21-Armée de terre (25)

Aux côtés de l’aristocratique cavalerie, nous trouvons «la roture», l’arme des chars de l’infanterie qui en septembre 1939 n’est à peine âgée que de vingt ans, un gamin à côté de l’immémoriale cavalerie qui pouvait à bon droit se réclamer de l’antique chevalerie.

En attendant la création ou du mois la concrétisation des divisions à base de chars, les principales unités de chars sont les bataillons de chars de combat.

Le 23 août 1939 en vertu de décisions antérieures, les douze régiments de chars de combat sont dissous pour donner naissance à des bataillons de chars de combat.

Les état-majors des régiments dissous forment autant de centres mobilisateurs auxquels s’ajoute un treizième créé ex-nihilo.

Vingt-trois bataillons de chars de combat d’active voient le jour. Devenus autonomes, ils prennent des numéros n’ayant rien à voir avec leur ancien régiment (1er au 5ème BCC, 7ème au 10ème BCC, 12ème BCC, 14ème au 17ème BCC, 19ème BCC, 20ème BCC, 22ème BCC, 24 au 28ème BCC, 37ème BCC).

Char de forteresse ou de percée FCM 2C

Char de forteresse ou de percée FCM 2C équipant une unique unité, le 51ème BCC

A ces vingt-trois bataillons d’active s’ajoutent seize bataillons mis sur pied avec des réservistes (6ème, 11ème, 13ème, 18ème, 21ème, 23ème, 29ème à 36ème, 38ème et 39ème bataillon), le 51ème BCC équipés de monstrueux FCM 2C et le bataillon de char des troupes coloniales (BCTC).

D’autres bataillons sont mis sur pied au printemps 1940. Certains de ces bataillons vont ainsi former les Dcr mais la plupart vont renouveler leur équipement (notamment ceux équipés de Renault FT) en restant attachés au soutien de l’infanterie, formant des groupements rattachés aux armées mobilisées depuis septembre 1939.

Char lourd B1bis

Char lourd B1bis

Le nombre de bataillons va au final atteindre cinquante et un avec deux nouveaux bataillons de chars lourds B1/B1bis _à la base des quatre Dcr_ portant leur nombre à huit (soit deux par division), un bataillon de chars d’intervalle FCM 2C, un bataillon de chars moyens D2 et quarante et un bataillons de chars légers.

A l’issue de la démobilisation, sur les cinquante et un bataillons mis sur pied, les vingt-trois bataillons d’active sont maintenus, étant affectés pour certains aux DC, les autres étant affectés (mais non intégrés) aux sept divisions d’infanterie motorisées et aux dix divisions d’infanterie du Nord-Est soit un total de dix-sept BCC.

En retirant neuf bataillons affectés aux DC, il reste quatorze BCC ce qui nécessite le maintien en ligne de trois bataillons de réserve, les 6ème, 11ème et 13ème BCC, le 30ème BCC ralliant la Corse avec des Renault R-40 en remplacement de ses Renault FT.

Le bataillon de chars de forteresse (51ème BCF ex-BCC) remplace ses FCM F2 par des FCM F1.

Renault R-35

Renault R-35

Les bataillons de chars de combat déployés en Afrique du Nord (non compris dans le total de 51) restent déployés au Maroc (62ème et 66ème BCC) en Algérie (64ème BCC) et en Tunisie (61ème 65ème et 67ème) mais leur équipement évolu, les Renault FT sont remplacés par des R-35 ou des R-40, les chars D-1 sont remplacés par des AMX-42 plus légers mais plus moderne. Au Levant, les 63ème et 68ème BCC conservent leurs R-35.
Ultérieurement sont mis sur pied huit bataillons de quartiers général numérotés 70 à 77ème BCC, des bataillons équipés de B1ter et qui constituent une réserve mobile utile en cas d’assaut ou cas de combat défensif, le B1ter bien que moins efficace que l’ARL-44 restant un engin redoutable si il est bien employé.

La mise sur pied de deux nouvelles Divisions Cuirassées entraine la création de huit nouveaux BCC numérotés de 50 à 57, les 50ème, 52ème, 54ème et 56ème étant équipés d’ARL-44, les 51ème, 53ème, 55ème et 57ème disposant comme monture du Renault G1.

Prototype de l'ARL-44

Prototype de l’ARL-44

En cas de guerre, il est prévu de créer quinze nouveaux bataillons de chars de combat portant leur nombre à quarante, ces quarante bataillons devant former normalement des groupements à l’échelle du corps d’armée ou de l’armée, chaque groupement devant disposer de deux à quatre B.C.C mis à la disposition des Divisions d’Infanterie pour leur fournir une capacité antichar et un punch supplémentaire et bienvenu.

On trouve également deux brigades cuirassées, les 1ère et 2ème brigades qui annoncent les divisions cuirassées de réserve qui doivent disposer dans un premier temps une demi-brigade à deux bataillons de chars lourds équipés de B1bis et une demi-brigade à deux bataillons de chars légers équipés de Hotchkiss H-39 en attendant un char spécifiquement conçu pour ce rôle sans oublier deux bataillons de chasseurs portés (issus des chasseurs à pieds ou créer spécifiquement pour ce rôle), un régiment d’artillerie motorisé et un groupe de canons d’assaut pour soutenir les chars au plus près.

Un groupement cuirassé regroupe ces deux brigades qui deviennent début 1940 des divisions. Il doit à la fois servir d’organe de commandement et de servir d’organe de formation et d’aguerrissement. Il est à l’origine du Corps d’Armée Cuirassé qui lui succède en décembre 1941, un C.A.C qui se dédoubla en deux C.A.C, la mise en œuvre de six DC étant des plus compliqués et manquant de souplesse.

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21-Armée de terre (22)

Les unités de cavalerie

Un long chemin et un big-bang organisationnel

Schneider CA1 et Saint Chamond (ci-dessous), les premiers chars français

Schneider CA1 et Saint Chamond (ci-dessous), les premiers chars français

Char Saint Chamond

Si les anglais furent les premiers à utiliser le char d’assaut en 1916, la France eut un impact décisif dans ce domaine à l’aide d’abord des médiocres Saint Chamond et Schneider puis à l’aide du char de la victoire, le Renault FT souvent connu de manière erronée sous le nom de FT-17.

Le "char de la victoire" Renault FT en version canon de 37mm

Le « char de la victoire » Renault FT en version canon de 37mm

Les premiers chars français engagés furent les Schneider et les Saint Chamond le 17 avril 1917 à Berry-au-Bac dans le cadre de l’offensive du Chemin des Dames, une nouvelle tentative pour obtenir la percée tant recherchée.

Ce fût un véritable désastre. Sur un terrain difficile, sous les coups de l’artillerie allemande, 76 chars furent détruits dont 57 avaient brûlé, les chars emportant une grande quantité de matières inflammables qui transformaient ces chars en véritables torches sur chenilles. L’échec des «gros» donna sa chance aux petits Renault FT qui répondaient à une autre conception mais qui avait la particularité d’avoir également pour père le général Estienne.

le général Estienne

le général Estienne

Aux «cuirassés terrestres», on préférait désormais le «fantassin blindé», le char-canon ou le char mitrailleur qui avec ces deux hommes devaient se couler dans le terrain et soutenir au plus près l’infanterie pour éliminer les obstacles et lui permettre d’occuper le terrain sans se faire hacher par les mitrailleuses, les barbelés et les obstacles.

Le Renault FT produit à 4517 exemplaires (de 1917 à 1919 puis des compléments jusqu’en 1927) fût le véritable «char de la victoire», symbolisant le char d’assaut et son rôle dans l’esprit de l’armée française ce qui désabusa son concepteur, le général Estiennes pour qui le char léger n’avait aucun avenir.

Le premier conflit mondial terminé, se posa la question en France de l’avenir de la motorisation et de la mécanisation des armées. Bien que vaincue, l’armée allemande pouvait redevenir une menace et devant la lenteur d’une mobilisation, l’idée de disposer d’éléments mécaniques pouvant se porter rapidement sur le Rhin (ou en Rhénanie jusqu’en 1930) était séduisante.

Le premier à la proposer fût le général Fayolle qui proposa la création de véritables groupements tactiques d’intervention rapide composés d’automitrailleuses et d’autocanons accompagnés de cyclistes, d’infanterie portée sur camions, de l’artillerie portés sur tracteurs, de chars légers portés sur camions et d’éléments motorisés du Génie.

Ces groupements devaient tronçonner et harceler l’ennemi sans se laisser fixer, les divisions de cavalerie devant se charger de détruire les grandes unités ennemies, le tout avec l’appui de l’aviation.

Dans l’immédiat, ces groupements techniques ne furent pas créés mais de cette étude allait naitre les groupements de reconnaissances de division d’infanterie (GRDI) et leur pendant de corps d’armée (GRCA).

Leur évolution post-guerre de Pologne allait permettre la réalisation du projet du général Fayolle, les GRDI (les GRCA n’existant qu’en temps de guerre) évoluant d’unités de reconnaissance et d’éclairage à de véritables groupement de combat chargés de «sauter à la gorge» de l’ennemi, de contrer ses unités de reconnaissance, de le harceler et de gêner sa progression ou son repli.

De son côté, le général Estienne préconisa la création d’un corps cuirassé autonome, une unité de 20000 hommes, 8000 camions et tracteurs et 4000 chars mais le père des chars ne fût pas entendu du moins dans l’immédiat, sa vision des troupes de choc sous-entendait une vision offensive qui n’était plus en odeur de sainteté après les ravages du premier conflit mondial.

En 1920, disparu l’Artillerie d’Assaut. Elle avait été créée quand le char français semblait devoir être l’équivalent des chars britanniques, des chars lourds armés de véritables pièces d’artillerie de campagne, le Saint Chamond et le Schneider disposant d’un canon de 75mm modèle 1897.

Le char interallié Mark VIII Liberty

Le char interallié Mark VIII Liberty

Il était d’ailleurs prévu que l’AS mette en œuvre des chars de fabrication britannique, des MkV* armés de canons de 57mm (100 exemplaires commandés mais seulement 77 livrés avant l’armistice, aucun engagé au combat) sans oublier le MkVIII Liberty, le char interallié mais la production de 600 exemplaires rien que pour la France fût annulée en raison de l’armistice.

Le choix du Renault FT comme char standard bouleversait la donne, le cuirassé terrestre qui devait être à la pointe de la percée (laissant l’exploitation à la cavalerie à cheval puis à l’infanterie) justifiait que l’artillerie mette en œuvre ses puissants véhicules mais avec la petite merveille de Billancourt (qui mine de rien imposait l’architecture standard du char moderne avec pilote à l’avant, moteur à l’arrière et compartiment de combat au centre) la donne changea, ce char accompagnait l’infanterie, lui collait au train pour détruire les obstacles.

Char de forteresse ou de percée FCM 2C

Char de forteresse ou de percée FCM 2C

Il devait bien avoir des chars lourds de percée comme le FCM 2C mais ils étaient trop petit nombre pour justifier une quelconque mainmise de l’artillerie qui avait déjà mis au point ses premiers canons automoteurs et automouvants.

D’où la suppression de l’Artillerie d’Assaut remplacée par l’arme des Chars d’Infanterie qui regroupait les chars destinés à soutenir l’infanterie, des véhicules lents et bien protégés mais qui n’étaient pas destinés à mener de folles chevauchés comme la cavalerie de jadis.

La cavalerie justement parlons-en. Cette arme hautement aristocratique, cette arme noble par excellence connaissait une véritable crise existentielle. Les unités à cheval passées les premiers combats de l’été et de l’automne 1914 avaient du admettre leur impuissance face aux tranchées ce qui entraina leur transformation en unités d’infanterie.

Après la fin du premier conflit mondial, les unités à cheval étaient toujours présentes mais leur existence était sérieusement remise en question bien qu’elles pouvaient toujours rendre de précieux services comme la reconnaissance, la découverte, l’exploitation. Elle devait néanmoins s’adapter aux nouvelles formes de guerre au risque de disparaître.

Les divisions de cavalerie au nombre de dix en 1914 tombèrent à six en 1916/17 puis à seulement cinq en 1928 ce qui était mine de rien une part importante dans une armée de temps de paix qui se réduisait comme peau de chagrin avec à terme seulement vingt divisions.

La cavalerie n’avait pas attendu la fin du premier conflit mondial pour faire connaissance avec le «moteur combattant» car dès 1913, on trouvait des automitrailleuses et des autocanons (deux puis trois groupes par DC) ainsi que des groupes de chasseurs cyclistes à raison d’un groupe par division de cavalerie.

On n’assiste donc pas à un big-bang, à une révolution mais plutôt une évolution progressive avec le remplacement des chasseurs cyclistes par des dragons portés, la motorisation du commandement, de l’artillerie, du génie et des services, le tout formant les Division de Cavalerie type 1932.

Cette division était cependant d’un maniement délicat puisqu’elles faisaient cohabiter des éléments à cheval (deux brigades à deux régiments), un groupe d’automitrailleuses, un bataillon de dragons portés et un régiment d’artillerie tout terrain tracté ou RATTT ce qui leur vaut leur surnom de «division pétrole-picotin» ou «cambouis-crotin».

Ce type de division mixte va survivre jusqu’au déclenchement de la guerre de Pologne, faute de mieux ou plutôt faute de moyens voir de réelle volonté alors que l’avenir était clairement aux divisions mécaniques comme les Divisions Légères Mécaniques, la 1ère DLM voyant officiellement le jour le 1er juillet 1935 par transformation de la 4ème division de cavalerie et la 2ème DLM un an plus tard par transformation de la 5ème division de cavalerie de Lyon.

Du côté de l’arme des chars de l’infanterie, l’idée même de divisions de choc interarmes va être nettement plus longue à naitre, une gestion douloureuse et compliquée.

Le scepticisme y est nettement plus grand qu’au sein de la cavalerie. En effet la mission des chars est d’accompagner l’infanterie, de lui offrir appui et protection et non de percer le front et d’entamer une folle chevauchée.

Cela n’empêche pas le général Weygand de mettre sur pied un détachement mécanique de combat composés de chars D1 (14 tonnes, un canon de 47mm et deux mitrailleuses) et des trois premiers chars B (27 tonnes, un canon de 75mm, un canon de 47mm et deux mitrailleuses) qui opère en septembre 1932 au cours des manoeuvres de Champagne. L’expérience est mitigée, les chars ont pris la position ennemie mais faute de soutien d’infanterie, ils ont du se replier.

En 1934, un colonel inconnu, Charles de Gaulle publie un livre intitulé Vers l’armée de métier où il envisage la mise sur pied d’un corps spécialisé composé de soldats de métiers avec six divisions de ligne (un groupe de reconnaissance, une forte brigade de chars avec un régiment lourd, un régiment moyen et un bataillon léger, une brigade d’infanterie à deux régiments plus un bataillon de chasseurs,une brigade d’artillerie à deux régiments + des services) et une division légère type DLM.

Ce projet est rejeté par les parlementaires pour des raisons qui tiennent aussi bien de considérations financières que pour des raisons idéologiques (attachement à l’armée de la conscription) et politiques (crainte que ce corps spécialisé deviennent une garde prétorienne pouvant menacer la république).
La France prend du retard alors qu’en Allemagne sont mises sur pied les Panzerdivision, que des corps blindés sont créés en URSS et qu’en Angleterre, des théoriciens comme Basil Lidell-Hart appellent de leurs vœux la création de divisions blindées.

Néanmoins, la décision de créer des «divisions à base de chars» est prise au moins sur le papier dans le cadre du programme des 14 milliards du 7 septembre 1936.

Néanmoins, l’industrie est bien incapable de suivre pour fournir le matériel nécessaire à moins qu’il n’y ait manqué la volonté d’aboutir car si le matériel parfaitement adapté manquait, qu’es-ce qui aurait empêché de l’expérimenter avec du matériel existant ?

Un parallèle peut être avec l’action du général Flavigny qui batailla pour mettre sur pied les DLM avec le matériel existant _souvent inadapté comme des automitrailleuses semi-chenillées_ en attendant la disponibilité des véhicules adaptés.

La foudroyante victoire en Pologne des panzerdivision est un électrochoc qui achève de convaincre les ultimes sceptiques.

Dès 1938, un groupement tactique d’experience avait été mis sur pied avec quatre bataillons de chars équipés de B1 et de B1bis, deux bataillons de chasseurs portés et un régiment d’artillerie.

C’est à partir de ce groupement que le général Gamelin ordonne la mise sur pied des 1ère et 2ème Divisions Cuirassés de réserve sur un mode sensiblement allégé par rapport aux idées de Charles de Gaulle.

L’arrivée du général Villeneuve va donner un coup de fouet bienvenue à ces unités de chars. Non seulement, il va en créer deux autres en plus des quatre programmées mais il va les créer et les doter d’une puissance supérieure à celle envisagée par le général Gamelin notamment par la mise en service de chars mieux adaptés.

Côté cavalerie, le nombre de DLM est doublé avec la création des 3ème, 4ème et 5ème DLM par transformation des trois divisions de cavalerie type 1932. Trois autres DLM sont ultérieurement créer à partir d’éléments fournis par les trois Divisions Légères Mécaniques sus-nommées.

Formant des Corps de Cavalerie (DLM) et des Corps d’Armées Cuirassés (CAC), ils vont permettre à l’armée française de retrouver de l’allant et du mordant face à une éventuelle agression allemande, la mobilisation partielle n’étant plus nécessaire pour intervenir.

Organisées, dotées d’un matériel performant et d’un doctrine précise, ces divisions n’ont rien à envier aux Panzerdivisionen allemandes.

Reste que la dichotomie est maintenue entre l’arme des Chars de l’Infanterie et le Cavalerie alors que les DLM et des DC sont identiques en terme d’organisation, les DC se distinguant par la présence de chars lourds, l’arme des chars de l’infanterie disposant également de  BCC.

Pour le général Villeneuve, esprit pragmatique si il en est, cette dichotomie est absurde et dès son arrivée à la tête de l’armée, entame le long processus visant à rapprocher «la noblesse» (la cavalerie) et la «roture» (les chars d’infanterie).

Hors de question de passer en force, il va patiemment négocier, accordant des faveurs à l’un ou à l’autre, menaçant l’un et complimentant l’autre. Il révèle un talent certain pour le lobying politique, veillant à ce que ses idées imprègnent les jeunes officiers, les futurs cadres de l’armée dont il élabore les bases dès juin 1940.

Finalement le 1er janvier 1943, un décret du ministre de la guerre fusionne la Cavalerie avec l’arme des Chars de l’Infanterie sous le nom d’Arme Blindée-Cavalerie (ABC) qui installe son école à Saumur, reprenant l’essentiel des traditions de la défunte cavalerie.

Après ce long exposé, nous allons maintenant entrer en détail en parlant de l’organisation des différentes unités de la cavalerie, des chars de l’infanterie puis de l’arme blindée-cavalerie.

21-Armée de terre (5)

Les divisions d’infanterie

En dépit du dévellopement des unités de l’arme «cavalerie» et de l’arme «chars de l’infanterie» qui n’allaient bientôt plus faire qu’une (arme blindée-cavalerie), l’infanterie reste la reine des batailles tout simplement parce qu’il faut occuper le terrain une fois la percée obtenue et pour cela il faut des hommes, beaucoup d’hommes.

Le temps des charges massives à la baïonette est bien entendu révolu, cette tactique s’étant révélée suicidaire face aux mitrailleuses allemandes. La tactique qui à longtemps prévalu était une tactique assez frileuse, à contre-coup de la tactique ultra-offensive en vogue avant 1914.

Cela avait le tort de privé le fantassin français de son caractère débrouillard, de la furia francese qui faisait du combattant français un être redoutable sur le champ de bataille.

La «révolution villeneuvienne» à son impact sur l’infanterie. La puissance de feu des différentes divisions augmente avec de nouvelles armes (mitrailleuses plus modernes, mortiers de 120mm, lance-grenades, équipement convenable en matière d’armes antichars et antiaériennes) et une nouvelle «race» de fantassins apparaît, les chasseurs portés destinés à accompagner les chars des Divisions Cuirassés, chasseurs portés qui finiront par intégrer l’ABC tout en conservant les traditions et l’allant de leurs ainés, les chasseurs à pied («Pige vite et galope») surnommés par les allemands les «Schwarze Teufels» ou diables bleus.

Sur le plan tactique, l’avertissement du général Petain «le feu tue» (qui lui avait valut une carrière bloquée qui se serait terminée prématurement sans le premier conflit mondial) empêche un retour aux errements d’avant 1914.

L’allant offensif de l’infanterie se dote d’une recherche tactique poussée qui s’inspire sans vouloir l’avouer des unités d’assaut allemandes. L’augmentation de la puissance de feu se double d’une recherche de la percée, de la manoeuvre pour tourner et fragmenter le dispositif ennemi.

Sur le plan de la motorisation, elle progresse même si comme nous l’avons vu le rève du général Villeneuve de divisions d’infanterie totalement motorisées se heurta à la réalité.

Tout de même la situation était nettement plus favorable qu’en septembre 1939 avec huit divisions totalement motorisées (alors même que les D.I.M de septembre 1939 ne l’était en réalité que partiellement) tandis que les autres D.I (type Nord-Est, DINA, DIC et DLI) peuvent bénéficier des unités spécialisées du train.

En septembre 1948, il existe six types de division d’infanterie. Si les DI type Nord-Est, les D.I.M, les D.I.C et les D.I.N.A sont organisées de la même façon, les autres divisions (D.I.A,D.I.Alp, DM, DLI…..) sont organisées selon un format allégé soit parce le terrain l’impose (colonies) ou parce que leur mission est de mener des opérations expéditionnaires ce qui impose de limiter leur poids en espérant que cette limitation ne soit pas handicapante opérationnellement parlant.

Les Divisions d’Infanterie de type Nord-Est (D.I)

A partir des années vingt, l’armée de terre entame un processus de modernisation, un processus limité de motorisation qui sauve probablement l’existence de la cavalerie qui doit dire en partie adieu aux canassons au profit des véhicules à moteur.

Pour ce qui est de l’infanterie, la motorisation concerne à la fois le transport de l’infanterie, du génie ainsi que le remorquage des pièces . Hélas les budgets ne permettent pas de motoriser complètement les divisions d’infanterie et seules sept d’entre-eux l’était partiellement en 1939 (voir ci-après).

L’immense majorité des Divisions déployées en métropole appartiennent au type Nord-Est. En septembre 1939 on trouve les divisions suivantes :

-10ème Division d’Infanterie (Paris)

-11ème Division d’Infanterie (Nancy) devenue en septembre 1947, la 11ème Division d’Infanterie Motorisée

-13ème Division d’Infanterie (Besançon)

-14ème Division d’Infanterie (Colmar)

-19ème Division d’Infanterie (Rennes)

-21ème Division d’Infanterie (Nantes)

-23ème Division d’Infanterie (Tours)

-36ème Division d’Infanterie (Bayonne)

-42ème Division d’Infanterie (Metz)

-43ème Division d’Infanterie (Strasbourg)

Ces dix puis neuf divisions de type Nord-Est sont organisées en septembre 1948 de la façon suivante :

-Elements de Quartier Général

-Trois régiments d’infanterie à trois bataillons (certaines divisions dispose d’une demi-brigade de chasseurs à pied à trois bataillons et non d’un troisème régiment d’infanterie de ligne)
-Un Régiment d’Artillerie Divisionnaire équipé de deux groupes de canons de 75mm, de deux groupes de 105 et d’un groupe de 155mm à traction hippomobile.

-Une compagnie puis batterie antichar de division équipé de pièces tractées

-Un bataillon antiaérien de division équipé de pièces tractées et de pièces motorisées, les premières plus destinées à la protection de l’arrière, les pièces motorisées pour la protection de l’avant

-Une compagnie de pionniers

-Une Compagnie de sapeurs mineurs

-Une compagnie radio

-Une compagnie télégraphique

Ultérieurement (1944), est mis sur pied un bataillon du génie regroupant la compagnie de pionniers, la compagnie de sapeurs mineurs, la compagnie radio et la compagnie télégraphique.

-Un Groupe d’exploitation divisionnaire (intendance)

-Un Groupe sanitaire divisionnaire

-Une Compagnie automobile de transport pour le transport du matériel

-Une compagnie automobile de quartier général qui contrairement à ce que son nom indique regroupe  les éléments du train du QG (secrétaires, plantons…), des formations de santé et d’intendance, une section sanitaire auto, et un détachement de circulation routière.

En temps de guerre, le R.A.D doit être subdivisé entre un R.A.D équipé des pièces de 75mm et un R.A.L.D équipé des canons de 105 et de 155mm. Un GRDI est rattaché pour emploi à la division.

Les Divisions d’Infanterie Motorisées (D.I.M.)

Dès le premier conflit mondial, l’infanterie connait une phase de motorisation, employant des camions pour le transport notamment sur la fameuse Voie Sacrée entre Bar le Duc et Verdun.

Après guerre, certaines divisions vont être motorisées. Une motorisation partielle, superficielle pourrait même t-on dire, la Division d’Infanterie Motorisée en septembre 1939 aurait bien été incapable de manoeuvrer rapidement pour suivre les DLM et les DC.

Or c’est bien ce que souhaite le général Villeneuve, le «Général Tornade» qui rêve d’une armée totalement motorisée avec tous les D.I pouvant se déplacer en autonome.

Rapidement, il doit réduire ses ambitions à motoriser complètement les sept D.I.M puis à obtenir la transformation d’une D.I type Nord-Est en D.I.M.

En septembre 1939, on trouve donc sept Divisions d’Infanterie Motorisée :

-1ère Division d’Infanterie Motorisée (Lille)

-3ème Division d’Infanterie Motorisée (Amiens)
-5ème Division d’Infanterie Motorisée (Caen)

-9ème Division d’Infanterie Motorisée (Bourges)

-12ème Division d’Infanterie Motorisée (Châlons sur Saône)

-15ème Division d’Infanterie Motorisée (Dijon)

-25ème Division Motorisée (Clermont-Ferrand)

A l’origine, il était prévu de motoriser trois D.I mais au final, seule la 11ème DI est transformée en Division d’Infanterie Motorisée. Seulement ces huit Grandes Unités sont totalement motorisées avec  l’organisation suivante :

-Éléments de QG

-Trois régiments d’infanterie à trois bataillons

-Un Régiment d’Artillerie Divisionnaire à deux groupes de 75mm, deux groupes de 105mm et un groupe de 155mm

-Un compagnie puis batterie antichar de division

-Un bataillon antiaérien de division

-Un bataillon du génie (créé en 1944) regroupant la compagnie de pionniers, la compagnie de sapeurs mineurs, la compagnie radio et la compagnie télégraphique.

-Un Groupement d’exploitation divisionnaire (intendance et soutien santé)

-Une Compagnie automobile de transport

-Une compagnie automobile de quartier général

Par rapport aux D.I type Nord Est, les D.I motorisées sont totalement autonomes. Les trois régiments d’infanterie disposent de leurs propres véhicules de transport, une solution plus couteuse que l’idée envisagée d’un groupement de transport mais qui avait l’avantage de rendre la division bien plus autonome, elle pouvait coler à une DC ou une D.L.M. .

Le régiment d’artillerie divisionnaire remorque ses pièces via des tracteurs tandis que des chenillettes assure le remorquage des pièces antichars et des pièces antiaériennes, une partie de ces dernières étant des pièces étant mises en oeuvre depuis des véhicules pour la protection des unités de l’avant.

En temps de guerre, ces D.I.M doivent recevoir un GRDI  tandis que le RAD doivent se scinder entre un R.A.D avec les canons de 75mm et un R.A.LD avec les canons de 105 et de 155mm.

Les Divisions d’Infanterie Alpine (DIAlp)

Comme l’armée italienne (Alpini) et l’armée allemande (Gerbijager), l’armée française dispose d’unités conçues spécifiquement pour combattre en milieu alpin, les chasseurs alpins issus de la spécialisation de certains bataillons de chasseurs à pieds.
En septembre 1939, il existe deux divisions d’infanterie alpine, la 27ème DIAlp stationnée dans la région de Grenoble et la 31ème DIAlp stationnée loin des Alpes dans la région de Montpelier avec un recrutement Pyrénéen.

Ces deux divisions sont placés en réserve de GQG, la 27ème DIAlp étant plus spécifiquement préparée à une intervention en Suisse en cas d’agression allemande.

Les divisions alpines se rapprochent des D.I type Nord-Est mais le milieu spécifique dans lequel elles évoluent ainsi que les traditions de l’arme imposent un certain nombre de différence.

En septembre 1948, les trois divisions d’infanterie alpine sont organisées de la façon suivante :

-Éléments de QG

-Deux brigades d’infanterie alpine à une demi-brigade et un régiment d’infanterie alpine (27ème DIAlp) ou deux régiments d’infanterie alpine (31ème DIAlp).

-Un Régiment d’Artillerie de Montagne équipée de pièces spécifiques en l’occurence l’obusier de montagne de 75mm modèle 1942 (trois groupes à deux batteries de quatre pièces) et le canon de 105mm de montagne modèle 1944 (un groupe à trois batteries de quatre canons)

-Un batterie antichar divisionnaire

-Un bataillon antiaérien divisionnaire

-Un bataillon du génie (créé en 1944) regroupant une compagnie de pionniers, une compagnie de sapeurs mineurs, une compagnie radio et une compagnie télégraphique

-Un Groupe d’exploitation divisionnaire (intendance)

-Un Groupe sanitaire divisionnaire

-Une Compagnie automobile de transport

-Une compagnie automobile de quartier général

Théoriquement, les deux divisions d’infanterie alpine doivent recevoir un GRDI même si le terrain rend peu probable cette hypothèse. L’affection d’un B.C.C en soutien ne semble se justifier que dans le cas d’une offensive en Italie. Le régiment d’artillerie de la division doit se dédoubler en un RAM (obusiers de 75mm) et un RALM (Régiment d’Artillerie Lourde de Montagne) équipé du canon de 105mm.

Les Divisions d’Infanterie Coloniale (D.I.C)

En dépit de leur dénomination, les quatre divisions d’infanterie coloniale sont en septembre 1939 stationnées en métropole. La 1ère DIC est ainsi à Bordeaux, la 2ème DIC est à Toulon, la 3ème DIC à Paris et la 4ème DIC à Toulouse. Trois autres divisions sont mises sur pied à la mobilisation mais elles ne sont pas conservées après démobilisation.

Ce sont de véritables troupes d’intervention, destinées à intervenir dans l’Empire en cas de menaces extérieures ou en cas de révolte généralisée qui dépasserait les moyens de répression des forces de souveraineté sur place.

Elles peuvent aussi être engagées en Europe, leur organisation et leur équipement en faisant des divisions à mi-chemin entre la D.I type Nord-Est et la D.I.M.

Si l’infanterie ne dispose pas de véhicules de transport organiques, l’artillerie est entièrement motorisée après avoir été longtemps hippomobile.

En septembre 1948, les quatre DIC sont organisées de la façon suivante :

-Éléments de Quartier Général

-Trois régiments d’infanterie à trois bataillons. Les 1ère, 2ème et 4ème DIC disposent d’un régiment à recrutement métropolitain et de deux régiments de recrutement sénégalais (en fait de toute l’Afrique de l’ouest) alors que la 3ème DIC dispose de trois régiments de recrutement métropolitain

-Un Régiment d’Artillerie Coloniale équipé de canons de 75mm, de 105 et de 155mm à traction hippomobile puis automobile.

-Un batterie antichar de division équipé de pièces tractées en l’occurence douze canons de 47mm

-Un bataillon antiaérien de division équipé de pièces tractées et de pièces motorisées, les premières plus destinées à la protection de l’arrière, les pièces motorisées pour la protection de l’avant

-Une compagnie de pionniers

-Une Compagnie de sapeurs mineurs

-Une compagnie radio

-Une compagnie télégraphique

Ces quatre dernières compagnies forment en 1944 un bataillon du génie comme dans toutes les DI.

-Un Groupe d’exploitation divisionnaire (intendance)

-Un Groupe sanitaire divisionnaire
-Une Compagnie automobile de transport pour le transport du matériel

-Une compagnie automobile de quartier général qui contrairement à ce que son nom indique regroupe  les éléments du train du QG (secrétaires, plantons…), des formations de santé et d’intendance, une section sanitaire auto, et un détachement de circulation routière.

-Un groupement de transport du train destiné au transport de l’infanterie

En temps de guerre, le régiment d’artillerie coloniale doit se dédoubler en un régiment d’artillerie coloniale avec les pièces de 75mm et un régiment d’artillerie lourde coloniale avec les canons de 105 et de 155mm. Il est prévu également de leur rattacher si nécessaire un GRDI et un B.C.C.

A la mobilisation, trois nouvelles divisions d’infanterie coloniales sont mises sur pied, les 5ème, 6ème et 7ème DIC composées chacune de deux régiments de tirailleurs sénégalais et d’un régiment d’infanterie coloniale.