22-Armée de terre : armement et matériel (52)

Tracteurs très légers

-Unic TU1 : dans l’infanterie, ce véhicule devait à l’origine servir à tracter la mitrailleuse de 20mm Oerlikon mais cette dernière ayant finalement été redistribuée à l’armée de l’air, ce semi-chenillé va servir de bonne à tout faire, servant de tracteur, de ravitailleur, de transport de troupes……. .

Près de 2200 véhicules vont être construits et comme beaucoup utilisés par l’armée de terre, l’armée de l’air (transport de bombes du dépôt à un bombardier), la marine ainsi que pour des usages civils en liaison avec le militaire.

Poids à vide en ordre de route : 2165kg Charge utile : 500kg + une remorque de 600kg Longueur4.20m largeur 1.60m Hauteur 1.31mPuissance moteur maximale 46ch Vitesse maximale 48 km/h

Latil M7T1

Latil M7T1

-Latil M7 T1 : Ce véhicule est utilisé par le génie pour le transport de ses sapeurs mineurs mais également par l’infanterie qui le destine au remorquage du canon antichar 25mm. A ces deux fonctions s’ajoutera plus tard une troisième mission en l’occurence la liaison comme nous l’avons vu plus haut.

-Laffly V10M : ce véhicule est l’équivalent du précédent mais à destination des troupes de montagne. Il est un dérivé du Laffly V10R.

Poids mort en ordre de marche : 1200kg Charge utile 400kg Longueur 3.38m largeur 1.21m Motorisation : moteur de 38ch (3400 tours/minute) Vitesse maximale : 45 km/h

-Le Laffly/Licorne V15T est utilisé par la cavalerie pour le remorquage du canon de 25mm, ce canon étant parfois porté. C’est une version adaptée du V15R déjà étudié plus haut.

Tracteurs légers

-Citroen-Kergresse P17 : ce semi-chenillé est utilisé en 1939/40 comme tracteur d’artillerie pour les canons de 75mm mais également les 47mm antichars. Ce véhicule apparu en 1926 est peu à peu retiré du service et remplacé par des tracteurs d’artillerie plus moderne.

Poids mort en ordre de marche : 1850kg Charge utile 700kg Longueur : 4.38m largeur 1.69m hauteur 2.09m Motorisation : 30 à 31.5ch à 2800 tours/minute Vitesse maximale : 28 à 32 km/h

-Laffly S15T : véhicule quasi-identique au S15R (carrosserie différente), il est utilisé pour le remorquage du canon de 75mm.

Hotchkiss W15T

Hotchkiss W15T

-Hotchkiss W15T : véhicule quasi-identique au W15R, il est utilisé pour le remorquage des canons antichars de 47mm, des canons de 75mm et des obusiers 105mm.

-Citroën W15T : véhicule identique au précédent, il est utilisé pour remorquer le canon antiaérien de 25mm Hotchkiss. Il existe également une version à carrosserie unique.

-Somua MCJ : Ce semi-chenillé est utilisé au sein des batteries antichars pour le remorquage des canons antichars de 47mm modèle 1937 et 1939. Il est produit à près de 500 exemplaires.

Poids mort en ordre de marche : 3820kg Charge utile 910kg Longueur : 4.67m largeur 1.90m hauteur 1.32m Motorisation : 62ch à 2000 tours/minute Vitesse maximale : 51 km/h

-Latil M7Z : ce véhicule chargé du remorquage du canon de 25mm antiaérien est un dérivé à six roues motrices du M7T1. Il avait été à l’origine conçu comme tracteur pour canon antichar de 47mm mais le Somua MCJ et le Hotchkiss W15T lui ont été préférés.

Poids mort en ordre de marche : 3400kg Charge utile 1150kg Longueur : 4.25m largeur 1.90m hauteur 1.57m Motorisation : 50ch à 2200 tours/minute Vitesse maximale : 50 km/h Autonomie sur route : environ 285km

-Unic P107 : ce semi-chenillé est utilisé pour le remorquage du canon de 75mm, de l’obusier de 105mm. Il est également utilisé comme véhicule de combat par le génie. Il est commandé et livré à 2000 exemplaires

Poids mort en ordre de marche : 3500kg Charge utile et remorquée 1500kg Longueur : 4.85m largeur 1.80m hauteur 2.30m Motorisation : 65ch à 2800 tours/minute Vitesse maximale : 45 km/h

Tracteurs moyens

Dès le premier conflit mondial, on se préoccupe du remorquage des pièces d’artillerie. Après avoir utilisé des camions sur route et des tracteurs chenillés Caterpillar en terrain bouleversé, on décide de tester sérieusement la formule semi-chenillée à partir de 1929 pour remorquer les canons de 75 et de 155mm des régiments d’artillerie des divisions motorisées.

Les premiers véhicules utilisés sont naturellement des Citroën-Kergresse, le semi-chenillé P14 dont la mission principale est de remorquer le canon de 155C Schneider modèle 1917, la pièce lourde standard des RAD.

Il existait deux version de ce véhicule, un destiné au remorquage de la pièce et une autre version entièrement carrosée qui tractait le caisson remorque et transportait les neuf servants. Il à été produit à une soixantaine d’exemplaires.

Poids à vide : 3600kg Charge utile 1700kg Longueur : 4.87m largeur 1.75m Motorisation  : moteur 6 cylindres délivrant 42ch à 2800 tours/minute Vitesse maximale 25 km/h

Rapidement pourtant, c’est la Société d’Outillage Mécanique et d’Usinage d’Artillerie (Somua) qui va devenir un acteur majeur dans le domaine des tracteurs moyens. Avec ses MCG 4, 5 et 11, la firme de Somua offre à l’armée un tracteur efficace et performant pour le remorquage de canons de 105mm, de 155mm ainsi que pour le dépannage.

Le MCG-4 dispose d’une cabine avant à trois places, commune à  la version tracteur d’artillerie et dépannage. Si la version tracteur de pièces ne dispose à l’arrière que du système d’attache de la pièce, la version dépannage et la version tracteur de caisson-remorque dispose d’une carrosserie complète.

Chaque batterie disposant de quatre pièces, on trouve donc quatre tracteurs de pièces, quatre tracteurs de caissons-remorque et un tracteur de dépannage.

Le MCG-4 évolue. La dichotomie entre tracteur de pièces et tracteur de remorques-caissons pouvant poser des problèmes sur le terrain, la Somua fait évoluer son matériel pour permettre au tracteur de pièces de pouvoir embarquer douze coups de 155mm alors que le tracteur de caissons peut désormais embarquer vingt-coups dans la carrosserie.

En 1934, la désignation est simplifiée. Les semi-chenillés bâchés quelque soit leur rôle reçoivent la désignation MCG-5 alors que la désignation MCG-11 est appliquée aux semi-chenillés équipés d’une sellette à contre-appui. Au total 475 tracteurs de ce type ont été commandés et livrés à l’artillerie.

Poids mort en ordre de marche : 4920kg pour les tracteurs de pièce 6800kg pour les tracteurs de remorque caisson Charge utile 1500kg Longueur : 5.20m (5.30m pour les tracteurs de remorque caisson) largeur 2.17m Hauteur : 2.60m (2.85m pour les tracteurs de remorque caisson) Motorisation  : moteur 4 cylindres délivrant 55 ou 60ch Vitesse maximale 31 km/h

Somua ne s’arrête pas là et va développer d’autres modèles de tracteurs d’artillerie, le MCG-5 (avant que les MCG-4 n’y soient englobés sous cette dénomination) plus puissant pour permettre le remorquage de pièces aussi imposantes que le 105L modèle 1936S, le 155 GPF (Grande Puissance Filloux) et le 155mm modèle 1932 de défense côtière utilisé par la marine. Au final, ce sont pas moins de 1500 tracteurs MCG-4/5/11 qui ont été fournis à l’armée française.

Somua n’est pas la seule entreprise à fournir des tracteurs d’artillerie. La firme Latil fournit également ce type de véhicule  pour le remorquage du canon de 105L modèle 1913S, pièce utilisée au niveau du corps d’armée mais également par les divisions de cavalerie.

Le premier véhicule utilisé est le Latil TL, un véhicule à quatre roues motrices apparu en 1924 et mis en concurrence avec le Citroën-Kégresse P7bis. Utilisé d’abord pour le remorquage du canon de 75mm, il est finalement préféré pour le remorquage du canon de 105L modèle 1913S.

Il n’est cependant pas produit en grande quantité car entre-temps, la firme Latil à mis au point un véhicule plus performant, le Latil KTL-4.

Latil KTL-4

Latil KTL-4

Ce dernier n’aura pas beaucoup plus de succès moins à cause de ses qualités intrinsèques qu’à cause du faible nombre de canons de 105L modèle 1913S mis sur pneumatiques. 163 exemplaires seulement du KTL-4 sont produits et sa production n’ait pas poursuivit à la mobilisation.

Poids mort en ordre de marche : 3700kg pour les tracteurs de pièce 4250kg pour les tracteurs de remorque caisson Charge utile 950kg Longueur : 4.70m largeur 2.10m (2.22 pour les tracteurs de remorque caisson) Hauteur (capoté) : 2.50m  Puissance moteur maximale : 36ch Vitesse maximale 35 km/h

Les tracteurs semi-chenillés n’étaient pas exempts de défauts. Le plus criant était une vitesse insuffisante, souvent inférieure à 30 km/h. Si avec les premiers pneumatiques, cette vitesse était plus que suffisante, les progrès enregistrés dans ce domaine permettaient d’espérer une vitesse de traction plus importante. A cela s’ajoutait les progrès des véhicules à roues de plus en plus à l’aise en tout terrain.

Le 17 décembre 1934, l’artillerie demande aux constructeurs de proposer de nouveaux véhicules pouvant remorquer à grande vitesse sur route des canons de 105 et de 155mm tout en conservant en terrain varié, de bonnes aptitudes. L’objectif fixé est une vitesse moyenne de 35 km/h avec des pointes à 50 km/h ce qui implique un moteur souple disposant d’une bonne réserve de puissance.

De nombreux constructeurs postulent à ce programme comme Renault qui propose deux modèles, l’AFD-1 et l’AFG-1 mais tous les deux sont écartés tout comme le Lorraine 155, ces trois véhicules ayant soit un moteur d’une puissance insuffisante (AFD-1 et AFG-1) ou un moteur suffisamment puissant mais des capacités de franchissement tout terrain insuffisantes (Lorraine 155).

Somua proposa également de nouveaux semi-chenillés mais l’armée ne donna pas suite, dans un souci bien compréhensible de rationaliser son parc.

Deux véhicules vont au final être choisis, le Laffly S25T qui va être utilisé pour le remorquage des 105L (Schneider modèle 1936 et Tarbes modèle 1941) et le Latil M2 TZ qui va au final servir pour des mission de dépannage ainsi que pour le remorquage des canons de 75mm contre-avions modèle 1932.

Le premier véhicule est le Laffly S25T, un véhicule à six roues motrices, un véhicule intermédiaire entre le léger S15T et le lourd S35T.

Ce véhicule est préféré au Latil M2 TZ et commandé pour servir de tracteur d’artillerie pour les canons de 105L modèle 1936S et 105L modèle 1941T ainsi que pour le dépannage dans certains BCC en compagnie de son concurrent, le Latil M2TZ. Près de six cent véhicules de ce type vont ainsi être commandés (le chiffre exact n’à pas été retrouvé).

Poids mort en ordre de marche : 5500kg Charge utile 1500kg Longueur : 4.85m largeur 2.10m  Hauteur (capoté) : 2.50m  Puissance moteur maximale : 60ch à 2500 tours/minute Vitesse maximale 40 km/h

Le second véhicule est donc le Latil M2 TZ (Z = six roues motrices) est proposé à partir de juin 1935 comme tracteur rapide pour les canons de 105 et de 155mm. Après une incursion comme VDP, ce tracteur voit enfin la lumière au printemps 1937 en étant commandé pour essais afin de savoir si il était capable de remorquer un canon de 105L modèle 1936S.

Alors que les deux premiers véhicules sont enfin prêts, l’armée décide de lui confier le remorquage des canons de 75mm contre-avions modèle 1932 plus des missions de dépannage ce qui impose un certain nombre de modifications qui génère leur lot de retard. Néanmoins pas moins de huit cent véhicules vont être commandés.

Il va également être utilisé par la marine pour remorquer les canons de 90mm modèle 1926-30, une version plus lourde que celle de l’armée de terre (7.5 tonnes).

Poids mort en ordre de marche : 6250kg Charge utile 1700kg Longueur : 5m largeur 2.23m  Hauteur (capoté) : 2.64m  Puissance moteur maximale : 67ch à 2000 tours/minute Vitesse maximale 40 km/h

Tracteurs lourds

Si le remorquage des pièces de campagne est rapidement résolu, ce n’est pas le cas des pièces lourdes notamment des canons de 155mm.

Il existe bien quelques solutions de remorquage mécanique mais cette solution est limitée à la route avec une vitesse de 15 km/h. Voilà pourquoi quand éclate la guerre de Pologne, la majorité des régiments d’artillerie lourde sont hippomobiles.

Seul son poids (11.6 tonnes) interdit au 155 GPF d’être remorqué par chevaux, il à d’ailleurs été conçu dès l’origine comme canon à traction automobile.

Ce canon issu du génie du chef d’escadron Filloux est d’abord tracté par des tracteurs Latil et Renault EG _nombre d’entre-eux encore service en 1939-40 mais rapidement remplacés_  puis par le Latil TAR H2 et enfin par le rutilant S35T à six roues motrices.
-Le Somua MCL-5 et MCL-11 est un semi-chenillé perfectionné apparu courant 1935 comme solution moderne pour remorquer le 155 Grande Puissance Filloux (GPF). Néanmoins, cette solution n’arrive pas à l’essieu du S35T et seul un groupe sera équipé de ce tracteur semi-chenillé, le dernier de son espèce, l’armée préférant désormais la solution de tracteurs toutes roues motrices.

Poids mort en ordre de marche : 8500kg (9200kg MCL-11) Longueur : 5.62m (5.40m pour le MCL-11) largeur 2.08m (2.23m pour le MCL-11)  Hauteur : 2.33m  Puissance moteur maximale : 80ch

-Le massif Laffly S35 T est présenté en janvier 1935 comme alternative au semi-chenillé pour le remorquage du canon de 155 GPF, la pièce lourde standard des régiments d’artillerie lourde motorisés (les régiments hippomobiles disposant de canon de 155mm modèle 1877-14 notamment).

Comparé aux Latil TAR H2 et Somua MCL, il fait preuve de remarquables qualités en tout-terrain permettant au 155 GPF de montrer toutes ses qualités qui en faisait une pièce remarquable plus de vingt ans après son apparition.

Grâce à ce tracteur puissant, le 155 GPF modernisé avec un nouvel affût (GPFT, T pour Touzard) pouvait être facilement remorqué à des vitesse comprises entre 25 et 36 km/h en fonction du terrain.

Le Laffly S35T va devenir le tracteur lourd d’artillerie standard de l’armée, rééquipant la quasi-totalité des groupes tractés de 155mm voir de pièces plus lourdes lourdes comme le 194 GPF et 220C.

Poids mort en ordre de marche : 8050kg Charge utile 1200kg Longueur : 5.50m largeur 2.35m  Hauteur : 2.85m  Puissance moteur maximale : 100ch à 2200 tours/minute Vitesse maximale 40 km/h

-Le Latil TAR H2 est un dérivé direct du TAR 5 dont il reprend le chassis. Il à pour origine une proposition de Latil de 1932 avec un TAR H1 et H2 avec des pneumatiques et des moteurs réalésés.

Adopté selon le modèle H2 en 1934, ce tracteur lourd d’artillerie va être affecté au remorquage du 155 GPF, du 220L modèle 1917 ou encore du 75 CA modèle 1932 pour ne citez que les principaux.

A la mobilisation néanmoins, le Laffly S35 T l’ayant surpassé, il ne sera plus produit que pour deux rôles : dépannage et la traction du canon de 90mm Schneider modèle 1939 qu’il s’agit du canon antiaérien ou de son dérivé antichar produit en nombre limité avant septembre 1948.

Il est toujours en service quand éclate le second conflit mondial même si n’étant plus produit, il sera progressivement remplacé dans les mois qui suivirent le début du second conflit mondial.

Poids mort en ordre de marche : 6500kg Charge utile 3000kg Longueur : 5.90m largeur 2.25m  Hauteur : 2.90m  Puissance moteur maximale : 68ch à 1750 tours/minute Vitesse maximale 30 km/h

-Le Somua MCL-5 est également utilisé pour le dépannage des chars. 550 exemplaires sont commandés dans ce but.

Les BCC type B1bis reçoivent trois Somua MCL et trois remorques de 30 tonnes, les escadrons de Somua S-35 deux Somua MCL et deux remorques de 20 tonnes, ce nombre étant théoriquement doublé à la mobilisation pour augmenter ce qu’on appelle pas encore la survivabilité des véhicules.

Poids mort en ordre de marche : 10900kg Charge utile 2500kg Longueur : 5.48m largeur 2.10m  Hauteur (grue) : 3.00m  Puissance moteur maximale : 90ch à 2000 tours/minute Vitesse maximale 31 km/h  Equipement de dépannage : Grue Gauthier de 1.5 tonnes, une chèvre démontable de 2 tonnes et 4m de portée, un treuil de 5 ou 7.5 tonnes en fonction des séries.

Laffly S45T

Laffly S45T

-Le Laffly S45 T est un dérivé du S35T déjà vu plus haut. Il est conçu comme son devancier comme  un tracteur d’artillerie lourde et comme véhicule de dépannage.

C’est dans ce dernier rôle qu’il va être utilisé notamment pour le dépannage des B1bis en compagnie du Lafly M4 TX. Il va également être utilisé par les BCC légers avec trois véhicules par bataillon.

Il va également être commandé par la marine pour des travaux d’infrastructure dans les ports et comme citerne par l’armée de l’air.

Poids mort en ordre de marche : 8200kg Charge utile 2000kg Longueur : 5.70m largeur 2.25m  Hauteur : nc  Puissance moteur maximale : 110ch à 2200 tours/minute Vitesse maximale 26/36km/h

-Le Lafly M4 TX est le plus gros tracteur disponible en septembre 1939. C’est un véhicule à huit roues motrices et quatre roues (avant et arrière) pouvant remorquer 100 tonnes et donc un char B1bis voir un ARL-44 plus lourd même si en complément, des B1bis détourellés furent utilisés pour pouvoir récupérer des chars sous le feu ennemi. 150 véhicules ont été produits pour le dépannage, la production continuant à cadence réduite pour différents rôles.

Poids mort en ordre de marche : 8700kg Charge utile 1200kg Longueur : 6.31m largeur 2.38m    Puissance moteur maximale : 140ch à 1800 tours/minute Vitesse maximale 42 km/h

22-Armée de terre : armement et matériel (42)

ARL V 39

ARL V-39

ARL V-39

Une autre vision du canon d’assaut

Nous venons de voir la maturation de la «pensée cavalerie» à propos du canon d’assaut nécessaire à l’appui de ces unités de char qui allait aboutir au Somua Sau40. Elle n’était pas la seule à chercher le «canon spécial blindé à propulsion mécanique» tel que le définissait le général Heer en 1923.

L’infanterie elle aussi cherche le meilleur moyen pour appuyer les fantassins en terrain bouleversé, un appui plus puissant que celui apporté par les Renault FT. L’objectif est de déplacer une pièce puissante (75mm) en terrain difficile et donc sur un chassis chenillé.

Il fût ainsi envisagé de réutiliser les chars Saint Chamond armés d’un canon de 75mm modèle 1897 en automoteurs d’artillerie mais l’armistice survient avant que cette idée entre application.

Le retour de la paix anesthésie pour quelques années l’idée d’un canon spécial blindé d’autant que la présence du B1bis qui combine un canon de 47 et un canon de 75mm laisse peu de place à un véhicule spécifique à l’appui de l’infanterie.

Ce qui relance la possibilité d’un canon d’assaut pour l’infanterie c’est tout simplement la conférence du désarmement de Genève. Parmi les hypothèses envisagées, celle d’interdire les chars de plus de 20 tonnes ce qui condamnerait le B1bis au profit du char D2.

Ce char étant équipé d’un canon de 47mm, il rend nécessaire la présence d’un canon automoteur blindé appelé également char de protection.

Un premier projet est lancé le 25 juillet 1932 qui voit l’établissement de Puteaux chargé de développer un canon automoteur de défense mobile armé d’un canon de 75mm, le prototype ayant pour base le canon de 75mm SA modèle 1929 associé au chassis du char D3.

Ce prototype baptisé Garnier-Renault doit être livré début 1935 mais dès 1934, on envisage une version améliorée du Garnier-Renault qui ne verra pas le jour tout comme un projet APX d’un canon automoteur de 21 tonnes propulsé par un moteur de 260ch. Le Garnier-Renault testé en mai 1935 est abandonné suite à de nombreuses défaillances mécaniques.

Si la cavalerie allait se doter d’un canon d’assaut fournit par l’industrie privée, l’infanterie elle allait bénéficier du talent des ingénieurs des manufactures d’état en l’occurence l’Atelier de Puteaux (APX) et l’Atelier de Rueil (ARL) qui est un rejeton du précédent, l’ARL prenant son indépendance en 1935.

C’est l’ingénieur Lavirotte qui prend en main le projet auquel succède bientôt le capitaine Valla qui bénéficie néanmoins du concours d’une société privé : BDR pour Baudouin-Donon-Russel, cette société spécialisée dans la construction de matériels ferroviaires avait participé au projet du char de 20 tonnes, mettant au point un char inspiré du concept du B1bis, concept bientôt abandonné au profit d’un canon de 75mm en tourelle.

La commande de principe du prototype Valla-BDR est passée à l’automne 1935 mais il faut attendre 1937-38 pour que la commande soit officialisée, le prototype baptisé V1 étant livré le 22 juin 1938.

Les deux prototypes _Valla-BDR et Somua Sau 40_ sont testés et il s’en fallut de peu pour que le Valla-BDR équipe les DLM et les Divisions Cuirassées. Il n’allait finalement équiper que les Divisions Cuirassées.

Le 23 mars et le 25 juillet 1939, deux nouveaux prototypes sont commandés et le véhicule est officiellement adopté sous le nom d’ARL V (capitaine Valla) 39.

Une première commande est passée le 7 novembre 1939 pour équiper les quatre premières Divisions Cuirassées qui disposait à l’origine d’un groupe avec trois véhicules de commandement (un pour le commandant de groupe et un pour le commandement de la batterie)  et deux batteries de trois engins puis d’un deuxième groupe organisé de la même façon.

Cela nécessite au total 24 véhicules de commandement et 48 canons automoteurs soit un total de 72 véhicules.

Une commande complémentaire est passée en septembre 1940 pour fournir trois groupes de réserve  ce qui entraine la commande de dix-huit canons automoteurs et de neuf véhicules de commandement.

En septembre 1942, une troisième batterie est activée dans chaque groupe et chaque batterie passe à quatre véhicules comme les DLM ce qui entraine la commande de 56 véhicules supplémentaires répartis entre huit véhicules de commandement et trente-deux canons automoteurs pour cette troisième batterie, la mise en place d’un quatrième canon automoteur pour les deux premières batteries entrainant l’arrivée de 16 véhicules supplémentaires.

A cette date, un total de 155 véhicules ont été commandés, une commande additionnelle est passée en juin 1943 pour fournir quatre groupes de réserve soit un total de trente-trois véhicules commandés ( trente canons automoteurs et trois véhicules de commandement), portant le nombre de véhicules commandés puis livrés à 188 véhicules.
En septembre 1947, la mise en place de deux nouvelles divisions cuirassées entraine la commande de soixante nouveaux véhicules (quarante-huit véhicules et douze véhicules de commandement) auxquels s’ajoutent de quoi créer deux groupes de réserve supplémentaire portant la commande globale de janvier 1947 à quatre-vingt dix véhicules, portant les commandes globales à 278 véhicules.

Unités équipées

Produit par l’ARL, l’ARL V 39 sort en série à partir de novembre 1940, la première commande étant honorée en juin 1941.

La deuxième commande passée en septembre 1940 est honorée entre juillet et septembre 1941, la troisième commande passée en mars 1942 est honorée entre mai et décembre 1942, la quatrième commande passée en juin 1943 pour soixante véhicules est honorée entre septembre 1943 et mars 1944. Enfin la quatrième commande passée en janvier 1947 est honorée entre mars et décembre 1947.

La 1ère DC reçoit ses véhicules en décembre 1940 et février 1941, la 2ème DC entre mars et juin 1941, la 3ème DC entre juillet et octobre 1941 et enfin la 4ème DC entre novembre 1941 et février 1942.

la 1ère DC reçoit sa troisième batterie de quatre pièces et ses deux véhicules additionnels en juin 1942, la 2ème DC en septembre 1942, la 3ème DC en novembre 1942 et la 4ème DC en janvier 1943.

La 5ème DC reçoit ses trente véhicules entre septembre et novembre 1947, la 6ème DC recevant ses véhicules entre décembre 1947 et février 1948.

Quand le second conflit mondial éclate en septembre 1948, 180 ARL V 39 sont en service au sein de six Divisions Cuirassées répartis en douze groupes avec un total de 144 canons automoteurs et 36 véhicules de commandement. 98 véhicules sont en réserve notamment 90 véhicules au sein de six groupes de réserve, les huit autres servant à l’instruction et aux essais.

Comme pour le Sau40, la fabrication n’est pas poursuivie, les groupes de canons d’assaut des DC devant recevoir le canon automoteur de 105mm sur chassis Renault R-40 (en attendant une version améliorée sur chassis Renault G1).

Caractéristiques Techniques de l’ARL V 39

Poids en ordre de combat : 25000kg

Dimensions : longueur 5.80m largeur 2.57m hauteur 2.45m

Motorisation : un moteur Hispano-Suiza de 260ch avec une boite de huit vitesses avant et une marche arrière

Performances : vitesse maximale sur route 42 km/h Autonomie sur route 160 km (450 litres de carburant)

Blindage : 50mm maximum

Armement : un canon de 75mm APX de 30 calibres alimenté à 200 obus et une mitrailleuse de 7.5mm MAC 31 en tourelle

Equipage : 5 hommes : conducteur à gauche, radio-aide pointeur à droite, pointeur et tireur au milieu, chef de bord en tourelle

Renault R-40 Au 105B

La mise au point du canon d’assaut ne résout pas tous les besoins en matière d’appui-feu des Divisions Cuirassées. Si l’ARL V-39 est une arme de défense rapprochée, effectuant du tir à vue, la Division Cuirassée à encore besoin d’un canon pour le tir indirect à plus longue portée.

Lors de leur création, chaque division dispose d’un régiment d’artillerie tractée tout-terrain (RATTT) identique à ceux des DLM avec deux groupes de 75mm (canons modèle 1897) et deux groupes de 105mm équipé d’obusiers de 105C modèle 1935B.

Dès la mise sur pied des Divisions Cuirassées, on envisage un canon automoteur, capable de suivre au plus près des chars.

Ce projet est sujet à controverse ce qui explique le retard dans la mise au point des projets jugés non prioritaires par l’artillerie.

Trois projets sont successivement étudiés, en fait trois chassis différents avec le même canon en l’occurence, l’obusier de 105mm modèle 1935 de l’Etablissement de Bourges.

Lorraine, Somua et Renault proposèrent chacun un automoteur, le premier en utilisant le chassis de son ravitailleur/transport de troupes 39L, le second le chassis de son Somua S-35 et le constructeur de Billancourt le chassis du Renault R-40.

Deux prototypes sont commandés à chaque constructeur en septembre 1942, Lorraine livrant les deux prototypes en premier en février 1943, Somua suit en mars et Renault en mai 1943.

Si Lorraine et Somua ont simplement installé le canon sur la caisse avec une superstructure minimale, le projet Renault est plus soigné avec notamment une petite tourelle installée à droite pour l’observation et la défense rapprochée.

Parallèlement à ces deux prototypes, Renault annonce travailler sur un automoteur de 105mm sur chassis Renault G1 ainsi que sur un automoteur de 155mm combinant le chassis du Renault G1 avec le canon de 155mm Schneider modèle 1946 en attendant le dévellopement hypothétique d’une pièce courte moderne de ce calibre, le modèle 1946 n’étant qu’une version modifiée du modèle 1917.

Le projet Somua tint un temps la corde mais au final, c’est le projet Renault qui est choisit et adopté comme automoteur standard des Divisions Cuirassées, chaque division devant disposer au sein de son régiment d’artillerie de trois groupes à quatre batteries de quatre automoteurs soit un total de 48 pièces de 105mm.

Le modèle Renault est officiellement choisit en juillet 1943 et sa production est aussitôt lancée, les premiers modèles sortant rapidement des chaines, le Renault R-40 étant toujours en fabrication et les pièces de 105mm n’étant que celles des RATTT transformés en Régiments d’Artillerie AutoPortée (RAAP).

Unités équipées

La 1ère Division Cuirassée reçoit ses premiers canons automoteurs pour équiper le 305ème RATTT en janvier 1944, les derniers véhicules étant livrés en mars 1944 au moment où il devient le 305ème RAAP.

Le 309ème RATTT de la 2ème DC reçoit ses premiers véhicules en avril et ses derniers en juin 1944 mais ce n’est qu’en septembre 1944 qu’il devient officiellement RAAP.

Le 319ème RATTT de la 3ème DC reçoit ses premiers véhicules en octobre 1944 et ses derniers en février 1945 mais ce n’est qu’en mars 1945 qu’il devient le 319ème RAAP.

Enfin le 322ème RATTT de la 4ème DC reçoit ses premiers automoteurs en mars 1945, ses derniers en août 1945, devenant peu après le 322ème RATTT.

A cette date, on trouve au total de 192 Renault R-40 Au 105C, la production continuant pour fournir un volant de fonctionnement, 96 véhicules sortant des chaines de production entre septembre 1945 et juin 1946 quand la production est suspendue.

Elle reprend en juin1947 pour équiper les deux régiments des 5ème et 6ème DC dont la création est officialisée en septembre. Le 339ème RAAP de la 5ème DC reçoit ses quarante huit canons automoteurs entre septembre et décembre 1947 suivit entre janvier et mars 1948 du 349ème RAAP de la 6ème DC.

La production se poursuit pour alimenter un volant de réserve, douze véhicules par mois sortant d’avril à août 1948 soit soixante véhicules qui rejoignent les 96 véhicules de réserve portant le stock de réserve à 156.

Au total quand éclate le second conflit mondial, 288 véhicules sont en service et 156 sont en réserve soit un total de 444 véhicules produits.

La production loin de s’arrêter continue car outre les pertes au combat à remplacer, il est prévu que les groupes d’assaut équipés d’ARL V-39 soient rééquipés en cas de pertes importantes au combat d’automoteurs Renault.

Caractéristiques Techniques du Renault R-40 Au 105C

Poids en ordre de combat  : 15 tonnes

Dimensions : Longueur totale 4.70m  Largeur totale 2.20m Hauteur totale 2.30m

Motorisation : un moteur Renault 6 cylindres développant 180ch à 2200 tours/minute alimenté par 180 litres

Vitesse maximale : 35 km/h  Pente : 75%  Autonomie : 180km  

Blindage : 30mm maximum

Armement : un obusier de 105C modèle 1935B alimenté à 75 obus et une mitrailleuse de 7.5mm MAC-31 en tourelle avec 4000 cartouches

Equipage : un mécanicien pilote, un chef de pièce, un tireur, un pointeur, deux pourvoyeurs et un mitrailleur soit sept hommes

22-Armée de terre : armement et matériel (35)

FCM F1

Maquette en bois du char de forteresse FCM F1

Maquette en bois du char de forteresse FCM F1

Suite à la construction de la ligne Maginot, l’Allemagne nazie riposta en construisant la ligne Siegfried que la propagande nazie éleva au rang de muraille invulnérable, bien plus puissante que la ligne Maginot ce qui était loin d’être le cas.

En cas de conflit avec l’Allemagne, la France n’avait guère le choix pour prendre l’offensive. Violer la neutralité belge (graduellement allégée avec le temps jusqu’à la signature d’un traité secret d’alliance en 1947) et la neutralité suisse étant hors de question, la seule façon d’envahir l’Allemagne était une attaque frontale sur le Rhin.

Il fallait forcer la ligne Siegfried d’où le maintien d’une Artillerie Lourde sur Voie Ferrée et l’idée de construire des chars de forteresse, puissants et bien armés.

En 1934, les chars FCM 2C avaient été déclassés et deux ans plus tard, un programme de chars de 45 tonnes fût lancé, programme qui aurait aboutit en réalité à des chars de 50 ou 60 tonnes.

Ce programme lancé le 12 novembre 1936 donne naissance en 1937 à des projets proposés par les FCM, ARL et AMX. Ces projets évoluent vers des chars d’attaque des fortifications dépassant 100 tonnes avec un blindage et un armement conséquent. Ces chars pouvaient se décomposer en deux éléments pour son transport par voie ferrée.

Deux prototypes sont commandés à AMX pour un char de 101 tonnes baptisé AMX «tracteur C», deux prototypes sont commandés à ARL dits «Char C» de 145 tonnes et deux prototypes aux FCM.

AMX et ARL occupés avec d’autres projets abandonnent le projet, laissant le champ libre aux Forges et Chantiers de la Méditerranée qui présentent en mars 1941 deux prototypes d’un char de 140 tonnes avec un canon de 90mm modèle 1939 en tourelle arrière et un canon de 47mm SA modèle 1937 en tourelle avant.

Les tests sont menés entre avril et novembre 1941 sans qu’une décision soit prise, beaucoup d’officiers estimant superflu un tel char. Les rumeurs persistantes d’un char superlourd allemand (rumeurs au final infondées) pousse la France à relancer l’étude pour un char lourd d’attaque de fortifications.

Le FCM F1 est commandé à quatorze exemplaires en mars 1943, commande réduire à dix puis huit exemplaires livrés entre février et novembre 1944  au sein du 51ème Bataillon de Chars de Forteresse avec sept chars en ligne et un char utilisé pour les tests et l’instruction.

La mise en service de l’ARL-44 armé lui aussi d’un canon de 90mm semblait rendre superflu un tel char qui n’avait de différent avec l’Estienne que son poids.

Ces chars de forteresse vont recevoir un canon de 105mm en remplacement du canon de 90mm dans une tourelle de conception nouvelle. Ces chars sont toujours en service en septembre 1948, prêts à forcer la ligne Siegfried.

Caractéristiques Techniques du FCM F1

Poids en ordre de combat : 140 tonnes

Dimensions : longueur 11.30m largeur 3.90m hauteur maximale 4.80m

Motorisation : (prototype) deux moteurs Renault de 550ch puis deux moteurs de 600ch

Blindage : maximal 120mm

Performances : vitesse maximale 28 km/h pente 80% Autonomie 230km sur route

Armement : tourelle avant avec un canon de 47mm semi-automatique modèle 1937 avec 116 obus associé à une mitrailleuse de 7.5mm MAC 34 alimentée à 2500 cartouches et tourelle arrière avec un canon de 90mm modèle 1939 alimenté à 72 obus associé à une mitrailleuse de 7.5mm MAC 34 alimentée à 2500 cartouches. Deux mitrailleuses latérales disposant chacune de 1500 cartouches.

Equipage : neuf hommes (un chef de char, deux tireurs, deux chargeurs, un radio, deux mécaniciens  et un chargeur en caisse)

Séries limitées, Projets et prototypes

Outre les chars cités plus haut, de nombreux projets de chars lourds ont été envisagés, certains n’allant pas plus loin que la planche à dessin, d’autres connaissant la joie d’atteindre le stade du prototype mais l’infortune de ne pas connaître celui de la série.

Durant le premier conflit mondial, les chars français mis à part le petit Renault FT étaient de véritables mastodontes, atteignant les 23 tonnes. Ils furent accompagnés par des chars de construction étrangère.

Char lourd interallié Mk VIII Liberty

Char lourd interallié Mk VIII Liberty

Si le Mark VIII Liberty (37 tonnes, 16mm de blindage, deux canons de 6 livres et quatre mitrailleuses, 8.45 km/h) ne dépassa le stade du projet, la France reçu 100 exemplaires du Mark V* (80 en version mâle armé de canon et 20 en version femelle avec mitrailleuse), un char de 32.5 tonnes, blindé à 12mm, jamais engagé au combat et feraillés en 1930.

La firme Saint Chamond eut également en projet un char de type Mark. Un prototype est commandé en juillet 1917 et la production de 300 exemplaires est espéré mais ce projet ne dépasse l’étape de l’étude d’intention.

Au début des années trente, nous trouvons trace de projets de chars de bataille, alternative à la poursuite du B1 :

Le premier est un char B2 de 35.5 tonnes (le B1 pèse 27195kg) blindé à 50mm, un équipage de 4 hommes avec un canon de 75mm puissant et un canon de 47mm en tourelle.

Le second est un char B3 de 45 tonnes blindé à 50mm, un équipage de 6 hommes avec l’obusier de 75mm du B1 et un 47 puissant en tourelle.

Le troisième est un char BB de 50 tonnes blindé à 60mm, un équipage de 8 hommes avec deux 75 puissants.

Le projet B-40 était un projet de char lourd destiné à succéder au B1bis et ter. Deux constructeurs proposaient des projets : l’Atelier de Construction de Rueil avec un moteur Talbot surcomprimé et une transmission assuré par un système Naeder amélioré et simplifié alors que l’Atelier de construction d’Issy-les-Moulineaux proposait un char propulsé par un diesel avec une transmission électrique Alsthom.

Le blindage est celui du B1ter mais avec des parois droites comme sur le B1bis. Quand à l’armement, si le canon de 47mm en tourelle est conservé avec une tourelle au chemin de roulement plus important, l’obusier de 75mm est remplacé par un canon de 105C en casemate.

Le poids en ordre de combat atteint 45 tonnes avec un rapport poids puissance de 12 à 15 ch (moteur de 675ch) et une vitesse de 40km/h. Comme nous l’avons vu, ce programme ne dépassa pas le stade du prototype en raison d’un changement de priorité.

D’autres projets étaient à l’étude au printemps 1948 : une version améliorée du FCM F1 à canon de 155mm en casemate sans canon de 47mm mais avec un tourelleau armé d’un canon de 25mm et d’une mitrailleuse et une version surblindée de l’ARL-44. Aucun de ces deux projets n’était rendu au stade où la production du prototype aurait pu être rapidement entreprise.

22-Armée de terre : armement et matériel (34)

Char lourd modèle 1944L

Le monstrueux ARL-44 à canon de 90mm, la future terreur des chars allemands

Le monstrueux ARL-44 à canon de 90mm, la future terreur des chars allemands

Changement d’optique

Après des années d’hésitation, la production du B1bis avec atteint son rythme de croisière au printemps 1940 avec la sortie de trente à quarante chars par mois, une vraie prouesse quand on connait d’où est parti ce programme qui n’atteignit jamais les 1000 chars envisagés par le général Estienne.

Après le B1bis, avait été produit le B1ter, une version améliorée et plus simple à construire du précédent dont la conception en avait fait une véritable Rolls-Royce technologique, un petit bijou de technicité mais qui se payait par une construction et une maintenance difficile.

Il était ensuite prévu un char dérivé du B1ter baptisé B-40 mais ce char sorti sous la forme d’un prototype ne fût jamais produit en série en raison d’un changement de priorité au sein de l’arme des chars d’infanterie.

En effet après une gestation houleuse, les Divisions Cuirassées avaient fait leur trou et s’imposaient comme l’arme de la percée, de la manoeuvre décisive.

Avec ses quatre bataillons et ses 158 chars (90 légers et 68 lourds), elle présentait un instrument quantitativement inférieur au Panzerdivisionen (qui disposaient de plus de 200 chars) mais qualitativement sans équivalent, le B1bis restant hors de portée des allemands jusqu’à l’apparition du Tigre.

Paradoxalement c’est là où le bas blessait. Le B1bis était un excellent char mais connaissait un certain nombre de défauts notamment une autonomie limitée, une mécanique difficile à entretenir et nécessitant des équipages très entrainés et un armement dual plus adapté à l’appui de l’infanterie qu’à la lutte antichar en dépit de la présence d’un canon de 47mm.

L’obusier de 75mm était une arme puissante mais fait pour détruire les casemates et écraser l’infanterie adverse et non pour détruire des chars (canon court donc faible vitesse initiale, positionnement inadapté, pas d’obus perforants) alors que le canon de 47mm encore très efficace n’allait pas tarder à avoir du mal à percer le blindage des chars ennemis.

Il fallait donc envisager déjà le remplacement au sein des divisions cuirassés du B1bis par un char plus adapté à la manoeuvre, à la percée. Sans être forcément rapide, il doit avoir une autonomie importante, un bon blindage, un canon puissant et pouvoir être facile d’utilisation et de construction.

En septembre 1941, un premier appel à projet est lancé pour un char lourd de combat destiné à succéder au B1bis. Les premières spécifications sont prudentes avec pour base le B1ter en terme notamment de protection et de mobilité tout en réclamant un armement plus puissant et clairement orienté antichar.

Les Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM), l’Atelier de construction de Rueil (ARL), Schneider et Renault proposèrent leurs projets sous la forme de maquettes début 1942.

Deux prototypes furent commandés à chacun des constructeurs, prototypes livrés début 1943.

Les Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM) proposèrent un B1ter amélioré sans obusier de 75mm en caisse (remplacée par une mitrailleuse de 7.5mm) avec la tourelle ARL destinée à équiper le futur Renault G1.

L’Atelier de construction de Rueil (ARL) propose un char de conception nouvelle avec une caisse en acier blindé-laminé, un moteur diesel et une tourelle biplace à canon de 75mm de 32 calibres.

Schneider propose un char lui aussi inspiré du B1ter mais avec un canon de 75mm puissant en tourelle triplace alors que Renault proposa une version surblindée de son futur G1.

Les projets Schneider et FCM éliminés, seuls restaient en liste le projet de l’atelier de construction de Rueil et le projet Renault.

Les tests étaient satisfaisants, les deux projets étaient murs techniquement parlant mais la commission en charge du concours dirigée par l’ingénieur Piret se posa la question de l’utilité d’armer un char lourd d’un canon de même calibre que le char moyen.

Entre-temps, Renault accaparé par la production du G1 ainsi que de celle d’autres véhicules se retira du programme, laissant donc l’ARL seule en piste pour son projet baptisé ARL-40.

En juillet 1943, décision est prise d’armer le nouveau char lourd d’un canon de 90mm. A l’époque existait une tourelle armée d’un canon de 90mm, celle équipant le FCM F1, le char de forteresse équipant le 51ème BCF.

Cette tourelle avait cependant été conçue pour un char de forteresse de 142 tonnes en ordre de combat et pas pour un char de 50 tonnes maximum.

Il fallait donc repartir à zéro, Schneider producteur du canon de 90mm modèle 1939 partant de ce canon pour développer une pièce compatible avec une tourelle triplace en terme de recul, d’évacuation des douilles et des fumées.

L’Atelier de Construction de Rueil profita de ce contretemps pour reprendre la caisse en amélioration la suspension hydropneumatique _gracieusement fournie par Renault_, la caisse en acier laminé _sans éléments boulonnés_ et l’ergonomie intérieure sur les conseils des britanniques.

La tourelle Schneider est prête en janvier 1944 et installée sur quatre prototypes de l’ARL-44. Les prototypes sont intensivement testés et se révèlent prometteurs sans réels problèmes techniques, un vrai petit miracle selon ses concepteurs.
Adopté le 30 janvier 1944 sous le nom de char lourd modèle 1944L, ce premier char produit par l’Atelier de Construction de Rueil est un monstre de 53 tonnes en ordre de combat, des lignes assez carrées, un «véhicule d’hommes» dirions nous qui reçoit le 8 mai 1944, le nom officiel d’Estienne.

A l’avant, on trouve le pilote à l’avant droite et à sa gauche un radio-mitrailleur chargé des transmissions et de la défense rapprochée du char avec une mitrailleuse de 7.5mm MAC 34 avec 2500 cartouches.

Au milieu du véhicule, on trouve une tourelle triplace avec quand on regarde le char de l’arrière, un chef de char à l’arrière gauche, le tireur pointeur devant lui et de l’autre côté du canon le pourvoyeur.

Cette tourelle intègre un canon de 90mm modèle 1944 (54 obus) associé à une mitrailleuse coaxiale de 7.5mm MAC 34 alimentée à 3000 cartouches, une autre mitrailleuse est installée en position antiaérienne.

A l’arrière, on trouve un moteur Renault de 720cv inspiré du moteur Renault 12 cylindres de 550ch utilisé pour le FCM F1 (qui en dispose de deux).

Convaincue de la qualité de son char, l’ARL avait lancé la production en série avant même l’adoption officielle ce qu’apprécièrent finalement les autorités militaires et politiques pour permettre d’équiper rapidement les Divisions Cuirassées.

Unités équipées

Chaque Division Cuirassée va recevoir deux bataillons de 34 chars ARL-44 qui vont remplacer nombre pour nombre les B1bis.

La 1ère Division Cuirassée rééquipe le 28ème Bataillon de Chars de Combat entre septembre et décembre 1944 suivit du 37ème Bataillon de Chars de Combat de janvier à mars 1945.

La 2ème Division Cuirassée rééquipe le 8ème Bataillon de Chars de Combat entre avril et juin 1945 suivit du 15ème Bataillon de Chars de Combat entre juillet et septembre 1945.

La 3ème Division Cuirassée rééquipe le 41ème Bataillon de Chars de Combat entre octobre et décembre 1945 suivit du 49ème Bataillon de Chars de Combat entre janvier et mars 1946.

La 4ème Division Cuirassée rééquipe le 46ème Bataillon de Chars de Combat entre avril et juin 1946 suivit du 47ème Bataillon de Chars de Combat entre juillet et septembre 1946.

A cette date, 272 ARL-44 sont alors en service. La production se poursuit à un rythme moins élevè pour constituer un volant de fonctionnement. 16 chars sortent en octobre, 12 en novembre, 10 en décembre 1946, 8 en janvier 1947, 10 en février, mars et avril 1947, 8 en mai et juin 1947 soit un total de 92 chars produits.

La création en septembre 1947 des 5ème et 6ème Division Cuirassées entraine la création de quatre nouveaux bataillons de chars de combat ce qui relance la production de l’ARL-44 en grand série, vingt chars sortant en juillet et vingt-autres en août 1947.

Cela permet d’équiper le 50ème Bataillon de Chars de Combat de la 5ème Division Cuirassée en septembre et octobre 1947, du 54ème Bataillon de Chars de Combat de la 6ème Division Cuirassée en novembre et décembre 1947, du 52ème Bataillon de Chars de Combat de la 5ème Division Cuirassée en janvier et février 1948 et du 56ème Bataillon de Chars de Combat de la 6ème Division Cuirassée entre mars et mai 1948.

Au total, on trouve 408 chars ARL-44 en ligne plus des chars en réserve en l’occurence les 92 chars produits entre octobre 1946 et juin 1947 puis de nouveaux chars de réserve produits en janvier 1948 (quatre), huit en février 1948, six en mars 1948, huit en avril 1948, dix en mai 1948, huit en juin 1948, neuf en juillet 1948 et douze en août 1948 soit un total de 65 chars portant le total à 157 chars de réserve.

La production se poursuit après mobilisation à raison d’une dizaine de chars par mois pour à terme rééquiper les bataillons de quartier général.

Une variante dépannage à été étudiée mais non produite, les B1bis détourellés étant tout à fait capable de dépanner leur successeur

Caractéristiques Techniques du char lourd modèle 1944

Poids en ordre de combat : 53.5 tonnes

Dimensions : longueur 8.99m largeur 3.75m hauteur 2.95m

Motorisation : un moteur diesel Renault 12 cylindres de 720ch

Performances : vitesse maximale 37 km/h pente 85% Autonomie : 290km

Blindage : maximum 80mm

Armement : tourelle triplace Schneider disposant d’un canon de 90mm modèle 1944 disposant de 54 obus associé à une mitrailleuse MAC 34 de 7.5mm avec 3000 cartouches. Une mitrailleuse de coque MAC 34 de 7.5mm avec 2500 cartouches. Une mitrailleuse de 7.5mm peut être installée en position antiaérienne avec 1500 cartouches

Equipage : pilote à l’avant droit, radio-mitrailleur à l’avant gauche et en tourelle un chef de char à l’arrière gauche, le tireur pointeur devant lui et de l’autre côté du canon le pourvoyeur.

FCM 2C

Char de forteresse ou de percée FCM 2C

Char de forteresse ou de percée FCM 2C

A l’origine : Saint Chamond et le Schneider

Après les sanglants combats de l’été 1914, l’échec du plan XVII en Alsace et en Lorraine, le «miracle de la Marne» ou la tentative de course à la mer, le front occidental se stabilise sur 700km de la mer du Nord à la frontière suisse. La guerre des tranchées avait débuté……. .

En dépit du retour d’expérience des premiers combats, le haut commandement tant français qu’anglais cherchait la percée au travers d’offensives frontales couteuses qui se brisaient sur les barbelés et le tir des mitrailleuses allemandes.

Le terrain bouleversé par l’artillerie, les barbelés et les tranchées rendait la percée illusoire voir impossible sans un véhicule adapté.
Côté français après des tentatives plus ou moins farfelues d’engins spécialisés, la raison revint au pouvoir. Ce qu’il fallait c’était un engin de combat disposant d’une protection suffisante, d’un armement performant et d’un moyen de locomotion adapté au terrain et là seule la chenille était à son affaire.

Le premier à dégainer fût la firme Schneider qui proposa en août 1915 un tracteur armé et blindé combinant un chassis de tracteur américain Baby Holt avec le coupe-fil Prétot. Le 20 décembre 1915, la rencontre entre son créateur, l’ingénieur Brillé et le général Estienne marque l’acte de naissance du cuirassé terrestre français.

Produit à 400 exemplaires, le Schneider CA (puis CA 1 suite à l’étude de dérivés) fût bientôt concurrencé par un produit sortit des arsenaux de l’état, le Saint Chamond qui sera lui aussi produit à 400 exemplaires.

Ces 800 chars lourds se révéleront des échecs techniques plus (Saint Chamond) ou moins (Schneider CA 1) cuisants notamment leur premier engagement à Berry au Bac le 16 avril 1917 se révélant être un fiasco (55 chars survivants sur 132, mort du commandant Bossut).

Le FCM 1A, un magnifique engin

Alors que les Schneider et les Saint Chamond sont en construction, français et anglais échangent sur les leçons tirées de l’utilisation par les anglais du tank, les Mark I britanniques avec leurs 28,5 tonnes étant plus lourds que les projets français en cours d’élaboration.

L’idée germa en France de dévelloper un char lourd, le général Mourret chef du service automobile et grand ennemi du général Estienne obtenant du sous-sécretaire d’Etat à l’Armement Louis Thomas la construction d’un prototype officiellement commandé le 20 octobre 1916 mais en réalité en chantier depuis juillet.

En Angleterre, la construction des cuirassés terrestres à été piloté par l’Amirauté ce qui poussa la France à commander ce char lourd à un chantier naval en l’occurence les Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM) installés à La Seyne sur Mer et à Marseille.

Ce chantier n’à aucune expérience des véhicules blindés mais va utiliser son expérience dans le domaine des navires de guerre avec un blindage soigné, des appareillage électriques complexes, la conception, l’aménagement et la mise au point des tourelles.

Le 13 décembre 1916 est créé le Comité Consultatif de l’Artillerie d’assaut (CCAS) chargé de coordonner la mise au point des chars en France, mise au point rendu difficile par une guerre de boutons entre service et une rivalité Industrie d’Etat/Industrie privée.

On se pose alors la question de savoir si la production d’un char lourd est possible en France ou si il ne faut pas privilégier les chars légers en l’occurence le futur Renault FT. Au cours de la séance du 30 décembre, sont dévoilés les principales lignes du char FCM : 38 tonnes, tourelle blindée à 30mm, canon de 105mm court et un moteur de 220ch.

La séance du 17 janvier 1917 propose la construction de deux prototypes du char FCM, un avec une transmission mécanique et un autre à transmission électrique, l’armement au canon de 105mm est discuté, un armement à canon de 75mm ayant les préférences du général Estienne.

Trois chars sont commandés le 5 février 1917 mais en raison de problèmes de fourniture d’équipements chez Renault, la réalisation des prototypes prend énormément de retard. Ce n’est que le 20 décembre 1917 que le char effectue ses premiers essais sur la plage des Sablettes à Toulon.

Ces essais sont très satisfaisants et pousse le ministre Loucheur à demander la commande de 100 chars FCM 1A en espérant que quinze exemplaires pourraient être disponibles en juillet 1918 mais ce char est finalement rejeté au profit du FCM 2C plus lourd.

Le FCM 2C : trop tard !

Après l’échec de l’offensive allemande du printemps 1918, il devint évident que l’Allemagne ne pourra gagner la guerre et que le temps allait jouer pour les alliés notamment avec l’arrivée par millions des Sammies venues d’Outre-Atlantique.

Après les contre-offensive de l’été 1918 qui vit le premier engagement massif des troupes américaines à Saint Mihiel et dans le bois de Belleau où les marines s’illustrent, les alliés planifient l’offensive finale pour le printemps 1919, une offensive ayant Berlin pour cible.

Voulant voir les choses en grand, ils planifient la construction d’un grand nombre de chars notamment de chars lourds pour pénétrer le plus rapidement possible en Allemagne.

Après avoir abandonné le projet FCM 1A, la France se concentra sur le projet FCM 2C, un char nettement plus lourd et plus grand que son devancier et pourtant produit par le même constructeur.

Ce char de 62 tonnes (presque le triple des Schneider et Saint Chamond !) se caractérise par la présence de deux tourelles et de douze hommes d’équipage !

Commandé à 300 exemplaires, ce char aurait pu combattre aux côté du Mark VIII Liberty, un char lourd interallié commandé par la France à 600 exemplaires et le Mark V* commandé à 300 exemplaires mais trop lent à produire, il ne voit pas le feu avant le 11 novembre 1918.

La commande est réduite à dix exemplaires livrés en 1922-23 mis en œuvre par la 7ème compagnie du 511ème RCC de Verdun. En 1934, ce matériel est déclassé et en 1939 deux chars réformés cèdent leurs tourelles à la ligne Mareth en Tunisie.

A noter que de 1923 à 1934, le char n°9 Champagne reçoit dans sa tourelle avant un canon de 155C, dans une nouvelle tourelle, un moteur Sautter-Harlé alors que les mitrailleuses sur rotules sont supprimées.

Les sept chars en ligne (plus un restant en parc pour essais et instruction) sont pourtant mobilisés au 51ème BCC devenu ultérieurement le 51ème Bataillon de Chars de Forteresse (51ème BCF).

Ils vont rester en service jusqu’en février 1944 quand sont mis en service les FCM F1 et les 2C sont tous feraillés sauf un exemplaire qui ironie de l’histoire retrouve à l’entrée de l’Ecole de l’Arme Blindée Cavalerie de Saumur l’unique prototype du FCM 1A (transféré de Versailles) avec lequel il monte la garde.

Caractéristiques Techniques du char de rupture FCM 2C

Poids en ordre de combat : 70 tonnes

Dimensions : longueur hors tout 10.372m largeur 2.95m Hauteur 4.05m

Motorisation : d’abord deux Chenu de 210ch puis deux Mercedes de 200ch puis des Maybach de 250ch

Vitesse maximale : 12 km/h Pente 70% Autonomie 150 km (1280 litres d’essence à bord)

Blindage : maximum 30 puis 45mm

Armement : tourelle avant armé d’un canon de 75mm modèle 1897 raccourci avec 124 coups, tourelle arrière armée d’une mitrailleuse de 8mm Hotchkiss; trois mitrailleuses de 8mm montés sur rotules (une avant et deux latérales) avec pour les quatre un total de 9504 coups.

Equipage : douze hommes (chef de char, pilote, mécanicien, aide-mécanicien, électricien ,canonnier tireur, cannonier chargeur,mitrailleur avant, mitrailleur latéral droit, mitrailleur latéral gauche, mitrailleur tourelle arrière et radio-télégraphiste.

22-Armée de terre : armement et matériel (33)

J-Chars lourds

Préambule

Après les sanglants combats de l’été 1914, l’échec du plan XVII en Alsace et en Lorraine, le «miracle de la Marne» ou la tentative de course à la mer, le front occidental se stabilise sur 700km de la mer du Nord à la frontière suisse. La guerre des tranchées avait débuté……. .

En dépit du retour d’expérience des premiers combats, le haut commandement tant français qu’anglais cherchait la percée au travers d’offensives frontales couteuses qui se brisaient sur les barbelés et le tir des mitrailleuses allemandes.

Le terrain bouleversé par l’artillerie, les barbelés et les tranchées rendait la percée illusoire voir impossible sans un véhicule adapté. C’est dans ces conditions que naquit le projet de cuirassé terrestre, les anglais lui donnant le nom de «tank» (réservoir) pour dissimuler sa vraie nature aux espions allemands.

Char Saint Chamond

Char Saint Chamond

La rencontre entre le général Estienne et l’ingénieur Brillé de Schneider le 20 décembre 1915 marque le début de l’histoire du cuirassé terrestre symbolisé par le Schneider CA-1 et par le Saint Chamond, deux modèles ratés de chars dont l’utilisation révélera un grand nombre de défauts techniques, ouvrant la voie au char léger Renault FT.

En dépit du succès du «char de la victoire», la France et le général Estienne n’ont pas renoncé au char lourd, l’estimant nécessaire pour percer le front, la petite merveille de Louis Renault étant faite pour accompagner l’infanterie, pas pour obtenir la percée.

Suivant l’exemple des anglais qui avaient confié à l’Amirauté la construction de leurs cuirassés terrestres, la France fait de même avec les Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM) qui propose le FCM 1A, un char de 41.4 tonnes à tourelle biplace armé d’un canon de 47mm puissant.

Char de forteresse ou de percée FCM 2C

Char de forteresse ou de percée FCM 2C

En dépit de ses qualités, ce char ne dépassera pas le statut de prototype, le général Estienne préférant le FCM 2C plus lourd qui n’arrivera qu’après la fin du premier conflit mondial, empêcha la France d’utiliser un char lourd de conception nationale de bonne qualité tout comme les chars lourds commandés à la Grande Bretagne (MkV*) ou dont la construction était prévue pour les alliés (MkVIII Liberty).

Le programme de janvier 1921 définit trois catégories de chars : un char lourd de rupture symbolisé par le monstrueux FCM 2C construit à dix exemplaires, un char de bataille et un char léger d’accompagnement, le Renault FT en attendant un probable successeur, les technologies évoluant tellement vite que le char de la victoire va vite être dépassé.

Le programme du char de bataille va aboutir au char B1 davantage connu par ses variantes B1bis et B1ter qui après avoir été conçus pour combattre au sein de BCC indépendants vont intégrer les Divisions Cuirassés pour obtenir la percée tant espérée durant le premier conflit mondial.

Le monstrueux ARL-44 à canon de 90mm, la future terreur des chars allemands

Le monstrueux ARL-44 à canon de 90mm, la future terreur des chars allemands

Lui succédera l’ARL modèle 1944 bénéficiant de l’étude B-40, un char de bataille de 50 tonnes armé d’un canon de 90mm en tourelle, le plus puissant char d’Europe, le Tigre allemand n’ayant qu’un canon de 88mm.

A ces chars lourds intégrés aux Divisions Cuirassés ou formant des bataillons de quartier général, on trouve une poignée de chars d’attaque des fortifications déployés par le 51ème Bataillon de Chars de Forteresse.

Renault B1 B1bis et B1ter

Une mise au point interminable

Jusqu’à sa mort survenue en 1936, le général Estienne lutta contre une image d’Epinal lui collant à la peau, celle l’associant au char Renault FT.

Oh certes, il en est à partiellement à l’origine mais c’était en raison de l’échec des cuirassés terrestres Schneider et Saint Chamond et qui laissait l’armée  française dépourvue d’un char lourd moderne et efficace en attendant les livraisons du Mark V*, du Mark VIII Liberty sans parler des projets FCM 1A et 2C.

Cette opposition au char léger était telle qu’il s’opposa au remplacement des chars FT, opposition infructueuse puisqu’il ne put empêcher le lancement en 1933 d’un programme pour un char léger d’accompagnement de 6 tonnes qui allait donner naissance au Renault R-35 et au Hotchkiss H-35.

En janvier 1921, il lance un programme définissant un char de bataille, char qui devient bientôt un char «sans autre qualificatif» ce qui signifie dans l’esprit du général Estienne que c’est le seul véhicule qui mérite le terme de char, les autres véhicules étant à son service.

A l’époque, dans l’esprit du «père des chars», le char de bataille est un véhicule de treize tonnes avec un canon en casemate et une tourelle armée de mitrailleuse. C’est donc vrai un char casemate, la tourelle n’étant qu’un organe d’observation et de commandement.

Jean Baptiste Estienne souhaite une production en masse du nouveau char or à l’époque aucun industriel français ne peut produire en masse un char de combat, il faut donc imaginer un véritable accord industriel entre plusieurs fabricants en s’inspirant de l’accord ayant mené au Renault FT.

En 1921, le général Estienne réunit Schneider, Renault, Saint Chamond, FCM et Delaunay-Belville pour répartir la construction de 1000 chars de bataille, Renault et Schneider devant produire 250 exemplaires chacun, Saint Chamond et FCM 125, Delaunay-Belville 83 exemplaires, les 167 derniers exemplaires devant être répartis entre les plus méritants. Ce sont les «accords Estienne».

Dans un premier temps, les différents constructeurs doivent présenter des prototypes. Delaunay-Belville qui propose un char FT agrandit est vite éliminé car son projet ne répond absolument pas aux spécifications, les autres présentent leurs projets en 1924 qui se ressemblent mais apportent tous des solutions inintéressantes avec un poids variant entre 14 et 19 tonnes.

La synthèse des trois projets (Schneider-Renault, FCM et Saint Chamond) donne naissance en mars 1925 à un programme révisé de char de bataille donnant naissance en janvier 1926 au char B1 protégé à 40mm de blindage. Ce n’est cependant qu’en 1927 que les marchés sont passés pour la commande des trois prototypes du char B1.

A l’époque pourtant, la construction d’un char de bataille n’est pas en odeur de sainteté en raison de la présence d’Aristide Briand qui rêve d’Etats Unis d’Europe, de paix perpétuelle et de rapprochement avec l’Allemagne.

Le désarmement étant à l’ordre du jour, le char B1 reste encore une chimère et son existence même est remise en cause, le char D2 est un temps envisagé comme succédané de char de bataille sous le nom de char puissant.

La France se retirant de la conférence du désarmement en mai 1934, la voie est dégagée pour le char de bataille qui est officiellement adopté en mars 1934. Trente-deux exemplaires sont commandés et livrés entre décembre 1935 et juillet 1937 auxquels s’ajoutent deux prototypes mis au niveau standard.

A noter qu’à la différence des prototypes, les B1 de série sont armés d’un canon de 47mm en tourelle, la menace char rendant crédible un affrontement entre le B1 et des chars ennemis.

En octobre 1930 cependant, on décide de reprendre à zéro les études pour un nouveau char de bataille avec trois projets envisagés.

Le premier est un char B2 de 35.5 tonnes (le B1 pèse 27195kg) blindé à 50mm, un équipage de 4 hommes avec un canon de 75mm puissant et un canon de 47mm en tourelle.

Le second est un char B3 de 45 tonnes blindé à 50mm, un équipage de 6 hommes avec l’obusier de 75mm du B1 et un 47 puissant en tourelle.

Le troisième est un char BB de 50 tonnes blindé à 60mm, un équipage de 8 hommes avec deux 75 puissants.

Finalement, on décide de poursuivre dans la voie du B1 en portant le blindage à 60mm, le B1 devenant le B1bis.

La production de ce char lente et problématique jusqu’en 1938 s’accélère alors pour pouvoir équiper pas moins de 25 bataillons à 34 chars soit un total théorique de 850 chars à produire mais entre la théorie et la pratique……….. .

A l’origine prévu pour être employés en bataillons indépendants, ils vont intégrer les Divisions Cuirassés soit un total de huit bataillons de 34 chars en ligne plus un petit nombre de chars stockés comme volant de fonctionnement et des chars livrés aux britanniques dans le cadre d’un accord de coopération interallié.

Ultérieurement, une version B1ter va être produite et va équiper les huit bataillons de quartier général avant de servir de base au B-40 qui lui même à défaut d’être produit en série va servir de base à l’ARL-44.

Unités équipées de B1bis

B1bis

B1bis

Comme nous l’avons vu, à la mobilisation de septembre 1939, les régiments de chars de combat sont dissous pour permettre la mise sur pied de Bataillons de Chars de Combat (B.C.C).

Chronologiquement, les BCC équipés de B1bis à trente-quatre exemplaires ont été mis sur pied de la façon suivante :

-Le 37ème Bataillon de Chars de Combat (37ème BCC) est mis sur pied par le Centre Mobilisateur des Chars n°511 de Verdun (transféré à Bourges) à partir du 2ème bataillon du 511ème RCC.

Il est dans un premier temps équipé de chars B1 et intègre sous ce format la 1ère Division Cuirassée jusqu’à être rééquipé de B1bis au printemps 1940. Les treize B1 survivants sont reversés au Parc d’Engins Blindés 101 de Mourmelon.

-Le 15ème Bataillon de Chars de Combat (15ème BCC) est mis sur pied par le CM n°510 de Nancy (transféré ensuite à Coëtquidan) à partir du 2ème bataillon du 510ème RCC. C’est le premier bataillon équipé du B1bis. Il intègre la 2ème Division Cuirassée.

-Le 8ème Bataillon de Chars de Combat (8ème BCC) est mis sur pied par le CM n°508 de Lunéville (transféré ultérieurement à Arradon dans le Morbihan) à partir d’un bataillon du 508ème RCC. Il intègre la 2ème Division Cuirassée.

-Le 28ème Bataillon de Chars de Combat (28ème BCC) est mis sur pied par le CM n°512 de Chalons sur Marne à partir d’un bataillon du 512ème RCC. Il est affecté à la 1ère Division Cuirassée

-Le 41ème Bataillon de Chars de Combat (41ème BCC) est mis sur pied par le CM n°512 en mars 1940 avec 34 chars B1bis, le bataillon intégrant la 3ème Division Cuirassée à sa création.

-Le 46ème Bataillon de Chars de Combat (46ème BCC) est mis sur pied par le CM n°511 en août 1940 avec 34 chars B1bis, le bataillon intégrant la 4ème Division Cuirassée à sa création.

-Le 47ème Bataillon de Chars de Combat (47ème BCC) est mis sur pied par le CM n°507 en avril 1940 avec 34 chars B1Bis, le bataillon intégrant la 4ème Division Cuirassée à sa création.

-Le 49ème Bataillon de Chars de Combat (49ème BCC) est mis sur pied par le CM n°512 en juillet 1940 avec 34 chars B1bis, le bataillon intégrant la 3ème Division Cuirassée à sa création.

Ces huit bataillons totalisent donc en ligne 272 chars en ligne auxquels s’ajoutent les chars produits pour la Grande Bretagne (75 exemplaires livrés entre juillet 1940 et janvier 1941) ainsi que 120 chars gardés en réserve pour l’entrainement, l’instruction et un volant de fonctionnement soit un total de 467 B1bis auxquels s’ajoute 34 B1 soit un total général de 501 chars produits.

A partir de septembre 1944, le B1bis va être remplacé par l’ARL modèle 1944 qui peut être considéré comme l’arrière petit-fils du B1bis puis qu’issu du B1ter et du B-40, le premier ayant été produit en série mais pas le second suite à un changement de priorité.

Les B1bis en état furent soigneusement stockés pour servir de chars de réserve mais quelques exemplaires en l’occurence 60 furent détourellés pour servir de chars de dépannage aux BCC lourds qu’il s’agisse de ceux des Divisions Cuirassées ou des bataillons de quartier général, Chaque bataillon disposant de trois chars de dépannage. 140 chars furent stockés dans le Massif Central, les autres usés furent réformés et feraillés après cannibalisation.

Renault B1ter

B1ter

B1ter

Comme nous l’avons vu dans l’introduction de cette partie, la mise au point du B1bis à été interminable ce qui eut des conséquences sur sa production, lente et difficile, trop difficile pour le temps de guerre.

D’où l’idée de simplifier le schéma du B1bis pour en faciliter la production en masse, l’armée de terre voulant mettre sur pied vingt-cinq bataillons équipés de ce char.

Les prémices du B1ter sont à relever en 1935 quand est testé le concept avec un exemplaire du B1 (le n°101) surblindé et lesté, muni d’une nouvelle boite de mécanisme. En 1937, une étape est franchie avec la construction par l’ARL (Atelier de Rueil) d’un véritable prototype.

Il se distingue par un blindage porté à 70mm, des persiennes de ventilation moteur installées sur le dessus et non latéralement, entretoise avant supprimée, canon de 75mm pouvant pointer indépendant sur 5° de chaque côté avec pour tourelle, l’ARL-2 monoplace équipé d’un canon de 47mm SA 35 surblindée à 70mm, tourelle équipant dans sa version initiale, le Somua S-40.

Au printemps 1940, trois chars de pré-série sont en cours de construction pour créer une section d’essais. Les trois chars en question  sortent de chez ARL, Fives-Lille et FCM à l’automne 1940, le programme n’étant pas prioritaire. Les tests furent satisfaisants et la production démarra en février 1941 aux FCM et à l’ARL pour équiper les huit bataillons de quartier général.

Ces bataillons ont été créé pour offrir au commandant en chef de l’armée de terre, une réserve de puissance utilisable selon sa seule volonté pour par exemple soutenir une division d’infanterie en phase défensive, renforcer une DLM ou obtenir la percée tant recherchée durant le premier conflit mondial.

Le 70ème BCC est créé en juin 1941, le 71ème BCC en septembre 1941, le 72ème BCC en janvier 1942, le 73ème BCC en avril 1942, le 74ème BCC en juillet 1942, le 75ème BCC en octobre 1942, le 76ème BCC en janvier 1943 et le 77ème BCC en juin 1943.

Ces bataillons vont chacun disposer de 34 B1ter, répartis selon le même modèle que les BCC équipés de chars lourds. On arrive un total de 272 chars en ligne auxquels s’ajoutent 136 chars de réserve dont certains seront ultérieurement détourellés pour remplacer des B1Bis utilisés sans tourelle pour le dépannage.

Les huit bataillons de quartier général étaient encore équipés de B1ter en septembre 1948 bien que leur rééquipement en ARL-44 avait été sérieusement envisagé puis repoussé ultérieurement jusqu’à ce que la guerre paralyse provisoirement tout rééquipement majeur sauf après engagement au combat

Caractéristiques Techniques du char B1

Poids total en ordre de marche : 27195kg

Dimensions : longueur totale 6.37m aux chenilles 6.89m au crochet largeur totale 2.50m hauteur totale 2.79m avec tourelle

Motorisation : moteur Renault de 250ch délivrant 272ch

Vitesse maximale : 28 km/h Pente : 90% Autonomie de 8 à 10h avec 400 litres de carburant

Blindage : maximum 40mm

Armement : canon de 75mm semi-automatique modèle 1935 en caisse avec 80 obus associé à une mitrailleuse MAC 31 de 7.5mm (4800 cartouches pour les deux mitrailleuses) tourelle monoplace avec un canon de 47mm SA modèle 1934 approvisionné à 50 obus et une mitrailleuse MAC 31 de 7.5mm coaxiale

Equipage : chef de char tireur en tourelle, mécanicien pilote, mécanicien aide pilote pourvoyeur et radio-télégraphiste en caisse

Caractéristiques Techniques du char B1bis

Poids total en ordre de marche : 31500kg

Dimensions : longueur totale 6.37m aux chenilles 6.89m au crochet largeur totale 2.58m hauteur totale 2.79m avec tourelle

Motorisation : moteur Renault de 250ch delivrant 300ch

Vitesse maximale : 28 km/h Pente : 90% Autonomie de 6 à 8h avec 400 litres de carburant

Blindage : maximum 60mm

Armement : canon de 75mm semi-automatique modèle 1935 en caisse avec 74 obus associé à une mitrailleuse MAC 31 de 7.5mm (4800 puis 5250 cartouches pour les deux mitrailleuses) tourelle monoplace APX-4 avec un canon de 47mm SA modèle 1935 approvisionné à 50 obus (puis 62 et 72 selon les marchés) et une mitrailleuse MAC 31 de 7.5mm coaxiale

Equipage : chef de char tireur en tourelle, mécanicien pilote, mécanicien aide pilote pourvoyeur et radio-télégraphiste en caisse

Caractéristiques Techniques du B1ter

Poids en ordre de combat : 36600kg

Dimensions : longueur du chassis 6.35m largeur 2.73m hauteur 2.86m

Motorisation : moteur Renault 6 cylindres de 350ch

Vitesse maximale sur route 30 km/h Pente : 80%Autonomie 180km

Blindage : 70mm maximum

Armement : un canon de 75mm en casemate avec 90 obus associé à une mitrailleuse de 7.5mm modèle 1931, une tourelle monoplace avec un canon de 47mm SA 35 alimenté à soixante obus associé à une mitrailleuse de 7.5mm

22-Armée de terre : armement et matériel (32)

Somua S-45/Renault DAC-2

A l’origine (lointaine), les AMX-38 et 39

AMX-39, un démonstrateur qui ne dépassera pas le stade du prototype

AMX-39, un démonstrateur qui ne dépassera pas le stade du prototype

En 1936, le gouvernement du front populaire soucieux de reprendre la main dans le domaine des fabrications d’armement nationalise l’atelier de montage des chars de combat et chenillettes de la société anonyme des usines Renault qui devient l’Atelier de construction d’Issy les Moulineaux ou AMX.

Dirigé par le brillant Ingénieur Général de l’Armement Joseph Molinié, cet atelier est d’abord chargé de produire et d’améliorer les chars existants comme le Renault R-35 qui avec une suspension AMX et autres améliorations, devient le Renault R-40.

Les ambitions du jeune atelier ne s’arrête pas à l’amélioration. Il souhaite produire ses propres chars légers et concurrencer voir à terme supplanter les manufacturiers privés. Le prototype n°1 ou AMX-38 présenté au printemps 1939 donne ainsi un char d’un poids semblable à celui du FCM-36, propulsé par un moteur diesel avec pour armement un canon de 37mm SA modèle 1938.

Ce premier projet n’est qu’un galop d’essais puis qu’aussitôt est mis en chantier un prototype n°2 baptisé AMX-39 plus lourd, mieux protégé et mieux armé avec un canon de 47mm SA modèle 1935 (identique à celui du S-35).

En effet, le 15 décembre 1939, le général Keller, inspecteur des chars demande de relancer les études pour de futurs chars mieux armés, mieux protégés.

Ainsi le canon de 37mm doit être abandonné au profit du 47mm et le blindage de 40mm doit éder la place à du 60mm, donnant un char léger de 15 à 20 tonnes contre 10-12 tonnes pour les générations précédentes ce qui impose un moteur plus puissant pour maintenir le rapport de 9 ou 10 ch/tonne

Notons l’inflation du poids dans les différentes catégories. Le Renault G1 de 35 tonnes est issu d’un programme réclamant un char de 20 tonnes pour compléter le B1bis avec un char plus léger qui se révélera aussi lourd que celui qu’il devait compléter.

Le projet continue à être développé, sans empressement maintenant que la «paix» même si il s’agit d’une paix fragile, davantage une paix armée qu’une pax romana. Le 9 mars 1940, le général Keller maintien les spécifications décidées plus haut pour un futur char d’accompagnement à savoir 20 tonnes, 60mm de blindage et un rapport poids/puissance de 10 tonnes.

La voix semble libre pour le petit atelier aux relations orageuses avec l’inspection générale des chars mais c’est alors qu’apparait un projet concurrent de la firme Renault baptisé DAC-1 qui va coiffer sur le poteau l’AMX-39.

Le Renault DAC-1 ? Non plus…….

L’AMX-39 qui souffre de problèmes de motorisation n’est présenté en prototype qu’au mois d’octobre 1940, le Renault DAC-1 lui à été présenté à la commission un mois plus tôt.

C’est un élégant char de 16 tonnes était protégée à 60mm avec un moteur de 230ch et disposait d’une tourelle biplace avec un canon de 47mm SA modèle 1939 et une mitrailleuse de 7.5mm MAC-34.

Les deux prototypes sont évalués conjointement entre janvier et mars 1941 sans qu’une décision de production en série soit prise.

En effet, en bon disciple du général Estienne, le général Villeneuve n’est pas un chaud partisan du char léger. Il ne le voue pas aux gémonies comme son défunt mentor _l’estimant nécessaire pour faire nombre_ mais préfère privilégier le qualitatif au quantitatif, le moyen et lourd au léger.

L’AMX-39 et le Renault DAC-1 vont donc rester au niveau du prototype, du démonstrateur de technologie sans connaître l’honneur d’une production en série ce qui ne gêna pas les deux constructeurs bien occupés avec l’AMX-42/44 pour le premier, le Renault G1 pour le second.

Tout est à refaire

D’un char «léger» d’accompagnement, on passe à l’été 1941 à l’étude d’un nouveau char moyen destiné à la cavalerie pour succéder au Somua S-35/40. Cette étude traine en longueur comme jadis celle du char G1.

Trois constructeurs vont proposer leurs projets : Somua avec le S-45, Renault avec le DAC-2 et AMX avec l’AMX-45. Chaque constructeur reçoit commande en mai 1942 pour deux prototypes en état de marche plus une maquette pour les essais statiques.

Somua présente ces prototypes en novembre, Renault dès le mois d’octobre et AMX en janvier 1943 et les six véhicules vont aussitôt être testés dans le but de choisir le meilleur et le produire en série pour rééquiper les DLM.

En juin 1943, plutôt que de choisir l’un des trois projets, on décide de prendre les meilleurs éléments de chaque projet comme la suspension Christie du projet AMX, la caisse laminée-soudée du S-45 et la tourelle Renault à canon de 75mm fortement inspiré de la tourelle ARL équipant le char moyen modèle 1943R.

Les trois constructeurs vont donc s’entendre pour produire un nouveau char moyen de cavalerie qui reçoit à des fins d’intoxication la double dénomination Somua S-45/Renault DAC-2 ce qui suscitera un temps (mais un temps seulement) la perplexité des services de renseignement allemands.

Deux prototypes de ce nouveau char sont commandés en juillet 1943 et présentés en janvier 1944 et mis à part quelques modifications de détail, il est adopté sous le nom de char moyen modèle 1945.

Son assemblage est confié à la société Somua dans son usine de Saint-Ouen, agrandie pour l’occasion.

Ce char combine une caisse laminée-soudée _pour gagner du poids_, dispose d’un moteur diesel Aster, d’une suspension Christie et d’une tourelle triplace avec un chef de char et un tireur à droite, le pourvoyeur (qui faisait également office d’opérateur radio) dans la caisse.

Cette tourelle disposait d’un canon de 75mm de 32 calibres similaire à ceux des prototypes du G1R et non du canon de 40 calibres pour des raisons de poids limité à 30 tonnes ce qui obligea notamment à renoncer à un blindage homogène de 60mm au profit d’un blindage minimal de 45mm avec des endroits blindés à 60mm (face avant de la caisse et de la tourelle, réservoirs et moteurs notamment).

Comme pour le Renault G1, les débuts de production sont difficiles et la production lancée en fanfare en avril 1944 est suspendue et les quarante premiers exemplaires stockés tant ils présentaient de défauts de construction liés semble-t-il à l’inexpérience des ouvriers.

Les défauts corrigés, la production en série ne reprend qu’en octobre 1944 mais les véhicules ne sont officiellement acceptés par l’Arme Blindée Cavalerie qu’en février 1945 comme si elle n’en voulait pas.

Après cette naissance difficile, le Somua S-45 va se révéler une monture digne de ses ainés S-35 et S-40.

Contrairement au Somua S-40, le rééquipement va être réalisé division par division, toutes les DLM devant être transformées pour la fin de 1949…….. .

La 1ère DLM pour équiper le 4ème cuirassiers et le 18ème dragon reçoit ses 192 chars entre juin et décembre 1945 soit le chiffre respectable de 32 chars par mois.

La 2ème DLM reçoit ses chars pour équiper le 13ème et le 29ème dragon entre janvier et juin 1946, la 3ème DLM reçoit ses chars pour équiper les 1er et 8ème régiment de chasseurs à cheval entre juillet 1946 et février 1947.

La 4ème DLM rééquipe ses deux régiments de chars (8ème régiment de dragons et 18ème régiment de chasseurs à cheval) entre février et septembre 1947 alors que le 5ème DLM reçoit ses chars pour le  6ème régiment de dragons et le 4ème régiment de hussards entre octobre 1947 et juin 1948.

Le rééquipement de la 6ème D.L.M prévu à partir de septembre 1948 est suspendu à la déclaration de guerre à la fois pour permettre son engagement sur le TOSE voir en Tunisie en liaison avec la 1ère D.L.C et parce que face aux chars italiens, le S-40 était largement supérieur. Le rééquipement des 7ème et 8ème D.L.M prévu respectivement pour le printemps et l’été 1949 est également suspendu.

A noter qu’un projet de canon automoteur sur chassis Somua S-45 avec un canon de 105mm est envisagé pour les DLM mais sans suite concrète jusqu’au début du second conflit mondial, l’arme blindée cavalerie prévoyant d’équiper ces groupes de canons d’assaut et son RADLM avec cet automoteur soit un total de 60 automoteurs par division.

Est étudié également un canon automoteur de 155mm mais sans qu’un prototype ne soit construit avant le début de la guerre.

Caractéristiques Techniques du char moyen modèle 1945

Poids  : 30 tonnes théorique 32 tonnes en ordre de combat

Dimensions : longueur hors tout 5.45m largeur hors tout : 2.50m hauteur avec tourelle 2.40m (1.55m sans tourelle)

Motorisation : moteur diesel Aster 8 cylindres développant 390ch avec 530l de carburant

Performances : vitesse maximale sur route 49.5 km/h réservoir de 530 litres donnant une autonomie sur route de 360km qui pourrait être augmentée avec des réservoirs supplémentaires installés à l’automne 1948

Blindage : 40mm minimum 60mm à certains endroits

Armement : tourelle ARL modèle 1942 avec un canon de 75mm de 32 calibres (vitesse initiale : 800 m/s) avec 210 obus, une mitrailleuse coaxiale MAC 34 et une mitrailleuse antiaérienne du même modèle avec 6000 cartouches

Equipage : un mécanicien pilote en caisse, un pourvoyeur à gauche de la tourelle, le tireur et le chef de char à droite

Projets et prototypes

Entre 1918 et 1948, assez peu de projets de chars moyens ont été étudiés probablement en raison des difficultés énumérées dans l’introduction pour définir ce qu’était un char moyen.

Citons néanmoins un projet de 1939 de l’Atelier d’Issy Les Moulineaux (AMX) qui proposa un char moyen de 20 tonnes à canon de 47mm puissant en tourelle monoplace avec un blindage de 70mm et un équipage de quatre hommes. Il semble que ce projet vu comme une possible alternative au projet G1 n’ait pas dépassé le stade de la planche à dessin.

Le projet Poniatowski/SEAM à aboutit à la production de deux prototypes utilisés comme démonstrateurs de technologie de la transmission électrique et banc d’essais pour de nouveaux moteurs diesels et essence à haute performance pour les nouvelles générations de chars.

Entre 1946 et 1918, plusieurs projets de chars moyens sont étudiés mais il s’agit plus d’améliorer le Somua S-45 ou le Renault G1 que de mettre au point un char totalement nouveau.

22-Armée de terre : armement et matériel (29)

I-Chars moyens

Préambule : essai d’une typologie du char moyen

Aujourd’hui avec la présence de l’AMX-90 Villeneuve, on ne se pose guère la question de savoir ce qu’est un char moyen tant l’idée d’un char de combat principal à imprégné les esprits. Ce n’était pas aussi facile  avant le second conflit mondial.

En effet si le B1bis avec ses 31 tonnes et le Renault R-35 avec ses 10.5 tonnes pouvaient respectivement être considérés comme des chars lourds et légers, il y avait visiblement la place pour un char médian.

Ce classement se heurte d’emblée à de sérieuses difficultés. Si le B1bis est un char lourd, que dire du Renault G1 et ses 35 tonnes ou encore que dire du couple AMX-42/44 avec ses 16 ou 17 tonnes, sont-ils encore des chars légers ?

Il faut aussi ajouter le nom de char puissant porté notamment par le D2, des chars d’un poids de 19 tonnes soit seulement trois tonnes de plus que l’AMX-42. Pourquoi l’un serait léger et l’autre puissant/moyen. De plus ne peut-on pas considérer le char puissant comme un char de bataille, un soutien du B1bis ?

Il faut plutôt voir du côté de la mission pour distinguer un char moyen d’un char léger. On le sait les chars légers existant en 1939 ont des équipages composés de deux hommes _un mécanicien pilote et un chef de char tireur_ car leur mission est de soutenir l’infanterie c’est-à-dire de rouler au pas ou presque et de tirer sur les obstacles se présentant sur le chemin des fantassins.

La mission de la cavalerie est davantage le combat, la manoeuvre ce qui explique que le char principal de cavalerie, l’Automitrailleuse de Combat (AMC) est un véhicule triplace avec un ou deux hommes en tourelle.

C’est là à mon sens que le char moyen se distingue du char léger (en attendant l’AMX-42 et le FCM-42 à trois hommes sans parler de l’AMX-44 et du FCM-44 à quatre hommes), la mission bien différente du soutien d’infanterie.

En septembre 1939, on peut estimer qu’il existe seulement deux chars moyens en service en nombre important : le char D2 en voie de retrait du service et le remarquable Somua S-35, probablement le meilleur char français en service quand éclate la guerre de Pologne.
Au printemps 1944, le général Villeneuve décide de clarifier la situation en établissant une véritable typologie liée en partie au poids mais également à la mission :

-char léger : ne doivent pas dépasser le poids de 20 tonnes, un armement compris entre 25 et 47mm avec un équipage de deux à quatre hommes. Leurs missions étant le soutien rapproché de l’infanterie et la reconnaissance.

-char moyen : ne doivent pas dépasser le poids de 40 tonnes, un armement minimal de 75mm et maximum de 90mm, un équipage de quatre hommes avec pour mission le combat antichar, la percée et la manoeuvre.

-char lourd : d’un poids compris entre 40 et 70 tonnes, un armement minimal de 90mm, un équipage de quatre ou cinq hommes avec pour mission le combat antichar, la percée et la manoeuvre.

-char de forteresse : catégorie ne concernant que le FCM F1 même si des projets de chars super lourds sont étudiés

-chars spéciaux : chars amphibies, char du génie sans catégorie de poids, d’armement ou d’équipage

Les chars moyens que nous allons étudier correspondent donc à tous les chars d’un poids de 20 à 39 tonnes, un armement de 47 à 75mm même si par analogie, les AMC seront considérées comme des chars moyens notamment en raison de leur mission.

Cette catégorie quasiment inexistante va connaître une spectaculaire croissance avec le maintien en service du Somua S-35 (modernisé avec une radio), l’apparition de sa version améliorée Somua S-40 mais surtout deux chars moyens armés de canons de 75mm, le Renault G1 ou char moyen modèle 1943R et le Somua S-45 appelé char moyen modèle 1945S, un char issu comme nous le verrons d’un véritable montage industriel destiné en particulier à intoxiquer les SR allemand avec une double dénonmination Somua S-45/Renault DAC-2 qui fit croire à l’Abwehr de l’existance de deux chars moyens au sein des DLM, surestimant ainsi le potentiel militaire français.

Renault D2

Renault D2

Renault D2

Sous l’influence d’Aristide Briand, l’Europe sembla se lancer sur la voix d’une paix perpétuelle nécessitant une désarmement des puissances concernées, désarmement qui avait pour cadre une conférence lancée à Genève en 1932.

Cette conférence s’inspirant du traité de Washington de 1922 suggéra une limitation des armements terrestre tant en terme quantitatif que qualitatif qui si elle avait aboutit aurait interdit le B1 au profit du D2 appelé «char de combat surblindé» par son constructeur Renault.

Le dévellopement du D2 à été lancé au cas où le B1 aurait été interdit par la conférence du désarmement d’où la France se retire en mai 1934. Les prototypes sont présentés en 1932-33 et le char est adopté en 1934 à une époque où l’hypothèque d’une interdiction du B1 avait été levée.

Résultat à l’hypothèse haute de  livraison de 750 chars D2 succéda une hypothèse base à 150 chars avant d’être réduite à 100 unités livrées entre avril 1936 et février 1937 pour les cinquante premiers et au printemps 1940 pour les cinquante autres.

Néanmoins, seul le 1er bataillon du 507ème RCC commandé par un certain colonel Charles De Gaulle avec 45 chars reçut ce blindé.

A la mobilisation, ce bataillon devient le 19ème BCC qui au printemps 1940 remplace ses ses D2 du premier marché par des chars neufs du même modèle, les premiers ayant été usés très, trop rapidement.

A sa création en septembre 1940, la 4ème Division Cuirassée (Dcu) intègre le 19ème BCC au sein d’une 6ème demi-brigade de chars devenue après réorganisation la 6ème brigade cuirassée.

Le char D2 est retiré du service dès le mois de septembre 1941 après que le Hotchkiss H-39 l’eut remplacé.

A la différence de beaucoup de chars, les D2 ne sont pas stockés pour une réutilisation ultérieure en raison d’un grand nombre de problèmes mécaniques. Les tourelles (50 exemplaires) sont précieusement conservées pour être installées sur un nouveau véhicule ou à terre comme les tourelles démontables de la ligne Maginot.

Caractéristiques Techniques du char puissant Renault UZ/D2

Poids : 19000kg

Dimensions : longueur totale 5.23m Largeur totale 2.21m Hauteur totale : 2.66m (1.77 sans tourelle)

Motorisation : un moteur essence Renault dévellopant 150ch à 2000 tours/minute

Vitesse maximale : 22 km/h  Pente : 40%  Autonomie : 100km (réservoir de 240 litres d’essence)  

Blindage : 40mm maximum

Armement : un canon de 47mm modèle 1937 en tourelle monoplace, canon alimenté à 108 obus et deux mitrailleuses de 7.5mm, deux MAC 31 avec 4500 cartouches pour les deux, une arme étant coaxiale en tourelle et une seconde en caisse

Equipage : mécanicien pilote en caisse, un opérateur radio en caisse et un chef de char tireur en tourelle