les alliés évacuent le lendemain. Les vénizélistes sont pourchassés, leurs habitations et leurs magazins sont saccagés, trente-cinq personnes étant tuées. L’amiral français est relevé de ses fonctions.

Le 2 décembre 1916 les alliés reconnaissent partiellement le gouvernement de Vénizelos qui déclare la guerre à l’Allemagne et la Bulgarie le 7 décembre. Déclaration symbolique car l’armée vénizéliste se limite à un bataillon de volontaires. De son côté le gouvernement grec émet un mandat d’arrêt contre Vénizélos qui subit l’anathème de l’archevêque-primat.

En 1917 le retrait russe oblige les alliés à chercher de nouvelles troupes et à part les grecs on ne trouve personne de disponible rapidement.

Le 10 juin 1917 le haut-commissaire Charles Jomart réclame l’abdication du roi et du diadoque trop germanophile au goût des alliés. Constantin 1er abdique au profit d’Alexandre 1er qui est un roi fainéant au sens qu’il n’à aucun pouvoir réel.

Le 21 juin 1917 Venizelos débarque au Pirée, le gouvernement loyaliste démissionne. Le 26 juin 1917, le gouvernement de Thessalonique s’installe à Athènes et devient le gouvernement grec légitime.

Vénizelos devient un quasi-dictacteur en mettant en place une politique autoritaire pour préparer le pays à entrer en guerre. Les alliés se retirent des bases occupées (comme le Pirée et Salamine), rendent les navires saisis et évacuent l’Epire qui est réoccupée par les grecs.

En août 1917 le gouvernement grec reçoit un prêt de 30 millions de francs-or pour lever une armée de douze divisions. L’équipement tarde à arriver ce qui provoque des tensions entre grecs et alliés.

Un nouveau prêt de 750 millions de francs-or est accordé en échange de la mise à disposition de 300000 hommes au profit du général Guillaumat qui à remplacé le général Sarrail. La mobilisation générale est ordonnée le 22 janvier 1918.

Les troupes héllènes sont vus d’abord avec suspicion et il faudra du temps pour que la confiance règne entre alliés et grecs. Les grecs remportent la bataille de Skra-di-Legen du 29 au 31 mai 1918 suivit d’une victoire greco-britannique lors de la troisième bataille de Dorian les 18 et 19 septembre 1918.

Le 29 septembre 1918 la Bulgarie signe l’armistice de Thessalonique avant d’être suivis par les autres pays que ce soit l’empire ottoman le 30 octobre, l’Autriche-Hongrie le 3 novembre et l’Allemagne le 11 novembre 1918.

Le conflit terminé la Grèce espère obtenir de fructueuses récompenses. Venizelos publie un mémoire où il montre qu’il est prêt à abandonner beaucoup pour obtenir l’Asie mineure. Une commission des affaires grecques dirigée par Jules Cambon est créée au sein de la Conférence de paix de Paris.

La Grèce obtient la Thrace orientale et l’Ionie au traité de Sèvres mais ces territoires seront perdus au cours de la Grande Catastrophe.

En 1923 la Grèce allait néanmoins récupérer la Thrace occidentale auprès de la Bulgarie qui perd ainsi un accès direct à la mer Ionienne. A noter que la Grande Catastrophe permet à l’Italie de ne pas appliquer un accord de 1919 qui prévoyait la rétrocession du Dodécanèse sauf Rhodes à la Grèce. L’Epire du Nord est rétrocédée à l’Albanie en 1923.

Mitteleuropa Balkans (130) Yougoslavie (18)

Une histoire des forces armées en Serbie (2) : guerres balkaniques et première guerre mondiale.

Généralités

Le Royaume de Serbie va participer aux deux guerres balkaniques. Ces deux conflits véritables répétition de la première guerre mondiale sont les deux faces d’une même pièce avec d’abord des nations balkaniques unies pour chasser l’empire ottoman d’Europe puis des alliés d’hier devenus des ennemis d’aujourd’hui.

Un traité d’alliance serbo-bulgare est signé en mars 1912, Belgrade et Sofia voulant se partager le Vardar macédonien. En mai la Serbie signe un traité similaire avec la Grèce et en octobre c’est autour du Monténégro de signer un traité d’alliance militaire avec la Serbie.

Durant ces deux guerres la Serbie va conquérir le Kosovo _considéré comme le berceau de la nation serbe_, la Macédoine, le Sandjak de Novi Pazar. Le traité de Londres signé après la première guerre permet à la Serbie de s’emparer du Kosovo et du nord-ouest de la Macédoine.

Après la deuxième guerre qui voit la Bulgarie attaquer ses anciens alliés serbes et grecs, le traité de Bucarest permet à la Serbie de récupérer tout le Vardar macédonien. Elle aurait souhaité pouvoir disposer d’une fenêtre maritime sur l’Adriatique mais les grandes puissances préfèrent créer un royaume d’Albanie. La Serbie gagne 81% de superficie et 1.6 millions d’habitants (passant de 2.9 à 4.5 millions).

Comme nous l’avons à propos de la Bulgarie, la Serbie est aux premières loges durant le premier conflit mondial. Attaquée par les Empires Centraux, elle fait mieux que se défendre mais finit par craquer.

Commence alors une terrible Anabase en plein hiver dans les montagnes albanaises.. 400000 militaires et civils entament un véritable périple direction les ports albanais où des navires italiens parviennent à les évacuer en direction de Corfou. Seuls 120000 soldats (sur 135000) et 60000 civils (sur 280000) parviennent sur l’île grecque. Cela n’est pas finit car 11000 soldats et civils finiront par succomber des conséquences de cette odyssée.

Ordre de bataille de l’armée royale serbe au moment de la 1ère guerre Balkanique.

1ère Armée

Le prince Alexandre de Serbie futur Alexandre 1er de Yougoslavie en tenue militaire serbe

Sous le commandement du prince héritier Alexandre (futur Alexandre 1er de Yougoslave), elle comprend les unités suivantes :

-Artillerie d’Armée : 1ère batterie d’obusiers, 6ème batterie de mortiers, 1ère, 2ème et 3ème batteries lourdes de 120mm

-Division de Cavalerie : 1er,2ème, 3ème et 4ème régiments de cavalerie + artillerie divisionnaire

-Division de 1ère ligne «Morava» : 1ère, 2ème, 3ème et 16ème RI, un régiment d’artillerie, une batterie d’artillerie de montagne et un régiment de cavalerie.

-Division de 1ère ligne «Drina» : 4ème, 5ème, 6ème, 17ème RI, un régiment d’artillerie et un régiment de cavalerie

-Division de 1ère ligne «Danube» : 7ème, 8ème, 9ème et 18ème RI, un régiment d’artillerie et un régiment de cavalerie

-Division de 2ème ligne «Danube» : 7ème RI (2ème ligne), 8ème RI (2ème ligne), 9ème RI (2ème ligne), 4ème régiment d’infanterie surnuméraire, trois batteries d’artillerie, cavalerie divisionnaire

-Division de 2ème ligne «Timok» : 13ème RI, 14ème RI, 15ème RI (tous régiments de 2ème ligne), trois batteries d’artillerie, cavalerie divisionnaire

2ème Armée

-Artillerie d’Armée : 1er régiment d’artillerie de montagne (moins une batterie détachée auprès de la division «Morava») et 2ème batterie d’obusiers

-Division de 1ère ligne «Timok» : 13ème, 14ème, 15ème et 20ème RI, un régiment d’artillerie et un régiment de cavalerie

-7ème DI «Rila» (Bulgarie) : 3 brigades

3ème Armée

Canon de 120mm Schneider-Canet modèle 1897 préservé en Serbie

-Artillerie d’Armée : 2ème bataillon d’artillerie de montagne, 3ème bataillon d’artillerie de montagne, 3ème batterie d’obusiers, 4ème batterie d’artillerie, 4ème batterie lourde (120mm)

-Cavalerie d’armée : deux escadrons d’armée

-Division de 1ère ligne «Sumadija» : 10ème, 11ème, 12ème et 19ème RI, un régiment d’artillerie, cavalerie divisionnaire

-Division de 2ème ligne «Morava» : 1er RI (2ème classe), 2ème RI (2ème classe), 3ème RI (2ème classe), trois batteries d’artillerie, cavalerie divisionnaire

-Brigade 1ère ligne «Morava» 1er et 2ème régiments surnuméraires 9ème batterie d’artillerie détachée du régiment d’artillerie de la division «Morava», Cavalerie divisionnaire

-Détachements de Chetnik : Medveda, Kursumlija, Lukovo et Kolasin

Armée d’Ibar

-Division de 2ème ligne «Sumadija» : 10ème, 11ème, 12ème RI (2ème classe), artillerie divisionnaire, cavalerie divisionnaire

-5ème régiment d’infanterie surnuméraire

-1er bataillon d’artillerie de montagne (2ème ligne)

-5ème batterie d’obusiers

-5ème batterie lourde

Brigade Javor

-3ème régiment d’infanterie surnuméraire, 4ème régiment d’infanterie (2ème classe), 3ème batterie (détaché de l’artillerie divisionnaire de la Division «Drina»), 4ème batterie d’artillerie de montagne (2ème classe), 1ère batterie d’artillerie de position Uzujcse, 6ème batterie lourde (120mm) et un escadron de cavalerie

Les batailles de l’armée serbe

Pour ce conflit les serbes ont mobilisé 230000 hommes. 5000 soldats serbes sont morts, 18000 sont blessés tandis que 6698 sont morts de maladie.

Du 3 au 5 novembre 1912 à lieu entre serbes et ottomans la bataille de Prilep. Les troupes serbes submergent les troupes ottomanes qui n’ont d’autre choix que de se replier. Les pertes serbes sont cependant très lourdes avec 2000 morts et blessés contre 1200 morts et blessés de l’autre côté.

Du 16 au 19 novembre 1912 à lieu la bataille de Monastir. Environ 100000 serbes affrontent 40000 ottomans. Après sa défaite à Kumanovo, les ottomans se replient et se regroupent autour de Bitola, objectif de la 1ère Armée serbe.

Cette dernière est durement accrochée par l’armée ottomane qui dispose d’une nette supériorité en artillerie ce qui compose son infériorité numérique.

Les serbes doivent attendre l’arrivée de leur propre artillerie pour contrebattre l’artillerie ottomane qui est neutralisée le 18. Bitola tombe le lendemain. Les serbes contrôlent alors tout le sud-ouest de la Macédoine dont la ville d’Ohrid.

Certains serbes auraient voulu poursuivre vers le sud et Thessalonique mais le commandant serbe, le général Pvanik refuse car il craint de provoquer l’Autriche-Hongrie qui n’avait pas vraiment envie d’une Serbie surpuissante ayant une fénètre sur la mer Egée et sur la mer Adriatique.

De toute façon les grecs et les bulgares étaient déjà là et nul doute qu’Athènes comme Sofia n’auraient pas vraiment voulu d’un troisième crocodile dans le marigot.

Du 3 novembre 1912 au 26 mars 1913 la forteresse d’Andrinople à été assiégée par les bulgares rejoint ensuite par les serbes. Sa chute va pousser l’Empire ottoman à demander la paix car incapable de poursuivre la lutte. 106425 bulgares et 47275 serbes vont affronter entre 50 et 70000 ottomans.

C’était donc la fin d’un siège de cinq mois marqué par deux attaques nocturnes infructueuses. La prise de cette forteresse fait sensation car elle avait été fortfiée par les allemands et était jugée imprenable.

Du côté des serbo-monténégrins, les monténégrins assiègent puis capturent la firme de Skohdra (auj. Skhoder sur le lac du même nom).

Comme nous le savons le partage des dépouilles ottomanes à dégénéré entrainant un nouveau conflit entre la Bulgarie et ses anciens alliés rejoints par des ottomans revanchards.

Le 1er juin 1913 est signé un traité entre la Grèce et la Serbie. Les deux pays disposent d’une frontière commune et signent un pacte d’assistance militaire mutuelle.

La Bulgarie attaque le 29 juin 1913 la Serbie et la Grèce. Le Monténégro, l’Empire ottoman mais aussi la Roumanie vont intervenir ultérieurement.

Sur le plan militaire, les troupes serbes et grecques sont encore fraiches. En effet elles n’ont pas eu à s’employer alors que les troupes bulgares ont combattu durement ce qui provoque de nombreuses pertes.

Belgrade mobilise 348000 hommes, perdant au fnal 9000 tués au combat, 5000 des suites de maladie et 36000 blessés.

Dans la nuit du 29 au 30 juin 1930, les bulgares attaquent l’armée serbe sur la rivière Bregalnica, un affluent majeur du Vardar mais aussi l’armée grecque à Nigrita. Les serbes tiennent bon et sont bientôt rejoints par les monténégrins. L’armée grecque l’emporte également dans ses propres affrontements contre les bulgares.

La bataille de Bregalnica est la première du conflit. Deux armées bulgares affrontent deux armées serbes (renforcées par quelques éléments monténégrins).

Sur le plan numérique cela nous donne 184000 bulgares (116000 pour la 4ème armée 68000 pour la 5ème armée) répartis entre 100 bataillons d’infanterie, 6 régiments de cavalerie et 63 batteries d’artillerie qui affrontent 191000 serbo-monténégrins répartis entre 104 bataillons d’infanterie, 24 escadrons de cavalerie et 62 batteries d’artillerie.

C’est la plus grande bataille de la guerre qui se termine par une défaite bulgare et de sérieuses pertes avec plus de 20000 morts et blessés côté bulgare et 16620 pertes dont 3000 tués côté serbo-monténégrin.

Du 4 au 7 juillet à lieu la bataille de Knjazevac entre environ 50000 bulgares appuyés par 108 canons et 40000 serbes appuyés par 68 «bouches à feu». C’est une victoire bulgare, les troupes de Sofia s’emparant de cette ville située à 250km au sud-est de Belgrade et 55km au nord-est de Nis.

Du 6 au 8 juillet la 3ème armée bulgare affronte la 2ème armée serbe dans la bataille de Pirot. Les bulgares qui avaient lancé l’offensive doivent se replier pour aider leur 1ère armée sérieusement accrochée par les roumains.

Avec cette défaite qui s’ajoute à celle survenue lors de la bataille de Bregalnica, les bulgares peuvent dire adieu à la conquête du sud-ouest de la Serbie.

Le 8 juillet 1913 à lieu la bataille de Bedogradchik entre les bulgares et les serbes qui se termine par une victoire serbe.

Du 12 au 18 juillet la ville de Vidin défendue par 4200 bulgares est assiégée 8500 serbes. Une première attaque serbe échoue mais la paix est signée avant que d’autres attaques d’où qu’elles viennent soient menées à bien.

Les 18 et 19 juillet 1913 à lieu la bataille de Kalimanci. Deux armées bulgares affrontent une armée serbo-monténégrine. Les bulgares repoussent les serbes qui cherchaient à les expulser de Macédoine et retrouver les grecs plus en aval sur la rivière Struma. C’est une importante victoire défensive pour les bulgares qui empêchent toute invasion de la Bulgarie par la Serbie.

Du 22 au 31 juillet à lieu la Bataille de Kresna qui est la dernière bataille majeure du conflit. Les bulgares avaient contre-attaqué les serbo-monténégrins le 19 juillet et tentent de faire pareil contre des grecs épuisés dont les lignes de communication sont sur le point de rompre. Pour ne rien arranger on se chamaille au sommet de l’état entre le premier ministre Venizelos partisan d’un armistice et le roi Constantin 1er qui voulait obtenir une grande victoire militaire.

Cette bataille manque de tourner à la catastrophe pour les grecs, les bulgares appuyant sur les flancs pour tenter de réitérer la célèbre bataille de Cannes (-216).

Les grecs demandent aux serbes de relancer l’attaque mais Belgrade refuse. A la même époque les roumains avancent vers Sofia. C’est ce qui va sauver les grecs d’un anhilation quasi-totale et aboutiront in fine au retour de la paix.

Ordre de bataille de l’armée royale serbe en 1914

Quand éclate le premier conflit mondial, la Serbie mobilise plusieurs armées pour faire face aux futures attaques des Empires Centraux et notamment de l’Autriche-Hongrie.

NdA dans cet ordre de bataille je n’ai que les régiments d’infanterie au sein des divisions. J’ignore si les divisions comprennent également des unités de cavalerie et d’artillerie mais cela semble probable.

1ère Armée

-Artillerie d’Armée

-Division de Cavalerie : 1er,2ème, 3ème et 4ème régiments de cavalerie

-Division de 1ère ligne «Timok» : 13ème, 14ème, 15ème et 20ème RI (1ère classe)

-Division de 2ème ligne «Timok» : 13ème, 14ème, 15ème RI (2ème classe)

-Division de 2ème ligne «Morava» : 1er, 2ème et 3ème RI (2ème classe)

-Détachement Branicevo (issu de la division de 2ème ligne «Dunav») avec des éléments des 7ème, 8ème, et 9ème RI (2ème classe) ainsi que du 9ème RI (1ère classe) sans oublier les 8ème et 9ème RI (3ème classe).

2ème Armée

-Artillerie d’Armée

-Division de 1er rang «Morava» : 1ère, 2ème, 3ème et 18ème RI (1er rang)

-Division Combinée de 1er rang : 1er, 2ème, 5ème et 6ème RI surnuméraires

-Division de 1er rang «Sumadija» : 10ème, 11ème, 12ème et 19ème RI

-Division de 1er rang «Dunav» : 7ème, 8ème et 18ème RI + 4ème RI surnuméraire

3ème Armée

-Artillerie d’Armée

-Division de 1er rang «Drina» 5ème, 6ème et 17ème RI (1er rang) 3ème RI surnuméraire (1)

-Division de 2ème ligne «Drim» 5ème et 6ème RI (2ème classe), 6ème RI (3ème classe), 1er bataillon du 5ème RI (3ème rang)

-Détachement Obrenovac : 7ème RI (3ème rang), deux bataillons du 5ème RI (3ème rang)

Détachement de Tchetnik Jadar

Groupe d’Armée Uzice

-Artillerie d’Armée

-Division de 2ème rang «Sumadija» 10ème, 11ème et 12ème RI (2ème rang), 4ème RI (1er rang)

-Brigade Uzice : 4ème RI (2ème rang), 4ème RI (3ème rang)

-Différents détachements : Détachement Lim, Détachement Chetnik Zlatigor, Détachement Tchetnik Gornjak

Les batailles de l’armée serbe durant le premier conflit mondial

La terrible anabase de l’armée serbe dans les montagnes albanaises

Epique tel pourrait être le mot pour définir les combats de l’armée serbe durant le premier conflit mondial. Après une brillante résistance l’épuisement provoque un effondrement du dispositif militaire serbe.

L’armée accompagné de la cour et des civils entame une véritable anabase à travers les montagnes albanaises, une retraite épique en plein hiver qui provoqua des dizaines de milliers de morts civils et militaires. Même après l’évacuation depuis les ports albanais en direction de Corfou entraina des morts supplémentaires, certains soldats et certains civils ne supportant pas les conséquences du froid, du manque de nourriture, du stress….. .

Du 28 juillet 1914 au 15 décembre 1915 à lieu la Campagne de Serbie. L’armée serbe mobilise 420597 hommes auxquels vont s’ajouter 50000 monténégrins. Ces effectifs vont tomber à 250/270000 et 48300 respectivement.

L’armée serbe n’est pas en très grande forme. Elle ne s’est pas encore remise des pertes durant les deux guerres balkaniques et manque d’armes modernes.

Le 29 juillet au lendemain de la déclaration de guerre de l’Autriche-Hongrie à la Serbie, Belgrade est bombardée par l’artillerie austro-hongroises. Il faudra attendre le 12 août pour que la rivière Drina soit franchie par les soldats de la Double-Monarchie.

L’Autriche-Hongrie avait prévu le déploiement de trois armées contre la Serbie (2ème, 5ème et 6ème) pour des effectifs globaux dépassant plus de 500000 hommes mais l’entrée en guerre plus rapide de la Russie avait contraint Vienne à redéployé à l’est la 2ème Armée, faisant retomber les effectifs à 285000 hommes. Comme ce redéploiement prenait des temps des éléments de la 2ème Armée on pu être engagés sur le front serbe.

La 5ème Armée austro-hongroise attaque la Serbie depuis la Bosnie avec le soutien d’éléments de la 2ème Armée venue de Syrmia. La 6ème Armée était déployée dans le sud de la Bosnie mais ne pouvait pas attaquer immédiatement.

Le commandant des troupes austro-hongroises, le général Potiorek veut aller vite mais commet deux erreurs principales : ne pas engager tous ces moyens et attaquer non pas par les plaines du Nord mais à l’ouest dans une région montagneuse nettement plus difficile.

Cela aurait pu néanmoins marcher puisque d’abord les serbes pensent à une attaque de diversion mais quand le maréchal Putnik comprend qu’il s’agissait de l’attaque avec un grand D il engage les 2ème et 3ème Armée qui après quatre jours de violents combats oblige les troupes austro-hongroises à se battre en retraite. Ces premiers combats ont valu à l’Autriche-Hongrie 23000 pertes (tués, blessés et prisonniers) et à la Serbie 16500 pertes.

Sous la pression des alliés, l’armée serbe va engager sa première armée dans une offensive limitée au delà de la Sava c’est à dire dans la région austro-hongroise de Syrmie. Il s’agit surtout de ralentir l’envoi sur le front russe de la 2ème armée.

Ce fût un échec avec 6000 pertes côtés serbes contre des pertes ennemies estimées à seulement 2000 hommes.

Le 7 septembre 1914 les austro-hongrois repassent à l’attaque depuis l’ouest en franchissant la Drina avec les 5ème et 6ème armées. C’est la 5ème attaque qui lança une première offensive mais elle est repoussée par la 2ème armée serbe provoquant 4000 pertes. En revanche cela se passa mieux pour la 6ème armée plus puissante qui parvint à prendre par surprise la 3ème armée serbe.

Des unités de la 2ème armée serbe ayant renforcé la 3ème, la 5ème armée austro-hongroise repassa à l’offensive dans l’espoir d’obtenir une tête de pont. Cette attaque obligea la 1ère Armée à stopper son offensive en Autriche-Hongrie pour engager une féroce contre-attaque contre la 6ème armée avec là encore des résultats mitigés des deux côtés. On enregistre de lourdes pertes des deux côtés.

Le front se stabilise mais les serbes manquent de tout et surtout d’artillerie lourde. Une offensive serbo-monténégrine est lancée en Bosnie pour soulager la pression sur le front principal mais cela est un échec.

Face à une armée serbe affaiblie, les austro-hongrois repassent à l’attaque le 5 novembre 1914, l’armée serbe se repliant en bon ordre, offrant une solide résistance sur les rives de la rivière Kolubara mais le manque de munitions d’artillerie poussa à une retraite qui obligea les serbes à abandonner la capitale Belgrade où les troupes de la Double-Monarchie entrent le 2 décembre 1914.

Les austro-hongrois sentant les serbes sur le point de craquer décident de déplacer la 5ème armée dans la région de Belgrade pour frapper le flanc droit serbe mais ce choix avait l’inconvénient de laisser la 6ème armée seule pendant quelques jours.

Les serbes ne laissent pas passer leur chance et lancent toutes leurs forces le 3 décembre contre la 6ème Armée. La 5ème armée austro-hongroise arrive trop, les 2ème et 3ème armées serbes submergeant la 6ème armée. Les austro-hongrois n’ont d’autre choix que se replier au delà des rivières. Belgrade est reprises le 15 décembre 1914 ce qui marque la fin de la première phase de la campagne de Serbie.

Cette première phase se termine par un retour à la situation d’avant conflit mais les pertes sont énormes, bien plus importantes que dans les conflits précédents avec près de 170000 pertes côté serbe alors que les austro-hongrois ont perdu environ 215000 hommes.

Il va falloir attendre près d’un an pour que l’offensive reprenne. Cette fois ce sont les austro-hongrois, les allemands et les bulgares qui passent à l’offensive. C’est le 7 octobre 1915 que les troupes germano-austro-hongroises franchissent les rivières Drina et Sava. Deux jours plus tard après d’intenses combats de rue la capitale serbe est prise.

Le 14 octobre 1915 les bulgares attaquent à leur tour, la 1ère Armée bulgare bat la 2ème armée serbe à la Bataille de Morava tandis que la 2ème armée bulgare l’emporte sur les serbes à la Bataille d’Ovche Pole.

Si les serbes n’avaient eu qu’à affronter les germano-austro-hongrois ils auraient pu s’en sortir mais avec les bulgares cela devenait impossible. Les troupes serbes tentèrent d’abord de rejoindre les troupes alliées présentes en Grèce mais cela ne pu se faire et les serbes n’eurent d’autre chois que d’entamer une terrible retraite, une terrible anabase en direction de l’Albanie.

Cette retraite se fit dans des conditions dantesques avec de nombreux civils, un temps épouvantable et l’attaque de bandes armées albanaises qui se vengeaient de massacrés menés durant les guerres Balkaniques.

Seuls 155000 serbes (beaucoup de militaires mais aussi des civils) ont réussi à atteindre les ports albanais. Avec l’aide des navires alliés ils ont pu être évacués vers Corfou et d’autres îles grecques où ils purent reprendre des forces avant d’être réengagés sur le front macédonien. Certains rescapés décédèrent des mois après la fin de l’évacuation le 10 février 1916, le maréchal Putnik succombant à l’épuisement 15 mois plus tard en France.

Cette campagne de Serbie se termine par de lourdes pertes avec 67000 pertes du côté des Empires Centraux contre 94000 tués et blessés côté serbe auxquels il faut ajouter 174000 prisonniers (dont 70000 blessés).

Une fois évacués les soldats serbes vont être réentrainés et rééquipés pour occuper le front de Macédoine.

Après l’offensive bulgare de l’été 1916, les alliés lancent une contre-attaque le 12 septembre 1916. C’est la Bataille de Kaymakchalan (12 au 30 septembre 1916) menée essentiellement par les serbes.

Cela se termine par une victoire tactique des serbes mais les pertes sont lourdes des deux côtés. Les bulgares et les allemands qui ont perdu 60000 hommes évacuent Bitola. Le front à clairement reculé de 40km.

Après un hiver 1916/17 calme, les opérations vont reprendre au printemps 1917. l’Armée alliée d’Orient voit ses effectifs portés à 24 divisions avec six divisions françaises, six divisions serbes, sept divisions britanniques, une division italienne, trois divisions grecques et deux brigades russes.

Tout comme sur le Chemin des Dames, l’offensive alliée lancée au printemps est un échec et après de lourdes pertes pour des gains minimes, le haut-commandement allié décide d’arrêter les frais le 21 mai 1917.

A l’automne 1918, les alliés alignent une Armée d’Orient composée de cinq divisions d’infanterie françaises, une division d’infanterie italienne et deux divisions grecques, deux Corps d’Armée serbes regroupant huit divisions d’infanterie dont deux françaises plus une division de cavalerie, Un groupe de divisions avec une division coloniale (française), une division grecque et une division britannique, une Armée britannique de Salonique avec deux corps d’armées regroupant trois divisions britanniques et deux divisions grecques et enfin l’Armée Grecque composée de deux corps d’armée soit un total de six divisions d’infanterie dont une à l’entrainement.

De leur côté les Empires Centraux alignent sur le front de Salonique la 11ème armée allemande (deux corps d’armées, sept divisions majoritairement bulgares), la 1ère armée bulgare (trois divisions d’infanterie et une brigade d’infanterie), la 2ème armée bulgare (trois divisions d’infanterie) et la 4ème armée bulgare qui dispose d’une division d’infanterie et d’une division de cavalerie.

La France veut lancer une offensive majeure mais il faut un accord politique avant de passer à l’action. Cela prend du temps et ce n’est qu’à l’automne 1918 que tout va se débloquer.

A cette époque les effectifs sont équilibrés (291 bataillons côté alliés contre 310 de l’autre côté) mais le conflit à clairement choisit le camp de l’Entente surtout depuis l’échec des offensives allemandes du printemps.

Du 15 au 18 septembre 1918 à lieu la bataille de Dobro Pole. Elle oppose deux divisions bulgares à trois divisions françaises, deux corps d’armées serbes et trois divisions grecques. C’est le début de l’offensive du Vardar qui allait aboutir à la rupture du front. La Bulgarie va capituler le 29 septembre 1918.

Disposant de 420000 hommes au début de la guerre, la Serbie tombe à tout juste 100000 hommes à la fin du premier conflit mondial. Selon des chiffres publiés en 1924 la Serbie à perdu au total 365164 soldats soit 26% du personnel mobilisé, plus du double des autres belligérants. On trouvait également 114000 gueules cassées et 500000 orphelins.

Mitteleuropa Balkans (115) Yougoslavie (3)

Un royaume uni ou à unifier ?

Le processus qui allait aboutir à la création de la Yougoslavie commence officiellement le 20 juillet 1917 par la Déclaration de Corfou.

En 1916 le parlement serbe en exil se réunit à Corfou, île grecque qui avait accueillit troupes, civils et institutions serbes après l’occupation du pays par les Empires Centraux. Un vote solennel propose la création d’un «royaume des slaves du sud».

Ce texte solennel et non contraignant est validé par le Comité Yougoslave qui regroupait des politiciens croates, slovènes et serbes pour faire avancer le projet d’une union des slaves du sud, une sorte de lobby pro-slave.

Ce comité se rapproche du royaume de Serbie et peut se targuer du soutien de la France et de la Grande-Bretagne pour qui tout ce qui peut affaiblit la double monarchie est bon à prendre. Cela doit aboutir à un monarchie parlementaire sous l’autorité de la dynastie Karadjordevic, une dynastie qui est apparue en 1804 et qui régna sur la Serbie avec des éclipses puisqu’elle fût au pouvoir de 1804 à 1813, de 1842 à 1858 et depuis 1903. La constitution doit être rédigée par une assemblée nationale constituante qui devra être élue après guerre.

Le 6 octobre 1918 un conseil des Slovènes, Croates et des Serbes prends le pouvoir à Zagreb. Cette entité proto-gouvernementale est naturellement pro-alliée.

Le 28 octobre 1918 suite à l’implosion de l’Autriche-Hongrie nait l’Etat des Serbes, Croates et Slovènes. Le lendemain 29 octobre, un parlement croate pro-yougoslave le Sabor se réunit à Zagreb et proclame l’indépendance d’un état regroupant les Serbes, les Croates et les Slovènes.

Le 31 octobre 1918 ils annoncent leur volonté de s’unir aux serbes et aux monténégrins même si il faudra pour cela attendre le 1er décembre pour que cela devienne officielle/ Trois jours Trois jours plus tôt le royaume du Monténégro s’associe à la Serbie suite à un vote controversé d’une assemblée réunie à Podgorica.

Le 5 novembre 1918 le Conseil National installé à Zagreb demande l’aide de l’armée serbe pour rétablir l’ordre dans une Croatie en pleine anarchie.

Très vite des tensions apparaissent entre croates et serbe. C’est ainsi qu’en mai 1919 un comité croate est créé, comité s’opposant au jeune état qui apparaît de plus en plus comme une Serbie sous stéroïdes. Ce comité n’à cependant qu’un impact limité ce qui explique son exil à Graz puis à Vienne.

Issus pour beaucoup de l’armée austro-hongrois et militants au sein du Parti des Droits (1861-1929), ils vont pour certains finir en prison. En 1921, quatorze membres sont jettés en prison dont un certain Ante Pavelic, le futur Poglavnik de l’Etat indépendant de Croatie.

Tous les territoires peuplés de Slaves ne vont pas intégrer la future Yougoslavie. La Carinthie choisit de rester autrichienne après un plébiscite réalisé le 10 octobre 1920.

Zadar et des îles dalmates intégreront le royaume d’Italie alors que la ville de Fiume formera jusqu’en 1924 un Etat libre brièvement occupé par Gabriele d’Annunzio et ses arditi. En 1924 l’ancien état libre est divisé entre l’Italie qui récupère la ville de Fiume et la Yougoslavie qui récupère l’arrière pays.

Après un long processus, un processus heurté et chaotique, le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes dispose enfin de sa constitution. La Constitution de Vidovdan est approuvée par l’Assemblée nationale constituante le 28 juin 1921, un vote marqué par un boycott de l’opposition.

En effet ce texte voté le jour de la Saint Vitan ne l’est que par 258 députés sur 419 (223 oui 35 non) avec 161 abstensions (plus d’un tiers des députés).

Ce texte va être en vigueur jusqu’au 6 juin 1929 quand le roi Alexandre 1er suspend la constitution et instaure une dictature royale.

Clairement l’adoption de cette constitution révèle de nombreuses failles. Si plusieurs partis y sont favorables (Parti Démocratique, Parti Radical Populaire, Organisation des Musulmans Yougoslaves, Alliance des agrariens et le Dzemiyet _un parti musulman_) d’autres sont opposés que ce soit dès le début (Parti Social Démocrate, Parti Républicain) ou durant le processus (communistes, Parti des Paysans Républicains Croates, Parti Populaire Slovène, Parti Populaire Croate et l’Union Croate).

La constitution de Vidovdan fait de la Yougoslavie un royaume parlementaire avec une monarchie héréditaire. Au grand dam des slovènes et surtout des croates on choisit la forme unitaire et non la forme confédérale.

Le pouvoir législatif est assuré par le roi et l’Assemblée Nationale, le monarque sanctionne et promulgue la loi, peut déclarer la guerre et signer la paix. Il peut également nommer aux emplois publics et dissoudre l’Assemblée.

Le parlement est de type monocaméral (une seule chambre), élu par un suffrage censitaire masculin ce qui peut paraître anachronique en 1921.

Le Conseil des Ministres est responsable devant le roi mais aussi devant l’assemblée. Les ministres ne sont pas obligés d’être parlementaires.

Des projets alternatifs ont été proposés, un projet du parti paysan républicain croates et un autre de l’Union Croate qui proposait un royaume confédéral avec Serbie, Croatie, Monténégro, Bosnie-Herzegovine, Voïvodine et Slovenie.

Signe des tensions du moment, le 21 juillet 1921 le ministre de l’Intérieur Melorad Draskovic est assassinné par les communistes.

La vie politique yougoslave est particulièrement mouvementée. Elle prend un tour dramatique le 20 juin 1928 quand le député Punisa Rasic (qui sera condamné à 20 ans de prison mais n’en fera que six) ouvre le feu au parlement sur cinq députés du Parti Paysan Croate, tuant deux députés et blessant les autres dont leur chef, Stjepan Radic. Ce dernier qui finira par succomber à ces blessures était certes croate mais croyait dans le projet yougoslave. Nul doute que l’évolution du pays aurait été différente si il avait survécu.

Alexandre 1er

Conséquence de cet attentat, le roi Alexandre 1er suspend la constitution le 6 janvier 1929 et met en place une dictature royale qui va durer un peu plus de deux ans jusqu’à la mise en place d’une nouvelle constitution par le décret du 3 septembre 1931.

Cette constitution de 1931 comprend douze chapitres (1-Dispositions générales 2-Droits et Devoirs citoyens 3-Précautions sociales et économiques 4-Pouvoirs de l’Etat 5-Le Roi 6-La Régence 7-Parlement 8-Pouvoirs exécutifs 9-Pouvoirs judiciaires 10-Finances 11-Armée 12-Modifications de la Constitution) et 120 articles.

Alexandre 1er tente de centraliser la Yougoslavie, d’en faire un véritable état unitaire. En clair qu’un habitant de Zagreb ou de Lubjana se sente davantage yougoslave que croate ou slovène.

C’est ainsi que les régions historiques sont remplacées par des provinces (Banavinas) qui prennent souvent le nom des fleuves qui les traversent (Drava, Sava, Vrbas, Littoral, Zeta, Vardar, Morava, Drina et Danube).

Ces réformes politiques se doublent d’une vigoureuse répression policière et judiciaire (création d’une cour de surêté de l’Etat le 11 janvier 1929) contre toute forme d’opposition politique. C’est ainsi que les partis politiques s’appuyant sur l’ethnie, la religion ou une région sont interdits. L’administration est réorganisée, le droit est unifié tout comme les programmes scolaires.

Cette politique va se révéler contre productive car pour les non-serbes, la Yougoslavie d’Alexandre 1er n’est qu’une Serbie aggrandie.

Il sera d’ailleurs assassiné le 9 octobre 1934 à Marseille en compagnie du ministre des affaires étrangères français Louis Barthou par Vlado Chernozenski, un terroriste de la VMRO ( Vatreshna Makendonska Revolutsionna Organizatasiya), une organisation macédonienne mais qui avait bénéficié du soutien des Ustachis croates, ces deux organisations ayant appelé le 20 avril 1929 à l’indépendance de la Croatie et de la Macédoine.

Le roi Pierre II en compagnie du général Montgomery et de Winston Churchill

Les années trente sont tendues et quand la guerre de Pologne éclate le royaume de Pierre II est bord de l’implosion. Heureusement cela s’apaise un peu avec la Pax Armada qui voit la Yougoslavie revenir à un état fédéral, Belgrade lâchant du lest pour tenter de reconquérir les croates et les slovènes.

Mitteleuropa Balkans (114) Yougoslavie (2)

HISTOIRE DE LA YOUGOSLAVIE

Avant-propos

Le concept de regrouper les Slaves du Sud (Yougo-Slaves) apparaît à la fin du 17ème siècle. Au 19ème siècle le mouvement illyrien (1835-1863) marque la naissance d’un sentiment national croate.

Au delà du culturel, les leaders du mouvement voulaient créer au sein de l’Autriche-Hongrie un établissement national croate. Ils évolueront vers l’idée de regrouper sous un même état les cousins slovènes, bosniens et serbes, les Jug-Slaveni (sud-slaves).

On aurait pu aboutir à la Croatie comme cœur moteur de l’union des Slaves du Sud mais comme nous le savons tous ce sera la Serbie, état constitué en 1918 qui deviendra le cœur battant de la future Yougoslavie.

Cette union va se faire sur les ruines et les décombres de l’Autriche-Hongrie qui comme les trois autres empires présents en août 1914 disparaît ce qui était plus ou moins attendu tant les observateurs les plus lucides savaient que comme la Russie des Romanov, l’Autriche-Hongrie des Habsbourgs était un colosse aux pieds d’argile traversé par tellement de failles que sa survie jusqu’en 1918 pouvait être considéré comme miraculeuse.

Il était important pour moi de rappeler le contexte car cela expliquera un certain nombre de choses par la suite. Je pourrai refaire de l’uchronie dans l’uchronie mais on peut imaginer une histoire différente si les slovènes, les croates, les bosniens et les monténégrins s’étaient unis dans un contexte de paix.

L’union va se faire dans les années chaotiques de l’immédiat après premier conflit mondial où les passions sont encore à vif. Les croates et les slovènes sont impatients de prendre leur indépendance et espèrent que les serbes joueront le jeu d’une véritable union.

Or la Serbie qui à terriblement souffert du premier conflit mondial (violents combats, anabase homérique, occupation rude) veut restaurer sa grandeur et son prestige (N’oublions pas que la Serbie avant la conquête ottomane à connu des périodes où elle était un acteur majeur de la région).

Les non-dits et les rancoeurs vont provoquer un chaos politique régulier, un chaos à bas bruit avec une vie politique mouvementée, une tentative du roi Alexandre 1er de Yougoslavie de centraliser et d’unifier la Yougoslavie au mépris du poids des nationalités, volonté que l’on pourrait comparer à celle d’un «despote éclairé» voulant faire le bien de ses sujets contre leur gré (NdA éternel débat de savoir si le pouvoir doit suivre tout ce que le peuple veut ou si il doit parfois aller à contre-courant), volonté qui allait lui coûter la vie un jour d’octobre 1934 du côté de Marseille.

La Yougoslavie retourne ensuite à la démocratie avec le règne de Pierre II, fils encore mineur du roi assassiné. Si la situation s’apaise un temps, nul doute que si la guerre de Pologne s’était prolongée on aurait pu craindre le pire pour le royaume de Yougoslavie surtout en cas d’invasion étrangère qu’elle soit italienne ou allemande.

La Pax Armada va être l’occasion de revenir à plus de stabilité, plus de sérénité. Pierre II en dépit de son jeune âge va se montrer assez habile.

Il parvient à donner des gages aux slovènes et surtout aux turbulents croates. Il réprime les extrémistes de tous bords et tente de dévelloper une véritable idéologie yougoslave un peu comme son père mais avec plus de réussite.

En septembre 1948 si la Yougoslavie n’à pas exorcisé tous ces démons elle peut voir l’avenir avec une relative sérénité. C’est alors que le second conflit mondial éclata……. .

Du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes au Royaume de Yougoslavie

Petit retour en arrière : la Serbie entre grandeur et décadence

Le cœur battant de la Yougoslavie est donc à l’est sous la forme de feu le Royaume de Serbie (Kraljevina Srbija) qui le 6 mars 1882 succède à la Principauté de Serbie (Kneževina Srbija)quand le prnce Milan de la dynastie Obrenovic devient roi sous le nom de Milan 1er.

Cette principauté avait officiellement vue le jour en 1817 quand après des années de troubles et plusieurs révoltes l’empire ottoman décide de lâcher du lest. Il faut néanmoins attendre 1830 pour que cette situation se stabilise juridiquement parlant avec la mise en place d’une série de textes à partir de 1828. Milos Obrenovitch devient prince hériditaire de Serbie.

Cet état va voir deux dynasties alterner au pouvoir. C’est ainsi que les Obrenovic sont au pouvoir de 1815 à 1842 et de 1858 à 1882, les Karadjordevic de 1842 à 1858 avant de revenir au pouvoir en 1903 à une époque où la principauté est devenue royaume.

Vont donc se succéder sur le trone serbe Milos Obrenovitch 1er (1780-1860) prince hériditaire de servie de 1817 à 1839 et de 1858 à 1860, Ses fils Milan Obrenovitch II (1819-1839) et Michel Obrenovitch (1823-1868) qui règne respectivement en 1839 et de 1839 à 1842, Aleksandar Karadjordevic (1806-1888) prince de 1842 à 1858, Mihailo Obrenovitch III (1823-1868), prince de 1860 à 1868 et enfin Milan Obrenovitch IV (1854-1901), prince de 1868 à 1882 puis roi de Serbie jusqu’en 1889.

Le 5 octobre 1866 la Serbie signe une alliance avec le Monténégro puis avec la Grèce le 18 avril 1887 en vue d’une guerre contre l’empire ottoman pour libérer les peuples chrétiens du joug ottoman. Cette alliance allait finalement n’être qu’un coup d’épée dans l’eau.

En 1867 la garnison ottomane quitte occupait Belgrade quitte la capitale serbe. De facto la Serbie est indépendante même si il faudra attendre 1878 pour qu’elle soit reconnue de jure par le Congrès de Berlin.

D’abord limitée au territoire du Pashaluk de Belgrade (appelé également territoire du Sandjak de Smeredevo) la principauté s’étend entre 1831 et 1873 vers l’est, le sud et l’ouest.

La population est à 87% serbe. On trouve également 10.5% de Valaques, 2.1% de Roms et 0.5% d’autres nationalités. Sur le plan religieux, la religion orthodoxe est dans une situation monopolistique avec 99.2% des habitants fidèles de cette religion.

La croissance démocratique est spectaculaire puisque la Serbie passe de 678192 habitants à 1 669 337 habitants entre 1834 et 1878.

En 1869 une nouvelle constitution est promulguée, neuf ans avant que l’indépendance ne soit officiellement reconnue au congrès de Berlin. En 1882 la principauté devient donc royaume, Milan Obrenovitch IV devant Milan 1er.

Du 14 au 28 novembre 1885 la Serbie affronte la Bulgarie dans une guerre où elle à le dessus et uniquement parce que les austro-hongrois ont menacé d’intervenir contre la jeune armée bulgare. Le conflit est réglé par le Traité de Bucarest signé le 19 février 1886. la Serbie reconnait l’unification de la Bulgarie (principauté de Bulgarie et Roumélie orientale sous l’union personnelle de Ferdinand 1er).

Une nouvelle constitution est promulguée en 1888 mais Milan 1er refuse de voir ses pouvoirs ains contraints et préfère abdiquer l’année suivante en 1889. Son fils Alexandre 1er (NdA à ne pas confondre avec le roi de Yougoslavie assasiné en 1934) lui succède en 1893 et supprime cette constitution en 1894.

Roi controversé par sa politique et par sa vie privée, Alexandre 1er Obrenovitch est assassiné en compagnie de son épouse et de sa famille dans la nuit du 28 au 29 mai 1903 (10/11 juin dans le calendrier grégorien) (Coup d’Etat de Mai) ce qui entraine l’extinction de cette maison régnante.

L’assemblée serbe (Shupstina) propose à Pierre Karadjordevic de devenir roi sous le nom de Pierre 1er. Après avoir hésité _on aime guère accepter une couronne après un coup d’état doublé d’un assassinat_ il finit par accepter et est couronné le 21 septembre 1904 (calendrier grégorien) dans un contexte difficile, la mort d’Alexandre 1er et de sa famille ayant choqué l’Europe entière.

Pierre 1er de Serbie puis de Yougoslavie

C’est la fin des bonnes relations avec l’Autriche-Hongrie, Belgrade se tournant davantage vers la France et la Russie. Un traité d’amitié est signé avec la Bulgarie en avril 1904 suivit d’une union douanière en juin 1905. Entre 1906 et 1909 une véritable guerre douanière oppose la Serbie à l’Autriche-Hongrie.

Le 6 octobre 1908 l’Autriche-Hongrie annexe la Bosnie-Herzegovine qu’elle occupait et qu’elle gouvernait depuis 1878. Pour la Serbie c’est un camouflet car ce territoire était une voie naturelle d’expansion. Cette annexion est comme nous le savons une réponse à la proclamation la veille de l’indépendance bulgare.

Le Royaume de Serbie va participer aux deux guerres balkaniques. Ces deux conflits véritables répétition de la première guerre mondiale sont les deux faces d’une même pièce avec d’abord des nations balkaniques unies pour chasser l’empire ottoman d’Europe puis des alliés d’hier devenus des ennemis d’aujourd’hui.

Un traité d’alliance serbo-bulgare est signé en mars 1912, Belgrade et Sofia voulant se partager le Vardar macédonien. En mai la Serbie signe un traité similaire avec la Grèce et en octobre c’est autour du Monténégro de signer un traité d’alliance militaire avec la Serbie.

Durant ces deux guerres la Serbie va conquérir le Kosovo _considéré comme le berceau de la nation serbe_, la Macédoine, le Sandjak de Novi Pazar. Le traité de Londres signé après la première guerre permet à la Serbie de s’emparer du Kosovo et du nord-ouest de la Macédoine.

Après la deuxième guerre qui voit la Bulgarie attaquer ses anciens alliés serbes et grecs, le traité de Bucarest permet à la Serbie de récupérer tout le Vardar macédonien. Elle aurait souhaité pouvoir disposer d’une fenètre maritime sur l’Adriatique mais les grandes puissances préfèrent créer un royaume d’Albanie. La Serbie gagne 81% de superficie et 1.6 millions d’habitants (passant de 2.9 à 4.5 millions).

Comme nous l’avons à propos de la Bulgarie, la Serbie est aux premières loges durant le premier conflit mondial. Attaquée par les Empires Centraux, elle fait mieux que se défendre mais finit par craquer.

Commence alors une terrible Anabase en plein hiver dans les montagnes albanaises.. 400000 militaires et civils entament un véritable périple direction les ports albanais où des navires italiens parviennent à les évacuer en direction de Corfou. Seuls 120000 soldats (sur 135000) et 60000 civils (sur 280000) parviennent sur l’île grecque. Cela n’est pas finit car 11000 soldats et civils finiront par succomber des conséquences de cette odyssée.

Les autres composantes nationales

Dans cette partie je vais balayer à gros traits l’histoire des autres composantes du royaume de Yougoslavie en essayant de rester factuel et de ne pas trop me disperser.

Slovenie

La Slovénie à fait partie intégrante de l’empire romain. Les invasions barbares vont dévaster le territoire et pour cela les habitants de la future Slovénie ne peuvent incriminer que la géographie puisque leur territoire est un point de passage obligé entre la plaine de Pannonie et la péninsule italique.

Les Slaves s’installent dans ce qui allait devenir la Slovénie à la fin du 6ème siècle. Le territoire va ensuite passer sous l’autorité du Saint Empire Romain Germanique puis après 1806 sous la souveraineté de l’empire d’Autriche et de la maison des Habsbourgs.

Les ancêtres des slovènes actuels occupaient les régions actuelles de la Carinthie, de la Styrie (ouest) et de la Slavonie. Il y eut une brève union avant une division entre les slaves de Carniole (Slovénie actuelle) alors que les Slaves du Nord vont former la Principauté de Carantanie qui par déformation allait devenir la Carinthie. Cette dernière en 746 passe sous la tutelle de la Bavière.

Au 9ème siècle le territoire est sous l’influence du duché de Bavière mais aussi d’une puissance en devenir, la République de Venise. En 952 l’empereur Othon 1er fonde un duché de Karananie qui intègre une partie de l’actuelle Slovenie.

Région frontalière, la future Slovenie était une marche pour protéger le Saint Empire contre les incursions des slaves et des hongrois. La Carniole qui correspond grosso modo à la Slovenie actuelle est une marche de 1040 à 1364 puis un Duché de 1364 à 1918.

La Slovenie n’à pas de statut spécifique mais ils ont des députés à Vienne. Un embryon d’Etat slovène, le comté de Celje disparaît en 1456 après la mort du dernier titulaire tué par Jean Hunaydi.

Si les élites soucieuses de leur position se germanisent, la paysannerie résiste et conserve une identité spécifique. Sur le plan religieux la Réforme est un temps très populaire mais la Contre-Réforme catholique finit par triompher notamment grâce à l’action de l’Archiduc et futur empereur Ferdinand (empereur de 1590 à 1637). En 1573 une révolte paysanne dévaste la région.

En 1806 le Saint Empire Romain Germanique disparaît cédant la place à l’Empire d’Autriche. Les territoires correspondant à la Slovénie restent domaines patrimoniaux de la Maison d’Autriche. Une partie de la Slovénie, le duché de Carniole dont la capitale était Laibach (Lubjana) intègre les Provinces Illyriennes, un territoire sous contrôle français d’octobre 1809 à août 1813. En 1815 le duché est réintégré à l’Autriche avant d’intégrer le Royaume d’Illyrie le 2 août 1816.

Ce royaume va rapidement perdre des territoires au profit des royaumes de Croatie et de Slavonie, le royaume d’Ilyrie ne regroupant plus que le duché de Carinthie, le duché de Carniole et le Littoral Autrichien qui correspond grosso modo à l’Istrie et à la Dalmatie.

En 1848 une proposition est faite pour regrouper tous les slovènes sous un même royaume autonome. Ce projet n’aboutit pas et en 1849 le royaume disparaît laissant des territoires autonomes (Carinthie, Carniole et le Littoral autrichien).

En février 1861 une patente met en place une Diète provinciale qui envoie des élus au Reichsrat, le parlement de la Cisleithanie.

Après 1918 et la disparition de l’Autriche-Hongrie, une grande partie du territoire slovène va intégrer la Yougoslavie mais une petite partie (32700 km² et 1.3 millions d’habitants tout de même) intègre le Royaume d’Italie.

Toujours en 1918 un conflit armé oppose les slovènes à la République d’Autriche allemande, l’un de ses états éphémères apparus dans l’immédiat après guerre. Les territoires contestés ssont la Basse Styrie et le Sud de la Carinthie. Par le traité de Saint Germain, Maribor et la Basse Styrie sont accordés à la Yougoslavie.

Des combats ont lieu en Carinthie du Sud (décembre 1918 à juin 1919), des volontaires slovènes aidés par l’armée serbe tentent d’occuper Klagenfurt.

En octobre 1920 la majorité de la population de la Carinthie du Sud vote pour rester autrichienne, la seule exception étant la région autour de Dravograd et de Gustany qui est accordée à la future Yougoslavie.

Le traité de Trianon (1920) accorde au royaume de Yougoslavie une région pourtant non slovène, celle de Prekmuye qui appartenait à la Hongrie depuis le 10ème siècle.

En 1929 la Slovénie est rebaptisée Drava Banovina (Drava Banate) du nom de la rivière Drava, la capitale provinciale étant logiquement Lubjana, l’ancienne Laibach. La Slovénie renait en 1944 et sans devenir confédérale la Yougoslavie se libéralise.

Cela explique en partie pourquoi les slovènes et les croates ont combattu en 1949 avec une certaine détermination alors que le haut-commandement serbe craignait mutineries et désertions massives.

Croatie

La Croatie telle que nous l’entendons aujourd’hui couvrait deux provinces romaines, la Dalmatie et la Pannonie. Après 476 et la chute de l’Empire romain d’Occident, elle est occupée par les Ostrogoths pendant cinquante ans avant d’être intégré à l’empire byzantin.

Au VIIème siècle apparaissent ce qu’on pourrait qualifier les proto-états croates, le Duché de Croatie et le Duché de Croatie Pannoniène. Si le premier va perdurer, le second disparaît au 10ème siècle après environ 300 ans d’existance.

Le Duché de Croatie comprend le littoral de l’actuelle Croatie sauf l’Istrie. Ce territoire est l’objet des convoitises franques et byzantines. Une rivalité nait également avec l’orgueilleuse République de Venise bien décidée à faire de l’Adriatique une Mare Venetium. Des batailles opposent les croates aux bulgares mais très vite les relations s’améliorent à la différence des relations avec les arabes qui restent hostiles.

Vassalisé par les Francs vers 790, le duché de Croatie devient en 879 un duché sans suzeraineté suite à l’intervention du pape Jean VIII. En 925 le duché de Croatie devient un royaume d’abord indépendant puis en union personnelle avec la Hongrie à partir de 1102.

La Croatie est en première ligne contre les ottomans. Une marche militaire appelée la Frontière Militaire/Militärgrenze/Vojna Krajina est mise en place en 1553 et supprimée en 1881. C’était un véritable front pionnier avec fortins, fortifications et surtout une colonisation de peuplement par des valaques, des allemands et surtout des serbes ce qui entrainera une cascade de terribles événements notamment durant le second conflit mondial. D’ailleurs la région concernée en Croatie est la Krajina.

Si la Croatie dépend de la Cisleithanie, il est important de noter que la Dalmatie forme un Royaume autonome.

Comme nous l’avons déjà vu au milieu du 19ème siècle, apparaît un romantisme nationaliste croate pour contrer une politique de germanisation et de magyarisation. C’est le mouvement illyrien.

En 1848 la Croatie, la Slavonie et la Dalmatie restent du côté habsbourgeois par peur du nationalisme hongrois. Cela ne leur valut aucun traitement de faveur de la part du nouvel empereur François Joseph.

En 1867 l’empire d’Autriche devient l’empire austro-hongrois et l’année suivante en 1868 on compromis croato-hongrois est signé.

En 1918 les croates décident de s’engager dans l’aventure de l’idée yougoslave dans l’espoir d’aboutir à un état confédéral. Leurs espoirs vont être vite deçus et cette déception est rendue encore plus amère par le fait qu’économiquement la Croatie moins touchée par le premier conflit mondial s’en sortait mieux que nombre de régions de Serbie.

La situation reste très tendue pour ne pas dire explosive en Croatie durant l’entre-deux-guerres et nul doute que si Pierre II n’était pas revenu sur la politique autoritaire de son père nul doute qu’avant même l’invasion germano-italienne la Croatie aurait explosé provoquant l’implosion de la Yougoslavie.

Bosnie-Herzegovine

Peuplée à l’époque néolithique, elle à été ensuite habitée par les illyriens et les celtes. Comme toute l’Europe la future Bosnie-Herzegovine à été christianisée à partir du 1er siècle et trois siècles plus tard elle était une partie de l’Empire Romain d’Occident avant d’être envahit par les Barbares suite aux invasions du même nom. Plus précisément ce sont les Ostrogoths qui occupent la région et ce dès 455. Les Alains et les Huns traversent également la région.

Après une reconquête sous l’empereur Justinien, l’actuelle Bosnie-Herzegovine est occupée par les avars puis par les slaves. Une certaine influence des Francs est à noté, certains leur attribuant l’introduction du féodalisme même si pour certains ce n’est pas si évident que cela. Le territoire est également l’objet des convoitises serbes, croates et même bulgares.

En 1136 le roi de Hongrie Béla II envahit la Bosnie et créa le titre de Ban de Bosnie, un titre honoraire pour son fils Ladislas II. De 1167 à 1180 la Bosnie-Herzegovine revient temporairement dans le giron byzantin.

Territoire autonome, la Bosnie devient un royaume en 1377 mais moins d’un siècle plus tard en 1463 l’empire ottoman occupe la région (la résistance va perdurer jusqu’en 1527 mais de manière épisodique), la transformant en profondeur puisque les populations locales se convertissent pour une part importante d’entre-elles à l’islam. C’est le début d’une domination qui va durer 415 ans jusqu’en 1878.

A partir de 1831 les paysans bosniens se révoltent. Cette révolte est réprimée seulement en 1850 mais la situation reste toujours aussi tendue. Une véritable rébellion éclate en 1875 et sous la pression des événements mais aussi des grandes puissances, la Sublime Porte va céder à l’Autriche-Hongrie l’administration de la Bosnie-Herzegovine.

La Bosnie-Herzegovine est occupée par l’Autriche-Hongrie entre le 29 juillet et le 20 octobre 1878, occupation qui n’est pas une promenade de santé puisqu’on signale quelques combats avec les ottomans et des milices locales.

Officiellement la Bosnie-Herzegovine appartient toujours à la Sublime Porte mais en réalité c’est devenue une région de l’empire austro-hongrois. Vienne veut en faire une colonie modèle et pour cela va mettre sur pied le Condominium de Bosnie et d’Herzegovine, condominium placé sous l’autorité du ministre des Finances austro-hongrois via un office bosnien.

La politique habsbourgeoise se heurte rapidement aux spécificités du territoire et à l’influence de l’idée yougo-slave, diablement séduisante pour les élites bosniennes. A la fin du siècle les serbes et les musulmans de Bosnie (ou Bosniaques) réclament l’autonomie religieuse et l’autonomie scolaire.

Le projet de dévelloper une identité bosnienne spécifique échoue. Résultat en 1905 la vie politique en Bosnie et en Herzegovine est dominée par trois partis communtaires représentant les serbes, les croates et les musulmans.

Le 5 octobre 1908 suite à la déclaration d’indépendance de la Bulgarie, l’empereur austro-hongrois François Joseph annonce l’annexion de la Bosnie-Herzegovine. Cette annexion est annoncée deux jours plus tard à Sarajevo.

C’est le début d’une crise internationale qui va durer jusqu’au 26 février 1909 quand la Sublime Porte finit par s’incliner. Elle reçoit des compensations matérielles et obtient le départ des garnisons austro-hongroises du Sandjak de Novi-Pazar.

Cette annexion est reconnue par la Russie le 21 mars mais uniquement après un ultimatum allemand. La Serbie la reconnaît le 31 mars et le Monténégro le 5 avril 1909.

Cette annexion entraine des troubles réprimés par un corps spécial austro-hongrois le Streifkorps même si très vite les partis musulmans soucieux de légalisme et de réalisme finissent par admettre cette annexion. Les croates de Bosnie sont d’abord très enthousiastes espérant rejoindre la Croatie et former avec le reste de la Bosnie-Herzegovine un pôle slave au sein d’une monarchie qui ne serait composée de deux pôles mais de trois.

En 1910 le territoire est peuplé de 1 898 044 habitants répartis entre des musulmans (612137 32.2%), orthodoxes (825418, 43.5%), catholiques (434061, 22.9%) et enfin 11868 juifs (0.6%).

La Constitution de 1910 met en place une Diète de Bosnie, un Conseil National et des conseils municipaux mais leurs pouvoirs sont naturellement très limités.

En ce qui concerne l’organisation locale, elle reste inchangée par rapport à l’époque ottomane, les seuls changements concernant les noms. C’est ainsi que le Vilayet de Bosnie devient le Reichsland, les sandjaks deviennent des Kreise (cercles), les Kazas (juridictions) des Bezirke, les Nahiyaks (cantons) sont rebaptisés Exposituren. On compte six Kreise et cinquante-quatre Bezirke.

Suite à l’implosion de l’Autriche-Hongrie, la Bosnie-Herzegovine va intégrer le Royaume des Serbes Croates et Slovènes (Yougoslavie en 1929) mais la région se montra rétive, s’opposant à une réforme agraire puis à une réorganisation des structures administratives qui finalement resteront assez semblables à celles de l’époque ottomane.

La mise en place des Banovina passe mal en Bosnie-Herzegovine d’autant que les bosniaques c’est à dire les musulmans de Bosnie ont le sentiment qu’à terme le territoire sera partagé entre serbes et croates. Finalement le système de banovina sera abandonné et les anciens régions rétablies ce qui allait calmer un peu la situation. Es-ce à dire que tous les problèmes ont été réglés ? Non bien sur le second conflit mondial allait se charger de le montrer.

Monténégro

Durant la période antique le Monténégro appartenait à la province romaine de Dalmatie. Peuplée d’abord par les illyriens, cette région est ensuite occupée par les slaves après avoir été ravavée par les Avars et les Goths. Les bulgares et les serbes vont aussi tenter d’occuper ce territoire tout comme les byzantins.

Au 9ème siècle pas moins de trois principautés se partagent le territoire actuel du Monténégro : la principauté de Dukja (qui correspond approximativement à la moitié sud), la principauté de Travunia (l’ouest) et celle de Rascia (le nord).

En 1042 la principauté de Duklja prend son indépendance, principauté qui devient celle de Zeta au 13ème siècle. En 1054 à lieu un schisme entre Rome et Byzance. Le futur monténégro bascule du côté de Rome avec l’érection de l’évêché de Bar en 1067 (archeveché en 1082).

Au 15ème siècle on appelle davantage la principauté de Zeta comme la principauté de Crna Gora ou en vénétien Monte Negro.

De larges portions du territoires sont occupées par l’empire ottoman de 1496 à 1878. le reste était sous contrôle de Venise notamment la région des bouches de Kotor (1420-1797) ou du prince-évêque de Cetinje (1515-1851). Une ultime dynastie émerge, celle des Petrovic-Njegos qui va régner jusqu’en 1918.

En 1852 le prince-évêque Danilo Petrovic-Njegos se marie et renonce à son état ecclésiastique, devenant le knjaz (prince) Danilo Ier et sécularisant son état.

Il est assassiné à Kotor en 1860 et remplacé par Nicolas 1er. Ce dernier engage une guerre infructueuse contre l’empire ottoman (1861-1862) puis tente de profiter du soulèvement de la Bosnie-Herzegovine (1875-1877) pour reprendre la lutte. Il est aidé par la Serbie mais là encore c’est un échec. Il faudra attendre l’intervention russe pour aboutir à quelque chose avec la signature du Traité de San Stefano (mars 1878), traité très favorable au Monténégro, à la Russie, à la Serbie, à la Roumanie et à la Bulgarie.

Ces gains vont être minorés par le Traité de Berlin (1878) même si ce traité reconnaît le Monténégro comme un état indépendant, état qui double sa superficie avec notamment le port de Bar. Les eaux monténégrines sont fermées aux navires de guerre étrangers. L’administration maritime et la police sanitaire est cependant assurée par l’Autriche-Hongrie.

En 1905 le Monténégro se donne d’une constitution et cinq ans plus tard il devient un royaume. Il participe aux guerres balkaniques, se partageant le Sandjak de Novi-Pazar avec la Serbie mais du rendre la ville de Skadar au nouvel état albanais créé par les grandes puissances.

Le 6 août 1914 le Monténégro déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie en dépit du fait que Vienne lui avait promis la région de Shkoder/Skhadar si le petit royaume restait neutre. L’armée monténégrine est placée sous l’autorité du haut-commandement serbe pour des raisons de coordination.

Belgrade à offert une aide militaire (30 canons et 17 millions de dinars) tandis que la France envoyait 200 soldats des troupes coloniales à Cetinje pour armer deux stations radios de transmission mais aussi d’écoute. Du matériel, de la nourriture et différentes fournitures sont envoyées de France direction le port de Bar jusqu’à ce que ce dernier soit bloqué par la marine austro-hongroise.

Une fois l’Italie en guerre c’est Rome qui prit le relais, ravitaillant le pays par l’Albanie, une route non sécurisée, les irréguliers albanais organisés par des agents autrichiens attaquant les convois. Le manque de ravitaillement fût l’une des causes de la capitulation monténégrine après une belle résistance. L’occupation de la totalité du territoire serbe (décembre 1915) rendait impossible la situation du Monténégro qui est envahit en janvier 1916.

La campagne du Monténégro est une campagne éclair qui dure du 5 au 17 janvier 1916. Elle engage 100000 soldats austro-hongrois contre seulement 50000 monténégrins. Cette la suite directe de la submersion de la Serbie et de la retraite des troupes de Pierre 1er à travers les montagnes albanaises.

Les austro-hongrois voulaient s’occuper des monténégrins alliés à la Serbie mais aussi s’emparer des ports stratégiques de Durazzo et de Valona. Deux corps d’armée austro-hongrois, les 8ème et 19ème CA sont engagés. Le 11 janvier 1916 le mont Lovcen, position défensive monténégrine clé est prise par les austro-hongrois.

Le 13 janvier c’est la capitale qui est prise ce qui entraine l’ouverture de négociations pour un armistice. Les termes sont insupportables pour le roi qui refuse de signer, quittant le pays pour l’Albanie puis pour l’Italie le 19 janvier. Il ordonne au commandant en chef de continuer à combattre au besoin en se repliant sur l’Albanie pour retrouver les troupes serbes à Corfou.

Le gouvernement refuse et ordonne aux troupes monténégrines de déposer les armes. Ils obtiennent gain de cause le 17 janvier 1916.

le 1er mars 1916 un gouvernement militaire provisoire est mise en place sous l’autorité de Viktor Weber Edler von Webeneau qui est remplacé par Heinrich Clam-Martinic le 10 juillet 1917, ce dernier restant aux commandes jusqu’à la fin du conflit.

Après la libération du pays par les alliés un débat fit rage pour savoir si le Monténégro devait rester indépendant ou si il devait rejoindre le futur état des slaves du sud.

Le 1er décembre 1918 le royaume du Monténégro s’unit au royaume de Serbie, déclenchant des troubles entre Blancs et Verts.

Du 2 au 7 janvier 1919 à lieu l’insurrection de Noël (NdA les orthodoxes fêtent Noël le 6 janvier et non le 25 décembre).

Les Verts _nationalistes et séparatistes monténégrins_ refusent la décision de la Grande Assemblée Populaire du Monténégro d’unir le jeune royaume (28 août 1910) au Royaume de Serbie.

Mauvais perdants ? Faut voir puisqu’il devient rapidement évident que les débats de Podgorica (qui à l’époque n’était pas la capitale du pays puisqu’il s’agissait de Cetinje) ont été une farce puisque les Blancs favorables à l’idée yougo-slave et à l’union avec la Serbie ont truqué le processus électoral pour s’assurer d’une confortable majorité.

Es-ce à dire que les Blancs se moquaient de l’avenir de leur pays ? Non puisque comme les croates et les slovènes ils espéraient conserver l’identité monténégrine au sein d’une Yougoslavie confédérale.

Si la révolte va être rapidement réprimée, une guérilla épisodique va durer jusqu’en 1929, les Verts survivants prenant le chemin de l’exil. Les plus extrémistes ou les plus enragés selon les points de vue reviendront en 1949 dans les bagages de l’armée italienne pour servir d’auxiliaires aux troupes d’occupation. Inutile de préciser que ceux tombant aux mains de maquisards royalistes ou des partisans communistes subissaient un sort terrible.

Quand la Yougoslavie implosa au début des années quatre-vingt dix cette révolte de Noël devint un axe majeur du nationalisme monténégrin, les Verts comme les Blancs étant célébrés comme de fiers patriotes, oubliant la division irréconciable entre deux camps.

Macédoine

A la période antique l’actuelle Macédoine du Nord (anciennement Ancienne République Yougoslave de Macédoine) était occupée par le royaume de Paeonie, un royaume aux frontières floues peuplées essentiellement par des descendants illyriens et des thraces.

A la fin du 6ème siècle, les perses de la dynastie Achéménide dirigés par Darius le Grand occupent ce royaume mais après la défaite en -479 les perses se retirent en Asie mineure.

En -336 Philippe II de Macédoine annexe la Haute-Macédoine ce qui correspond à notre Macédoine du Nord actuelle.

La Macédoine est conquise par les romains en -146 devenant une province dont les dimensions vont évoluer, la partie nord intégrant la Mésie à l’époque de Dioclétien.

Les Slaves s’installent sur le territoire de l’empire byzantin, les historiens grecs les appelant Sklavines les slaves attaquant l’empire byzantin avec ou sans l’aide des bulgares et des avares. A plusieurs reprises les différents basileus qui se succèdent à Constantinople doivent lancer des campagnes contre des populations remuantes qui sont pour beaucoup déportées en Cappadoce (Turquie actuelle).

Vers 836 le territoire de la Macédoine intègre le premier empire bulgare, les populations s’assimilant avec les bulgares. C’est aussi à cette période que les slavkines se christianisent avec Saint Cyrille et Saint Methode. A la fin du 10ème siècle l’actuelle Macédoine du Nord devient le cœur idéologique et religieux du premier empire bulgare avec notamment l’évéché d’Ohrid qui après l’occupation de Preslav par Basile II devient le siège du patriarche bulgare.

La domination byzantine est à plusieurs reprises contestée par les serbes et par les bulgares. De 1257 à 1277, Constantin Asen qui fût tsar de Bulgarie était originaire de Skopje. Plus tard la capitale actuelle de la Macédoine du Nord fût celle de l’empire serbe de Stedan Dusan.

La région est conquise par les ottomans à la fin du 14ème siècle et va rester sous le joug de la Sublime Porte pendant près de 500 ans ccomme une partie de la province (Eyalet) de Roumélie («pays des Roums»).

L’Elayet de Roumélie est supprimé en 1867 et le territoire de la Macédoinr du Nord est partagé entre les Vilayet de Monastir, du Kosovo et de Salonique.

En 1903 une République de Krusevo est proclmée suite à la Révolte d’Ilinden-Preobrazhenie mais bien entendue cette république disparaît après la féroce répression ottomane.

En 1912 au cours de la première guerre Balkanique la région est capturée par la Serbie qui l’annexe une fois le conflit terminé à l’exception de la région de Strumica qui appartient à la Bulgarie de 1912 à 1919.

Cette région qui ne dispose d’aucun statut particulier au sein de l’Etat serbe est appelée Južna Srbija (Serbie du Sud ) pour la distinguer de la Stara Srbija (Vieille Serbie). De 1915 à 1918 la région est occupée par la Bulgarie.

Après le premier conflit mondial, le royaume de Serbie devient le cœur battant du Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes. En 1929, le royaume est rebaptisé Royaume de Yougoslavie et divisé en provinces ou banovinas. Le territoire correspondant à la Macédoine du Nord est appelée Banovina du Vardar avec Skopje comme capitale.

Après le premier conflit mondial la région subit une période de serbisation, les écoles bulgares, grecques et roumaines étant fermées, les prêtres bulgares et tous les enseignants non-serbes sont expulsés. Cette politique est violement combattu par la VMRO (Vatreshna Makendonska Revolutsionna Organizatasiya) en français l’organisation révolutionnaire intérieure macédonienne.

Durant le second conflit mondial, la Macédoine du Nord allait être occupée à la fois par les bulgares et par les italiens. Cette région allait connaître une occupation troublée avec de nombreux combats entre partisans et troupes d’occupation. Cela entraina comme nous le verrons un cycle infernal d’attentats et de représailles. Néanmoins au moins au début les bulgares furent bien accueillis par les populations locales bulgarophones.

Mitteleuropa Balkans (94) Roumanie (24)

Armes de l’infanterie (4) : fusils mitrailleurs et mitrailleuses

Lekhy Zulomet vz.30

Fusil mitrailleur Vz.30

Le fusil mitrailleur standard de l’armée roumaine est le Lekhy Zulomet vz.30 connu au pays de Cioran sous la désignation de PUŞCA MITRALIERĂ ZB Mod. 1930. C’est une évolution du célèbre ZB vz.26 qui allait également donné naissance au Bren britannique.

Sa mise au point à commencé en 1921 quand le jeune état tchécoslovaque s’interrogea sur leur future mitrailleuse légère, testant des design internationaux avant de finalement choisir la voie nationale, le dévellopement de la future ZB vz.26 commençant en 1923. La production commence en 1926 et l’arme est mise en service dans l’armée tchécoslovaque en 1928.

C’était une arme fonctionnant par emprunt de gaz, refroidie par air avec sélecteur de tir. Son canon détachable permettant un changement en cas d’échauffement excessif. Le chargeur droit était monté sur le dessus comme sur nombre de fusils mitrailleurs de l’époque (Chatelleraut, Bren, Vickers-Berthier……). Arme destinée à opérer essentiellement sur bipied, elle pouvait être monté sur un trépied notamment pour le tir antiaérien même son efficacité était plus psychologique qu’autre chose.

Utilisée comme arme d’infanterie le ZB-26 fût également utilisé comme arme coaxiale sur nombre de véhicules tchécoslovaques.

45132 exemplaires furent livrées à l’armée tchècoslovaque soit un tiers environ de la production puisque plus de 120000 exemplaires sont sortis des chaines de montage pour répondre aux besoins de nombreux clients.

Qui dit nombreux clients (vingt-quatre pays européens, sud-américains et asiatiques) dit différents calibres même si un calibre populaire dominait largement en l’occurence le 7.92mm (7.92x57mm Mauser).

Le fabricant tchécoslovaque fit évoluer son arme avec plusieurs variantes comme le ZB vz.27 (variante du vz.26 proposée au Portugal et à la Grande-Bretagne), le ZB vz.30, les ZGB-30 et 33 (adaptations pour des essais en Grande-Bretagne qui allaient donner naissance au Bren), le ZB vz.52 (variante produite après guerre en Tchécoslovaquie) et le ZB-39 destiné à la Bulgarie.

Outre la Tchécoslovaquie, le ZB vz.26 et ses variantes fût utilisé par l’Allemagne (qui manquait d’armes légères automatiques), l’Afghanistan, la Bolivie, le Brésil (7mm),la Bulgarie, le Chili, la Chine, la Croatie, l’Equateur, l’Egypte, l’Ethiopie, l’Irak, l’Iran,le Japon (armes chinoises capturées), la Lituanie, l’URSS (armes initialement commandées par la Lettonie, utilisation incertaine), le Mandchoukouo, le Paraguay (armes boliviennes capturées durant la guerre du Chaco), la Roumanie, le Siam, la Slovaquie, l’Espagne, la Suède, la Turquie, la Grande-Bretagne et la Yougoslavie.

La Roumanie va acquérir 17131 exemplaires depuis la Tchécoslovaquie à partir de 1933 suivit par une production sous licence, 17500 exemplaires sortant des chaines de montage jusqu’en octobre 1946 quand la production cesse car les besoins ont été largement couverts.

Tout comme les autres armées la Roumanie à utilisé ce fusil mitrailleur comme arme d’appui de l’infanterie mais aussi comme arme montée sur les véhicules souvent comme arme antiaérienne.

Ce fusil mitrailleur utilisé par deux hommes resté en service jusqu’à la fin de la guerre même si les divisions combattant aux côtés des soviétiques leurs anciens alliés allemands avaient été rééquipés avec des fusils mitrailleurs Degtyarev DP-27. Les vz.30 stockés ont été finalement éliminés dans les années quatre-vingt dix suite à un scandale de trafic d’armes.

Caracteristiques Techniques

Calibre : 7.92mm (7.92x57mm Mauser) Poids en ordre de combat 9.1kg Longueur hors tout 1161mm longueur du canon 672mm Portée maximale 1500m (800m en pratique) Cadence de tir maximale 500 coups par minute (120 coups en pratique) Alimentation : chargeurs de vingt coups

Fusil mitrailleur Degtyarev modèle 1927

Le fusil mitrailleur Degtyarev modèle 1927 est le fusil mitrailleur standard de la RKKA quand commence le second conflit mondial. Sa mise au point commence dans les années vingt pour remplacer les différentes armes héritées de la période tsariste.

Après cinq ans de mise au point (1921-1926), l’arme est adoptée en 1927 d’où sa désignation de Degtyareva Pekhotnyi modèle 1927 mais comme des essais complémentaires ont été réalisés l’arme n’est vraiment considérée comme au point qu’en 1928 ce qui explique que dans les publications occidentales, le fusil mitrailleur de Degtyarev est connu sous le nom de DP-28.

Composé de seulement soixante-cinq pièces, ce fusil mitrailleur fonctionne par emprunt de gaz et si les premiers modèles avaient un canon fixe muni d’ailettes pour refroidir, les modèles ultérieurs disposaient d’un canon démontable.

Cette modification étant le résultat du retour d’expérience de la guerre d’Espagne où l’arme à été évaluée en conditions réelles. L’alimentation se faisait par un chargeur circulaire de 47 coups installé sur le dessus ce qui permet de reconnaître l’arme d’un seul coup d’oeil.

L’arme est utilisée au niveau du groupe de combat avec une arme servie par deux hommes, le tireur disposant comme arme personnelle d’un pistolet voir parfois d’un pistolet mitrailleur alors que le pourvoyeur dispose généralement d’un pistolet mitrailleur mais parfois il embarque un fusil pour servir comme fusilier.

Cette arme est utilisée durant la guerre d’Espagne par les républicains (quelques armes sont retournées par les nationalistes), lors de la guerre d’Hiver par les soviétiques comme par les finlandais qui comme nous le savons retournent toutes les armes capturées contre leurs anciens propriétaires.

Le Degtyarev est aussi utilisée par l’armée chinoise dans le cadre de la guerre civile, dans la guerre sino-japonaise, durant le second conflit mondial et dans la guerre civile d’après guerre (1955-1958).

Certaines armes utilisées par les chinois se sont retrouvées au Vietnam, des Degtyarev DP-27 (ou 28) étant capturés par les français (première guerre du Vietnam 1960-1967) et même par les américains (deuxième guerre du Vietnam 1970-1977).

Comme l’arme était toujours en service en septembre 1948, des fusils mitrailleurs Degtyarev ont été capturés par les allemands, les hongrois et les roumains et réutilisés quand les munitions étaient en quantité suffisante. La Hongrie et la Roumanie l’ont produit après guerre une fois que leurs gouvernements avaient basculé dans l’orbite communiste.

Cette arme à naturellement évolué durant sa longue carrière (qui se poursuit d’ailleurs aujourd’hui en Asie et en Afrique).

On trouve d’abord le Degtyarev DPM, une version modernisée adoptée en 1945 avec un bipied plus robuste, un système de refroidissement amélioré, un système de démontage du canon plus simple.

Cette arme à donné naissance également à des variantes destinées à l’aviation, le DA (Degtyaryova Aviatsionny) utilisé en affûts simples ou doubles, ce modèle étant progressivement remplacé par la ShKAS à la cadence de tir supérieure. Les DT (Degtyaryova Tankoy) et DTM sont des armes destinées aux véhicules avec pour le DA des variantes simples et doubles mais aussi des variantes à trois et quatre tubes.

Au cours du conflit apparaît l’ultime version. Baptisée Degtyarev RP-46, elle se distingue par son nouveau système d’alimentation utilisant des bandes de 150 coups pour augmenter le volume de feu.

Qui dit volume de feu plus importante dit échauffement supplémentaire. Voilà pourquoi le canon est plus lourd pour permettre un tir soutenu sur la durée que ce soit en position défensive ou lors d’un assaut pour permettre aux frontoviki d’effectuer des bons tactiques.

Si les Degtyarev DP et DPM ont été vite retirés du service une fois le conflit terminé, la variante RP-46 va rester en service jusqu’au début des années soixante-dix quand il est remplacé par le RPK-57, une variante «lourde» de l’AK-57 qui peut utiliser à la fois des chargeurs de 25 cartouches mais aussi des bandes de 250 cartouches comme une mitrailleuse moyenne.

Au total 1.7 millions de fusils mitrailleurs Degtyarev ont été produits en URSS et à l’étranger (Hongrie et Chine notamment).

Outre les pays déjà cités, le fusil mitrailleur Degtyarev à été utilisé par l’Afghanistan, l’Albanie, l’Algérie, l’Angola, le Bénin, la Bulgarie, la République Centrafricaine, les Comores, le Congo-Brazzaville, Cuba, l’Egypte, la Guinée Equatoriale, l’Ethiopie, l’Irak, le Laos, la Libye, le Nigéria, la Pologne (unités polonaises de l’Armée Rouge puis nouvelle armée polonaise), les Seychelles, la Somalie, le Sri Lanka, le Soudan, la Syrie, la Tanzanie, le Togo, le Vietnam (groupes irréguliers), le Yemen et la Zambie.

La Roumanie à utilisé le Degtyarev DP-27 au cours de la campagne de Russie sous la forme d’armes de prise souvent dans le feu d’action.

Après le basculement de la Roumanie, l’arme est devenu le fusil mitrailleur standard de l’armée roumaine. Il sera remplacé par le RPK-57 version lourrde du fusil d’assaut AK-57. Quelques Degtyarev ont été conservés dans les réserves pour une éventuelle mobilisation mais n’ont jamais été réutilisés jusqu’à leur destruction dans les années quatre-vingt.

Caractéristiques Techniques du Degtyarev DP-27

Calibre : 7.62mm Cartouche : 7.62x54mmR Poids : 9.12kg à vide 11.5kg chargé Longueur (DP et DPM) 1270mm (RP-46) 1272mm Longueur du tube 604mm (605mm pour le RP-46) Fonctionnement : emprunt de gaz Portée maximale effective 800m Cadence de tir : 550 coups par minute Alimentation : chargeurs circulaires de 47 cartouches (DP), chargeur tambour de 60 coups (DT et DTM) bandes de cartouches (RP-46)

Mitrailleuse Maxim modèle 1910

On ne le sait pas forcément mais Hiram Maxim le créateur de la mitrailleuse avait eut une volonté humanitaire en créant une arme qui symbolise plus que tout autre l’arme de la tuerie de masse. En effet à l’époque la majorité des soldats mouraient de maladies et non des combats.

En remplaçant dix fusils par une mitrailleuse on espérait réduire le nombre d’hommes en ligne et donc le nombre de victimes potentielles des épidémies. Ai-je besoin de préciser que cette noble intention est vite tombée en désuétude…… .

En 1887, Hiram Maxim se rend en Russie pour promouvoir sa mitrailleuse. Les essais des douze armes vendues sont décévants non pas parce que l’arme est mauvaise mais le calibre choisit _4.2 lignes Berdan soit 10.67mm_ n’est pas adapté.

En 1893, six mitrailleuses supplémentaires sont expédiées mais cette fois en calibre de 3 lignes soit 7.62mm. Cette fois c’est une réussite mais il faut attendre 1899 pour que des armes soit commandées.

Dans un premier temps les armes sont fabriquées en Allemagne à Spandau, les russes se contentant de fabriquer des canons (de rechange ?) à Toula.

La mitrailleuse Maxim est officiellement adoptée en 1903 et l’année suivante la première Maxim est fabriquée en Russie. Cette Maxim modèle 1905 est employée dans la guerre russo-japonaise où elle fait merveille.

A la même époque la Russie achète des mitrailleuses Maxim/Vickers modèle 1906 puis la licence de fabrication. De cette mitrailleuse découle la Maxim modèle 1910 reconnaissable entre toutes avec son affût monté sur roues et un bouclier.

Par rapport à la modèle 1905, le réservoir d’eau est en acier cannelé. Un couvercle sur le canon permet d’y glisser de la neige pour le refroidir. Le dit canon doit être changé tous les 10000 coups.

Robuste et fiable, cette arme est utilisée durant le premier conflit mondial, la guerre civile russe, la guerre de Pologne, la guerre d’Hiver et même durant les premières opérations du premier conflit mondial.

En effet si sa production à cessé en 1943 au profit d’armes plus modernes, la production de ses remplaçantes n’à pas suffit pour remplacer totalement la modèle 1910. Si les finlandais se sont emparés de quelques armes lors de la guerre d’Hiver, les allemands aussi ont capturé des armes durant les premières semaines de l’opération BARBAROSSA.

Outre l’appui de l’infanterie, la Maxim M1910 était utilisée comme arme antiaérienne avec des affûts quadruples souvent montés sur camion, à bord des avions mais aussi à bord des navires de la marine soviétique.

En dépit de son âge avancé, la M1910 va combattre jusqu’à la fin du second conflit mondial et quelques semaines après la fin de ce terrible, de ce terrifiant conflit les dernières armes encore en service prennent une retraite bien méritée.

Outre les pays déjà cités, la M1910 à été utilisée par l’Autriche-Hongrie, la Bulgarie, la Chine, l’Estonie, la Hongrie, l’Iran, la Corée, la Lettonie, la Mongolie, la Pologne, la Roumanie, l’Espagne, la Syrie, la Turquie et l’Ukraine. Certains pays comme la Pologne ont rechambré l’arme dans un autre calibre.

La Roumanie à récupéré des armes de ce type à la fin du premier conflit mondial puis durant les opérations suivant ce conflit. Cette arme rechambrée au calibre 7.92mm fût utilisée aux côtés de la Schwarzlose jusqu’au début des années trente quand elle fût retirée du service actif et stockée en attendant une éventuelle réutilisation. Les armes encore en état furent réutilisées au moment de la mobilisation en attendant la disponibilité de mitrailleuses modernes comme les ZB-53. Peu d’armes de ce type ont survécu au second conflit mondial.

Caractéristiques Techniques

Calibre : 7.62mm (7.62x54mmR) Poids de la mitrailleuse seule et sans muntions 23.8kg Poids de la mitrailleuse et de l’affût mais sans munitions 69kg Longueur totale 1107mm Longueur du canon 721mm Cadence de tir : 550 coups par minute Alimentation : bandes souples de 250 cartouches

sMG-08

mitrailleuse MG-08

Appelée également Spandau (du nom du quartier de Berlin où l’arme était produite), cette mitrailleuse était la cousine germanique de la Vickers modèle 1912, ces deux armes devant beaucoup aux premières armes produites par Hiram Maxim.

L’efficacité des mitrailleuses allemandes contre les soldats français en pantalon garance et capote bleue aurait pu faire croire que cette nouvelle arme à été accueillie avec enthousiasme par les cadres de l’armée allemande. Ce ne fût pas le cas et les premières armes acquises par l’Allemagne furent payées par l’empereur Guillaume II en personne.

Après plusieurs modèles, le premier modèle standard fût la Schwere Maschinegewehr 08 ou sMG 08. Cette arme solidement construite montée sur trépied fût un véritable cauchemar pour les alliés, stoppant les offensives entre les no-man’s land. Cette arme dont fût extrapolée un fusil-mitrailleur resta en service après guerre, l’Allemagne comme on l’à vu ne pouvant développer officiellement de nouvelles armes.

La mise au point de la MG-15 et surtout de la MG-34 provoqua le retrait du service actif des sMG 08 qui étaient encore disponibles dans les dépôts en septembre 1939 et en septembre 1948 en compagnie d’armes polonaises, tchèques et autrichiennes, certaines mitrailleuses ressortant des stocks pour armer les unités de mobilisation faute de MG-34/42 et 45 en nombre suffisant.

Outre l’Allemagne et la Bulgarie, cette solide et robuste mitrailleuse fût utilisée par l’Autriche-Hongrie, le Brésil, la Belgique, la Géorgie, la Lituanie, les Pays-Bas, la Chine, la Finlande, le Mandchoukhouo, l’Empire ottoman (puis la Turquie), la Roumanie, la Serbie, l’Espagne, la Norvège, la Pologne et la Lettonie.

Les roumains ont utilisé cette mitrailleuse à la fois en acquérant des armes avant 1914 (quand à Berlin on pouvait penser que la Roumanie resterait neutre voir basculerait dans le camp des Empires centraux) mais aussi sur le champ de bataille notamment à la fin de la guerre où la retraite des armées ennemies permettait parfois aux soldats roumains de récupérer des armes qui étaient soit envoyées à l’arrière ou réutilisées sur l’instant dans le feu de l’action.

Contrairement aux Schwartzlose il semble que ces mitrailleuses n’ont pas connu une grande carrière une fois le premier conflit mondial terminé. Quelques armes ont connu une brève utilisation durant le second conflit mondial mais cela restera secondaire.

Caracteristiques Techniques

Calibre : 7.92mm (cartouche 7.92x54mm) Poids 62kg en ordre de combat (37.650kg pour l’affût-traineau) Longueur 1170mm Longueur du canon 710mm Portée maximale 3500m (2000m en pratique) Cadence de tir : 300 à 450 coups Alimentation : bandes souples de 250 cartouches

Ckm wz. 30

Parmi les mitrailleuses utilisées par les forces armées roumaines figure la Ckm wz.30 (ciężki karabin maszynowy wz. 30) en français mitrailleuse lourde modèle 1930), une copie «pirate» de la mitrailleuse américaine Browning M1917A1.

Par rapport à la base américaine sa copie polonaise disposait d’un calibre plus important, d’un tube plus long et de différents équipements de visée. A partir de 1931 elle devient la mitrailleuse standard de l’armée polonaise.

Cette mitrailleuse est issue d’un long processus pour permettre à l’armée polonaise de disposer d’une mitrailleuse standard et mettre fin au cauchemar logistique provoqué par la présence de nombreux modèles de mitrailleuses venant de France, de Russie, d’Autriche-Hongrie et même d’Allemagne.

Dans un premier temps on décida d’adapter la mitrailleuse française Hotchkiss modèle 1914 qui avait donné toute satisfaction dans la guerre polono-russe dans un calibre polonais en l’occurrence le 7.92mm qui remplaçait la cartouche de 8mm à bourrelet. Elle devient la mitrailleuse Ckm wz.25 Hotchkiss. 1250 exemplaires sont commandées en France en 1924 et 1925 mais le projet de la produire sous licence est abandonné suite à des performances décevantes.

Un nouveau concours est lancé en 1927. Quatre compagnies proposent leurs modèles : Colt avec son modèle 1928 (version export de la Browning M1917A1), la Schwarzlose-Janeček wz.25 (version produite en Tchécoslovaquie de la Schwarzlose M.7/12), une version calibre 7.92mm de la Vickers modèle 1912 et enfin une version améliorée de la Hotchkiss modèle 1925.

Tous les tests initiaux sont remportés par Browning et même chose en 1928. Le gouvernement polonais choisit d’acquérir la licence de production mais le prix demandé est très élevé (450000 $ soit l’équivalent aujourd’hui de 45 millions de dollars) et de plus Colt réclame une commande initiale dans ses usines de 3000 pièces qui ajoute un coût supplémentaire.

Il était clair que jamais Colt ou son représentant européen Vickers-Armstrong n’avait l’intention de laisser les polonais produire leur mitrailleuse dans leurs usines. Pour ne rien arranger les documents destinés à la production sous licence du fusil mitrailleur BAR avaient été tronqués et incorrects ce qui avait entrainé de sérieux retards. Réponse du berger à la bergère, le gouvernement polonaise décida de réaliser une copie pirate de la mitrailleuse Browning.

En mars 1931 les 200 premiers modèles sont envoyés dans les unités pour différents tests opérationnels. Ces tests sont positifs et la production peut être lancée à la fin de l’année.

Par rapport à la mitrailleuse d’origine la mitrailleuse polonaise disposait d’un calibre différent, d’équipements de visée différents, des poignées de transport agrandies, un canon plus long, un système de changement du canon plus simple, l’affût était différent et pouvait être adapté au tir antiaérien, un suppresseur de flamme avait également été installé.

Les polonais mirent au point trois types d’affûts, le premier le wz.30 d’un poids de 29.3kg était destiné à l’infanterie et qui allait donner naissance au wz.34 amélioré, le troisième étant le wz.36, un modèle allégé (17kg) et destiné à la cavalerie.

Différentes modifications furent réalisées suite aux leçons tirées par les premières utilisateurs. Il s’agissait le plus souvent de modifications pratiques destinées à faciliter l’usage de la mitrailleuse.

La version améliorée baptisée ckm wz.30a servit également de base à la ckm wz.30/39T, un modèle export destiné à la Turquie et d’un calibre différent (7.65x53mm).

Entre 1931 et 1939 la Fabrique de Fusils (Fabryka Karabinow) de Varsovie produisit 8401 mitrailleuses pour l’armée polonaise et prêt de 1700 pour l’export en Roumanie, en Bulgarie, en Estonie, en Yougoslavie et Argentine mais le plus souvent en petit nombre uniquement pour des tests qui ne débouchèrent que rarement sur des commandes fermes.

Au final cette arme à été utilisée par l’Allemagne, la Roumanie, l’Espagne (républicains et nationalistes) et la Turquie.

La Roumanie à récupéré ses armes en 1939 suite à l’internement de soldats polonais fuyant l’attaque soviétique. Ces mitrailleuses ont un temps cohabité avec la ZB-53 tchèque mais très vite ont été relégué aux unités de seconde ligne voir à l’entrainement. Très peu ont survécu au second conflit.

Caracteristiques Techniques

Calibre :7.92mm (7.92x57mm) Poids en ordre de combat 65kg Poids mitrailleuse seule 13.6kg Longueur 1200mm Longueur du canon 720mm Portée maximale 2000m (pratique 900m) Cadence de tir 600 coups par minute Alimentation : ceintures de 330 cartouches

ZB-53

La Zvrojovka Brno ZB-53 était une mitrailleuse de conception et de fabrication tchécoslovaque mise au point à la fin des années trente et mise en service en 1937 sous la désignation de TK vz.37 avant de connaître le succès à l’export puis d’être produire sous licence en Grande-Bretagne par la firme BESA.

Après le démantèlement de la Tchécoslovaquie, l’Allemagne en manque d’armes automatiques récupéra ces mitrailleuses devenues des MG 37(t) avant de poursuivre la production moins pour elle que pour ses alliés.

Cette arme à été mise au point pour remplacer les Schwarzlose héritées de l’empire austro-hongroise et se basa sur un modèle précédent, la vz.35. Fonctionnant par emprunt de gaz, alimentée par bandes et refroidie par air la ZB-53 va être utilisée par l’infanterie comme arme d’appui, par les unités de char comme arme coaxiale et sur les fortifications.

Comme toutes les armes tchécoslovaques, la ZB-53 à connu un succès à l’export en état exportée en Roumanie, en Yougoslavie, en Argentine, en Afghanistan, en Iran et en Chine. Après guerre d’autres pays comme Cuba, le Chili et le Venezuela ont récupéré des armes de ce type.

La Roumanie s’intéresse très tôt à l’arme mais peine à obtenir les livraisons en raison de la mainmise des allemands sur les usines tchécoslovaques. Finalement en septembre 1943 une première commande de 5500 exemplaires est passée.

Cette commande est honorée en mars 1945. Entre-temps une nouvelle commande de 7500 mitrailleuses d’un modèle amélioré est passée en septembre 1944, les armes étant livrées entre juin 1945 et juin 1947. Une troisième commande est envisagée mais finalement n’aboutit pas avant le début du conflit.

En septembre 1948 l’armée roumaine dispose de 12850 pièces de ce type, 150 d’entre-elles ayant été réformées en raison de l’usure ou de problèmes techniques divers concernant aussi bien leur fabrication que leur utilisation.

Ces mitrailleuses furent utilisées par l’infanterie comme arme d’appui sur bipied et trépied, comme arme coaxiale sur certains chars (ces mitrailleuses ne sont pas intégrées dans le nombre cité plus haut) et sur les positions fortifiées. Certaines mitrailleuses furent installées sur des bâtiments officiels pour une DCA rapprochée dont on peu doûter de l’efficacité.

Une dernière commande de 4500 armes est passée en juin 1949 mais seulement 3000 armes vont être livrées avant le basculement roumain de septembre 1953. Cela très important s’explique par des problèmes de fabrication dans l’usine ZB mais aussi par le régulier détournement d’armes par les allemands en dépit des protestations roumaines.

Au total la Roumanie à utilisé 16000 exemplaires de cette mitrailleuse solide et efficace. Les unités roumaines combattant aux côtés des soviétiques utilisèrent davantage des mitrailleuses soviétiques comme la vénérable Maxim modèle 1910 ou encore la SG-43.

Des ZB-53 ont été conservés en réserve en cas de besoin mais un calibre incompatible rendait son utilisation problématique. Il semble que quelques armes ont été transformées en 7.62mm mais ce n’est pas certain. En 1985 les dernières armées encore en stock sont détruites sauf quelques pièces neutralisées et envoyées dans différents musées.

Caractéristiques Techniques

Calibre : 7.92mm (7.92x57mm Mauser) Poids à vide 21kg pour la mitrailleuse Poids total en ordre de combat 37kg Longueur 1096mm Longueur du canon 733mm Portée maximale 4000m (2500m effectif) Cadence de tir 700 à 800 coups (500 à 600 coups en pratique) Alimentation : bandes de 100 ou 200 coups

SG-43 Goryunov

La mitrailleuse Maxim modèle 1910 était une arme efficace, solide, incrévable mais elle n’est pas éternelle. Son remplacement devient nécessaire et le processus est lancé au cours des années trente.

La Stankovyy pulemet sistemi Goryunova (mitrailleuse moyenne conçue par Goryunov) est mise en service au milieu des années quarante. Cette arme va reprendre l’affût à roues et à bouclier de la Maxim mais l’arme est naturellement différente et plus moderne.

Elle à été conçue pour pouvoir être produite en grand nombre. Son canon lourd est facile à changer et peut tenir pendant des tirs prolongés. Le tube est chromé ce qui à deux avantages : limiter l’usure et réduire les besoins en entretien. La SG-43 se distingue aussi par le choix du mode refroidissement, l’air remplaçant l’eau.

Outre l’affût à roues, la SG-43 peut utiliser un trépied de conception plus classique et encore plus stable que l’affût à roues. Au cours du conflit une version améliorée du trépied permettra à la mitrailleuse d’être utilisée comme arme antiaérienne.

L’arme est testée intensivement en 1943 avec d’abord des tests officiels puis des essais en corps de troupes dans différents régiments avec douze armes de pré-série. Les essais sont concluants et l’arme est adoptée en novembre 1943.

La production commence presque aussitôt mais suite à un changement de priorité, toutes les Maxim modèle 1910 n’ont pas été remplacées en juin 1950 quand l’Allemagne et ses alliés attaquent. Globalement néanmoins les unités de première ligne ont perdu leurs vieilles Maxim pour de rutilantes SG-43.

Au cours du conflit une version modernisée est mise en production et donc en service. Baptisée SGM, elle se distingue par un canon plus lourd, plus simple à fabriqué et à changer, un mode d’alimentation permettant d’engager des bandes souples de 500 cartouches contre 200 pour la SG-43. La SGM va être aussi dévellopée en une version spécialisée adaptée à l’usage à bord des véhicules blindés et des chars, version baptisée SGMT (T = Tankovy).

Durant le second conflit mondial l’arme à été utilisée par l’URSS, par l’Allemagne, la Finlande, la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie. La deuxième guerre mondiale terminée, l’arme est massivement livrée aux pays du bloc communiste comme la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie, l’Albanie en attendant la Yougoslavie.

Si la production cesse en URSS en 1961, elle va se poursuivre jusqu’à la fin des années soixante en Tchécoslovaquie et en Pologne, la Chine produisant l’arme sous licence jusqu’à la fin des années soixante-dix.

Le chiffre exact des SG-43/SGM produit est inconnu mais l’ordre est admis de plusieurs centaines de milliers d’armes. La carrière de la SG-43 s’achève en Russie à la fin des années soixante quand elle est remplacée par une nouvelle mitrailleuse, la PK plus proche de la mitrailleuse polyvalente allemande de la seconde guerre mondiale qu’une mitrailleuse moyenne «classique».

Cette arme à aussi été utilisée par d’autres états pas forcément communistes au sens strict. Ces pays ont soit utilisé cette arme lors des combats de la décolonisation ou ont reçu cette arme dans l’espoir qu’ils adhèrent à l’idéologie en vogue à Moscou.

On trouve ainsi dans cette catégorie l’Afghanistan, le Burundi, la république centrafricaine, Cuba, Chypre, le Congo-Brazzaville et le Congo-Kinshasa (armes chinoises), l’Egypte, l’Indonésie, l’Irak, la Libye, le Mali, la Mongolie, la Somalie, la Syrie, la Tanzanie, le Yemen et le Zimbawe.

La Roumanie à donc utilisé cette arme à la fois en capturant des armes sur le front russe et immédiatement retournées contre leurs anciens propriétaires mais aussi après le basculement de septembre 1953 quand les soviétiques décident d’engager des unités roumaines rééquipées à la russe à leurs côtés pour des raisons logistique. Sa carrière va s’achever au début des années soixante-dix quand elle est remplacée par la mitrailleuse PK.

Caractéristiques Techniques

Calibre : 7.62mm (7.62x54mmR) Poids de la mitrailleuse vide : 13.5kg Poids de la mitrailleuse et de son affût sans munition 36.6kg Longueur 1120mm Longueur du canon 719mm Cadence de tir : 500 à 650 coups par minute Portée maximale 1100m (effective) 1500m (maximale) Fonctionnement : emprunt de gaz Alimentation : bandes souples de 200 cartouches

Hotchkiss modèle 1929

Cette mitrailleuse lourde à été mise au point dans les années vingt comme arme antiaérienne et antichar en s’inspirant des fusils antichars allemands Mauser, la Browning M2 américaine ayant la même filiation.

L’armée de terre française refusa cette arme pour l’infanterie en raison d’une cartouche trop lourde qui risquait de blesser les troupes en retombant au sol. Elle l’adopta néanmoins comme arme antichar sur la ligne Maginot notamment dans les casemates du Rhin mais également sur certains véhicules blindés légers notamment l’AMR-35.

Cette arme va aussi être utilisée par la marine française comme mitrailleuse antiaérienne même si très vite elle à été remplacée par des canons de 25 et de 37mm.

En juin 1940, deux-cent mitrailleuses furent commandées par l’armée de terre pour servir d’armes antiaériennes de l’arrière pour permettre aux état-majors et aux «plots» logistiques de se protéger des avions ennemis qui pourraient être tentés de frapper dans la profondeur.

Ces armes livrées entre février et décembre 1941 furent suivies de trois centre-autres commandées en septembre 1944 et livrés entre juin 1945 et juillet 1946, toujours pour la même mission.

Cette arme va connaître également le succès à l’export. La société italienne Societa Italiana Ernesto Breda achète la licence pour la fabriquer au délà des Alpes sous la désignation de Breda Mod.31.

Elle fût utilisée essentiellement comme mitrailleuse antiaérienne à bord des navires de la Regia Marina mais aussi à bord des trains blindés. Des armes de ce type ont parfois armé des autos blindées et des véhicules légers.

En décembre 1935 la marine espagnole achète cette mitrailleuse et va l’utiliser depuis ses destroyers et ses croiseurs durant la guerre d’Espagne. Ces armes ont été réutilisés par les nationalistes espagnols puis une fois le pouvoir de Franco affermit des armes supplémentaires et des munitions ont été fournies au régime franquiste pour acheter sa complicité et éviter qu’il ne rentre en guerre aux côtés des allemands.

Cette arme va également être utilisée par la Belgique, le Brésil, l’Allemagne (mitrailleuses capturées en 1949), la Grèce, le Japon, la Pologne, la Chine nationaliste, la Yougoslavie et donc la Roumanie.

Cette dernière reçoit 200 mitrailleuses avant la guerre de Pologne puis 450 nouvelles armes durant la Pax Armada. Ces 650 armes vont être essentiellement utilisées pour la défense contre-avions à basse altitude mais aussi comme mitrailleuse lourde, sa cartouche de 13.2mm étant très efficace contre l’infanterie à découvert voir les blindés légers.

En avril 1954 quand le conflit se termine il reste officiellement 77 exemplaires en service dans l’armée roumaine mais la majorité de ces exemplaires sont en très mauvais état et rapidement envoyées à la ferraille.

Caractéristiques techniques

Calibre : 13.2mm Longueur du canon 1.67m Poids (non chargé) 37.5kg Portée : 2500m en tir horizontal 1600m en tir vertical Cadence de tir 450 coups/minute Alimentation : chargeurs de 30 coups pour le modèle 1929, alimentation par bandes de 150 coups pour les mitrailleuses sur véhicule blindé

Mitteleuropa Balkans (88) Roumanie (18)

L’Armée roumaine dans le premier conflit mondial

Soldats roumains portant une tenue d’inspiration française durant le premier conflit mondial.

En 1914 comme nous l’avons vu la Roumanie décide de rester neutre essentiellement pour des raisons de politique intérieure, une querelle opposant partisans de l’entrée en guerre aux côtés des Empires Centraux (c’est le cas du roi Carol 1er même si celui-ci à évolué sur la fin) et partisans d’une entrée en guerre aux côtés de l’Entente (cas du gouvernement).

En 1915 la Bulgarie courtisée par les deux camps (mais avec plus d’insistance par les Empires Centraux) entre en guerre. Ce n’était donc qu’une question de temps pour que Bucarest se joigne à un conflit passé du stade «frais et joyeux» au stade «immonde boucherie».

La Roumanie franchit le pas en 1916 et choisit d’entrer en guerre aux côtés de l’Entente en août 1916. Problème l’armée roumaine est totalement inapte à la guerre moderne. Son seul conflit véritable remonte à la guerre d’indépendance il y à plus de quarante ans (sa participation aux guerres balkaniques à été symbolique) et l’entrée en guerre va être précipitée.

A cela s’ajoute la crainte de combats fratricides contre les roumanophones de l’armée austro-hongroise. Ces derniers sont d’abord loyaux à la Double-Monarchie (peut être dans l’espoir d’avoir un meilleur sort une fois la guerre terminée) mais peu à peu la désillusion l’emporte. Les désertions vont se multiplier au fur et à mesure que la Roumanie s’approche de l’entrée en guerre.

150000 roumanophones vont mourir sous l’uniforme gris de l’armée austro-hongroise. De nombreux prisonniers reprendront la guerre au sein de légions de volontaires levées dans les camp de prisonniers italiens et russes.

Quand éclate le premier conflit mondial l’armée de terre roumaine dispose de cinq corps d’armée ce qui correspond à une force de combat de quinze divisions d’infanterie, sept brigades de cavalerie, vingt-cinq régiments d’artillerie et deux régiments du génie. A cela s’ajoute naturellement des unités de transmissions et de soutien logistique. A noter que l’échelon armée n’apparait qu’au moment de l’entrée en guerre de la Roumanie en août 1916.

Initialement l’armée roumaine mobilise 658088 hommes répartis en vingt-trois divisions ce qui est tout sauf négligeable. Les premiers combats se passent bien mais tout simplement parce qu’en face il n’y à rien ou presque. Dès que les Empires Centraux vont envoyer des troupes, l’armée roumaine va être sérieusement mise en difficulté.

Sur le plan tactique la guerre sans être une suite de combats echevelés n’est pas aussi figée que sur le front occidental. La manœuvre, le mouvement restent possibles probablement parce que le terrain est vaste et les effectifs ne permettent pas forcément de tenir solidement tout un front surtout pour les pauvres roumains qui doivent combattre sur deux fronts de 1600 km !

La cavalerie par exemple assure l’éclairage, le flanquement et le freinage de l’ennemi pour éviter que la retraite ne tourne à la déroute.

C’est ainsi qu’à la bataille de Robanesti, la cavalerie roumaine charge sabre au clair mais avec moins succès que les cavaliers de Ney à Eylau (NdA qui rappelons le est la plus grande charge de cavalerie de l’histoire avec 11000 hussards, chevaux-légers, lanciers et autres cuirassiers ce qui est déjà énorme ce qui n’empêche pas certains auteurs de parler de 70 à 80000 cavaliers) et les survivants devaient se sentir plus proches de la brigade légère à Baklhava.

La Roumanie aurait pu s’appuyer sur le terrains et les fortifications mais soit l’ennemi allait trop vite ou alors les fortifications étaient tournées vers le mauvais adversaire.

Le général Henri Bethelot

Très vite sur la défensive, l’armée roumaine ne va pas s’effondrer totalement grâce à la présence de troupes russes et surtout de la Mission Berthelot, une mission d’assistance militaire dirigée par le général français Henri Berthelot. On peut y ajouter l’action de la marine roumaine qui en défendait les fleuves et les côtes permettait à l’armée de terre de tenir fermement le terrain.

Après la stabilisation du front l’armée roumaine est totalement réorganisée, une véritable économie de guerre est mise sur pied pour reconstituer une armée digne de ce nom.

C’est ainsi qu’au début de 1917 l’armée de terre de Ferdinand 1er aligne deux armées et cinq corps d’armée ce qui représente quinze divisions d’infanterie disposant de deux brigades d’infanterie, une brigade d’artillerie, un bataillon de cavalerie et un bataillon de pionniers. Les DI numérotées un à dix disposent également d’un régiment d’infanterie de montagne.

A ces divisions s’ajoute deux divisions et deux brigades indépendantes de cavalerie sans oublier l’artillerie qui hors artillerie divisionnnaire dispose de deux régiments d’artillerie de montagne, quatre régiments d’artillerie lourde ainsi que des régiments d’artillerie antiaérienne.

Cela représente 700000 hommes répartis en 207 bataillons d’infanterie, soixante bataillons de marche (Nda infanterie ?), 110 escadrons de cavalerie et 245 batteries d’artillerie.

Les moyens déployés par les belligérants sur le front roumain sont colossaux avec neuf armées, quatre-vingt divisions (974 bataillons), dix-neuf divisions de cavalerie (550 escadrons) et 923 batteries d’artillerie soit des effectifs dépassant 1 million d’hommes.

En dépit de colossales efforts, Bucarest est fragilisé par la défection russe. L’armée roumaine est épuisée et le gouvernement de Ferdinand 1er replié à Iasi n’à d’autres choix que de choisir la voix de l’armistice puis du traité de paix.

A cette époque l’armée roumaine possédait quinze divisions d’infanterie. Les divisions n°11, n°12,n°13,n°14 et n°15 sont immédiatement démobilisées. Sur les divisions d’infanterie restantes, les empires centraux autorisent deux divisions déployées en Bessarabie (ainsi que les deux divisions de cavalerie) sont autorisées à rester à effectifs de guerre.

Les autres divisions d’infanterie doivent revenir à un format du temps de paix avec quatre régiments d’infanterie à trois bataillons, deux régiments de cavalerie à deux escadrons, deux régiments d’artillerie à sept batteries, un bataillon de pionniers et un socle logistique. L’armement en surplus est livré aux austro-hongrois.

Le conflit terminé le bilan est lourd pour l’armée de terre roumaine avec 535 700 militaires hors de combat (335706 tués, 120000 blessés et 80000 prisonniers).

D’une guerre à l’autre

Dans l’immédiat après guerre l’armée de terre roumaine va participer à plusieurs conflits notamment contre la Hongrie avec laquelle elle va partager un long et douloureux contentieux concernant notamment la Transylvanie.

Ce conflit qui éclate à la mi-avril 1919 après plusieurs mois de tension entre la Roumanie et la Hongrie voit l’engagement côté roumain de soixante quatre bataillons d’infanterie, de vingt-huit escadrons de cavalerie, de 160 canons, de 32 obusiers, d’un train blindé, de deux bataillons de pionniers et de deux escadrons d’aviation. Le conflit se termine le 3 août 1919 par l’occupation de Budapest par les roumains ce qui favorise l’arrivée au pouvoir du régent Horthy. La Roumanie va occuper la partie orientale de la Hongrie jusqu’au 28 mars 1920.

L’armée tente de se moderniser mais en ces temps de vache maigre difficile de faire beaucoup surtout pour un pays assez pauvre, disposant de peu de moyens industriels.

Tout juste notons l’acquisition de chars de combat pour équiper notamment une première division blindée, division qui cohabite avec cinq divisions de cavalerie. Certes le terrain roumain peu se montrer ouvert à l’utilisation de la cavalerie mais ce n’est pas vraiment un signe de modernité, le premier conflit mondial ayant montré les limites des unités montées dans la guerre moderne.

Renault FT alias le « petit machin » selon son créateur Louis Renault

Les premiers chars roumains seront 76 Renault FT qui sont livrés en 1919, le «Char de la victoire» formant un premier régiment blindé. Ces chars vont rester en service en 1941, les véhicules encore en état étant réutilisés pour l’entretien et le maintien de l’ordre.

Le AH-IV tchèque à été produit sous licence en Suède

Il faut ensuite attendre les années trente pour que de nouveaux chars soient livrés en l’occurrence trente-six chars légers AH-IV (R-1) qui sont maintenus en service jusqu’en 1945 avant d’être stockés pour être réutilisés en cas de besoin.

Skoda LT vz.35

Ils sont complétés par 126 chars légers Skoda LT vz.35 (S-II) connus sous la désignation de R-2 mais plus connus sous leur nom allemand (Panzer 35(t)), ces chars auraient pu être bien plus nombreux dans les armées roumaines mais la commande de 382 exemplaires est annulée suite au démantèlement de la Tchécoslovaquie.

Renault R-35

En décembre 1937 200 exemplaires du Renault R-35 sont commandés mais en septembre 1939 seulement 41 exemplaires ont été livrés par la France auxquels il faut ajouter 34 chars ayant appartenus à la Pologne. Cela porte le total à 75 exemplaires, la commande restante étant annulée, la Roumanie préférant acquérir des chars plus modernes venant notamment d’Allemagne mais ceci est une autre histoire.

Une loi du 28 avril 1932 précise l’organisation de l’armée roumaine composée de sept corps d’armée, vingt et une division d’infanterie, un corps de montagne représentant soixante-douze régiments d’infanterie auxquels il faut ajouter un corps d’autos blindées, un bataillon de la garde, deux bataillons de garde-frontières, quatre bataillons d’infanterie légère, vingt-deux compagnies divisionnnaires de mitrailleuses. A cela s’ajoute des unités de cavalerie, d’artillerie, du génie et de soutien.

En 1940 peu après la fin de la guerre de Pologne, la Roumanie possède un potentiel mobilisable de 1.1 millions d’hommes (1170000 exactement) soit 8.5% de la population du pays. Ce potentiel va se réduire un peu avec les annexions de territoires qui prive l’armée de recrues.

Sur le plan des unités l’infanterie dispose de dix-neuf divisions à trois régiments d’infanterie et deux régiments d’artillerie regroupés respectivement en une brigade d’infanterie et une brigade d’artillerie. A cela s’ajoute différentes éléments d’appui et de soutien (génie, transmissions, logistiques).

L’infanterie de montagne (Vânători de munte) apparue durant le premier conflit mondial comme entité indépendante aligne quatre divisions ce qui représente vingt-quatre bataillons, quatre groupes d’artillerie et huit batteries d’obusiers de montagne. On peut ajouter également un commandement de montagne à huit bataillons.

Comme dans de nombreux pays ces unités sont devenues très vite l’élite de l’armée roumaine et dont l’efficacité durant le second conflit mondial leur vaudra une dissolution au temps de la période d’occupation soviétique (1953-1960).

La cavalerie dispose de cinq divisions montées et d’une division blindée. Il y eut le projet de créer d’autres unités motocénaniques mais hélas pour les biffins roumains ces projets étaient encore dans l’enfance quand la seconde guerre mondiale éclate.

L’artillerie comprend des unités endivisionnés mais aussi des régiments indépendants au niveau des corps d’armée et des armées à savoir huit régiments d’artillerie lourde, deux régiments d’artillerie antichar et dix régiments antiaériens.

Durant la période de la Pax Armada l’armée de terre roumaine connait une certaine modernisation pour notamment faire face à des phénomènes similaires en Bulgarie et en Hongrie. Toutes les lacunes ne sont pas éliminées loin de là mais Bucarest peut espérer faire bonne figure en cas de conflit.

De nouvelles armes légères dont certaines roumaines sont mises en service, les pièces d’artillerie sont plus nombreuses et plus modernes (les pièces les plus anciennes sont souvent stockées pour être réutilisées en cas de besoin), de nouveaux blindés mis en service qu’il s’agisse de chars, de chasseurs de chars ou canons d’assaut.

En dépit de cet effort cela n’empêchera pas l’Armata Regala Romana de devoir réutiliser des véhicules de prise essentiellement des véhicules soviétiques mais aussi des véhicules occidentaux livrés au titre du Prêt-Bail.

Mitteleuropa Balkans (84) Roumanie (14)

Navires de soutien

-Bâtiment-base de sous-marins NMS Constansa

Le bâtiment-base de sous-marins NMS Constansa à été commandé en même temps que le sous-marin Delfinul. Construit à Fiume, il est mis sur cale en septembre 1927 lancé le 3 novembre 1928 et mis en service en 1931.

Avec le Saar allemand c’est le plus ancien ravitailleur de sous-marins (Submarine Tender) construit dès l’origine pour ce rôle, les premiers navires de ce type étant le plus souvent des navires convertis qu’ils soient civils ou militaires.

Ce navire disposait de stocks de carburant, de pièces détachées et de munitions pour les sous-marins soutenus mais aussi des systèmes de secours sous-marin en cas de problème.
Le navire est toujours en service en septembre 1948, servant de base aux trois sous-marins roumains depuis Constansa et parfois depuis Odessa.

Le NMS Constansa est coulé par l’aviation soviétique lors du bombardement de…..Constansa le 17 juin 1953, trois bombes provoquant l’explosion des torpilles embarquées à bord. Le navire chavire dans le port et coule. L’épave est relevée après guerre et démolie.

Caractéristiques Techniques

Déplacement : standard 1329 tonnes pleine charge 2300 tonnes

Dimensions : longueur 77.8m largeur 11.2m tirant d’eau 4m

Propulsion : deux moteurs diesels entrainant deux hélices

Performances : vitesse maximale 13 nœuds distance franchissable 10000 miles nautiques

Armement : un canon de 105mm, huit canons de 37mm et quatre canons de 20mm

Capacités : deux grues de 50 tonnes, stock de torpilles et de pièces détachées, atelier de maintenance, logements supplémentaires pour un équipage de sous-marin

Equipage : 20 officiers et 152 marins

-Pétroliers NMS Ploesti et NMS Cluj-Napoca

Les pétroliers NMS Ploesti et NMS Cluj-Napoca sont deux pétroliers militaires construits pour la marine roumaine avant de réduire la dépendance de celle-ci aux pétroliers affrétés pour remplir les dépôts pétroliers roumains. Il semble que le ravitaillement à la mer à été étudié mais les archives sont muettes concernant d’éventuels essais à la mer avec les navires hauturiers de la marine royale roumaine.

-Le NMS Ploesti est mis sur cale aux chantiers navals de Galati le 14 juin 1942 lancé le 9 septembre 1943 et mis en service le 7 novembre 1944.

-Le NMS Cluj-Napoca est mis sur cale aux chantiers navals de Galati le 17 septembre 1943 lancé le 8 janvier 1945 et mis en service le 12 décembre 1945.

Ces deux pétroliers vont d’abord permettre la constitution de réserves de carburant pour la marine roumaine. Même si Bucarest disposait de réserves appréciables à Ploesti, elle n’hésitait pas à importer du pétrole brut et surtout des produits pétroliers venant d’URSS mai aussi du Moyen-Orient.

Au cours des manœuvres de la marine roumaine l’un des deux pétroliers assurait le ravitaillement sur rade des grosses unités.

En septembre 1948 ces deux navires sont toujours en service dans la marine royale roumaine, assurant le ravitaillement des navires roumains ainsi que la constitution de dépôts à Odessa et à Sébastopol après la prise de la ville par les germano-roumains.

A plusieurs reprises le Ploesti échappe aux attaques soviétiques qu’elles soient sous-marines, aériennes ou navales mais sa chance l’abandonne le 4 octobre 1952 quand il saute sur une mine mouillée à l’entrée du port de Sébastopol.

Une brèche de 5m de long sur 3m de large entraine son naufrage, suffisamment lent pour permettre aux 45 membres d’équipage d’évacuer même si huit d’entre-eux blessés succomberont ultérieurement à leurs blessures.

Le NMS Cluj-Napoca était à Odessa quand les soviétiques lancent l’opération PIOTR VELIKYI et plus précisément le volet aéroporté baptisé PETERHOF. Deux divisions aéroportées (et une brigade qui sera aérotransportée) sont larguées sur la ville, largages précédés et accompagnés de bombardements navals et aériens.

Le pétrolier roumain allait appareiller au moment où retentit une alerte aérienne. Il appareille en urgence dans l’espoir d’échapper au feu de Wotan mais répéré par un navire soviétique il est la cible de tirs d’artillerie de marine mais aussi de l’aviation qui délaisse un temps l’attaque du port pour inscrire ce navire sur ce tableau de chasse. Dans des circonstances incertaines le navire est touché, chavire, explose et coule en quelques secondes ne laissant aucun survivant.

Caracteristiques Techniques

Déplacement : standard 2800 tW pleine charge 5500 tonnes 2500 tonnes de port en lourd

Dimensions : longueur hors tout 103.50m longueur entre perpendiculaires 97.70m largeur 13.40m tirant d’eau 4.80m

Propulsion : deux moteurs diesels Siemens 2 temps dévellopant 3500ch et entrainant deux hélices

Performances : vitesse maximale 15 noeuds distance franchissable 6300 miles nautiques à 12 noeuds

Capacités : six soutes totalisant 6500 mètres cubes et 3 cales représentant 350 mètres cubes. Un mat de charge de 2 tonnes à 5m

Armement : trois canons de 37mm, six canons de 20mm

Equipage : 9 officiers et 36 hommes

-Cargo NMS Danubia

Le cargo NMS Danubia à été commandé en même temps que les deux pétroliers ci-dessus. Il s’agissait de permettre de constituer une mini-base flottante de ravitaillement pour une escadre roumaine dans un port non équipé.

Si on se livre aux délices de l’anachronisme on aurait pu imaginer qu’avec un dock-flottant les roumains pouvait ainsi transformer un port lambda en base navale tactique et être moins dépendant de leur base de Constansa.

-Le NMS Danubia est mis sur cale aux chantiers navals de Galati le 14 mai 1945 lancé le 8 mars 1946 et mis en service le 22 septembre 1946.

Navire neuf en septembre 1948 il assure des missions de transport de matériel et de troupes en direction d’Odessa puis de Sebastopol. Il est endommagé à plusieurs reprises dont la dernière fois le 4 septembre 1953, une bombe le frappant à l’avant, l’incendie étant circonscrit de justesse.

La marine roumaine entreprend aussitôt des réparations mais celles-ci durent plus longtemps que prévu et quand l’opération PIOTR VELIKYI est déclenché le 11 septembre 1953, le cargo était toujours incapable de reprendre la mer.

Comme les réparations devaient encore prendre environ 15 jours et que la Crimée devenait indéfendable, les roumains décident de le saborder pour qu’il ne tombe pas aux mains des soviétiques.

Ce sera peine perdue puisque il sera relevé par les soviétiques, remis en état et utilisé comme cargo militaire jusqu’en 1975 date à laquelle il est désarmé et démoli.

Caractéristiques Techniques

Déplacement : standard 7000 tW pleine charge 20000 tonnes

Dimensions : longueur hors tout 136.50m longueur entre perpendiculaire 132m largeur 18m tirant d’eau à pleine charge 7.9m

Propulsion : deux groupes diesels Siemens dévellopant une puissance totale de 9700ch et entrainant deux hélices

Performances : vitesse maximale 18 noeuds (16 noeuds dans la pratique) distance franchissable 7000 miles nautiques à 8 noeuds 3500 miles nautiques à 15 noeuds

Armement : un canon de 120mm, six canons de 37mm, quatre canons de 20mm, nombre variable de mitrailleuses.

Capacités : quatre cales pouvant contenir un total de 11500 tonnes de charge. Manutention assurée par deux mats de charge

Equipage : 62 hommes

Navires fluviaux

Monitors

Le NMS Mihail Kogalniceanu

La défense du Danube à toujours représenté une importance vitale pour la marine roumaine qui disposa jusqu’en 1954 d’une flottille fluviale parmi les plus puissantes du monde avec notamment quatre monitors semblables baptisés Mihail Kogalniceanu, Alexandru Lahovari, Ion C. Bratianu et Lascar Catargianu.

Ces navires sont destinés à combattre un ennemi tentant de franchir le fleuve mais aussi assurer une mission d’appui-feu en cas d’offensive ou de mission défensive, la marine roumaine et sa flottille fluviale ayant joué un rôle majeur dans l’impossibilité pour les Empires Centraux de contrôler les bouches du Danube.

Durant la longue période séparant les deux conflits mondiaux il y eu des projets de construction de monitors modernes mais aucun ne dépassa pas le stade du projet et c’est donc avec les vétérans du premier conflit mondial que la flottille roumaine du Danube va partir au combat.

Elle va appuyer les prémices de l’opération BARBAROSSA contre l’URSS et lors que le front se révéla trop éloigné, la flottille retrouva sa mission première de sécurisation.

La menace principale étant la mine, elle du transformer une partie de ses moyens pour détruire les mines larguées par des avions occidentaux puis soviétiques et qui causèrent son lot de pertes.

Aux mines s’ajouta la menace des commandos, les britanniques des SBS lançant plusieurs attaques sur les ponts du Danube imposant certaines contre-mesures (filets, vedettes rapides).

Le Mihail Kogalniceanu qui avait été transformé en monitor hauturier assure la défense des Bouches du Danube. Les roumains étudient un moment la possibilité de l’envoyer en Crimée mais y renoncent de peur qu’une mer un peu forte n’entraine le navire par le fond.

Il va donc opérer dans la zone des bouches du Danube pour sécuriser une artère vitale pour l’effort de guerre roumain en particulier et de l’Axe en général. Il est coulé par l’aviation soviétique le 17 octobre 1953, deux bombes l’envoyant ad patres.

L’Alexandru Lahovari endommagé par une tempête est saisi par les soviétiques lors du basculement de la Roumanie en septembre 1953. Très usé, il est utilisé comme ponton d’allégement par les soviétiques avant d’être envoyé à la casse en 1957.

L’Ion C. Bratianu est coulé par l’aviation soviétique le 4 mars 1953 alors que le Lascar Catargianu est victime d’une mine larguée dans le Danube par des bombardiers britanniques le 19 décembre 1952.

A noter que durant le conflit les roumains vont construire un certain nombre de barges d’appui-feu, des embarcations non motorisées et qui devaient être poussées ou remorquées pour changer de position. Néanmoins habilement utilisées et bien camouflées ils représentèrent une vraie menace qui imposa aux soviétiques un patient travail de recherche et de destruction.

Caracteristiques Techniques

Déplacement : standard 680 tonnes pleine charge 750 tonnes

Dimensions : longueur 63.5m largeur 10.3m tirant d’eau 1.6m

Propulsion : deux turbines à engrenages deux chaudières Yarrow dévellopant 1800ch et entrainant deux hélices

Performances : vitesse maximale 13 nœuds distance franchissable 1500 miles nautiques
Protection : 70 à 75mm

Armement : trois canons de 120mm Bofors, un canon de 76mm, deux canons de 47mm, deux mitrailleuses, deux lanceurs de charges de profondeur

Equipage : 110 officiers et marins

Vedettes fluviales

Les quatre vedettes fluviales NMS Stihi, Dumitrescu, Lepri et Subolocotenet Ghiculea sont d’anciens navires français acquis après le premier conflit mondial.

En dépit d’un tonnage élevé pour des vedettes fluviales elles se révélèrent à leur aise sur le Danube ce qui explique qu’elles étaient encore en service en septembre 1948 même si sans le déclenchement du second conflit mondial elles auraient été remplacées par les patrouilleurs ci-après nettement mieux adaptés à la guerre fluviale.

Aucune de ces vedettes ne survivent au second conflit mondial, conflit qui les verront au final opérer sur le Danube mais aussi en mer Noire mais sans jamais s’éloigner trop du grand fleuve européen.

La NMS Stihi est coulée par l’aviation soviétique le 8 septembre 1950, la NMS Dumitrescu est victime d’une mine larguée soit par les soviétiques ou par les britanniques à moins qu’une mine roumaine ait rompu ses amarres. La NMS Lepri est victime d’un incident d’origine accidentelle le 5 mai 1952 alors que la NMS Subolocotenet Ghiculea à été sabordée à Constansa où elle subissait une révision générale avant une éventuelle remise en service (septembre 1953).

Caracteristiques Techniques

Déplacement : standard 344 tonnes pleine charge 443 tonnes

Dimensions : longueur 62m largeur 7m tirant d’eau 2.9m

Propulsion : deux moteurs diesels Sulzer entrainant deux hélices

Performances : vitesse maximale 15 nœuds distance franchissable 3000 miles nautiques à 10 nœuds

Armement : un canon de 100mm, un canon de 76.2mm, deux canons de 37mm, quatre canons de 20mm et un mortier de 81mm

Equipage : 50 officiers et marins.

Patrouilleurs fluviaux type BRP-1

En dépit de leur efficacité, les anciennes canonnières de classe Luronne n’étaient pas des navires fluviaux idéaux. Très vite elles ont été vues comme des navires de transition le temps que des navires conçus dès l’origine pour cette mission soient construits.

Comme souvent entre le projet et la réalisation il se passa un très grand laps du temps et ce n’est que peu avant le début du second conflit mondial que six Barca de patrulare fluviala ont pu être mis en service.

Il s’agissait de navires à très faible tirant d’eau pour s’engager quasiment partout avec un armement lui permettant à la fois d’assurer de «simples» missions de patrouille que de véritables missions de combat. Ces navires ne reçoivent pas de nom mais simplement les lettres BRP suivit d’un chiffre allant de un à six.

Ces navires n’ont guère le temps de goûter aux joies des patrouilles pacifiques puisque le second conflit mondial leur impose une grande vigilance. Cette vigilance est d’autant plus importante que les incidents de frontière sont nombreux. A plusieurs reprises avant le déclenchement de l’opération BARBAROSSA, les BRP sont obligés d’ouvrir le feu en soutien des garde-frontières.

Après avoir couvert le franchissement du fleuve, ces patrouilleurs vont assurer la protection de la navigation sur le plus grand fleuve européen, devant surtout lutter contre les mines voir contre des raids commandos menés notamment par les SBS britanniques.

Quatre d’entre-eux sont perdus durant le conflit, les BRP-1 et 2 coulés par l’aviation soviétique respectivement les 14 mars 1952 et 8 septembre 1953, le BRP-3 victime d’une collision avec une barge chargée de pétrole et le BRP-6 détruit par une mine. Les BRP-4 et 5 saisis par les soviétiques sont rendus en 1959 à la Roumanie pour les utiliser comme navires pour garde-frontières jusqu’à leur retrait au cours des années soixante-dix.

Caracteristiques Techniques

Déplacement : 75 tonnes

Dimensions : longueur 27m largeur 5.20m tirant d’eau 1.80m

Propulsion : deux moteurs diesels de 1500ch entrainant une hélice

Performances : vitesse maximale 25 nœuds distance franchissable 4500 miles nautiques
Protection : léger blindage de la passerelle

Armement : un canon de 76.2mm à l’avant, deux canons de 37mm, deux canons de 20mm, un mortier de 81mm

Equipage : 32 officiers et marins.