22-Armée de terre : armement et matériel (1)

22)° Armée de terre : l’armement et le matériel

Préambule

Dans cette partie, je vais donner un peu plus de chair à ma description de l’armée de terre en abordant non plus les structures et les unités mais l’armement et l’équipement de nos soldats qui en 1948 n’à rien à envier à son adversaire allemand. Mieux même, il le surpasse dans certains domaines comme les Fritz ne tarderont pas à s’en rendre  compte.

Je vais d’abord aborder l’armement de la «reine des batailles», l’infanterie sur laquelle porte l’effort principal de la bataille. Comme le dira un lieutenant anonyme excédé par les prétentions des unités de l’Arme Blindée-Cavalerie «C’est bien beau les chars mais après pour occuper le terrain ils auront besoin de nous !».

Sur le plan de l’armement, l’une des évolutions majeures est un changement de calibre. Le 8mm apparu à la fin du 19ème siècle avec le fusil Lebel disparaît au profit du 7.5mm inspiré de la cartouche allemande de 7.92mm.

Du moins en métropole, dans l’Empire où le besoin d’une cartouche moderne se fait moins sentir, le 8mm est encore assez présent.

Ce changement de calibre s’explique par l’inadaptation de la cartouche à bourellet pour le tir automatique, le lamentable Chauchat étant encore dans toutes les mémoires……. .

Le nouveau fusil standard de l'armée de terre, le MAS 36

Le nouveau fusil standard de l’armée de terre, le MAS 36

Qui dit changement de calibre dit nouvelles armes. Le MAS 36 de 7.5mm devient le fusil standard de l’infanterie française, étant également décliné en une version à crosse repliable pour l’infanterie de l’air, une version courte (équivalent d’un mousqueton utile pour la cavalerie et l’artillerie), en version tireur de précision.

Le MAS modèle 1940 est un fusil semi-automatique qui n'à rien à envier au Garand américain

Le MAS modèle 1940 est un fusil semi-automatique qui n’à rien à envier au Garand américain

On trouve également un fusil semi-automatique, le MAS-40 avec un chargeur à dix coups et le MAS 44 avec un chargeur à vingt-cinq coups, l’ancêtre du fusil d’assaut.

Ces deux armes furent d’abord réservées aux dragons portés des DLM et chasseurs portés des DC avant d’équiper les meilleures divisions d’infanterie recevant ultérieurement le MAS 40 qui aurait totalement remplacé le MAS 36 sans le déclenchement de la guerre qui comme partout à bouleversé bien des plannings.

Pour ce qui est des armes de poings _pistolets et pistolets mitrailleurs_, le 8mm cède la place au 7.65mm mais il est rapidement concurrencé par un calibre jugé meilleur en l’occurence le 9mm qui équipe pistolets et pistolets mitrailleurs. On trouve également du 11.43mm pour les mitraillettes Thompson livrées par les Etats-Unis au printemps 1940.

Mitrailleuse Hotchkiss modèle 1914

Mitrailleuse Hotchkiss modèle 1914

Les armes automatiques lourdes type fusil-mitrailleur et mitrailleuses utilisent principalement le 7.5mm mais on trouve encore du 8mm pour les inusables Hotchkiss modèle 1914 présentes dans l’Empire et du 13.2mm utilisées pour l’armement de certains ouvrages de la ligne Maginot et certains véhicules, le 9mm pour la mitrailleuse MAC 37 n’ayant pas été produite, l’arme étant restée à l’état de prototype.

Pour ce qui est des armes plus lourdes, on trouve des canons antichars de 25 et de 47mm. Si le premier canon est de moins en moins apte à détruire les chars allemands, il fait plus que bonne figure face aux chars italiens et même japonais.

Il y à bien entendu le canon antichar de 75mm TAZ modèle 1939 mais ce dernier appartient à l’artillerie tout comme un canon antichar de 90mm _adaptation du canon antiaérien modèle 1939_ connait une production limitée.

On trouve également des armes singulières comme plusieurs modèles de fusils antichars, des PIAT ainsi qu’un lance-fusée Brandt de 50mm et une série de grenades antichars Brandt qui allaient déboucher sur une toute autre arme une fois le conflit déclenché.

Pour ce qui est des mortiers, les mortiers de 60mm sont toujours là mais le 81mm à cédé la place au moins en Métropole à une arme nettement plus redoutable de 120mm soit une puissance de feu supplémentaire pour l’infanterie française. Seule l’infanterie soviétique avec son mortier de 120mm modèle 1938 pour supporter la comparaison.

Après l’infanterie, nous nous intéresseront au cas de l’artillerie qui à connu entre 1940 et 1948 une modernisation spectaculaire.

Certes des pièces antiques sont encore présents (notamment dans les colonies et au sein des RAP/RAMF) mais l’artillerie de campagne aligne des pièces modernes de 75mm (le TAZ modèle 1939 plus ses cousins de l’artillerie légère et de montagne), de 105mm (obusiers modèle 1934S et modèle 1935B, canons de 105mm modèle 1936S et modèle 1941T) ou de 155mm (Schneider modèle 1946, GPF et GPFT). On trouve également des canons d’assaut et des canons automoteurs pour accompagner au plus près les chars.

Pour l’artillerie lourde, la situation est plus contrastée mais les canons de 194, 220 et 280mm restent malgré leur âge redoutable tout comme les pièces d’artillerie sur voie ferrée appelées à appuyer la Ligne Maginot en attendant de matraquer la ligne Siegfried.

Nous aborderons la question des uniformes. Si les chasseurs alpins et à pieds restent en bleu nuit, les autres unités adoptent au milieu des années trente le kaki moins voyant que le bleu horizon.

Quand à la silhouette du soldat, elle ressemble fortement à celle de son ainé de 14-18 jusqu’à l’arrivée du général Villeneuve à la tête de l’armée qui souhaite une armée jeune et sportive.

C’est ainsi que progressivement, l’équipement individuel du soldat va être allégé. Les dragons et les chasseurs portés sont ainsi en pointe dans ce domaine et par capillarité, les nouveaux équipements, de nouvelles «modes» vont irriguer l’armée de terre.

Une nouvelle tenue apparaît en 1947 mais est loin d’avoir remplacé la tenue modèle 1935. Cette nouvelle tenue garde le pantalon bouffant ou pantalon de golfe mais la veste est repensée et les bandes molletières sont remplacées par l’ensemble chaussures montantes (comparables à nos actuelles chaussures de randonnée) et guêtres en cuir. Un ceinturon d’un nouveau type et un sac mieux pensé complète le tout. Le béret remplace dans toutes les unités le calot comme coiffure standard.

En ce qui concerne les véhicules, l’évolution entre la guerre de Pologne et le début du second conflit mondial est spectaculaire.

Quand la guerre de Pologne éclate en septembre 1939, les chars et véhicules blindés français sont repartis grosso modo en deux catégories : les véhicules de cavalerie généralement rapides pour la percée et les missions traditionnelles de la cavalerie et les chars d’accompagnement de l’infanterie lents et bien protégés, censés accompagnés au plus près les fantassins.

Cette répartition simpliste va être bouleversée par la «révolution villeneuvienne» qui renoue avec les mannes du général Estienne en adoptant une attitude résolument offensive, symbolisée par une motorisation à outrance et par les fameux Corps d’Armée Cuirassés, placé sous les ordres directs du CEMAT et censé être les poings blindés pour percer le front et aboutir avec le soutien des Corps de Cavalerie et des groupes d’armées à la percée décisive tant cherchée et tant souhaitée durant le premier conflit mondial.

Un bon char est un savant compromis _compromis souvent imparfait_ entre vitesse, protection et armement. Le second paramètre était souvent mis en avant pour les chars d’infanterie alors que les automitrailleuses de combat de la cavalerie devaient être surtout rapides. On assiste à un rapprochement de ces trois facteurs dans les différentes catégories qu’il s’agisse des chars de bataille, des chars de combat et des chars légers ou chars d’accompagnement.

En septembre 1939, les chars/automitrailleuses de combat français sont globalement supérieurs à ceux alignés par l’Allemagne. En effet, les chars français étaient généralement plus rapides, mieux protégés et mieux armés.

Si le Renault R-35 était bien plus lent qu’un Panzer I ou II, il était nettement mieux protégé et nettement mieux armé (canon de 37mm face à deux mitrailleuses de 7.92mm ou un canon de 20mm et une mitrailleuse de 7.92mm).

L'Automitrailleuse de Combat (AMC) modèle 1935S dit Somua S-35

L’Automitrailleuse de Combat (AMC) modèle 1935S dit Somua S-35

Le Somua S-35 était aussi rapide, mieux protégé et mieux armé que le Panzer III. Seul le Panzer IV était mieux armé que les chars légers et médians français mais son canon de 75mm court était plus adapté à l’appui de l’infanterie et de plus il était disponible en faible nombre.

Le B1bis lui était insurpassable, son blindage le mettait l’abri de la plupart des canons allemands (à l’exception du 88mm) et son armement mixte (canon de 47 en tourelle et de 75mm en casemate) lui donnait une puissance de feu sans équivalent.

Tout n’était cependant pas rose dans le domaine des chars/automitrailleuses de combat. Plusieurs carences auraient pu avoir des conséquences dramatiques si les allemands avaient attaqué à l’ouest qu’il s’agisse de la configuration monoplace de la tourelle (chars légers biplaces ou chars moyens triplaces) ce qui obligeait le chef de char à être pointeur et tireur en même temps, d’un canon de 37mm SA18 dépassé (il équipait notamment le R-35 et le FCM-36) et de l’absence de radio qui empêchait les unités de chars à pouvoir manoeuvrer rapidement et exploiter la moindre opportunité.

Fort heureusement, les huit années de paix armée vont permettre de résoudre ces carences même si seule l’expérience du feu pouvait valider ou pas les modifications effectuées.

Sur le plan des modèles de véhicules, un grand nombre d’entre-eux en service en septembre 1939 sont encore en service en septembre 1948.

Si les Renault FT, D-2 et les B1bis ont tous été retirés du service (ou peu s’en faut pour le FT qui assurent quelques missions secondaires notamment la défense des aérodromes), on trouve encore des Renault R-35, des Hotchkiss H-39 (neufs ou H-35 modifiés), des Somua S-35, des FCM-36.

De nouveaux modèles sont également mis en service qu’il s’agisse de dérivés de véhicules existants comme le Renault R-40 dérivé du R-35, le FCM-42 issu du FCM-36 ou le Somua S-40 dérivé du S-35 ou de véhicules de conception nouvelle comme l’ARL-44 remplaçant des B1bis ou le Renault G1 qui va remplacer les Hotchkiss H-39 au sein des DC.

Le Somua S-45 en dépit d’une dénomination qui laisserai apparaître un lien de parenté avec le S-35 et le S-40 est un char différent, l’équivalent du G1 pour les DLM. Il est mis en service en février 1945 et en septembre 1948 équipe cinq des huit DLM.

On trouve également l’AMX-42 et l’AMX-44, derniers nés de la famille des chars légers qui allaient devoir se concentrer sur les missions de reconnaissance faute de pouvoir réellement peser dans un combat de char à char. A l’autre bout du spectre, on trouve une poignée de chars de forteresse FCM F1 qui remplacent les antédiluviens FCM-2C issus du premier conflit mondial.

Les chars (automitrailleuses de combat pour la cavalerie) ne sont pas les seuls véhicules en service, on trouve également des canons d’assaut type Somua SAu40 ou ARL V-39, des automitrailleuses de reconnaissance AMR-33 et 35, des automitrailleuses de reconnaissance à roues AMD-178 et AM modèle 1940 P.

Parallèlement, aux véhicules de combat, les DC et les DLM vont disposer de véhicules spécialisés qu’il s’agisse de dérivés de chars et de véhicules de combat ou d’engins spécialement conçus pour le soutien notamment logistique. Dans cette catégorie figurent également les transports destinés aux armes lourdes et aux fantassins, les dragons et les chasseurs portés notamment.

On trouve par exemple des chars de commandement, de tout type. Ils sont soient dépourvus de canon ou alors pourvu d’une radio si encombrante (technologie de l’époque) que la dotation en munitions est généralement réduite de 10%.

Les véhicules de dépannage sont généralement des chars de première série auxquels on à enlevé la tourelle pour le remplacer par une petite superstructure avec des moyens de levage et de remorquage.

Dans cette catégorie, nous trouvons également des véhicules de liaison, des véhicules chenillés comme les AMR-33 présentées plus haut ou des véhicules à roues comme la Panhard 178L (Liaison) qui sera ultérieurement complété par des Daimler Dingo livrés par la Grande-Bretagne.

Pour ce qui est du transport de troupes, on trouve des véhicules toutes roues motrices (hélas non blindés) et vrai nouveauté, des chenillés spécialement conçus pour le transport d’hommes en armes, les Lorraine 39L et les Renault DAJ-1.

Nous enchaineront ensuite par l’ordre de bataille de l’armée de terre en septembre 1948 avec en métropole, trois groupes d’armées, un détachement sur les Pyrénées, deux CAC, trois Corps de Cavalerie et une DLM indépendante. Quand aux troupes déployées dans l’Empire, elles sont nettement plus nombreuses, mieux entrainées et mieux armées.

Enfin, la dernière partie sera consacrée aux plans de défense et d’attaque mis au point par le généralissime Villeneuve qui reprend à son compte la manoeuvre Dyle-Breda imaginée par son prédécesseur tout en ayant mis au point des plans offensifs contre l’Allemagne avec une attaque par la Belgique, le Luxembourg, par le Rhin….. .

Une hypothèse suisse est envisagée tout comme des plans pour contre l’Italie par une attaque dans les Alpes voir par une opération amphibie en Sardaigne et en Sicile voir directement contre la Péninsule.

Les autres fronts ne sont pas oubliés. Face à l’Espagne, il est prévu une posture de défense ferme avec les bataillons de chasseurs pyrénéens chargés de tenir les cols appuyés par la 31ème DIAlp de Montpelier.
En cas d’agression espagnole, les troupes stationnées au Maroc ont pour mission d’occuper le Maroc espagnol. Sur le front Tunisien, il est prévu une défense ferme mais une conquête de l’ASI n’est pas exclue pour sécuriser le flanc sud du dispositif allié et servir de base opérationnelle pour une poussée dans les Balkans.

En Scandinavie et dans les Balkans, des interventions en soutien des gouvernements légitimes sont possibles et planifiées.

Quand à l’Asie du Sud-Est, c’est la défensive qui prévaut, une défense ferme pour rendre le plus indigeste possible une probable offensive japonaise en direction des colonies européennes du Sud-Est asiatique pour s’y emparer des ressources naturelles.

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21-Armée de terre (22)

Les unités de cavalerie

Un long chemin et un big-bang organisationnel

Schneider CA1 et Saint Chamond (ci-dessous), les premiers chars français

Schneider CA1 et Saint Chamond (ci-dessous), les premiers chars français

Char Saint Chamond

Si les anglais furent les premiers à utiliser le char d’assaut en 1916, la France eut un impact décisif dans ce domaine à l’aide d’abord des médiocres Saint Chamond et Schneider puis à l’aide du char de la victoire, le Renault FT souvent connu de manière erronée sous le nom de FT-17.

Le "char de la victoire" Renault FT en version canon de 37mm

Le « char de la victoire » Renault FT en version canon de 37mm

Les premiers chars français engagés furent les Schneider et les Saint Chamond le 17 avril 1917 à Berry-au-Bac dans le cadre de l’offensive du Chemin des Dames, une nouvelle tentative pour obtenir la percée tant recherchée.

Ce fût un véritable désastre. Sur un terrain difficile, sous les coups de l’artillerie allemande, 76 chars furent détruits dont 57 avaient brûlé, les chars emportant une grande quantité de matières inflammables qui transformaient ces chars en véritables torches sur chenilles. L’échec des «gros» donna sa chance aux petits Renault FT qui répondaient à une autre conception mais qui avait la particularité d’avoir également pour père le général Estienne.

le général Estienne

le général Estienne

Aux «cuirassés terrestres», on préférait désormais le «fantassin blindé», le char-canon ou le char mitrailleur qui avec ces deux hommes devaient se couler dans le terrain et soutenir au plus près l’infanterie pour éliminer les obstacles et lui permettre d’occuper le terrain sans se faire hacher par les mitrailleuses, les barbelés et les obstacles.

Le Renault FT produit à 4517 exemplaires (de 1917 à 1919 puis des compléments jusqu’en 1927) fût le véritable «char de la victoire», symbolisant le char d’assaut et son rôle dans l’esprit de l’armée française ce qui désabusa son concepteur, le général Estiennes pour qui le char léger n’avait aucun avenir.

Le premier conflit mondial terminé, se posa la question en France de l’avenir de la motorisation et de la mécanisation des armées. Bien que vaincue, l’armée allemande pouvait redevenir une menace et devant la lenteur d’une mobilisation, l’idée de disposer d’éléments mécaniques pouvant se porter rapidement sur le Rhin (ou en Rhénanie jusqu’en 1930) était séduisante.

Le premier à la proposer fût le général Fayolle qui proposa la création de véritables groupements tactiques d’intervention rapide composés d’automitrailleuses et d’autocanons accompagnés de cyclistes, d’infanterie portée sur camions, de l’artillerie portés sur tracteurs, de chars légers portés sur camions et d’éléments motorisés du Génie.

Ces groupements devaient tronçonner et harceler l’ennemi sans se laisser fixer, les divisions de cavalerie devant se charger de détruire les grandes unités ennemies, le tout avec l’appui de l’aviation.

Dans l’immédiat, ces groupements techniques ne furent pas créés mais de cette étude allait naitre les groupements de reconnaissances de division d’infanterie (GRDI) et leur pendant de corps d’armée (GRCA).

Leur évolution post-guerre de Pologne allait permettre la réalisation du projet du général Fayolle, les GRDI (les GRCA n’existant qu’en temps de guerre) évoluant d’unités de reconnaissance et d’éclairage à de véritables groupement de combat chargés de «sauter à la gorge» de l’ennemi, de contrer ses unités de reconnaissance, de le harceler et de gêner sa progression ou son repli.

De son côté, le général Estienne préconisa la création d’un corps cuirassé autonome, une unité de 20000 hommes, 8000 camions et tracteurs et 4000 chars mais le père des chars ne fût pas entendu du moins dans l’immédiat, sa vision des troupes de choc sous-entendait une vision offensive qui n’était plus en odeur de sainteté après les ravages du premier conflit mondial.

En 1920, disparu l’Artillerie d’Assaut. Elle avait été créée quand le char français semblait devoir être l’équivalent des chars britanniques, des chars lourds armés de véritables pièces d’artillerie de campagne, le Saint Chamond et le Schneider disposant d’un canon de 75mm modèle 1897.

Le char interallié Mark VIII Liberty

Le char interallié Mark VIII Liberty

Il était d’ailleurs prévu que l’AS mette en œuvre des chars de fabrication britannique, des MkV* armés de canons de 57mm (100 exemplaires commandés mais seulement 77 livrés avant l’armistice, aucun engagé au combat) sans oublier le MkVIII Liberty, le char interallié mais la production de 600 exemplaires rien que pour la France fût annulée en raison de l’armistice.

Le choix du Renault FT comme char standard bouleversait la donne, le cuirassé terrestre qui devait être à la pointe de la percée (laissant l’exploitation à la cavalerie à cheval puis à l’infanterie) justifiait que l’artillerie mette en œuvre ses puissants véhicules mais avec la petite merveille de Billancourt (qui mine de rien imposait l’architecture standard du char moderne avec pilote à l’avant, moteur à l’arrière et compartiment de combat au centre) la donne changea, ce char accompagnait l’infanterie, lui collait au train pour détruire les obstacles.

Char de forteresse ou de percée FCM 2C

Char de forteresse ou de percée FCM 2C

Il devait bien avoir des chars lourds de percée comme le FCM 2C mais ils étaient trop petit nombre pour justifier une quelconque mainmise de l’artillerie qui avait déjà mis au point ses premiers canons automoteurs et automouvants.

D’où la suppression de l’Artillerie d’Assaut remplacée par l’arme des Chars d’Infanterie qui regroupait les chars destinés à soutenir l’infanterie, des véhicules lents et bien protégés mais qui n’étaient pas destinés à mener de folles chevauchés comme la cavalerie de jadis.

La cavalerie justement parlons-en. Cette arme hautement aristocratique, cette arme noble par excellence connaissait une véritable crise existentielle. Les unités à cheval passées les premiers combats de l’été et de l’automne 1914 avaient du admettre leur impuissance face aux tranchées ce qui entraina leur transformation en unités d’infanterie.

Après la fin du premier conflit mondial, les unités à cheval étaient toujours présentes mais leur existence était sérieusement remise en question bien qu’elles pouvaient toujours rendre de précieux services comme la reconnaissance, la découverte, l’exploitation. Elle devait néanmoins s’adapter aux nouvelles formes de guerre au risque de disparaître.

Les divisions de cavalerie au nombre de dix en 1914 tombèrent à six en 1916/17 puis à seulement cinq en 1928 ce qui était mine de rien une part importante dans une armée de temps de paix qui se réduisait comme peau de chagrin avec à terme seulement vingt divisions.

La cavalerie n’avait pas attendu la fin du premier conflit mondial pour faire connaissance avec le «moteur combattant» car dès 1913, on trouvait des automitrailleuses et des autocanons (deux puis trois groupes par DC) ainsi que des groupes de chasseurs cyclistes à raison d’un groupe par division de cavalerie.

On n’assiste donc pas à un big-bang, à une révolution mais plutôt une évolution progressive avec le remplacement des chasseurs cyclistes par des dragons portés, la motorisation du commandement, de l’artillerie, du génie et des services, le tout formant les Division de Cavalerie type 1932.

Cette division était cependant d’un maniement délicat puisqu’elles faisaient cohabiter des éléments à cheval (deux brigades à deux régiments), un groupe d’automitrailleuses, un bataillon de dragons portés et un régiment d’artillerie tout terrain tracté ou RATTT ce qui leur vaut leur surnom de «division pétrole-picotin» ou «cambouis-crotin».

Ce type de division mixte va survivre jusqu’au déclenchement de la guerre de Pologne, faute de mieux ou plutôt faute de moyens voir de réelle volonté alors que l’avenir était clairement aux divisions mécaniques comme les Divisions Légères Mécaniques, la 1ère DLM voyant officiellement le jour le 1er juillet 1935 par transformation de la 4ème division de cavalerie et la 2ème DLM un an plus tard par transformation de la 5ème division de cavalerie de Lyon.

Du côté de l’arme des chars de l’infanterie, l’idée même de divisions de choc interarmes va être nettement plus longue à naitre, une gestion douloureuse et compliquée.

Le scepticisme y est nettement plus grand qu’au sein de la cavalerie. En effet la mission des chars est d’accompagner l’infanterie, de lui offrir appui et protection et non de percer le front et d’entamer une folle chevauchée.

Cela n’empêche pas le général Weygand de mettre sur pied un détachement mécanique de combat composés de chars D1 (14 tonnes, un canon de 47mm et deux mitrailleuses) et des trois premiers chars B (27 tonnes, un canon de 75mm, un canon de 47mm et deux mitrailleuses) qui opère en septembre 1932 au cours des manoeuvres de Champagne. L’expérience est mitigée, les chars ont pris la position ennemie mais faute de soutien d’infanterie, ils ont du se replier.

En 1934, un colonel inconnu, Charles de Gaulle publie un livre intitulé Vers l’armée de métier où il envisage la mise sur pied d’un corps spécialisé composé de soldats de métiers avec six divisions de ligne (un groupe de reconnaissance, une forte brigade de chars avec un régiment lourd, un régiment moyen et un bataillon léger, une brigade d’infanterie à deux régiments plus un bataillon de chasseurs,une brigade d’artillerie à deux régiments + des services) et une division légère type DLM.

Ce projet est rejeté par les parlementaires pour des raisons qui tiennent aussi bien de considérations financières que pour des raisons idéologiques (attachement à l’armée de la conscription) et politiques (crainte que ce corps spécialisé deviennent une garde prétorienne pouvant menacer la république).
La France prend du retard alors qu’en Allemagne sont mises sur pied les Panzerdivision, que des corps blindés sont créés en URSS et qu’en Angleterre, des théoriciens comme Basil Lidell-Hart appellent de leurs vœux la création de divisions blindées.

Néanmoins, la décision de créer des «divisions à base de chars» est prise au moins sur le papier dans le cadre du programme des 14 milliards du 7 septembre 1936.

Néanmoins, l’industrie est bien incapable de suivre pour fournir le matériel nécessaire à moins qu’il n’y ait manqué la volonté d’aboutir car si le matériel parfaitement adapté manquait, qu’es-ce qui aurait empêché de l’expérimenter avec du matériel existant ?

Un parallèle peut être avec l’action du général Flavigny qui batailla pour mettre sur pied les DLM avec le matériel existant _souvent inadapté comme des automitrailleuses semi-chenillées_ en attendant la disponibilité des véhicules adaptés.

La foudroyante victoire en Pologne des panzerdivision est un électrochoc qui achève de convaincre les ultimes sceptiques.

Dès 1938, un groupement tactique d’experience avait été mis sur pied avec quatre bataillons de chars équipés de B1 et de B1bis, deux bataillons de chasseurs portés et un régiment d’artillerie.

C’est à partir de ce groupement que le général Gamelin ordonne la mise sur pied des 1ère et 2ème Divisions Cuirassés de réserve sur un mode sensiblement allégé par rapport aux idées de Charles de Gaulle.

L’arrivée du général Villeneuve va donner un coup de fouet bienvenue à ces unités de chars. Non seulement, il va en créer deux autres en plus des quatre programmées mais il va les créer et les doter d’une puissance supérieure à celle envisagée par le général Gamelin notamment par la mise en service de chars mieux adaptés.

Côté cavalerie, le nombre de DLM est doublé avec la création des 3ème, 4ème et 5ème DLM par transformation des trois divisions de cavalerie type 1932. Trois autres DLM sont ultérieurement créer à partir d’éléments fournis par les trois Divisions Légères Mécaniques sus-nommées.

Formant des Corps de Cavalerie (DLM) et des Corps d’Armées Cuirassés (CAC), ils vont permettre à l’armée française de retrouver de l’allant et du mordant face à une éventuelle agression allemande, la mobilisation partielle n’étant plus nécessaire pour intervenir.

Organisées, dotées d’un matériel performant et d’un doctrine précise, ces divisions n’ont rien à envier aux Panzerdivisionen allemandes.

Reste que la dichotomie est maintenue entre l’arme des Chars de l’Infanterie et le Cavalerie alors que les DLM et des DC sont identiques en terme d’organisation, les DC se distinguant par la présence de chars lourds, l’arme des chars de l’infanterie disposant également de  BCC.

Pour le général Villeneuve, esprit pragmatique si il en est, cette dichotomie est absurde et dès son arrivée à la tête de l’armée, entame le long processus visant à rapprocher «la noblesse» (la cavalerie) et la «roture» (les chars d’infanterie).

Hors de question de passer en force, il va patiemment négocier, accordant des faveurs à l’un ou à l’autre, menaçant l’un et complimentant l’autre. Il révèle un talent certain pour le lobying politique, veillant à ce que ses idées imprègnent les jeunes officiers, les futurs cadres de l’armée dont il élabore les bases dès juin 1940.

Finalement le 1er janvier 1943, un décret du ministre de la guerre fusionne la Cavalerie avec l’arme des Chars de l’Infanterie sous le nom d’Arme Blindée-Cavalerie (ABC) qui installe son école à Saumur, reprenant l’essentiel des traditions de la défunte cavalerie.

Après ce long exposé, nous allons maintenant entrer en détail en parlant de l’organisation des différentes unités de la cavalerie, des chars de l’infanterie puis de l’arme blindée-cavalerie.