18-Bases et Arsenaux (10)

M-Base navale de Cam-Ranh et les autres implantation de la marine en Indochine

Indochine

Indochine

Un long débat

A la fin des années trente, ressurgit le débat des bases de la marine en Extrême Orient. Si les Etats-Unis bénéficie d’une base parfaitement outillée à Cavite en baie de Manille et d’une autre à Subic Bay, que les britanniques peuvent s’appuyer sur le «Gibraltar de l’Extrême d’Orient» à savoir Singapour, la France ne bénéficie pas d’un tel luxe.

Outre un manque de budget pour une telle base, on est réticent en France à investir dans des infrastructures qui tomberaient immanquablement dans les mains japonaises si Tokyo souhaitait s’emparer de l’Indochine.

Pourtant au début 1940, décision est prise d’implanter une base parfaitement outillée en Indochine pour permettre à une escadre importante (cuirassés et porte-avions) de pouvoir opérer en Mer de Chine Méridionale.

Il faut donc prévoir un espace protégé suffisamment vaste, un espace aisément défendable tant en direction de la terre que de la mer et un espace pouvant accueillir un arsenal bien outillé.

Plusieurs sites sont candidats. Une base à l’embouchure de la rivière Saïgon est vite écartée tout comme une base dans le Golfe de Siam. Cela dissuaderait la Thaïlande mais l’ennemi principal est le Japon et non la Thaïlande.

Haïphong sera idéalement placée pour opérer dans le Golfe du Tonkin mais le site est bien trop vulnérable aux bombardiers japonais venus de Chine continentale et de l’île d’Haïnan.

Un temps le site de Tourane tient la corde mais finalement, en juin 1940, c’est la baie de Cam-Ranh située à 290 km au nord-est de Saigon qui est sélectionné. Cet site n’était pas inconnu pour la marine qui l’utilisait déjà comme mouillage forain et l’avait fortifié partiellement.

Outre cette grande base (dont l’inauguration est prévue pour 1944), d’autres travaux vont être menés pour améliorer les capacités de survie des FNEO qui en 1948 vont atteindre un format plus que respectable avec un porte-avions léger, un croiseur lourd, un croiseur léger, deux torpilleurs d’escadre, quatre torpilleurs légers et deux sous-marins.

Les travaux suivants sont ainsi menés :

-Modernisation de l’Arsenal d’Indochine à Saïgon. La forme est agrandie passant de 152 à 190m, les ateliers sont modernisés avec notamment des machines outils permettant la fabrication d’armes légères et de munitions.

-Aménagement de mouillages protégés à Tourane et Kompong San

-Modernisation du port d’Haïphong pour servir de base de ravitaillement et de base opérationnelle avancée notamment pour les sous-marins.

Base navale de Cam-Ranh

Base navale de Cam-Ranh

Base navale de Cam-Ranh

La ville de Cam-Ranh est située à 290 km au nord-est de Saïgon au fond d’une vaste baie bien abritée qui rappelle par bien des côtés Brest voir Toulon. Petite ville avec un port de pêcheur, la baie sert régulièrement de mouillage pour les navires français déployés dans la région.

La décision prise en juin 1940 d’aménager une base parfaitement outillée dans la baie de Cam-Ranh entraine d’importants travaux et d’importants bouleversements pour la petite ville qui devient une métropole qui certes ne rivalise pas avec Hanoï mais qui est tout de même capable de tenir tête à Saïgon voir Haïphong _principal port de commerce de l’Indochine française_

Les travaux commencent rapidement, profitant d’une étude menée dès 1930 à titre informel sur demande du gouverneur général d’Indochine de l’époque, Pierre Pasquier qui rêvait de mener une politique musclée de dévellopement industriel en Indochine, de faire de la principale colonie française d’Asie pas simplement un territoire exportateur de matières premières mais une vraie puissance industrielle au risque de concurrencer l’industrie de la lointaine métropole.

Dans son projet, Cam-Ranh devait être le principal port d’Indochine, un port capable d’accueillir les plus gros navires du moment et même des navires dont la taille paraissait inimaginable à l’époque.

La base navale de Cam-Ranh va ainsi être composée de trois sous ensembles répartis sur les rives de la baie :

-Au sud-est, la partie opérationnelle de la base où sont amarrés les navires opérationnels et ceux en escale en Indochine. Cette partie regroupe également des dépôts de carburant et de munitions ainsi que des logements.

-Au sud de la baie est aménagée un Arsenal avec les formes de radoub et les ateliers, d’abord concentrés à bord de l’Albert Caquot puis s’étendant à terre dans des installations en théorie démontables ou du moins aisément «détruisibles».

-A l’ouest, en face de la base navale, l’annexe aéronavale avec deux pistes, des ateliers de réparations, des dépôts de carburant et de munitions. Les hydravions amérissaient dans la baie puis regagnaient un plan d’eau protégé par deux digues artificielles avant d’être mis au sec.

Ce choix d’une dispersion des installations ne fit pas l’unanimité en partie parce qu’elle rendait plus difficile la défense de la base qui pouvait être aisément scindés en trois éléments par l’avancée ennemie.

Il fût donc décidé d’établir de solides défenses au niveau du front de mer et de considérer les trois sous-ensembles comme des éléments indépendants qui en cas de menace extérieure se replieraient sur eux mêmes, formant autant de points de fixation.

Installations d’entretien

-L’Arsenal de Cam-Ranh ou Centre d’Entretien et de Soutien (CES) Albert Caquot est donc implanté au sud de la baie. C’est le dernier cri en matière de base de soutien de la marine ce qui est ironique quant on sait que cette base est la plus menacée de toutes les bases navales françaises dans le monde peut être avec Dunkerque.

Les travaux concernant l’Arsenal sont les premiers à être lancés car les plus importants en terme de génie civil. Pas moins de trois bassins de radoub sont prévus, bassins pouvant accueillir tous les navires de la marine nationale y compris les cuirassés de classe Alsace.

D’est à l’ouest, de l’intérieur des terres à la mer, nous trouvons successivement le bassin n°1 (265m de long sur 40m de large), le bassin n°2 et le bassin n°3, ces deux bassins mesurant tous les deux 200m de long sur 20m de large. Ces trois bassins sont inaugurés en 1944.

Dans un premier temps, les installations d’entretien sont embarqués à bord du navire-atelier Albert Caquot arrivé en Indochine le 25 mars 1944 et qui devient ponton atelier en septembre 1946. Il est solidement amarré et des extensions à terre sont aménagés.

Si la majorité des ateliers sont installés à bord du CES Albert Caquot, une fonderie est installée à terre en 1947 ainsi que la majorité des stocks de pièces détachées.

Installations opérationnelles

-Le coeur opérationnel de la base est donc implanté au sud-est, de l’autre côté de la péninsule qui ferme en grande partie la baie. Ce choix est d’une logique cartésienne : c’est l’endroit le plus profond de la baie avec une profondeur naturelle de -20m ce qui permet d’accueillir tous les navires en service dans la marine nationale.

Les travaux commencent en mars 1941 avec le recours à l’explosif et à de puissants engins de terrassement venus des Etats Unis. 10 km de linéaire de quai sont ainsi construits protégés par deux digues artificielles de 200m de long, créant un mouillage semi-protégé.

En arrière des linéaires de quai, nous trouvons une route asphaltée et une voie de chemin de fer à voie étroite (60cm) destiné au ravitaillement des navires et à la manoeuvre de quatre puissantes grues (8 tonnes). Des dépôts souterrains de munitions et de carburant sont aménagés sans oublier les postes de commandement, les logements et les «pieds dans l’eau», les défenses côtières.

-La base aéronavale de Cam-Ranh est située sur la rive opposée à la base navale. Elle dispose de deux longues pistes en dur, de trois pistes courtes de secours (soigneusement camouflées), d’ateliers de réparations, de dépôts de carburant et de munitions.

Des hangars pour hydravions sont aménagés tandis que les avions sont parqués au bord des pistes avec des filets de camouflage pour les dissimuler à l’observation ennemie.

Fortifications

En 1939, la baie de Cam-Ranh dispose déjà de positions fortifiées en l’occurence quatre batteries légères :

-Batterie de l’île de Tagne avec 4 canons de 138mm modèle 1910 sur affût modèle 1919-25

-Batterie de la Vigie avec 3 canons de 138mm modèle 1881 sur affût modèle 1917

-Batterie de Nha Gu avec 4 canons de 75mm modèle 1908 sur affût modèle 1908-18

-Batterie de Batroi avec 4 canons de 75mm modèle 1881 sur affût modèle 1916

Ces batteries sont désactivées et tout est remis à plat pour protéger cette nouvelle base navale car certaines batteries se trouvaient dans l’emprise de la base opérationnelle.

Le plan arrêté en janvier 1942 prévoit deux forts principaux pour verrouiller l’accès à la baie, des positions dites de campagne (à armer en cas de guerre avec des pièces de campagne) pour obtenir un front de mer entièrement protégé.

L’Arsenal doit être protégé par des ouvrages fortifiés de type Maginot tout comme la base aéronavale, formant deux ensembles indépendants mais les champs de feu sont conçus pour se recouper.

Des travaux complémentaires doivent avoir lieu en cas de menace avérée sur l’Indochine, des tranchées doivent être creusées et des ouvrages de campagne construits pour transformer Cam-Ranh en un bastion inexpugnable.

Le dispositif du front de mer s’appuie donc sur deux forts installés de part et d’autre de la passe, les deux forts étant jumeaux par l’équipement et la puissance de feu. Fait qui démontre l’importance de cette position, les pièces d’artillerie sont neuves et non récupérées sur des navires désarmés.

Le cœur de chaque fort est constituée par une tourelle double équipée de deux canons de 203mm modèle 1940 identiques à ceux montés sur les Saint Louis, cette tourelle double étant appuyée par quatre canons de 152mm modèle 1931 en affûts simples sous masque et plate-forme rotative permettant le tir contre terre et contre but flottant.

La DCA n’est pas oubliée et est même plutôt soignée avec six canons de 90mm modèle 1939 en trois tourelles doubles et douze canons de 37mm modèle 1941 en affûts doubles.

La défense terrestre est assurée par quatre jumelages équipés d’un canon de 47mm et de deux mitrailleuses de 7.5mm.

Chaque fort est armée par une compagnie d’ouvrage pouvant si besoin est être renforcée par des unités de l’armée de terre.

Le reste du dispositif du front de mer est composé de huit emplacements pour des pièces d’artillerie tractée de 105 et de 155mm qui doivent être mis en place par l’artillerie coloniale en temps de guerre. Des casemates pour l’infanterie sont également prévus pour se défendre contre un éventuel débarquement.

L’Arsenal est défendu par quatre ouvrages «type Maginot» équipés chacun d’une cloche d’observation et de tir avec un canon de 25mm et une mitrailleuse de 7.5mm et quatre jumelages avec un canon de 47mm et deux mitrailleuses de 7.5mm. Deux mortiers de 81mm complètent le dispositif.

La défense antiaérienne de l’Arsenal est assurée par douze canons de 25mm Hotchkiss modèle 1939-40 en affûts doubles.

Une compagnie d’ouvrages est chargée d’armer les ouvrages fortifiés et les pièces de défense antiaérienne.

La défense de la base aéronavale est assurée par des ouvrages plus légers que ceux de l’Arsenal avec six petits casemates équipés de quatre jumelages, le jumelage avant est armé d’un canon de 47mm et d’une mitrailleuse de 7.5mm alors que les trois autres jumelages sont équipés de deux mitrailleuses de 7.5mm. La défense antiaérienne de la base aéronavale est assurée par douze canons de 25mm Hotchkiss modèle 1939-40 en affûts doubles.

La défense terrestre de la base est assurée par le Régiment de Fusiliers Marins de l’Indochine (RFMI), une unité créée en 1945 pour défendre cette base.

Elle est organisée en une compagnie d’état major, quatre compagnies de fusiliers, une compagnie régimentaire d’engins (canons antichars de 47mm, mortiers de 81mm et mitrailleuses de 13.2mm) et une compagnie de chars de marine équipée de Somua S-40.

Navires stationnés à Cam-Ranh en septembre 1948

-Croiseur lourd Tourville _navire-amiral des FNEO_

-Croiseur léger Duguay Trouin

-Porte-avions  Alienor d’Aquitaine

-Torpilleurs d’escadre Berthier et Tirailleur

-Torpilleurs légers Le Niçois Le Savoyard Le Béarnais et Le Catalan (7ème DT)

-Canonnières La Dédaigneuse et La Lurone

-Aviso-dragueurs Chevreuil Annamite Matelot Leblanc et Amiral Sénès (6ème DEL)

-Pétrolier Niger

-Pétrolier ravitailleur d’Escadre Rhône

-Remorqueur de haute mer Taureau

-Remorqueur de 1000ch Le Valeureux

-Remorqueurs de 750ch Jasmin Lys Pivoine

-Remorqueur de 600ch Padaran

-Remorqueurs de 300ch Nha Dé et Donnaï

-Gabare L’Entreprenante

Arsenal d’Indochine (Saïgon)

Bassin de l'Arsenal d'Indochine à Saïgon

Bassin de l’Arsenal d’Indochine à Saïgon

Cet arsenal à connu une existence mouvementée. Si le premier bassin à été inauguré en 1888 ce n’est qu’après la première guerre mondiale que l’arsenal d’Indochine (son nom officiel) voit le jour plus précisément en 1922 avec des installations réduites. Si réduites qu’il est supprimé en 1936, ses installations étant reprises par le port de commerce de Saïgon.

La marine nationale changea d’avis et le repris en 1940 pour permettre à une force maritime conséquente d’être réparée sur place, augmentant ainsi sa survie opérationnelle. La forme est ainsi agrandie à 190m pour permettre le carénage d’un croiseur.

Les ateliers sont modernisés et prévoyance salvatrice, des machines à outils sont installées pour produire des armes légères jusqu’au mortier de 81mm sans oublier les munitions.

En dépit de l’ouverture de la base de Cam-Ranh, des navires restent basés à Saïgon dans le port de commerce. En septembre 1948, les navires suivants y sont basés :

-Aviso colonial Amiral Charner

-Patrouilleur Branlebas

-Canonnière Marne

-Cannonières My Tho Tourane Francis Garnier et Song Do

-Chasseurs de sous-marins CH-45 et CH-46

Haïphong

Le grand port du nord de l’Indochine aurait pu faire un candidat à la grande navale en Indochine mais au final, ce port ne fût pas retenu en dépit de sa situation idéale dans le Golfe du Tonkin. La menace aérienne du à sa proximité avec la Chine l’élimina.

Il fût cependant décidé d’aménager une partie du port en zone militaire, un poste avancé de ravitaillement solidement protégé. Quelques navires sont cependant basés, notamment des unités légères.

250m de linéaires de quai sont construits avec une digue artificielle, créant un bassin protégé réservé aux navires militaires basés à Haïphong ou en escale pour se ravitailler en carburant, en munitions, vivres et pièces détachées.

Deux batteries côtières légères assurent la défense des accès du port avec pour chacune deux canons de 130mm sur affût tournant sous masque, deux canons de 75mm à tir contre but flottant et une DCA composée d’une tourelle double de 90mm (deux canons de 90mm modèle 1926) et de six canons de 25mm Hotchkiss modèle 1939-40.

La défense terrestre d’Haïphong partie intégrante de la «Ligne Doumer» est assurée par de petits blockhaus d’infanterie équipés d’un affût jumelé (un canon de 47mm et une mitrailleuse de 7.5mm) et de deux mitrailleuses de 7.5mm.

En septembre 1948, les navires suivants sont basés à Haïphong

-Aviso Nancy stationnaire ne prenant plus la mer depuis juin 1947. Son désarmement à été repoussé par le début du conflit en Europe.

-Patrouilleur La Cordelière. Cet ancien torpilleur de classe La Melpomène devient à son arrivée en Indochine navire-amiral de la Flottille Côtière du Nord (FCN) chargée de missions de souveraineté avec pour équipement six jonques armées, quatre patrouilleurs de construction locale et deux canonnières fluviales, la canonnière Bassac à Hué sur la rivière des Parfums et le Tonle Sap sur le fleuve Rouge

-Aviso Lassigny utilisé comme ravitailleur de sous-marins

-Sous-marins Germinal et Thermidor (23ème DSM)

Tourane

Site un temps envisagé pour la grande base navale en Indochine, le site de Tourane (aujourd’hui connue sous le nom de Da Nang) est transformé en mouillage protégé avec une digue artificielle et des installations de ravitaillement installées sur la rive à proximité de l’embouchure de la rivière Han.

Les défenses sont implantées de part et d’autre de l’embouchure de la rivière Han avec un total de deux canons de 130mm en affûts simples sous masque, quatre canons de 90mm modèle 1926 en deux affûts doubles et six canons de 25mm Hotchkiss modèle 1939-40.

Kompong San

La montée en puissance de la marine thaïlandaise dans les années trente et son tropisme japonais inquiète Saïgon qui décide d’aménager un mouillage protégé sur le golfe de Siam. Après une campagne de prospection, le site de Kompong Sam au Cambodge est choisit.

La campagne de dragage à lieu en 1943/44. Deux chenaux balisés sont réalisés ainsi que deux mouillages au centre d’une vaste baie pour les escales temporaires. Le point d’appui est réalisé à l’entrée du golfe à l’est.

Une digue empierrée est réalisée et 200m de linéaire de quai établie avec système de ravitaillement protégé et grues mobiles sur rails. A ces installations de ravitaillement s’ajoutent des ateliers de réparations et des locaux vie. Une piste de fortune est également construite pour le ravitaillement même si la baie soit suffisamment vaste pour permettre le ravitaillement par hydravions.

La défense de ce mouillage est assurée par deux points d’appui fortifiés à l’est et à l’ouest pour empêcher une flotte ennemie de mouiller dans ce golfe.

Chaque point d’appui fortifié se compose de deux canons de 130mm en affûts simples sous masque, deux canons de 75mm antiaériens en affûts simples et six canons de 25mm Hotchkiss. La défense terrestre est assurée par quatre tourelles démontables installés sur un trou en maçonnerie, chaque tourelle disposant d’un canon de 25mm et d’une mitrailleuse de 7.5mm.

Fortifications : Cap Saint Jacques et estuaire de la rivière Saïgon

Le Cap Saint Jacques n’est pas une base navale mais une forteresse destinée à couvrir les approches de Saïgon. Sa mise en défense avait déjà été réalisée au 19ème siècle mais ces travaux avaient réduits à néant par le renvoi en métropole des pièces d’artillerie lourde.

Un projet de « refortification » de ce point d’appui est assuré en 1946 avec une tourelle double de 152mm montée sur un encuvement en béton. Son action est relayée par huit canons de 90mm modèle 1939 en quatre affûts doubles montés aux quatre coins de la batterie pour le tir antiaérien et contre but surface voir contre terre. La DCA légère est assurée par six canons de 25mm.

La protection rapprochée de l’estuaire de la rivière Saïgon est assurée par deux petits points d’appui équipés pour chacun d’un canon de 130mm, de deux canons antiaériens de 75mm et de quatre canons antiaériens de 25mm. La défense rapprochée terrestre est assurée par quatre petits casemates équipés chacun de deux mitrailleuses de 7.5mm.

15-Pétroliers et Ravitailleurs rapides (3)

C-Pétrolier Le Loing

Le Loing à la mer

Le Loing à la mer

L’après guerre marque la généralisation progressive mais inexorable de la chauffe nécessitant plus que jamais une importante flotte de pétroliers.

Après la construction de quatre petits pétroliers de classe Aube, une loi votée le 5 août 1924 autorise non seulement l’achat du pétrolier Bakou réfugié à Bizerte avec les autres navires de la Flotte blanche (Devenu le La Loire, il sera utilisé jusqu’en juin 1928 quand elle est mise en réserve. Utilisé comme citerne à Brest puis à Alger de 1932 à 1946 date de sa vente à la démolition) mais également la construction d’un pétrolier de 6000 tonnes baptisé Le Loing.

-Le Loing est mis sur cale aux chantiers Worms du Trait le 21 août 1925 lancé le 4 avril 1927 et admis au service actif le 1er octobre 1927. Il assure à la fois des transports de pétrole entre la France ,l’Empire et les sites d’exploitation et le ravitaillement des navires opérationnels au cours de manoeuvre.

Il est affecté en Indochine de 1935 à 1938, ravitaillant le 1er février 1938 au cap Saint Jacques les croiseurs de la 4ème DC effectuant un tour du monde. A la fin de 1938, il est relevé par le Niger et rallie les Antilles où il va à la fois chargé du mazout et du gazole au Texas pour ravitailler les Forces Navales Françaises aux Antilles (FNFA).

Une note du 7 mars 1939 anticipant sur les commandes à passer entre 1940 à 1946 prévoit la commande d’un transport pétrolier de 8600 tonnes en 1943 pour le remplacer.

Ayant besoin de réparations, il quitte Fort de France le 25 avril 1940 pour rallier La Rochelle le 7 mai 1940. Il va subir des travaux aux chantiers Delmas & Vieljeux de La Rochelle, travaux concernant les chaudières et les citernes à mazout. Les travaux se terminent le 20 juillet 1940 et peut sortir pour essais les 21 et 22 juillet puis pour remise en condition du 24 au 31 juillet 1940.

Le Loing quitte La Pallice le 1er août, va charger du gazole et du mazout à Lorient les 2 et 3 août avant de traverser l’Atlantique à 11 noeuds de moyenne, ralliant Fort de France le 16 août 1940 à l’aube, réintégrant les FNFA.

Du 15 juin au 21 août 1943, le Loing est échoué au bassin à Fort de France pour un grand carénage bien mérité. Il subit une remise en état complète, profitant de l’amélioration des capacités industrielles de la Martinique. Il reçoit notamment un système de ravitaillement à la mer.

Armé pour essais le 25 août, il sort pour essais le 26 et le 27 août puis pour remise en condition du 29 août au 5 septembre 1943. Il appareille le lendemain 6 septembre pour Aruba où il charge du mazout le 8 septembre pour rentrer à Fort de France le 12 septembre 1943.

Comme tous les autres pétroliers français de l’époque, le Loing à une double casquette, servant à la fois de transport pétrolier de produits finis (mazout, gazole, essence d’aviation) entre le Venezuela, Curacao, le Mexique, le Texas et Fort de France voir Pointe à Pitre pour recompléter les dépôts civils et militaires et de ravitailleur de navires militaires au cours des différents exercices.

Ces exercices concernent principalement les navires des FNFA mais également des navires venus de métropole comme la 6ème DCT (Milan Epervier Vautour) venue de Brest en compagnie du Var pour un entrainement commun avec l’aviso colonial Bougainville, le principal navire de combat des FNFA, les «métropolitains» arrivant à Fort de France le 9 février 1944.

Du 28 février au 4 mars 1944, le Loing et le Var simulent un convoi protégé par la 6ème DCT contre le Bougainville qui simule un croiseur auxiliaire allemand comme ceux du premier conflit mondial

Du 1er au 12 septembre 1945, il soutien le croiseur léger Primauguet qu’il ravitaille en mer et en route à l’aide d’un système plus efficace que celui installé au cours du grand carénage de l’été 1943 et alors que le croiseur léger est à Pointe à Pitre du 13 au 16 septembre, le pétrolier rallie Aruba pour charger du mazout, du gazole et du carburant aviation.

Du 11 au 30 janvier 1946, il soutient le Primauguet engagé dans un entrainement intensif dans la région des Petites Antilles.

A l’origine, il était prévu de le désarmer en 1946 mais au final, il est décidé de le prolonger trois ans ce qui nécessite un grand carénage étoffé. Pour cela, il est échoué au bassin du 1er juin au 12 août 1946 pour une remise en état complète.

Après des travaux complémentaires à quai, le pétrolier Le Loing est armé pour essais le 1er septembre, effectuant ses essais réglementaires les 2 et 3 septembre puis sa remise en condition du 5 au 15 septembre, reprenant le surlendemain son activité opérationnelle quand il appareille pour le Texas afin de charger du mazout et du gazole, ce dernier servant notamment à alimenter la centrale électrique alimentant la Martinique.

Le 7 avril 1948, après un entrainement au combat de nuit des deux croiseurs, le pétrolier Le Loing ravitaille les croiseurs légers Gloire et Montcalm pour leur permettre de rallier Cayenne sans avoir à faire escale.

Le 5 septembre 1948, le Le Loing était à Aruba, chargeant du mazout et du gazole. Il rallie quelques jours plus tard la Martinique.

Caractéristiques Techniques du Loing

Déplacement : standard 3481 tW pleine charge 10138 tonnes 9915 tonnes de port en lourd

Dimensions : longueur hors tout 122.75m longueur entre perpendiculaires 117.84m largeur 15.51m tirant d’eau 7.45m au déplacement en charge

Propulsion : deux diesels Burmeister & Wain dévellopant 4100ch et entrainant deux hélices

Performances : vitesse maximale 13.96 noeuds (13 noeuds en service courant) rayon d’action 6000 miles nautiques à 13 noeuds

Capacités : 8 citernes (6550 mètres cubes) et 10 citernes d’été (1306 mètres cubes)

Armement : (1939-40) deux canons de 100mm modèle 1917, deux canons de 75mm antiaériens

En septembre 1948, le pétrolier Le Loing dispose toujours de deux canons de 100mm mais les deux canons de 75mm ont été remplacés par six canons de 37mm modèle 1941 en trois affûts doubles.

Equipage : 6 officiers et 70 hommes en temps de paix; 8 officiers et 76 hommes en temps de guerre.

8-) Croiseurs lourds (2)

A-Croiseurs lourds Duquesne et Tourville

Le croiseur lourd Duquesne au mouillage avec un Gourdou-Lesseure sur catapulte

Le croiseur lourd Duquesne au mouillage avec un Gourdou-Lesseure sur catapulte

Avant-propos

La loi-programme du 18 avril 1922 avait marqué le début du renouvellement de notre marine nationale avec la construction de trois croiseurs légers, de six contre-torpilleurs, de douze torpilleurs d’escadre et de douze sous-marins.

En 1923, un contingent finance la construction de sous-marins de grande et moyenne patrouille mais la marine est bien plus ambitieuse. Elle souhaite de se doter d’un véritable statut naval pour sécuriser à long terme sa modernisation et son expansion.

Un premier projet est déposé le 8 mars 1923, prévoyant une marine de guerre de 694760 tonnes avec 177800 tonnes de navires de ligne, 60960 tonnes de navires porte-avions, 360000 tonnes de navires légers (croiseurs lourds et légers, contre-torpilleurs et torpilleurs) et 96000 tonnes.

A cette flotte imposante s’ajoute 28000 tonnes de sous-marins côtiers et 51000 tonnes de navires auxiliaires (un navire-atelier, deux mouilleurs de mines, deux ravitailleurs de sous-marins, trois transports d’aéronautique……..).

Ce projet est retoqué par le gouvernement et modifié, redéposé sur le bureau de la Chambre le 16 décembre 1924 mais ne sera pas non plus voté, la Chambre des Députés accordant à la marine la construction de deux croiseurs de 1ère classe, de six torpilleurs et de deux sous-marins.

Ces deux croiseurs de 1ère classe sont étudiés pour profiter des limites du traité de Washington à savoir 10000 tonnes et une artillerie principale d’un calibre maximal de 203mm.

Le design de ces deux navires est fortement inspiré des Duguay Trouin. Les futurs Duquesne et Tourville sont conçus pour favoriser la vitesse au détriment de la protection qui est pour ainsi dire inexistante comme beaucoup de ces thinclad battleships (cuirassés en papier d’étain) avec un armement composé de huit canons de 203mm en quatre tourelles doubles.

Schéma de la classe Duquesne

Schéma de la classe Duquesne

Le Duquesne

Le Duquesne en 1937 avec les marques de neutralité imposées durant la guerre d'Espagne

Le Duquesne en 1937 avec les marques de neutralité imposées durant la guerre d’Espagne

-Le Duquesne est mis sur cale à l’Arsenal de Brest le 30 octobre 1924 lancé le 17 décembre 1925 et admis au service actif le 25 janvier 1929.

Le Duquesne forme la 1ère division légère au sein de la 1ère Escadre en Méditerranée en compagnie de son sister-ship Tourville puis à partir de mars 1930 avec le Suffren. Cette 1ère DL comportera jusqu’à cinq navires même si il était rare de voir les cinq navires disponibles ensemble.

D’octobre 1930 à juillet 1931, le Duquesne va servir de navire-école, faisant la jonction entre le croiseur cuirassé Edgar Quinet perdu sur les côtes algériennes et son remplaçant, le croiseur-école Jeanne d’Arc alors en construction à Saint-Nazaire. Ils transportent des élèves officiers avec le Tourville et le Suffren aux Antilles puis en Méditerranée orientale.

En octobre 1931, le Duquesne effectue une mission aux Etats Unis avec le Suffren avant d’être affecté définitivement en Méditerranée. Il est en travaux en 1933/34.

Le 1er novembre 1934, les «10000 tonnes» français sont réorganisés en deux divisions avec la 1ère DL composée de l’Algérie, du Colbert et du Dupleix et la 3ème DL composée du Foch, du Tourville, du Duquesne, le Suffren étant en réparations jusqu’à la fin de 1935.

La mise en service des croiseurs légers provoque la réorganisation des forces légères françaises avec en novembre 1937, la création de la 2ème DC avec les croiseurs lourds Duquesne Tourville et Suffren, les croiseurs Algérie Foch Colbert et Dupleix formant la 1ère DC.

Au printemps 1940, on décidé de clarifier le système, attribuant les numéros impairs aux croiseurs lourds et les numéros pairs aux croiseurs légers.

Les Tourville et Duquesne forment ainsi la 5ème Division de Croiseurs (5ème DC) basée à Toulon en compagnie de la 1ère DC formée des Dupleix et Suffren alors que la 3ème DC formée du Colbert et du Foch est basée à Brest. L’Algérie restant lui hors rang puisqu’il sert de navire-amiral de la Flotte de la Méditerranée.

Le Duquesne subit un grand carénage du 7 septembre 1940 au 27 juin 1941 au bassin n°8 (bassin Vauban) à Toulon. La coque est grattée et repeinte, les hélices changées, les lignes d’arbre réalésées, le bloc passerelle refondu, les chaudières sont retubées, les turbines visitées, les diesels-alternateurs sont changés.

Au niveau de l’armement, les tubes des canons de 203mm sont changés, les canons de 75mm sont remplacés par six canons de 90mm modèle 1926 en six affûts simples et la DCA d’origine (canons de 37mm modèle 1933 et mitrailleuses de 13.2mm) remplacée par douze canons de 37mm Schneider modèle 1940 en six affûts doubles et huit canons de 25mm Hotchkiss modèle 1940 en quatre affûts doubles. Les tubes lance-torpilles sont maintenus tout comme l’hydraviation embarquée.

Remorqué à quai le lendemain 28 juin, il subit une période de travaux complémentaires jusqu’au 5 août, date de son armement pour essais. Il sort pour essais du 8 au 17 août avant un stage de remise en condition du 20 août au 4 septembre 1941.

Il quitte Toulon le 11 septembre 1941, se ravitaille à Mers-El-Kébir le 13 septembre, relâche à Casablanca du 15 au 18 septembre avant d’arriver à Dakar le 22 septembre. Il effectue une importante école à feux au polygone de Rufisque du 25 septembre au 17 octobre 1941.
Après une nouvelle escale à Dakar du 18 au 23 octobre, il subit un entrainement de défense aérienne à la mer du 24 octobre au 5 novembre avant une ultime escale à Dakar du 6 au 11 novembre, reprennant la mer le lendemain 12 novembre, faisant escale à Casablanca du 16 au 19 novembre avant de rentrer à Toulon le 23 novembre 1941.

Le Duquesne sort à nouveau pour entrainement du 1er au 7 décembre, faisant escale à Sète du 8 au 11 décembre avant de rentrer à Toulon le 13 décembre 1941 à l’aube. Il sort à nouveau pour un entrainement à la défense antiaérienne du 16 au 21 décembre puis pour un entrainement aviation du 23 au 27 décembre, restant au port jusqu’à la fin de l’année.

Alors que le Tourville est encore en grand carénage, le Duquesne sort pour un entrainement dans le Golfe du Lion du 4 au 12 janvier avant de faire escale à Marseille du 13 au 17 janvier puis d’enchainer par un entrainement d’aviation du 18 au 27 janvier, rentrant à Toulon le lendemain 28 janvier.

Après sept mois de travaux, le Tourville est remis à flot le 7 février. Après une phase de travaux à quai du 7 au 21 février, il sort pour essais en compagnie du Duquesne du 22 au 25 février avant remise en condition du 27 février au 4 mars 1942.

Il participe à des manoeuvres au sein de la Flotte de la Méditerranée du 7 au 21 mars 1942 entre les côtes provençales et le Cap Corse, les croiseurs lourds de la 5ème DC manœuvrant avec  leurs congénères de la 1ère DC effectuant des raids antisurfaces et des simulations de bombardement littoral. Il sont tous de retour à Toulon le 24 mars 1942.

Abraham Duquesne étant originaire de Dieppe, le croiseur lourd appareille de Toulon le 4 avril 1942, fait escale à Ajaccio du 5 au 7 avril pour réparer un problème de diesel-alternateur, à Casablanca du 10 au 14 avril, à Brest du 17 au 21 avril, à Cherbourg du 22 au 25 avril avant d’arriver à Dieppe le 28 avril 1942. Il reste dans sa ville marraine jusqu’au 15 mai (charte signée le 29 avril) avant d’appareiller pour Toulon, faisant escale au passage à Brest du 18 au 21 mai, à Casablanca du 24 au 27 mai avant d’arriver à son port d’attache le 30 mai 1942.

Après une période d’indisponibilité du 31 mai au 14 juin 1942, le croiseur lourd sort pour essais du 15 au 21 juin avant remise en condition au large du cap Corse du 22 juin au 4 juillet. Il rentre à Toulon le 7 juillet après une escale à Bastia les 5 et 6 juillet.

Le Duquesne et le Tourville sortent ensemble pour un exercice aviation du 12 au 17 juillet avant de mouiller aux salins d’Hyères jusqu’au 20 juillet quand ils reprennent la mer pour des manœuvres avec la flotte au large d’Ajaccio du 20 au 29 juillet avant une escale dans la ville natale de Napoléon Bonaparte jusqu’au 5 août quand le Duquesne et le Tourville reprend la mer pour un nouvel exercice avec la 1ère DC (Suffren et Dupleix), les quatre croiseurs lourds menant un exercice d’interception et d’interdiction maritime et ce du 7 au 18 août 1942 avant de rentrer à Toulon le 20 août 1942.

Le croiseur lourd ressort du 5 au 20 septembre 1942 pour un nouvel exercice entre Marseille et Toulon en compagnie du Suffren puis du 25 septembre au 15 octobre 1942 avec le Dupleix. Il mouille à Bastia du 17 au  24 octobre avant de rentrer à Toulon le 25 octobre 1942 dans la soirée.

Il mouille aux Salins d’Hyères du 2 au 11 novembre puis effectue un stage de mise en condition pour amariner le nouveau personnel embarqué du 12 au 22 novembre avant de rentrer à Toulon le 24 novembre. Il sort à nouveau pour entrainement avec écoles à feux du 1er au 8 décembre, du 1é au 19 décembre et du 22 au 27 décembre.

La première sortie de l’année 1943 à lieu du 12 au 26 janvier 1943, une série de manœuvres au large de Toulon, des manœuvres menées avec l’armée de l’air avec des exercices de défense aérienne à la mer, de lutte ASM, de défense des lignes de communication, d’escorte de convois et de bombardement littoral. Il aurait du ensuite faire escale à Marseille mais une avarie de chaudière l’oblige à rentrer à Toulon dès le 27 janvier 1943.

Après une période d’indisponibilité jusqu’au 24 février 1943, le Duquesne sort pour essais du 25 février au 2 mars avant de retrouver à Ajaccio son sister-ship Tourville pour une remise en condition du 4 au 15 mars.

Le lendemain 16 mars 1943, les deux croiseurs lourds quittent Ajaccio, se ravitaillent à Mers-El-Kébir le 18 mars, relâchent à Casablanca du 21 au 23 mars avant d’arriver à  Dakar le 28 mars 1943.

Ils réalisent une première école à feux du 30 mars au 9 avril avant une escale à Dakar du 10 au 13 avril, escale suivie d’une deuxième école à feux du 14 au 25 avril puis après ravitaillement, un exercice de défense aérienne à la mer du 27 avril au 2 mai. Ils rentrent à Toulon le 9 mai 1943.

Les deux croiseurs lourds ressortent du 12 au 20 mai pour un exercice au large du Cap Corse suivit d’une escale commune à Nice du 21 au 28 mai avant de rentrer à Toulon le 29 mai dans la soirée.

Le Duquesne ressort deux fois entre le 5 et le 17 juin puis du 21 au 28 juin 1943 avant de subir un petit carénage au bassin n°8 du 1er juillet au 15 août 1943 au cours duquel les premiers radars sont installés. Il est en essais du 17 au 21 août avant remise en condition du 25 août au 9 septembre 1943.

Le 12 septembre 1943, le croiseur Saint Louis arrive à Toulon. La mise en service de ce puissant croiseur (14000 tonnes, 33 noeuds et 9 canons de 203mm en trois tourelles triples) entraine le déclassement du Duquesne le jour même de l’admission au service actif du croiseur le 15 septembre 1943.

Le Duquesne ne reste pas inactif pour autant. Il sort pour un entrainement de défense aérienne à la mer du 16 au 24 septembre avant une escale à Marseille du 25 au 28 septembre, rentrant à Toulon le 29 septembre.

Il sort à nouveau pour un entrainement au combat antisurface du 5 au 15 octobre suivit d’une escale à Nice du 16 au 19 octobre avant un entrainement aviation au profit des Dewoitine HD-731 du bord et ce du 20 au 31 octobre, rentrant à Toulon le 1er novembre 1943.

Le 5 novembre 1943, le Tourville est remis à flot après son petit carénage. Le Tourville et le Duquesne sortent pour essais du 6 au 10 novembre avant remise en condition du 12 au 22 novembre, les deux navires rentrant à Toulon le 27 novembre après une escale à La Ciotat du 23 au 26 novembre.

Le Duquesne sort pour un entrainement aviation du 2 au 9 décembre, retrouvant en mer son sister-ship le lendemain 10 décembre, le Tourville ravitaillant son sister-ship avant que les deux croiseurs effectuent un combat antisurface du 11 au 18 décembre. Ils rentrent à Toulon le 24 décembre après une escale à Nice du 19 au 23 décembre.

Le Duquesne sort pour un entrainement de défense aérienne à la mer du 5 au 15 janvier avant de faire escale à Alger du 16 au 20 janvier. Il quitte l’Afrique du Nord le 21 janvier, relâche à Casablanca du 23 au 26 janvier avant d’arriver à Dakar le 30 janvier 1944.

Il effectue une école à feux du 2 au 18 février avant une période de relâche à Dakar du 19 au 22 février avant une nouvelle école à feux du 23 février au 4 mars, quittant l’AOF le 5 mars, relâchant à Casablanca le 9 mars avant de rentrer à Toulon le 13 mars.

Il subit un petit carénage au bassin n°8 du 20 mars au 12 avril 1944 pour préparer son redéploiement en Indochine où il va être basé pour renforcer les Forces Navales  en Extrême Orient (FNEO) avec le statut de navire-amiral.

Il quitte le Var le 15 avril 1944, fait escale à Bizerte du 17 au 19 avril, à Alexandrie du 22 au 25 avril, franchit le canal de Suez le 26 avril avant d’arriver à Djibouti le 30 avril où il reste immobilisé pour un problème de condensateur.

Le problème résolu, le croiseur lourd reprend la mer le 5 mai 1944, traverse l’Océan Indien en direction de Singapour où il arrive le 15 mai 1944 pour trois jours d’escale. Il repart le 19 mai pour Cam-Ranh où il arrive le 27 mai 1944.

Après une période d’indisponibilité du 28 mai au 15 juin (avec un passage au bassin du 30 mai au 10 juin), le croiseur lourd devient navire-amiral des FNEO en remplacement du Duguay Trouin arrivé en Indochine en mars 1943.

Sa mission est d’assurer la défense de l’Indochine en couvrant notamment les lignes de communication avec la Malaisie, les Phillipines et les Indes Néerlandaises. L’attitude hostile de la Thaïlande à notre encontre fait que le croiseur lourd à aussi un rôle dissuasif vis à vis de la petite marine thaïlandaise.

Le Duquesne appareille pour la première fois de la base de Cam-Ranh le 18 juin pour Haïphong dans le cadre d’une mission de transport rapide. Arrivé dans le grand port du nord le 21 juin, le croiseur lourd est impliqué bien malgré lui dans une attaque mené par plusieurs bandes rebelles non identifiées.

Le croiseur met à terre sa compagnie de débarquement (90 hommes) pour aider les troupes de la garnison à traquer les assaillants qui parviennent à s’évanouir dans le delta. Suite à cet incident, le gouverneur de l’Indochine à Hanoï décide de renforcer la défense du grand port du nord.

Les abords de la ville vont ainsi être bien davantage surveillés grâce à un système de postes de surveillance, de barbelés et de champs de mines.

Cette ligne de surveillance ne cessera d’être renforcée au point de ressembler de loin pour certains à une mini Ligne Maginot, recevant le nom officieux de Ligne Doumer de Paul Doumer qui avant d’être président de la République de 1931 à 1932 avait été gouverneur général de l’Indochine de 1896 à 1902.

Le Duquesne va participer à ce renforcement en déployant sa compagnie de débarquement pour sécuriser les travaux et assurer des transports de troupes et de matériels depuis Cam-Ranh.

De retour à Cam-Ranh le 2 juillet, le croiseur lourd va ainsi effectuer huit rotations pour transporter acier, bétons, fils barbelés, armes, munitions mais également travailleurs jusqu’à la fin du mois de septembre.

La première le voit appareiller de sa base le 5 juillet pour Haïphong où il arrive le 9 juillet, repartant dès le lendemain 10 juillet pour Cam-Ranh où il arrive le 14 juillet.

Elle est donc suivit de sept autres rotations du 17 au 26 juillet, du 28 juillet au 6 août, du 8 au 17 août, du 20 au 29 août, du 1er au 10 septembre, du 13 au 22 septembre et du 24 au 30 septembre 1944.

Le croiseur lourd ressort le 5 octobre 1944 pour des manoeuvres en solitaire au large de Cam-Ranh, effectuant un tir sur cible mais également un entrainement de ses canonniers antiaériens.

Il rentre au port le 12 octobre 1944 et va ressortir encore trois fois jusqu’à la fin de l’année : du 15 au 21 octobre, du 8 au 20 novembre et du 2 au 20 décembre, toujours pour des entrainements dont certains ont lieu dans le Golfe de Siam suscitant à chaque fois la fureur de Bangkok qui y parle de «provocations nuisant aux bonnes relations franco-thaïlandaise».

Après un petit carénage du 5 janvier au 15 février 1945, le croiseur lourd ressort pour essais du 16 au 19 février. Le Duquesne et le Duguay-Trouin manœuvrent ensemble du 19 au 27 février avant de rentrer au port dans la soirée.

Le 4 mars 1945, le croiseur appareille pour Hong Kong où il arrive le 8 mars pour une visite protocolaire du gouverneur de l’Indochine au gouverneur de la colonie britannique. Le croiseur lourd est ouvert à la visite jusqu’au 12 mars quand il repart avec le gouverneur à bord pour Manille où M. de Richert va rendre visite à Manuel Roxas, le président des Phillipines, récément indépendantes (bien que de nombreuses troupes américaines soient toujours stationnées).

Arrivé à destination le 16 mars, le croiseur repart dès le lendemain pour manœuvrer avec l’Asiatic Fleet et la petite marine phillipine (deux vieux flush-decker et des chalutiers transformés en patrouilleurs étant les unités les plus importantes) et ce jusqu’au 25 mars quand il rembarque le gouverneur pour le ramener à Saïgon le 30 mars puis de rentrer dans la foulée à Cam-Ranh.

Le Duquesne quitte Cam-Ranh le 5 avril en compagnie du croiseur léger Duguay-Trouin pour des manœuvres conjointes dans le Golfe du Tonkin avec l’armée de l’air et l’armée de terre. Ils arrivent à Haïphong le 10 avril, retrouvant sur place la Flottille Côtière du Nord (FCN).

Cette FCN mise en place en 1943 est composé de navires réquisitionnés, de quelques navires de construction locales chargées de la sécurité des ports et du delta. Son navire-amiral après avoir été un temps le vieil aviso Nancy (toujours en service mais qui sert de ponton) est depuis mars 1944 le patrouilleur ex-torpilleur léger La Cordelière.

L’exercice commence le 11 avril d’abord à terre sur carte pour à la fois entrainer les état-majors, régler les différentes fréquences radios. Les choses sérieuses commencent le 12 avril avec un exercice de défense aérienne à la mer où des avions de l’armée de l’air vont tenter d’attaquer et de couler les deux croiseurs et la «poussière navale» de la FCN.

Les 13 avril et 14 avril 1945, le croiseur lourd effectue une simulation de tir contre la terre dans le cadre d’un assaut amphibie contre le port d’Haïphong, ce raid amphibie étant mené par un groupement composé composé de Légionnaires, de troupes coloniales et de supplétifs vietnamiens.

Face à ce débarquement, la garnison d’ Haïphong (4000 hommes) peut compter sur l’appui du Groupement Mécanisé Colonial (GMC), une sorte de division cuirassée renforcée qui bien que puissant montre des difficultés à opérer dans le Delta. Si les assaillants ne parviennent pas à s’emparer de la ville, ils font suffisamment de dégâts pour rendre le port inopérant.

Durant tout cet exercice le croiseur léger lui à assuré l’appui de la garnison en tirant notamment des obus fumigènes et des obus éclairants qui provoquent d’ailleurs quelques incendies vite maitrisés.
L’exercice se termine le 16 avril par des manœuvres combinées, un exercice de synthèse où toutes les épreuves précédemment exécutées sont réalisées simultanément. Les deux croiseurs quittent le Golfe du Tonkin le 19 avril 1945 pour rentrer à Cam-Ranh le 23 avril 1945.

Le Duquesne est indisponible jusqu’au 17 mai 1945, sortant pour essais du 18 au 23 mai avant remise en condition au large de Cam-Ranh du 24 au 31 mai 1945.

Le 6 juin 1945, le croiseur lourd appareille pour Haïphong, effectuant un transport rapide en l’occurrence un bataillon de tirailleurs indochinois destiné à renforcer la protection du grand port du nord suite à des mouvements de troupes japonais à la frontière entre la Chine et l’Indochine.

Le bataillon est mis à terre le 12 juin pour renforcer la garnison qui atteint maintenant 5000 hommes, un solide morceau pour tout assaillant. Les autorités français ne font cependant pas d’illusions : si le Japon veut réellement l’Indochine, il l’aura.

Le croiseur rentre directement à Cam-Ranh le 18 juin 1945 où il retrouve de nouveaux venus en l’occurrence deux torpilleurs légers de la 7ème DT, les Niçois et Savoyard qui seront rejoint au début du mois d’octobre par les torpilleurs Béarnais et Catalan alors encore en mise en condition.

Avec l’arrivée prévue d’un porte-avions léger, les FNEO atteignent l’apogée de leur puissance avec un croiseur lourd, un croiseur léger et quatre torpilleurs légers sans oublier la poussière navale et que le déploiement permanent de sous-marins est sérieusement envisagé.

Le croiseur lourd sort ainsi le 25 juin avec les deux torpilleurs légers pour un entrainement au large de Cam-Ranh afin d’habituer les deux torpilleurs à leur nouveau milieu géographique. Les trois navires sont en exercices jusqu’au 5 juillet puis rejoints par le Duguay-Trouin le 6 juillet pour de nouveaux exercices jusqu’au 15 juillet 1945 quand les quatre navires remontent la rivière Saïgon pour mouiller à Saïgon jusqu’au 25 juillet avant de rentrer à Cam-Ranh le 27 juillet 1945.

Après une période d’indisponibilité du 28 juillet au 9 août 1945, le croiseur lourd ressort le 12 août pour une mission de transport rapide en direction de Tourane, débarquant une compagnie d’infanterie légère pour réprimer d’importantes émeutes dans la grande ville du centre du Vietnam le 15 août 1945 avant de patrouiller au large de la ville, menaçant les quartiers insurgés du tir de ses canons jusqu’au 25 août, rentrant à Cam-Ranh le 28 août 1945 dans la soirée.

Il ressort à nouveau le 5 septembre 1945 pour une mission de présence en Asie du Sud Est, le Duquesne étant chargé de montrer le pavillon et de renforcer les liens avec les pays ou les colonies de la région.

Il effectue une première escale à Hong Kong du 10 au 15 septembre suivit d’une escale à Manille du 19 au 22 septembre, à Zamboanga du 25 au 29 septembre, Singapour du 3 au 8 octobre, Batavia du 10 au 15 octobre, franchit le détroit de La Sonde avant de faire escale à Padang du 18 au 21 octobre, Port Blair dans les îles Andaman du 24 au 27 octobre, Kuala Lumpur du 30 octobre au 3 octobre, Singapour à nouveau du 5 au 8 octobre avant de rentrer à Cam-Ranh le 12 octobre 1945.

Le 16 octobre 1945, le croiseur lourd ressort en compagnie des torpilleurs légers Savoyard et Niçois pour accueillir au large de Saïgon les torpilleurs légers Béarnais et Catalan qui vont permettre à la 7ème DT d’avoir les coudées franches. Le croiseur lourd ravitaille les deux torpilleurs pour leur permettre de gagner sans problème Cam-Ranh le 18 octobre dans la soirée.

Le croiseur lourd Duquesne ressort le 25 octobre pour un exercice avec les autres navires des FNEO. L’exercice commence par un raid des quatre torpilleurs contre le croiseur lourd suivit par le même exercice contre le croiseur léger puis par l’attaque du croiseur léger par les quatre torpilleurs menés par le croiseur lourd avant que l’inverse ne soit réalisé.

Après un exercice de défense aérienne à la mer, la force navale rentre à Cam-Ranh le 29 octobre 1945. Le croiseur lourd ressort encore du 2 au 12 novembre et du 5 au 17 décembre pour des transports rapides entre Cam-Ranh et Haïphong.

Après un petit carénage du 4 au 27 janvier, le croiseur lourd ressort avec le croiseur léger Duguay-Trouin et les torpilleurs légers Nicois et Catalan pour un exercice combiné avec l’armée de l’air au large de Saïgon du 28 janvier au 12 février 1946

Rentré à Cam-Ranh le 14 février 1946, le croiseur lourd reprend la mer le 20 février pour un exercice de défense aérienne à la mer jusqu’au 25 février avant un long mouillage à Saïgon du 26 février au 5 mars 1946. Il rentre à Cam-Ranh le lendemain, 6 mars 1946.

Après une indisponibilité accidentelle pour des problèmes mécaniques du 12 mars au 4 avril, le croiseur lourd reprend la mer pour essais du 5 au 12 avril puis pour remise en condition du 13 au 21 avril. Il effectue ensuite un transport rapide entre Saïgon et Haïphong du 25 avril au 3 mai 1946 puis un autre entre Cam-Ranh et Haïphong du 7 au 18 mai 1946, rentrant à son port d’attache le 19 mai au soir.

Le 5 juin 1946, il quitte Cam-Ranh pour un exercice combiné avec le croiseur léger Duguay-Trouin  au large de Saïgon. Les deux navires effectuent des simulations de raids antinavires, de bombardements littoraux puis subissent les assauts répétés d’avionsde l’armée de l’air.

Le 10 juin 1946 alors que les deux croiseurs allaient rentrer à Cam-Ranh, la ville d’ Haïphong est secouée par de très violentes émeutes doublées d’une attaque de postes isolés qui ne laissent aucun doute sur le caractère prémédité de l’opération.

La garnison de 5000 hommes est dépassée par les événements et réclame des renforts. Le transport par la mer étant le plus rapide, on ordonne aux deux croiseurs de gagner en urgence Tourane pour embarquer des renforts.

C’est ainsi que le Duquesne embarque 500 légionnaires du 5ème REI alors que le Duguay Trouin embarque 300 hommes du 11 ème RIC (Régiment d’Infanterie Coloniale) qu’ils débarquent à Haïphong le 12 juin 1946.

Ces 800 hommes vont former un groupe mobile occasionnel avec des chars Somua S-35 et des automitrailleuses Panhard du GMC. Leur apparition soulage la garnison en repoussant les bandes armées officiellement non identifiées et permettant à la garnison de rétablir l’ordre dans la ville.

Les croiseurs ont participé à cette reprise en main, le Duquesne tirant 58 obus de 203mm pour soulager plusieurs postes attaqués alors que le Duguay-Trouin tirait 120 obus de 155mm, obus explosifs et éclairants pour empêcher les infiltrations nocturnes.

Les deux croiseurs vont rester sur zone jusqu’au 5 août pour éviter que les braises ne se rallument avant de rentrer à Cam-Ranh le 10 août. Le Duquesne est indisponible du 12 août au 4 septembre 1946.

Il ressort le 5 septembre 1946 pour essais mais le 10 septembre 1946 en pleine nuit, il est victime d’une panne totale de propulsion provoquant son échouage à proximité du Cap Saint Jacques.

Le Cap Saint Jacques

Le Cap Saint Jacques

Fort heureusement, il n’y à eu aucun mort, seulement des blessés dont certains assez sérieux qui sont évacués grâce à un va et vien organisé avec la terre.

A l’aube, alors que le temps est encore clément, on tente de déséchouer le navire. Les tentatives effectuées par le croiseur échouent tout comme celle tentées par un cargo qui passait par là, le cargo Langlard (Compagnie de Navigation Côtière de l’Annam).

On décide alors d’alléger au maximum le navire et de faire appel à des moyens spécifiques. Par chance, un remorqueur de haute mer britannique était présent à Saïgon. Le Nemesis accepte aussitôt de participer aux travaux.

Le pétrolier Mékong va pomper tout le carburant présent dans les soutes, les obus sont déchargés sur le cargo Langard mais cela ne suffit pas.

Pour ne rien arranger, la météo se dégrage et les lames aggravent les avaries. Un vent violent oblige même les navires de sauvetage à se replier à l’abri du Cap Saint-Jacques, l’équipage étant évacué sauf le commandant et quinze hommes qui refusent d’abandonner «leur» navire.

Les secours reprennent le 12 septembre 1946. Les tourelles avant de 203mm sont débarquées tout comme toute la DCA légère (du moins celle accessible) et la catapulte. Le navire ainsi allégé se redresse presque naturellement n’affichant plus qu’une gite de 7° sur tribord.

Le Némésis passe une remorque mais celle-ci casse à la différence de celle du pétrolier Mékong qui parvient à ramener l’infortuné croiseur à Cam-Ranh où il arrive le 18 septembre 1946.

Mis au bassin, le croiseur dévoile des lignes d’arbres et des hélices tordues, une coque très endommagée.

Jugeant les dégâts trop importants pour un navire de son âge, la marine décide de désarmer le navire, désarmement officiel le 4 octobre 1946. Il est condamné le 9 octobre 1946.

Privé de son armement, l’ex-Duquesne va servir de brise-lames pour protéger l’Albert Caquot, brise-lames qui sera équipé à partir de 1948 de canons antiaériens pour renforcer la protection de la baie.