18-Bases et arsenaux (11)

N-Station navale de Nouméa

Nouméa, sa station navale et ses fortifications

Nouméa, sa station navale et ses fortifications

Avant propos

La Nouvelle Calédonie est reconnue colonie française le 24 septembre 1853 et le 25 juin 1854 est fondé Port de France rebaptisé Nouméa le 2 juin 1866. Le site est parfaitement adapté à l’installation d’une base militaire destiné à contrôler le Pacifique.

Comme les autres bases de la marine nationale dans l’Empire, elle est largement délaissée sans modernisation réelle jusqu’au milieu des années quarante quand il est décidé d’améliorer ses capacités d’accueil pour en faire une vraie base opérationnelle dans le Pacifique.

La Nouvelle Calédonie est en effet considérée comme une cible potentielle du Japon  si ce dernier voulait couper les lignes de communication entre l’Australie et les Etats-Unis. Les chefs alliés et notamment les australiens ont comme cauchemar un Caillou sous contrôle japonais qui transformé en «porte-avions incoulable» rendrait la mer de Corail inhospitalière pour les navires alliés qu’ils soient civils ou militaires.

Aussi Canberra est soulagée quand Paris annonce sa volonté de construire une véritable base aéronavale à Tantouta au nord de Nouméa et de moderniser la base navale de Nouméa pour lui permettre d’accueillir une escadre composée d’un porte-avions, d’un ou deux cuirassés, de leurs escorteurs sans oublier des croiseurs, des sous-marins et le train d’escadre.

Les travaux concernant la base navale voit la reconstruction des fortifications, l’extension des quais et l’aménagement de mouillages forains.

Curieusement dans un premier temps, aucune forme, aucun bassin de radoub pouvant recevoir un cuirassé n’est prévue alors que Nouméa est censée pouvoir abriter une escadre avec un ou deux navires de ligne. Cet oubli qui aurait obligé à s’appuyer sur les installations de l’Arsenal de Cockatoo est rapidement corrigé.

Après avoir envisagé la commande d’un dock-flottant, on décide de lancer en 1945 la construction d’une forme de radoub de  282m mais cette forme est loin d’être terminée en septembre 1948 quand éclate le second conflit mondial.

En revanche la base de Tantouta, les fortifications, les ateliers et les dépôts de carburant et de ravitaillement sont pleinement achevés et ne vont pas tarder à jouer un rôle de premier plan quand à son tour le Pacifique s’embrasera.

Description du site

Les travaux menés pour créer une nouvelle base en Nouvelle Calédonie vont de paire avec les travaux de modernisation du port de Nouméa et notamment la réalisation d’une digue reliant l’île de Nou à la «terre ferme». Cette digue est terminée en septembre 1945.

Si les navires basés en permanence à Nouméa sont mouillés dans la «Petite Rade», les installations d’entretien sont installés sur l’Ile Nou au sud, une digue perpendiculaire à la nouvelle digue séparant la «petite rade» et la «grande rade» pour créer un plan d’eau protégé pour une nouvelle forme de 200m qui remplace celle de 150m dans le port. Cette forme est creusée entre 1942 et 1945.

Un slipway de 100m pour construire des unités légères et les caréner est construit entre 1945 et 1946.

En janvier 1946, décision est prise de creuser un bassin de 282m de long sur 40m de large pour pouvoir caréner un cuirassé moins pour un carénage programmé que pour répondre à une réparation d’urgence après une avarie au combat et permettre à l’éclopé de rejoindre un Arsenal parfaitement équipé qu’on ne retrouve guère qu’à Pearl Harbor ou sur la côte ouest des Etats-Unis.

Cette taille importante s’explique aisément. Si les plus grands cuirassés français _la classe Alsace_ mesure 252m sur 35m, les plus grands cuirassés alliés, les Montana de l’US Navy mesurent 280.6m de long sur 36.9m de large.

Les travaux commencent en septembre 1946 mais ne sont achevés qu’à 55% en septembre 1948 quand la guerre éclate en Europe mais le bassin sera achevé et opérationnel quand le Pacifique s’embrasera à l’automne 1950.

Paradoxalement et en dépit du dévellopement des installations, les grands carénages eurent encore lieu en Australie à l’Arsenal de Cockatoo et ce jusqu’en 1947 quand les installations sont opérationnelles et capables de caréner n’importe quel type de navire.

Des ateliers modernes sont construits et des dépôts installés au nord de l’île Nou permettant le ravitaillement des navires au mouillage dans la Grande Rade»

Fortifications

Les défenses de Nouméa notablement délaissées en l’absence de menace subissent une sérieuse cure  de rajeunissement. Il s’agit d’empêcher un coup de main contre les installations opérationnelles du port et de la base navale. Pour cela les travaux suivants sont menés entre 1943 et 1948 :

-La protection de la Grande Rade est assurée au sud par le Fort Montravel (du capitaine de vaisseau Tardy de Montravel qui sélectionna en 1854 le site de Nouméa _à l’époque Fort de France_ pour y implanter un port et une base navale).

Ce fort construit entre 1943 et 1946 dispose d’une tourelle double de 203mm accompagnée par quatre canons de 130mm en affûts simples sous masque et sur plate-forme rotative permettant le tir contre terre et contre la mer. Ces affûts simples sont installés à chaque coin du fort. Cette organisation est identique à celles des forts défendant les accès à la baie de Cam-Ranh.
La DCA  du fort est assurée par douze canons de 37mm Schneider modèle 1941 installés seulement en 1947. La défense rapprochée du fort est assurée par des casemates indépendants, quatre casemates armés chacun de deux mitrailleuses de 7.5mm

Au nord, c’est le Fort Ducos qui assure la défense de la grande rade avec le même armement que le Fort Montravel rendant inexpugnable un magnifique plan d’eau pouvant accueillir selon les calculs une escadre composée d’un porte-avions, de deux à trois cuirassés, de leurs escorteurs et de plusieurs croiseurs.

-La défense du port n’est pas oubliée avec la construction du Fort de l’ilôt Brun sur l’ilôt du même nom. Si les deux forts précédents devaient tenir à distance une escadre ennemie, ce fort était destiné à la défendre rapprochée du port avec pour armement deux canons de 130mm en affûts simples sous masque et sur plate-forme rotative permettant donc le tir contre terre et contre but flottant.

Ils sont relayés quatre canons de 75mm antiaériens et antisurface. La DCA était assurée par six canons de 25mm Hotchkiss modèle 1939-40 et la défense rapprochée assurée par quatre tourelles démontables sur encuvement en béton, chaque tourelle disposant d’un canon de 25mm et d’une mitrailleuse de 7.5mm.

Le pendant nord du Fort de l’ilôt Brun est Fort Nouville situé sur l’Ile de Nou. Son armement est identique à celui du fort de l’ilôt Brun.

La défense antiaérienne de la base est assurée par une batterie dédiée équipée de six canons de 90mm modèle 1926 en trois tourelles doubles montés sur plate-forme rotative et huit canons de 25mm Hotchkiss modèle 1939-40.

La garnison de la base de Nouméa se compose d’une compagnie de fusiliers marins _la 1ère compagnie de fusiliers marins du Pacifique_ en plus des compagnies d’ouvrage chargés d’armer les fort défendant la base. En temps de guerre, cette compagnie doit être renforcée par les unités de l’armée de terre stationnée sur place.

La défense terrestre de Nouméa n’est pas oubliée et se confond avec celle de Tantouta où est implantée la base aéronavale. De petits casemates d’infanterie et des tourelles démontables sont installés pour protéger la BAN et les approches de Nouméa.

Navires stationnés à Nouméa en septembre 1948

-Aviso colonial Rigault de Genouilly

-Patrouilleur La Poursuivante

-Canonnière L’Audacieuse

-Chasseurs de sous-marins CH-47 et CH-48

Pour faire face à  la montée en puissance inévitable de la base, le commandement local décide de commander à «L’Arsenal de Nouméa» plusieurs unités de soutien, quatre petits patrouilleurs pouvant servir de remorqueur.

La commande de remorqueurs, de pousseurs et même d’un dock flottant pour sous-marins est sérieusement envisagée auprès de chantiers australiens mais aucune commande n’est passée avant septembre 1948.

O-Station navale de Papeete

Avant propos

La colonisation française à commencé en 1842 par la signature d’un traité de protectorat avec les souverains de Tahiti. Cette situation perdure jusqu’en 1880 quand le roi Pomare V fait dont de ses territoires à la France, donnant naissance aux Etablissements Français de l’Océanie.

Une base est établie à Papeete mais cette base n’est pas destinée à servir de véritable point d’appui mais plutôt une base de souverainté. L’attaque de Von Spee en 1914 montre l’utilité de fortifications limitées mais bien réelles.

Rien n’est pourtant réalisé avant 1942 quand la décision est prise de protéger le port de Papeete contre un coup de main. On décide également d’améliorer les capacités d’entretien même si il ne s’agit pas de créer un véritable Arsenal parfaitement équipé dont l’utilité serait des plus douteuses.

Installations

La station navale est installée au sein même du port de Papeete, une zone militaire est établie en septembre 1943 pour pouvoir accueillir les navires des Forces Navales Françaises du Pacifique (FNFP).

Les installations d’entretien sont tout de même importantes avec un dock flottant de 150m commandé aux Etats Unis et livré en 1943. Des ateliers et une fonderie ont également été construites pour soutenir les forces de souveraineté. Une cale de 100m à également été construite, cale construisant des navires civils et militaires.

Les fortifications destinées à défendre Papeete se composent de deux points d’appui armés chacun d’un canon de 130mm modèle 1919 sur plate-forme rotative et sous bouclier, de deux canons de 75mm antiaériens et de mitrailleuses de 7.5mm pour la défense rapprochée.

Une compagnie de fusiliers marins de recrutement local, la 2ème CFMP assure la défense de Papeete.

Navires basés à Papeete en septembre 1948

-Aviso colonial D’Iberville

-Patrouilleur La Bayonnaise

-Canonnière L’Etourdi

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18-Bases et Arsenaux (9)

J-Station navale de Beyrouth

Beyrouth

Beyrouth

Contrôler le Levant

A la suite de l’offensive victorieuse des alliés à l’été 1918, l’empire Ottoman s’effondre. Les traités de paix réduise son territoire à la Turquie actuelle ce qui entraine un changement de souveraineté sur les vastes territoires du Moyen Orient.

Si la Palestine est gérée par la Grande Bretagne, la majeure partie du Levant est sous l’autorité française avec les mandats de Syrie et du Liban.

Des troupes y sont déployés pour faire respecter la souveraineté française et pour maintenir l’ordre dans des territoires assez turbulents notamment dans le Djebel Druze secoué par une importante révolte en 1925.
La marine y est également présent au travers d’une Division de Syrie qui devient rapidement la Division Navale du Levant (DNL) qui installe ses quartiers à Beyrouth dans une partie du port de commerce.

Fortifications

Canon de 130mm modèle 1924

Canon de 130mm modèle 1924

Les menaces venant essentiellement de la mer (Le Dodécanèse est une possession italienne), les défenses du port libanais sont donc quasi-exclusivement tournées vers la mer.

Une batterie Nord aménagée en 1943/44 dispose de deux canons de 130mm en affûts simples sous masque et sur plate-forme rotative. Ces canons sont d’anciennes pièces des torpilleurs d’escadre type Bourrasque et L’Adroit désarmés. Cela permet une défense tout azimut.

La défense rapprochée est assurée par quatre tourelles démontables (canon de 47mm et une mitrailleuse de 7.5mm) installés sur des encuvements en béton. La défense antiaérienne n’est pas oubliée avec deux canons de 90mm modèle 1932 en un affût double sous masque et six canons de 25mm Hotchkiss modèle 1939-40.

La Batterie Sud aménagée en 1945/46 dispose de deux canons de 130mm en affûts simples sous masque et sur plate-forme rotative. Ces canons sont d’anciennes pièces des torpilleurs d’escadre type Bourrasque et L’Adroit désarmés. Cela permet une défense tout azimut.

La défense rapprochée est assurée par quatre tourelles démontables (canon de 47mm et une mitrailleuse de 7.5mm) installés sur des encuvements en béton. La défense antiaérienne n’est pas oubliée avec deux canons de 90mm modèle 1926 en un affût double sous masque et six canons de 25mm Hotchkiss modèle 1939-40.

Des plans sont dressés pour la défense terrestre de Beyrouth. Il est prévu que le génie construise des casemates de campagne armés par la compagnie de fusiliers marins attachée à la DNL (1ère Compagnie de Fusiliers Marins du Levant ou 1ère CFML) ainsi que des unités de l’armée de terre. Ces casemates sont accompagnés de fossés, de champs de mines et barbelés.

Installation/Navires stationnés en septembre 1948

Généralement composée d’unités légères, d’unités de «poussière navale», la DNL eut parfois des unités plus importantes comme un contre-torpilleur ou un torpilleur d’escadre voir même un croiseur léger entre septembre 1940 et décembre 1942 quand les trois croiseurs de classe Duguay Trouin se succédaient au Levant.

En dépit de ce déploiement non négligeable, la station navale de Beyrouth ne disposera jamais d’installations de radoub. Les unités de la DNL devant être carénés se rendaient donc à Haïfa.

Au 5 septembre 1948, les navires suivants sont déployés à Beyrouth :

-Aviso La Grandière _navire-amiral de la DNL_

-Chasseurs de sous-marins CH-20 et CH-21

-Pétrolier-caboteur L’Ardèche

-Gabare La Vaillante

K-Station navale de Djibouti

Djibouti

Djibouti

Une situation stratégique

L’occupation française de Djibouti remonte à 1862 quand un traité est signé entre la France de Napoléon III et des chefs locaux. Le choix de ce site stratégique s’explique par le début de la conquête de l’Indochine qui impose un port de ravitaillement bien placé et qui prendra toute son importance après l’ouverture du canal de Suez en 1869.

La colonisation de la fin du 19ème siècle renforce le caractère stratégique de la «Cote française des Somalis» puisque les italiens occupent l’Erythrée au nord et une partie de la Somalie au sud. Des travaux importants ont lieu avant la première guerre mondiale mais comme dans beaucoup de bases, la «der des der» ruine tous les efforts passés et il faut tout recommencer.

La station navale des Somalis est installée dans le golfe de Tadjourah à la pointe de l’isthme sur lequel est construite la ville de Djibouti. Deux digues construites entre 1898 et 1907 sont rénovées et prolongées pour former un bassin suffisamment profond pour recevoir un cuirassé de classe Alsace.

Installations

Les quais sont rénovés et renforcés, les capacités de levage et de stockage sont augmentées avec la construction de deux réservoirs de carburants enterrés.

Un bassin de radoub de 200m de long sur 25m de large est inauguré en septembre 1942. Elle sert aussi bien pour les navires des Forces Navales en Afrique Equatoriale Française (FNAEF) que pour les navires civils. Cependant pour les grands carénages, les navires basés à Djibouti devaient se rendre à Diego-Suarez mieux outillée et mieux équipée.

Fortifications

En septembre 1939, les seules défenses fortifiées de Djibouti sont concentrées dans la batterie du Héron équipées de quatre canons de 164mm modèle 1893 modifié 1896. Ces canons sont toujours là en septembre 1948, le site étant modernisé.

La défense du front de mer est assuré par quatre canons de 155mm modèle 1920 ayant appartenu au Lamotte-Picquet. Chaque canon est installé sur une plate-forme rotative installée dans des encuvements bétonnés

Ces quatre positions sont complétés par huit canons de 90mm modèle 1932 en quatre affûts doubles sous masque blindé et plate-forme rotative ce qui permet à ces canons de tirer contre avions, contre but flottant et contre but terrestre. Leur action antiaérienne est complétée par une batterie antiaérienne mobile de douze canons de 25mm Hotchkiss modèle 1939-40 en six affûts doubles montés sur camion.

La défense terrestre de la ville de Djibouti est assurée par quatre casemates fortifiés inspirés de ceux de la Ligne Maginot avec une cloche d’observation et de tir équipées d’un canon de 25mm et d’une mitrailleuse de 7.5mm, deux affûts jumelés avec un canon de 47mm et deux mitrailleuses de 7.5mm.

La défense terrestre est assurée par un bataillon de fusiliers marins de 500 hommes, le 1er Bataillon de Fusiliers Marins d’Afrique Equatoriale (1er BFMAE) la principale force militaire terrestre de la Côte Française des Somalis (CFS) en compagnie du Régiment des Tirailleurs Sénégalais de la CFS.
Navires stationnés à Djibouti au 5 septembre 1948

-Aviso colonial Savorgnan de Brazza

-Canonnière La Tapageuse

-Patrouilleur (ex-torpilleur) La Melpomène

-Aviso-dragueurs coloniaux La Généreuse La Victorieuse L’Heureuse et  Alfred de Courcy (9ème DEL)

-Remorqueur de 750ch Glaïeul

L-Base navale de Diego-Suarez

Base navale de Diego-Suarez

Base navale de Diego-Suarez

Avant-propos

Madagascar connue également sous le nom de la «Grande Ile» est sous influence française depuis 1883 et devient colonie par décret du 6 août 1896.

La marine n’à pas attendu cette date pour implanter une base importante à Madagascar destiné à sécuriser l’Océan Indien.

Des travaux sont entamés dès 1891 mais ne sont réellement lancés qu’en 1898/99. Le tout est validé par la loi Gautret du 20 juillet 1900 sur la défense des côtes. Ces travaux sont menés sous l’impulsion de Joffre entre 1900 et 1904.

Les défenses côtières souffrent terriblement du premier conflit mondial. Non pas des combats mais des besoins en artillerie lourde en Europe qui entraina le désarmement des forts.

La volonté d’équiper l’Océan Indien d’une véritable base entraina d’importants travaux d’infrastructure pour faire de Diego-Suarez un véritable point d’appui pour la marine française et ses alliés.

Présentation du site

Le bassin principal, le coeur de la base navale de Diego-Suarez est implanté à l’entrée du «Cul de Sac Gallois». C’est là que sont amarrés les navires basés à demeure à Diego-Suarez. L’Arsenal est implanté à proximité.

Ce dernier disposait à l’origine de deux bassins de 150m qui sont agrandis à 230m pour leur permettre de caréner un croiseur lourd. Des travaux sont entamés pour un bassin plus grand (265m de long sur 40m de large) capable d’accueillir un cuirassé type Alsace mais la guerre stoppe les travaux.

Les ateliers sont modernisés, les capacités de levage augmentées. Un parc à combustible et un parc à munitions sont également aménagés mais dans la baie aux Français de l’autre côté de la ville.

Pour accueillir les unités de passage, des mouillages sont aménagés (balisage, coffres) dans la baie des Français, dans la baie du Tonnerre et dans la baie des Cailloux Blancs.

Fortifications

En 1939, les défenses de Diego-Suarez sont dans un état lamentable et plutôt que d’apposer une emplâtre sur une jambe de bois, on décide de faire table rase du passé et de repartir de zéro.

Un premier projet de fortification totale (front de mer et accès de terre) est rejeté au profit d’un projet nettement moins ambitieux de défense du front de mer, une menace terrestre sur Diego-Suarez étant jugée peu importante pour ne pas dire inexistante.

Deux forts sont implantés pour barrer l’accès à Diego-Suarez :

-Au nord, le Fort Saint Pierre dispose de quatre canons de 130mm modèle 1919, ces canons aussi montés sur plate-forme rotative peuvent ainsi tirer contre terre et contre but flottant.

La Défense contre-avions est assurée par deux canons de 75mm en affûts simples et quatre canons de 25mm eux aussi en affûts simples.

La défense rapprochée du fort est assurée par quatre jumelages combinant un canon de 25mm et une mitrailleuse de 7.5mm.

-Au sud, le Fort Saint Paul est organisé de la même façon.

La défense rapprochée de la base navale et de l’Arsenal est assurée par six tourelles démontables (canon de 25mm et mitrailleuse de 7.5mm) montés sur des encuvements en béton.

La «garnison» de Diego-Suarez est composée en temps de paix par une compagnie de fusiliers marins, la 7ème Compagnie de Fusiliers Marins et les deux compagnies d’équipage d’ouvrage des forts. En cas de menace sur la base (débarquement japonais ou italien par exemple), la garnison serait renforcée par des unités de l’armée de terre stationnée sur la Grande Ile en l’occurence les 1er et 2ème régiments de tirailleurs malgaches et une section de chars Renault R-35.

Navires stationnés à Diego-Suarez en septembre 1948

-Croiseur léger Primauguet _navire-amiral des FNAEF_

-Aviso colonial D’Entrecasteaux

-Corvettes anti-sous-marines La Rouennaise La Nancéenne La Lilloise et La Clermontoise (6ème DEO)

-Transport du littoral (ex-aviso) Ypres (ex-Dunkerque)

-Pétrolier Ravitailleur d’Escadre La Garonne

18-Bases et arsenaux (4)

D-Base Navale de Lorient

L'Arsenal de Lorient en 1910

L’Arsenal de Lorient en 1910

Un peu d’histoire

Bien que ce site ait été peuplé dès la préhistoire, la ville de Lorient à été fondée officiellement en 1666 sous le nom de L’Orient sous l’impulsion de Colbert qui voulait doter la Compagnie Française pour le commerce des Indes Orientales créée le 27 août 1664 d’une base de départ.

Lors de la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697), le chantier naval implanté à L’Orient est réquisitionné par la marine royale, marquant le début de la présence de la marine nationale sur le site bientôt connu sous le nom d’Arsenal Royal de Lorient.

Pendant longtemps cependant, le port vivote, reste chétif. Des travaux sont bien menés avec la création d’un avant port et d’un bassin à flot entre 1839 et 1848 qui suivent les travaux de modernisation menés dans l’enceinte de l’Arsenal avec une forme de radoub et une cale couverte.

Il  était cependant dit que Lorient, 26ème port commercial de France en 1860 ne serait jamais un port majeur en dépit des efforts de la chambre de commerce et l’essentiel (pour ne pas dire la totalité) de l’activité maritime serait celle de l’Arsenal.

Longtemps, l’Arsenal de Lorient va mener des constructions neuves et des entretiens mais la loi du 3 avril 1926 fait de l’établissement morbihanais un établissement consacré aux constructions neuves mais cette situation va de nouveau changer au début de la décennie 1940 en raison de l’augmentation d’unités à caréner et de la saturation régulière de Brest qui ne manque pas de travail entre les navires à armer, ceux à désarmer et ceux à entretenir.

Comme tous les établissements de la marine, l’Arsenal de Lorient va connaître des travaux pour améliorer ses capacités d’entretien et de soutien, le port morbihanais implanté à la confluence Scorff-Blavet et sur la rive orientale du Scorff devant devenir une base majeure en cas de conflit contre l’Espagne et pour nettoyer le Golfe de Gascogne des submersibles ennemis.

Les installations

-Le site original situé donc sur la confluence Scorff-Blavet dispose d’une forme de radoub (utilisée également pour l’armement des navires) de 240m de long sur 28m de large accompagnée de  deux cales, les cales n°4 et n°7 qui mesurent 175m de long sur 20m de large.

-Sur la rive orientale du Scorff nous trouvons la forme dite de Lanester, une forme de 240m de long sur 30m de large. Elle est accompagnée de trois cales.

La cale n°1 (couverte) mesure 230m de long sur 32m de large pouvant donc construire tous les navires jusqu’au croiseur lourd. La cale n°2 mesure 195m de long sur 28m de large et la n°3 de 175m de long sur 25m de large.

Ces cales étaient présentes en 1939 et ne sont pas agrandies mais installations annexes sont modernisées avec des grues plus puissantes et des ateliers totalement repensées pour prendre le virage de la soudure et de la préfabrication de plus en plus utilisée.

Quand la guerre éclate, une base de ravitaillement est inaugurée à Lorient avec des dépôts de carburant souterrains et plusieurs postes de ravitaillement ce qui facilite la mise en oeuvre de navires depuis Lorient.

Les fortifications

Comme toutes les autres positions fortifiées, celles défendant les accès à Lorient étaient dans un état lamentables, la faute à l’absence de menace crédible et un sous-investissement chronique.

Il était cependant hors de question de laisser une base de ravitaillement de premier ordre, une base opérationnelle pour opérer dans le Golfe de Gascogne à la merci d’un coup de main ennemi.

En septembre 1939, les fortifications défendant les approches de Lorient se compose des batteries et des moyens suivants :

-Au Talud sont implantés 4 canons de 240mm

-Au Mène sur l’île de Groix sont implantés 4 canons de 120mm

-Au Gâvres, sont implantés 3 canons de 105mm

-A Port Louis, sont implantés 3 canons de 75mm

-A Loquetas, sont implantés 2 canons de 75mm.

Plusieurs batteries de circonstance sont implantés dans les approches de Lorient avec des canons de 95mm, batteries désactivées à la fin de la guerre de Pologne.

Des travaux importants sont menés à partir de 1944. on fait table rase des fortifications passées pour construire des nouveaux points d’appui intermédiaires entre de véritables forts à l’ancienne et des fortifications de campagne.

Toutes les batteries existantes en septembre 1939 sont démantelés en 1942/43, la marine préférant repartir de zéro.

Les deux points d’appui sont installés respectivement à Port-Louis et à Larmor-Plage, leur construction est semblable à celle des fortifications défendant l’accès au Goulet de Brest avec quatre canons de 152mm modèle 1931 _ayant appartenu au Jean Bart_ montés sur affût circulaire sous masque, quatre canons de 90mm modèle 1939 en affûts doubles sous masque et une DCA légère composée de huit canons de 37mm Schneider modèle 1941 en affûts doubles.

La défense des approches terrestres du point d’appui est assuré par quatre affûts jumelés armés d’un canon de 47mm et de deux mitrailleuses de 7.5mm. En temps de guerre, un fossé est creusé, des mines et des barbelés mis en place.

Sur l’ile de Groix est implantée la Batterie Ronar’ch qui couvre les approches lointaines de Lorient avec quatre canons de 240mm ayant appartenus au cuirassé Voltaire. Ces canons sont montés en affûts simples sur plate-forme circulaire permettant au canon de pointer à 360°.

Leur action est complétée par deux canons de 138mm modèle 1910 ayant appartenu au cuirassé Bretagne et par quatre canons de 90mm modèle 1939 en deux affûts doubles. La DCA de la batterie Ronar’ch est assurée par huit canons de 25mm Hotchkiss modèle 1939-40 en affûts doubles.

La défense des approches terrestres du point d’appui est assuré par quatre affûts jumelés armés d’un canon de 47mm et de deux mitrailleuses de 7.5mm. En temps de guerre, un fossé est creusé, des mines et des barbelés mis en place.
Ces trois positions forment une sorte de «triangle de la mort» rendant inexpugnables les approches de Lorient.

En ce qui concerne les défenses terrestres, rien n’est entrepris mais à la mobilisation, des postes de sécurité sont mis en place par la 3ème compagnie de fusiliers marins (3ème CFM) chargée de la défense de Lorient, compagnie qui à la mobilisation devient bataillon avec le rappel de territoriaux.

Navires stationnés à Lorient au 5 septembre 1948

Lorient est essentiellement une base de ravitaillement au profit des navires opérant dans le Golfe de Gascogne pour une mission ou pour entrainement. Néanmoins, un certain nombre de navires de combat et de soutien sont basés dans le port militaire morbihanais.

-Torpilleurs légers  L’Algérien Le Sénégalais L’Arabe Le Marocain (classe Kabyle) formant la 6ème DT

-Patrouilleurs anti-sous-marins La Havraise et La Nantaise

-Corvettes anti-sous-marines La Nimoise La Calvaise La Rennaise et L’Agenaise de la 3ème DEO

-Chasseurs de sous-marins CH-11 et CH-12

-Vedettes lance-torpilles  VTB-16, VTB-18, VTB-20 et VTB-22 de la 1ère Escadrille Légère de l’Atlantique.

-Remorqueur de 1000cv L’Actif

-Remorqueur de 600cv Morbihan

E-Station navale de Casablanca

Un point de passage obligé

Principal port marocain sur la façade atlantique du royaume chérifien, Casablanca devient au cours de la décennie quarante un point d’appui majeur de la marine nationale.

Elle n’est pas une base de premier plan comme Brest, Toulon ou Bizerte mais est le point de passage  obligé des navires venant de Brest et se rendant à Toulon ou de ceux allant de la Méditerranée à l’Atlantique.

Son rôle augmente avec la création du polygone de Rufisque près de Dakar, voyant ainsi la multiplication des escales des navires revenant d’un entrainement intense sur ce champ de tir quasi unique au monde.

Pour faire face à cet afflux, une base mobile de ravitaillement est construite et si des ateliers sont également mis sur pied, aucune forme de radoub et les capacités d’entretien se limite à la présence de deux petits docks flottants (un de 90m de long et un autre de 120m). Les défenses côtières sont également améliorées.

Les navires en escale à Casablanca mouillent à l’est de la Jetée Delure ou Grande Jetée et les installations de ravitaillement sont installés dans son prolongement avec trois grands réservoirs enterrés.
Les ateliers d’entretien et les autres dépôts sont cependant installés à l’ouest de la Grande Jetée et une digue flottante constituée de pontons est établie, digue qui aurait du être durcie mais le déclenchement de la guerre stoppe les travaux qui avaient à peine commencés.

Fortifications

La défense de Casablanca est assurée par deux batteries, la Batterie d’El Hank à l’ouest et la Batterie d’Oukacha à l’est, chacune disposant de quatre canons de 194mm modèle 1902 et de quatre canons de 138mm modèle 1910.

Ces deux batteries sont modernisées entre 1945 et 1947. Si les canons de 194mm sont maintenus, les canons de 138mm sont remplacés par quatre canons de 130mm provenant des torpilleurs d’escadre de classe Bourrasque et L’Adroit désarmés.

La DCA inexistante est assurée dans chacun des points d’appui par quatre canons de 90mm modèle 1926 en deux affûts doubles et six canons de 25mm Hotchkiss en affûts doubles. Quand à la défense contre un assaut d’infanterie, elle est assurée par deux affûts jumelés, un canon de 47mm et deux mitrailleuses de 7.5mm pour chacun d’entre-eux.

Chaque batterie est armée par une compagnie d’ouvrage et une compagnie de fusiliers marins est chargée de la défense des approches terrestres, les 4ème et 5ème CFM.

Navires basés à Casablanca au 5 septembre 1948

Les navires basés à Casablanca sont amarrés à l’ouest de la Grande Jetée

-Patrouilleur anti-sous-marin L’Incomprise

-Patrouilleur anti-sous-marin Jutland (P-37)

-Corvettes anti-sous-marines La Bastiaise La Paimpolaise La Dunkerquoise et L’Antillaise (2ème DEO)

-Aviso-dragueurs Enseigne Balande La Trompeuse L’Ambitieuse et La Sérieuse (7ème DEL)

-Chasseurs de sous-marins CH-17 CH-18 et CH-19

-Remorqueur de 600cv Lavandou

-Navire-hydrographe Cormoran

5-Artillerie et systèmes d’armes de la marine nationale (2)

B-Artillerie médiane (entre 130 et 203mm)

Canon de 155 modèle 1921

Canons de 155mm tribord arrière du porte-avions Béarn, canons installés en casemates

Quand la marine nationale se releva du premier conflit mondial, elle se montra plus attentive à reconstituer les forces légères et notamment compenser la carence en terme d’éclaireurs rapides, les croiseurs cuirassés s’étant montrés inadaptés à cette mission.

Elle fit ainsi construire trois croiseurs légers de classe Duguay-Trouin (Duguay-Trouin, Primauguet Lamotte-Picquet) d’environ 8000 tonnes, peu protégés (à tel point qu’on à pu les comparer à de gros contre-torpilleurs sans oublier leur très lourd armement en torpilles avec douze tubes et vingt-quatre engins) et armés de 8 canons de 155mm en quatre tourelles doubles.

Ce canon de 155mm va aussi équiper le porte-avions Béarn à raison de 8 canons en casemates pour lui permettre de contrer une attaque de torpilleurs et le croiseur-école Jeanne d’Arc, une version réduite des Duguay-Trouin avec toujours 8 canons de 155mm en quatre tourelles doubles.

Tourelles doubles de 155mm du croiseur-école Jeanne d’Arc

 Ce canon de 50 calibres (longueur du tube : 7.750m) est muni d’une culasse s’ouvrant vers le haut avec un tube auto-fretté et pesant 8.87 tonnes. Il tire des obus semi-perforants et des obus explosifs de 59kg à une distance maximale de 25000m pour les obus perforants et de 26100m pour les obus explosifs (+40°) à raison de 3 à 6 coups par minute

La tourelle double pèse 80 tonnes et permet aux canons de 155mm abrités de pointer en site de -5° à +40° à raison de 6° par seconde et en azimut sur 280° (140° sur chaque bord) à raison de 6.4° par seconde.

La dotation en munitions est de 125 coups par canon soit 1000 coups dont 160 coups d’entrainement et 30 coups éclairants.

En 1948, ce canon est encore en service puisque deux des trois croiseurs de classe Duguay-Trouin et le croiseur-école Jeanne d’Arc sont encore en service sans oublier que certains canons du croiseur léger Lamotte-Picquet et du Béarn ont été réutilisés pour la défense côtière à Djibouti pour le premier et en métropole pour le second.

Canon de 152mm modèle 1930

Tourelles triples avant de 152mm du croiseur léger Emile Bertin, premier navire français à être équipé de ce calibre

Le traité de Londres signé le 22 avril 1930 précisait les catégories de croiseurs. Le traité de Washington signé en février 1922 considérait comme croiseur un navire de 1850 à 10000 tonnes armés de canons de 130 à 203mm.

Le nouveau traité divisait cette catégorie en deux : la catégorie B  comprenait des navires de 1850 à 8000 tonnes armés de canons d’un calibre de 155mm et la catégorie A de 8000 à 10000 tonnes armés de canons de 155 à 203mm.

Pour sa nouvelle génération de croiseurs, la France aurait pu conserver le canon de 155mm des Duguay-Trouin mais préfère développer un nouveau canon en se ralliant au 6 pouces des anglo-saxons qui traduit dans le système métrique donnait des canons de 152mm.

Le canon de 152mm modèle 1930 va ainsi équiper l’Emile Bertin  et les six croiseurs de classe La Galissonnière qui disposent tous de neuf canons en trois tourelles triples modèle 1931.

Les cuirassés Richelieu et Jean Bart doivent à l’origine disposer de 15 canons de 152mm modèle 1930 en cinq tourelles triples modèle 1936 pouvant tirer contre-avions mais leur mise au point interminable entraine le débarquement de deux tourelles remplacées par quatre tourelles doubles de 100mm issus du cuirassé Lorraine qui perd ses canons lors de son entrée en refonte plus deux tourelles doubles de la batterie du Niolon à Marseille.

Les canons ainsi débarqués ne sont pas perdus puisqu’ils sont réutilisés pour la défense côtière en remplacement de pièces plus anciennes.

En 1943, le Richelieu perd ses canons de 152mm et de 100mm (réutilisés pour la défense côtière ou utilisés comme réserve) au profit de vingt canons de 130mm modèle 1932 groupés en dix tourelles doubles de 130mm modèle 1936. Son sister-ship Jean Bart qui n’avait reçut à son neuvage que neuf canons de 152mm en trois tourelles triples reçoit ses dix tourelles doubles de 130mm en 1943 à l’occasion d’un petit carénage étoffé.

Les Clemenceau et Gascogne ainsi que les Alsace disposeront dès leur neuvage de dix tourelles doubles du même modèle. 

Les six croiseurs de classe De Grasse vont recevoir neuf canons de 152mm en trois tourelles triples modèle 1938, une version à mi-chemin entre le modèle 1931 et le modèle 1936. On renonce au tir contre-avions mais on améliore certaines fragilités du modèle 1931 et on introduit un soupçon d’automatisation, qui annonce le futur canon modèle 1941 pour les futurs croiseurs légers de type C6.

Le canon de 152mm modèle 1930 est un canon de 55 calibres (longueur du tube : 8.360m) à tube auto-fretté et culasse verticale. Pesant 7.78 tonnes, il tire des obus semi-perforants de 57kg et des obus explosifs de 55kg à une distance maximale de 26960m (+45°) pour les obus semi-perforants et une cadence de tir de 5 à 8 coups selon les conditions météo et l’entrainement des servants.

La tourelle triple modèle 1931 pèse 112 tonnes et permet aux canons de 152mm de pointer en site de -10 à +45° à raison de 8° par seconde et en azimut sur 300° (150° de chaque côté) à raison de 12° par seconde. L’Emile Bertin embarque au total 1300 obus de 152mm et les La Galissonnière 1534 obus de 152mm.

La tourelle triple modèle 1938 pèse 150 tonnes (les 38 tonnes en plus s’explique notamment par le renforcement de la protection) et permet aux canons de 152mm de pointer en site de -10° à +60° à raison de 10° par seconde et en azimut sur 300° (150° de chaque côté) à raison de 15° par seconde. La dotation en munitions est de 1800 obus de 152mm soit un total de 200 obus par canon.

Canon de 152mm modèle 1941

Après la construction des six De Grasse et du croiseur léger antiaérien Waldeck Rousseau, la marine nationale s’intéressa au futur de sa flotte de croiseur notamment le remplacement des Duguay-Trouin dont notamment le Lamotte-Picquet désarmé en 1946.

Le projet C6 était une évolution des De Grasse en ce qui concerne le flotteur et l’appareil propulsif mais tout était ouvert en ce qui concerne l’armement.

Le C6-1 prévoyait ainsi un armement de 9 canons de 152mm en trois tourelles triples, le C6-2 un armement de 12 canons de 152mm en quatre tourelles triples, le C6-3 un armement de 8 canons de 152mm en quatre tourelles doubles et le C6-4 un armement de 12 canons de 130mm en six tourelles doubles. C’est le projet C6-3 qui est choisit avec un nouveau modèle de canon et un nouveau modèle de tourelle.

Le canon de 152mm modèle 1941 est un canon qui intègre un début d’automatisation qui améliorera considérablement la cadence de tir de ces canons. Des améliorations sont également apportées sur la résistance des tubes. On renoue également avec une capacité de tir contre-avions.

Le canon de 152mm modèle 1941 est un canon de 55 calibres (longueur du tube : 8.36m). Pesant 7.10 tonnes, il tire des obus explosifs et perforants de 59kg à une distance maximale de 22860m (+45°) à raison de 16 coups par minute.

La tourelle double modèle 1941 pèse 130 tonnes et permet aux canons de 152mm de pointer en site de -5° à +85° à raison de 20° par seconde et en azimuts sur 300° à raison de 20° par seconde. La dotation totale en munitions est de 1800 obus de 152mm soit 225 obus par canon.

Canon de 138mm modèle 1910

Le cuirassé Lorraine en 1939. Les canons de 138mm modèle 1910 sont installés en casemates

Ce «vieux canon» est encore présent sur les Courbet et les Bretagne encore en service en juin 1940 même si il termine sa carrière.

Les deux classes de cuirassés disposaient à l’origine de 22 canons en casemates mais ce nombre à été réduit à 14 sur les Bretagne. Ce canon est retiré du service actif par le désarmement des Courbet et la reconstruction des Bretagne qui troquent leurs canons de 138mm contre des 130mm à double usage.

Ce canon de 138mm modèle 1910 est un canon de 55 calibres tirant des obus de semi-perforants de 39.5kg et des obus explosifs de 31.5kg à une distance maximale de 15100m pour les obus explosifs et de 16100m pour les semi-perforants à une élévation de +25° à raison de 5 à 6 coups par minute.

L’affût simple sous casemate permet aux canons de pointer en site de -7° à +25° et en azimut sur 80° de chaque côté. La dotation en munitions est inconnue.

Tout comme les canons de 155 modèle 1920 et les canons de 152mm débarqués du Richelieu et du Jean Bart, les canons de 138mm débarqués des trois Courbet et des trois Bretagne sont réutilisés pour la défense côtière.

Canon de 138mm modèle 1923

Le canon de 138mm modèle 1923 est utilisé par les Guépard comme ici le contre-torpilleur Bison

Ce canon est le canon équipant la deuxième classe de contre-torpilleurs construits après guerre en France, la classe Guépard (Guépard Bison Lion Valmy Verdun Vauban) armée de cinq canons de 138mm en affûts simples sous masque (deux avant, deux arrière et une au centre).

Ce canon va rester en service jusqu’au désarmement des Guépard qui comme les Jaguar mais à la différence des classes suivantes de contre-torpilleurs ne recevront de nouveaux canons de 130mm à double usage.

 Le canon de 138mm modèle 1923 est un canon de 40 calibres (longueur du tube : 5.52m), pesant 4.40 tonnes, tirant des obus de 40kg à une distance maximale de 19000m (+35°) à raison de 5 à 6 coups par minute.

L’affût simple sous masque permet aux canons de pointer en site de -10° à +35° et en azimut sur 150° de part et d’autre. La dotation en munitions globale est de 585 coups dont 85 obus éclairants.

Ces canons là contrairement aux autres ne seront pas réutilisés pour la défense côtière, étant souvent trop usés pour que leur réutilisation soit rentable.

Canon de 138mm modèle 1927

Les contre-torpilleurs classe Aigle (ici l’Albatros) et classe Vauquelin sont équipés du canon de 138mm modèle 1927

Ce canon de 138mm est une version améliorée de la pièce précédente avec une culasse à coin horizontal semi-automatique avec mise à feu automatique.

Ce canon va équiper les contre-torpilleurs de classe Aigle et Vauquelin. Bien qu’efficace et robuste, elle sera remplacée par des canons de 130mm à double usage dans le but d’unifier les calibres des forces légères. Ils connaitront une nouvelle vie pour la défense côtière.

Ce canon de 138mm modèle 1927 est un canon de 40 calibres (longueur du tube : 5.520m) qui tire des obus de 39.9kg à une distance maximale de 16600m (+28°) à raison de 12 coups à la minute (8-10 dans la pratique).

L’affût simple sous masque pèse 13 tonnes et permet aux canons de pointer en site de -5° à +28° et en azimut sur 300° à raison de 150° de chaque côté. La dotation en munitions est de 1000 coups soit 200 obus par affût plus 75 obus éclairants pour l’affût n°2.

Canon de 138mm modèle 1929 et 1934

Les avisos coloniaux classe Bougainville comme l’Amiral Charner sont équipés de trois canons de 138mm modèle 1929

Le canon de 138mm modèle 1929 est une version améliorée du modèle 1927 et va équiper les six contre-torpilleurs de classe Le Fantasque mais également le croiseur mouilleur de mines Pluton (perdu en septembre 1939) et les avisos-coloniaux de classe Bougainville.

Il se révèle cependant plus fragile que son devancier et généralement considéré comme raté à tel point que les Mogador et Volta recevront un nouveau modèle qui sera lui aussi fort peu réussi.

 Ce canon de 138mm modèle 1929 est un canon de 52 calibres (longueur du tube : 7170m) qui tire des obus de 39.9kg à une distance maximale de 20000m (+30°) à raison de 12 coups par minute (7 en pratique).

L’affût simple sous masque 11.57 tonnes et permet aux canons de pointer en site de -10° à +30° et en azimut sur 300°. La dotation en munitions est de 240 coups par canon soit un total de 1200 obus de 138mm.

Le contre-torpilleur Volta à la mer

Le canon modèle 1934 est une version étroitement dérivée du modèle 1929 adaptée pour l’emploi sur un affût double. L’affût double peut pointer en site de -10° à +35° et en azimut sur 300° avec un approvisionnement global de 1440 obus soit 180 obus par canon. Une fois remplacés par des canons de 130mm, certaines pièces vont être réutilisés pour la défense côtière.

Canon de 130mm modèle 1919 et modèle 1924

Schéma du canon de 130mm modèle 1919

Le canon de 130mm modèle 1919 équipe jusqu’à leur désarmement les six contre-torpilleurs de classe Jaguar et les douze torpilleurs d’escadre de classe Bourrasque qui s’étale en 1941 et 1945.

Ce canon de 40 calibres tire des obus en acier à fausse ogive de 32kg à 18500m à +36° à raison de 4 à 6 coups par minute.

L’affût simple pèse 12.75 tonnes avec masque et permet aux canons de pointer en site de -10° à +36° et en azimut sur 150° de chaque côté. 

La dotation en munitions est de 440 obus pour les Bourrasque (soit 110 obus par canon) plus 60 obus éclairants à la disposition des affûts II et III et de 1000 obus pour les Jaguar (soit 200 obus par canon) plus 60 obus éclairants pour les affûts II et IV.

Canon de 130mm modèle 1924

Le modèle 1924 est une version améliorée du modèle 1919, tirant les leçons de l’utilisation de ce canons par les navires cités ci-dessus et équipe jusqu’à leur désarmement les quatorze torpilleurs de classe L’Adroit.

L’affût pèse 12.7 tonnes et permet au canon de tirer un projectile en acier chargé en mélinite pesant 32.05kg à une distance maximale de 18750m à +35°.  La dotation en munitions est de 440 obus pour les Bourrasque (soit 110 obus par canon) plus 60 obus éclairants à la disposition des affûts II et III.

 Les moins usés de ces canons ont été réutilisés pour la défense côtière.

Canon de 130mm modèle 1932

Tourelle quadruple de 130mm installée sur le croiseur de bataille Strasbourg

Lors de la conception des Dunkerque, les architectes navals français s’interrogèrent sur l’armement secondaire à y installer.

Il était évident que l’armement en casemates était à proscrire (il s’était révélé souvent inutilisable par mauvais temps car balayé par les paquets de mers) et qu’il devait être installé sur le pont avec munitions en parc ou en tourelles ou pseudo-tourelles.

Là où le STCAN innova ce qu’il choisit un armement secondaire polyvalent pouvant tirer contre-avions et  contre surface.

Elle développa un nouveau modèle de canon qui allait devenir le canon médian de base de la marine nationale. Le canon de 130mm modèle 1932 à une longueur de 45 calibres, avec une culasse monobloc et un tube auto-fretté.

Pesant 3.8 tonnes, il tire des obus perforants de 33.4kg, des obus explosifs en acier de 29.5kg et des obus éclairant de 30kg. La portée maximale en tir antisurface est de 20800m (+45°) et un plafond 12000m en tir antiaérien (+75°) avec une cadence de tir de 10 à 12 coups par minute.

Les 16 canons de 130mm sont répartis en trois quadruples montées à l’arrière (une axiale et deux latérales) et deux tourelles doubles latérales avant.

La tourelle quadruple pèse en ordre de combat 200 tonnes et la double 81.2 tonnes. Leurs performances sont cependant semblables notamment pour l’élévation en site qui va de -10° à +75° à raison de 6° à 8° par seconde mais pour ce qui est de l’azimut, il varie en fonction de la position sur le navire : la tourelle quadruple arrière peut pointer en azimut sur 143°, les tourelles quadruples latérales sur 235° et les tourelles doubles sur 212° à raison pour toutes de 12° par seconde. Les Dunkerque embarquaient un total de 6400 coups de 130mm.

Ce système n’est pas totalement au point en 1940 mais il est considéré comme mature en 1942 notamment grâce aux travaux menés pour la mise au point d’un affût antiaérien amélioré, le modèle 1936 qui va équiper les porte-avions Joffre et Painlevé ainsi que les torpilleurs de classe Intrépide (Le Hardi Mod.) puis les Le Hardi eux même au cours de grands carénages.

Il va aussi équiper tous nos cuirassés que ce soit après reconstruction (les vétérans Bretagne, Lorraine et Provence), lors de grands entretiens ou de grands carénages (Richelieu et Jean Bart) ou dès la construction (Clemenceau, Gascogne, Alsace, Normandie, Bourgogne et Flandre).

Tourelle double de 130mm modèle 1935 installée sur les torpilleurs d’escadre classe Le Hardi

Les huit premiers Le Hardi sont équipés au neuvage du même canon mais suite aux déboires causés par la mise au point de l’artillerie secondaire des Dunkerque, on renonce au tir contre-avions d’où la mise au point de l’affût double modèle 1935 qui permet à ces navires d’être armés de six canons au lieu de quatre pour les Bourrasque et les L’Adroit.

Les tourelles doubles sont construites par la firme Schneider en acier de 20mm d’épaisseur pensant entre 21 et 32 tonnes. Elles permettaient aux canons abrités de pointer en site de -10 à +30° à raison de 10° par seconde et en azimut sur 300°. La dotation en munitions est de 1020 obus perforants (170 par canon), 60 éclairants (pour la tourelle II) et 193 d’exercices.

L’appui-feu contre la terre entraina le dévellopement d’un obus explosif qui remplaça une partie des perforants et le retour de la possibilité de tirs contre-avions entraina l’apparition au cours du conflit d’obus à fusée de proximité développé en coopération avec les américains et les anglais.

A l’origine les Joffre devaient embarquer les mêmes tourelles doubles que les Dunkerque mais au final, les quatre tourelles doubles de 130mm des premiers vrais porte-avions français seront d’un modèle différent en l’occurence le modèle 1936 qui allait équiper également les cuirassés, les torpilleurs d’escadre, les Mogador/Hoche, les Bayard, les Bruix et en affûts simples les contre-torpilleurs de classe Aigle, Vauquelin et Le Fantasque (modèle 1941). Quand au CLAA Waldeck-Rousseau, il sera équipé de tourelles doubles d’un nouveau modèle, le modèle 1942.

La tourelle double modèle 1936 pèse 90 tonnes en ordre de combat construite avec des plaques d’acier de 25mm. Elle permet aux canons de 130mm modèle 1932 de pointer en site de -15° à +90° à raison de 15° par seconde et en azimut sur 150° à raison de 20° par seconde. La dotation en munitions est de 400 obus par tourelle soit un total de 1600 coups.

L’affût simple modèle 1941 pèse 13.75 tonnes et permet aux canons de pointer en site de -15° à +85° à raison de 15° par seconde et en azimuts sur 150° à raison de 20° par seconde. La dotation en munitions est de 300 obus par canon soit un total de 1500 obus de combat plus 60 obus éclairants et 80 d’exercices.

La tourelle double modèle 1942 pèse 92 tonnes en ordre de combat construite avec des plaques d’acier de 25mm. Elle permet aux canons de 130mm modèle 1932 de pointer en site de -15° à +90° à raison de 20° par seconde et en azimut sur 150° à raison de 25° par seconde. La dotation en munitions est de 400 obus par tourelle soit un total de 1600 coups.