Grande-Bretagne (25) cuirassés et croiseurs de bataille (3)

Cuirassés classe Nelson

Adieu G3 et N3, bonjour Nelson et Rodney

Quand le premier conflit mondial éclate, la Royal Navy est la première marine du monde mais ce statut est contesté par l’Allemagne mais surtout par les Etats Unis et le Japon qui pour pouvoir contrôler le Pacifique se lance dans une nouvelle course au cuirassé et au croiseur de bataille, profitant d’une participation limitée au conflit (Japon) où une entrée tardive (Etats Unis).

Enlisé dans le premier conflit mondial, la Grande-Bretagne ne pouvait suivre le rythme infernal imposé par son allié extrême-oriental et par son ancienne colonie. Quand la première guerre mondiale s’achève, la Royal Navy est encore puissante mais elle est devenue un vrai théâtre d’ombres aux cuirassés en voie de déclassement.

Pour ne pas être totalement lâchée, la Grande-Bretagne planifie la construction de quatre cuirassés type N3 (neuf canons de 460mm en trois tourelles triples) et quatre croiseurs de bataille type G3 armés eux de neuf canons de 406mm en trois tourelles triples.

La construction de ces navires est abandonné en raison du traité de Washington qui limite le tonnage global et particulier des navires de ligne. Ce premier traité de limitation des armements navals autorise cependant la Royal Navy à construire deux cuirassés, les futurs Nelson et Rodney.

Voulant respecter les contraintes, la marine britannique choisit de privilégier la protection et l’armement sur la vitesse, une leçon tirée du Jutland.

Quand à l’armement principal, il est concentré à l’avant avec trois tourelles triples de 406mm pour alléger la protection.

Ces deux navires sont baptisés Nelson et Rodney et vont être les seuls cuirassés britanniques construit jusqu’ au milieu des années trente.

Carrière opérationnelle

Le HMS Nelson

Le HMS Nelson

-Le HMS Nelson est mis sur cale aux chantiers navals Armstrong Whitworth de Newcastle le 28 décembre 1922 lancé le 3 septembre 1925 et admis au service actif le 10 septembre 1930.

Dès sa mise en service, il est mêlé à la Grande Mutinerie de la flotte à Invergordon suite à la volonté du gouvernement d’union nationale de Ramsay MacDonald de réduire les traitements des marins et des officiers.

En septembre 1939, il appartient toujours à la Home Fleet appartenant au sein du 2nd Battle Squadron qu’il forme avec son sister-ship Rodney mais également les cuirassés de type R Royal Oak Ramillies et Royal Sovereign.

A partir de septembre 1945, le Nelson et le Rodney sont redéployés en Méditerranée au sein de la 6th Battleship Division du 1st Battle Squadron, la composante cuirassé de la Mediterranean Fleet.

Ces navires étaient toujours en service en septembre 1948, se préparant depuis Alexandrie à affronter la marine italienne en compagnie de la marine française.

Le HMS Rodney

Le HMS Rodney

-Le HMS Rodney est mis sur cale aux chantiers navals Cammell Laird de Birkenhead sur la rivière Mersey le 28 décembre 1922 lancé le 17 décembre 1925 et admis au service actif le 10 novembre 1927.

En septembre 1939, il appartient au 2nd Battle Squadron déployé à Scapa Flow en compagnie du Nelson et de trois cuirassés de classe Revenge (Royal Oak Ramillies Royal Sovereign).

En septembre 1945, il est redéployé en Méditerranée en compagnie du Nelson au sein de la 6ème division de la 2ème escadre de ligne.

Ces navires étaient toujours en service en septembre 1948, se préparant depuis Alexandrie à affronter la marine italienne en compagnie de la marine française.

Caracteristiques Techniques

cuirassé HMS Nelson schéma

Déplacement : standard 33313 tonnes (33730 tonnes pour le Rodney) pleine charge 41250 tonnes

Dimensions : longueur (hors tout) 216.4m (entre perpendiculaires) 201.2m largeur 32.3m tirant d’eau : 8.6m (10.2m en charge maximale)

Propulsion : deux groupes de turbines Brown Curtiss alimentées par huit chaudières Admiralty dévellopant une puissance totale de 45000ch et entrainant deux hélices

Performances : vitesse maximale 23 noeuds distance franchissable : 16500 miles nautiques à 12 noeuds 5500 miles nautiques à 23 noeuds

Schéma de protection des Nelson

Schéma de protection des Nelson

Protection : ceinture 330 à 356mm bulkheads 102 à 305mm protection des cheminées 178 à 229mm barbettes 305 à 381mm tourelles de 16 pouces 190 à 406mm bloc passerelle 159 à 356mm

Armement : neuf canons de 406mm en trois tourelles triples à l’avant, douze canons de 152mm en six tourelles doubles (trois à tribord, trois bâbord), six canons antiaériens de 120mm en affûts simples et trois affûts octuples Pom-Pom, deux tubes lance-torpilles de 622mm.

Quand le second conflit mondial éclate, les Nelson ont perdu leurs tubes lance-torpilles, les affûts Pom-Pom sont remplacés par quatre affûts quadruples Bofors de 40mm et vingt canons de 20mm Oerlikon en affûts doubles.

Aviation : Le Rodney à reçut sur la tourelle «Q» (n°3) une catapulte en 1936, catapulte débarquée en 1941/42.

Equipage : 1361 officiers et marins

Cuirassés classe King George V

Les premiers 35000 tonnes britanniques

Initiatrice de la conférence de Washington qui allait aboutir au traité du même nom, la Grande-Bretagne chercha durant l’entre-deux-guerre (entre le premier conflit mondial et la guerre de Pologne annonciatrice du second conflit mondial) à apparaître comme le bon élève.

Plusieurs explications peuvent être apportés à cette attitude. Outre le profond pacifisme de l’opinion et des élites politiques britanniques, on trouve des motifs économiques, la Grande-Bretagne n’ayant plus les moyens du passé où elle pouvait se permettre d’avoir une marine égale aux deux marines qui la suive plus 10% (two pounder standard plus ten).

Les Nelson furent ainsi parmi les rares à être en dessous des limitations des traités là où d’autres pays n’hésitaient pas à s’arranger avec les dites limitations qui étaient de toute façon sujettes à interprétation.

La construction des cuirassés était interdite jusqu’à l’expiration du traité de Washington à savoir le 31 décembre 1936, le Japon et la France l’ayant dénoncé avant le 31 décembre 1934.

Un nouveau traité signé à Londres limite le déplacement des cuirassés à 35000 tonnes et leur armement principal à des canons de 356mm même si une clause de sauvegarde _rapidement activée_ porte le déplacement autorisé à 45000 tonnes et leur artillerie principale à 406mm.

L’activation de cette clause était trop tardive pour revenir sur les King George V, les canons de 406mm allant équiper les Lion et les Vanguard.

Quand aux cinq “KGV” (on aurait du parler de KGVI mais le roi George V avait voulu rendre hommage à son père qui aurait aimé poursuivre une carrière dans la Royal Navy), ils furent équipés d’un canon de 356mm, un choix politique (tenter de fixer à la baisse l’armement des cuirassés, donner l’exemple) et technique, les amiraux britanniques préférant la cadence de tir à la puissance brute.

Les cinq navires sont baptisés King George V (roi d’Angleterre de 1910 à 1936), Prince of Wales (titre porté par l’héritier du trône d’Angleterre depuis 1301 quand Edouard 1er le donna à son fils le futur Edouard II. A noter que le navire aurait du être baptisé King Edward VIII), Duke of York (titre donné au deuxième fils du roi ou de la reine), Anson (de l’amiral George Anson (1697-1762) qui réalisa un tour du monde entre 1740 et 1744 et qui contribua à la rénovation de la Royal Navy, préparant ainsi le «Britannia rules the waves» du 19ème siècle ) et Howe (de l’amiral Richard Howe (1726-1799) qui s’illustra en particulier durant la guerre d’indépendance américaine et la guerre contre la France révolutionnaire ).

A noter que le Howe fût initialement baptisé Beaty et le Anson Jellicoe mais ils furent débaptisés en raison parait-il de la rancoeur de Churchill à propos des amiraux ayant commandé à la bataille du Jutland.

Carrière opérationnelle

Le HMS King George V en 1940

Le HMS King George V en 1940

-Le HMS King George V (41) est mis sur cale chez Vickers Armstrong à Newcastle-Upon-Tyne le 1er janvier 1937, lancé le 21 février 1939 et admis au service actif le 11 septembre 1940.

Le premier “35000 tonnes” est affecté dès sa mise en service à la Home Fleet, intégrant hors rang le 2nd Battle Squadron avec pour base Rosyth. La mise en service du Anson en janvier 1942 et du Howe en mai de la même année permet l’activation de la 3rd Battleship Division.

Toujours en service en septembre 1948, il était le 5 septembre en fin de carénage, n’étant pas totalement opérationnel même si la guerre va accélérer les essais et la remise en condition.

HMS Prince of Wales en mai 1941

HMS Prince of Wales en mai 1941

Le HMS Prince of Wales (53) est mis sur cale aux chantiers navals Cammell Laird de Birkenhead le 1zer janvier 1937 lancé le 3 mai 1939 et admis au service actif le 23 juin 1941.

Déployé hors rang au sein de la Home Fleet, il forme la 7th Battleship Division en compagnie de son sister-ship Duke of York, division qui intègre en septembre 1943 le 1st Battle Squadron, la composante cuirassé de la Mediterranean Fleet, cette division étant stationnée à Alexandrie.

Le 5 septembre 1948, le cuirassé allait appareiller pour un exercice. Cette exercice est annulé et le cuirassé est mis en alerte prêt à appareiller pour affronter la marine italienne.

Le HMS Duke of York en Méditerranée

Le HMS Duke of York en Méditerranée

-Le HMS Duke of York (17) est mis sur cale aux chantiers navals John Brown Company sis à Clydebank le 5 mai 1937 lancé le 28 février 1940 et admis au service actif le 30 septembre 1941.

Sa mise en service permet l’activation de la 7th Battleship Division qu’il forme avec son sister-ship Prince of Wales. Cette division intègre le 1st Battle Squadron de la Mediterranean Fleet en septembre 1943. Cette division est stationnée à Alexandrie.

Le 5 septembre 1948, le cuirassé venait d’achever sa remise en condition après son deuxième grand carénage (premier en 1944 et le second en 1947/48).

Ecole à feux pour le HMS Anson

Ecole à feux pour le HMS Anson en mer du Nord

-Le HMS Anson (79) est mis sur cale aux chantiers navals Swan Hunter de Wallsend le 20 juillet 1937 lancé le 24 février 1940 et admis au service actif le 21 janvier 1942.

A sa mise en service, il forme la 3rd Battleship Division, l’une des divisions du 2nd Battle Squadron, la composante cuirassée de la Home Fleet stationnée à Rosyth mais se déployant régulièrement à Scapa Flow. Cette division est composée également de ses sister-ship King George V et Howe.

Au 5 septembre 1948, le cuirassé était immobilisé pour un grand carénage précipité pour permettre au cuirassé d’être rapidement remis en service.

Le HMS Howe en 1943

Le HMS Howe en 1943

-Le HMS Howe (32) est mis sur cale aux chantiers navals Fairfields Shipbuilding and Engineering Company sis à Govan le 1er juin 1937 lancé le 9 avril 1940 et mis en service le 15 mai 1942.

A sa mise en service, il est affecté à la 3rd Battleship Division en compagnie de ses sister-ship King George V et Anson, sa base étant Rosyth avec de réguliers déploiements notamment pour des exercices à Scapa Flow.

Le 5 septembre 1948, il était à la mer dans les Orcades. Accompagné de ses destroyers d’escorte, le cuirassé reçoit l’ordre de s’opposer à toute tentative allemande de contester le contrôle allié de la mer du Nord.

Caractéristiques Techniques

Déplacement : Standard : 36727 tonnes Pleine Charge : 42076 tonnes

Dimensions: Longueur : 227m Largeur : 31m Tirant d’Eau : 9.9m

Propulsion : Quatre turbines à engrenages Parson alimentées par Huit chaudières Admiralty à surchauffe développant une puissance totale de 125000 ch et actionnant quatre hélices tripales de 4.42m de diamètre.

Performances : Vitesse maximale (aux essais) : 28 nœuds Distance franchissable : 5400 miles nautiques (environ 10800 km) à 18 nœuds, la consommation est de 11.9 tonnes de fuel par heure.

Protection : Ceinture principale de 374mm et ceinture inférieure de 137mm Pont blindé de 136mm
Tourelles de 356mm blindées à 324mm Barbettes blindées à 324mm

Armement : 10 canons de 356mm BL MkVII de 46 calibres répartis en deux tourelles quadruples (une avant et une arrière) et une tourelle double avant 16 canons de 133mm QF Mk1 en 8 tourelles doubles. DCA légère composée de quatre affûts octuples Pom-Pom soit 32 canons de 40mm

Aviation : Les installations aéronautiques débarquées au cours de la guerre comportait une catapulte et quatre hydravions Supermarine Walrus.

Equipage : 1422 à 1511 hommes

Cuirassés classe Lion

Le HMS Temeraire

Le HMS Temeraire

La Grande-Bretagne se rallie à la norme

Comme nous l’avons vu à propos des King George V, les britanniques firent tout pour apparaitre comme les bons élèves respectant les limites des traités qu’elle avait initié notamment celui de Washington mais également les deux traités de Londres, le premier en 1931 et le second en 1936.

En décembre 1934, la France et le Japon avaient dénoncé le traité de Washington qui allait donc cessé d’être actif le 31 décembre 1936.

Une nouvelle conférence se réunit à Londres le 9 décembre 1935 mais le Japon se retire le 15 janvier, limitant la portée du traité signé le 25 mars 1936.

Entré en vigueur le 22 août 1937, le second traité de Londres limite les cuirassés à 35000 tonnes mais une artillerie de 356mm, les porte-avions à 23000 tonnes et 155mm, les sous-marins à 2000 tonnes et 130mm.

Une clause de sauvegarde qui prévoit la modification du traité est activée le 30 juin 1938 par les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne pour faire face au Japon qui lui peut construire des bâtiments hors-limites. Ce traité moins d’un après est donc caduc, les signataires pouvant désormais construire des cuirassés de 45000 tonnes à canon de 406mm.

Cette clause intervient trop tard pour modifier les King George V déjà sur cale mais les nouvelles limitations peuvent être appliquées aux nouveaux cuirassés destinés à remplacer les Revenge.

Faute de temps, les successeurs aux King George V Prince of Wales Duke of York Anson et Howe reprennent la même coque mais l’aménage de manière différente pour recevoir trois tourelles triples de 406mm soit neuf canons de 16 pouces, marquant un retour à un calibre apparu avec les Nelson.

Ils reçoivent une puissante DCA (canons de 133mm _qui se révéleront moyennement réussis_ canons de 20mm Oerlikon et de 40mm Bofors) et une suite radar complète. Ils reçoivent une catapulte et deux hydravions bien que ces installations d’hydraviation soient plus une source de gêne qu’autre chose.

Quatre navires sont financés, navires baptisés Lion Temeraire Conqueror et Thunderer

Carrière opérationnelle

-Le HMS Lion est mis sur cale aux chantiers Vickers de Walker le 4 juillet 1939 lancé le 17 mars 1942 et mis en service le 4 avril 1944.

Plus puissant cuirassé de la Royal Navy, il est naturellement affecté à la Home Fleet, d’abord hors rang au sein du 2nd Battle Squadron puis à partir de janvier 1946 au sein d’une 1st Battleship Division qu’il forme avec son sister-ship Conqueror.

Quand le second conflit mondial éclate le 5 septembre 1948, le Lion est à Rosyth près à appareiller dès que l’ordre lui sera donné.

-Le HMS Temeraire est mis sur cale aux chantiers navals Cammell Laird de Birkenhead le 1er juin 1939 lancé le 2 septembre 1942 et mis en service le 13 décembre 1944.

Affecté à la Home Fleet 2nd Battle Squadron, il forme avec le Thunderer la 2nd Battleship Division chargée comme les autres d’affronter la Kriegsmarine pour le contrôle de la mer du Nord.

En septembre 1948, il est immobilisé pour un petit carénage, promptement accéléré pour lui permettre d’être opérationnel le plus rapidement possible.

-Le HMS Thunderer est mis sur cale aux chantiers navals Fairfield de Govan le 12 novembre 1939 lancé le 29 janvier 1943 et mis en service le 2 mai 1945.

Il forme la 2nd Battleship Division (2nd BatDiv), l’une des divisions du 2nd Battle Squadron, la force de ligne de la Home Fleet.

Le 5 septembre 1948, il était à la mer au large de l’Ecosse et reçoit des consignes de vigilance face une possible rencontre ennemi. Moins une escadre de la Hochseeflot qu’un raider tentant de passer dans l’Atlantique pour s’attaquer au trafic commercial allié.

-Le HMS Conqueror est mis sur cale aux chantiers navals John Brown de Clydebank le 12 octobre 1939 lancé le 4 février 1943 et mis en service le 23 janvier 1946.

Il forme la 1st Battleship Division 2nd Battle Squadron de la Home Fleet en compagnie du Lion et le 5 septembre 1948, il était à quai à Rosyth. Mis en alerte, il se prépare à appareiller si besoin.

Caractéristiques Techniques

Déplacement : standard 42500 tonnes pleine charge 46500 tonnes

Dimensions : longueur : 239m largeur : 32m tirant d’eau : 9m

Propulsion : Turbines à engrenages Parson alimentées par 8 turbines à trois tubes Admiralty dévellopant 130000ch et actionnant 4 hélices.

Performances : vitesse maximale : 30 noeuds distance franchissable : 5400 miles nautiques à 18 noeuds

Protection : ceinture : 140 à 381mm pont principal 152mm barbettes : 305 à 381mm

tourelles 152 à 381mm Tour : 51 à 115mm

Tourelle double de 133mm à bord du HMS King George V

Tourelle double de 133mm à bord du HMS King George V

Armement : 9 canons de 406mm (16 inch) Mark II en 3 tourelles triples Mk II, 16 canons de 133mm (5.25 inch) MK1 en 8 tourelles doubles Mk1 et 32 canons de 40mm en huit affûts quadruples

Aviation : catapulte et hangar pour trois hydravions Supermarine Walrus d’observation

Equipage : 1600 hommes plus un état major de 80 hommes.

Cuirassés classe Vanguard

King George V, Lion et après ?

Théoriquement, les Lion devaient remplacer les Revenge arrivés en fin de carrière et dont la modernisation n’avait pas été aussi complète que les Queen Elizabeth.

En réalité, ils ont permis le renforcement de la Home Fleet qui pouvait ainsi affronter sereinement les cuirassés type H de la Kriegsmarine.

Comme le cuirassé était encore vu comme le capital ship des marines majeures, le renouvellement du corps de bataille se poursuit, les nouveaux cuirassés devant remplacer à terme les Queen Elizabeth.

Le temps étant compté, les futurs cuirassés de classe Vanguard sont quasiment identiques aux Lion avec cependant des différences :

-Des machines plus puissantes pour anticiper sur une prise de poids inévitable

-L’installation dès l’origine de radars. A la différence des cuirassés précédents, l’installation à été prise en compte à une étape précoce de la conception ce qui va limiter (sans les supprimer) les interférences génératrices de parasites.

-Le remplacement des Pom-Pom par des Bofors de 40mm complétés par des Oerlikon de 20mm

On le voit les différences sont minimes mais jugées suffisantes pour permettre à ces huit navires commandés de former une classe différente, la classe Vanguard, la Royal Navy reprenant le nom d’un cuirassé victime d’une explosion accidentelle le 9 juillet 1917 à Scapa Flow.

Les sept autres navires sont baptisés Royal Oak (en hommage au cuirassé coulé lui aussi à Scapa Flow dans la nuit du 13 au 14 octobre 1939 par le U-47 mais également au chêne dans lequel se cacha le roi Charles II alors qu’il était traqué par Cromwell), Iron Duke (Duc de Fer, surnom de Arthur Wellesley, duc de Wellington), Centurion (le grade majeur de la légion romaine et synonyme de soldat d’élite).

Les quatre derniers sont baptisés Saint Andrew (saint-patron de l’Ecosse) Saint David (saint-patron du Pays de Galles), Saint George (saint-patron de l’Angleterre) et Saint Patrick (saint-patron de l’Irlande). Ces quatre noms furent envisagés pour les puissants cuirassés type N3 abandonnés suite au traité de Washington.

Quand le second conflit mondial éclate le 5 septembre 1939, seuls les quatre premiers sont en service, deux sont en achèvement à flot (Saint Andrew Saint David) et deux sont encore sur cale (Saint Patrick Saint George).

Carrière opérationnelle

-Le HMS Vanguard est mis sur cale aux chantiers navals Vickers de Walker le 14 avril 1942 lancé le 21 juillet 1944 et mis en service le 8 mai 1946.

Affecté à la Home Fleet, il forme au sein du 2nd Battle Squadron, la 4th Battleship Division (4th Bdiv) en compagnie de son sister-ship Iron Duke.

Le 5 septembre 1948, le cuirassé achève une période d’entretien à flot.

-Le HMS Royal Oak est mis sur cale aux chantiers navals Cammell Laird de Birkenhead le 5 mai 1942 lancé le 12 août 1944 et mis en service le 1er septembre 1946.

Affecté comme ses sister-ships à la Home Fleet, il forme la 5th Battleship Division en compagnie de son sister-ship Centurion et le 5 septembre 1948, il est mouillé à Scapa Flow, prêt à appareiller pour intercepter la flotte allemande ou un raider cherchant à passer dans l’Atlantique.

-Le HMS Iron Duke est mis sur cale aux chantiers navals Fairfield de Govan le 23 mars 1943 lancé le 8 juin 1945 et mis en service le 18 septembre 1948.

Intégré à la Home Fleet, il permet l’activation de la 4th Bdiv qu’il forme avec le Vanguard. Le 5 septembre, le nouveau cuirassé était à la mer pour entrainement.

A l’annonce des bombardements allemands sur la Norvège, il se ravitaille à Scapa Flow avant de reprendre la mer pour maintenir une garde vigilante en mer du Nord.

-Le HMS Centurion est mis sur cale aux chantiers navals John Brown de Clydebank le 12 septembre 1943 lancé le 8 octobre 1945 et mis en service le 21 mars 1948.

Son admission au service actif permet l’activation de la 5th Bdiv qu’il forme avec son sister-ship Royal Oak. Le 5 septembre 1948, les deux cuirassés étaient mouillés à Scapa Flow, placés en alerte pour intervenir en mer du Nord.

-Le HMS Saint Andrew est mis sur cale aux chantiers navals Vickers de Walker le 4 mars 1945 et lancé le 8 juin 1947. Au 5 septembre 1948, il est achevé à 64%. Les travaux sont suspendus le temps d’y voir plus clair mais il semble évident que l’achèvement du navire va être poursuivit jusqu’à son terme.

-Le HMS Saint David est mis sur cale aux chantiers navals Cammell Laird de Birkenhead le 8 mai 1945 et lancé le 12 septembre 1947. Au 5 septembre 1948, le cuirassé est achevé à 52% et comme le Saint Andrew, les travaux sont suspendus juste le temps d’y voir mais l’achèvement ne fait guère de doute.

-Le HMS Saint George est mis sur cale aux chantiers navals Fairfield de Govan le 8 octobre 1946. Il est toujours sur cale le 5 septembre 1948. Les travaux sont suspendus et son achèvement est jugé comme peu probable sauf pertes importantes dans les rangs de la Royal Navy.

-Le HMS Saint Patrick est mis sur cale aux chantiers navals John Brown de Clydebank le 2 décembre 1946. Il est toujours sur cale le 5 septembre 1948. Les travaux sont suspendus et son achèvement est jugé comme peu probable sauf pertes importantes dans les rangs de la Royal Navy.

Caractéristiques Techniques

Déplacement : standard 42800 tonnes pleine charge 47000 tonnes

Dimensions : longueur : 239m largeur : 32m tirant d’eau : 9m

Propulsion : Turbines à engrenages Parson alimentées par 8 turbines à trois tubes Admiralty dévellopant 135000ch et actionnant 4 hélices.

Performances : vitesse maximale : 31.5 noeuds distance franchissable : 5200 miles nautiques à 18 noeuds

Protection : ceinture : 140 à 381mm pont principal 152mm barbettes : 305 à 381mm

tourelles 152 à 381mm Tour : 51 à 115mm

Armement : 9 canons de 406mm (16 inch) Mark II en 3 tourelles triples Mk II, 16 canons de 133mm (5.25 inch) MK1 en 8 tourelles doubles Mk1, 32 canons de 40mm en huit affûts quadruples et 24 canons de 20mm en douze affûts doubles.

Supermarine Walrus hissé à bord du HMS Warspite

Supermarine Walrus hissé à bord du HMS Warspite

Aviation : catapulte et hangar pour trois hydravions Supermarine Walrus d’observation

Equipage : 1650 hommes plus un état major de 80 hommes.

Publicités

Grande-Bretagne (9) Royal Navy (1)

UNE BREVE HISTOIRE DE LA ROYAL NAVY

Avant-Propos

Encore aujourd’hui, la Royal Navy est la fierté du Royaume Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord. Certes elle n’est plus que l’ombre de la flotte du premier conflit mondial aux somptueuses escadres de cuirassés mais elle représente encore une force avec laquelle il faut compter.

Si dès le 9ème siècle, il existe des forces navales, si les Tudors sont les premiers monarques à se préoccuper de constituer une puissante marine de guerre (tout en gardant un œil sur des possessions continentales comme Calais redevenu français uniquement en 1558), la Royal Navy voit officiellement le jour en 1660 au moment de la restauration des Stuarts avec Charles II, le fils du roi martyr Charles 1er.

Charles II de Grande-Bretagne

Charles II de Grande-Bretagne

En 1707, elle intègre les navires de la Royal Scots Navy, les navires de la marine écossaise bien que depuis 1603 et l’union personnelle des deux royaumes, les deux marines opéraient ensemble.

Elle va rapidement s’opposer aux différentes marines européennes, d’abord la marine espagnole défaite en 1588 (Invincible Armada,un nom ironique attribué par les anglais) puis la marine des Provinces Unies et la marine royale française.

Composée de navires performants,manœuvrés par des marins compétents et des chefs énergiques et choisis sur des critères de compétence (à la différence de la France où les critères de noblesse provoquaient parfois la nomination d’incompétents notoires ou d’amiraux trop vieux pour être efficaces), elle va s’imposer au 18ème comme la première marine mondiale même si au cours de plusieurs conflits, elle subit des pertes non négligeables.

Durant la guerre de Sept Ans (1756-63), elle impose sa supériorité sur les marines françaises et espagnoles ce qui n’empêche pas les échecs comme celui de l’amiral Byng lors de la bataille de Minorque, échec qu’il paiera de sa vie.

La France prit néanmoins sa revanche durant la guerre d’indépendance américaine. La splendide marine de Louis XVI l’une des plus belles de l’histoire de la France (avec celle de Napoléon III et celle du second conflit mondial) infligea une série de défaites qui obligèrent la Grande-Bretagne à renoncer à ramener dans le giron impérial les treize colonies insurgées.

La Révolution Française entraine une totale désorganisation de la marine française, les officiers nobles émigrent, les équipages peuvent élire leurs officiers _rarement une bonne chose, la démagogie et l’idéologie prenant le pas sur la discipline et la compétence_,se montrent revendicatifs et prompts à crier à la trahison.

La Royal Navy devient une marine supérieure à tout ce que les pays européens peuvent lui opposer, la compétence, de bons navires, l’expérience des marins et des officiers sans oublier une politique continue rend cet outil redoutable.

Voilà pourquoi Napoléon maitre en Europe ne pourra jamais faire défiler ses grognards de la garde sur White Hall ou devant Buckingham Palace, la défaite de Trafalgar le 21 octobre 1805 scellant les espoirs de la France impériale de contester la supériorité de la Royal Navy sur les mers même si des corsaires causèrent des pertes au commerce britannique.

Cette puissance colossale permet à la Grande-Bretagne d’étendre son emprise coloniale, annonçant le Britannia rules the waves, cette puissance permet à Londres de maintenir une armée de terre réduite, les risques d’invasion étaient nuls. La guerre de 1812 contre les Etats-Unis marque la dernière utilisation majeure des corsaires pour augmenter la puissance de la marine britannique.

Sans rival, la Royal Navy établit une véritable Pax Britannica, marquant le début d’une domination mondial qui allait perturber jusqu’au premier conflit mondial.

Pax Britannica

Jusqu’au premier conflit mondial, il n’y eut guère de conflits majeurs dans laquelle s’illustrèrent les navires portant fièrement la White Ensign.

Bataille de Navarin (1827)

Bataille de Navarin (1827)

Il y eut bien la bataille de Navarin en 1827 mais cette bataille opposa la France, la Russie et la Grande-Bretagne à la Turquie mais en dehors de cette bataille, l’essentiel des opérations furent des missions de police coloniale et de diplomatie de la canonnière, une escadre chargée de mettre la pression au sens propre comme au figuré en bombardant des places fortes comme celles des Barbaresques en Afrique du Nord ou la Chine durant les deux guerres de l’Opium.

Bataille de Sinope qui ouvre la guerre de Crimée

Bataille de Sinope qui ouvre la guerre de Crimée

La guerre de Crimée s’ouvrit bien sur la bataille navale de Sinope mais cette bataille opposa la Russie à la Turquie. Quand aux bombardements en Baltique, ils n’eurent que peu d’influence sur les opérations à terre, l’apport essentiel de ce conflit qui marqua le retour de la France au premier plan fût l’intégration de nouvelles technologies comme les obus explosifs Paixan qui allaient ringardiser les coques en bois ainsi que la propulsion à vapeur qui ouvrait de nombreuses possibilités.

Durant la deuxième moitié du 19ème siècle, une rivalité navale oppose la France et la Grande-Bretagne. La marine française revitalisée par Napoléon III et un grand ingénieur comme Dupuy de Lôme mis en service le premier cuirassé _La Gloire_ et de nombreux torpilleurs, obligeant la Royal Navy à réagir en construisant des cuirassés (appelés cuirassés à coque en fer pour les distinguer des futures pré-dreadnought) et à inventer le Torpedo Boat Destroyer rapidement connu sous le simple nom de destroyer (destructeur).

Conquêtes coloniales et expansion navales sont plus jamais étroitement liées. L’importance de Gibraltar augmente encore avec l’ouverture du canal de Suez en 1869, économisant l’épuisant contournement par le cap de Bonne Espérance.

Les britanniques sont les premiers à ma connaissance à comprendre la relative inutilité des empires immenses mais l’importance de contrôler les passages obligés, les détroits.

Ce n’est pas un hasard si ils refusent avec la dernière énergie de rendre Gibraltar revendiquée par l’Espagne ou si ils s’installent au Cap de Bonne Espérance, à Aden, à l’entrée du détroit d’Ormuz et à Singapour.

Quand ils ne peuvent pas s’installer sur un passage obligé, ils font tout pour empêcher qu’une puissance rivale ne le contrôle.

C’est ainsi qu’ils empêchent les russes de démanteler l’empire ottoman pour reconstituer l’empire byzantin ce qui aurait donné le contrôle à la marine tsariste du détroit du Bosphore et des Dardannelles.

Si ils appuient la France durant les crises de Tanger et d’Agadir c’est à la fois suite à l’Entente Cordiale mais également pour empêcher l’Allemagne de s’installer en face de Gibraltar. Même situation en Tunisie où ils appuient les revendications françaises pour empêcher l’Italie de contrôler les deux rives du détroit de Sicile qui sépare le bassin méditerranéen en deux.

Si la vapeur apparait dès les années 1820, les machines à vapeur ne sont pas encore suffisamment fiables pour les voyages au long cours.

Résultat, la vapeur est utilisée au combat, la voile servant pour le transit et les voyages à longue distance. Les navires sont soit des constructions neuves ou des conversions. Les coques en acier s’imposent peu à peu, la course entre le boulet et la cuirasse reprenant avec toujours plus de vigueur.

The Two power standard et la rivalité avec l’Allemagne wilhelhmienne

La merveilleuse marine de Napoléon III n’est hélas d’aucune utilité durant la guerre de 1870 ce qui va discréditer l’idée de la puissance navale en France, la jeune Ecole vouant un culte au sous-marin et au torpilleur (jugé plus “républicain) et dénigrant le cuirassé (vu comme “réactionnaire”), la trop fameuse flotte d’échantillon voyant la Royale se doter de cuirassés périmés dès la construction, des navires comme le Hoche sûrement plus dangereux pour leurs utilisateurs que pour l’ennemi.

La Royal Navy ne connait pas ce problème. Le Naval Defence Act de 1889 impose le concept de “two power standard” à savoir que la Royal Navy doit être aussi puissante que les deux marines qui la suivent à savoir la France et la Russie.

Comme il est impossible que les deux marines regroupent toutes leurs forces en Europe, cela revient en pratique à une supériorité très nette dans les eaux européennes. Sur le plan pratique, ce sont dix cuirassés et trente-huit croiseurs qui sont financés. Un autre programme est proposé en 1894 mais Gladstone échoue à convaincre les Communes de le financer.

Le contexte géopolitique ne tarde pas à évoluer en défaveur de Londres. En 1893, une alliance formelle unie la France et la Russie renforçant les inquiétudes de l’opinion publique.

Et si seulement il y avait que cela car au même moment l’Allemagne de Guillaume II entame la création à marche forcée d’une puissante marine océanique, les Etats-Unis et le Japon faisant de même.

Amiral Fisher

Amiral Fisher

Cette course aux armements navals devient couteuse pour la Grande-Bretagne et en 1904, l’amiral Fisher est nommé First Sea Lord pour faire des économies, le budget de la Royal Navy ayant été baissé, un comble au pays de Nelson !

Avec énergie, le bouillant Fisher réforma la Royal Navy, mettant à la casse des navires obsolètes (too old to figth too slow to run _trop vieux pour combattre, trop lents pour fuir_ 154 navires dont 17 cuirassés sont ainsi rayés des registres) et obtenant la construction de nombreux cuirassés dont deux innovations, le dreadnought et le croiseur de bataille.

Le premier est l’application du concept all big gun battleship, le cuirassé avec une artillerie à calibre unique ce qui devait améliorer la puissance des navires mais également faciliter la conduite de tir ainsi que le stockage des munitions.

Le HMS Dreadnought

Le HMS Dreadnought

Si le HMS Dreadnought est le premier navire de ce type à entrer en service, il s’en fallut de peu pour qu’il soit américain.

Le HMS Invincible, premier croiseur de bataille de l'histoire

Le HMS Invincible, premier croiseur de bataille de l’histoire

Le croiseur de bataille est une création issue de l’imagination fertile de Fisher (speed is armour) qui comme tous les observateurs mondiaux avait vu la vitesse des cuirassés japonais surclassés les navires russes, oubliant un peu vite que la malheureuse escadre était partie de Baltique, avait contourné le cap de Bonne Espérance avant de rejoindre la zones des opérations avec des navires usés, des équipages en état de quasi-mutinerie.

Le Battlecruiser était né, un navire qui disposait d’une artillerie aussi puissante que celle d’un cuirassé mais sans véritable protection, sa vitesse supérieure devant lui permettre d’éclairer la flotte, de si nécessaire attaquer les premiers navires ennemis mais jamais l’amiral Fisher avait envisagé que ces croiseurs de bataille combattent dans la ligne de bataille.

Une course aux armements dantesque oppose Berlin à Londres. A une construction chez l’un répond une construction chez l’autre, l’armement augmentant, les allemands passant du 280 au 305 puis au 380mm, les britanniques du 305 au 343 puis au 381mm.

La supériorité britannique ne sera jamais vraiment remise en cause en raison des limites financières de l’Allemagne qui devait entretenir une importante armée de terre. De plus les alliances avec le Japon (1902) et la France (1904) permettait aux britanniques de concentrer leurs moyens en mer du Nord, une situation fort différente de celle prévalant à la fin du 19ème siècle.

Les dominions apportent également leur contribution, une marine canadienne et une marine australienne voyant le jour en 1911.

Si la marine allemande ne peut sérieusement remettre en cause la supériorité de la marine britannique, c’est un adversaire à prendre au sérieux avec des navires bien armés, bien protégés et servis par des équipages compétents, les canonniers allemands ayant remporté de nombreux concours de tir avant guerre en s’appuyant sur leur compétence mais également sur des optiques de haut niveau et un système de conduite de tir performant.

Ainsi quand le premier conflit mondial éclate, la Royal Navy dispose de 74 navires de ligne avec 64 cuirassés (dont 40 pré-dreadnought à la valeur militaire douteuse) et 10 croiseurs de bataille, la Kaiserliche Machine ne disposant que de 46 navires de ligne avec 39 cuirassés (dont 22 pré-dreadnought) et 7 croiseurs de bataille.

Outre les cuirassés et les croiseurs de bataille, la Royal Navy s’équipe de sous-marins, des torpilleurs submersibles qui ne tardèrent à faire preuve de leur efficacité au détriment des navires de la White Ensign et surtout ceux portant le Red Ensign à savoir la marine marchande.