23-Armée de terre Ligne Maginot (15)

D-Les travaux complémentaires (1936-1948)

Avant-propos

Le 1er janvier 1936, la Commission d’Organisation des Régions Fortifiées (CORF) est dissoute, laissant aux différentes régions militaires le soin de compléter ou d’organiser les défenses de leur zone de compétence.

Cela va poser des problèmes de coordination avec une différence parfois assez sensible entre les différentes régions. Néanmoins la mise en place ultérieure de la Commission d’étude des Zones Fortifiées (CEZF) va limiter les dégâts en rationnalisant les travaux sans que la CEZF dirigée par le général Belhague _ancien commandant de la CORF_ n’ait les pouvoirs de la créatrice de la Ligne Maginot.

L’organisation des fronts fortifiés puissants

Pour ce qui est des fronts construits par la CORF qu’ils s’agissent des Anciens ou des Nouveaux Fronts, la dissolution de cette dernière ne pose pas énormément de problèmes. Le gros du travail à été réalisé et les travaux menés à partir de 1936 sont plus destinés à affiner les différentes lignes de défense et à donner de la profondeur à la position.

Les moyens vont être cependant nettement plus réduits. Exit les entreprises spécialisées et les budgets «assez» confortables de la CORF au profit de budgets nettement plus réduits, la construction des ouvrages étant assurée par la MOM (Main d’Oeuvre Militaire).

Autre différence d’importance par rapport aux ouvrages de la CORF, les blockhaus, casemates et autres ouvrages construits ne doivent pas être occupés par des troupes spécialisés comme les Régiments d’Infanterie de Forteresse mais par des troupes de campagne.

Canon de 65mm modèle 1902 cédé par la marine pour améliorer la défense antichar de la Ligne Maginot

Canon de 65mm modèle 1902 cédé par la marine pour améliorer la défense antichar de la Ligne Maginot

En ce qui concerne l’armement, on note le recours à d’anciens canons de marine, le canon de 47mm modèle 1885 et son descendant le modèle 1902 ainsi que le canon de 65mm modèle 1885/91 et son descendant le modèle 1902, des pièces dont la Royale n’à plus l’usage mais qui peuvent faire office de canons antichars même si naturellement, ils n’ont pas été conçus pour cette mission. Si le 47mm pourra prendre place dans des blockhaus, l’encombrement de la pièce de 65mm imposera son installation dans des cuves bétonnées.

Au total, la marine à cédé à l’armée de terre un total de 509 «vieux canons» répartis entre 321 canons de 47mm modèle 1885, 113 canons de 47mm modèle 1902, 45 canons de 65mm modèle 1885/91 et 30 canons de 65mm modèle 1902. Ces canons vont être répartis entre différentes régions militaires (Nda Il s’agit des régions militaires avant le redécoupage de 1941 qui fera coïncider les Régions Militaires et les Provinces) :

-La 2ème région militaire (Amiens) reçoit vingt canons de 47mm modèle 1885 et 5 canons de 65mm modèle 1902

-La 6ème région militaire (Metz) reçoit 68 canons de 47mm modèle 1885, 81 canons de 47mm modèle 1902 et 25 canons de 65mm modèle 1902

-La 20ème région militaire (Nancy) qui reçoit pas moins de 60 canons de 47mm modèle 1885, 30 canons de 47mm modèle 1902 et 45 canons de 65mm modèle 1888-91

-La 7ème région militaire (Besançon) reçoit 93 canons de 47mm modèle 1885 et 2 canons de 47mm modèle 1902

-La 14ème région militaire (Lyon) reçoit 26 canons de 47mm modèle 1885

-La 15ème région militaire (Marseille) reçoit 34 canons de 47mm modèle 1885

-La Tunisie reçoit 20 canons de 47mm modèle 1885.

Pour ce qui est des constructions, la décentralisation au niveau des régions militaires va naturellement provoquer une série de différences dans les constructions, chaque région militaire définissant ses instructions et ses priorités.

Entrée d'un Blockhaus modèle 1935 RFM (Région Fortifiée de Metz)

Entrée d’un Blockhaus modèle 1935 RFM (Région Fortifiée de Metz)

Le génie de la RF Metz (général Grenet) édite deux instructions pour la construction des «Blockhaus MOM», celle du 3 mai 1935 (blockhaus double pour mitrailleuses ou canon de 37mm, blockhaus double avec canon de 47mm de marine, observatoire avec un abri et le PC bétonné) et celle du 16 mars 1936 (blockhaus simple de flanquement, emplacements des tourelles démontables, casemate Pamart, les observatoires et l’abri PC).

-Le premier modèle de blockhaus «messin» est le blockhaus modèle 1935 type RFM (Région Fortifié de Metz) qui comporte un créneau frontal pour un canon de 47mm (angle de tir : 45°) et un ou deux créneaux pour mitrailleuses agissant en flanquement.

Il en à été construit un total de 72 exemplaires de ces blockhaus capable de résister à des
coups directs de 105mm.

-Lui succède un blockhaus modèle 1936 comportant en échelons refusés, deux créneaux pour 47mm antichar et pour mitrailleuses. Il à ainsi été produit à 73 exemplaires, certains pouvant résister à des obus de 155mm et d’autres à des obus de 105mm.

-Sauf quelques exceptions dans le SD de Marville, le modèle 1936 sera le dernier blockhaus à deux créneaux. Il est remplacé par le blockhaus modèle 1936 pour canon antichar ou pour mitrailleuses, blockhaus dont les plans sont établis par le STG.

Cela à évidement l’inconvénient de dissocier les blocs dont un sur deux se révéléra inefficace surtout si l’ennemi n’emploi pas de chars et même dans ce domaine, le choix initial du canon de 37mm TR 16 se révéléra malcommode et seule l’installation ultérieure de canons de 47mm plus modernes rendra ses ouvrages efficaces dans cette mission.

-Enfin on trouvera encore plus économique que le blockhaus décrit ci-dessus avec les boucliers AC25. Ces boucliers sont composés de trois pans épousant la forme du bouclier du canon de 25mm, on trouve l’embrasure pour la pièce et une ou deux embrasures pour FM.

-La Région Fortifiée de Metz étant chargée de la fortification du SD (Secteur Défensif) de Marville, elle va mettre au point deux autres types de blockhaus.

Le premier appelé blockhaus modèle 1937 type RFM à créneaux décrochés pour une mitrailleuse et un canon de 25mm agissant en flanquement et un blockhaus à action frontale pour deux mitrailleuses.

-Pour équiper le Secteur Fortifié de Faulquemont d’un minimum d’artillerie, la RF Metz met au point une casemate d’artillerie destinée à recevoir deux canons de 75mm modèle 1897 et protéger ainsi sous béton des pièces de campagne.

Les huit casemates d’artillerie construites sur ce modèle (deux dans le SD Marville, trois dans le SF Fauquelmont et deux dans le SF Boulay) dispose d’une tourelle démontable pour mitrailleuse et d’un sous-sol.

-Ce modèle de casemate d’artillerie va inspirer la Région Fortifiée de la Lauter qui fait construire deux casemates légères d’artillerie (une à Windstein et la seconde au Biensberg) recevant chacune deux canons de 75mm modèle 1897. Le SF de la Sarre va disposer de quatre casemates légères d’artillerie recevant chacun un canon de 75mm modèle 1897.

-Il ne faut pas oublier les organisations annexes. Celles réalisés par la RF Metz sont souvent destinées à remplacer des constructions CORF dont la réalisation à été reportée en 2ème cycle, report équivalant à une annulation avec la dissolution de la CORF.

-Les abris poste de commandement sont ainsi composées de tôles métro protégés par une façade rectiligne en béton armé à façace pseudo-bastionnée. En fonction de leur importance, ils disposent de six (PC régimentaires), quatre (PC de bataillon) ou deux (PC de compagnie) alvéoles.

-On trouve également des cuves pour canons de 47mm et de 65mm, positions qui servent avec leurs vieux mais efficaces canons des positions de verrous arrière. Les munitions sont stockées à proximité, des hangars en bois servant à abriter le personnel, abris remplacés en 1948 par des abris légers en tôle métro à l’efficacité limitée pour ne pas dire douteuse.

Tourelle démontable pour mitrailleuse Hotchkiss

Tourelle démontable pour mitrailleuse Hotchkiss

-On trouve également des emplacements pour tourelles démontables. On en trouve trois modèles, le modèle 1935 et le modèle 1937 équipés d’une mitrailleuse Hotchkiss de 8mm (remplacée ultérieurement par une mitrailleuse de 7.5mm) et le modèle 1942 équipée d’un canon de 25mm modèle 1937, 495 tourelles modèle 1937, 250 tourelles modèle 1937 et 300 modèle 1942 ont été produits, étant déployés dans le Nord-Est, dans les Alpes et en Tunisie.

-Plusieurs types d’observatoires ont été réalisés, le plus surprenant étant probablement le modèle voyant l’enterrement d’un char TSF dans une gaine de béton, couplés le plus souvent à un abri bétonné.

Le renforcement des fronts puissants ne pose pas de problèmes, il s’agit de compléter une construction linéaire et d’organiser l’arrière. La situation est différente au nord de Charleville-Mézières où pour des raisons politiques (ne pas mécontenter l’allié belge) aucune réalisation aussi puissante que les ouvrages du Nord-Est n’à été réalisée.

Il est alors prévu de construire des ouvrages fortifiés uniquement lors de l’entrée en guerre, des constructions tactiques destinés à accompagner l’entrée en Belgique des troupes françaises et leur offrir une position préparée en cas de repli.

La menace allemande rend cette conception obsolète surtout qu’à partir de 1936, la Belgique rétablit sa neutralité d’avant 1914 ce qui rend nécessaire la construction de blockhaus et de casemates dès le temps de paix.

L’absence d’autorité coordinatrice comparable à la CORF va provoquer non pas une saine stimulation dans les réalisations mais plutôt une organisation anarchique où la conception d’une région militaire allait en contradiction avec sa voisine. La reprise en main ultérieure par le STG puis par la CEZF limitera les plus gros défauts sans les éliminer vraiment totalement.

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23-Armée de terre Ligne Maginot (13)

Miscellanées : entrées, logements, stockage des munitions……..

Les entrées (1) le Nord-Est

Là encore, l’expérience de la Grande Guerre à influencé la conception des entrées des ouvrages de la ligne Maginot. La bataille de Verdun notamment avait montré l’utilité d’entrées séparées pour les hommes et les munitions ainsi que la nécessité de les camoufler.

Les conceptions initiales prévoient la construction de deux entrées distinctes, l’une pour les hommes (EH) et l’autre pour les munitions (EM), établies selon les règles suivantes :

-Etres suffisamment séparées pour qu’un tir dirigé contre l’une des entrées ne mette en danger l’autre entrée.

-Etres disposées pour qu’elles puissent se surveiller et s’appuyer mutuellement, en principe l’EH se trouvant à l’est et l’EM à l’ouest sauf les cas particuliers du Fermont du Simserhof, du Grand-Hohekirkel et Four-à-chaux.

-Etre situées le plus loin possible de la ligne de feux pour éviter un coup de main ennemi

-Etre sous la protection d’une arme à tir courbe de l’ouvrage

Les entrées vont se diviser en trois catégories principales : entrée des hommes (EH), entrée des munitions (EM) et entrée mixte, les entrées pouvant être de plain-pied, en plan incliné ou en puits.

-L’Entrée des Hommes (EH) comme son nom l’indique est réservée au passage des hommes et sert aussi de prise d’air aux ouvrages. Elle se compose d’un passage en chicane, d’une chambre de tir et d’une ou plusieurs cloches. Dans les ouvrages à magasin M1, elle sert de sortie de secours en cas de destruction de l’EM.

Deux types de façades ont été adoptées : une à façade pseudo-bastionnée et une autre à façade droite avec un créneau mitrailleuse et un créneau FM. Comme les entrées servent de prise d’air, elles sont souvent sur les points hauts pour échapper aux gaz de combat.

Avec leur façades comportant d’énormes ouvertures, les blocs EH sont les plus mal conçus de la fortification CORF car on estime que leur résistance au souffle en cas de bombardement par gros calibre ou bombes d’avion est estimée assez faible. La configuration la plus courante est une entrée en puits.

-L’Entrée des Munitions (EM) est nettement plus imposante que l’EH et pour cause : elle doit laisser passer un véhicule qu’il s’agisse d’un train circulant sur voie de 60 qui pénètre dans l’ouvrage avant d’être déchargé et que des wagonnets du réseau intérieur les amènent aux magasins (type A) ou une entrée ne pouvant recevoir que des camions qui déchargent à l’entrée les munitions qui sont pris en charge par les wagonnets du réseau intérieur.

Chaque entrée à façade pseudo-bastionnée comporte deux chambres de tir, de part et d’autre du passage qui franchit le fossé diamant sur un pont dormant. Elle obturée par une grille à la verticale de la façade et deux portes blindées formant sas.

-L’Entrée Mixte comme son nom l’indique regroupe en un seul bloc une EH et une EM. C’est tout sauf un choix puisque les trois premières réalisées dans le Nord-Est sont mixtes car l’entrée des hommes n’à tout simplement pas été construite.

En 1934, un nouveau type d’entrée mixte tirant partie des enseignements des premiers travaux (notamment dans les Alpes) est conçue pour équiper les Nouveaux Fronts.

-L’entrée mixte «2.0» est une vraie entrée mixte avec sous un même accès, deux chemins un pour les hommes et un pour les munitions. Le passage camions est fermé par une porte à éclipse verticale, une grille et une porte blindée étanche.

Canon antichar de 47mm en position. Le canon est mobile, pouvant être remplacé si nécessaire par un JM

Canon antichar de 47mm en position. Le canon est mobile, pouvant être remplacé si nécessaire par un JM

La défense est assurée face à la route par un créneau pour mitrailleuse et canon antichar de 47mm et en flanquement par deux créneaux pour armes mixtes à savoir une mitrailleuse et un canon de 25mm.

En dépit des améliorations apportées par cette nouvelle entrée, seuls les ouvrages d’artillerie du Chesnois et Velosnes la recevront.

Les entrées (2) les Alpes

Les entrées des ouvrages d’infanterie relèvent de plusieurs types avec pour les ouvrages initiaux une entrée arrière séparée donnant accès aux locaux souterrains et aux blocs de combat. Les ouvrages de barrage ultérieurs ont leur entrée directement dans la casemate active.

Les ouvrages d’interdiction disposent généralement de deux entrées comme les ouvrages du Nord-Est même si pour certains, la deuxième entrée ne sera pas réalisée ou se limitera à une simple porte dans le mur en béton.

Les éléments extérieurs (1) : les cuirassements

Les cuirassements complètent la protection des ouvrages, protection essentiellement composée de béton.

Ces cuirassements sont répartis en trois grandes catégories : les cuirassements formant organes (cloches, tourelles), les cuirassements servant de support à une arme (créneaux, trémies,volets) et les cuirassements servant à obturer un passage (portes blindées, grilles).

Les cloches ne sont pas une création de la ligne Maginot, existant déjà sur les forts de la génération précédente pour l’observation (type Digoin) ou pour la défense (type Pamart). Ils sont généralisés sur les ouvrages de la ligne Maginot en dépit de dimensions rendant malaisé leur camouflage.

On trouve tout d’abord des cloches passives et des cloches actives, les premières étant en fait des prises d’air. Chaque ouvrage en comporte deux, une pour expulser l’air vicié et l’autre pour le renouveler. Quand aux cloches actives, elles ont un doubles rôle à la fois d’observation et de défense rapprochée mais également d’action de flanquement.

Les cloches actives se divisent en plusieurs catégories : cloches GFM, cloches pour mitrailleuses, cloches observatoires et cloches diverses.

-Le premier type de cloche que l’on peut décrire est la cloche GFM ou Guetteur et Fusil Mitrailleur.

C’est le type de cloche le plus courant car présent à un ou deux exemplaires sur l’ensemble des ouvrages, les exceptions étant peu nombreuses (pour le Nord-Est, seuls le Molvange bloc 5, le Hackenberg bloc 1 et le Mont-des-Welches bloc 3 n’ont pas reçu de cloche de ce type).

Cette cloche est équipée en permanence d’un fusil mitrailleur et participe aux tirs de l’ouvrage en cas d’attaque massive de l’ennemie. Elle sert aussi à abriter donc un guetteur chargé de la surveillance générale, du guêt.

Deux modèles ont été réalisé, le modèle 1929 ou type A équipé de trois à cinq créneaux pouvant recevoir un FM et un mortier de 50mm + différents modèles d’épiscopes et de périscopes.

Le deuxième modèle, le modèle 1934 ou type B aux parois plus épaisses et aux épiscopes plus solides, ce modèle étant dépourvu de support pour mortier de 50mm. A noter que quelques cloches type A ont été modifiées en type B.

Cloche pour Jumelage de mitrailleuses (JM)

Cloche pour Jumelage de mitrailleuses (JM)

-Le deuxième type de cloche est la cloche à mitrailleuses, terme qui recouvre trois types différents à savoir la cloche JM (jumelage de mitrailleuses) modèle 1930 avec deux mitrailleuses de 7.5mm utilisables en flanquement ou en tir frontal, la cloche pour armes mixtes modèle 1934 avec un canon de 25mm et un jumelage de mitrailleuses et enfin la cloche JM modifié AM où le jumelage d’origine est remplacé par un trumelage combinant un canon court de 25mm et deux mitrailleuses de 7.5mm, cette modification apportant une défense antichar dans certains intervalles jusque là battus uniquement par des mitrailleuses.

-En ce qui concerne les cloches observatoires, elles se répartissent en deux types, les cloches observatoires à vision périscopique (VP) ou plus nombreuses, les cloches observatoire à vision directe et périscopique.

Cloche à Vision Directe et Périscopique (VDP)

Cloche à Vision Directe et Périscopique (VDP)

-Pour finir, le domaine des cloches diverses, on trouve des cloches lance-grenades destinées
à abriter un mortier qui ne fût souvent jamais installée et enfin la cloche issue de secours.

Les ouvrages alpins utilisent certes les cloches décrites ci-dessus mais en raison des particularités géographiques, ils vont également utiliser des systèmes spécifiques notamment des cloches démontables en deux, trois ou quatre éléments d’une tonne, ces cloches démontables pouvant être à vision périscopique ou à vision directe.

*En ce qui concerne la tourelle, le système choisit pour la ligne Maginot est celui de la tourelle à éclipse, un système tout sauf neuf car déjà présent depuis 1905 sur les forts de Verdun. Les tourelles de la ligne Maginot sont donc une perfectionnement de leurs aïeules de Verdun.

En ce qui concerne les tourelles d’artillerie, quatre modèles existent : la tourelle de 75mm modèle 1933, une tourelle de 135mm modèle 1932, une tourelle de 81mm modèle 1932 et une tourelle de 75mm modèle 1932R alors que les tourelles d’infanterie sont armées uniquement de mitrailleuses sauf certaines équipées de canons de 25mm.

tourelle de 75mm modèle 1932R (Raccourci)

tourelle de 75mm modèle 1932R (Raccourci)

En ce qui concerne les Nouveaux Fronts, les ouvrages sont équipés de tourelle de 75mm modèle 1905R, non installées avant le premier conflit mondial (sur 73 commandées, 16 étant disponibles) et au final cinq tourelles furent installées. Douze tourelles furent modifiées avec un canon de 25mm et un jumelage de mitrailleuses. On trouve également une tourelle pour arme mixte et un mortier de 50mm.

Dans les Alpes, on trouve également deux tourelles de 155L, des tourelles appartenant au vieux fort Suchet et intégré à l’ensemble CORF du Barbonnet. Ces tourelles sont tournantes et non à éclipse.

Afin de conserver aux pièces tout leur champ d’action sans pour autant présenter des ouvertures béantes, il est nécessaire de recourir à un cuirassement spécifique appelé trémie qui obture entièrement la fente faite dans le béton moins la volée ou le canon de la pièce. La trémie apporte une sécurisation accrue et est nécessaire pour améliorer la surpression des ouvrages.

Pour ce qui est des pièces d’artillerie, la technologie choisie est une rotule coulissant dans une embrasure laissant passer la bouche de la pièce pour ce qui concerne les pièces tirant à un angle fixe (mortier de 81mm), les pièces mobiles recevant en plus un tourillonement pour manœuvrer la pièce.

Pour ce qui est des armes d’infanterie, le principe est voisin de celui des pièces d’artillerie mais avec une double différenciation : d’une part les fusils-mitrailleurs sont montés sur une rotule et d’autre part les jumelages de mitrailleuses et les canons antichars sur un créneau mobile s’encastrant dans une trémie en acier mobile. On trouve quatre modèles de trémies, modèles parfois adaptés aux considérations particulières de la géographie alpine.

*La fermeture des ouvrages et aux galeries est assuré par trois types de «portes» : les portes grilles, les portes étanches et les portes blindées non étanches. Ces deux dernières catégories se subdivisent également en deux variantes : portes roulantes et portes à gonds.

Pour simplifier, on peut dire que les grilles sont situées en façades d’ouvrages pour remplir un rôle de prise d’air. Elle évite une prise par surprise des accès tout en laissant parler l’air frais. Les portes blindées étanches sont munies d’un joint en cuir dont la compression est obtenue par serrage de verrous à excentriques. C’est une notice de janvier 1931 intitulée «Fermeture et défense des galeries donnant accès aux ouvrages de fortification» qui décrit les différentes portes de la Ligne Maginot.

-En ce qui concerne l’Entrée des Munitions (EM), elles sont fermées d’abord par des grilles à quatre vantaux (ouvrages de la première tranche) ou deux vantaux (autres ouvrages). Les portes étanches (2.50 ou 3.00×3.07m) sont au nombre de deux, formant SAS, leur taille variant en fonction du type d’entrée (type A ou type B)

-En ce qui concerne l’Entrée des Hommes (EH), cette dernière est barrée successivement par une grille en façade et une porte blindée étanche au fond d’un couloir en chicane. La largeur des couloirs variant, il existe deux types de grilles, la grille G type 9 (1.50m x1.95m) et la grille G type 9ter (1.00m x1.95m).
Pour ce qui est des portes étanches, il existe logiquement deux modèles, la porte G type 4 bis (1.50m x1.95m) et la porte G type 4ter (1.00 x1.95m).

-Pour les casemates, la disposition varie en fonction du type de casemate. Ceux des Anciens Fronts disposant d’une porte blindée étanche et d’une porte blindée non étanche alors que ceux des Nouveaux Fronts disposent d’une grille et d’une porte blindée étanche.

-Les galeries souterraines sont également équipées de portes blindées non étanches alors que les issues de secours sont fermées par une grille et une porte étanche.

Les dessous de la Ligne Maginot (1) : le stockage des munitions

Tout comme les entrées, l’aménagement des organes souterrains à tiré pleinement les leçons des bombardements du premier conflit mondial, la neutralisation des ouvrages de Liège et de Verdun étant encore dans tous les esprits. Parfaitement aménagées, aérées et ventilées, elles doivent protéger l’équipage des bombardements.

Le stockage des munitions a toujours été un problème vital de la fortification car il faut répondre au double problème d’avoir des munitions à proximité immédiate des pièces et les soustraire aux bombardements adverses. Dans les ouvrages CORF, le problème est résolu par la création de trois magasins différents : M1,M2 et M3.

Le magasin M1 situé non loin de l’entrée munitions est le magasin principal de l’ouvrage dans lequel sont stockées les différentes munitions dans des galeries généralement parallèles à la galerie principale avec une galerie extérieure en fer à cheval et des niches para-souffle situées aux extrémités de chaque cellule.

Douze ouvrages seulement seront équipés d’un magasin type M1 mais ne présentent pas le même état d’achèvement avec neuf cellules (Hackenberg), sept (Hochwald Simserhof), six (Métrich et Molvange), cinq (Bréhain, Rochonvilliers, Anzelig et Latiremont), trois (Fermont et Soetrich) et deux cellules (Galgenberg).

Le magasin M2 est un local plus spécialisé puisqu’il ne contient que les munitions propres à un bloc de combat. Il est situé au pied même des blocs de combat et se compose généralement de deux cellules séparées.

Les ouvrages d’artillerie ne possédant pas de magasin central M1 (dix dans le Nord-Est) comportent des magasin M1-M2 (cellule M1 : munitions en caisses, cellule M2 : munitions en châssis).

Le magasin M3 consiste en des armoires métalliques ou en bois, situées à proximité immédiate des pièces et servant de réserve pour le cas où l’approvisionnement viendrait à cesser. Les tourelles de 75mm disposent ainsi d’une réserve de 600 coups.

En outre, chaque bloc d’infanterie (d’un courage ou d’un PO) dispose d’un local souterrain, situé au pied de la cage d’escalier, où sont entreposées les caisses de cartouches.

Les dessous de la Maginot Line (2) : l’usine et les filtres

Pour que le fonctionnement de tous les matériels mis en oeuvre dans les ouvrages soit assuré en permanence, il est prévu que tous les ouvrages disposent d’une source d’alimentation propre constituée par un groupe de moteurs diesels destinés à produire le double de l’énergie nécessaire à chaque ouvrage.
Vous ne serez pas étonnés d’apprendre que ces installations sont regroupés à proximité de l’Entrée des Hommes pour faciliter l’évacuation des gaz d’échappements. C’est également à proximité de l’EH que sont implantés les filtres destinés à éviter que l’air vicié par la fumée des bombardements et les gaz de combat n’empoisonnent l’équipage.

Les dessous de la Maginot line (3) : les logements, les cuisines, les sanitaires et les installations sanitaires

Comme les entrées et les galeries, les logements des équipages de la Ligne Maginot sont particulièrement soignés car les fantassins comme les artilleurs ou les sapeurs doivent pouvoir y vivre plusieurs semaines voir plusieurs mois dans des conditions confortables. Là encore, il est sur que l’expérience des tranchées à inspiré la CORF dans la conception des ouvrages.

Deux types principaux de casernement sont proposés par la CORF : des casernements parallèles à la galerie de l’Entrée des Hommes et un casernement dans l’angle des galeries de l’EH et de l’EM. Si le Nord-Est voit les casernements être des deux types, ceux des ouvrages alpins sont exclusivement du premier type.

Les chambres pour la troupe et les sous-officiers sont assez exiguës puisque conçues pour 18 hommes elles en accueilleront jusqu’à 32 ! Le principe de deux couchages pour trois hommes est retenu comme dans la marine ce qui explique peut être pourquoi dans les ouvrages des Nouveaux Fronts certaines chambres sont équipées de hamacs.

A ces logements s’ajoute naturellement des sanitaires (douches et latrines), des locaux de service général (poste de garde, salle de service et locaux disciplinaires) et les locaux annexes (magasins….)

Le casernement des officiers sont naturellement de taille plus réduite et comprennent une chambre pour le commandant d’ouvrage, un bureau, un poste téléphonique, des chambres (individuelles ou non), une salle de réunion servant aussi de mess, des sanitaires et des latrines.

L’infirmerie à pour mission d’assurer les premiers soins voir quelques interventions d’urgence, elle comporte des locaux techniques (salle de triage, salle de pansement, salle d’opération, pharmacie et bureau), diverses salles d’hospitalisation (chambres pour malades et pour blessés graves), des locaux destinés au personnel médical (chambres et magasins) et des locaux d’hygiène.

Rattachée à l’infirmerie mais dotée d’une entrée indépendante, une installation pour la désinfection des hommes atteints par gaz vésicants est prévue. Elle se compose d’une salle d’attente et de triage, d’une salle de déshabillage, d’une salle de douches, d’une salle de rhabillage et de bacs pour le stockage des effets souillés.

Dans les locaux destinés à l’alimentation, on trouve les cuisines troupes et officiers, divers magasins, une laverie, une réserve de vivres dite de sûreté (autonomie 45 jours). Si les officiers disposent d’un mess, les hommes de troupes doivent manger dans les blocs de combat et sur des tables rabattables dans les galeries. L’approvisionnement à également été soigné tant pour l’eau de boisson que pour le refroidissement des armes.

La majorité des gros ouvrages et quelques ouvrages de plus petite dimension sont équipés d’une issue secrète réalisée généralement par utilisation d’un puits de service. Cette issue secrète qui se greffe sur un des locaux de l’arrière (égout, galerie…..) débouche à l’air libre dans une zone discrète, située généralement entre les entrées et les blocs de combat.

Comme nous l’avons fait remarquer plus haut, la construction des galeries à été particulièrement soignée. Ces galeries servent à la circulation des hommes, des véhicules et supportent conduits d’évacuation des eaux usées, gaines électriques et téléphoniques………… . Ces galeries sont classées en sept types différents :

-Type I (H = 3.50m Largeur = 3.30m): galeries où peuvent circuler les trains utilisant le réseau ferré de 60 extérieur. Pas d’équipement électrique, garages en alignements droits ou en courbe.

-Type II (H = 3.35m Largeur = 3.05m) : galeries où peuvent circuler du matériel léger pour alimenter des pièces d’artillerie. Garages en alignements droits ou en courbe

-Type III (H = 3.10m Largeur = 2.15m): galeries où peuvent circuler du matériel léger pour alimenter des pièces d’artillerie. Garages en alignements droits ou en courbe

-Type IV (H = 3.10m Largeur = 1.65m) : galeries où peuvent circuler du matériel léger pour alimenter les ouvrages d’infanterie ou comme galeries principales pour les petits ouvrages. Garages en alignements droits uniquement.

-Type V (H = 2.50m Largeur = 1.50m): galeries desservant des antennes à faible circulation et comportant une voie de 60. Elles disposent d’un garage en cul de sac pour un wagonnet et des niches d’abri pour piéton

-Type VI (H = 2.35m Largeur = 1.20m): galeries desservant des antennes à faible circulation sans voie de 60. Pas de garages mais des niches à chariots ou à piétons.

Naturellement la défense de ces galeries est prévue. Pour contrer un coup de main ennemi qui aurait réussi par surprise à s’emparer des entrées, on trouve une porte blindée défendue par un blochkaus de défense intérieure avec un FM, la porte étant équipée également de créneaux de défense rapprochée.

Si l’ennemi est parvenu dans les galeries en neutralisant les blocs de l’avant, l’objectif est de stopper sa progression tout en ménageant la possibilité de reprendre la position. On trouve donc une porte blindée, des niches à mines qui en explosant bloque sa progression tout en limitant les dégâts pour ne pas empêcher la réutilisation ultérieure de la position.

23-Armée de terre Ligne Maginot (10)

C-La Ligne Maginot en détails

Panorama général des ouvrages de la Ligne Maginot

Casemate CORF de Rountzenheim sud

Casemate CORF de Rountzenheim sud

Avant d’aborder les travaux complémentaires menés durant la guerre de Pologne et poursuivis régulièrement jusqu’au début du second conflit mondial (septembre 1948), il m’à semblé important de réaliser un panorama général des différents types d’ouvrages de la ligne Maginot, des ouvrages ultra-modernes, fierté du CORF et du Service Technique du Génie qui inspirèrent notamment certains ouvrages tchèques construits malheureusement pour eux dans la région des Sudètes.

Qui dit panorama général dit description succinte. Il ne s’agit pas de détailler la conception des ouvrages aussi fidèlement que la remarquable série de livres sur les Hommes et les Ouvrages de la Ligne Maginot mais plutôt de donner un ordre d’idée, un aperçu des ouvrages qui vont jouer un rôle capital dans le conflit à venir.

Les conceptions de base de la ligne Maginot sont comme toutes les lignes fortifiées depuis l’apparition des armes à feu : barrer et appuyer. Barrer les voies d’invasion par des ouvrages fortifiés équipés généralement d’armes légères et appuyer ces ouvrages à l’aide de casemates plus puissants équipés de pièces d’artillerie.

Il faut aussi observer et abriter. Observer les unités ennemies, les unités assaillantes pour permettre aux ouvrages de diriger leur feu à bon escient et renseigner le haut commandement sur l’axe général de la progression ennemie. Abriter les unités mobiles chargées de contre-attaquer et dégager les ouvrages menacés et/ou encerclés.
Tirant la quintescence des fortifications existantes et de l’expérience du premier conflit mondial, les plans dressés par la CORF sont théoriquement cohérents mais la réalisation va gâcher ces beaux plans en raison de l’explosion des coûts et des réductions budgétaires qui vont obliger la CORF à des choix déchirants.

La CEZF tentera bien de corriger le tir mais bien que puissante, la Ligne Maginot de 1948 le sera beaucoup moins que si les plans d’origine avaient été respectés qu’il s’agisse du respect des intervalles pour réaliser des feux croisés ou l’installation de canons longue portée de 145mm d’une portée de 30km.

Les organisations d’intervalles (1) : La Casemate CORF

C’est l’élément de base de la ligne Maginot. Sa date naissance peut être fixée au 3 avril 1929. Elle doit normalement être disposée tous les 1200m, la portée utile des mitrailleuses. La construction s’étalant dans le temps et la géographie aidant, la casemate CORF va connaître plusieurs évolutions et plusieurs variantes.

A l’origine, dans ce qu’on appelle les anciens fronts, la casemate de la Commission d’Organisation des Régions Fortifiés (CORF) se décline en deux versions (notices des 30 juillet 1929 et 23 juillet 1930) :

-Les casemates simples qui voit deux casemates installés en opposition avec une chambre de tir équipée de deux fusils mitrailleurs et une cloche GFM (Guetteur et Fusil-Mitrailleur) équipé donc comme son nom l’indique d’un fusil mitrailleur, ces deux ouvrages sont parfois reliés par une gaine bétonnée souterraine.

Cloche GFM en position

Cloche GFM en position

-Les casemates doubles comprenant comme leur nom l’indique deux chambres de tir équipées chacune de deux mitrailleuses disposées en opposition et une ou deux cloches GFM.

-Un modèle particulier est prévu pour la berge du Rhin (notice du 11 octobre 1929).

-Un deuxième modèle particulier est construit dans le Nord, une casemate à créneaux décalés (notice du 5 mars 1931)

A partir de 1931, le retour d’expérience des premières construction et la mise au point de la cloche pour mitrailleuse impacte la construction des casemates, l’invention de la cloche à mitrailleuse offrant de nouvelles possibilités permettant à une même arme de réaliser des tirs frontaux et de flanquements. Cela nous donc le panorama d’ouvrages suivants :

-Casemates simples à une chambre de tir à deux mitrailleuses et une cloche de mitrailleuses en opposition.

-Casemates simples à une chambre de tir à deux mitrailleuses et une cloche de mitrailleuses en action frontale.

-Casemates simples à une chambre de tir équipée d’une mitrailleuses et une cloche de mitrailleuses en juxtaposition, soit sur l’orillon, soit à côté de la chambre de tir.

-Casemates cuirassés (notices du 28 janvier 1931) équipés uniquement d’une cloche GFM et d’une ou deux cloches de mitrailleuses.

A partir de 1934 dans ce qu’on appelle les Nouveaux Fronts, on réalise des casemates simples, doubles ou cuirassés aux formes plus fuyantes et un armement étoffé par rapport aux casemates de première génération.

L’armement de ces casemates se compose le plus souvent pour une chambre de tir d’un ou deux jumelages de mitrailleuses, d’un canon antichar (37 ou 47mm), d’un créneau FM (fusil mitrailleur) de défense rapprochée et d’une goulotte lance-grenades (ou d’un créneau FM de pied pour les casemates de première génération).

En défense de l’entrée, on trouve un créneau FM, un FM sur porte et une goulotte lance-grenades (ou créneau de pied pour FM) et sur le dessus, différentes cloches.

Créneau JM (Jumelage de Mitrailleuses)

Créneau JM (Jumelage de Mitrailleuses)

Un exemple valant mieux qu’un long discours, le casemate de Tressange (SF de Crusnes) dispose d’un canon antichar de 47mm, de six mitrailleuses MAC 1931 de 7.5mm (quatre sous béton et deux sous cloche), quatre fusils-mitrailleurs MAC modèle 1924/29 de 7.5mm (deux sous créneau de défense rapprochée , un sous-cloche et un de défense de porte), un mortier de 50mm modèle 1935 sous cloche et deux goulottes lance-grenades.

Comme je l’ai indiqué dans la présentation, l’intervalle entre les casemates CORF doit être de 1200m mais avec les restrictions budgétaires vont souvent porter cet intervalle à 2000m soit la limite de portée utile des mitrailleuses.

Ces casemates sont également conçus pour être autonomes. Elles doivent pouvoir continuer le combat même après avoir été encerclées.

On trouve généralement un premier étage dit de combat et un étage situé juste en dessous pour la vie de l’équipage qui dispose de commodités confortables, les conditions de vie épouvantables du commandant Raynal et de ses hommes à Douaumont encerclés par les allemands en 1916 servant de repoussoir à une quelconque négligence dans ce domaine.

Chaque casemate CORF est servit par une trentaine d’hommes commandés par un lieutenant ou un adjudant-chef avec une réserve en munitions abondante avec 600 obus par pièce antichar, 40000 cartouches par jumelage de mitrailleuses, 10000 coups par fusil-mitrailleur installé en cloche GFM et 1000 coups par fusil-mitrailleur pour la défense des entrées, 240 grenades F1 et 1000 bombes de 50mm.

Comme je l’ai mentionné plus haut, aux casemates standards s’ajoute des casemates adaptées aux réalités du terrain.

Le premier exemple est représenté par les casemates spéciales des berges du Rhin. Ces casemates ont d’ailleurs d’abord été conçus par les directeurs du génie de Belfort et de Strasbourg avant que la CORF ne reprennent les choses en main (Décision Ministérielle du 11 février 1931).

On trouve sur la berge, les pieds dans l’eau, des casemates type M 1 P (simples) ou M 2 P (double) ainsi que du type M 1 F (simple) ou M 2 F (double).

Ces casemates non protégés par la rocaille se révéleront très vulnérables aux tirs directs depuis la rive allemande.

Sur la ligne des villages (3ème ligne), outre des casemates type M 2 F, un type de grosse casemate double à un seul étage appelé SFBR ou Secteur Fortifié du Bas-Rhin.

Autre cas particulier, le secteur des Basses-Vosges. Le terrain ne se prêtant pas à l’implantation des volumineux casemates, le CORF dessine un Blockhaus CORF de dimensions plus modestes (notice du 17 mars 1931), ces blockaus étant armés d’une ou deux cloches GFM, un deux voir quatre créneaux pour fusils-mitrailleurs ou mitrailleuses mais huit des dix-sept blockaus construits ne disposent que de fusils-mitrailleurs et les neuf autres sont équipés d’un jumelage muni d’une mitrailleuse de 7.5mm et d’une arme antichar, une……….mitrailleuse de 13.2mm.

Autre cas particulier, le blockaus de Sentzich (SF de Thionville) situé entre le village et la Moselle avec un créneau unique jumelant une mitrailleuse de 7.5mm et un canon antichar de 47mm, ce cas particulier l’étant beaucoup moins en 1948 qu’en 1939.

Les organisations d’intervalles (2) : les abris

Comme je l’ai précisé plus haut, il faut pouvoir disposer de troupes capables de contre-attaquer pour dégager les ouvrages menacés d’être débordés ou encerclés. Il faut aussi pouvoir abriter les poste de commandement.

D’où la réalisation d’abris inspirés de ceux du premier conflit mondial, abris capables d’accueillir un ou deux sections (voir exceptionnellement une compagnie) ou un PC que l’on peut classer en deux catégories, les abris-cavernes situés comme leur nom l’indique sous-terre à des profondeurs variant de -8m en sol rocheux et jusqu’à -20m en sol argileux et les abris de surface appelés aussi abris bétonnés qui se composent d’un gros bloc bétonné à deux entrées.

Comme deuxième ligne de défense de Rhin, on trouve une version très allégée de l’abri bétonné réalisée selon des plans et des moyens locaux.

L’abri A1 peut abriter une section et si il est muni d’une cloche, il reçoit l’appelation A1 CL, l’abri A2 peut abriter deux sections et devient l’abri type A2 CL quand il est muni d’une cloche.

Même chose pour l’abri A3 (trois sections) qui muni d’une cloche devient donc l’abri type A3 CL.

La défense rapprochée de ces abris est assurée soit par des FM en créneaux ou donc par des cloches GFM.

Ces abris entièrement passifs ne s’intègrent donc pas à la ligne de feu même si il existe des exceptions en fonction de conditions locales particulières.

Les organisations d’intervalles (3) : les observatoires

Barrer une voie d’invasion à l’ennemi c’est bien, pouvoir dégager rapidement des casemates menacés c’est bien mais sans capacité d’observation cela ne sert à rien. D’où la réalisation d’ouvrages spécifiquement conçus pour observer les mouvements ennemis.

On trouve deux types d’ouvrages d’observation : les observatoires d’ouvrage dôtés d’une cloche observatoire à vision directe et périscopique et les observatoires d’intervalles implantés sur les hauteurs en retrait de la ligne de feu, équipés d’une cloche observatoire à vision périscopique.

L’observatoire type est un bloc bétonné comportant le plus souvent une cloche d’observation et une cloche GFM, équipé du téléphone pour régler le tir des différents ouvrages du secteur. Un total de dix sept observatoires isolés seront réalisés dont quatorze pour le seul front Nord-Est, reliés à leur ouvrage de rattachement par un poste radio-émetteur.

Comme toujours, il y à des exceptions comme des ouvrages situés très loin en avant de la ligne de feu ou des observatoires mieux armés que d’autres pour participer à la ligne des feux. La construction de certains observatoires ayant été ajournés, on assistera à la construction entre 1935 et 1939 d’observatoires de campagne et à l’équipement de cloches GFM avec des périscopes.

23-Armée de terre : Ligne Maginot (1)

23°) La Ligne Maginot

Carte de la défense des frontières françaises en 1939-40

Carte de la défense des frontières françaises en 1939-40

Protéger la frontière du nord-est où la genèse de la Ligne Maginot

En 1919, la France sort victorieuse mais épuisée du premier conflit mondial. Un profond pacifisme se dévellope et même si on crit «L’Allemagne paiera», on craint une attaque brusquée de la Reichwehr qui bien que ne disposant que de 100000 hommes pourraient menacer la frontière du nord-est surtout une fois la Rhénanie démilitarisée évacuée par la France ce qui était à l’époque prévu pour 1934.

A l’époque, la meilleure façon de protéger une frontière c’est de la fortifier mais comment ? Une fortfication permanente et théoriquement infrachissable ou des fortifications de campagne ?

Il existe bien le système Serré de Rivière mais ce système qui comprend des forts principaux à Verdun, Toul, Epinal, Belfort et Langres est non seulement vétuste et protège la frontière de 1871.

Quand aux fortifications allemandes de Thionville, de Metz et de Strasbourg, elles pourraient servir même si cela n’est pas évident de prime abord;

Imaginer un nouveau système fortifié n’est guère aisé dans cette période d’après guerre en raison non seulement des difficultés économiques mais également du scepticisme de glorieux généraux du premier conflit mondial comme le général Guillaumat ou le maréchal Foch, généralissime des armées alliées.

Le 5 mars 1920, une première instruction (instruction Lefèvre du nom du ministre de la Guerre) est publiée pour envisager les futurs champs de bataille de l’armée française et d’éventuelles fortifications.

Le 17 mai 1920, le Conseil Supérieur de la Guerre (CSG) demande à certains généraux de mener des études concrètes sur la défense des frontières, études qui aboutirent deux ans plus tard, le CSG commençant à étudier ces propositions à partir du 22 mai 1922.

Se sentant incompétent, le CSG décide de créer au mois de juin 1922 la Commission chargée des études d’organisation de la défense du territoire placée sous l’autorité du maréchal Joffre. Cette commission se dissout cependant quinze jours après sa création.

Le 3 août 1922, la Commission de défense du territoire (CDT) est créée sous la présidence du général Guillaumat. Après seulement deux séances, elle rend son rapport le 27 mars 1923. Pendant deux ans rien ne se passe.

Le 31 décembre 1925, le ministre de la Guerre, Paul Painlevé créé la Commission de Défense des Frontières (CDF) avec à nouveau le général Guillaumat. Cette commission comme son nom l’indique doit réaliser et non réfléchir, décide de choisir un système de fortification permanent neuf tout en intégrant certaines fortifications plus anciennes comme Metz et Belfort.

Cette commission définit un certain nombre de Régions Fortifiés : RF de Haute-Alsace ou Belfort, RF de Lauter-Basse Vosges, RF de Metz,Thionville et Longwy, des intervalles n’étant pas strictement défendus mais seront couverts (Le Rhin et l’intervalle entre la RF-Lauter et la RF Metz,Thionville et Longwy).

Cependant en 1927, tout est encore loin d’être arrêté. Le maréchal Petain est sceptique sur la possibilité que le Parlement accorde les importants crédits nécessaires. Il réclame un projet plus simple et moins coûteux, plus proche des fortifications de campagne que des forts du 19ème siècle.

Cependant en 1927, Paul Painlevé presse le pas, créant l’Inspection Technique des Travaux de Fortifications (ITTF) et la direction et chefferies de travaux, deux organes dont la création est suivie par celle le 30 septembre 1927 de la Commission d’Organisation des Régions Fortifiées (CORF) qui dépend du ministre de la Guerre et de lui seulement.

La réalisation entre dans sa phase active en 1929, une loi programme est votée le 28 décembre 1929 sous l’impulsion du ministre de la guerre André Maginot. Décédé en 1932, il donnera son nom à cette ligne fortifiée, éclipsant le rôle de son prédécesseur Paul Painlevé.

André Maginot

André Maginot

Les travaux vont être menés avec régularité durant les années trente, des travaux complémentaires seront menés également durant la guerre de Pologne, des ouvrages tactiques destinés à améliorer la défense des approches sur le front Nord-Est mais également de la défense de la frontière belge.

A-Chronologie étoffée de la construction de la ligne Maginot et de ses extensions (1929-40)

Le Nord-Est

Le programme de construction décidé en 1927 et approuvé par le CSG prévoit l’étalement des travaux sur cinq ans (1929-1934) pour un budget initial de 3760 millions réduit à 2900 millions, montant définitivement enteriné le 14 janvier 1930.

Cependant les travaux ont commencé dès le 4 septembre 1928 (ouvrage de Rimplas dans les Alpes Maritimes) alors que les plans définitifs ne sont pas arrêtés mais à l’époque, les discours irrédentistes de Mussolini réclamant Nice et la Savoie inquiètent.

Le Front Nord-Est est privilégié, en 1930 sont lancés des travaux concernant le tronçon central de la RF de Metz, les tronçons initiaux de la RF Lauter ainsi que les ouvrages de «campagne» défendant le Rhin.

Dès le début des travaux, on assiste à des dérapages financiers ce qui entraîne notamment l’abandon d’ouvrages à tourelles d’artillerie qui auraient donné un punch impressionnant à la Ligne Maginot qui aurait pu recevoir des canons de 145mm (autres calibres étudiés : 138mm, 155mm et 240mm). Cette carence sera compensée par le déploiement de l’ALVF.

Les dérapages financiers vont handicaper la deuxième tranche des travaux lancé à partir de 1931 qui bénéficie néanmoins de l’expérience acquise ce qui accélère certains travaux mais en reporte certains……. .

Durant cette deuxième phase on étend la RF de Metz, la RF de Lauter sans oublier la construction d’une troisième ligne de défense sur le Rhin. A noter que si les deux premières lignes avaient été construite sous la direction des autorités locales, la troisième est construite sous l’autorité du CORF.

C’est également à cette époque que l’on se pose les questions de la protection de la frontière Nord qui jusque-là devait se faire dans les plaines belges ce qui rend en théorie inutile des ouvrages fortifiés.

Cependant les élus locaux s’inquiètent et leur influence relayée par le président du Sénat Albert Lebrun est payante, douze casemates doivent être construits dans la forêt de Raismes (au nord ouest de Valenciennes) et dans la forêt de Mormal (au sud-ouest de Maubeuge) mais ces travaux prévus en 1931 sont reportés en deuxième urgence.

La première loi-programme s’achève donc en 1934. Aux 2900 millions initialement approvisionnés se sont ajoutés d’autres crédits portant le budget total et final à 3442 millions mais le programme initial est loin d’avoir été terminé, des ouvrages supprimés et le tronçon Rorbach-Sarre reporté en dépit de son caractère sensible et stratégique.

Une deuxième loi-programme est votée le 6 juillet 1934 qui prévoit 1275 millions de francs pour de nouveaux travaux mais également des travaux reportés de la première phase. Hélas pour la solidité de la Ligne, seule l’extension de la RF Lauter est financée et réalisée mais sous une forme réduite.

A cette même époque, le CORF commence l’amorce d’une extension de la ligne fortifiée vers le Nord plus par la pression politique locale que sous une réelle nécessité car à l’époque (1934), la Belgique est notre allié (ce n’est qu’en 1936 qu’elle rétablira sa neutralité).

Ce deuxième cycle appelé également «Nouveaux fronts» (par opposition aux «Anciens fronts» de 1929-34) va être gêné par des restrictions budgétaires liées notamment à la crise économique. Il faut faire mieux avec moins ce qui ressemble à une vraie quadrature du cercle.

Un projet ambitieux de défense de la frontière Nord est proposé en septembre 1932, un projet prévoyant de protéger les môles de Maubeuge, Baval et l’Escaut à l’aide de cinq ouvrages d’artillerie, quelques petits ouvrages et une ligne d’une trentaine de casemates.

Ce projet est repris en 1934 sans le môle de Baval mais cet ambitieux projet se fracasse sur la réalité et sont simplement réalisés de petits ouvrages. Pour ne rien arranger, les ouvrages de la forêt de Mormal et de Raismes sont hors de la ligne de défense. Le budget de 150 millions est légèrement dépassé (162 millions).

Entre les Anciens Fronts et cet embryon de fortification, le CORF réalise un secteur fortifié à Montmédy qui sera d’une efficacité douteuse car la trouée de Marville située à l’est n’est pas couverte.

En 1935, Jean Fabry chaud partisan de la fortification devient ministre de la Guerre et le CORF espère de nouveaux crédits pour améliorer les Nouveaux Fronts mais au lieu de nouveaux crédits, la CORF est dissoute le 31 décembre 1935, des délégations locales continuant le suivit des travaux à terminer.

Cela ouvre une troisième phase de travaux mais ces travaux seront uniquement des travaux complémentaires qui vont se poursuivre sans centralisation jusqu’au printemps 1940 après donc la fin de la Guerre de Pologne (1er septembre-15 décembre 1939).

Le 18 janvier 1935, un premier coup de semonce avait été donné au CORF. Le nouveau chef d’état-major général de l’armée, le général Gamelin refuse toute nouvelle construction fortifiée majeure, estimant qu’il est temps de passer aux fortifications de campagne, fortifications prévues par le CORF en complément des gros ouvrages et non comme éléments principaux.

La dégradation du contexte international entraîne donc une reprise des travaux avec des petits ouvrages qui ont la préférence aussi bien du Front Populaire que d’Edouard Daladier. Pour la gestion des travaux, il est prévu de la confier aux commandants des régions militaires qui vont bénéficier pour la réalisation de la MOM (Main d’Oeuvre Militaire).

On cherche à obtenir un front continu, un front continu et profond pour empêcher l’ennemi de percer et d’exploiter sa percée.

A priori, cela n’est pas négatif mais dans la réalisation, cela va se révéler assez préjudiciable avec une absence de coordination entre régions militaires et des fortifications de campagne parfois seules dans certains secteurs notamment le long de la frontière belge.

Fort heureusement, la guerre de Pologne ne voit aucune attaque majeure à l’ouest, les escarmouches n’opposant que les corps francs et les unités avancées de l’armée allemande au delà des ouvrages fortifiés.

En mars 1938, le général Griveaux, chef de l’Inspection générale du génie et des fortifications établit un état des organisations défensives construites sous l’autorité des régions militaires. Cet état montre l’hétérogénéité des constructions qui si pour certaines sont très intéressantes, d’autres ont une valeur militaire très faible.

La crise des Sudètes réglée par les accords de Munich provoque un électrochoc en France, la Tchécoslovaquie ne pouvant plus jouer un rôle de menace pour l’Allemagne.

Les programmes de fortifications sont accélérés et au front continu «bête et méchant», on préfère un système de môles capable de se replier sur lui même et de permettre une reconstitution ultérieure d’un front défensif.

En octobre 1938, on dessine cinq môles de résistance. La 1ère armée doit s’appuyer sur celui de Maubeuge, l’armée des Ardennes sur les môles de Revin et de Mezière, la 2ème armée le môle de Sedan-La Mazée et celui de Mouzon, la 4ème armée le môle du seuil de Cappel et la 8ème armée ceux de Sungdau, Lormont, Saint-Hippolyte, Morteau et Pontarlier).

Pour la constitution de ces môles, on renonce aux ouvrages CORF (temps, nécessite de former de nouvelles unités de forteresse) au profit d’ouvrages STG (Service Technique du Génie) qui doivent être occupés par des bataillons de mitrailleurs ou par des grandes unités formées à la mobilisation.

Hélas, ce beau projet est mal appliqué par le général Prételat qui va préférer homogénéiser les fortifications de campagne plutôt que ce concevoir des môles aptes à la défense en profondeur.

La guerre de Pologne surprend la ligne Maginot en plein travaux. En réalité, les travaux ne vont jamais vraiment cesser jusqu’en septembre 1948…….. .

La mobilisation de septembre 1939 impacte l’aménagement des lignes fortifiées. Les unités en ligne consacrent une bonne part de leur temps aux travaux d’aménagement complémentaires. Ces travaux peuvent être résumés de la façon suivante :

-Sur la frontière Nord, une série de casemates STG de différents types sur les positions de Trélon, d’Hirson et de Rocroi, la tête de pont de Charleville et le secteur de Sedan

-Sur la position avancée de Longwy, amorce d’une ligne de bloc contournant la localité.

-Dans la Sarre, la réalisation de différents blockaus STG

-Le clou de ce programme est cependant une seconde ligne de défense destiné à offrir de la profondeur aux fronts allégés du Nord et de la Sarre. Cette ligne est baptisée Ligne CEZF (Commission d’Etudes de Zones Fortifiées), cette dernière étant considérée comme un chaînon manquant entre les fortifications de campagne et les ouvrages du CORF.

Les travaux du CEZF qui inspireront d’autres travaux à la frontière nord ne seront cependant pas achevés avant 1945. A noter que certains ouvrages reportés par le CORF dans le cadre de choix budgétaires seront réalisés mais souvent sous une forme simplifiée.