URSS (81) Armée de Terre (29)

Les véhicules de l’armée rouge (2) : les canons d’assaut, les chasseurs de char et les canons automoteurs

SU-76 2

SU-76

Avant-propos

Comme nous l’avons vu déjà vu à plusieurs reprises la création du char de combat répond à la nécessité de rompre la terrible trilogie MTB (Mitrailleuses/Tranchées/Barbelées) et permettre à l’infanterie de limiter les pertes lors des offensives.

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Grande Bretagne (77) Armée de terre (2)

Les grandes structures

Divisions d’infanterie

En dépit de l’augmentation des forces blindées-mécanisées, l’infanterie reste la reine des batailles avec un grand nombre de Grandes Unités (GU).

En septembre 1939, la division d’infanterie de la British Army (armée d’active) est organisée de la façon suivante :

-Un état-major

-Trois brigades d’infanterie à trois bataillons

-Trois régiments d’artillerie de campagne à vingt-quatre canons de 25 livres (88mm)

-Un régiment antichar avec 48 pièces

-Un régiment d’artillerie antiaérienne avec 54 canons antiaériens de 40mm Bofors

-Un régiment de reconnaissance

mortier lourd Ordnance ML 4.2 Inch Mortar (107mm)

mortier lourd Ordnance ML 4.2 Inch Mortar (107mm)

-Un bataillon de mitrailleuses moyennes à trois compagnies de mitrailleuses et une compagnie de mortiers de 4.2 inch (107mm)

-Un bataillon du génie à quatre compagnies (trois field compagnies et une field park company)

-Une unité de transmission du Royal Corps of Signals

-Une unité de soutien logistique du Royal Army Service Corps avec trois compagnies de transport,

-Une compagnie du Royal Army Ordnance Corps (munitions)

-Une compagnie de police militaire (Royal Military Police)

Au cours de la Pax Armada les structures évoluent à la marge, l’absence de contact avec le feu ennemi ne permet guère de faire évoluer les structures.

Néanmoins en septembre 1948, les structures de l’Infantry Division ont légèrement évolué :

-Un état-major

-Trois brigades d’infanterie à trois bataillons

-Trois régiments d’artillerie de campagne à vingt-quatre canons de 25 livres (88mm)

-Un régiment antichar avec 48 pièces

Canon de 20mm Oerlikon en affût terrestre

Canon de 20mm Oerlikon en affût terrestre

-Un régiment d’artillerie antiaérienne avec 54 canons antiaériens de 20mm Oerlikon/Polsten et de 40mm Bofors

-Le régiment de reconnaissance est devenu bataillon avec autos blindées et motos side-cars

-Un bataillon de mitrailleuses moyennes à trois compagnies de mitrailleuses et une compagnie de mortiers de 4.2 inch (107mm)

-Un bataillon du génie à quatre compagnies (trois field compagnies et une field park company)

-Une unité de transmission du Royal Corps of Signals

-La logistique est désormais assuré par un bataillon regroupant trois compagnies de transport, une compagnie de ravitaillement en munitions et une compagnie de maintenance

-Une compagnie de police militaire (Royal Military Police)

Ce n’est qu’au cours de la guerre que les structures des divisions britanniques évolueront pour s’adapter aux leçons du conflit mais également au terrain, plusieurs divisions étant transformées en divisions de Montagne pour de futures opérations en Norvège ou en climat difficile.

Unités de Cavalerie et de Chars

Avant-Propos

Les britanniques ont été les premiers à utiliser le char au combat en 1916. L’engagement d’une poignée de chars losanges Mark I provoqua la panique chez les troupes allemandes même si un engagement massif aurait eu des effets nettement plus importants car le premier moment de stupeur passé, les allemands se ressaisissent et prennent des mesures passives et actives contre les chars.

Quand aux britanniques, ils ne tirent guère profit de cette première durant l’entre-deux-guerre où une poignée de passionnés comme Fuller ou Lidell-Hart ne parvient à déboucher sur une doctrine cohérente d’utilisation des chars.

Elle s’équipe ainsi de chars légers rapides, mal armés et mal protégés pour les missions de la cavalerie (éclairage, exploitation de la percée) et de chars d’infanterie bien protégés mais lents et mal armés, adaptés au soutien des fantassins mais inaptes à une chevauchée dans la profondeur.

La situation de l’arme blindée britannique est donc semblable à la France et son évolution va être comparable avec la création d’unités à base de chars.

En septembre 1939, le Royal Tank Corps dispose de deux divisions blindées, la Mobile Division devenue ultérieurement 1st Armoured Division stationnée en Grande-Bretagne et d’une Mobile Division (Egypt) rebaptisée 7th Armoured Division en mars 1940 et stationnée comme son nom l’indique en Egypte.

Des brigades de chars sont également formées durant ce court conflit. Citons la 1st Army Tank Brigade déployée avec le BEF mais également des unités mises sur pied par la Territorial Army à savoir les 21st 23rd 24th et 25th Army Tank Brigade.

Des brigades blindées indépendantes (Armoured qui se distingue des précédentes par la présence d’une infanterie organique) sont également mises sur pied comme la 4th Armoured Brigade stationnées en Egypte ou la 20th Light Armoured Brigade de la Territorial Army.

Durant la guerre de Pologne, une 2nd Armoured Division est formée en Grande-Bretagne sur le même modèle que la 1st Armoured Division. Est également formée une 1st Cavalry Division qui deviendra ultérieurement une 3rd Armoured Division, division composée de trois brigades de cavalerie (4th 5th 6th Cavalry Brigade).

Le Royal Tank Corps est totalement réorganisé à l’automne 1942 avec quatre divisions blindées et six brigades blindées indépendantes.

Si la 7th Armoured Division reste déployée en Egypte, les trois autres (1st 2nd 3rd Armoured Division) sont stationnées en Grande-Bretagne.

Les six brigades blindées indépendantes (4th 5th 6th 8th 9th 10th Independent Armoured Brigade) sont réparties en la Grande-Bretagne (5th 8th 10th), en Palestine Mandataire (4th), en Malaisie (6th) et en Inde (9th).

Quand éclate le second conflit mondial, deux divisions (1st 2nd Armoured Division) sont déployées sur le continent au sein du BEF, la troisième restant en réserve en Grande-Bretagne pour créér une cinquième division blindée qui pourrait gagner la Malaisie même si le tonnage et le temps nécessaire rend assez improbable cet envoi.

Organisation

En septembre 1948, la British Armoured Division est composée de la façon suivante :

-Un Etat-Major Divisionnaire

Char médian A-27M Cromwell

Char médian A-27M Cromwell

-Deux brigades blindées avec un état-major, trois régiments de chars (un régiment de chars lourds Churchill et deux régiments de chars moyens Cromwell), un bataillon d’infanterie motorisé et une unité de soutien.

-Un groupe de soutien (Support Group) avec un état-major, un bataillon d’infanterie (Lorried Infantry Batallion), un régiment d’artillerie de campagne, un régiment d’artillerie antichar et un régiment d’artillerie antiaérienne.

-Des unités hors-rang avec un régiment d’autos blindées et de chars légers pour la reconnaissance, une unité sanitaire, une unité de transmissions, une unité du génie, une unité de service et une unité de police militaire.

Les Independent Armoured Brigade devaient à l’origine être équipées entièrement de chars Churchill mais au final elles seront considérées comme des divisions blindées allégées. Elles sont organisées de la façon suivante :

-Un état-major

-Deux régiments de chars moyens Cromwell

-Un batailllon de chars lourds Churchill

-Deux bataillons d’infanterie motorisée

-Un régiment d’artillerie

-Un bataillon antichar

-Un bataillon antiaérien

-Un batailllon de soutien logistique (deux compagnies de ravitaillement, une compagnie de maintenance, une compagnie sanitaire)

-Une compagnie de reconnaissance motorisée

-Un bataillon du génie

L’organisation des unités subalternes

Infanterie

A la différence de la France ou de l’Allemagne, les unités d’infanterie britanniques sont organisées en bataillons et en brigades au lieu de régiments.

Chaque brigade dispose d’une compagnie d’état-major et de trois bataillons d’infanterie. L’appui-feu est assuré par le bataillon de mitrailleuses moyennes et de mortiers lourds qui détachent auprès des bataillons un élément d’appui-feu. On peut ajouter également des sapeurs du génie et des moyens antichars fournit par le régiment d’artillerie antichar.

Ce modèle théorique connut ses limites durant les premières opérations du second conflit mondial et après la campagne de Norvège et surtout les opérations en Méditerranée et en Afrique du Nord, les brigades d’infanterie allaient devenir autonomes.

Le bataillon d’infanterie est organisé en un état-major, une compagnie d’état-major (transmissions et administration), quatre compagnies de combat (état-major et trois pelotons/section) et une compagnie d’appui avec un peloton de transport équipé de chenillettes Universal Carrier, un peloton de mortiers, un peloton antichar équipés de canons de 2 puis de 6 pouces et enfin un peloton de pionniers.

Universal Carrier Mk II

Universal Carrier Mk II

Le peloton de combat dispose d’un état-major avec un mortier de 51mm (2-inch mortar), des équipes antichars équipés de PIAT et trois sections (groupes en français) avec sept fusiliers et un fusil-mitrailleur Bren servit par un trio.

Cavalerie et Chars

Chaque brigade blindée dispose de trois régiments de chars, un régiment de chars lourds Churchill et deux régiments de chars moyens Cromwell.

Chaque régiment dispose d’un état-major, d’un squadron d’état-major (transmissions et administration), trois squadron à trois troops de cinq chars plus un troop de commandement avec deux chars (le commandant du squadron et son adjoint) et un squadron d’appui avec un troop de sept chars légers, un troop antiaérien, un troop de maintenance, un troop de ravitaillement et un troop EVASAN.

Chaque régiment de chars dispose de cinquante-huit chars soit un total de 348 chars légers, moyens et lourds.

Chaque régiment de reconnaissance dispose d’un état-major, d’un squadron de commandement, d’un squadron de soutien (transmission, logistique, ravitaillement) et de trois squadrons de combat avec des chars légers (un squadron) des autos blindées (deux squadrons) et des unités motocyclistes.

Artillerie

Les régiments d’artillerie sont majoritairement intégrés aux divisions d’infanterie et aux divisions blindées mais certains équipés de pièces lourdes forment l’équivalent britannique de la Réserve Générale, cette RG disposant également des pièces sur voie ferrée, concentrées en métropole dans le Sud-Est pour d’abord la défense côtière.

Le Royal Artillery Corps dispose également de régiments d’artillerie antichar et de régiments d’artillerie antiaérienne.

Le régiment d’artillerie de campagne (Field Artillery Regiment) des divisions d’infanterie et des divisions blindées disposent d’un état-major, d’une batterie de soutien (maintenance, ravitaillement, soutien sanitaire), d’une batterie de conduite de tir et de trois batteries de huit canons, des obusiers de 25 livres qui ont remplacé les 18 livres du premier conflit mondial.

L’organisation des régiments d’artillerie médiane et lourde est identique, seule variant le nombre de pièces inférieur pour les canons de moyen et de gros calibre.

La “Réserve Générale” de l’Armée britannique voit le jour en septembre 1946 sous le forme de quatre Royal Artillery Support Group (RASG) qui disposent chacun de six régiments médians à trois batteries de huit canons (576 pièces), de quatre régiments de siège à trois batteries de quatre canons (48 canons) et d’un régiment d’artillerie super-lourde sur voie ferrée (12 pièces).

Les 1st et 2nd RASG vont être déployés sur le Continent (moins l’ALVF) au sein du BEF tandis que les deux autres vont rester en Grande-Bretagne.

BL 4.5 Inch Medium Field

BL 4.5 Inch Medium Field

Des régiments d’artillerie médiane et lourdes indépendants sont également déployés au Moyen-Orient (quatre, trois équipés de canons de 4.5 Inch et un de canon de 5.5 Inch), au Proche-Orient (un de chaque calibre) ainsi qu’en Malaisie (deux régiments de 4.5 Inch et deux de 5.5 Inch).

B.L 5.5 Inch Medium Gun

B.L 5.5 Inch Medium Gun

Les régiments antichars ont une organisation différente. Si il dispose d’une batterie de commandement et une batterie de soutien, il aligne quatre batteries de douze canons d’abord des canons de 2 livres (ou des 25mm Hotchkiss de fabrication française) puis dès 1942 des canons de 6 livres (57mm) aux performances semblables au 50mm allemand et au 47mm français.

QF 6 Pounder

QF 6 Pounder

A l’instar des RAAC (Régiments d’Artillerie Antichar) français, des Anti-Tank (Heavy) Regiment sont mis sur pied, quatre en Grande-Bretagne et un en Egypte, des régiments organisés en un état-major, une batterie de commandement, une batterie de soutien et trois batteries à huit canons de 17 livres. Trois de ces régiments passent sur le continent en septembre 1948, le quatrième ralliant la Norvège.

Chaque division dispose également d’un régiment d’artillerie antiaérienne, des régiments à trois batteries avec des troops (pelotons) de quatre canons, nombre réduit ensuite à trois puis augmenté à six canons, chacune des trois batteries disposant de dix-huit canons Bofors de 40mm pour deux d’entre-elles, la troisième disposant de canons de 20mm.

Un Anti-Aircraft Command dispose en septembre de douze divisions d’artillerie antiaérienne équipées de pièces lourdes (76 et 94mm notamment), de projecteurs et de ballons.

A but territorial, elles sont peu mobiles et peu souples d’utilisation. Elles sont donc réorganisées au printemps 1945, chaque division disposant de trois brigades totalement autonomes capables de protéger seules un secteur.

Si huit divisions sont déployées sur le territoire britannique (quatre en Angleterre, une en Irlande du Nord, une au Pays de Galles et deux en Ecosse), une est déployée en Egypte, une à Malte et deux en Malaisie.

Pour couvrir le BEF, quatre brigades sont déployées sur le continent, renforçant par la même occasion l’action de la DAT française.

A noter l’absence de canons automoteurs à la différence de la France et de l’Allemagne. Ce n’est qu’au cours du conflit que des châssis de chars déclassés reçurent des pièces d’artillerie de 25 livres pour équiper les régiments d’artillerie des divisions et brigades blindées.

Unités de soutien

En dehors des divisions d’infanterie et des divisions blindées, il n’existe pas de grandes unités appartenant aux autres armes. Le génie ne dispose que de bataillons intégrés aux divisions, la logistique et les transmissions sont dans la même situation.

Les projets de créer des brigades du génie à partir des bataillons de pionniers existants n’aboutissent pas avant guerre.

22-Armée de terre : armement et matériel (31)

Renault G1

Maquette du Renault G1R dans sa configuration initiale

Maquette du Renault G1R dans sa configuration initiale

A l’origine, un char pour les DIM

Quand il apparaît en service en 1943, le Renault G1 ou char moyen modèle 1943R est une vrai merveille qui émerveille nos alliés britanniques et inquiète suffisamment les allemands pour les pousser à développer un nouveau char moyen à canon de 75mm, le futur Panther.

Pourtant le chemin fût long très long puisqu’on peut remonter à  l’année 1930 pour retrouver les prémices très lointain du projet d’un nouveau char d’infanterie.

Le 4 juillet 1930, le ministre de la guerre André Maginot approuve un programme de motorisation et de mécanisation de l’armée française notamment la motorisation de cinq divisions d’infanterie capables de se déplacer en étapes de 200km par jour.

Ces unités doivent disposer de moyens pour assurer leur sûreté et donc de chars qui doivent se révéler mobiles, puissants et endurants. Or à l’époque, les chars qui pourraient très théoriquement convenir ne sont pas exempts de défauts :

-le char B1 est puissant mais à une autonomie limitée et de plus difficile à produire en grande série

-le char D2 est moins rapide que le B1, une autonomie aussi faible que le précédent sans parler de nombreux problèmes mécaniques qui limiteront sa production en série à cent exemplaires.

En 1935, la cavalerie expérimente un prototype prometteur de la firme Somua, le futur S-35, un char rapide, puissant et bien armé qui pourrait convenir au rôle définit plus haut mais en l’expérimentant, l’infanterie remarque un certain nombre de faiblesses en terme de vitesse en tout terrain et de franchissement d’obstacles ce que le service actif démontrera et qui entrainera la mise en chantier du S-40.

L’infanterie juge néanmoins le Somua «comme un objet d’études intéressant» mais précise au cas où on ne l’aurait pas compris que «sa réalisation immédiate en grande série, pour l’infanterie,constituerait certainement une erreur».

Le char B1 étant trop lourd, le char D2 étant trop imparfait, l’infanterie n’à de choix que de développer un char moyen de conception nouvelle qui essayera de résoudre le mieux possible la quadrature du cercle : protection, armement et vitesse.

Le char de 20 tonnes

Le 16 décembre 1935, l’infanterie diffuse un appel à projets pour un char moyen d’infanterie de 20 tonnes dont les caractéristiques sont assez voisines du Somua notamment le poids, la vitesse sur route (20 km/h de moyenne contre 30 pour le S-35, vitesse maximale de 50 km/h contre 45), la  protection et l’armement mais avec une autonomie nettement plus importante (400 contre 280km).

Le choix de 20 tonnes était tout sauf un hasard, il répondait à des contraintes opérationnelles et logistiques, notamment de transport par voie ferrée ou le franchissement des coupures humides.

Le besoin alors exprimé est de 250 chars de 20 tonnes pour former cinq bataillons de quarante-cinq chars plus le volant, ces bataillons étant appelés à intégrer les divisions d’infanterie, le général Gamelin n’étant pas un partisan acharné des DLM.

Six constructeurs proposent leurs projets : Poniatowski/SEAM, Lorraine, Renault, Baudet-Donon-Roussel (BDR), Somua et FCM.

Le concept du char moyen d’infanterie va évoluer au cours de la période 1936/37 passant d’un Somua à un B1bis. Le blindage passe de 40 à 60mm et l’armement devient mixte avec un obusier de 75mm en caisse et un canon de 47mm en tourelle.

Les méthodes de construction choisies (acier moulé ou plaques laminées mécano-soudées en remplacement de plaques laminées boulonnées) doivent permettre de gagner du poids pour entrer dans la norme.

Suite à ces modifications, les constructeurs proposent de nouveaux projets à armement mixte, tous avec un obusier de 75mm et un canon de 47mm en tourelle sauf Lorraine (deux canons de 47mm) et une variante du projet Renault avec un 47mm puissant Schneider ou un canon de 75mm en tourelle…… .

Ce changement s’explique en partie par l’impossibilité de produire un grand nombre de B1bis, l’espoir de produire un char répondant à ce concept mais plus léger, moins coûteux et surtout plus facile à produire.

Seulement voilà, ce changement des règles du jeu provoque une véritable quadrature du cercle car comment faire un char aussi puissant que le B1bis de 32 tonnes en restant sous les 20 tonnes du programme ce qui est impossible car au minimum on approche des 25 tonnes ce qui à un impact sérieux sur la motorisation et la suspension.

La commission étudie les projets le 20 février 1937 et tous sans exceptions ont déjà atteint les 23-25 tonnes. A noter que seul le projet Poniatowski/SEAM aboutit à la réalisation d’un prototype, les autres restant au niveau de la maquette.

Vers un char de plus en plus lourd…….

Les différents prototypes sont étudiés par la commission mais rapidement Renault va prendre une longueur d’avance en proposant un canon de 75mm en tourelle.

C’est tout sauf anodin car si l’infanterie à toujours préconisé le montage de l’armement principal sous tourelle, le montage d’un armement puissant en casemate répondant à une demande du génie qui voulait un canon tirant à faible incidence pour neutraliser les embrasures des fortifications.

Outre l’armement, le projet Renault propose une suspension à barres de torsion plus légère et plus résistante aux mines et des chenilles jumelées qui elles suscite le scepticisme. La commission qui peine à masquer son émotion demande la réalisation d’un prototype à la maison Renault.

Selon le rapport du 20 février 1937, le projet Poniatowski/SEAM est classé en 1ère catégorie car prototype existant, les projets Somua, FCM et Renault en 2ème catégorie et enfin les projets BDR,Fouga et Lorraine en 3ème catégorie. La compagnie des Batignolles n’à pas transmis son projet et est donc hors course.

Comme nous l’avons vu, le projet d’un char de 20 tonnes avec l’armement et la protection du B1 était une chimère, le plus léger _Poniatowski/SEAM_ atteignant les 23 tonnes.

La proposition Renault va vite envoyer aux oubliettes la configuration du B1bis au profit d’un armement principal unique installé en tourelle ce qui laisse penser qu’inconsciemment la commission à abandonné le combat en région fortifié au profit de la manoeuvre en terrain libre.

Presque deux ans après le lancement du programme, la commission du programme reconnaît qu’il est impossible de monter un canon de 75mm de 32 calibres en tourelles dans un char de moins de 30-35 tonnes soit le poids d’un char B1bis.

Le 1er février 1938, la direction de l’infanterie (2ème direction) abandonne la masse maximale de 20 tonnes au profit d’une masse maximale de 35 tonnes afin de se donner de l’air et de laisser les constructeurs libres.

Sur les sept constructeurs, seuls quatre restent alors en ligne, Batignolles n’ayant jamais présenté son projet, Somua et FCM étant écarté, le premier utilisant ses études pour ses futurs S-40 et SAu-40 et le second se concentrant sur la production du B1bis à laquelle elle participait.

Quatre constructeurs restent en liste : Renault, BDR, SEAM et Lorraine mais au 1er juin 1938 seuls les deux derniers constructeurs ont officiellement reçu commande de deux prototypes.

Pourquoi un tel décalage ? Tout simplement parce que désormais, le dévellopement est financé quasi-intégralement sur fonds propres par les constructeurs ce qui explique le peu d’empressement à développer ce projet.

Il faut attendre le début du mois de juin pour que les choses s’accélèrent avec la nomination d’une équipe de liaison dirigée par le chef de bataillon Deygas de la section technique de l’infanterie et par l’ingénieur Lavirotte de l’atelier de Rueil.

A l’époque, la commande en série du Poniatowski/SEAM est prévue avec des livraisons à la mi-1940, Lorraine prévoyant la sortie en série pour 1941, les autres constructeurs n’ayant pas sorti de calendrier y compris Renault qui avait pourtant semblé devoir coiffer tout le monde avec le choix audacieux de monter un 75mm puissant en tourelle.

Seuls Lorraine, Poniatowski/SEAM et Renault semble encore en course, BDR et Fouga semblant hors jeu avec des projets dépassant largement 35 tonnes. Les autres projets sont encore largement perfectibles.

Outre le chassis, on trouve plusieurs projets de tourelle. Renault propose la pseudo-tourelle Balland avec l’équipage en caisse et un canon de 75mm à chargement automatique, une arme tout simplement révolutionnaire pour l’époque et qui doit affronter la concurrence de la tourelle ARL 3 et la tourelle FCM.

Un char révolutionnaire

Le 12 juillet 1938, la direction de l’infanterie émet une nouvelle fiche programme qui demande un char de 30 tonnes à vide et 32 tonnes en ordre de combat armé d’un canon de 75mm de 32 calibres en tourelle ce qui impose aux constructeurs de revoir totalement leur projet.

On peut voir l’évolution du programme en moins de trois ans : nous sommes passés d’un char de 20 tonnes avec l’armement d’un B1bis à un char d’un poids identique au B1bis mais mieux armé.
Cette nouvelle fiche programme élimine les projets Lorraine et BDR qui atteignent déjà 32 tonnes à vide. Le projet Fouga est menacé car atteignant déjà 35 tonnes, seuls restant en ligne les projets Poniatowski/SEAM et Renault.

En terme de performances, on réclame une vitesse maximum de 40km/h sur route et 20 km/h en tout terrain, une autonomie minimale de 200km, une autonomie en terrain variée de 8 heures.

Quand au moteur, il est prévu soit un moteur essence ou un moteur diesel. Le blindage doit être de 40 à 60mm. On soigne la protection, l’entretien avec la possibilité de changer rapidement des organes mécaniques.

On demande également d’améliorer les capacités de vision de char que ce soit le pilote ou les deux hommes en tourelle avec l’installation d’un télémètre et d’un tourelleau indépendant pour permettre de tirer à portée maximale du 75mm soit 2000m.

Mieux encore, on demande de pouvoir tirer en marche à 10km/h sous l’influence britannique bien plus avancés dans ce domaine même si ils tirent en marche à la lunette et non au télémètre.

En dépit de ces promesses, le programme patine. La guerre s’annonçant imminente, on se demande si il est bien raisonnable de lancer la production d’un nouvel modèle de chars alors que les besoins sont loin d’avoir été satisfaits avec les véhicules existants.

De plus et cela peut paraître incroyable mais on ne sait quoi faire d’un char de 35 tonnes ! Le B1bis doit combattre au cœur des régions fortifiés, les Somua doivent combattre sur les ailes mais le char type G1 est un engin d’exploitation d’une percée qui n’interviendra qu’une fois la ligne Siegfried cassée, ligne qu’on imagine à l’époque aussi formidable que la ligne Maginot.

Le programme va donc ronronner jusqu’à l’éclatement de la guerre de Pologne qui donne un coup de fouet bienvenue au programme G1 même si les productions de guerre sont naturellement prioritaires.

La fin de la guerre de Pologne permet de ralentir les productions militaires et surtout de permettre de voir plus loin que les besoins immédiats.

Le 22 décembre 1939, le couperet tombe : le Renault G1R est choisit comme char G1. Néanmoins le G1P (Poniatowski/SEAM) est retenu mais simplement pour sa transmission électrique et comme véhicule d’essais, sa production en série n’est pas prévue.

Le 1er avril 1940, Renault reçoit une commande officielle pour deux prototypes de son char G1, un char de 30 tonnes (35 tonnes maximum) avec une suspension à barres de torsion, un moteur de 350ch en attendant mieux (400ch) et une tourelle ARL 3 avec télémètre en remplacement de la pseudo-tourelle certes prometteuse mais dont la gain de poids n’était pas aussi intéressant qu’escompté.

Les deux prototypes sortent de l’usine de Billancourt respectivement en octobre et en décembre 1940 pour des tests intensifs pendant qu’on se préoccupe de l’industrialisation.

Louis Renault voit les choses en grand pour son nouveau projet et construit une nouvelle usine ultra-moderne près d’Orléans.

Les tests sont concluants sauf sur les chenilles doubles qui se révèlent être un casse-tête à remplacer en cas d’explosion de mines ou d’obstacle trop dur. Elles sont remplacées par des chenilles uniques plus facile à changer.

En terme d’armement, la tourelle ARL-3 est modifiée pour pouvoir installer une mitrailleuse MAC 34 de 7.5mm antiaérienne et pour pouvoir embarquer un canon de 75mm de 40 calibres plus puissant que le canon de 32 calibres.

Si le prototype n°1 est utilisé pour des tests de résistance aux mines et aux obus et ferraillé après avoir été martyrisé, le n°2 sert de maitre étalon pour préparer l’industrialisation dans la nouvelle usine d’Orléans.

Unités équipées

Prévu à l’origine comme un char rapide destinée aux DIM, le Renault G1 adopté officiellement sous le nom de char moyen modèle 1943R va finalement équiper les Divisions Cuirassées où il va remplacer les Hotchkiss H-39.

Huit bataillons sont donc prévus à l’origine suivis ultérieurement de quatre autres portant  le total à douze bataillons de 45 chars soit 540 chars en ligne plus des chars en réserve pour la formation, les tests et le volant de fonctionnement.

La production du char commence en septembre 1941 et les premiers exemplaires de série sortent en juin 1942 pour équiper la 1ère DC et ces deux bataillons de chars moyens, les 25ème et 26ème BCC.

La production connait un certain nombre de difficultés ce qui entraine des retards de livraison aux unités suscitant l’agacement du général Villeneuve.

Alors que le 25ème BCC aurait du être entièrement rééquipé en septembre, il ne l’est qu’en novembre après qu’un certain nombre d’exemplaires durent être renvoyés en usine pour être modifiés.

Le 25ème BCC ayant essuyé les plâtres, son homologue du 26ème BCC en tire les fruits et reçoit ses chars selon le nouveau planning à savoir de janvier à avril 1943. Ces deux bataillons s’affronteront au cours des manoeuvres de Champagne de septembre, confirmant les qualités de ce char remarquable.

Le 14ème BCC et le 27ème BCC de la 2ème Division Cuirassée reçoivent leurs chars respectivement entre mai et août 1943 pour le premier et entre septembre et décembre 1943 pour le second.

Le 42ème Bataillon de Chars de Combat de la 3ème DC reçoit ses chars moyens modèle 1943R entre janvier et avril 1944 suivis de son compère du 45ème BCC entre mai et août 1944.

La 4ème Division Cuirassée, la future Division de Fer (appelée également Division De Gaulle tant le général Charles de Gaulle imprima une marque indélébile sur la division) reçoit ses premiers Renault G1R en septembre 1944,le 19ème BCC étant entièrement équipé en décembre, son compère, le 44ème BCC recevant ses nouvelles montures entre janvier et mars 1945.

Au 1er avril 1945, un total de 360 Renault G1R sont en ligne au sein de huit bataillons. La production se poursuit à un rythme plus réduit (8 chars par mois) pour constituer un volant de réserve. C’est ainsi que de mai 1945 à juin 1947, un total de 200 chars sont produits et stockés à moins qu’on ne préfère les utiliser pour l’instruction et les essais.

En juin 1947, néanmoins, la production à grande échelle (16 chars par mois) reprend pour équiper les quatre nouveaux bataillons de chars de combat prévus pour les 5ème et 6ème DC.

Le 51ème BCC de la 5ème DC (à ne pas confondre avec celui de 1939 devenu 51ème BCF) reçoit ses chars entre septembre et décembre 1947. Il est suivi du 55ème BCC de la 6ème Division Cuirassée qui reçoit ses chars entre janvier et mars 1948.

Le 53ème BCC de la 5ème BCC reçoit ses chars entre avril et juin 1948 avant que le 57ème BCC ne boucle la boucle en étant équipée entre juillet et septembre 1948 juste à temps pour le conflit.

Quand éclate la seconde guerre mondiale, le char moyen modèle 1943R est en service à 540 exemplaires plus 200 chars de réserve, la production continuant pour aboutir à un volant de fonctionnement proche des 100%.

Caractéristiques Techniques du char moyen modèle 1943R

Poids  : 32 tonnes théorique 35 tonnes en ordre de combat

Dimensions : longueur hors tout 5.50m largeur hors tout : 2.55m hauteur avec tourelle 2.40m (1.55m sans tourelle)

Motorisation : moteur diesel Renault 8 cylindres développant 400ch avec 530l de carburant

Performances : vitesse maximale sur route 55 km/h réservoir de 530 litres donnant une autonomie sur route de 350km qui pourrait être augmentée avec des réservoirs supplémentaires installés à l’automne 1948

Blindage : 40mm maximum pour la caisse 60mm pour la tourelle

Armement : tourelle ARL modèle 1942 avec un canon de 75mm de 40 calibres (vitesse initiale : 800 m/s) avec 210 obus, une mitrailleuse coaxiale MAC 34 et une mitrailleuse antiaérienne du même modèle avec 6000 cartouches

Equipage : un mécanicien pilote et un opérateur radio/pourvoyeur en caisse, un chef de char et un tireur en tourelle