10-Contre-torpilleurs (44)

J-Contre-torpilleurs classe Bruix

Schéma de la classe Bruix

Schéma de la classe Bruix

Avant-propos

Les six Jaguar devaient donc être remplacés par les six Bayard, financés par le décret-loi du 1er avril 1940.

Aux Jaguar avaient succédé les six Guépard (Guépard Lion Bison Valmy Vauban Verdun), les six premiers «quatre tuyaux», ces contre-torpilleurs étant équipés de quatre chaudières et donc de quatre cheminées, marque physique remarquable partagée avec les quatre Aigle, les Milan et Epervier ainsi que les six Vauquelin soit douze-navires.

Ces navires mis en service en 1929 (Guépard), en 1930 (Bison Valmy Verdun) et en 1931 (Lion Vauban) devaient donc être remplacés théoriquement entre 1945 et 1947.

Les tranches 1942 et 1943 du programme naval du 14 mai 1941 financent la construction de six contre-torpilleurs de classe Bruix qui sont identiques aux Bayard moins des modifications de détail.

Ces navires baptisés Bruix D’Assas La Tour d’Auvergne Magon Dunois et La Hire vont  remplacer nombre pour nombre les Guépard ce qui augmente encore la puissance de notre flotte, 48 canons de 130mm remplaçant 30 canons de 138mm.

Le Bruix

Etienne Eustache Bruix (1759-1805)

Etienne Eustache Bruix (1759-1805)

-Le Bruix est mis sur cale à l’Arsenal de Lorient (cale n°3) le 17 septembre 1943 et lancé le 12 novembre 1944.

Armé pour essais le 12 août 1945, il effectue sa première campagne d’essais officiels du 13 au 30 août, passant au bassin du 1er au 10 septembre avant une deuxième campagne d’essais officiels du 11 au 30 septembre 1945.

Il réalise ses essais artillerie du 2 au 14 octobre avant de quitter Lorient pour Brest le 15 octobre afin de réaliser ses essais de recette de torpilles et de grenades ASM, essais réalisés du 18 au 30 octobre, date à laquelle il quitte Brest pour rentrer à Lorient le lendemain. Il passe à nouveau au bassin du 2 au 16 novembre 1945.

Après d’ultimes essais  du 17 au 21 novembre, le Bruix quitte Lorient pour sa traversée de longue durée le 22 novembre, faisant escale à Saint-Nazaire du 23 au 26 novembre, à Vigo du 28 au 30 novembre, à Lisbonne du 1er au 3 décembre, se ravitaille à Casablanca le 5 décembre avant de rallier Toulon le 8 décembre 1945.

Le contre-torpilleur Bruix est admis au service actif le 8 décembre 1945, étant affecté hors-rang au sein du groupement des contre-torpilleurs de la 2ème Escadre avec Toulon comme port d’attache.

Le nouveau contre-torpilleur sort pour une école à feu du 11 au 17 décembre 1945 au large de Toulon. Ses tirs achevés, il gagne la haute-mer pour accueillir à 100 miles des côtes provençales son sister-ship D’Assas.

La mise en service du deuxième contre-torpilleur de classe Bruix permet la réactivation de la 1ère DCT qui avait été mise en sommeil avec le redéploiement à Brest des contre-torpilleurs Guépard, Lion et Bison (qui avaient alors formé une nouvelle 2ème DCT).
Arrivés à Toulon le lendemain 18 décembre, les deux contre-torpilleurs se ravitaillent puis reprennent la mer pour un entrainement commun jusqu’au 22 décembre quand ils accueillent à 50 miles des côtes provençales leur sister-ship La Tour d’Auvergne, le troisième et dernier contre-torpilleur de la 1ère DCT. La division au complet s’entraine jusqu’au 25 décembre quand ils rentrent à Toulon.

Après une période d’entretien à flot commune du 26 décembre 1945 au 10 janvier 1946, les trois contre-torpilleurs effectuent trois jours d’essais à la mer du 11 au 14 janvier puis un stage de remise en condition du 16 au 26 janvier, date à laquelle ils rentrent à Toulon.

Le Bruix et ses deux compères vont alors effectuer leur premier entrainement de division en Méditerranée occidentale. Ils quittent Toulon le 7 février mais le mauvais temps les obligent à s’abriter aux salins d’Hyères jusqu’au 10 février quand ils peuvent reprendre la mer pour enfin entamer leur entrainement.

Après une école à feux du 11 au 18 février 1946, les trois contre-torpilleurs font escale à Sète du 19 au 22 février avant un entrainement au combat antisurface du 23 février au 1er mars, date à laquelle ils vont ravitailler à Toulon.

Après un exercice de mouillage de mines du 1er au 4 mars, le Bruix et ses deux compères de la 1ère DCT effectuent un entrainement à la défense aérienne à la mer du 5 au 12 mars, date à laquelle ils arrivent à Nice pour quelques jours d’escale.

Reprenant la mer, ils effectuent un entrainement à la lutte ASM du 17 au 27 mars 1946 en compagnie des sous-marins Le Tonnant et le Conquérant. Après un ravitaillement à Toulon le 28 mars, les trois contre-torpilleurs achèvent leur premier entrainement de division par un exercice de synthèse du 29 mars au 12 avril, date de leur retour à Toulon.

Le Bruix est indisponible du 13 avril au 3 mai suite à une avarie mécanique. Les réparations effectuées, il sort pour essais du 4 au 7 mai avant un stage de remise en condition intensif avec ses deux sister-ships de la 1ère DCT du 9 au 17 mai et du 22 au 31 mai, les trois navires faisant escale à La Ciotat du 18 au 21 mai 1946.

La 1ère DCT effectue ensuite une école à feux du 1er au 9 juin avant un entrainement de défense aérienne à la mer du 11 au 19 juin, servant de plastron aux avions et hydravions du CNMAN (Commandement Nord-Méditerranée de l’Aviation Navale) dont le QG est implanté sur la BAN de Hyères-Le Palyvestre. Après entrainement au mouillage aux salins du 20 au 27 juin, les trois contre-torpilleurs rentrent à Toulon le lendemain 28 juin 1946.

Le Bruix est indisponible pour entretien et permissions de l’équipage du 29 juin au 17 juillet, sortant pour essais du 18 au 21 juillet et pour remise en condition du 22 juillet au 5 août, à chaque fois en compagnie de son sister-ship La Tour d’Auvergne.

Rentrant à Toulon dans la soirée du 5 août, le Bruix se ravitaille avant de participer aux essais (6 au 9 août) et à la remise en condition (11 au 23 août) de son sister-ship D’Assas, les deux contre-torpilleurs allant ensuite mouiller aux salins d’Hyères.

Le 28 août 1946, le La Tour d’Auvergne à la suite de ses essais à la mer retrouve ses deux compères de la 1ère DCT. Les trois navires sortent pour sa remise en condition du 29 août au 5 septembre, se ravitaillent à Toulon le 6 septembre avant un nouveau cycle de remise en condition du 7 au 15 septembre, date à laquelle les trois navires rentrent à Toulon.

Le 22 septembre 1946, les trois contre-torpilleurs quittent Toulon en compagnie de l’Elorn pour un entrainement de division au large des côtes africaines entre le Maroc et le Golfe de Guinée.

Après un ravitaillement au large du cap Juby le 27 septembre, les trois contre-torpilleurs effectuent une école à feux du 27 septembre au 1er octobre avant de rallier Dakar le 4 octobre après un nouveau ravitaillement auprès de l’Elorn.

Le Bruix, le D’Assas et le La Tour d’Auvergne effectuent un entrainement à l’escorte et à l’attaque de convois du 5 au 12 octobre. A tour de rôle, un contre-torpilleur protégeait l’Elorn contre l’attaque des deux autres.

Après une escale à Dakar du 13 au 15 octobre, la 1ère DCT accompagnée par l’Elorn gagnent le Golfe de Guinée pour poursuivre leur entrainement. Le transit en direction de Conakry (où les quatre navires arrivent le 20 octobre) est l’occasion d’un entrainement à la défense aérienne à la mer.

Après  une escale à Conakry du 20 au 23 octobre, les trois contre-torpilleurs et le pétrolier font escale à Libreville du 25 au 28 octobre, à Pointe Noire du 30 octobre au 2 novembre, à Abidjan du 5 au 8 novembre, à Dakar pour ravitaillement le 12 novembre, à Casablanca du 16 au 21 novembre avant de rallier Toulon le 25 novembre 1946 après plus de deux mois loin de leur port d’attache.

Après une période d’entretien à flot du 26 novembre au 9 décembre, les trois contre-torpilleurs sortent pour essais du 10 au 13 décembre avant une nouvelle sortie mais pour entrainement cette fois et ce du 14 au 21 décembre, restant ensuite au port jusqu’à la fin de l’année civile.

Le Bruix et ses deux compères de la 1ère DCT sort pour la première fois du 7 au 15 janvier 1947 pour une école à feux, se ravitaillant à Toulon le 16 janvier avant d’enchainer par un entrainement à la défense aérienne à la mer du 17 au 30 janvier, rentrant à Toulon le 5 février après une escale à La Ciotat du 31 janvier au 4 février.

Du 8 au 27 février 1947, la 1ère DCT retrouve à la mer la 2ème DCT (Bayard Du Guesclin Turenne) et la 6ème DC (De Grasse Chateaurenault et Guichen) pour un exercice commun, exercice concernant aussi bien des écoles à feux, un combat antisurface et des exercices de défense aérienne à la mer. Les six navires rentrent à Toulon le lendemain 28 février 1947.

Après une école à feux du 4 au 12 mars, la 1ère DCT participe du 15 mars au 10 avril à  un entrainement commun avec le croiseur lourd Charlemagne et les torpilleurs légers de la 1ère DT.

Cet entrainement se décompose en une série d’exercices comme un exercice de défense aérienne à la mer (15 au 23 mars), protection et attaque de convois (27 mars au 2 avril) et raid amphibie (4 au 10 avril) avant des escales à Nice (12 au 17 avril), Bastia (18 au 24 avril), Ajaccio (25 au 30 avril) et Bonifaccio (2 au 7 mai) avant de rentrer à Toulon le 9 mai 1947 dans la matinée.

La 1ère DCT effectue ensuite un entrainement de division, sortant pour une école à feux du 16 au 22 mai avant une escale à Nice du 23 au 26 mai avant d’engager un entrainement à la défense aérienne à la mer du 27 mai au 7 juin, se ravitaillant à Toulon le 8 juin avant d’enchainer par un entrainement au combat antisurface du 9 au 16 juin, mouillant aux salins d’Hyères du 17 au 25 juin avant de rentrer à Toulon le lendemain 26 juin 1947.

Alors que le La Tour d’Auvergne est indisponible pour entretien et permissions de l’équipage, le Bruix et le D’Assas sortent pour une école à feux du 1er au 7 juillet avant de mouiller aux salins d’Hyères du 8 au 11 juillet. Après un entrainement à la défense aérienne à la mer du 12 au 17 juillet, les deux contre-torpilleurs rentrent à Toulon le lendemain 18 juillet 1947. Le Bruix participe ensuite aux essais (19 au 22 juillet) et à la remise en condition (24 juillet au 9 août) du La Tour d’Auvergne, les deux navires rentrant à Toulon dans la soirée. Il est ensuite indisponible du 10 au 31 août 1947.

Le Bruix sort ensuite pour essais du 1er au 4 septembre, retrouvant le lendemain 5 septembre aux salins d’Hyères ses compères de la 1ère DCT, les trois contre-torpilleurs sortant pour remise en condition du Bruix du 6 au 17 septembre, se ravitaillent à Toulon le 18 septembre avant une deuxième et dernière phase d’entrainement du 19 au 30 septembre, les trois contre-torpilleurs rentrant à Toulon le lendemain 1er octobre 1947.

La 1ère DCT effectue alors son entrainement de division automnal. Quittant Toulon le 8 octobre,  le Bruix et ses deux compères de division commencent par une école à feux du 8 au 15 octobre, faisant escale  à Port-Vendres du 16 au 19 octobre avant d’enchainer par un entrainement de défense aérienne à la mer du 20 au 27 octobre puis un ravitaillement à Toulon le 28 octobre.

Ce ravitaillement est suivit par un entrainement au mouillage de mines du 28 octobre au 2 novembre, par un entrainement ASM avec le sous-marin Le Conquérant du 3 au 8 novembre et enfin par un exercice de synthèse du 10 au 22 novembre, date du retour des trois navires à Toulon.

Après une période d’entretien à flot du 23 novembre au 9 décembre 1947, le Bruix et ses deux compères sortent pour essais du 10 au 13 décembre puis pour remise en condition du 14 au 24 décembre, date à laquelle ils rentrent à Toulon.

Le Bruix et ses deux compères commencent l’année 1948 par une école à feux du 7 au 15 janvier, faisant escale à Port La Nouvelle du 16 au 19 janvier avant un entrainement au combat antisurface du 20 au 27 janvier, rentrant à Toulon  le lendemain 28 janvier 1948.

La 1ère DCT devait sortir pour un entrainement de division le 5 février mais le D’Assas est victime d’une avarie ce qui fait que le Bruix et le La Tour d’Auvergne sortent seuls du 5 au 15 février pour un entrainement en duo avant de gagner les Salins d’Hyères pour poursuivre leur entrainement au mouillage en attendant la disponibilité du D’Assas.

Le D’Assas retrouve ses deux compères de la 1ère DCT aux Salins le 22 février. La 1ère DCT ainsi reconstituée effectue une courte sortie d’essais/entrainement du 23 février au 1er mars avant de rallier Toulon le 2 mars pour se ravitailler.

L’entrainement de division commence enfin le 3 mars par une école à feux du 3 au 9 mars, les trois contre-torpilleurs faisant escale à Ajaccio du 10 au 13 mars. Reprenant la mer le 14 mars, la 1ère DCT retrouve au large de la Corse la 1ère DT qui était revenue de Bizerte après un exercice avec la 2ème DC et la 3ème DT.

Les deux divisions s’affrontent dans un entrainement au combat antisurface avec l’assaut de l’aviation basée en Corse et ce du 14 au 22 mars avant une escale commune à Calvi du 23 au 27 mars. La 1ère DCT et la 1ère DT rentrent ensuite ensemble à Toulon le 28 mars 1948.

Le Bruix, le D’Assas et le La Tour d’Auvergne reprennent la mer dès le lendemain pour un entrainement au mouillage de mines du 29 mars au 2 avril puis après un ravitaillement à Toulon le 3 avril effectuent un entrainement à la lutte ASM du 4 au 14 avril avec pour plastron les sous-marins Saint Marcouf et Ile d’Aix de la 5ème DSM.

Après un nouveau ravitaillement à Toulon le 15 avril, la 1ère DCT termine son entrainement de division par un exercice de synthèse du 16 au  27 avril, rentrant à Toulon le 1er mai après une escale à Sète du 28 au 30 avril 1948.

La 1ère DCT effectue une nouvelle sortie d’entrainement au large de Toulon du 8 au 17 mai, effectuant une école à feux, des lancements simulés et réels de torpilles, des grenades avec comme cible la coque du sous-marin Caïman désarmé au printemps 1942.

Après un mouillage aux salins du 19 au 25 mai, les trois contre-torpilleurs effectuent un entrainement à la défense aérienne à la mer du 26 mai au 6 juin, rentrant à Toulon le lendemain 7 juin 1948.

Le Bruix est indisponible pour entretien et permissions de l’équipage du 8 au 23 juin, sortant pour essais du 24 au 27 juin et pour remise en condition du 28 juin au 8 juillet à chaque fois en compagnie du La Tour d’Auvergne .

Le Bruix sort ensuite pour les essais (9 au 12 juillet) et à la remise en condition (13 au 24 juillet) du D’Assas qui avait été à son tour indisponible. Les deux contre-torpilleurs vont ensuite mouiller en rade de Villefranche.

Le 28 juillet 1948, le La Tour d’Auvergne retrouve ses deux compères à Villefranche à l’issue de ses essais à la mer. Les trois contre-torpilleurs sortent pour sa remise en condition du 29 juillet au 13 août puis après ravitaillement à Toulon le 14 août du 14 au 21 août, rentrant à Toulon le lendemain 22 août 1948.

Du 28 août au 4 septembre, la 2ème DCT participe avec la 1ère DCT à la remise en condition du croiseur lourd Charlemagne qui sortait d’une période d’entretien à flot. Les sept navires rentrent à Toulon le 5 septembre 1948 à l’aube………… .

10-Contre-torpilleurs (1)

10°) CONTRE-TORPILLEURS

Avant-propos

Le torpilleur de défense mobile n°86

Le torpilleur de défense mobile n°86

En 1887, le torpilleur de défense mobile N°68 (type Normand 33m, 46 tonnes) fût transféré par chemin de fer de Toulon à Cherbourg provoqua l’angoisse de la presse britannique et relança les invasion scares, ces bouffées délirantes, craignant une invasion française, bouffées souvent liées à la mise en service d’un nouveau navire ou d’une nouvelle arme au sein de la Royale. La multiplication des torpilleurs dans les marines françaises et russes firent craindre une submersion des torpilleurs britanniques, écrasés par le nombre.

On chercha donc des parades et après plusieurs essais infructueux, les anglais aboutirent à un navire qu’ils appelèrent Torpedo Boat Destroyer (TBD) bientôt connu sous la forme générique de destroyer (destructeur). La France ne tarda pas à imiter la «Perfide Albion» en créant son propre «destructeur» appelé dans la langue de Molière le contre-torpilleur.

Ce terme est apparu une première fois brièvement en 1890 mais ce n’est qu’en 1896 que le terme s’impose quand les avisos-torpilleurs sont reclassés contre-torpilleurs d’escadre avant que le terme escadre ne disparaisse en 1900 et celui de contre-torpilleur en 1913 quand les contre-torpilleurs sont reclassés torpilleurs d’escadre.

Quand le premier conflit mondial se termine, la marine nationale dispose sur le papier de treize contre-torpilleurs de 800 tonnes (trois autres mis en service après l’armistice), onze de 450 tonnes et quarante-sept de 300 tonnes soit soixante-onze navires mais l’immense majorité n’ont plus aucune valeur militaire et sont condamnées entre 1919 et 21.

L'Amiral Senès, ex-S 113 annonce les futurs contre-torpilleurs de la Royale renaissante

L’Amiral Senès, ex-S 113 annonce les futurs contre-torpilleurs de la Royale renaissante

Pour faire la soudure avec les futures constructions neuves, la marine nationale récupère des unités ex-allemandes et ex-austro-hongroises, la plupart d’un tonnage semblable aux unités nationales mais le destroyer S113 rebaptisé Amiral Sénès avec son déplacement de 2060 tonnes et son armement de quatre canons de 150mm annonce les futurs contre-torpilleurs de la marine nationale.

La marine nationale sort durablement affaiblie du premier conflit mondial, connaissant une profonde crise matérielle et morale. Tout est à reconstruire ou presque.

Fort heureusement, la Royale va bénéficier d’un contexte national et international favorable. Sur le plan national, les pertes du premier conflit mondial font craindre des «classes creuses» et une nouvelle infériorité numérique vis à vis de l’Allemagne.

Ce handicap, on espère le compenser en faisant appel aux colonies et pour transporter les zouaves, goumiers et autres tirailleurs en métropole, il faut une puissante marine pour escorter les transports de troupes.

Sur le plan international, la France à signé le traité de Washington, traité qui fait d’elle une puissance navale de seconde zone, à parité avec l’Italie et loin des Etats Unis, de la Grande-Bretagne et du Japon.

Paradoxalement, ce traité va être bénéfique pour la reconstruction de notre marine en limitant ses ambitions, en se gardant d’aventures comme le programme de 1912 avec de nombreux cuirassés dont aucun ne sera achevé.

La  priorité est donnée aux unités légères, les croiseurs, les torpilleurs et les contre-torpilleurs sans oublier les sous-marins.
Le 13 janvier 1920, le ministre de la Marine Georges Leygues dépose sur le bureau des Assemblées un projet de loi dit «Projet 171» qui prescrit l’arrêt définitif de la construction des cinq cuirassés de classe Normandie, la construction de six éclaireurs d’escadre et de douze torpilleurs éclaireurs. Ce projet n’est pas adopté car Georges Leygues perd son portefeuille de ministre.

Par lettre des 17 et 18 juin 1920, le ministre Adolphe Landry demande qu’on amende le projet 171 en ajoutant 12 sous marins (6 de 550 tonnes et 6 de 1100 tonnes), modification acceptée par la Commission de la Marine Militaire.

Ce projet est encore amendé en 1921 par Gabriel Guist’hau, ministre de la Marine qui comprend 6 croiseurs de 8000 tonnes, 12 contre-torpilleurs de 2400 tonnes, 12 torpilleurs de 1455 tonnes, 36 sous marins de 550 à 1100 tonnes et la transformation de l’ancien cuirassé Béarn en porte-avions.

Ce projet est adopté en principe mais il est volontairement limité aux constructions absorbables immédiatement par les Arsenaux et l’Industrie (la construction navale privée) soit 3 croiseurs, 6 contre-torpilleurs de 2400 tonnes, 12 torpilleurs de 1500 tonnes, 12 sous marins et la transformation du Béarn.

Après deux ans de tergiversations, la première tranche du Programme naval est définitivement votée par le Sénat le 18 mars 1922.

C’est l’acte de naissance de la classe Jaguar (Jaguar Panthère Chacal Léopard Lynx Tigre) qui marque donc la renaissance de la marine nationale et le début d’une rivalité avec la marine italienne et la construction successive d’une série de contre-torpilleurs.

C’est ainsi qu’aux Jaguar succèdent les Guépard (Guépard Lion Bison Valmy Vauban Verdun) qui marquent le début de la formidable famille des «quatre tuyaux» avec notamment un changement de calibre en l’occurence cinq canons de 138mm au lieu de cinq canons de 130mm.

Le contre-torpilleur Guépard en 1930-31

Le contre-torpilleur Guépard en 1930-31

Ces «quatre tuyaux» sont marqués par un appareil propulsif plus compact et des chaudières plus puissantes qui permet d’en réduire le nombre de cinq à quatre chaudières.

Aux Guépard succèdent la classe Aigle composée de quatre plus deux navires. Les quatre premiers financés à la tranche 1927 et baptisés Aigle Vautour Albatros Gerfaut sont pour ainsi dire identiques aux Guépard avec des modifications peu visibles si ce n’est un armement plus moderne et un télémètre stéréo.

Le contre-torpilleur Aigle

Le contre-torpilleur Aigle

Les deux navires suivants financés à la tranche 1927 et baptisés Milan et Epervier. Ces navires sont tantôt considérés comme des Aigle, tantôt comme une classe spécifique. Par rapport aux Aigle, ces deux navires se distinguent par un arrière en cul de poule (déjà prévu pour la classe suivante), une coque plus longue (129.30m contre 122.40m), une puissance propulsive accrue (68000 contre 64000ch) et un tube lance-torpilles de plus.

Le contre-torpilleur Milan

Le contre-torpilleur Milan

La tranche 1928 finance la construction de six contre-torpilleurs d’un nouveau type, les «2700 tonnes» (les Jaguar, Guépard et Aigle étaient considérés comme des «2400 tonnes») ou la classe Vauquelin du nom de la première unité mise sur cale (Vauquelin Kersaint Cassard Tartu Maillé-Brézé et Chevalier Paul) qui portaient des noms de grands marins français.

Le contre-torpilleur Maillé Brézé

Le contre-torpilleur Maillé Brézé

Aux Vauquelin succèdent les contre-torpilleurs de classe Le Fantasque (Le Fantasque L’Audacieux Le Malin Le Terrible Le Triomphant et L’Indomptable) financés à la tranche 1930.

Le contre-torpilleur Le Fantasque en 1937

Le contre-torpilleur Le Fantasque en 1937

A la différence de la série Guépard/Aigle/Milan/Vauquelin, les Fantasque ne disposent plus que de deux cheminées avec une puissance propulsive supérieure (74000ch) et un armement plus puissant qu’il s’agisse d’un canon de 138mm plus puissant d’une troisième plate-forme triple soit neuf tubes de 550mm.

Aux Fantasque succèdent une nouvelle classe de contre-torpilleurs qui marquent l’apogée de la flotte de «French superdestroyers». Les Mogador et Volta sont en effet de véritables petits croiseurs puisque ces navires financés respectivement aux tranches 1932 et 1934 sont armés de huit canons de 138mm en quatre pseudo-tourelles doubles alors que l’armement en torpilles passe à dix tubes de 550mm.

Le contre-torpilleur Volta

Le contre-torpilleur Volta

La volonté de conserver le principe des DCT à trois unités entraine le financement de quatre navires semblables aux Mogador, des navires baptisés Hoche Marceau Desaix Kléber qui auraient du être identiques aux Mogador mais qui au final, seront différents avec quatre tourelles doubles de 130mm à double usage qui rééquiperont également les Mogador et Volta.

Le décret-loi du 1er avril 1940 finance la construction de six nouveaux contre-torpilleurs destinés à remplacer en 1944-45 les Jaguar qui atteindront alors la fin de leur carrière opérationnelle. Ces navires sont baptisés Bayard Du Guesclin Turenne Bugeaud Du Chayla et Dupetit-Thouars.

Les Bayard sont pour ainsi dire des copies des Hoche, reprenant le tracé de coque, la propulsion et l’armement principal (8 canons de 130mm) alors que le nombre de tubes lance-torpilles est porté à douze. La DCA légère est améliorée tout comme l’armement ASM. C’est également la première classe à intégrer dès la construction des détecteurs électroniques qui imposent un certain nombre de servitudes nouvelles comme un mat renforcé.

Les tranches 1942 et 1943 du programme naval du 14 mai 1941 financent la construction de six contre-torpilleurs de classe Bruix qui sont identiques aux Bayard moins des modifications de détail.

Ces navires baptisés Bruix D’Assas La Tour d’Auvergne Magon Dunois et La Hire vont remplacer ainsi les Guépard.

Enfin, la tranche 1947 finance la construction de six contre-torpilleurs semblables aux Bruix et théoriquement destinés à remplacer les Aigle mais le déclenchement de la guerre bouleversera le programme et les Guépratte Ronar’ch Maillé Brézé D’Estaing Vautreuil et Aumale auront un destin bien différent.