Mitteleuropa Balkans (73) Roumanie (3)

Moyen-Age

Bulgares et hongrois

L’histoire médiévale de la Roumanie est particulièrement riche et complexe. Je vais donc essayer de ne pas perdre les quelques lecteurs qui ont échappé aux problèmes de la Mésie et de la Dacie.

Basile II Bulgaroctone

Entre 971 et 1020 une terrible que dis-je une terrifiante guerre oppose les byzantins menés par Basile II Bulgaroctone et les bulgares.

Cette guerre sans merci se termine par la destruction du premier empire bulgare. Des slaves et des valaques se réfugient au nord du Danube et se placent sous la protection du Royaume de Hongrie.

En 1186 les Valaques participent au sud du Danube à la fondation d’un Royaume des bulgares et des valaques (Regnum Bulgarorum Valaqum) appelé également Second Empire Bulgare.

Ce deuxième empire bulgare couvre un vaste territoire allant de l’Albanie à la mer Noire et du Pinde aux Carpathes méridionales. Il va durer soixante ans ce qui n’est pas négligeable mais n’est pas non plus extraordinaire.

Au sud du Danube il est remplacé par les tzarats bulgares d’Ohrid, Vidin et Tarnovo alors qu’au nord du fleuve par les banats valaques vassaux de la couronne de Hongrie (Severin, Litovsi, Arges et Muscel).

Vers 1256 les valaques se concentrent au nord du Danube alors qu’au sud le territoire est dominé par les slaves et par les turcs ottomans.

Au beau des temps des voïvodies : entre résistance et collaboration avec l’empire ottoman

Le futur territoire roumain est sous domination ou sous influence hongroise notamment en Transylvanie. La noblesse orthodoxe se heurte à des hongrois catholiques romains. Ils doivent donc soit se convertir ou se réfugier au delà des Carpathes. Les roumains de Transylvanie devront attendre 1918 pour accéder à la pleine égalité des droits avec les magyars et les germanophones.

La Transylvanie est conquise par les hongrois au 12ème et au 13ème siècle. Cette conquête est un savant mélange d’opérations militaires et de stratégies matrimoniales pour arrimer la noblesse transylvaine à la noblesse magyare.

Véritable région pionnière du royaume de Hongrie, la Transylvanie est militairement organisée avec des comitas (comtés) et des cnézats (duchés), véritables marches militaires pour protéger le cœur du pays des invasions extérieures. L’un de ces comitas, le comita de Barsa est un fief des Chevaliers Teutoniques (1211 à 1225).

Au final la Transylvanie va être organisée en voïvodat autonome, vassal du royaume de Hongrie ce qui ne l’empêche pas d’être ravagée par les Tatars en 1241.

Au final seule une minorité de nobles roumains s’intègrent dans la noblesse des ispans magyars avec comme famille la plus célèbre celle des Corvin qui donnera excuser du peu un roi à la Hongrie, le célèbre Mathias Corvin.

Matthias Corvin


Jusqu’au 15ème siècle la Transylvanie était gérée de manière conjointe par quatre nations : les magyars, les saxons, les sicules (d’origine turque) et les valaques. S’estimant maltraités les valaques se révoltent d’avril 1437 à février 1938 (révolte de Bobalna) ce qui entraine la mise en place d’un pacte des trois nations (Pacte Unio Trium nationum), pacte qui réserve le pouvoir politique aux saxons, aux magyars et aux sicules, faisant des valaques des sujets de seconde zone.

Comme dans de nombreux pays à l’époque moderne on peut voir qu’une minorité de langue et de religion différente domine une majorité de langue et de confeions différente.

Pour changer cette situation certains «roumains» se rallient aux Habsbourgs en abjurant l’orthodoxie au profit du catholicisme romain. Avec le siècle des Lumières les roumains vont peu à peu prendre conscience de leur spécificité.

Après un temps d’exil dans les Carpathes, la noblesse roumaine va créer le voïvodat de Moldavie à l’est des Carpathes et le voïvodat de Valachie au sud de cette ténébreuse chaine de montagne.

Une troisième voïvodie voit le jour, la Voïvodie de Bessarabie dont l’origine du nom est incertaine ou du moins contestée et débattue par les historiens.

La Valachie s’emancipe de la tutelle hongroise en 1330 après la Bataille de Posada (9-12 novembre 1330). La Moldavie elle doit attendre 1359 après la Bataille de Baïa. Un temps la Dobrojee/Dobrouja fût indépendante (1341 à 1402) mais fût finalement absorbée par la Valachie.

Cette émancipation est au final brève car la menace ottomane ne cesse de grandir. En 1396 les derniers tzarats bulgares ont succombé marquant la fin d’une résistance organisée (si l’on peut dire).

La Moldavie et la Valachie doivent accepter la vassalité et payer un tribu aux ottomans. Elles doivent céder aux turcs la Dobrouja (1421) et le littoral moldave (1484). La Mer Noire devient un lac turc, les génois qui y étaient très présents (c’est de leur comptoir de Caffa qu’est partie l’épidémie de Peste Noire) sont expulsés.

La Valachie et la Moldavie ne deviennent pas des provinces turques puisqu’elle conservent leurs lois, leurs assemblées (sfat), leurs voïvodes, ambassadeurs, armées et politiques autonomes. Ces territoires sont appelés par les ottomans Dar el Ahd (territoire/maison du pacte).

Vlad III Tepes dit Vlad l’Empaleur

Les relations sont ambivalentes et conflictuelles. Au 15ème siècle soit à la fin du Moyen-Age, les voïvodes de Moldavie Etienne III le Grand (1438-1457-1504) et de Valachie Vlad III Tépès dit l’Empaleur (1431-1476 règne en 1448, de 1456 à 1462 et en 1476) résistent et battent à plusieurs reprises les troupes de la Sublime Porte.

A la chute de Constantinople (1453), les deux voïvodes cherchent des appuis du côté de la Pologne et du côté de la Russie.

En 1526 la Transylvanie devient vassale de l’empire ottoman suite à la défaite de Mohacs où Louis II de Hongrie meurt.

Jusqu’au 19ème siècles la Valachie, la Moldavie et la Transylvanie vont louvoyer entre puissances rivales.

Michel 1er le Brave

Vers 1600 le prince valaque Michel 1er dui le Brave (1558-1593-1601) tente d’unir les trois principautés mais échoue et fût assassiné par ses propres alliés. Aux côtés de Décebale, Michel 1er le Brave devint une figure importante du panthéon national roumain et ce quelque soit le régime politique au pouvoir à Bucarest.

Ce n’est en effet jamais bon d’être trop en avance sur son temps car si dès le 16ème les valaques comme les moldaves et les roumains de Transylvanie ont le sentiment de partager quelque chose de commun de là à imaginer un Etat unitaire……. .

Mitteleuropa Balkans (49) Bulgarie (13)

ARMEE DE TERRE

Une histoire militaire de la Bulgarie (1) : aux temps jadis

En guise d’introduction

Je ne dévoile aucun mystère si je vous dis que l’armée bulgare n’est pas née avec l’autonomie de la principauté de Bulgarie en 1878. L’histoire militaire bulgare est bien plus ancienne remontant au Haut-Moyen Age avec deux empires qui possédaient de puissantes armées craintes et respectées par leurs adversaires.

Plusieurs chroniques byzantines confirment que certains de leurs généraux faisaient demi-tour plutôt que d’affronter les bulgares en terrain ouvert.

Leur état était d’ailleurs très lié à celui des états qu’elles servaient. Un roi fort et puissant et l’armée bulgare était au sommet de son art mais un roi faible entouré d’une noblesse pas toujours disciplinée avec des ennemis multiples et l’armée connaissait d’importants problèmes en terme de tactique et aussi d’effectifs.

Cette armée à longtemps privilégié la cavalerie lourde à la fois parce que les ennemis byzantins possédaient une remarquable cavalerie lourde, véritable ancètre de nos chevaliers (les cataphractes) mais aussi parce qu’il s’agissait de l’héritage d’un peuple longtemps nomade qui sacralisait le cheval comme d’autres sacralisent les vaches.

Avec le temps l’armée devint plus équilibrée avec notamment une part croissante pour l’infanterie qui à la différence de la cavalerie était plutôt une infanterie légère plus à l’aide dans l’embuscade et le coup de main que dans la bataille rangée.

Dans les moments glorieux les archers bulgares étaient tout autant réputés que les archers gallois quelques siècles plus tard et quelques milliers de kilomètres plus à l’ouest. A cela s’ajoutait des armes de siège qui permettaient aux bulgares d’affronter des armes conventionnelles et de ne pas se limiter à la guerilla, l’embuscade et le coup de main.

Aux troupes bulgares s’ajoutent également des mercenaires et des contingents étrangers dont la part et l’importance tactique ne cessèrent de croitre.

En 1371 une armée bulgaro-serbe est défaite à Cherronen. Cette défaite marque clairement le début de la fin de la Bulgarie indépendante de son armée. Les villes tombent les unes après les autre, Tarnovo la capitale historique étant assiégée et prise en 1393. La résistance armée bulgare ne va cependant cesser qu’en 1422.

Création et évolution

Si pour l’armée bulgare moderne on peut trouver une date précise de création (22 juillet 1878), pour l’armée bulgare médievale impossible à savoir.

Il faut dire que la conception d’une force armée permanente ne va s’imposer en Europe qu’au cours du Moyen-Age avec notamment les compagnies franches de Charles VII ou l’armée noire en Hongrie.

Longtemps les armées se composaient le plus souvent d’un noyau autour du chef, une garde personnelle qui lui était théoriquement dévouée, des unités dont la fidélité allait plutôt à leur chef direct et enfin des contingents de mercenaires à l’efficacité avérée (après tout ce sont des professionnels de la guerre) mais à la fidélité variable et changeante surtout dès qu’ils n’étaient pas payés.

L’armée bulgare médievale ressemble à ce schéma grossier. Les effectifs vont beaucoup varier entre 10000 et 60000 hommes (ce qui était considérable pour l’époque).

A sa tête se trouvait un khan qui s’appuyait sur des hommes issus de l’aristocratie avec de bas en haut de l’échelle des bagain, des bagatur, des loil et des kavkhan.

Sur le plan tactique l’armée bulgare en dépit de son appétance pour la cavalerie et des origines nomades et pastorales ne pratiquait pas uniquement le raid, l’assaut et l’esquive mais des tactiques et des stratagèmes très élaborés qui rendaient leurs ennemis très méfiants. Certains estimaient qu’ils voyaient la nuit comme en plein jour.

Sur le plan de l’armement les bulgares suivent grosso modo les Avars avec comme armes principales le sabre ou l’épée, une longue lance et un arc. On trouve également des masses et un lasso appelé arkani. Pour se protéger les soldats bulgares possédaient un bouclier rond, un casque, une cote de maille ou une armure en plaques de métal. Les chevaux étaient également cuirassés.

Si la cavalerie était composée de bulgares l’infanterie des premiers et seconds empires étaient composée essentiellement de slaves. C’était une infanterie légère disposant d’épées, de lances, d’arcs et de boucliers en bois et en cuir. Ces unités étaient moins disciplinées et moins efficaces que la cavalerie.

Aux 9ème et 10ème siècle, Simeon le Grand pouvait mobiliser une armée de 60000 hommes. Il portait le nom de khan était donc le commandant en chef de l’armée. En son absence il était remplacé par le Khavkan puis par l’ichirgu-boil qui en temps de paix commandait la garnison de la capitale.

En bataille l’armée bulgare était classiquement déployée en un centre, une aile droite et une aile gauche. Le centre était commandée par le khan, le flanc gauche par le khavkan et le flanc droit par l’ichirgu-boil.

Au dessus de ce trio on trouvait des tarkhan comparable aux strategos byzantins ainsi que des bogains.

Au milieu du 10ème siècle le pays est épuisé. L’hérésie bogomile freine clairement le recrutement au profit de l’armée. L’affaiblissement de l’armée bulgare favorise l’irruption des magyars mais aussi des russes à travers le territoire bulgare.

Ce déclin est aussi liéu à celui de la noblesse bulgare. Les effectifs importants et surtout sa redoutable cavalerie lourde appartiennent au passé. Il reste des unités de cavalerie mais elles sont davantage du type cavalerie légère à savoir parfaites pour le flanquement, le harcèlement et l’éclairage mais moins pour le choc.

Faute de mieux l’infanterie occupe désormais une place centrale tout en adaptant ses tactiques privilégiant l’embuscade et le harcèlement. Comme nous l’avons vu plus haut les archers bulgares avaient une réputation de redoutables combattants. En clair si l’armée bulgare était affaiblie elle n’était pas devenue une armée d’opérette. Les byzantins de Basile II Bulgaroctone s’en sont vite rendus compte. A la fin de ce terrible conflit l’armée bulgare pouvait difficilement aligner plus de 36000 hommes.

En 1185 le 2ème empire bulgare voit le jour sous l’impulsion de la dynastie Asen. Une armée bulgare est reconstituée, armée très influencée par les byzantins, les titres étant à consonance byzantine comme le velik voïvoda (grande voïvode) qui remplace l’empereur à la tête de son armée. Il s’appuie sur des voïvode ou strator.

A la fin du 12ème siècle les effectifs étaient proches des 40000 hommes mais selon certaines chroniques de l’époque les bulgares pouvaient mobiliser 100000 hommes ce qui représente des effectifs considérables pour l’époque.

Cette armée reconstitue une puissante cavalerie essentiellement composée de mercenaires Cuman et possèdent des armes de siège qui n’ont rien à envier à celles réalisées à l’étranger.

Avec cette nouvelle armée les bulgares remportent une série de victoires contre les byzantins, les latins, les hongrois et même les redoutables mongols battus en 1241 au début de leur grand raid qui fit trembler l’Europe.

A la fin du 13ème siècle les effectifs sont tombés à moins de 10000 hommes. La situation s’améliore au début du 14ème siècle, les effectifs remontent et de nouvelles victoires militaires montrent que l’art de la guerre, les bulgares maitrisent cela.

Néanmoins quand les ottomans attaquent l’armée bulgare n’est plus que l’ombre de sa gloire passée. L’empire se divise en différentes entités concurrentes qui se querrellent et se chamaillent au lieu de s’unir.

Les différentes place-fortes auraient pu gêner la conquête ottomane mais il aurait fallu pour cela une coordination et une cooération. Elles tombent les unes après les autres.

En 1371 donc à Cherronen une armée bulgaro-serbe est écrasée par les ottomans. Les villes et les place-fortes tombent les une après les autres notamment Tarnovo en 1393 la capitale historique de la Bulgarie. Vidin la dernière ville majeure tombe en 1396. Certains considèrent que c’est là que cesse l’existence de la Bulgarie mais en réalité la résistance va continuer jusqu’en 1422.

La noblesse à été anéantie ou exilée, les civils ne pouvant porter d’armes, les ottomans se préservant ainsi d’une potentielle révolte. L’armée bulgare disparaît donc pour plus de quatre siècles.

Mitteleuropa Balkans (38) Bulgarie (2)

HISTOIRE DE LA BULGARIE (история на българия/Istoriya na bŭlgariya)

Avant-propos

Pour cette partie d’histoire générale je vais essayer d’être succinct pour les temps jadis et être davantage exhaustif sur la Bulgarie moderne. Le problème est toujours de savoir ou fixer la limite.

Pour une fois l’arbitraire à du bon et j’ai décidé d’être plus généreux à partir de l’indépendance Bulgare qui remonte de facto à 1878 après la guerre russo-ottomane et de jure en 1908. Avant je vais balayer à très grands traits et je m’excuse par avance si j’ai passé sous licence des événements importants de l’histoire bulgare.

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