Mitteleuropa Balkans (210) Slovaquie (4)

La Crise des Sudètes et la Deuxième République Tchécoslovaque

La Crise des Sudètes et la capitulation de Munich

Carte linguistique de la Tchécoslovaquie en 1930.

Comme nous l’avons vu plus haut les allemands n’ont jamais accepté l’intégration à la Tchécoslovaquie estimant qu’ils devaient soit rejoindre l’Allemagne ou alors la République d’Autriche (ex-République Allemande d’Autriche).

La région s’agite donc ce qui pose de sérieux problèmes au gouvernement de Prague car cette région frontalière avec l’Allemagne doit accueillir un système fortifié comparable à la Ligne Maginot.

Ouvrage fortifié tchécoslovaque

Voilà pourquoi le gouvernement tchécoslovaque va d’abord tenter de calmer le jeu pour éviter que la région n’explose.

En face certains font preuve de bonne volonté, les partis dominant jusqu’en 1935 étant les chrétiens-sociaux, les sociaux-démocrates et les agrariens. On trouve même de nombreux communistes. Certains de ces partis appuient même le gouvernement de Prague, plusieurs allemands des Sudètes sont ministres. Nous sommes donc loin des allemands opprimés et martyrisés que décrivait la propagande nazie pour justifier ses actions.

L’arrivée au pouvoir des nazis change clairement la donne. En 1933 le gouvernement tchécoslovaque interdit deux partis allemands. En riposte Konrad Henlein met sur pied le Front Patriotique des Allemands des Sudètes qui devient en 1935 le Parti des Allemands des Sudètes (Sudetendeutche Partei SdP) pour pouvoir participer aux élections. Pour une première c’est une réussite puisqu’il remporte 44 sièges faisant de ce parti le deuxième derrière le parti Agrarien mais le premier en nombre de voix.

En 1937 le gouvernement tchécoslovaque cherche toujours à calmer le jeu alors que Henlein aiguillonné et soutenu par Berlin ne cesse de jeter de l’huile sur le feu.

L’Anschluss réalisé le 12 mars 1938 aggrave la situation puisque la frontière germano-tchécoslovaque s’accroit encore rendant encore plus sensible le maintien du «quadrilatère bohémien» dans l’Etat tchécoslovaque.

Le 24 avril 1938 le SdP publie un programme en huit points pour la mise en place d’un territoire allemand autonome. Ce programme est clairement rédigé pour être inacceptable pour le gouvernement tchécoslovaque, pousser ce dernier à la faute et justifier une intervention militaire allemande.

A la mi-mai 1938 des mouvements de troupes ont lieu côté allemand ce qui pousse Prague à ordonner une mobilisation partielle de son armée. Détail intéressant la mobilisation se passe dans le calme y compris dans la région des Sudètes.

En juin 1938 sous la pression de Londres, Prague accepte les revendications de Henlein mais ce dernier cherche à tout prix le conflit.

Le 12 septembre 1938 lors d’un discours tenu au Congrès du NSDAP à Nuremberg Hitler appelle les Sudètes à se révolter contre le gouvernement tchécoslovaque. Des émeutes éclatent ce qui pousse Prague à décréter la loi martiale. Henlein et ses proches doivent fuir en Allemagne. Le parti allemand des sudètes est interdit le 16 septembre 1938.

Pour éviter la guerre mais pas le déshonneur, les alliés occidentaux proposent la réunion d’une conférence qui se tient à Munich en présente de l’Allemagne, de l’Italie, de la France et de la Grande-Bretagne mais ni de la Tchécoslovaquie ni de l’URSS.

Moscou propose une assistance militaire à la Tchécoslovaquie (NdA dont on peut douter de l’efficacité en raison des purges qui frappent la RKKA) mais à condition que la France en fasse autant.

Il faudrait cependant obtenir l’accord de la Pologne et/ou de la Roumanie pour faire transiter des troupes soviétiques. Si Bucarest est ouverte à la discussion (en dépit de solides contentieux frontaliers avec l’URSS), Varsovie refuse catégoriquement.

Détail qui n’en est pas un, la France ne fait aucunement pression sur son allié polonais pour le pousser à accepter un transit de troupes soviétiques moins de vingt ans après la guerre entre les deux pays.

Suite à deux jours de conférence (29 et 30 septembre 1938), un accord est signé. Il fait consensus en France et en Grande-Bretagne où les munichois sont majoritaires. En France les communistes votent contre la ratification de l’Accord ce qui provoque la fin officielle du Front Populaire.

Chamberlain acclamé à sa descente d’avion déclare «ramener la paix pour notre temps» alors que Daladier persuadé d’être hué à sa descente d’avion au Bourget pour avoir tant concédé et si peu obtenu est stupéfait d’être acclamé.

Dans sa voiture il aurait déclaré selon la légende «Les cons si ils savaient…..» ce qui à moins de prestance que la célèbre phrase de Churchill «Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur, vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre», phrase qui visiblement et comme beaucoup de bons mots historique n’à jamais été dite sous cette forme.

Benes démissionne le 5 octobre 1938, les tchèques sont expulsés des territoires occupés par les allemands. Les tchèques se sentent légitimement trahis et plus grave les franco-britanniques sortent gravement discrédités ce qui à sans nul doute contribué au rapprochement germano-soviétique.

En Allemagne cet accord fait capoter un coup d’état militaire anti-nazi qui aurait du être déclenché dès le début du conflit que tout le monde pensait imminent.

Selon le texte des Accords de Munich, l’évacuation des territoires débute dès le 1er octobre et doit s’achever le 10. Aucune destruction ne sera admise, les conditions de l’évacuation devant être in fine déterminés par une commission composée de membres des pays signataires.

Cette commission déterminera également les régions soumises à plébiscite qui seront entre-temps occupées par des troupes internationales (NdA A ma connaissance cela n’à pas eu lieu).

Une commission internationale fixera les frontières définitives du nouvel état et dans un délai de six mois les territoires pourront être exclus ou transférés.

Dans un délai de quatre semaine tout allemand des Sudètes qui le souhaitera pourra être libéré des unités militaires et policières d’un Etat dont il n’est plus citoyen. Les prisonniers politiques doivent être libérés dans ce delai.

Les nouvelles frontières sont garanties (sic) par Paris et Londres, Berlin et Rome feront pareil quand la question des minorités polonaises et hongroise sera réglée (re-sic). Si le problème n’est pas réglé dans un délai de trois mois, une nouvelle conférence internationale se réunira.

Le 21 octobre 1938 les allemands des Sudètes deviennent officiellement citoyens du Reich.

Les Allemands des Sudètes avaient également leurs cousins orientaux, les Allemands des Carpathes présents en Slovaquie depuis le XIIIème siècle à une époque où les rois de Hongrie cherchaient des spécialistes pour développer leur royaume et notamment dans le domaine de l’extraction minière.

Très vite les populations germanophones forment des groupes puissants au sein des villes de la région, élites qui ne sont pas aussi homogène que cela puisqu’on trouve des catholiques, des juifs et des protestants.

Durant la période de la 1ère République Tchécoslovaque plusieurs partis ethniques représentent les intérêts des allemands. La rivalité naturelle entre partis n’empêche pas la mise sur pied de listes communes pour profiter à plein du système proportionnel. Force est néanmoins de constater que l’électorat germanophone est extrêmement volatile.

Lors des élections législatives de 1935, le Karpathendeutschen Partei (Parti des allemands des Carpathes) fait liste commune avec le SdP ce qui permet à ce parti d’obtenir un siège à la Chambre et un autre au Sénat.

En 1938/39 lors de la mise en place de l’Etat slovaque autonome, le parti centriste (Zentrum Deutsche Partei) et le KdP sont remplacés par le Deutsche Partei. Le 26 octobre 1938 un secrétariat d’Etat pour les intérêts du groupe national allemand en Slovaquie est mis sur pied. Les allemands des Carpathes ont deux puis trois sièges au parlement slovaque.

Durant la Pax Armada les relations entre le gouvernement slovaque et sa minorité allemande sont empreintes d’une profonde méfiance puisque cette population est considérée comme une cinquième colonne allemande et rappelle la sujetion de l’Etat slovaque à Berlin.

A plusieurs reprises des affrontements opposent la police slovaque à des manifestants slovaques germanophones. Cela ne va jamais très loin, Berlin rappelant très vite que la Slovaquie n’existe comme Etat indépendant que parce qu’ils le veulent bien.

Durant le second conflit mondial les allemands de Slovaquie s’engagent massivement dans l’armée slovaque, combattant notamment sur le front de l’est. Contrairement à la propagande du régime nazi, ils ne sont pas montrés forcément meilleurs que les autres populations de la Slovaquie.

Avec l’avancée de l’Armée Rouge, les allemands de Slovaque vont fuir vers l’ouest ou pour certains vers le sud, préférant être capturés par les alliés occidentaux que par les soviétiques.

Expulsés de Slovaquie sauf rares exceptions (personnes ayant résisté, conjoint de «slovaque de souche» ou travailleur qualifié) ils se sont réinstallés en Bavière où ils forment un groupe d’influence très bien organisé pour défendre une mémoire que la Slovaquie indépendante hésite à reprendre à son compte tant elle paraît positive pour certains côtés mais problématiques pour beaucoup d’autres.

La Deuxième République Tchècoslovaque

Ce nom de Deuxième République Tchécoslovaque est un nom d’usage car officiellement le pays continue d’être gouverné selon la constitution de 1920 mais comme le pays à perdu une bonne partie de son territoire et devient indéfendable face à une offensive allemande on considère que du 1er octobre 1938 au 15 mars 1939 la Tchécoslovaquie à connu sa deuxième république.

Emil Hacha

Le président Edouard Benès démissionne le 5 octobre 1938. Il est remplacé par un président par interim le général Jan Syrovy qui passe le relais à Emil Hacha élu le 30 novembre 1938.

La Bohème et la Moravie ont perdu 38% de leur superficie, la Hongrie à annexé 11882km² à la frontière slovaque et en Ruthénie (1er accord de Vienne).

Le gouvernement tchécoslovaque fait face à un afflux de réfugiés et à l’agitation des slovaques ce qui impose l’envoi de renforts militaires à l’est.

Le 6 octobre 1938 un accord est trouvé pour transformer la Tchécoslovaquie en république fédérale avec un gouvernement slovaque autonome avec à sa tête Josef Tiso.

Aux élections du 18 janvier 1939 le Parti du Peuple Slovaque reçoit 98% des voix et en février Hitler accorde son soutien à un Etat slovaque indépendant probablement moins par sympathie pour les slovaques que pour faire pression sur Prague mais aussi sur Budapest.

Le 22 février 1939 Josef Tiso propose de déclarer l’indépendance. Emil Hacha décrète la loi martiale, l’armée tchécoslovaque intervient le 9 mars, Tiso étant destitué.

Le 14 mars 1939 Tiso soutenu mais aussi pressé par les allemands déclare la Slovaquie indépendante. Légaliste il à demandé un vote du parlement, un vote fait dans un contexte difficile avec rumeurs (des fake news dirions nous aujourd’hui) et des pressions.

Parallèlement Emil Hacha est convoqué à Berlin. Hitler menace le pays d’une intervention militaire, d’un bombardement sur Prague. Le président tchécoslovaque qui sait ne pouvoir résister, qui sait que les alliés occidentaux ne bougeront pas cède mais contrairement à la légende il n’aurait fait ni malaise ni crise cardiaque.

Le 15 mars 1939 les allemands entrent en Tchécoslovaquie sans résistance ou presque.

A notre connaissance nous ne trouvrons qu’un exemple de résistance armée, un affrontement qui à lieu à Ostrava la Bataille des Casernes de Cajanek mais ce combat n’à été provoqué que parce que les allemands ont coupé les communications avant que l’ordre de ne pas résister soit envoyé au 8ème régiment d’infanterie.

Le commandant des soldats tchécoslovaques, le capitaine Karel Pavlik parviendra à gagner la France à rejoindre l’armée tchécoslovaque en exil et combattra durant la Campagne de France, recevant la Légion d’Honneur et la Médaille Militaire à titre posthume.

La Tchécoslovaquie après à peine vingt ans d’existence disparaît avec une Slovaquie indépendante et un protectorat de Bohème-Moravie.

En octobre 1939 Edouard Benès forme à Londres un gouvernement en exil qui est reconnu par les alliés comme le seul gouvernement tchécoslovaque légitime. Il reviendra à la libération du pays en 1954 mais la Troisième République Tchécoslovaque sera très éphémère mais ceci est une autre histoire.

Le 15 mars l’Ukraine Subcarpathique proclame son indépendance mais aussitôt les hongrois occupent la région.

Les allemands mettent la main sur une puissante industrie militaire qu’ils vont faire tourner à leur profit. Ils récupèrent aussi les précieux stocks de l’armée tchécoslovaque ce qui compensera nombre de carences d’une armée qui n’à commencé sa remontée en puissance officiellement qu’à partir de 1935.

L’armée de terre récupère 2175 canons, 469 chars, 500 pièces de DCA, 43000 mitrailleuses, 1.09 million de fusils, 114000 pistolets, des millions d’obus et de projectiles divers. De quoi équiper ou rééquiper plusieurs divisions d’infanterie voir des Panzerdivision, plusieurs de ces unités recevant des chars tchécoslovaques.

Grande-Bretagne (4) Politique (4)

Une abdication et la politique «d’apeasement» (1936-1940)

-Comme les opinions publiques des autres pays européens, l’opinion publique britannique est traumatisée par le premier conflit mondial qui plus que jamais doit être la «Der des Der»

-Aussi quand les nazis arrivent au pouvoir et commencer à montrer leurs muscles, les différents gouvernements britanniques préfèrent jouer l’apaisement plutôt que de risquer une épreuve de force qui risquerait de conduire l’Europe à un nouveau conflit dramatique.

-Dès 1935, un accord naval anglo-allemand est signé, validant le réarmement de la marine allemande à un niveau qui ne peut menacer la supériorité britannique mais qui pourrait à terme poser des problèmes.

-Les clauses du traité de Versailles sont dénoncées les unes après les autres par Hitler mais le gouvernement britannique se contente de protestations verbales vues par les allemands comme autant de preuves de faiblesse. C’est la tristement célèbre politiquement de l’apeasement incarnée par le premier ministre Neville Chamberlain.

-En août 1938, seulement six mois après l’Anschluss, l’Allemagne jette son regard menaçant sur la région des Sudètes, l’ouest de la Tchécoslovaquie, une région peuplée d’une importante minorité de langue allemande qui n’avait jamais appartenu à l’Allemagne mais qui jusqu’en 1918 était sous souveraineté austro-hongroise.

-La guerre semble proche mais est évitée par une nouvelle reculade de Paris et de Londres qui au mépris d’accords avec Prague participe à un premier dépeçage.

Edouard Daladier en 1924

Edouard Daladier en 1924

Si Daladier semble sans illusions («Les cons si ils savaient» à la foule l’acclamant à son retour au Bourget), Chamberlain prétend avoir «amené la paix pour notre temps» ce qui lui vaut cette saillie sarcastique de Churchill «Vous aviez le choix entre le déshonneur et la guerre, vous aurez le déshonneur et vous aurez la guerre» ce qui se produit un an plus tard avec la guerre de Pologne.

-Ce conflit se termine brutalement par l’assassinat d’Hitler le 9 novembre 1939, le conflit se terminant officiellement le 15 décembre 1939 quand le vieux kaiser Guillaume II rappelé d’exil par le triumvirat Himmler-Goering-Borman annonce la fin du conflit.

Martin Borman

Martin Borman

-Reste à régler le sort de la Pologne partagée au titre du pacte germano-soviétique entre Berlin et Moscou.

-L’ancien Kaiser propose la réunion d’une conférence internationale à Coblence pour décider du sort final de la patrie de Chopin.

-Cette conférence organisée du 27 au 30 décembre 1939 fût une conférence pour la forme car avant toute discussion sérieuse sur les frontières ou d’éventuelles réparations, les alliés exigent l’évacuation du territoire polonais de toutes les forces étrangères, le maintien de l’ordre devant être assuré par une force internationale composée de soldats espagnols, irlandais, argentins et suédois.

-Suite à l’échec de cette conférence, Paris et Londres reconnaissent officiellement le gouvernement polonais en exil, gouvernement installé à Nantes.

Arrière plan politique et culturel (3)

C-Réforme constitutionnelle et marche à la guerre (1940-1948)

 La campagne électorale au délà du traditionnel clivage droite/gauche avait généralement opposé les pacifistes partisan d’un accord avec l’Allemagne pour rétablir définitivement la paix (quitte à sacrifier la Pologne) et les bellicistes conscient que la paix est encore fragile et que tout ou tard, la France et l’Allemagne devront s’affronter pour la troisième fois en moins d’un siècle après 1870 et 1914.

La victoire du PSF marque le triomphe des bellicistes. Certes, les hommes du colonel de La Rocque ne sont pas prêts à chercher la guerre à tout prix (beaucoup de cadres dirigeants et même les simples militants sont d’anciens combattants encore traumatisés par la boucherie de 14-18) mais ils sont lucides : la question n’est pas de savoir si la guerre éclatera mais quand.

 

André Tardieu

Bien que le Parti Social Français (PSF) soit le premier parti à la Chambre, c’est un membre du Centre Républicain, André Tardieu qui est investit Président du Conseil par 470 voix contre 137.

Partisan d’un renforcement du pouvoir exécutif, il propose aux chambres une modification des lois constitutionnelles de 1875 qui prévoit un renforcement du pouvoir exécutif, l’établissement du référendum et le rétablissement de la pratique de la dissolution pour aboutir à une Chambre plus docile.

 

Albert Lebrun

Ce projet est violement combattu par la gauche et même par le président Lebrun réélu en mai 1939 pour un nouveau mandat de sept ans soit jusqu’en avril 1946.

Le président du conseil passe outre et suite un vote des deux assemblées, organise le 22 septembre 1940 un référendum consultatif. La question est la suivante «Approuvez vous la réforme constitutionnelle proposée ce jour ?».

La participation est élevée (86%) et le oui l’emporte largement avec 57% des voix contre 43% pour le non. Les résultats conduisent le président Lebrun à démissionner (25 septembre 1940). C’est le président du Sénat, Jules Jeanneney qui assure l’intérim.

La réforme constitutionnelle est validée par une loi organique votée le 7 octobre 1940. Le président de la République reste élu pour sept ans mais par un collège électoral élargi avec les députés, les sénateurs, les conseillers généraux et des représentants des conseils municipaux soit environ 75000 personnes. Il nomme le président du conseil qui bénéficie de pouvoirs élargis par rapport à la Chambre des Députés, l’investiture devenant pour ainsi dire facultative.

Le président sur proposition du Président du Conseil peut dissoudre la Chambre des Députés et peut consulter le peuple par référendum sur des questions d’intérêt national. On assiste au début de la décentralisation avec le regroupement des départements en provinces.

Ces dernières sont des regroupements de départements. Ces derniers continuent d’exister mais leurs pouvoirs sont assez limités, la majorité des pouvoirs appartient au préfet de région, nommé par Paris sous réserve de l’accord d’une Assemblée Provinciale élue au suffrage indirect (grands électeurs seulement à savoir des maires, des députés et des conseillers généraux).

 

départements et provinces de France

C’est une loi du 15 novembre 1940 qui trace le contours des dix-sept provinces métropolitaines :

-Province de Bretagne (Nantes) : Loire Inférieure (Atlantique à partir de 1944), Ile et Vilaine, Morbihan, Côtes du Nord et Finistère

-Province du Poitou (Poitiers) : Vendée, Charentes et Charentes-Maritime, Deux Sèvres, Vienne et Haute Vienne

-Province d’Aquitaine (Bordeaux) : Gironde, Dordogne, Lot et Garonne, Landes et Pyrénnées-Atlantique

-Province d’Occitanie (Toulouse) : Lot Aveyron Tarn et Garonne, Tarn, Gers, Haute-Garonne, Hautes-Pyrennées et Ariège.

-Province du Languedoc (Montpelier) : Pyrenées orientales, Lozère, Hérault, Gard et Aude

-Province de Provence (Marseille) : Corse, Bouches du Rhône, Var, Alpes Maritimes, Vaucluse, Hautes Alpes Alpes de Haute Provence

-Province Alpine (Grenoble) : Isère, Ain, la Savoie et la Haute Savoie

-Province de Bourgogne (Dijon) : Yonne, Nièvre, Côte d’Or, Saône et Loire, Jura et Doubs

-Province d’Alsace (Strasbourg) : Haut-Rhin, Bas-Rhin et Territoire de Belfort

-Province de Lorraine (Metz) : Meuse, Meurthe et Moselle, Moselle, Vosges

-Province de Champagne (Chalons sur Marne) : Ardennes, Marne, Aube et Haute Marne

-Province de Flandre-Picardie (Lille) : Nord, Pas de Calais, Somme, Aisne, Oise

-Province d’Ile de France (Paris) : Seine, Seine et Oise et Seine et Marne

-Province de Normandie (Rouen) Seine Inférieure (Maritime à partir de 1944), Eure, Eure et Loire, Orne, Manche et Calvados

-Province du Val de Loire (Tours) Mayenne, Sarthe, Loir et Cher, Loiret, Indre, Indre et Loire, Cher, Maine et Loire

-Province d’Auvergne (Clermont-Ferrand) : Creuse, Allier, Puy de Dôme, Corrèze, Cantal Haute-Loire

-Province du val de Rhône (Lyon) : Loire, Rhône, Ardèche et Drôme

En ce qui concerne l’Algérie, aucun changement, elle est toujours divisée en cinq départements : Alger, Oran, Constantine, Bône et les Territoires du Sud, chaque département dirigé par un préfet qui est subordonné au gouverneur général installé à Alger. Aucun changement non plus concernant les Antilles, l’AEF et l’AOF jusqu’en 1945 quand les Antilles et la Réunion reçoivent le statut de généralité à mi-chemin entre le département et la province.

Les élections présidentielles selon la loi du 7 octobre 1940 ont lieu comme prévu soixante jours après le vote de la loi soit le 5 janvier 1941. André Tardieu est élu avec 41000 voix contre 25700 pour le radical Camille Chautemps et 8300 voix pour Maurice Thorez, le candidat uni de la gauche.

 

Paul Reynaud

Le nouveau président nomme à la Présidence du Conseil, Paul Reynaud qui occupait le poste de ministre des Finances dans le gouvernement sortant.

C’est donc un changement dans la continuité dans la politique générale avec le sacrifice du sacro-saint équilibre budgétaire et une politique de réarmement massif, promettant que «les sacrifices des français ne seront pas vains, les français bénéficieront une fois la paix revenue,des fruits de la Révolution Nationale» (discours d’investiture du président du conseil le 12 janvier 1941)

La durée hebdomadaire du travail est donc portée à 48h, la loi des 40h étant abrogée, l’industrie d’armement et de la construction navale bénéficie même d’une dérogation pour permettre aux ouvriers de travailler 60h par semaine.

Le 5 juin 1941, Guillaume II décède à Berlin après dix-huit mois de pouvoir, un «pouvoir» très limité puisque la réalité du pouvoir appartenait au Triumvirat Borman-Himmler-Goering qui reste au pouvoir avec le Kronprinz comme nouvelle marionnette.

Cette mort ne rassure guère les chancelleries occidentales qui voyaient dans le vieil empereur, un antidote à l’aventurisme des plébéiens nazis d’autant que le Kronprinz est bien moins hostile que son père à l’idéologie nazie et surtout bien plus influençable.

«C’est une tête légère, influençable et vaniteuse, adoptant l’avis de celui qui à parlé le dernier, incapable de trancher et de décider. Bref tout le contraire de son père.» (Edouard Daladier Mémoires Tallandier 1957)

La France en première ligne en cas de conflit avec l’Allemagne décide d’accélérer encore son réarmement. L’économie largement modernisée (ou en voie de l’être) et une planification qui parvint à un compromis entre le libéralisme capitaliste et les plans quinquennaux mis en valeur sur les bord de la Volga ou dans les plaines d’Ukraine.

Le 15 septembre 1941, une nouvelle loi militaire est votée. Elle porte le service militaire à 28 mois voir 36 pour certaines spécialités mais limite la réserve opérationnelle à 50 ans pour rajeunir l’encadrement et obtenir une armée aussi dynamique que son nouveau chef d’état-major, le général Villeneuve âgé de 57 ans qui à succédé à Gamelin âgé de 68 ans en juin 1940.

 

le général Villeneuve ici en tenue de commandant en chef des forces armées européennes (FAE) en 1960 peu avant son décès

Surnommé «Général Tornade» pour son énergie, le nouveau chef d’état-major des armées va imposer sa patte ce qui sera source de conflits feutrés (ou non) avec les généraux les plus conservateurs (Giraud, Weygand) mais également l’amiral Darlan chef d’état-major de la marine de 1936 à 1942 et le général d’aviation Joseph Vuillemin, la diplomatie n’étant pas le fort de Pierre Harcourt de Villeneuve.

Cavalier puis muté dans l’infanterie, ayant commandé au front durant le premier conflit mondial, il avait pourtant stagné dans l’immédiat après guerre. Protégé du général Estienne, il défend farouchement la mécanisation et la motorisation, vantant l’idée d’un couple char-aviation autour duquel l’armée devait s’organiser.

Traumatisé comme beaucoup par les boucheries du premier conflit mondial, il veut frapper vite et fort un ennemi potentiel pour éviter de s’enliser dans un conflit interminable

Quand la défensive devient la philosophie à la mode, sa carrière stagne et il ne devient général de brigade qu’à l’àge de 51 ans en 1934. Général de division en 1937, il bénéficie de la protection de Paul Reynaud qui l’impose en juin 1940 comme nouveau chef d’état major de l’Armée.

Le contraste est saisissant avec Gamelin, un bon général certes mais prudent et réservé. Tout le contraire avec son successeur, un colosse fort en gueule dont les colères homériques font trembler les murs du château de Vincennes qui en ont pourtant vu en plusieurs siècles d’histoire. Il épuise ses collaborateurs qui pourtant lui restent fidèle car il est aussi exigeant avec eux qu’avec lui même.

Il accentue encore la mécanisation et la modernisation de l’armée de terre (la seule sur laquelle il à une autorité pleine et entière via un partisan de ses thèses _une créature diront les mauvaises langues_, le général de Ganelon), la réforme totalement .

Il allège notamment la Ligne Maginot qui retrouve sa fonction de bouclier alors qu’elle avait tendance à absorber les unités comme une éponge, perdant sa fonction initiale qui était d’économiser le nombre d’unités de combat.

La presse anglo-saxonne sous le charme _il parlait couramment anglais, sa deuxième épouse étant américaine_ après une tournée en Grande Bretagne et aux Etats-Unis au printemps 1944 le surnommera ainsi le «Patton français» pour son énergie et son mauvais caractère, les deux hommes se rencontrant et liant une amitié qui se révéla fructueuse dans les circonstances dramatiques du second conflit mondial, amitié d’autant plus forte qu’ils entretenaient de mauvaises relations avec le général Bernard Montgomery.

Le 14 mars 1944, le président Tardieu doit démissionner suite à une attaque cérébrale dont les séquelles l’emporteront à Menton le 15 septembre 1945 (il sera enterré au cimetière du Père Lachaise).

Le nouveau président du Sénat, Léon Lauvray assume un interim jusqu’au 14 mai 1945 quand est organisé un nouveau scrutin présidentiel qui voit l’élection de Paul Reynaud par 42500 voix contre 26900 voix pour Edouard Daladier et 5600 voix pour Pierre Cot.

 

Paul Ramadier

Le nouveau président de la République nomme au poste de Président du Conseil, Paul Ramadier, un ancien socialiste rallié au PSF qui mène une politique autoritaire, accentuant encore davantage la politique déjà menée par le PSF.

Les élections législatives du 30 avril et du 7 mai sont une confirmation de l’emprise du Parti Social Français (PSF) qui augmente son groupe parlementaire avec 298 députés au détriment du Parti Radical avec 80 députés et la Fédération des Républicains Indépendants avec 100 députés soit un total de  478 députés, la gauche disposant de 129 députés avec 45 pour le PCF et 84 pour la SFIO.

Cette XVIIIème législature poursuit la politique de la précédente mais prépare déjà l’après guerre en autorisant le vote des femmes et préparant ce qu’on appellera l’Etat providence bien que l’application de la majorité des mesures soit reporté à des circonstances plus favorables.

Le contexte n’est en effet guère favorable à la générosité puisque le 8 mars 1943, les S.S ont mené un coup d’Etat. Le Kronprinz soupçonné de vouloir s’entendre avec Paris et Londres est expulsé du territoire allemand. Exilé au Canada, il mouru en 1951 des suites d’une crise cardiaque.

Le triumvirat Borman-Himmler-Goering se fissure après qu’Himmler se soit proclamé Führer avec Reynhard Heydrich comme chancelier.

Goering est limogé de son poste de maréchal de l’air et commandant en chef de la Luftwafe alors que Borman parvient un temps à conserver la direction du NSDAP avant de se réfugier à Munich imité par Goering qui s’installe à Bonn.

Les germes de la guerre civile sont semés, germes qui éclatent au mois de septembre 1943 qui vont ensanglanter l’Allemagne jusqu’en mai 1945. Borman capturé dans une ferme proche de Salzbourg est exécuté après une parodie de procès le 7 mai 1945 à la prison de Plotenzee à Berlin alors que Goering avait été tué dans le bombardement de Bonn le 4 décembre 1944.

La France comprend que les temps difficiles s’annonce. Les premières mesures d’Himmler concernent d’ailleurs l’armée qui bénéficie des largesses du nouveau régime, nouveau régime où Heydrich va imposer son emprise, les facultés intellectuelles du chef de la S.S, Himmler étant assez limitées.

En septembre 1946, un réseau d’espionnage allemand est démantelé en France. Dirigé par l’Abwehr de l’amiral Wilhelm Canaris, il conduisait jusqu’au cabinet du ministre de la Guerre, Edouard Daladier qui doit démissionner puisque son conseiller diplomatique, David Guillaume était un agent allemand sous le nom de code de «Gunther».

Le président Reynaud et le président du Conseil Ramadier lui offrent cependant un exil doré puisqu’il est nommé Ambassadeur de France à Washington où il doit convaincre Charles Linbergh, président depuis 1944 et sa victoire sur Roosevelt de soutenir les alliés en cas de guerre avec l’Allemagne ce qui n’est pas chose aisée tant sont évidents les penchants pacifistes et pro-nazis du premier homme à avoir traversé l’Atlantique en avion.

Les élections du 25 avril et du 2  mai 1948 marquent un relatif changement de configuration politique. Si le PSF reste le premier parti à la Chambre des Députés, il perd près de trente députés passant de 298 à 260 députés, le parti Radical passe de 80 à 75 députés et le Mouvement Républicain Populaire (nouveau nom de la FRI) passe de 100 à 80 députés soit un total 415 députés, la gauche disposant donc de 208 députés répartis entre la SFIO (120) et le PCF (88).

Au pouvoir depuis huit ans, le PSF est usé par la gestion quotidienne de la France. L’économie en pleine expansion est encore florissante, portée par le réarmement mais la question de l’endettement et de la faiblesse du franc inquiète les épargnants.

Seules les tensions extérieures semblent avoir évité au PSF une défaite électorale majeure et sans le déclenchement du second conflit mondial, qui sait si aux élections de 1952, les français auraient envoyé une nouvelle majorité.

Le 5 septembre 1948, des raids aériens allemands sur le Danemark et la Norvège marque le début de la Deuxième Guerre Mondiale. Aussitôt Paris et Londres déclarent la guerre à l’Allemagne et décide d’apporter leur concours à la Norvège qui semble vouloir résister sous la direction d’un roi énergique, Haakon VII.

 

Haakon VII roi de Norvège