22-Armée de terre : armement et matériel (17)

E-Artillerie lourde sur voie ferrée

Préambule

Le déplacement des pièces d’artillerie à toujours posé problème depuis leur apparition. Tant que leur poids était modéré, le cheval pouvait tracter la pièce avec son avant-train, les pièces légères formant une véritable artillerie volante donc les RA des DLM sont les héritiers.

Avec l’augmentation du poids des pièces d’artillerie, leur transport en un seul fardeau par un atellage de chevaux devint impossible et après avoir choisit la solution temporaire du démontage de la pièce en deux fardeaux, on privilégia pour les pièces lourdes l’utilisation du tracteur à vapeur puis à moteur.
Lui aussi ne tarda pas à atteindre les limites pour les plus grosses pièces dont le déplacement par la route était possible mais nécessitait de tels efforts que l’investissement n’était guère rentable.

C’est là que la voie ferrée fût d’un précieux recours, permettant le déplacement et la mise en œuvre de pièces lourdes voir très lourdes nécessaires par exemple pour la neutralisation des forts. On se souvient qu’en 1914, les forts de Liège tombèrent sous les coups des canons de 305 et de 420mm.

L’artillerie française mit donc en œuvre de nombreuses pièces d’artillerie sur voie ferrée d’un calibre maximal de 400mm, l’armistice empêchant la mise en service de deux canons monstrueux de 520mm.

En septembre 1939, l’Artillerie Lourde sur Voie Ferrée est toujours présente avec des pièces anciennes, son utilité même est remise en cause par les modernistes qui estiment non sans raison qu’avec l’aviation, l’artillerie lourde sur voie ferrée est à ranger au musée des antiquités militaires ce à quoi répondent ses défenseurs que l’ALVF peut elle tirer par tous les temps……….. .

Le général Villeneuve décide de maintenir cette capacité en la rationalisant en ne relançant pas dans un premier temps la fabrication de nouvelles pièces.

Canon de 164mm modèle 1893-96

Canon de 164mm modèle 1893-96

Canon de 164mm modèle 1893-96

Comme la totalité (ou peu sans faut) des pièces d’Artillerie Lourde sur Voie Ferrée, ce canon est une pièce d’origine marine, utilisée à bord des cuirassés Iena, Suffren et de classe République

Après avoir utilisée à de nombreuses reprises durant le premier conflit mondial, ce canon continue sa carrière durant la guerre de Pologne puisque quatre canons sont encore en service, formant la 12ème batterie du 4ème groupe du 374ème Régiment d’Artillerie Lourde sur Voie Ferrée.

Suite à la démobilisation de ce régiment, les pièces sont feraillés après avoir liquidé le maigre stock d’obus restant au cours d’écoles à feu intensives.

Caractéristiques Techniques du canon de 164mm modèle 1893-96

Calibre : 164.7mm (6.5 pouces) Poids du canon : 7040kg Poids de l’obus (explosif) 50.5kg (perforant) 52kg Longueur du tube : 7.4m Portée : 15400m avec l’obus perforant, 19000 avec l’obus explosif Cadence de tir : 3 coups/minute.

Canon de 194mm modèle 1870-93

Canon de 194mm TAZ modèle 1870/93

Canon de 194mm TAZ modèle 1870/93

Ce canon de 194mm est lui aussi une pièce de marine installée avec sa tourelle sur un affût truck et quand éclate la guerre de Pologne, vingt-quatre exemplaires sont en service au sein des Régiments d’Artillerie Lourde sur Voie Ferrée.

C’est le 374ème RALVF qui met en œuvre ces canons au sein des 1er, 2ème, 3ème et 6ème groupes, chaque groupe disposant de deux batteries de trois canons soit donc 24 canons en ligne.

Suite à la démobilisation de ce régiment, les pièces sont feraillés et le stock d’obus réutilisé par les régiments utilisant les 194 GPF.

Caractéristiques Techniques du canon de 194mm modèle 1870-93

Calibre : 194.4mm Poids total : 65000kg Poids de l’obus : 83kg Longueur du tube : nc Portée maximale 18300m (portée efficace 14680m) Elevation en site : -3° à +40° en azimut 360° Cadence de tir : 4 coups/minute

Canon de 240mm modèle 1884, modèle 1893-96 et modèle 1917

Plusieurs modèles de canons de ce calibre étaient utilisés par l’Artillerie Lourde sur Voie Ferrée en l’occurence le modèle 1884 utilisé à trois exemplaires par la 13ème batterie (5ème groupe 374ème RALVF), le modèle 1893-96M utilisé à huit exemplaires par les 10ème et 11ème batterie (4ème groupe 374ème RALVF) et le modèle 1917 utilisé à quatre exemplaires par la 14ème batterie (5ème groupe 374ème RALVF).

Suite à la démobilisation, ces canons sont retirés du service, démontés et stockés, les stocks d’obus étant transférés à l’Artillerie de position.

Caractéristiques du canon de 240mm modèle 1893-96

Calibre : 240mm Poids total de l’affût 140 tonnes Poids de l’obus :162kg Longueur du tube : nc Portée maximale 22700m Elevation : 0° à +40° Cadence de tir : 1 coup toutes les deux minutes.

Canon de 274mm modèle 1917G
Ce canon est à l’origine une pièce de marine utilisée notamment par les cuirassés Bouvet et Massena ou encore les garde-côtes Henri IV, Requin et Indomptable. Montés sur un affût truck, ils deviennent des modèle 1917G (G pour Guerre) et participent au premier conflit mondial.

Quand éclate la guerre de Pologne, huit canons sont mobilisés, le 372ème RALVF mettant en œuvre huit canons au sein des 10ème et 11ème batteries du 4ème groupe et le 373ème RALVF mettant en œuvre lui aussi huit canons au sein des 4ème et 5ème batteries du 2ème groupe.

Suite à la démobilisation et à la réorganisation de l’ALVF, ces canons aux stocks d’obus limités sont démontés et stockés.

Caractéristiques Techniques du canon de 274mm modèle 1917G

Calibre : 274mm Poids de l’affût : 152 tonnes Poids de l’obus : 237.50kg Longueur du tube : nc Portée maximale 29100m Elevation : inconnue Cadence de tir : inconnue.

Canon de 294mm modèle 1914

Ce canon existait à cinq exemplaires quand éclata la guerre de Pologne en septembre 1939. Quatre canons seulement furent mobilisés au sein du 371ème RALVF, formant la 10ème batterie du 3ème groupe.

Suite à la démobilisation et à la réorganisation de l’ALVF, ces canons aux stocks d’obus limités sont démontés et stockés (mais pas feraillés) même si leur remise en service est hautement improbable.

Canon de 305mm modèle 1906G et modèle 1906/10G

Ces canons sont des pièces de marine, ayant été utilisés par les Danton et les Courbet. En septembre 1939, on trouve six canons en ligne au sein de l’artillerie lourde sur voie ferrée en l’occurence trois canons modèle 1906G au sein du 372ème RALVF (5ème batterie 2ème groupe) et trois canons modèle 1906/10G au sein du 373ème RALVF (11ème batterie 3ème groupe).

Suite à la réorganisation de l’artillerie lourde sur voie ferrée, ces canons sont retirés du service, les affûts feraillés et les canons stockés au parc d’artillerie de Guipavas en compagnie des canons de 305mm des Courbet après leur désarmement.

En version marine, ce canon de 45 calibres tire des obus de 432 kg (perforants) et de 308kg (explosifs)  à une portée maximale de 27500m à raison de 1.5 à 2 coups par minute. Le poids du canon est de 20800kg, l’affût de 183 tonnes. Le canon peut pointer en site de +22° à +40° et en azimut sur 10°

Canons de 320mm

Canon de 320mm sur voie ferrée en action

Canon de 320mm sur voie ferrée en action

A la différence des canons précédents, ces canons ont été fondus pour la défense côtière et pour l’artillerie lourde sur voie ferrée et non d’anciennes pièces de marine réutilisées après désarmement des navires.

Plusieurs modèles ont cohabité durant le premier conflit mondial mais également durant la guerre de Pologne avec vingt pièces sortis des stocks pour montrer que la France avait toujours des muscles.

Le 372ème régiment d’artillerie lourde sur voie ferrée dispose au sein du 2ème groupe d’une 4ème batterie avec 4 canons modèle 1917G.

Le 373ème régiment d’artillerie lourde sur voie ferrée dispose d’un 3ème groupe avec les 7ème et 8ème batteries disposant chacune de quatre canons modèle 1870-30G et d’un 5ème groupe avec les 13ème et 14ème batteries disposant chacune de quatre canons modèle 1870-30G.

Suite à la réorganisation de l’Artillerie Lourde Voie Ferrée, les canons de 320mm restent en service, le 371ème RALVF disposant d’un 3ème groupe avec deux batteries de quatre pièces, le 372ème RALVF disposant lui aussi d’un 3ème groupe à deux batteries de quatre pièces. Les quatre pièces excédentaires servent pour l’entrainement et les tests.

Caractéristiques du canon de 320mm modèle 1870-90

Calibre : 320mm Poids de l’affût : 162 tonnes Poids de l’obus 387kg Longueur de l’affût : 101.10 Portée maximale 20500m Elevation : 0 à +40° Cadence de tir : un coup toutes les cinq minutes.

Caractéristiques du canon de 320mm modèle 1917

Calibre : 320mm Poids de l’affût : 178 tonnes Poids de l’obus 387kg Longueur de l’affût : 118.20 Portée effective 26200m Elevation : 0 à +40° Cadence de tir : un coup toutes les cinq minutes.

Canon de 340mm modèle 1912

Canon de 340mm modèle 1912

Canon de 340mm modèle 1912

Ce canon de 340mm est lui aussi une pièce de marine conçue pour les cuirassés de classe Bretagne, Normandie et Lyon mais seuls les trois cuirassés de la première classe nommée ont été construits, les Normandie n’étant pas achevés et les Lyon jamais mis sur cale.

Utilisés durant le premier conflit mondial comme pièce d’artillerie lourde sur voie ferrée, ce canon est toujours en service en septembre 1939 avec quinze pièces répartis entre deux régiments.

Le 372ème régiment dispose de onze pièces réparties entre le 1er groupe (deux batteries de deux pièces), le 2ème groupe (une batterie de 2 canons) et le 3ème groupe (deux batteries de deux pièces et une batterie avec un unique canon).

Le 373ème régiment dispose d’un groupe à deux batteries de deux canons.

Suite à la réorganisation de l’artillerie lourde sur voie ferrée, ce canon reste en service au sein des régiments maintenus en ligne.

-Le 371ème RALVF dispose du 2ème groupe disposant de deux batteries de quatre pièces soit huit canons.

-Le 372ème RALVF dispose du 2ème groupe dispose de deux batteries de deux pièces et une batterie de trois pièces soit sept canons.

Tous les canons de 340mm restent en service. Pour obtenir un volant de réserve, les six canons de 340mm débarqués des cuirassés de classe Bretagne sont transférés à l’ALVF et précieusement stockés.

Caractéristiques Techniques du canon de 340mm modèle 1912

Calibre : 340mm Poids de l’affût : 164 tonnes Poids de l’obus : 432 kg Longueur de l’affût : 163m Portée maximale : 44000m Elevation : 0 à +40° Champ de battage : 4 à 6° Cadence de tir : 1 coup toutes les cinq minutes soit environ 12 coups par heure.

Canon de 370mm modèle 1915

Obusier de 370mm

Obusier de 370mm

Ce canon d’un calibre que nous qualifierons pudiquement d’acceptable est présent en septembre 1939 à six exemplaires au sein de l’artillerie lourde sur voie ferrée, six canons mis en œuvre par le 371ème régiment au sein de son 3ème groupe et plus précisément au sein des batteries n°7, n°8 et n°9.Suite à la réorganisation de l’ALVF à l’automne 1940, ces canons sont retirés du service, les canons sont stockés mais leurs affûts sont feraillés.

Caractéristiques du canon de 370mm modèle 1915

Calibre : 370mm Poids de l’affût 130 tonnes Poids de l’obus : 516 ou 710kg Longueur de l’affût : 98.50m Portée maximale : 16400m Portée effective 14600m Elevation en site : 0° à +65° Champ de tir azimutal 12° Cadence de tir : inconnue

Obusier de 400mm

Obusier de 400mm modèle 1916, la plus puissante pièce de l'ALVF en service

Obusier de 400mm modèle 1916, la plus puissante pièce de l’ALVF en service

Cet obusier sur rail était le plus gros calibre de l’artillerie lourde sur voie ferrée française à l’exception du canon de 520mm qui ne sera pas mobilisé en septembre 1939 et maintenu en réserve en cas de besoin.

Quand éclate la guerre de Pologne, vingt-deux canons de ce type sont en service au sein de deux régiments, le 371ème RALVF disposant de douze pièces réparties de manière égale au sein des 1er et 2ème groupes à raison de six batteries de deux canons (batteries numérotées de 1 à 6) et au sein du 372ème RALVF à raison pour ce dernier de deux groupes équipés, le 5ème groupe disposant des 13ème et 14ème batteries à deux canons alors que le 6ème groupe dispose des 16ème, 17ème et 18ème batteries à deux canons.

Suite à la réorganisation de l’artillerie lourde sur voie ferrée, ce canon reste en service au sein des deux régiments maintenus en ligne, le 371ème RALVF disposant d’un 1er groupe équipé de huit obusiers en deux batteries, le 372ème RALVF disposant d’un 1er groupe lui aussi équipé de huit obusiers en deux batteries soit seize canons, les six autres étant stockés comme volant de fonctionnement.

Caractéristiques Techniques de l’obusier de 400mm modèle 1915 et modèle 1916

Calibre : 400mm Longueur du tube : 10.65m Poids total : 140 tonnes Poids de l’obus 900kg Portée : 15000m

Canon de 240mm modèle 1944

Quand il arrive à la tête de l’armée française, le général Villeneuve à un mot à la bouche : modernisation. L’artillerie lourde sur voie ferrée appartenant plus au passé qu’à l’avenir, il semblait dit que le «Général Tornade» allait mettre l’ALVF au chômage technique.

Il n’est pas impossible qu’il y ait pensé un court instant mais au final, il préféra conserver cette capacité en la rationalisant pour forcer la ligne Siegfried qui à l’époque était vue comme l’équivalent de la ligne Maginot sans oublier une éventuelle percée dans les Alpes qui était le massif montagneux le plus fortifié du monde.

En 1944 alors que les pièces maintenues en service commençaient à accuser le poids des ans, le chef d’état-major général décida d’étudier la construction de nouveaux affûts d’artillerie sur voie ferrée.

Plusieurs hypothèses de travail furent étudiées comme l’acquisition de canons de 330 modèle 1931 ou de 380mm modèle 1935 pour les installer sur un nouvel affût plus moderne ou encore l’installation sur un affût-truck léger d’un canon de 194 GPF qui existait déjà en une version tractée et une version chenillée.

Finalement le gagnant fût le canon de 240mm modèle 1944, une reprise nettement modernisée (upgradée dirions nous aujourd’hui) du modèle 1884, les deux prototypes mis au point par l’établissement de Tarbes étant d’ailleurs à la base des modèles 1884.

Vingt-quatre canons sont ainsi commandés en juin 1944 pour former six batteries répartis entre le 373ème et le 374ème RALVF réactivés pour l’occasion et déployés dans le Sud-Est avec pour cible l’Italie, le premier étant basé à Grenoble et le second à Nice. .

Les pièces sont livrées entre septembre 1945 et juillet 1947, effectuant de nombreux tirs de recette sur la côte méditerranéenne et déployés à chaque pic de tension le long de la frontière italienne et même en Tunisie où une batterie de 4 pièces est envoyée en juillet 1948, officiellement pour exercices.

Caractéristiques Techniques du 240mm modèle 1944

Calibre : 240mm Poids total de l’affût 130 tonnes Poids de l’obus :1è2kg Longueur du tube :  50 calibres soit 12m Portée maximale 24800m Elevation : 0° à +45° Cadence de tir : 1 coup toutes les deux minutes.

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22-Armée de terre : armement et matériel (16)

Canon de 240L modèle 1884 Saint Chamond

Canon de 240L modèle 1884 Saint Chamond

Canon de 240L modèle 1884 Saint Chamond

Le canon de 240mm long modèle 1884 est à l’origine une pièce destinée à la défense des côtes ce qui explique outre son calibre, un encombrement et un poids qui rend improbable son utilisation à terre contre des cibles terrestres.

Seulement voilà, l’artillerie allemande dispose de pièces tirant fort et loin contre l’arrière du front, les places fortes, les plots logistiques nécessitant une riposte qui passe par l’utilisation de pièces de côte une fois la crainte d’un action de la Hochseeflot sur les côtes françaises évanouie.

Le canon de 240mm fait partie de ses matériels sortis de leurs forteresses pour servir sur le front européen, la pièce recevant un affût conçu à cet fin, un total de dix-huit pièces étant utilisées à partir de juin 1915, deux canons faisant même une courte apparition aux Dardanelles.

Cette solution de fortune s’étant révélée efficace, soixante autres canons sont sortis de leur forteresse pour servir au front sur un affût nettement plus élaboré et surtout plus mobile, deux fardeaux pesant au total 45 tonnes permettant d’offrir au canon une certaine mobilité. Sur ces soixante, cinquante et un seront utilisés par la France, six par les américains et trois resteront en réserve à Mailly.

Ce canon va longuement s’illustrer durant le premier conflit mondial et va poursuivre sa carrière après guerre mais quand éclate la guerre de Pologne, il n’en reste plus que dix pièces au sein des régiments d’artillerie de position en l’occurence deux au 151ème et quatre aux 153ème et 159ème RAP. Ils sont toujours en service en septembre 1948.

Caractéristiques Techniques du canon de 240L modèle 1884

Calibre : 240mm Poids du tube : 14000kg Poids total : 25000kg pour la version à échantignolles et 31000kg pour la version à tracteurs Poids de l’obus (acier modèle 1916) : 140kg  Longueur du tube : 6.70m (7m pour la modèle 1917) Pointage en ste : 0° à +38° Pointage en azimut : 10° Portée maximale : 17300m Cadence de tir : inconnue  

Mortier de 280C modèle 1914 Schneider

Mortier de 280C modèle 1914

Mortier de 280C modèle 1914

A la fin du 19ème siècle, la pièce de siège standard de l’artillerie française est le mortier de 270mm modèle 1885 type De Bange. Ce mortier est supérieur à tout ce dont dispose l’Allemagne qui n’adoptera un mortier de 305mm qu’en 1898.

La guerre russo-japonaise montre que les fortifications sont en passe de l’emporter sur l’artillerie ce qui nécessite une réaction rapide. La défaite russe provoque dans l’armée tsariste un véritable électrochoc et une volonté de modernisation des moyens notamment de l’artillerie.

L’artillerie russe réclame ainsi un nouveau canon apte à la défense des côtes et à la guerre de siège ce qui entraine le dévellopement par la firme Schneider d’un mortier TR (Tir Rapide) de 280mm.

Dès le mois de janvier 1913, l’armée française s’intéresse à ce puissant mortier qui est commandé le 8 novembre 1913 à dix-huit exemplaires qui doivent être livrés entre novembre 1915 et décembre 1916, sans se presser donc……………. .

Quand la guerre éclate en août 1914, l’usinage des pièces russes est bien avancée mais celle des mortiers français est à peine entamée.

La guerre accélérant les choses, la production est mutualisée, les sept premiers mortiers quelque soit leur origine devant être confiés à la France, les suivants à la Russie avant que la production des mortiers français ne permettent à la Russie de récupérer son du.

Suite à l’échec des offensives de Champagne et d’Artois, l’artillerie française à pour l’artillerie lourde les yeux de Chimène et multiplie les commandes. Il est ainsi prévu pas moins de 112 mortiers de 280mm pour l’artillerie française, à l’Armistice 97 pièces étant aux armées, 72 en ligne, 25 en parc et le reste à la disposition du ministère des Armées.

A ces chiffres, il faut ajouter 25 mortiers de 280mm sur chenilles commandés le 2 mars 1918 mais livrés seulement en 1919.

Quand éclate la guerre de Pologne, ces mortiers de 280mm sont toujours en service au sein des RALT.

Le 184ème RALT de Valence dispose ainsi d’un 4ème groupe disposant de mortiers de 280mm qui donne naissance au 193ème RALT (ou RALPA) avec trois groupes de mortiers de 280mm à chenilles, régiment affecté à la Réserve Générale.

Ce régiment dissous à l’été 1940 est réactivé en septembre 1948 avec ses même mortiers.

Pour ce qui est des mortiers de 280mm TR, ils sont mis en œuvre par deux régiments, les 171ème et 172ème Régiments d’Artillerie Lourde à Grande Puissance (RALGP) , régiments mis sur pied à la mobilisation avec quatre groupes à deux batteries de quatre pièces soit un total de 32 mortiers en ligne.

Suite à la démobilisation, seul le 172ème RALGP  est maintenu en ligne. Sa structure du temps de paix post-guerre de Pologne est modifiée avec quatre groupes, deux équipés de 280TR et deux équipés de 220L17.

A la mobilisation d’août/septembre 1948, le 172ème RALGP se détriple pour reformer les 171ème, 173ème et 174ème RALGP avec le même équipement qu’en 1939.

Caractéristiques Techniques du mortier de 280TR Schneider

Calibre : 279.4mm Poids du tube : 3940kg Poids total en batterie 16218kg Poids de l’obus (acier modèle 1914) : 205kg  Longueur du tube : 3.360m Pointage en site : +10° à +65° Pointage en azimut : 19° Portée maximale : 10950m Cadence de tir : deux coups en cinq minutes

Mortier de 370mm Filloux

Mortier de 370mm Filloux

Mortier de 370mm Filloux

Ce monstrueux mortier est une autre création du chef d’escadron Louis Filloux. A l’origine de cette pièce d’artillerie d’un calibre que nous qualifierons de «respectable» se trouve le besoin pour une nouvelle pièce de siège, besoin identifié dès 1909.

Paradoxalement, alors que les tensions internationales vont crescendo, les budgets militaires français sont réduits ce qui repousse le nouveau mortier de siège dont les crédits ne sont validés que le 13 juillet…….1914, quelques jours avant le début du conflit.

Les premiers essais n’ont été menés ainsi qu’en septembre 1913 mais les premiers tirs réels ne sont menés qu’à l’été 1914.

L’échec de la guerre de mouvement à l’été 1914 et la «glacification» du front à l’automne nécessite nettement plus d’artillerie lourde ce qui relance le projet de mortier dont dix exemplaires sont commandés le 8 novembre 1914, 8000 projectiles étant commandés le 16 décembre suivant.

Ce matériel étant imposant, il est improbable de le voir transporter en un seul tenant. Il faut ainsi trois fardeaux pour le déplacer : le tube, l’affût et la plate-forme, le tout installé dans une excavation pour encaisser le recul formidable.

Pour gagner du temps, certains mortiers sont construits à partir de canons de marine de 340mm modèle 1912, chaque tube permettant de produire deux mortiers de 370mm. Le premier mortier complet est livré par les FAMH le 8 juin 1915, six sont achevés en juillet et les trois derniers en août, une performance remarquable quand on connait la complexité de ce matériel.

Il connait son baptême du feu en septembre 1915 lors du début des offensives en Artois et en Champagne. Trois autres tubes seront ultérieurement construits portant le total des tubes produits à treize même si le nombre sera réduit à onze.

Au cours de la guerre de Pologne, quatre pièces sont mobilisés au sein du 165ème RAP. A la démobilisation, ces pièces sont feraillées, seuls deux sont préservés comme reliques d’un passé révolu.

Caractéristiques Techniques du mortier de 370mm Filloux

Calibre : 370mm Poids du tube : 9275kg Poids total en batterie 28600kg Poids de l’obus (acier modèle 1914) : 500kg  Longueur du tube : 2.590m Pointage en site : -6° à +65° Pointage en azimut : 8° Portée maximale : 8150m Cadence de tir : un coup toutes les deux minutes. 

21-Armée de terre (71)

Régiments d’Artillerie Lourde sur Voie Ferrée (RALVF)

Canon de 320mm sur voie ferrée en action durant le premier conflit mondial

Canon de 320mm sur voie ferrée en action durant le premier conflit mondial

Le déplacement des pièces d’artillerie à toujours posé problème depuis leur apparition. Tant que leur poids était modéré, le cheval pouvait tracter la pièce avec son avant-train, les pièces légères formant une véritable artillerie volante donc les RA des DLM sont les héritiers.

Avec l’augmentation du poids des pièces d’artillerie, leur transport en un seul fardeau par un attelage de chevaux devint impossible et après avoir choisit la solution temporaire du démontage de la pièce en deux fardeaux, on privilégia pour les pièces lourdes l’utilisation du tracteur à vapeur puis à moteur.

Lui aussi ne tarda pas à atteindre les limites pour les plus grosses pièces dont le déplacement par la route était possible mais nécessitait de tels efforts que l’investissement n’était guère rentable.

C’est là que la voie ferrée fût d’un précieux recours, permettant le déplacement et la mise en œuvre de pièces lourdes voir très lourdes nécessaires par exemple pour la neutralisation des forts. On se souvient qu’en 1914, les forts de Liège tombèrent sous les coups des canons de 305 et de 420mm.

L’artillerie française mit donc en œuvre de nombreuses pièces d’artillerie sur voie ferrée d’un calibre maximal de 400mm, l’armistice empêchant la mise en service de deux canons monstrueux de 520mm.

En septembre 1939, l’Artillerie Lourde sur Voie Ferrée est toujours présente avec des pièces anciennes, son utilité même est remise en cause par les modernistes qui estiment non sans raison qu’avec l’aviation, l’artillerie lourde sur voie ferrée est à ranger au musée des antiquités militaires ce à quoi répondent ses défenseurs que l’ALVF peut tirer par tous les temps……….. .

En août 1939, avant le début de la guerre de Pologne, la Réserve Générale ne dispose que de deux groupes ALVF, le 1er groupe du 372ème RALVF équipé de quatre canons de 340mm modèle 1912 répartis en deux batteries et le 1er groupe du 373ème RALVF équipé lui aussi de quatre canons de 340mm modèle 1912 répartis en deux batteries.

La mobilisation d’août/septembre 1939 voit l’artillerie lourde sur voie ferrée augmenter sensiblement ses forces pour répondre aux pièces en service en Allemagne mais également couvrir la Ligne Maginot qui en raison de budgets insuffisants n’avait pu être dotée de tourelles de 145mm portant à 30km.

Le plan de mobilisation Dbis du 30 octobre 1936 avait définit cinq emplacements dans le nord-est et un sixième dans les Alpes. Ces canons sont placés sous l’autorité du commandant de l’armée occupant le secteur et non des troupes de forteresse.

-Le 370ème Régiment d’Artillerie Lourde sur Voie Ferrée est mis sur pied par le CMA 26 de Châlons sur Marne. Contrairement à ce que son nom indique, ce régiment n’est pas un régiment d’artillerie mais un régiment de service chargé de l’entretien des voies ferrées qui peuvent être endommagés par les affûts, par l’artillerie ennemie, par sabotage de la «cinquième colonne».
-Le 371ème  Régiment d’Artillerie Lourde sur Voie Ferrée (appelé également 371ème régiment d’obusiers) est mis sur pied par le CMA 209 de Châteauroux avec trois groupes et dix batteries à l’équipement hétéroclite et hétérogène :

-Les 1er et 2ème groupes disposent des 1ère, 2ème, 3ème,4ème, 5ème et 6ème batteries qui disposent chacune de deux obusiers de 400mm modèle 1915 soit un total de douze canons     de ce calibre.

-Le 3ème groupe dispose des 7ème, 8ème et 9ème batteries équipées chacune de deux canons de 370mm modèle 1915 soit six pièces et d’une 10ème batterie disposant de 4 canons     de 294mm modèle 1914.

-Le  372ème Régiment d’Artillerie Lourde sur Voie Ferrée (appelé également 372ème régiments de canons) est mis sur pied au format de guerre par le CMA 209 de Châlons sur Marne avec pour équipement le parc suivant :

-Le 1er groupe dispose de deux batteries (1 et 2) équipées chacune de deux canons de  340mm modèle 1912.

-Le 2ème groupe dispose d’une quatrième batterie équipée de 4 canons de 320mm modèle 1917G, d’une cinquième batterie de trois canons de 305mm modèle 1906G et d’une sixième     batterie équipée de deux canons de 340mm modèle 1893G.

-Le 3ème groupe dispose des 7ème et 8ème batterie équipées chacune de deux canons de  340mm modèle 1912B et de la 9ème batterie avec un unique canon de 340mm modèle     1912B.

-Le 4ème groupe dispose des 10ème et 11ème batteries équipées chacun de quatre canons de
274mm modèle 1917G

-Le 5ème groupe dispose dispose des 13ème et 14ème batteries disposant chacune de deux canons de 400mm modèle 1915.

-Le 6ème groupe dispose des 16ème, 17ème et 18ème batteries équipées chacune de deux obusiers de 400mm modèle 1915.

-Le 373ème  Régiment d’Artillerie Lourde sur Voie Ferrée (appelé également 373ème régiment de canons à glissement) est mis sur pied par le CMA 209 de Châlons sur Marne avec pour équipement le parc suivant :

-Le 1er groupe dispose des 1ère et 2ème batteries avec deux canons de 340mm modèle  1912G chacune

-Le 2ème groupe dispose des 4ème et 5ème batteries disposant chacune de quatre canons de 274mm modèle 1917G.

-Le 3ème groupe dispose des 7ème et 8ème batteries disposant chacun de quatre canons de 320mm modèle 1870-30G

-Le 4ème groupe dispose de la 10ème batterie à quatre canons de 320mm modèle 1917G et une 11ème batterie de 3 canons de 305mm modèle 1906/10G.

-Le 5ème groupe dispose des 13ème et 14ème batteries disposant chacune de 4 canons de 320mm modèle 1870-30G.

-Le 374ème Régiment d’Artillerie Lourde sur Voie Ferrée (appelé également 374ème régiment de canons tout azimuts) est mis sur pied par le CMA 209 de Châlons sur Marne avec l’équipement suivant :

-Le 1er groupe dispose des 1ère et 2ème batteries équipées chacune de 3 canons de 194mm modèle 1870-93.

-Le 2ème groupe dispose des 4ème et 5ème batteries équipées chacune de 3 canons de   194mm modèle 1870-93.

-Le 3ème groupe dispose des 7ème et 8ème batteries batteries équipées chacune de 3 canons  de 194mm modèle 1870-93

-Le 4ème groupe dispose des 10ème et 11ème batteries de 4 canons de 240mm modèle 1893-96M et d’une 12ème batterie équipée de 4 canons de 164mm modèle 1893-96M.

-Le 5ème groupe dispose de la 13ème batterie dispose de 3 canons de 240mm modèle 1884 et de la 14ème batterie disposant de quatre canons de 240mm modèle 1917.

-Le 6ème groupe dispose de la 16ème et de la 17ème batterie qui disposent chacune de trois canons de 194mm modèle 1870-93.

Au printemps 1940, décision est prise de réduire le nombre de RALVF à trois régiments : le 370ème, le 371ème et le 372ème RALVF avec trois groupes de deux batteries de quatre canons soit un total de  48 canons :

-Le 371ème RALVF à Chalons sur Marne dispose de d’un 1er groupe équipé de huit obusiers de 400mm modèle 1915 répartis en deux batteries de quatre pièces, d’un 2ème groupe équipé de huit canons de 340mm en deux batteries de quatre pièces et d’un 3ème groupe avec huit canons de 320mm répartis en deux batteries de quatre pièces.

-Le 372ème RALVF à Verdun dispose de d’un 1er groupe équipé de huit obusiers de 400mm modèle 1915 répartis en deux batteries, d’un 2ème groupe équipé de sept  canons de 340mm répartis en deux batteries de deux pièces et une batterie de trois pièces et d’un 3ème groupe avec huit canons de 320mm répartis en deux batteries de quatre pièces.

Les quatre pièces excédentaires de 320mm sont stockées ou servent pour l’entrainement et la formation, les autres canons jugés trop anciens ou aux stocks d’obus insuffisants sont ferraillés.

Il semblait dit que l’ALVF allait disparaître sans combattre mais au final des pièces supplémentaires vont être commandées pour armer deux régiments, deux régiments à deux groupes de trois batteries de deux pièces soit un total de vingt-quatre pièces.

En 1945, les 373ème et 374ème RALVF sont recréés, le premier est basé à Grenoble et le second à Nice avec un équipement identique, vingt-quatre canons de 240mm modèle 1944, ces six batteries devant viser principalement les fortifications italiennes.

Le canon de 240mm modèle 1944 est la reprise de fabrication d’un canon nettement plus ancien, le modèle 1884 avec les modifications d’usage. Ce canon l’emporta sur le 194mm GPF qui aurait pu donc être fabriqué en version sur voie ferrée.

A la mobilisation d’août/septembre 1948, les quatre régiments d’artillerie lourde sur voie ferrée gagnent la frontière et les emplacements prévus dès le temps de paix, effectuant des tirs contre leurs homologues allemandes dès le mois de septembre, une attitude agressive destinée à convaincre les allemands d’une offensive franco-anglaise potentielle sur le Rhin.

18-Bases et arsenaux (8)

I-Base navale de Bizerte

Plan général du site de Bizerte

Plan général du site de Bizerte

Un site idéal

«Ce lac vaut à lui seul, la possession de la Tunisie toute entière…. Oui messieurs, si la France s’est installée en Tunisie c’est pour posséder Bizerte……» . Cette phrase prononcée par Jules Ferry le 23 avril 1887 explique plus qu’un long discours que la France à pour Bizerte les yeux de Chimène.

Il est cependant difficile d’imaginer que c’est uniquement pour Bizerte que la France s’est installé en Tunisie. Une fois le protectorat français sur la Tunisie imposé par le traité du Bardo de 1881, la question d’un point d’appui bien équipé, un pendant à la base navale de Toulon pour contrôler le détroit de Sicile, une voie d’eau stratégique entre les deux bassins de la Méditerranée.

Le site de Bizerte est un site merveilleusement propice avec une vaste étendue d’eau qui pouvaient être aisément reliée à la haute-mer ce qui permet à la marine de mettre la flotte à l’abri des obus d’une escadre ennemie.

Néanmoins, les travaux ne commencent pas immédiatement pour des raisons diplomatiques : ne pas mécontenter l’Angleterre qui n’était guère emballée que la France installe une base à proximité de Malte. Voilà pourquoi la Marine évacue Bizerte le 18 mars 1884.

Des travaux sont cependant menés. Un canal reliant le lac à la mer est creusé entre octobre 1886 et mars 1892. C’est à partir de 1897 que les travaux pour un véritable point d’appui à Bizerte commencent.

La crise de Fachoda en 1898 montre l’inquiétante faiblesse des points d’appui de la marine pour la défense de l’Empire et d’une simple base d’opérations, Bizerte devient une véritable base navale avec la construction de l’Arsenal de Sidi-Abdallah au fond du lac et donc à l’abri des obus d’une flotte ennemie.

Les travaux vont être menés régulièrement durant l’entre-deux-guerre mais il faudra attendre la décennie 1940 pour assister à de véritables travaux de modernisation, faisant de Bizerte l’une des bases navales les plus modernes de la marine nationale en compagnie de Cam-Ranh, un modèle qui aurait sans doute inspiré les projets de modernisation de Brest et de Toulon sans le déclenchement du second conflit mondial à l’automne 1948.

Description du site

Le Goulet

C’est la portion allongée du lac de Bizerte, une sorte de sas de 8km de long sur 300m de large relié à la mer par un canal artificiel d’un kilomètre de long (240m de large et 15m de profondeur en 1948) qui remplaçait un isthme séparant le lac de la mer.

C’est la partie opérationnelle de la base navale de Bizerte. Les rives sont aménagées pour pouvoir accueillir de nombreux navires pour les ravitailler en carburant, en munitions et en charges diverses.

Ces dépôts sont profondément enterrés pour les protéger des tirs de la flotte et nouveauté de l’aviation qui réduit l’utilité d’isoler la flotte sur le lac. Les dépôts implantés à 3km des rives du goulet et des tunnels passent sous l’ensemble «Sidi Ahmed/Karouba». Les travaux lancés en septembre 1940 sont achevés en septembre 1945.

La Nouvelle Rade

Jusque là, les navires étaient mouillés au milieu du lac quand ils n’étaient pas en travaux à Sidi-Abdallah ou quand ils ne se ravitaillaient pas dans le Goulet. Pour rationaliser l’espace, on décide de construire à proximité de l’Arsenal de  Sidi Abdallah des kilomètres de quai et des digues pour créer un vrai mouillage comparable à la Rade-Abri à Brest.

Les travaux commencés en juin 1944 sont achevés en mars 1948 même si un budget moins important que prévu à obligé la marine à revoir à la baisse le projet d’origine qui ne permis d’accueillir que des croiseurs et des contre-torpilleurs, les cuirassés et les porte-avions devant continuer à mouiller au milieu du lac. Les sous-marins restent mouillés dans la baie Ponty où les installations sont améliorées avec des dépôts rationalisés et mieux protégés des coups ennemis.

L’Arsenal de Sidi-Abdallah

Plan de l'Arsenal de Sidi-Abdallah en 1935/36 avant les travaux d'expansion

Plan de l’Arsenal de Sidi-Abdallah en 1935/36 avant les travaux d’expansion

Cet Arsenal est construit à la fin du 19ème siècle au fond du lac de Bizerte hors de portée de l’artillerie navale de l’époque. Bien équipé, il dispose en septembre 1939 de quatre bassins, deux de 250m (formes n°1 et 2) et deux de 120m (formes n°3 et n°4).

La priorité est d’agrandir les bassins, la marine voulant pouvoir caréner des contre-torpilleurs et des croiseurs légers dans les formes n°3 et 4, des cuirassés, des croiseurs lourds et des porte-avions dans les formes n°1 et 2.

Les travaux sont menés parallèlement sur les quatre bassins sans que leur utilisation ne cesse. Entamés en janvier 1941, ils sont achevés en mars 1944. Outre l’extension, les pompes des bassins sont changées et protégées dans un blockhaus. Les grues alors présentes sont remplacées par des grues plus puissantes.

Les ateliers, les fonderies et les stocks sont totalement réorganisés pour améliorer l’efficacité de l’Arsenal qui assure les travaux aussi bien sur les unités de la 6ème Escadre Légère mais également au profit d’unités basées à Toulon que ce soit pour des raisons accidentelles (échouage du Strasbourg et de l’Alsace) ou de saturation de l’Arsenal de Toulon.

Les fortifications

En septembre 1939, les défenses maritimes du secteur de Bizerte peuvent être considérées comme très correctes surtout si on les compare à celles de Cherbourg, de Brest ou encore de Toulon. La raison est simple : la menace italienne sur Bizerte en particulier et sur la Tunisie en général.

L’ensemble du dispositif représente 11 batteries et 54 canons (trois batteries d’artillerie principale avec deux tourelles doubles de 340mm et 8 canons de 240mm; six batteries d’artillerie secondaire de 164 et de 75mm et deux batteries d’artillerie légère de 75mm) et à ce dispositif s’ajoute huit batteries d’artillerie antiaérienne et 8 sections de mitrailleuses de 13.2mm.

Ce dispositif est réparti de la façon suivante :

-Roumadia (rive sud) 4 canons de 240mm

-Rara (rive nord) 4 canons de 240mm

-El Metline : 4 canons de 340mm en deux tourelles doubles

-Cap Bizerte (rive nord) : 4 canons de 164mm et 2 canons de 75mm

-Djebel Soumeur (rive nord) : 4 canons de 164mm et 2 canons de 75mm

-Cap Zebib (rive sud) 3 canons de 164mm et 2 canons de 75mm

-Chreck ben Chabane (rive sud) 4 canons de 164mm et 2 canons de 75mm

-Remel Djebel Chabane (rive sud) 3 canons de 164mm semi-mobile

-El Euch (rive nord) 4 canons de 164mm

-Batterie de la Maison Cotonnière 4 canons de 75mm

-Batterie du Coudia 4 canons de 75mm

Entre 1940 et 1948, ces batteries sont modernisées avec réfection de la maçonnerie, installation de groupes électrogènes…….. .

Si les canons de 164, de 240 et de 340mm sont maintenus, les canons de 75mm sont remplacés par douze canons de 90mm modèle 1939 soit six affûts doubles sous masque  et sur plate-forme rotative.

Les huit batteries antiaériennes disposent en septembre 1939 des moyens suivants :

-Batterie n°1 à Ben Negro équipée de 4 canons de 75mm modèle 1922

-Batterie n°2 à Djebel Abiod équipée de 4 canons de 75mm modèle 1922

-Batterie n°3 à Ras Chabaa équipée de 4 canons de 75mm modèle 1922

-Batterie n°4 à Sidi Yahia équipée de 4 canons de 75mm modèle 1922

-Batterie n°5 à Oued Guenine équipée de 4 canons de 75mm modèle 1922

-Batterie n°6 à Mergazine équipée de 4 canons de 75mm modèle 1922

-Batterie n°7 à Sidi-Zid équipée de 4 canons de 90mm modèle 1932

-Batterie n°8 à Remel équipée de 4 canons de 90mm modèle 1932

A ces trente-deux canons s’ajoutent huit sections de mitrailleuses de 13.2mm pour la défense antiaérienne à basse altitude. Une est déployée entre Ben Negro et le goulet, deux en baie Ponty, une à Sidi-Zid, deux à Sidi-Yahia et deux autres à Sidi-Abdallah.

Entre 1940 et 1948, les canons de 75mm sont progressivement remplacés par des canons de 90mm plus performants ce qui porte avec les canons de défense côtière à un total de quatre quatre pièces qui à la mobilisation seront complétés par des pièces de l’armée de terre.

Les mitrailleuses de 13.2mm sont remplacées par des canons de 25mm plus performants, rendant Bizerte non pas invulnérables aux raids aériens mais une pierre coriace à détruire pour une aviation ennemie (sous entendue italienne).
La défense terrestre à longtemps été négligée mais les menaces italiennes et les rodomontades mussoliniennes menacent la Tunisie et notamment Bizerte qui reçoit la priorité en termes de crédits et de moyens. Ces défenses se composent de simples blockhaus équipés de mitrailleuses de fusils-mitrailleurs sans réelles défenses antichars.

Ces défenses antichars sont réalisées entre 1944 et 1947 avec la construction de quinze blockaus antichars (un créneau AC/47, un créneau JM à deux mitrailleuses et une cloche GFM). En temps de guerre, des blockaus de campagne, des tranchées et des champs de mines seront creusées/installées.

Un bataillon de fusiliers marins est chargée de la défense des principales installations de Bizerte en liaison en cas d’invasion italienne avec les unités de l’armée de terre notamment le 4ème régiment de tirailleurs tunisiens dont c’est la mission principale pour ne pas dire exclusive.

Navires basés à Bizerte en septembre 1948

Nouvelle Rade

-Croiseur léger mouilleur de mines Emile Bertin _navire-amiral de la 6ème Escadre Légère_

-Croiseur léger La Galissonnière

-Croiseur léger Jean de Vienne

-Croiseur léger La Marseillaise

-Contre-torpilleur Vauquelin (7ème DCT)

-Contre-torpilleur Chevalier Paul (7ème DCT)

-Contre-torpilleur Tartu (7ème DCT)

-Contre-torpilleur Mogador (11ème DCT)

-Contre-torpilleur Volta (11ème DCT)

-Contre-torpilleur Hoche (11ème DCT)

-Torpilleurs légers  L’Alsacien Le Breton Le Corse et Le Tunisien (3ème DT)

-Pétrolier La Mayenne

-Pétrolier Mékong

-Transport littoral Golo

-Navire hydrographe Pelican

-Cargo rapide Oran

-aviso-dragueurs Chamois Gazelle Surprise et Rageot de La Touche (5ème DEL)

-aviso-dragueurs La Joyeuse La Furieuse La Malicieuse et l’Enseigne Bisson (8ème DEL)

-Chalutiers armés L’Ajacienne et La Bônoise

-Chasseurs de sous-marins CH-15 CH-16 CH-51 et CH-52

-Vedettes lance-torpilles VTB 40 42 44 46 et 48 (2ème ELM)

-Vedettes lance-torpilles VTB 29 30 31 32 33 34  (5ème ELM)

Site de Karouba

-Ravitailleur d’hydravions L’Engageante et Sans Pareil

-Aviso (utilisés comme auxiliaires) Tahure et Epinal

Arsenal de Sidi-Abdallah

-Remorqueur de haute-mer Belier

-Remorqueur de 1000ch Tebessa

-Remorqueurs de 600ch Kairouan et Sousse

-Remorqueurs de 750ch Garance et Genièvre

-Gabares L’Antée  La Puissante La Servante et La Mordante

Baie Ponty

-Sous-marins Phenix Ventôse Frimaire Prairial (9ème DSM)

-Sous-marins Aber Wrach Ile de Batz Tromelin (10ème DSM)

-Sous-marins Ile de Molêne Clipperton et Porquerolles (11ème DSM)

-Sous-marins Vendémiaire Nivôse Floréal Messidor (17ème DSM)

-Sous-marins Turquoise Saphir Nautilus Rubis (20ème DSM)

18-Bases et arsenaux (5)

F-Base navale de Toulon

Carte générale de Toulon avec son "triangle de la mort"

Carte générale de Toulon avec son « triangle de la mort »

Avant-propos

Les bassins de Toulon en 1896 avant la construction des grands bassins Vauban

Les bassins de Toulon en 1896 avant la construction des grands bassins Vauban

Toulon et la marine militaire c’est une très vieille histoire puisqu’on peut remonter en 1514 pour trouver une trace avec la construction de la Tour Royale. Il faut attendre ensuite le début du XVIIème siècle pour voir la première vraie militarisation avec l’installation en 1610 des premières galères.

En 1666, Toulon est désigné pour devenir le grand port de guerre du Levant, Colbert souhaitant qu’il joue le rôle de Rochefort en Méditerranée. Pour se faire il est équipé et fortifié par Vauban, des travaux durant près de quinze ans (1666-1680).

Toulon ne cesse de se développer, se modernisant pour s’adapter aux nouvelles techniques mais le début du 20ème siècle voit l’arsenal de Toulon se concentrer sur l’entretien, seules quelques constructions de sous marins et de navires secondaires ayant encore lieu.

En 1939, l’Arsenal aligne une superficie de 300 hectares dont 50 sont bâtis et 11 bassins de radoub bien équipés permettant de soutenir une flotte nombreuse.

Les travaux menés au début de la décennie quarante ne sont pas aussi importants qu’à Brest mais ils ne sont pas pour autant négligeable avec la construction de plusieurs cales/slipway et l’extension de certaines formes de radoub. Les grues et les ateliers sont modernisées tout comme les défenses côtières.

Appontements du Milhaud

C’est la principale zone de stationnement de la base navale de Toulon par l’importance des unités qui y sont stationnés en l’occurence les cuirassés, le porte-avions Joffre et une partie des croiseurs.

Six épis de 350m sont montés perpendiculaires à la ligne du quai et disposent chacun de quatorze bites d’amarrages.

Quai Noël

Relié aux Appontements Milhaud par un pont tournant, le quai Noël est l’équivalent toulonais du Quai des Flottilles. C’est donc là que s’amarrent les quinze contre-torpilleurs basés à Toulon.

Darse ouest et est

Situées à l’ouest des appontements du Milhaud, elles accueillent les navires de soutien affectés à la base navale de Toulon comme les remorqueurs, les gabares ainsi que la poussière navale (vedettes, patrouilleurs, escorteurs)……….. .

Darse des pétroliers

C’est l’antre des pétroliers. Elle accueille à la fois les pétroliers basés à demeure à Toulon mais également les pétroliers civils alimentant le parc à combustibles liquides.

Darse des sous-marins

Comme son nom l’indique, elle abrite les sous-marins basés à Toulon. Comme le nombre de submersibles est jugé important, une partie des sous-marins est mouillé dans la Darse Vauban.

Darse du Missiessy

Aucun navire n’est stationné à demeure dans cet Darse, les seuls navires qui y sont mouillés ou amarrés à quai sont ceux en travaux. Cela s’explique par la présence de trois bassins de radoub.

-Les bassins Missiessy n°1 et Missiessy n°2 mesurent 215m de long sur 31m de large, le Missiessy n°5 ne mesurant que 205m de long sur 32m de large ce qui lui permet de caréner tous les navires sauf le cuirassé et les porte-avions.

Darse du Castigneau

A l’est de la darse du Missiessy, on trouve la Darse du Castigneau qui comme la précédente ne stationne pas de navires en raison de la présence de formes de radoub, trois en l’occurence.

Deux bassins ont été creusés, le premier en 1863 et le second en 1886, le premier mesurant 114m de long sur 22m de large et le second mesurant 163m de long sur 23m de large.

Le premier baptisé Castigneau n°4 est allongé passant de 163m à 185m et le second baptisé Castigneau n°5 passant de 114 à 130m permettant respectivement le carénage des croiseurs légers et des contre-torpilleurs. Ils sont élargis à 25m.

Darse et zone Vauban

Cette Darse est l’une des plus anciennes de la base navale varoise. Elle prolonge vers l’est la Darse du Castigneau et est reliée à la Darse aux Sous-Marins par le canal des Subsistances, une partie des sous-marins étant mouillé dans la Darse Vauban.

C’est également une importante zone d’entretien avec pas moins de cinq formes de radoub :

-Le bassin Vauban n°6 mesure en 1939 90m de long sur 15m de large mais des travaux importants portent sa longueur à 120m et sa largeur à 20m.

-Le bassin Vauban n°9 mesure 120m de long sur 20m tout comme le bassin Vauban n°10 mais ce dernier en mauvais état est inutilisé et de facto désaffecté. Sa remise en état est envisagée au printemps 1948 mais aucun travaux n’est mené avant le début du conflit.

-Le bassin Vauban n°7 est l’un des deux Grands Bassins Vaubans. Quand leur construction commence en 1911, ils sont les plus grands bassins de radoubs du monde. Les travaux sont interrompus par le premier conflit mondial. Repris en 1914, ils sont achevés en 1929.

Le Vauban n°7 et le Vauban n°8 mesurent 422m de long sur 42m de large avec des enclaves pour portes intermédiaires à 210m, 235m et 250m permettant de radouber plusieurs navires en même temps.

Ces bassins ne sont pas agrandis avant 1948 mais les capacités de levage attenantes sont modernisées.

Darse Vieille et Angle Robert

Comme son nom l’indique, la Darse Vieille est la plus ancienne partie de l’Arsenal de Toulon. Elle n’est pas pour autant désaffecté, elle reste utilisée à la fois par les torpilleurs d’escadre et par quelques unités désarmées avant leur transfert au cimetière naval du Bregaillon (officiellement le Dépôt Naval de la Méditerranée DNM).

L’Angle Robert est le quai d’apparat du port de Toulon. C’est là qu’est amarré le navire amiral de la Flotte de la Méditerranée en l’occurence le croiseur lourd Algérie et les navires étrangers en visite officielle à Toulon.

Darse Nord du Mourillon

C’est le plan d’eau attenant à l’Arsenal du Mourillon, une zone d’entretien et de construction de l’Arsenal de Toulon qui dispose de deux cales de 100m pour sous-marins auxquelles s’adjoint un slipway de 150m inauguré en 1944 pour le carénage de sous-marins.

Dépôt Naval de la Méditerranée (cimetière naval du Bregaillon)

En septembre 1941 est officiellement créé le Dépôt Naval de la Méditerranée (DNM) destiné à prendre en main et à gérer les navires désarmés en attendant qu’une décision soit prise : remise en service après modernisation ou modifications, démolition ou utilisation comme cibles.

Le DNM à un site : le Bregaillon, un mouillage situé à l’ouest de la rade de Toulon sur la commune de la Seyne sur Mer, un site plus contraint que Landevennec en dépit du fait que le DNM doit s’occuper des navires désarmés venus de Toulon, de Bizerte et de Mers-El-Kébir.

Les navires suivants vont être confiés aux bons soins du DNM :

Ceux encore présents le 5 septembre 1948

-Le sous-marin Circé est mouillé au Bregaillon à partir du 6 août 1942

-Le sous-marin Galatée est mouillé au Bregaillon à partir du 2 octobre 1942

-Le sous-marin Thétis est mouillé au Bregaillon à partir du 27 mars 1943

-Le torpilleur d’escadre Tornade est mouillé au Bregaillon à partir du 8 juin 1943

-Le sous-marin Doris est mouillé au Bregaillon à partir du 5 août 1943

-Le torpilleur d’escadre Tramontane est mouillé au Bregaillon à partir de septembre 1943

-Le torpilleur d’escadre La Palme est mouillé au Bregaillon à partir du 7 octobre 1943

-Le torpilleur d’escadre Typhon est mouillé au Bregaillon à partir du 15 novembre 1943

-Le sous-marin Actéon est mouillé au Bregaillon à partir du 17 avril 1944

-Le sous-marin Monge est mouillé au Bregaillon à partir du 17 septembre 1944

-Le sous-marin Fresnel est mouillé au Bregaillon à partir du 15 mai 1945

-Le sous-marin Achéron est mouillé au Bregaillon à partir du 12 juin 1945

-Le torpilleur d’escadre Bordelais est mouillé au Bregaillon à partir du 17 juillet 1945

-Le sous-marin L’Amphitrite est mouillé au Bregaillon à partir du 4 septembre 1945

-Le sous-marin L’Oréade est mouillé au Bregaillon à partir du 4 octobre 1945

-Le sous-marin Psyché est mouillé au Bregaillon à partir du 7 octobre 1945

-Le sous-marin Diane est mouillé au Bregaillon à partir du 2 novembre 1945

-Le sous-marin Pégase est mouillé au Bregaillon à partir du 1er février 1946

-Le sous-marin Protée est mouillé au Bregaillon à partir du 7 mars 1946

-Le contre-torpilleur Vauban est mouillé au Bregaillon à partir du 6 septembre 1947

-Le contre-torpilleur Valmy est mouillé au Bregaillon à partir de novembre 1947

-Le contre-torpilleur Verdun est mouillé au Bregaillon à partir du 12 mars 1948

-Le sous-marin Narval est mouillé au Bregaillon à partir du 16 juin 1948

Ceux n’ayant fait que passer………… .

-Le sous-marin Sirène est présent au Bregaillon du 13 août 1941 au 5 septembre 1945

-Le sous-matin Naïade est présent au Bregaillon du 17 novembre 1941 au 4 décembre 1944

-Le torpilleur d’escadre Tempête est présent au Bregaillon du 10 janvier 1942 au 7 janvier 1943

-Le torpilleur d’escadre Simoun est présent au Bregaillon du 15 janvier 1942 au 21 mars 1944

-Le sous-marin L’Ariane est présent au Bregaillon du 17 avril 1942 au 17 mars 1944

-Le sous-marin Le Redoutable est présent au Bregaillon du 15 octobre 1942 à décembre 1946

-Le sous-marin Calypso est présent au Bregaillon du 13 novembre 1942 au 4 février 1947

-Le sous-marin Danaé est présent au Bregaillon du 9 mars 1943 au 14 décembre 1947

-Le chalutier armé La Servannaise est présent au Bregaillon du 15 mai 1943 au 7 mars 1947

-Le torpilleur Le Fortuné est présent au Bregaillon du 11 juillet 1943 au 4 septembre 1945

-Le torpilleur Le Mars est présent au Bregaillon du 23 juillet 1943 à septembre 1945

-Le sous-marin Argonaute est présent au Bregaillon du 6 avril 1944 au 14 mai 1947

-Le sous-marin L’Ondine (II) est présent au Bregaillon du 5 février 1945 au 7 mars 1948

-Le torpilleur L’Alcyon est présent au Bregaillon du 12 février 1945 au 18 mars 1946

-Le sous-marin L’Orion est présent au Bregaillon du 5 avril 1945 au 17 juin 1947

-Le sous-marin Phoque est présent au Bregaillon du 14 juin 1945 au 15 septembre 1947

-Le sous-marin L’Atalante est présent au Bregaillon du 14 juin 1946 au 24 juin 1948

-Le torpilleur Basque est présent au Bregaillon du 25 juillet 1946 au 14 mars 1947

-Le torpilleur Le Forbin est présent au Bregaillon du 17 août 1946 au 8 janvier 1948

-Le sous-marin Souffleur est présent au Bregaillon du 28 juin au 4 septembre 1946

-Le sous-marin Caïman est présent au Bregaillon du 5 mai 1947 au 15 mai 1948

Fortifications

En septembre 1939, les défenses rapprochées de la base navale de Toulon sont composées des batteries suivantes.

-A La Cride et aux Sablettes on trouve trois canons de 138mm

-A Saint-Elme, on trouve trois canons de 100mm

-La batterie de Cap Cépet dispose de quatre canons de 340mm en deux tourelles doubles

-A la Croix des Signaux sont installés 4 canons de 164mm

-A Carraque-Est, sont implantés 2 canons de 75mm

-La défense des passes est assurée par trois affûts doubles de 13.2mm

-A Fort Lamalgue, sont installés quatre canons de 75mm

-Au Cap Brun sont implantés deux canons de 75mm

-A Sainte-Marguerité sont installés quatre canons de 105mm et deux canons de 75mm

-A Carquerainne sont installés 4 canons de 194mm et 6 de 95mm (position Sud) et 4 canons de 240mm (position Nord)

-Sur la Presqu’ile de Giens sont implantés de 6 canons de 240mm et 4 canons de 95mm

-A La Badine sont installés quatre canons de 120mm

-A l’Esterel sont implantés deux canons de 75mm

-Au Bénat sont installés deux canons de 75mm et quatre canons de 120mm

-Aux Mèdes, les batteries cumulent quatre canons de 164mm et deux canons de 75mm

-Au lieu-dit Le Titan sont implantés quatre canons de 138mm.

L’enceinte terrestre n’est pas modifié mais les défenses littorales sont sérieusement modernisées et comme à Lorient, un «triangle de la mort» est dressé avec la batterie du cap Cépet, la batterie du cap Carquerainne et une batterie implantée sur la presqu’ile de Gien.

Les autres batteries ne sont pas modernisées, certaines pièces manquant de munitions (canons de 100 et de 120mm) sont feraillées.

La batterie du cap Cépet dispose de deux tourelles de 340mm installées au cours des années trente, ces puissants canons étant complétés par quatre canons de 152mm modèle 1931 en affûts simples sous masque et quatre canons de 90mm modèle 1926 en deux affûts doubles.

La DCA légère est assurée par six canons de 25mm Hotchkiss modèle 1939-40 et la défense terrestre est assurée par quatre PO (Petits Ouvrages) implantés aux quatre coins du fort avec une cloche GFM et un affût double cumulant un canon de 47mm et une mitrailleuse de 7.5mm.

La batterie de Carqueraine disposait en 1939 de deux positions. La position Sud disposait de 4 canons de 194mm et de 6 canons de 95mm alors que la position Nord disposait de 4 canons de 240mm.

Si les canons de 194 et de 240mm sont conservés car en bon état et disposant de stocks importants de munitions, les 6 canons de 95mm sont remplacés par 4 canons de 90mm modèle 1926 en deux affûts doubles sous masque et plate-forme circulaire aptes aussi bien au tir contre-avions qu’au tir contre but flottant. La position Nord reçoit quatre canons de 90mm modèle 1926 en affûts simples sous masque capables eux aussi pour le tir antiaérien et le tir à but surface

De la DCA est installée avec un total de douze canons Hotchkiss modèle 1939-40 en six affûts doubles et la défense terrestre est soignée avec des ouvrages inspirés de ceux de la Ligne Maginot, la batterie de Carqueraine devant servir de point de fixation.

Trois ouvrages sont ainsi construits entre 1943 et 1947, chacun étant équipés d’une cloche d’observation, d’une cloche équipée de deux mitrailleuses de 7.5mm et de deux affûts jumelés équipés chacun d’un canon de 47mm et d’une mitrailleuse de 7.5mm. Ils auraient du être équipés de mortiers de 81mm mais cela est resté à l’état de projet.

Le troisième angle du triangle est la batterie installée à l’ouest de la presqu’ile de Giens. Elle dispose en 1939 de trois batteries équipées chacune de 2 canons de 240mm encore en bon état ce qui explique qu’ils soient conservés au cours des travaux menés entre 1945 et 1947. Les 4 canons de 95mm situés entre la position est et la position ouest sont remplacés par trois affûts doubles de 90mm soit six canons de 90mm modèle 1926.

La défense contre-avions est assurée par huit canons de 25mm Hotchkiss modèle 1939-40 en quatre affûts doubles.

La défense est assurée par trois ouvrages terrestres, chacun étant équipés d’une cloche d’observation, d’une cloche équipée de deux mitrailleuses de 13.2mm et de quatre affûts jumelés équipés chacun d’un canon de 47mm et de deux mitrailleuses de 7.5mm. Ils auraient du être équipés de mortiers de 81mm mais cela est resté à l’état de projet.

La défense terrestre de la place de Toulon est assurée par un régiment de fusiliers marins de 1500 hommes qui reçoit au printemps 1948 le renfort d’un bataillon de chars de combat équipé de Somua S-40.

La défense antiaérienne de la place de Toulon est assurée par six batteries de huit canons de 90mm implantés au Cépet, au Peyras, à Six-Fours, au Grand Saint-Antoine,Croix Farron et au Cap Brun plus deux batteries de 75mm implantés à Darboussan et au Lazaret. On trouve également quatre sections de mitrailleuses de 13.2mm.

Telle est la situation en septembre 1939. Elle évolue entre septembre 1939 et septembre 1948 avec la transformation des deux batteries de 75mm en batteries de 90mm alors que les quatre sections de mitrailleuses de 13.2mm sont transformés sur canons de 37mm.

A la mobilisation de septembre 1948, des moyens supplémentaires issus de la Défense Aérienne du Territoire (D.A.T) sont déployés pour couvrir Toulon qui se trouve à portée de l’aviation italienne.

Navires stationnés à Toulon en septembre 1948

Appontements du Milhaud

-Epi n°1 : cuirassé Provence (W) et  porte-avions Joffre (E)

-Epi n°2 : cuirassé Richelieu (W) et cuirassé Clémenceau (E)

-Epi n°3 : cuirassé Alsace (W) et Flandre (E)

-Epi n°4 : croiseurs lourds Suffren et Dupleix (W) croiseurs lourds Saint Louis et Henri IV (E), les navires étant accostés bord à bord ou l’un derrière l’autre

-Epi n°5 : croiseur lourd Charlemagne (W) croiseurs légers De Grasse (E)

-Epi n°6 : croiseur léger Chateaurenault (W) croiseur léger Guichen (E)

Quai Noël

Contrairement à la zone du Milhaud, il n’y à pas d’appontements fixes, les navires étant amarrés par la proue au quai. De l’ouest à l’est, les quinze contre-torpilleurs sont ainsi amarrés (même si il est rare que les quinze navires soient ensemble au port).

-Contre-torpilleurs Bruix D’Assas La Tour d’Auvergne (1ère DCT)

-Contre-torpilleurs Bayard Du Guesclin Turenne (2ème DCT)

-Contre-torpilleurs Aigle Albatros Gerfaut (5ème DCT)

-Contre-torpilleurs Le Fantasque L’Audacieux Le Malin (9ème DCT)

-Contre-torpilleurs Desaix Kléber Marceau (12ème DCT)

Darse des pétroliers

-Pétroliers Elorn et Sèvre (ex-Nivose)

-Ravitailleur rapide L’Adour

-Pétrolier Ravitailleur d’Escadre La Saône et Le Liamone

Darse des sous-marins

Cette Darse accueille les sous-marins de la 3ème ESM, les sous-marins de 1500 et 1800 tonnes :

-1ère DSM : Le Glorieux Le Heros Le Conquerant Le Tonnant

-3ème DSM La Réunion Crozet Ile d’Oleron Belle Ile

-5ème DSM  Ile de Brehat, Saint Marcouf Ile d’Aix Ile d’If

Darse Vauban

Cette darse accueille  les sous-marins de la 5ème ESM, les sous-marins de 600 et de 800 tonnes

-13ème DSM : Aurore, Créole, Antigone et La Bayadère

-15ème DSM : Venus Iris Pallas

-19ème DSM : L’Astrée La Favorite La Gorgone et L’Africaine

-21ème DSM : Diamant et Perle

Darse Vieille

-Torpilleurs Mameluk Casque (protection du cuirassé Provence)

-Torpilleurs L’Inconstant et Lancier (protection du porte-avions Joffre)

-Torpilleurs Corsaire et Flibustier (protection du cuirassé Richelieu)

-Torpilleurs Rapière et Hallebarde (protection du cuirassé Clémenceau)

-Torpilleurs Mousquet et Bombardier (protection du cuirassé Alsace)

-Torpilleurs Voltigeur et Goumier (protection du cuirassé Flandre)

-Torpilleurs légers Le Fier L’Agile L’Entreprenant Le Farouche de la 1ère DT

-Torpilleurs légers  Annamite Hova Somali Touareg de la 4ème DT

Darse Est et Ouest

-Navire auxiliaire (ex-canonnière) Somme

-Ravitailleurs d’hydravions (ex-canonnière) Diligente et Sans Peur

-Aviso-dragueur  Elan,  Commandant Dominé et  La Curieuse (1ère DEL)

-Chalutiers armés La Cancalaise et la Lorientaise

-Chasseurs de sous-marins CH-9 CH-10 CH-49 et CH-50

-Vedettes lance-torpilles VTB  41 43 45 47 et 49 formant la 1ère ELM

-Vedettes lance-torpilles  VTB-23 24 25 26 27 28 formant la 4ème ELM

-Vedettes lance-torpilles VTB-56 57 58 59 60 61 formant la 6ème ELM

-Dragueurs de mines Ouistreham et Saint Brieuc

-Cargos rapides Sidi-Bel-Abbès et Tlemcen

-Mouilleur de filets Gladiateur

-Remorqueurs Le Laborieux Cépet Haleur Efficient  Corse Faron et Mont Caume Tulipe Aconit Edelweis

-Bâtiment-cible L’Impassible

-Navires-hydrographes La Chimère Mouette Ibis

-Gabares  L’Endurante, La Persévérante,  La Prudente, La Persistante, L’Epuisante

18-Bases et arsenaux (2)

B-Arsenal de Cherbourg

Historique et présentation

Plan général du site de Cherbourg

Plan général du site de Cherbourg

Du 14ème au 19ème siècle, on ne compte plus les affrontements entre la marine française et la marine britannique. Ces affrontements avaient pour cadres principaux l’Atlantique, la Méditerranée et la Manche. Pour permettre à une flotte de combattre, il faut des bases et côté français, c’est là que le bas blesse.

En effet, si dans l’Atlantique et en Méditerranée, la Royale dispose de bases bien équipées, ce n’est pas le cas de la Manche.

La principale explication est d’ordre géographique. Sur la côte Atlantique, le site de Brest à presque été façonné par la nature pour devenir une base avec une rade très vaste fermée par un goulet étroit qui met hors de portée de la flotte ennemie une escadre qui s’y abrite et en Méditerranée, Toulon est une baie certes plus ouverte que Brest mais qui peut abriter une puissante escadre et qui est assez facile à défendre.

Les côtes de la Manche n’offrent pas ce genre d’abris ce qui handicape la marine française alors que de son côté, la Royal Navy bénéficie de bases bien outillées à Plymouth et à Portsmouth.
Le premier véritable projet d’un port militaire à Cherbourg remonte au XVIIème siècle sous la plume de Vauban mais ce projet ne voit finalement pas le jour sous le règne de Louis XIV. Son arrière-petit-fils Louis XV reprend ce projet qui devient urgent. En 1738, une descente anglaise (un raid) à ravagé le port de commerce à peine achevé.

C’est Louis XVI qui va donner l’impulsion décisive en adoptant un projet ambitieux d’une rade artificielle fermée par des digues _elles aussi artificielles_ entre Querqueville et l’île Pelée. Les travaux sont lancés au début de la décennie 1780 mais la Révolution en raison de guerre incessantes retardèrent considérablement les travaux qui ne furent achevés qu’en 1813.

Les travaux portèrent également sur le port en lui même pour y créer un Arsenal à l’abri des attaques anglaises. Un premier bassin à flot est inauguré en 1813 par l’impératrice Marie Louise, un bassin de 292m de long sur 236m de large et 16m de profondeur, communiquant avec l’avant port par une écluse de 20m de long.

Les travaux sont pour ainsi dire continus. En 1814, les travaux pour un nouveau bassin à flot sont entamés par l’Empire. Ce bassin est inauguré en 1825 par Louis, duc d’Angoulême, dauphin de la couronne de France qui le baptise ce nouveau bassin du nom de son père.

Ce bassin Charles X mesure 290m de long sur 228m de large et 18m de profondeur. Il est d’abord équipé de quatre cales mais au début des années trente, elles sont remplacés par deux formes de radoub de 215m de long sur 36m de large.

En 1836 sous la monarchie de Juillet sont lancés les travaux pour un nouveau bassin à flot à l’ouest des deux premiers bassins.

Bien plus grand que les précédents avec ses 420m de long, ses 200m de large et ses 18m de profondeur, il est inauguré en 1858 par le couple impérial et reçoit naturellement le nom de bassin Napoléon III.

Ce bassin dispose de deux cales de 150m de long et d’une forme de radoub de 200m de long sur 24m de large.

Ajoutons à ce panorama la présence dans l’enceinte du port de commerce de la Forme du Hornet longue de 248m, large de 35m et profonde de 8m.

Comme toutes les bases existantes, Cherbourg bénéficie de nombreux travaux au cours de la décennie 1940. Ces travaux sont cependant assez peu visible. Si la Forme du Hornet est allongée (260m) et élargie (38m), le reste des travaux entrepris sont peu spectaculaires.

Les ateliers sont modernisés, les capacités de levage sont augmentées aussi bien dans les formes de radoub et que dans les cales de construction et un dépôt de carburant souterrain est construit sur la rive ouest de la petite rade, étant accessible dans la petite rade mais également dans la grande rade.

Les défenses côtières

En septembre 1939, la place de Cherbourg dispose de défenses impressionnantes quoi que majoritairement assez anciennes.

-la Batterie du Castel-Vendon située à cinq kilomètres de Cherbourg disposait encore de quatre canons de 164mm modèle 1893/96 mais au printemps 1941, les deux tourelles doubles de 340mm semblables à celle du Cap Cépet sont inaugurées, ces deux tourelles formant la batterie Tourville.
La défense rapprochée est assurée côté terre par deux PO (Petits Ouvrages) équipés d’un canon de 47mm et d’une mitrailleuse de 7.5mm. Le projet d’installer des canons antiaériens et des pièces médianes pour défendre côté mer n’est finalement pas menée à bien.

-La batterie d’Anfreville implantée à 8km à l’ouest dispose de trois canons de 164mm modèle 1893/96. Elle est appuyé par le fort de Querqueville armé de deux canons de 75mm pour éclairer la batterie et de quatre canons de 120mm utilisés pour l’instruction.

-Le Fort de Chavagnac est un ilot détaché couvrant la passe ouest et dispose en septembre 1939 de quatre canons de 100mm modèle 1889 modifié 1897 et de deux canons de 75mm modèle 1897.

-Le Fort de l’ouest à l’extremité occidentale de la Grande Digue dispose de quatre canons de 100mm modèle 1889 modifié 1897.

-Le Fort Central (Grande Digue) dispose de quatre canons de 138mm modèle 1910 alors que ses homologues Fort de l’Est et fort de l’ile Pelée disposent de quatre canons de 100mm modèle 1889 modifié 97.

A l’est, nous trouvons la batterie des Capelains qui dispose de 3 canons de 164mm modèle 1887 modifié 1893 semi-mobiles, la batterie de Breteville haut à l’est de la précédente dispose de quatre canons de 240mm modèle 1884 modifié 1901.

Des bastions assurent la défense rapprochée de l’Arsenal au cas où une flotte ennemie aurait neutralisé les forts de la Grande Rade, un cas de figure qui devient de plus en plus improbable au fur et à mesure des avancées.

Si les installations d’entretien sont peu modifiés, les défenses de Cherbourg sont soigneusement toilettées pour s’adapter aux nouvelles menaces.

La grande rade est fermée par trois digues : la digue de Querqueville, la digue du Large ou grande Digue et la digue de l’Est, le tout protégé par des fortifications qui sont totalement remis à niveau entre 1942 et 1946.

-Le Fort de Querqueville qui disposait de deux canons de 75mm et de quatre canons de 120mm est modernisé avec quatre canons de 130mm modèle 1919 en remplacement des pièces citées plus haut.

-Le Fort de Chavagnac remplace ses canons de 100mm et de 75mm par deux canons de 164mm modèle 1893 modifié 1896 jadis installés au Castel-Vendon. Quatre canons de 90mm modèle 1926 en affûts doubles sous masques sont installés, des pièces aptes au tir antiaérien comme au tir contre terre et en mer. Des pièces d’artillerie antiaériennes légères (six canons de 25mm) et des mitrailleuses sont également installées.

-Le Fort de l’ouest qui disposait en septembre 1939 de quatre canons de 100mm modèle 1889 modifié 1897 reçoit quatre canons de 130mm sur affûts simples sous masque, six canons de 25mm antiaériens et des mitrailleuses de 7.5mm.

Le Fort Central conserve ses quatre canons de 138mm modèle 1910 mais reçoit également deux canons de 90mm modèle 1939 en un unique affût double.

Le Fort de l’Est qui disposait en septembre 1938 de quatre canons de 100mm modèle 1889 modifié 1897 reçoit quatre canons de 138mm issus des Courbet désarmés ou des Bretagne transformés. Il reçoit également deux canons de 90mm modèle 1939 en un affût double.
Le Fort de l’île Pelée reçoit en 1943 quatre canons de 152mm modèle 1931 issus du Richelieu (réarmés avec des canons de 130mm à double usage), quatre canons de 90mm modèle 1939 en deux affûts doubles, des canons de 25mm antiaériens et des mitrailleuses.

Son action est relayée par une batterie annexe implantée sur la digue de l’Est (ou digue de Collignon) qui disposait de quatre canons de 100mm modèle 1889/97 qui sont remplacés en 1945 par quatre canons de 130mm d’un modèle inconnu. Cet ouvrage dispose également de six canons de 25mm antiaériens, de mitrailleuses de 7.5mm et de plusieurs canons antichars de 47mm.

La défense rapprochée de l’Arsenal est assurée par trois bastions armés en septembre 1948 de deux canons de 75mm modèle 1897, de quatre mitrailleuses de 7.5mm et de deux canons de 47mm.

Côté terre, il est prévu la construction d’ouvrages de sécurisation, des blockhaus légers pouvant permettre à une garnison de tenir quelques jours.

La défense antiaérienne de la place de Cherbourg est assurée par la 2ème Batterie Anti-Aérienne de Marine (2ème BAAM) qui dispose de six canons de 90mm modèle 1939 en encuvement en béton et de six canons de 25mm Hotchkiss en affûts simples. Cette défense pourrait si nécessaire être renforcée par la D.A.T.

Navires stationnés en septembre 1948

Peu de navires sont stationnés dans le port haut-normand, Cherbourg restant un port de travaux et de ravitaillement et non une véritable basse opérationnelle. En septembre 1948, les navires suivants sont basés :

-Chasseurs de sous-marins CH-5 et CH-6

-Remorqueur de haute mer Sanglier

-Remorqueur côtier Barfleur  Roule Crocus

-Aviso-hydrographe Amiral Mouchez

-Navire hydrographe Goeland

-Gabares Girafe Fidèle Entrainante

5-Artillerie et systèmes d’armes de la marine nationale

A-Artillerie lourde (supérieur à 203mm)

Canon de 380mm modèle 1935

Canon de 380mm du cuirassé Richelieu préservé encore aujourd’hui à Brest alors que le cuirassé à été démoli dans les années soixante-dix malgré des tentatives de sauvetage

Quand la marine nationale reprit la construction des cuirassés, elle développa une nouvelle pièce d’artillerie de 330mm pour armer les Dunkerque et Strasbourg qui disposaient de huit canons répartis en deux tourelles quadruples à l’avant (les tourelles quadruples françaises étaient en réalités des tourelles doubles accolées).

L’annonce par l’Italie de la construction de deux cuirassés de 35000 tonnes (Littorio Vittorio Veneto) poussa la France à construire deux cuirassés aux capacités semblables, des navires baptisés Richelieu et Jean Bart.

Il aurait été logique et rentable de reprendre le canon de 330mm mais comme les cuirassés italiens étaient armés de neuf canons de 381mm en trois tourelles triples (deux avant et une arrière), la France décida de dévelloper un canon de 380mm qui allait devenir l’armement standard des cuirassés français.

Si les Richelieu, Jean Bart et Clemenceau reprennaient la disposition des Dunkerque avec deux tourelles quadruples sur la plage avant, le Gascogne disposait d’une tourelle quadruple à l’avant et d’une tourelle quadruple à l’arrière et les quatre Alsace trois tourelles triples, deux à l’avant et une à l’arrière.

Le canon de 380mm modèle 1935 est construit en acier, auto-fretté et chemisé d’une longueur de 45 calibres pour un poids total de 94.310 tonnes et une longueur de 17.100m de long. La culasse qui s’ouvre vers le haut et le canon est assisté par un système hydro-pneumatique.

Comme pour tous les projectiles de ce calibre, les obus de 380mm des cuirassés français sont composées du projectile et des gargousses. L’obus perforant modèle 1936 pèse 890kg avec une charge militaire de 21.9kg et est propulsé par quatre charges SD21 (poids total 288kg).

Sa portée maximale varie de 10000m (site +5°) à 37800m (41700m théorique) (site +35°), pouvant perforer 249mm à 38000m. La cadence de tir est de 1.3 à 2 coups par minute.

L’annonce par l’Italie de la construction de deux Littorio modifiés armés de canons de 406mm entraina le dévellopement d’un obus superlourd de 980kg dont la mise au point se révéla compliquée en raison de l’usure des tubes puisque les charges propulsives étaient plus importantes.

Ce n’est qu’en 1947 que l’obus fût considéré au point mais ce qui fait dire à un ingénieur ayant travaillé sur cet obus «qu’il y aurait mieux fallu développer un canon de 406mm plutôt que ce maudit projectile».

La mise au point d’un obus explosif de 864kg se révéla plus facile puisqu’il fût prêt dès 1943 après deux ans de recherche et de mise au point. Cet obus évolua durant le conflit, l’obus semi-perforant du début devint presque un obus intelligent en 1951 avec un mécanisme d’horlogerie permettant de choisir quand l’obus explosera.

Les Richelieu, Jean Bart Clemenceau et Gascogne embarquent 832 obus de 380mm

Les tourelles quadruples de 380mm ont été conçues et fabriquées par Saint Chamond. Pesant 2476 tonnes en ordre de combat, la tourelle modèle 1935 permet aux canons de 380mm de pointer en site de -5° à +35° à raison de 5.5° par seconde et en azimut sur 156° (142° pour la tourelle II) de chaque côté à raison de 5° par seconde.

La tourelle triple modèle 1941 fabriquée par Saint Chamond pèse 1700 tonnes en ordre de combat et permet aux trois canons de pointer en site de -5° à +40° à raison de 5.5° par seconde et en azimut sur 150° de chaque côté à raison de 5° par seconde.

Les Alsace embarquent 1080 obus de 380mm soit 120 projectiles par canons.

Un temps on envisagea de produire des canons supplémentaires pour la défense côtière ou l’artillerie lourde sur voie ferrée (ALVF) mais on préféra y renoncer au profit de canons de 240mm modèle 1944.

Canon de 330mm modèle 1931

Tourelles quadruples de 330mm du croiseur de bataille Strasbourg

Le dernier canon de gros calibre développé par la France était le canon de 340mm modèle 1912 armant les trois Bretagne à défaut des cinq Normandie et des quatre Lyon qui ne furent jamais mis en service.

Quand la conception des cuirassés reprit en France, il aurait été possible de reprendre ce modèle mais cela aurait fait fit des progrès considérables effectués par l’artillerie depuis vingt ans sans parler du poids, trop important pour en concentrer huit sur la plage avant.

Le canon de 330mm modèle 1931 est construit en acier, auto-fretté et chemisé d’une longueur de 52 calibres pour un poids total de 67.535 tonnes et une longueur de 17.170m de long. La culasse qui s’ouvre vers le haut et le canon est assisté par un système hydropneumatique.

Les tourelles de 330mm ont été conçus et fabriqués par l’usine de Saint-Chamond. Pendant 1497 tonnes en ordre de combat, elles permettent aux canons de 330mm de pointer en site de -5° à +35° à raison de 6° par seconde et en azimut sur 166° pour la tourelle I et sur 148° pour la tourelle II à raison de 5° par seconde.

Comme tous les projectiles de cette taille, les obus de 330mm des Dunkerque se compose d’un projectile et de sa charge propulsive composée de quatre gargousses. Le principal obus embarqué sur les Dunkerque est l’obus Opf modèle 1935, un obus dit perforant et de rupture.

Pesant 570kg, il renferme seulement 20kg d’explosif mais cela est largement suffisant puisqu’il doit exploser à l’intérieur non blindé d’un navire. La portée maximale varie de 10000m à +4.3° d’élévation à 41500m à +35° tandis qu’il peut perforer 342mm de blindage à 23000m.

Un autre obus à été également développé, il s’agissait d’un obus explosif (obus Opfk) de 522kg, contenant 63kg d’explosif et destiné aux bâtiments peu protégés et aux bombardements contre la terre. La portée maximale de ce projectile est de 40600m à l’élévation maximale.

Les Dunkerque embarquaient au total de 896 obus de 330mm (sans précision du modèle) répartis entre 456 obus pour la tourelle I et 440 pour la tourelle II et 2400 charges propulsives. La durée de vie du tube de 330mm était de 250 coups.

Canon de 340mm modèle 1912

Tourelles arrières de 340mm du cuirassé Lorraine

Aiguillonnée par la Jeune Ecole, la France tarda à choisir la voie du dreadnought puisque les Courbet n’entrèrent en service qu’en 1913 et 1914.

Pourtant la France avait passé la sur-multipliée dans le programme de 1912 puisqu’elle envisagea de construire trois cuirassés de classe Bretagne, cinq cuirassés de classe Normandie et de quatre cuirassés de classe Lyon.

Ces navires auraient été armés respectivement de 10,12 et 16 canons de 340mm répartis en cinq tourelles doubles pour les Bretagne (deux avant, deux arrières et une centrale), en trois tourelles quadruples pour les Normandie (une avant, une centrale et une arrière) et en quatre tourelles quadruples pour les Lyon (une avant, une centrale et deux arrières).

Sur ce formidable programme, seuls les Bretagne furent construits et mis en service durant le premier conflit mondial. Les trois navires disposaient à l’origine de cinq tourelles doubles de 340mm mais la Lorraine perdit sa tourelle centrale en 1936 et ses deux sister-ship, leur tourelle centrale lors de la reconstruction menée à la fin des années trente et le début des années quarante.

Le canon de 340mm modèle 1912 à une longueur de 45 calibres soit un tube de 15.3m pour un poids de 67 tonnes. Il tire des obus explosifs de 382kg et des obus perforants de 575kg à une distance maximale de 18000m (+18°) pour les obus perforants, portée qui après les différentes modernisation passera à 24000m (+25°). en 1941, un nouvel obus explosif est mis en service, pesant 460kg et pouvant atteindre ces cibles à 27000m à l’élévation maximale.

La tourelle double permet aux canons de pointer en site de -5° à +12° à l’origine (+25° après reconstruction) à raison de 5° par seconde et en azimut sur 150° de chaque, de +30 à +150° de chaque côté pour la tourelle centrale à raison de 7° par seconde.

Les Bretagne embarquaient 100 obus de 340mm par canon soit un total à l’origine de 1000 coups qui à été maintenu après reconstruction en dépit de la perte d’une tourelle double.

Canon de 305mm modèle 1910

Le cuirassé Courbet en 1914

Quand le HMS Dreadnought est apparu, il était armé de 10 canons de 305mm en cinq tourelles doubles. Le canon de 305mm était mis à part la marine allemande le calibre standard des cuirassés quelque soit la marine.

La France ne fit pas exception et tous les pré-dreadnought français étaient armés de canons de 305mm pour leur artillerie principale, généralement quatre en deux tourelles doubles.

Pour s’équiper de cuirassés de type dreadnought, la marine nationale choisit de conserver le canon de 305mm. Les derniers pré-dreadnought à porter le pavillon tricolore, les Danton étaient armés de 4 canons de 305mm modèle 1906 en deux tourelles doubles.

Les premiers dreadnought à porter ce pavillon, la classe Courbet furent eux armés de douze canons de 305mm modèle 1910 en six tourelles doubles, deux à l’avant, deux à l’arrière et deux latérales.

Le canon de 305mm modèle 1910 à une longueur de tubes de 45 calibres (soit une longueur de 13.725m) pour un poids unitaire de 54 tonnes. Il tire des obus explosifs de 308kg et perforants de 432kg à une distance maximale de 26300m pour l’obus perforant (+23°) à raison de 1.5 à 2 coups par minute.

La tourelle double des Courbet pèse en ordre de combat 561 tonnes et permet aux canons abrités de pointer en site de -5° à +23° et en azimut sur 150° de chaque côté. La dotation en munitions est inconnue.

Ce canon si il est encore en service en 1940 ne l’est plus quand éclate la seconde guerre mondiale en 1948 puisque le Courbet, l’Ocean (ex-Jean Bart) et le Paris ont été désarmés et démolis.

Un temps, il fût envisagé de récupérer les tourelles pour les utiliser pour la défense côtière mais ce projet n’eut pas de suite. Il n’est pas impossible que quelques canons de 305mm aient survécu quelques années dans des dépôts.

Canon de 203mm modèle 1924 et modèle 1931

Le croiseur lourd Algérie était équipé de huit canons de 203mm modèle 1931

Le traité de Washington interdit la construction de cuirassés, c’est à dire des navires dépassant 10000 tonnes et armés de canons d’un calibre compris entre 203 et 406mm. En conséquence, tous les pays signataires construisirent des croiseurs appelés tantôt lourds tantôt de 1ère classe de 10000 tonnes (approchant ou dépassant, le tonnage Washington étant suffisamment flou pour permettre des contorsions diverses et variées) armés de 8 à 10 canons de 203mm.

La marine nationale n’échappa pas à cette mode d’autant que notre principal adversaire, l’Italie avait également décidé de se lancer dans la construction de Thinclad battleship à défaut de pouvoir construire de nouveaux cuirassés.

N’ayant pas de canon de ce calibre même d’un modèle plus ancien, la France doit produire un nouveau modèle de canon, le modèle 1924. Ce canon est pour une fois d’une conception simple, un tube auto-fretté de 50 calibres (longueur du tube : 10.15m environ) muni d’une culasse s’ouvrant vers le haut.

Le canon de 203mm modèle 1924 pèse 20.18 tonnes et tire des obus explosifs de 123kg et des obus perforants de 134kg à une distance maximale de 31400m pour les obus perforants (+45°) à raison de 4 à 5 coups par minute.

Tous les croiseurs lourds français qu’il s’agisse du Tourville, du Duquesne, du Suffren, du Colbert, du Foch et du Dupleix disposaient de huit de ces canons de 203mm répartis en quatre tourelles doubles (deux avant et deux arrières). Il équipe également le croiseur sous-marin Surcouf qui est armé d’une tourelle double de 203mm.

La tourelle double en question pèse en ordre de bataille 180 tonnes et permet aux canons abrités de pointer en site de -5° à +45° à raison de 10° par seconde et en azimut sur 150° de chaque côté à raison de 6° par seconde. La dotation en munitions est inconnue.

La tourelle étanche de 203mm du Surcouf pointait sur 135° à chaque bord avec une cadence de tir de 5 coups/minute. Le sous-marin disposait au total de 250 coups.

L’unique croiseur Algérie caractérisé par un pont ras, un bloc-passerelle ramassé et une protection bien supérieure à ses prédécesseurs était armé de huit canons de 203mm modèle 1931 qui étaient quasi-identiques aux précédents.

 Canon de 203mm modèle 1940

La construction des Saint Louis entraina la mise au point d’un nouveau modèle de canon de 203mm, le modèle 1940 puisque que les trois premières pièces sortirent des forges du Creusot en juillet 1940.

Le canon de 203mm modèle 1940 est un canon de 55 calibres à tube auto-fretté (longueur : 11.165m) pesant 17.45 tonnes. Il tire des obus  explosifs de 152kg et des obus perforants de 134kg à une distance maximale de 27480m  pour les obus perforants (+41°).

La tourelle triple modèle 1941 pèse 319 tonnes et permet aux canons avbrités de pointer en site de -10° à +41° à raison de 15° par seconde et en azimut sur 150° de chaque côté à raison de 10° par seconde. La dotation en munitions est de 150 coups par canon soit un total de 1350 projectiles.

Ce canon va également équiper certaines positions de défense côtière.