22-Armée de terre : armement et matériel (33)

J-Chars lourds

Préambule

Après les sanglants combats de l’été 1914, l’échec du plan XVII en Alsace et en Lorraine, le «miracle de la Marne» ou la tentative de course à la mer, le front occidental se stabilise sur 700km de la mer du Nord à la frontière suisse. La guerre des tranchées avait débuté……. .

En dépit du retour d’expérience des premiers combats, le haut commandement tant français qu’anglais cherchait la percée au travers d’offensives frontales couteuses qui se brisaient sur les barbelés et le tir des mitrailleuses allemandes.

Le terrain bouleversé par l’artillerie, les barbelés et les tranchées rendait la percée illusoire voir impossible sans un véhicule adapté. C’est dans ces conditions que naquit le projet de cuirassé terrestre, les anglais lui donnant le nom de «tank» (réservoir) pour dissimuler sa vraie nature aux espions allemands.

Char Saint Chamond

Char Saint Chamond

La rencontre entre le général Estienne et l’ingénieur Brillé de Schneider le 20 décembre 1915 marque le début de l’histoire du cuirassé terrestre symbolisé par le Schneider CA-1 et par le Saint Chamond, deux modèles ratés de chars dont l’utilisation révélera un grand nombre de défauts techniques, ouvrant la voie au char léger Renault FT.

En dépit du succès du «char de la victoire», la France et le général Estienne n’ont pas renoncé au char lourd, l’estimant nécessaire pour percer le front, la petite merveille de Louis Renault étant faite pour accompagner l’infanterie, pas pour obtenir la percée.

Suivant l’exemple des anglais qui avaient confié à l’Amirauté la construction de leurs cuirassés terrestres, la France fait de même avec les Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM) qui propose le FCM 1A, un char de 41.4 tonnes à tourelle biplace armé d’un canon de 47mm puissant.

Char de forteresse ou de percée FCM 2C

Char de forteresse ou de percée FCM 2C

En dépit de ses qualités, ce char ne dépassera pas le statut de prototype, le général Estienne préférant le FCM 2C plus lourd qui n’arrivera qu’après la fin du premier conflit mondial, empêcha la France d’utiliser un char lourd de conception nationale de bonne qualité tout comme les chars lourds commandés à la Grande Bretagne (MkV*) ou dont la construction était prévue pour les alliés (MkVIII Liberty).

Le programme de janvier 1921 définit trois catégories de chars : un char lourd de rupture symbolisé par le monstrueux FCM 2C construit à dix exemplaires, un char de bataille et un char léger d’accompagnement, le Renault FT en attendant un probable successeur, les technologies évoluant tellement vite que le char de la victoire va vite être dépassé.

Le programme du char de bataille va aboutir au char B1 davantage connu par ses variantes B1bis et B1ter qui après avoir été conçus pour combattre au sein de BCC indépendants vont intégrer les Divisions Cuirassés pour obtenir la percée tant espérée durant le premier conflit mondial.

Le monstrueux ARL-44 à canon de 90mm, la future terreur des chars allemands

Le monstrueux ARL-44 à canon de 90mm, la future terreur des chars allemands

Lui succédera l’ARL modèle 1944 bénéficiant de l’étude B-40, un char de bataille de 50 tonnes armé d’un canon de 90mm en tourelle, le plus puissant char d’Europe, le Tigre allemand n’ayant qu’un canon de 88mm.

A ces chars lourds intégrés aux Divisions Cuirassés ou formant des bataillons de quartier général, on trouve une poignée de chars d’attaque des fortifications déployés par le 51ème Bataillon de Chars de Forteresse.

Renault B1 B1bis et B1ter

Une mise au point interminable

Jusqu’à sa mort survenue en 1936, le général Estienne lutta contre une image d’Epinal lui collant à la peau, celle l’associant au char Renault FT.

Oh certes, il en est à partiellement à l’origine mais c’était en raison de l’échec des cuirassés terrestres Schneider et Saint Chamond et qui laissait l’armée  française dépourvue d’un char lourd moderne et efficace en attendant les livraisons du Mark V*, du Mark VIII Liberty sans parler des projets FCM 1A et 2C.

Cette opposition au char léger était telle qu’il s’opposa au remplacement des chars FT, opposition infructueuse puisqu’il ne put empêcher le lancement en 1933 d’un programme pour un char léger d’accompagnement de 6 tonnes qui allait donner naissance au Renault R-35 et au Hotchkiss H-35.

En janvier 1921, il lance un programme définissant un char de bataille, char qui devient bientôt un char «sans autre qualificatif» ce qui signifie dans l’esprit du général Estienne que c’est le seul véhicule qui mérite le terme de char, les autres véhicules étant à son service.

A l’époque, dans l’esprit du «père des chars», le char de bataille est un véhicule de treize tonnes avec un canon en casemate et une tourelle armée de mitrailleuse. C’est donc vrai un char casemate, la tourelle n’étant qu’un organe d’observation et de commandement.

Jean Baptiste Estienne souhaite une production en masse du nouveau char or à l’époque aucun industriel français ne peut produire en masse un char de combat, il faut donc imaginer un véritable accord industriel entre plusieurs fabricants en s’inspirant de l’accord ayant mené au Renault FT.

En 1921, le général Estienne réunit Schneider, Renault, Saint Chamond, FCM et Delaunay-Belville pour répartir la construction de 1000 chars de bataille, Renault et Schneider devant produire 250 exemplaires chacun, Saint Chamond et FCM 125, Delaunay-Belville 83 exemplaires, les 167 derniers exemplaires devant être répartis entre les plus méritants. Ce sont les «accords Estienne».

Dans un premier temps, les différents constructeurs doivent présenter des prototypes. Delaunay-Belville qui propose un char FT agrandit est vite éliminé car son projet ne répond absolument pas aux spécifications, les autres présentent leurs projets en 1924 qui se ressemblent mais apportent tous des solutions inintéressantes avec un poids variant entre 14 et 19 tonnes.

La synthèse des trois projets (Schneider-Renault, FCM et Saint Chamond) donne naissance en mars 1925 à un programme révisé de char de bataille donnant naissance en janvier 1926 au char B1 protégé à 40mm de blindage. Ce n’est cependant qu’en 1927 que les marchés sont passés pour la commande des trois prototypes du char B1.

A l’époque pourtant, la construction d’un char de bataille n’est pas en odeur de sainteté en raison de la présence d’Aristide Briand qui rêve d’Etats Unis d’Europe, de paix perpétuelle et de rapprochement avec l’Allemagne.

Le désarmement étant à l’ordre du jour, le char B1 reste encore une chimère et son existence même est remise en cause, le char D2 est un temps envisagé comme succédané de char de bataille sous le nom de char puissant.

La France se retirant de la conférence du désarmement en mai 1934, la voie est dégagée pour le char de bataille qui est officiellement adopté en mars 1934. Trente-deux exemplaires sont commandés et livrés entre décembre 1935 et juillet 1937 auxquels s’ajoutent deux prototypes mis au niveau standard.

A noter qu’à la différence des prototypes, les B1 de série sont armés d’un canon de 47mm en tourelle, la menace char rendant crédible un affrontement entre le B1 et des chars ennemis.

En octobre 1930 cependant, on décide de reprendre à zéro les études pour un nouveau char de bataille avec trois projets envisagés.

Le premier est un char B2 de 35.5 tonnes (le B1 pèse 27195kg) blindé à 50mm, un équipage de 4 hommes avec un canon de 75mm puissant et un canon de 47mm en tourelle.

Le second est un char B3 de 45 tonnes blindé à 50mm, un équipage de 6 hommes avec l’obusier de 75mm du B1 et un 47 puissant en tourelle.

Le troisième est un char BB de 50 tonnes blindé à 60mm, un équipage de 8 hommes avec deux 75 puissants.

Finalement, on décide de poursuivre dans la voie du B1 en portant le blindage à 60mm, le B1 devenant le B1bis.

La production de ce char lente et problématique jusqu’en 1938 s’accélère alors pour pouvoir équiper pas moins de 25 bataillons à 34 chars soit un total théorique de 850 chars à produire mais entre la théorie et la pratique……….. .

A l’origine prévu pour être employés en bataillons indépendants, ils vont intégrer les Divisions Cuirassés soit un total de huit bataillons de 34 chars en ligne plus un petit nombre de chars stockés comme volant de fonctionnement et des chars livrés aux britanniques dans le cadre d’un accord de coopération interallié.

Ultérieurement, une version B1ter va être produite et va équiper les huit bataillons de quartier général avant de servir de base au B-40 qui lui même à défaut d’être produit en série va servir de base à l’ARL-44.

Unités équipées de B1bis

B1bis

B1bis

Comme nous l’avons vu, à la mobilisation de septembre 1939, les régiments de chars de combat sont dissous pour permettre la mise sur pied de Bataillons de Chars de Combat (B.C.C).

Chronologiquement, les BCC équipés de B1bis à trente-quatre exemplaires ont été mis sur pied de la façon suivante :

-Le 37ème Bataillon de Chars de Combat (37ème BCC) est mis sur pied par le Centre Mobilisateur des Chars n°511 de Verdun (transféré à Bourges) à partir du 2ème bataillon du 511ème RCC.

Il est dans un premier temps équipé de chars B1 et intègre sous ce format la 1ère Division Cuirassée jusqu’à être rééquipé de B1bis au printemps 1940. Les treize B1 survivants sont reversés au Parc d’Engins Blindés 101 de Mourmelon.

-Le 15ème Bataillon de Chars de Combat (15ème BCC) est mis sur pied par le CM n°510 de Nancy (transféré ensuite à Coëtquidan) à partir du 2ème bataillon du 510ème RCC. C’est le premier bataillon équipé du B1bis. Il intègre la 2ème Division Cuirassée.

-Le 8ème Bataillon de Chars de Combat (8ème BCC) est mis sur pied par le CM n°508 de Lunéville (transféré ultérieurement à Arradon dans le Morbihan) à partir d’un bataillon du 508ème RCC. Il intègre la 2ème Division Cuirassée.

-Le 28ème Bataillon de Chars de Combat (28ème BCC) est mis sur pied par le CM n°512 de Chalons sur Marne à partir d’un bataillon du 512ème RCC. Il est affecté à la 1ère Division Cuirassée

-Le 41ème Bataillon de Chars de Combat (41ème BCC) est mis sur pied par le CM n°512 en mars 1940 avec 34 chars B1bis, le bataillon intégrant la 3ème Division Cuirassée à sa création.

-Le 46ème Bataillon de Chars de Combat (46ème BCC) est mis sur pied par le CM n°511 en août 1940 avec 34 chars B1bis, le bataillon intégrant la 4ème Division Cuirassée à sa création.

-Le 47ème Bataillon de Chars de Combat (47ème BCC) est mis sur pied par le CM n°507 en avril 1940 avec 34 chars B1Bis, le bataillon intégrant la 4ème Division Cuirassée à sa création.

-Le 49ème Bataillon de Chars de Combat (49ème BCC) est mis sur pied par le CM n°512 en juillet 1940 avec 34 chars B1bis, le bataillon intégrant la 3ème Division Cuirassée à sa création.

Ces huit bataillons totalisent donc en ligne 272 chars en ligne auxquels s’ajoutent les chars produits pour la Grande Bretagne (75 exemplaires livrés entre juillet 1940 et janvier 1941) ainsi que 120 chars gardés en réserve pour l’entrainement, l’instruction et un volant de fonctionnement soit un total de 467 B1bis auxquels s’ajoute 34 B1 soit un total général de 501 chars produits.

A partir de septembre 1944, le B1bis va être remplacé par l’ARL modèle 1944 qui peut être considéré comme l’arrière petit-fils du B1bis puis qu’issu du B1ter et du B-40, le premier ayant été produit en série mais pas le second suite à un changement de priorité.

Les B1bis en état furent soigneusement stockés pour servir de chars de réserve mais quelques exemplaires en l’occurence 60 furent détourellés pour servir de chars de dépannage aux BCC lourds qu’il s’agisse de ceux des Divisions Cuirassées ou des bataillons de quartier général, Chaque bataillon disposant de trois chars de dépannage. 140 chars furent stockés dans le Massif Central, les autres usés furent réformés et feraillés après cannibalisation.

Renault B1ter

B1ter

B1ter

Comme nous l’avons vu dans l’introduction de cette partie, la mise au point du B1bis à été interminable ce qui eut des conséquences sur sa production, lente et difficile, trop difficile pour le temps de guerre.

D’où l’idée de simplifier le schéma du B1bis pour en faciliter la production en masse, l’armée de terre voulant mettre sur pied vingt-cinq bataillons équipés de ce char.

Les prémices du B1ter sont à relever en 1935 quand est testé le concept avec un exemplaire du B1 (le n°101) surblindé et lesté, muni d’une nouvelle boite de mécanisme. En 1937, une étape est franchie avec la construction par l’ARL (Atelier de Rueil) d’un véritable prototype.

Il se distingue par un blindage porté à 70mm, des persiennes de ventilation moteur installées sur le dessus et non latéralement, entretoise avant supprimée, canon de 75mm pouvant pointer indépendant sur 5° de chaque côté avec pour tourelle, l’ARL-2 monoplace équipé d’un canon de 47mm SA 35 surblindée à 70mm, tourelle équipant dans sa version initiale, le Somua S-40.

Au printemps 1940, trois chars de pré-série sont en cours de construction pour créer une section d’essais. Les trois chars en question  sortent de chez ARL, Fives-Lille et FCM à l’automne 1940, le programme n’étant pas prioritaire. Les tests furent satisfaisants et la production démarra en février 1941 aux FCM et à l’ARL pour équiper les huit bataillons de quartier général.

Ces bataillons ont été créé pour offrir au commandant en chef de l’armée de terre, une réserve de puissance utilisable selon sa seule volonté pour par exemple soutenir une division d’infanterie en phase défensive, renforcer une DLM ou obtenir la percée tant recherchée durant le premier conflit mondial.

Le 70ème BCC est créé en juin 1941, le 71ème BCC en septembre 1941, le 72ème BCC en janvier 1942, le 73ème BCC en avril 1942, le 74ème BCC en juillet 1942, le 75ème BCC en octobre 1942, le 76ème BCC en janvier 1943 et le 77ème BCC en juin 1943.

Ces bataillons vont chacun disposer de 34 B1ter, répartis selon le même modèle que les BCC équipés de chars lourds. On arrive un total de 272 chars en ligne auxquels s’ajoutent 136 chars de réserve dont certains seront ultérieurement détourellés pour remplacer des B1Bis utilisés sans tourelle pour le dépannage.

Les huit bataillons de quartier général étaient encore équipés de B1ter en septembre 1948 bien que leur rééquipement en ARL-44 avait été sérieusement envisagé puis repoussé ultérieurement jusqu’à ce que la guerre paralyse provisoirement tout rééquipement majeur sauf après engagement au combat

Caractéristiques Techniques du char B1

Poids total en ordre de marche : 27195kg

Dimensions : longueur totale 6.37m aux chenilles 6.89m au crochet largeur totale 2.50m hauteur totale 2.79m avec tourelle

Motorisation : moteur Renault de 250ch délivrant 272ch

Vitesse maximale : 28 km/h Pente : 90% Autonomie de 8 à 10h avec 400 litres de carburant

Blindage : maximum 40mm

Armement : canon de 75mm semi-automatique modèle 1935 en caisse avec 80 obus associé à une mitrailleuse MAC 31 de 7.5mm (4800 cartouches pour les deux mitrailleuses) tourelle monoplace avec un canon de 47mm SA modèle 1934 approvisionné à 50 obus et une mitrailleuse MAC 31 de 7.5mm coaxiale

Equipage : chef de char tireur en tourelle, mécanicien pilote, mécanicien aide pilote pourvoyeur et radio-télégraphiste en caisse

Caractéristiques Techniques du char B1bis

Poids total en ordre de marche : 31500kg

Dimensions : longueur totale 6.37m aux chenilles 6.89m au crochet largeur totale 2.58m hauteur totale 2.79m avec tourelle

Motorisation : moteur Renault de 250ch delivrant 300ch

Vitesse maximale : 28 km/h Pente : 90% Autonomie de 6 à 8h avec 400 litres de carburant

Blindage : maximum 60mm

Armement : canon de 75mm semi-automatique modèle 1935 en caisse avec 74 obus associé à une mitrailleuse MAC 31 de 7.5mm (4800 puis 5250 cartouches pour les deux mitrailleuses) tourelle monoplace APX-4 avec un canon de 47mm SA modèle 1935 approvisionné à 50 obus (puis 62 et 72 selon les marchés) et une mitrailleuse MAC 31 de 7.5mm coaxiale

Equipage : chef de char tireur en tourelle, mécanicien pilote, mécanicien aide pilote pourvoyeur et radio-télégraphiste en caisse

Caractéristiques Techniques du B1ter

Poids en ordre de combat : 36600kg

Dimensions : longueur du chassis 6.35m largeur 2.73m hauteur 2.86m

Motorisation : moteur Renault 6 cylindres de 350ch

Vitesse maximale sur route 30 km/h Pente : 80%Autonomie 180km

Blindage : 70mm maximum

Armement : un canon de 75mm en casemate avec 90 obus associé à une mitrailleuse de 7.5mm modèle 1931, une tourelle monoplace avec un canon de 47mm SA 35 alimenté à soixante obus associé à une mitrailleuse de 7.5mm

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22-Armée de terre : armement et matériel (32)

Somua S-45/Renault DAC-2

A l’origine (lointaine), les AMX-38 et 39

AMX-39, un démonstrateur qui ne dépassera pas le stade du prototype

AMX-39, un démonstrateur qui ne dépassera pas le stade du prototype

En 1936, le gouvernement du front populaire soucieux de reprendre la main dans le domaine des fabrications d’armement nationalise l’atelier de montage des chars de combat et chenillettes de la société anonyme des usines Renault qui devient l’Atelier de construction d’Issy les Moulineaux ou AMX.

Dirigé par le brillant Ingénieur Général de l’Armement Joseph Molinié, cet atelier est d’abord chargé de produire et d’améliorer les chars existants comme le Renault R-35 qui avec une suspension AMX et autres améliorations, devient le Renault R-40.

Les ambitions du jeune atelier ne s’arrête pas à l’amélioration. Il souhaite produire ses propres chars légers et concurrencer voir à terme supplanter les manufacturiers privés. Le prototype n°1 ou AMX-38 présenté au printemps 1939 donne ainsi un char d’un poids semblable à celui du FCM-36, propulsé par un moteur diesel avec pour armement un canon de 37mm SA modèle 1938.

Ce premier projet n’est qu’un galop d’essais puis qu’aussitôt est mis en chantier un prototype n°2 baptisé AMX-39 plus lourd, mieux protégé et mieux armé avec un canon de 47mm SA modèle 1935 (identique à celui du S-35).

En effet, le 15 décembre 1939, le général Keller, inspecteur des chars demande de relancer les études pour de futurs chars mieux armés, mieux protégés.

Ainsi le canon de 37mm doit être abandonné au profit du 47mm et le blindage de 40mm doit éder la place à du 60mm, donnant un char léger de 15 à 20 tonnes contre 10-12 tonnes pour les générations précédentes ce qui impose un moteur plus puissant pour maintenir le rapport de 9 ou 10 ch/tonne

Notons l’inflation du poids dans les différentes catégories. Le Renault G1 de 35 tonnes est issu d’un programme réclamant un char de 20 tonnes pour compléter le B1bis avec un char plus léger qui se révélera aussi lourd que celui qu’il devait compléter.

Le projet continue à être développé, sans empressement maintenant que la «paix» même si il s’agit d’une paix fragile, davantage une paix armée qu’une pax romana. Le 9 mars 1940, le général Keller maintien les spécifications décidées plus haut pour un futur char d’accompagnement à savoir 20 tonnes, 60mm de blindage et un rapport poids/puissance de 10 tonnes.

La voix semble libre pour le petit atelier aux relations orageuses avec l’inspection générale des chars mais c’est alors qu’apparait un projet concurrent de la firme Renault baptisé DAC-1 qui va coiffer sur le poteau l’AMX-39.

Le Renault DAC-1 ? Non plus…….

L’AMX-39 qui souffre de problèmes de motorisation n’est présenté en prototype qu’au mois d’octobre 1940, le Renault DAC-1 lui à été présenté à la commission un mois plus tôt.

C’est un élégant char de 16 tonnes était protégée à 60mm avec un moteur de 230ch et disposait d’une tourelle biplace avec un canon de 47mm SA modèle 1939 et une mitrailleuse de 7.5mm MAC-34.

Les deux prototypes sont évalués conjointement entre janvier et mars 1941 sans qu’une décision de production en série soit prise.

En effet, en bon disciple du général Estienne, le général Villeneuve n’est pas un chaud partisan du char léger. Il ne le voue pas aux gémonies comme son défunt mentor _l’estimant nécessaire pour faire nombre_ mais préfère privilégier le qualitatif au quantitatif, le moyen et lourd au léger.

L’AMX-39 et le Renault DAC-1 vont donc rester au niveau du prototype, du démonstrateur de technologie sans connaître l’honneur d’une production en série ce qui ne gêna pas les deux constructeurs bien occupés avec l’AMX-42/44 pour le premier, le Renault G1 pour le second.

Tout est à refaire

D’un char «léger» d’accompagnement, on passe à l’été 1941 à l’étude d’un nouveau char moyen destiné à la cavalerie pour succéder au Somua S-35/40. Cette étude traine en longueur comme jadis celle du char G1.

Trois constructeurs vont proposer leurs projets : Somua avec le S-45, Renault avec le DAC-2 et AMX avec l’AMX-45. Chaque constructeur reçoit commande en mai 1942 pour deux prototypes en état de marche plus une maquette pour les essais statiques.

Somua présente ces prototypes en novembre, Renault dès le mois d’octobre et AMX en janvier 1943 et les six véhicules vont aussitôt être testés dans le but de choisir le meilleur et le produire en série pour rééquiper les DLM.

En juin 1943, plutôt que de choisir l’un des trois projets, on décide de prendre les meilleurs éléments de chaque projet comme la suspension Christie du projet AMX, la caisse laminée-soudée du S-45 et la tourelle Renault à canon de 75mm fortement inspiré de la tourelle ARL équipant le char moyen modèle 1943R.

Les trois constructeurs vont donc s’entendre pour produire un nouveau char moyen de cavalerie qui reçoit à des fins d’intoxication la double dénomination Somua S-45/Renault DAC-2 ce qui suscitera un temps (mais un temps seulement) la perplexité des services de renseignement allemands.

Deux prototypes de ce nouveau char sont commandés en juillet 1943 et présentés en janvier 1944 et mis à part quelques modifications de détail, il est adopté sous le nom de char moyen modèle 1945.

Son assemblage est confié à la société Somua dans son usine de Saint-Ouen, agrandie pour l’occasion.

Ce char combine une caisse laminée-soudée _pour gagner du poids_, dispose d’un moteur diesel Aster, d’une suspension Christie et d’une tourelle triplace avec un chef de char et un tireur à droite, le pourvoyeur (qui faisait également office d’opérateur radio) dans la caisse.

Cette tourelle disposait d’un canon de 75mm de 32 calibres similaire à ceux des prototypes du G1R et non du canon de 40 calibres pour des raisons de poids limité à 30 tonnes ce qui obligea notamment à renoncer à un blindage homogène de 60mm au profit d’un blindage minimal de 45mm avec des endroits blindés à 60mm (face avant de la caisse et de la tourelle, réservoirs et moteurs notamment).

Comme pour le Renault G1, les débuts de production sont difficiles et la production lancée en fanfare en avril 1944 est suspendue et les quarante premiers exemplaires stockés tant ils présentaient de défauts de construction liés semble-t-il à l’inexpérience des ouvriers.

Les défauts corrigés, la production en série ne reprend qu’en octobre 1944 mais les véhicules ne sont officiellement acceptés par l’Arme Blindée Cavalerie qu’en février 1945 comme si elle n’en voulait pas.

Après cette naissance difficile, le Somua S-45 va se révéler une monture digne de ses ainés S-35 et S-40.

Contrairement au Somua S-40, le rééquipement va être réalisé division par division, toutes les DLM devant être transformées pour la fin de 1949…….. .

La 1ère DLM pour équiper le 4ème cuirassiers et le 18ème dragon reçoit ses 192 chars entre juin et décembre 1945 soit le chiffre respectable de 32 chars par mois.

La 2ème DLM reçoit ses chars pour équiper le 13ème et le 29ème dragon entre janvier et juin 1946, la 3ème DLM reçoit ses chars pour équiper les 1er et 8ème régiment de chasseurs à cheval entre juillet 1946 et février 1947.

La 4ème DLM rééquipe ses deux régiments de chars (8ème régiment de dragons et 18ème régiment de chasseurs à cheval) entre février et septembre 1947 alors que le 5ème DLM reçoit ses chars pour le  6ème régiment de dragons et le 4ème régiment de hussards entre octobre 1947 et juin 1948.

Le rééquipement de la 6ème D.L.M prévu à partir de septembre 1948 est suspendu à la déclaration de guerre à la fois pour permettre son engagement sur le TOSE voir en Tunisie en liaison avec la 1ère D.L.C et parce que face aux chars italiens, le S-40 était largement supérieur. Le rééquipement des 7ème et 8ème D.L.M prévu respectivement pour le printemps et l’été 1949 est également suspendu.

A noter qu’un projet de canon automoteur sur chassis Somua S-45 avec un canon de 105mm est envisagé pour les DLM mais sans suite concrète jusqu’au début du second conflit mondial, l’arme blindée cavalerie prévoyant d’équiper ces groupes de canons d’assaut et son RADLM avec cet automoteur soit un total de 60 automoteurs par division.

Est étudié également un canon automoteur de 155mm mais sans qu’un prototype ne soit construit avant le début de la guerre.

Caractéristiques Techniques du char moyen modèle 1945

Poids  : 30 tonnes théorique 32 tonnes en ordre de combat

Dimensions : longueur hors tout 5.45m largeur hors tout : 2.50m hauteur avec tourelle 2.40m (1.55m sans tourelle)

Motorisation : moteur diesel Aster 8 cylindres développant 390ch avec 530l de carburant

Performances : vitesse maximale sur route 49.5 km/h réservoir de 530 litres donnant une autonomie sur route de 360km qui pourrait être augmentée avec des réservoirs supplémentaires installés à l’automne 1948

Blindage : 40mm minimum 60mm à certains endroits

Armement : tourelle ARL modèle 1942 avec un canon de 75mm de 32 calibres (vitesse initiale : 800 m/s) avec 210 obus, une mitrailleuse coaxiale MAC 34 et une mitrailleuse antiaérienne du même modèle avec 6000 cartouches

Equipage : un mécanicien pilote en caisse, un pourvoyeur à gauche de la tourelle, le tireur et le chef de char à droite

Projets et prototypes

Entre 1918 et 1948, assez peu de projets de chars moyens ont été étudiés probablement en raison des difficultés énumérées dans l’introduction pour définir ce qu’était un char moyen.

Citons néanmoins un projet de 1939 de l’Atelier d’Issy Les Moulineaux (AMX) qui proposa un char moyen de 20 tonnes à canon de 47mm puissant en tourelle monoplace avec un blindage de 70mm et un équipage de quatre hommes. Il semble que ce projet vu comme une possible alternative au projet G1 n’ait pas dépassé le stade de la planche à dessin.

Le projet Poniatowski/SEAM à aboutit à la production de deux prototypes utilisés comme démonstrateurs de technologie de la transmission électrique et banc d’essais pour de nouveaux moteurs diesels et essence à haute performance pour les nouvelles générations de chars.

Entre 1946 et 1918, plusieurs projets de chars moyens sont étudiés mais il s’agit plus d’améliorer le Somua S-45 ou le Renault G1 que de mettre au point un char totalement nouveau.

22-Armée de terre : armement et matériel (31)

Renault G1

Maquette du Renault G1R dans sa configuration initiale

Maquette du Renault G1R dans sa configuration initiale

A l’origine, un char pour les DIM

Quand il apparaît en service en 1943, le Renault G1 ou char moyen modèle 1943R est une vrai merveille qui émerveille nos alliés britanniques et inquiète suffisamment les allemands pour les pousser à développer un nouveau char moyen à canon de 75mm, le futur Panther.

Pourtant le chemin fût long très long puisqu’on peut remonter à  l’année 1930 pour retrouver les prémices très lointain du projet d’un nouveau char d’infanterie.

Le 4 juillet 1930, le ministre de la guerre André Maginot approuve un programme de motorisation et de mécanisation de l’armée française notamment la motorisation de cinq divisions d’infanterie capables de se déplacer en étapes de 200km par jour.

Ces unités doivent disposer de moyens pour assurer leur sûreté et donc de chars qui doivent se révéler mobiles, puissants et endurants. Or à l’époque, les chars qui pourraient très théoriquement convenir ne sont pas exempts de défauts :

-le char B1 est puissant mais à une autonomie limitée et de plus difficile à produire en grande série

-le char D2 est moins rapide que le B1, une autonomie aussi faible que le précédent sans parler de nombreux problèmes mécaniques qui limiteront sa production en série à cent exemplaires.

En 1935, la cavalerie expérimente un prototype prometteur de la firme Somua, le futur S-35, un char rapide, puissant et bien armé qui pourrait convenir au rôle définit plus haut mais en l’expérimentant, l’infanterie remarque un certain nombre de faiblesses en terme de vitesse en tout terrain et de franchissement d’obstacles ce que le service actif démontrera et qui entrainera la mise en chantier du S-40.

L’infanterie juge néanmoins le Somua «comme un objet d’études intéressant» mais précise au cas où on ne l’aurait pas compris que «sa réalisation immédiate en grande série, pour l’infanterie,constituerait certainement une erreur».

Le char B1 étant trop lourd, le char D2 étant trop imparfait, l’infanterie n’à de choix que de développer un char moyen de conception nouvelle qui essayera de résoudre le mieux possible la quadrature du cercle : protection, armement et vitesse.

Le char de 20 tonnes

Le 16 décembre 1935, l’infanterie diffuse un appel à projets pour un char moyen d’infanterie de 20 tonnes dont les caractéristiques sont assez voisines du Somua notamment le poids, la vitesse sur route (20 km/h de moyenne contre 30 pour le S-35, vitesse maximale de 50 km/h contre 45), la  protection et l’armement mais avec une autonomie nettement plus importante (400 contre 280km).

Le choix de 20 tonnes était tout sauf un hasard, il répondait à des contraintes opérationnelles et logistiques, notamment de transport par voie ferrée ou le franchissement des coupures humides.

Le besoin alors exprimé est de 250 chars de 20 tonnes pour former cinq bataillons de quarante-cinq chars plus le volant, ces bataillons étant appelés à intégrer les divisions d’infanterie, le général Gamelin n’étant pas un partisan acharné des DLM.

Six constructeurs proposent leurs projets : Poniatowski/SEAM, Lorraine, Renault, Baudet-Donon-Roussel (BDR), Somua et FCM.

Le concept du char moyen d’infanterie va évoluer au cours de la période 1936/37 passant d’un Somua à un B1bis. Le blindage passe de 40 à 60mm et l’armement devient mixte avec un obusier de 75mm en caisse et un canon de 47mm en tourelle.

Les méthodes de construction choisies (acier moulé ou plaques laminées mécano-soudées en remplacement de plaques laminées boulonnées) doivent permettre de gagner du poids pour entrer dans la norme.

Suite à ces modifications, les constructeurs proposent de nouveaux projets à armement mixte, tous avec un obusier de 75mm et un canon de 47mm en tourelle sauf Lorraine (deux canons de 47mm) et une variante du projet Renault avec un 47mm puissant Schneider ou un canon de 75mm en tourelle…… .

Ce changement s’explique en partie par l’impossibilité de produire un grand nombre de B1bis, l’espoir de produire un char répondant à ce concept mais plus léger, moins coûteux et surtout plus facile à produire.

Seulement voilà, ce changement des règles du jeu provoque une véritable quadrature du cercle car comment faire un char aussi puissant que le B1bis de 32 tonnes en restant sous les 20 tonnes du programme ce qui est impossible car au minimum on approche des 25 tonnes ce qui à un impact sérieux sur la motorisation et la suspension.

La commission étudie les projets le 20 février 1937 et tous sans exceptions ont déjà atteint les 23-25 tonnes. A noter que seul le projet Poniatowski/SEAM aboutit à la réalisation d’un prototype, les autres restant au niveau de la maquette.

Vers un char de plus en plus lourd…….

Les différents prototypes sont étudiés par la commission mais rapidement Renault va prendre une longueur d’avance en proposant un canon de 75mm en tourelle.

C’est tout sauf anodin car si l’infanterie à toujours préconisé le montage de l’armement principal sous tourelle, le montage d’un armement puissant en casemate répondant à une demande du génie qui voulait un canon tirant à faible incidence pour neutraliser les embrasures des fortifications.

Outre l’armement, le projet Renault propose une suspension à barres de torsion plus légère et plus résistante aux mines et des chenilles jumelées qui elles suscite le scepticisme. La commission qui peine à masquer son émotion demande la réalisation d’un prototype à la maison Renault.

Selon le rapport du 20 février 1937, le projet Poniatowski/SEAM est classé en 1ère catégorie car prototype existant, les projets Somua, FCM et Renault en 2ème catégorie et enfin les projets BDR,Fouga et Lorraine en 3ème catégorie. La compagnie des Batignolles n’à pas transmis son projet et est donc hors course.

Comme nous l’avons vu, le projet d’un char de 20 tonnes avec l’armement et la protection du B1 était une chimère, le plus léger _Poniatowski/SEAM_ atteignant les 23 tonnes.

La proposition Renault va vite envoyer aux oubliettes la configuration du B1bis au profit d’un armement principal unique installé en tourelle ce qui laisse penser qu’inconsciemment la commission à abandonné le combat en région fortifié au profit de la manoeuvre en terrain libre.

Presque deux ans après le lancement du programme, la commission du programme reconnaît qu’il est impossible de monter un canon de 75mm de 32 calibres en tourelles dans un char de moins de 30-35 tonnes soit le poids d’un char B1bis.

Le 1er février 1938, la direction de l’infanterie (2ème direction) abandonne la masse maximale de 20 tonnes au profit d’une masse maximale de 35 tonnes afin de se donner de l’air et de laisser les constructeurs libres.

Sur les sept constructeurs, seuls quatre restent alors en ligne, Batignolles n’ayant jamais présenté son projet, Somua et FCM étant écarté, le premier utilisant ses études pour ses futurs S-40 et SAu-40 et le second se concentrant sur la production du B1bis à laquelle elle participait.

Quatre constructeurs restent en liste : Renault, BDR, SEAM et Lorraine mais au 1er juin 1938 seuls les deux derniers constructeurs ont officiellement reçu commande de deux prototypes.

Pourquoi un tel décalage ? Tout simplement parce que désormais, le dévellopement est financé quasi-intégralement sur fonds propres par les constructeurs ce qui explique le peu d’empressement à développer ce projet.

Il faut attendre le début du mois de juin pour que les choses s’accélèrent avec la nomination d’une équipe de liaison dirigée par le chef de bataillon Deygas de la section technique de l’infanterie et par l’ingénieur Lavirotte de l’atelier de Rueil.

A l’époque, la commande en série du Poniatowski/SEAM est prévue avec des livraisons à la mi-1940, Lorraine prévoyant la sortie en série pour 1941, les autres constructeurs n’ayant pas sorti de calendrier y compris Renault qui avait pourtant semblé devoir coiffer tout le monde avec le choix audacieux de monter un 75mm puissant en tourelle.

Seuls Lorraine, Poniatowski/SEAM et Renault semble encore en course, BDR et Fouga semblant hors jeu avec des projets dépassant largement 35 tonnes. Les autres projets sont encore largement perfectibles.

Outre le chassis, on trouve plusieurs projets de tourelle. Renault propose la pseudo-tourelle Balland avec l’équipage en caisse et un canon de 75mm à chargement automatique, une arme tout simplement révolutionnaire pour l’époque et qui doit affronter la concurrence de la tourelle ARL 3 et la tourelle FCM.

Un char révolutionnaire

Le 12 juillet 1938, la direction de l’infanterie émet une nouvelle fiche programme qui demande un char de 30 tonnes à vide et 32 tonnes en ordre de combat armé d’un canon de 75mm de 32 calibres en tourelle ce qui impose aux constructeurs de revoir totalement leur projet.

On peut voir l’évolution du programme en moins de trois ans : nous sommes passés d’un char de 20 tonnes avec l’armement d’un B1bis à un char d’un poids identique au B1bis mais mieux armé.
Cette nouvelle fiche programme élimine les projets Lorraine et BDR qui atteignent déjà 32 tonnes à vide. Le projet Fouga est menacé car atteignant déjà 35 tonnes, seuls restant en ligne les projets Poniatowski/SEAM et Renault.

En terme de performances, on réclame une vitesse maximum de 40km/h sur route et 20 km/h en tout terrain, une autonomie minimale de 200km, une autonomie en terrain variée de 8 heures.

Quand au moteur, il est prévu soit un moteur essence ou un moteur diesel. Le blindage doit être de 40 à 60mm. On soigne la protection, l’entretien avec la possibilité de changer rapidement des organes mécaniques.

On demande également d’améliorer les capacités de vision de char que ce soit le pilote ou les deux hommes en tourelle avec l’installation d’un télémètre et d’un tourelleau indépendant pour permettre de tirer à portée maximale du 75mm soit 2000m.

Mieux encore, on demande de pouvoir tirer en marche à 10km/h sous l’influence britannique bien plus avancés dans ce domaine même si ils tirent en marche à la lunette et non au télémètre.

En dépit de ces promesses, le programme patine. La guerre s’annonçant imminente, on se demande si il est bien raisonnable de lancer la production d’un nouvel modèle de chars alors que les besoins sont loin d’avoir été satisfaits avec les véhicules existants.

De plus et cela peut paraître incroyable mais on ne sait quoi faire d’un char de 35 tonnes ! Le B1bis doit combattre au cœur des régions fortifiés, les Somua doivent combattre sur les ailes mais le char type G1 est un engin d’exploitation d’une percée qui n’interviendra qu’une fois la ligne Siegfried cassée, ligne qu’on imagine à l’époque aussi formidable que la ligne Maginot.

Le programme va donc ronronner jusqu’à l’éclatement de la guerre de Pologne qui donne un coup de fouet bienvenue au programme G1 même si les productions de guerre sont naturellement prioritaires.

La fin de la guerre de Pologne permet de ralentir les productions militaires et surtout de permettre de voir plus loin que les besoins immédiats.

Le 22 décembre 1939, le couperet tombe : le Renault G1R est choisit comme char G1. Néanmoins le G1P (Poniatowski/SEAM) est retenu mais simplement pour sa transmission électrique et comme véhicule d’essais, sa production en série n’est pas prévue.

Le 1er avril 1940, Renault reçoit une commande officielle pour deux prototypes de son char G1, un char de 30 tonnes (35 tonnes maximum) avec une suspension à barres de torsion, un moteur de 350ch en attendant mieux (400ch) et une tourelle ARL 3 avec télémètre en remplacement de la pseudo-tourelle certes prometteuse mais dont la gain de poids n’était pas aussi intéressant qu’escompté.

Les deux prototypes sortent de l’usine de Billancourt respectivement en octobre et en décembre 1940 pour des tests intensifs pendant qu’on se préoccupe de l’industrialisation.

Louis Renault voit les choses en grand pour son nouveau projet et construit une nouvelle usine ultra-moderne près d’Orléans.

Les tests sont concluants sauf sur les chenilles doubles qui se révèlent être un casse-tête à remplacer en cas d’explosion de mines ou d’obstacle trop dur. Elles sont remplacées par des chenilles uniques plus facile à changer.

En terme d’armement, la tourelle ARL-3 est modifiée pour pouvoir installer une mitrailleuse MAC 34 de 7.5mm antiaérienne et pour pouvoir embarquer un canon de 75mm de 40 calibres plus puissant que le canon de 32 calibres.

Si le prototype n°1 est utilisé pour des tests de résistance aux mines et aux obus et ferraillé après avoir été martyrisé, le n°2 sert de maitre étalon pour préparer l’industrialisation dans la nouvelle usine d’Orléans.

Unités équipées

Prévu à l’origine comme un char rapide destinée aux DIM, le Renault G1 adopté officiellement sous le nom de char moyen modèle 1943R va finalement équiper les Divisions Cuirassées où il va remplacer les Hotchkiss H-39.

Huit bataillons sont donc prévus à l’origine suivis ultérieurement de quatre autres portant  le total à douze bataillons de 45 chars soit 540 chars en ligne plus des chars en réserve pour la formation, les tests et le volant de fonctionnement.

La production du char commence en septembre 1941 et les premiers exemplaires de série sortent en juin 1942 pour équiper la 1ère DC et ces deux bataillons de chars moyens, les 25ème et 26ème BCC.

La production connait un certain nombre de difficultés ce qui entraine des retards de livraison aux unités suscitant l’agacement du général Villeneuve.

Alors que le 25ème BCC aurait du être entièrement rééquipé en septembre, il ne l’est qu’en novembre après qu’un certain nombre d’exemplaires durent être renvoyés en usine pour être modifiés.

Le 25ème BCC ayant essuyé les plâtres, son homologue du 26ème BCC en tire les fruits et reçoit ses chars selon le nouveau planning à savoir de janvier à avril 1943. Ces deux bataillons s’affronteront au cours des manoeuvres de Champagne de septembre, confirmant les qualités de ce char remarquable.

Le 14ème BCC et le 27ème BCC de la 2ème Division Cuirassée reçoivent leurs chars respectivement entre mai et août 1943 pour le premier et entre septembre et décembre 1943 pour le second.

Le 42ème Bataillon de Chars de Combat de la 3ème DC reçoit ses chars moyens modèle 1943R entre janvier et avril 1944 suivis de son compère du 45ème BCC entre mai et août 1944.

La 4ème Division Cuirassée, la future Division de Fer (appelée également Division De Gaulle tant le général Charles de Gaulle imprima une marque indélébile sur la division) reçoit ses premiers Renault G1R en septembre 1944,le 19ème BCC étant entièrement équipé en décembre, son compère, le 44ème BCC recevant ses nouvelles montures entre janvier et mars 1945.

Au 1er avril 1945, un total de 360 Renault G1R sont en ligne au sein de huit bataillons. La production se poursuit à un rythme plus réduit (8 chars par mois) pour constituer un volant de réserve. C’est ainsi que de mai 1945 à juin 1947, un total de 200 chars sont produits et stockés à moins qu’on ne préfère les utiliser pour l’instruction et les essais.

En juin 1947, néanmoins, la production à grande échelle (16 chars par mois) reprend pour équiper les quatre nouveaux bataillons de chars de combat prévus pour les 5ème et 6ème DC.

Le 51ème BCC de la 5ème DC (à ne pas confondre avec celui de 1939 devenu 51ème BCF) reçoit ses chars entre septembre et décembre 1947. Il est suivi du 55ème BCC de la 6ème Division Cuirassée qui reçoit ses chars entre janvier et mars 1948.

Le 53ème BCC de la 5ème BCC reçoit ses chars entre avril et juin 1948 avant que le 57ème BCC ne boucle la boucle en étant équipée entre juillet et septembre 1948 juste à temps pour le conflit.

Quand éclate la seconde guerre mondiale, le char moyen modèle 1943R est en service à 540 exemplaires plus 200 chars de réserve, la production continuant pour aboutir à un volant de fonctionnement proche des 100%.

Caractéristiques Techniques du char moyen modèle 1943R

Poids  : 32 tonnes théorique 35 tonnes en ordre de combat

Dimensions : longueur hors tout 5.50m largeur hors tout : 2.55m hauteur avec tourelle 2.40m (1.55m sans tourelle)

Motorisation : moteur diesel Renault 8 cylindres développant 400ch avec 530l de carburant

Performances : vitesse maximale sur route 55 km/h réservoir de 530 litres donnant une autonomie sur route de 350km qui pourrait être augmentée avec des réservoirs supplémentaires installés à l’automne 1948

Blindage : 40mm maximum pour la caisse 60mm pour la tourelle

Armement : tourelle ARL modèle 1942 avec un canon de 75mm de 40 calibres (vitesse initiale : 800 m/s) avec 210 obus, une mitrailleuse coaxiale MAC 34 et une mitrailleuse antiaérienne du même modèle avec 6000 cartouches

Equipage : un mécanicien pilote et un opérateur radio/pourvoyeur en caisse, un chef de char et un tireur en tourelle

22-Armée de terre : armement et matériel (28)

FCM-42 et 44

A l’origine, le FCM-36…..

Char léger modèle 1936FCM dit FCM-36

Char léger modèle 1936FCM dit FCM-36

Les Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM) est une entreprise créée en 1853, spécialisée à l’origine dans la construction navale et militaire. Au cours du premier conflit mondial, elle fabriqua même des chars d’assaut comme le FCM 1A (resté à l’état de prototype) ou le FCM 2C produit à douze exemplaires en raison de la fin du conflit.

La firme dont le chantier historique était installée à La Seyne sur Mer poursuivit la mise au point de chars d’assaut, semblant de se spécialiser dans les chars très lourds, de véritables cuirassés terrestres ce qui tout sauf étonnant pour un chantier ayant construit le Paris,le quatrième navire de classe Courbet.

Il participa ainsi à la combinaison industrielle née des «accords Estienne» destiné à produire un char de bataille à 1000 exemplaires, un char à canon puissant en caisse, le futur B1. Cette combinaison industrielle qui mêlait Renault, Schneider, Saint Chamond, Delaunay-Belville et donc les FCM rappelait celle du Renault FT sauf que le dessin du char lourd appartenait à l’état.

Néanmoins, ce n’est pas ça qui pouvait faire vivre le constructeur car au grand dam du général Estienne, les plus gros besoins de l’armée concernaient le char léger qui à défaut de surclasser l’ennemi par sa masse, pouvait le submerger par le nombre.

Un programme pour un char léger de six tonnes est lancé le 2 août 1933 et modifié en mai 1934, programme destiné à remplacer le Renault FT si possible selon  un ratio de un pour un.

Le char produit par les Forges et Chantiers de la Méditerranée se distingue des autres modèles par des solutions techniques audacieuses notamment un blindage laminé-soudé (ce qui le rend étanche aux gaz de combat) et un moteur diesel lui donnant une autonomie remarquable de 16 heures.

Quand à l’armement, il est identique aux autres chars en l’occurence le canon de 37mm SA modèle 1918 hérité du Renault FT, bien adapté au soutien de l’infanterie mais beaucoup moins au combat antichar.

Ce char est produit à seulement 100 exemplaires, la construction de 200 exemplaires supplémentaires étant abandonné au moment de la guerre de Pologne pour permettre  aux FCM de se concentrer sur la sortie massive du B1bis et rationaliser à la fois la production de guerre et le parc de chars légers.

Du char de 20 tonnes au FCM-42

Au début des années trente, la motorisation des divisions d’infanterie est à l’ordre du jour et pour assurer leur sûreté, émerge le besoin d’un char rapide, puissant et très mobile en tout terrain, un portrait robot qui colle parfaitement au Somua S-35 qu’aurait pu adopter l’infanterie si elle n’avait pas émis des réserve sur la capacité à franchir les obstacles en tout-terrain d’un train de roulement conçu pour aller vite sur tout.

Un projet de char moyen d’infanterie de 20 tonnes est officiellement lancé le 16 décembre 1935 dont une partie des spécifications est clairement calqué sur le S-35. De nombreux constructeurs vont proposer leurs projets dont les FCM.

Après de multiples péripéties (que nous verrons dans la partie idoine), on aboutit à un char à double armement, un canon de 75 en casemate et un canon de 47mm en tourelle.

Le projet est une reprise du FCM-36, un modèle 1936 plus gros et ayant résolu un certain nombre de soucis constatés par les utilisateurs du modèle 1936 notamment le bourrage de terre pouvant gêner l’avancée de la chenille ainsi que des vitesses et des embrayages délicats.

Le 1er février 1938, la direction de l’arme des chars de l’infanterie modifie officiellement l’appel d’offres en portant la masse maximale à 35 tonnes, entérinant l’impossibilité d’installer un armement type char B dans un char d’une masse maximale de 20 tonnes.

Les FCM vont cependant abandonner ce projet en février 1938 pour se concentrer sur le futur char de forteresse FCM F1, semblant revenir à ses premières amours, les chars très lourds, les cuirassés terrestres même si sa tourelle F1 à canon de 75mm continuera à être développé pour les chars encore en course.

Il semblait dit que les Forges et Chantiers de la Méditerranée n’avaient fait qu’une courte incursion dans le domaine des chars légers avec le FCM-36 mais l’histoire allait faire mentir cette prédiction.

En effet comme nous l’avons vu, en juin 1941 est lancé un  programme pour un char léger de nouvelle génération. Le bureau d’études de la firme de la Seyne part de plus loin que l’AMX qui bénéficiait de l’expérience AMX-40 mais le FCM-36 était suffisamment mature avec les modifications apportés au sein des 4ème et 7ème BCC pour obtenir une bonne base d’étude.

Le nouveau char s’inspire fortement du FCM-36 reprenant le design général avec une nouvelle suspension librement inspirée du système Christie, une caisse élargie et allongée, un moteur plus puissant et une tourelle biplace (ou triplace au choix) avec un canon de 47mm SA modèle 1935 ou SA modèle 1937 et une mitrailleuse coaxiale MAC modèle 1931 plus une mitrailleuse antiaérienne MAC modèle 1934.

Le prototype est présenté en janvier 1942 et testé intensivement par la commission qui décide de l’adopter sous le nom de char léger modèle 1942 FCM avec la tourelle biplace et comme pour l’AMX-42, il est prévu une version «améliorée» baptisée FCM-44 (officiellement char léger modèle 1944 FCM) avec une tourelle triplace soit quatre hommes d’équipage au lieu de trois.

Unités équipées du FCM-42

Sélectionné en deuxième position derrière l’AMX-42, le FCM-42 va être commandé en moins grand nombre que son concurrent pour équiper des Bataillons de Chars de Combat, les régiments de découverte et les groupes de reconnaissance des Divisions Cuirassées ainsi que neuf GRDI.

Face à ces commandes massives et surtout l’urgence des livraisons, les FCM outre leurs usines de la Seyne sur Mer et du Havre _deux usines contigües à leurs chantiers navals_ vont sous-traiter la fabrication de gros éléments à des entreprises de mécanique de l’ouest de la France. Cela explique que les FCM seront capable de sortir une moyenne de 28 chars par mois avec parfois des piques à 32/36, une cadence digne d’une mobilisation du temps de guerre.

Le char léger modèle 1942 FCM va d’abord équiper les GRDI, les livraisons commençant dès septembre 1942, une industrialisation menée tambour battant, montrant l’amélioration des capacités de l’industrie de l’armement de notre pays.

Le 1ère GRDI reçoit ses vingt chars en octobre 1942, le 4ème GRDI est livré en novembre 1942, le 6ème GRDI en janvier 1943, le 16ème GRDI en février 1943, le 20ème GRDI en mars 1943, le 25ème GRDI en mai 1943, le 27ème GRDI en juin 1943, le 37ème GRDI en septembre 1943 et enfin le 39ème GRDI en octobre 1943 soit un total de 180 chars équipant ces neuf groupements.

Le 24ème BCC est l’unité suivante à être rééquipée, recevant ses 45 chars entre mars et mai 1944, suivit non pas par d’autres BCC mais par des unités des Divisions Cuirassées, les régiments de découverte et les groupes de reconnaissance.

La 1ère DC reçoit ses soixante et onze chars entre juin et septembre 1944, la 3ème DC reçoit ses FCM-42 entre octobre 1944 et janvier 1945 et la 5ème DC entre février et mai 1945 soit un total de 213 chars en ligne au sein des trois unités.

Enfin, quatre autres Bataillons de Chars de Combat vont recevoir ce blindé, le 9ème BCC recevant ses chars entre septembre et novembre 1945, le 10ème BCC est équipé entre mars et mai 1946 et enfin les 4ème et 7ème BCC reçoivent leurs nouveaux chars entre mars et juin 1948 pour le premier et en juillet et août 1948 pour le second.

Le total de chars en ligne atteint le chiffre respectable de 618 exemplaires auxquels s’ajoutent 124 chars en réserve, utilisés comme volant de fonctionnement, pour des tests ou pour l’écolage. La production se poursuit parallèlement au FCM-44, le modèle 1942 sortant de l’usine du Havre et le modèle 1944 de l’usine de la Seyne sur Mer tandis qu’une troisième chaine installée à La Ciotat doit entrer en fonction au printemps 1949.

Au total quand éclate la seconde guerre mondiale, on trouve 618 chars en ligne et 210 chars en réserve qui vont être utilisés pour la mise sur pied de quatre bataillons de mobilisation en l’occurence les 18ème, 32ème, 34ème et 38ème BCC soit 180 chars en ligne en plus portant le total à 798 chars en ligne et seulement 12 en réserve pour l’instruction notamment.

Caractéristiques Techniques du char léger modèle 1942 FCM

Poids total : 16 tonnes

Dimensions : Longueur totale 5.20m  Largeur totale 2.75m Hauteur totale 2.30m

Motorisation : un moteur diesel Aster 4 cylindres développant 190ch Boite à quatre vitesses et une marche arrière

Vitesse maximale : 45 km/h  Pente : 80%  Autonomie : 235km  

Blindage : 60mm maximum 20mm minimum

Armement : un canon de 47mm modèle 1937 en tourelle biplace, canon alimenté à 180 obus et deux mitrailleuses de 7.5mm (MAC 31 coaxiale et MAC 34 antiaérienne) avec 4000 cartouches pour les deux

Equipage : mécanicien pilote en caisse, un chef de char tireur et un pourvoyeur en tourelle

Unités équipées du FCM-44

Comme l’AMX-44 est la version améliorée de l’AMX-42 ou plutôt une version à tourelle triplace, le  char léger modèle 1944 FCM est une version à tourelle triplace du FCM-42 qui lui dispose d’une tourelle biplace.

Le FCM-44 est officiellement adopté en mars 1944 et sa production démarre aussitôt pour équiper trois DLM (1ère, 3ème et 5ème en attendant la 7ème créée seulement en septembre 1947) à raison de vingt-six blindés pour les groupes de reconnaissance (deux fois treize) et pour les dragons portés à savoir soixante-trois blindés par régiment soit cent-vingt pour la division et cent cinquante deux pour la division.

La 1ère DLM reçoit ses blindés entre avril 1944 et février 1945, la 3ème DLM reçoit ses FCM-44 entre mars 1945 et janvier 1946, la 5ème DLM reçoit ses blindés entre février 1946 et avril 1947 avant que la 7ème DLM ne boucle la boucle recevant ses blindés entre octobre 1947 et août 1948, juste à temps pour le déclenchement du second conflit mondial.

Outre les 608 chars en ligne, on trouve 120 en stock pour remplacer les véhicules détruits, armer de nouvelles unités et servir à l’écolage. 96 chars supplémentaires produits en octobre et novembre 1948 sont envoyés en Indochine pour équiper le 1er régiment de dragons portés coloniaux de la 2ème DLC soit 63 chars en ligne et 33 en réserve de fonctionnement.

Caractéristiques Techniques du char léger modèle 1944 FCM

Poids total : 16.4 tonnes

Dimensions : Longueur totale 5.20m  Largeur totale 2.75m Hauteur totale 2.30m

Motorisation : un moteur diesel Aster 4 cylindres dévellopant 190ch Boite à quatre vitesses et une marche arrière

Vitesse maximale : 40 km/h  Pente : 80%  Autonomie : 230km  

Blindage : 60mm maximum 20mm minimum

Armement : un canon de 47mm modèle 1937 en tourelle  triplace, canon alimenté à 180 obus et deux mitrailleuses de 7.5mm (MAC 31 coaxiale et MAC 34 antiaérienne) avec 4000 cartouches pour les deux

Equipage : mécanicien pilote en caisse, un chef de char, un tireur et un pourvoyeur en tourelle

Les prototypes et les constructions limitées

Outre les différents chars légers que nous venons de voir, il à existé des chars restés à l’état de prototype à la fois parce que les budgets n’ont pas suivis, parce que les priorités ont changé, parce qu’ils n’étaient pas techniquement au point ou tout simplement parce que c’était leur destin puisqu’une politique de prototypes à été lancée en 1946 pour préparer le futur au delà des véhicules en production et des véhicules dont l’industrialisation était en cours.

Les prototypes (1918-1946)

On trouve d’abord les avatars du Renault FT, les trois modèles NC destinés à améliorer la mobilité stratégique du «char de la victoire». Ces essais n’ont donc pas aboutit à une production en série comme nous l’avons vu dans l’introduction sur le char D1 qui descendait en droite ligne du FT.

Pour rappel citons le Renault NC-1 produit à trois exemplaire pour la France,, le Renault NC 2 produit à un unique exemplaire  et remis ensuite sur chenilles NC et le Renault NC 3 produit à un exemplaire pour la Suède, un pour la Pologne et vingt-trois pour Japon.

Plus important à été le Renault FT à chenilles Kergresse. Vingt-trois exemplaires ont été modifiés en 1924 dont très engagés au Maroc dans la guerre du Rif suivis en 1928 de six autres avec des chenilles métalo-plastique et même d’un moteur diesel.

En 1926, le programme de construction de chars définit cinq types, un char lourd de 70 tonnes, le char de bataille _futur B1bis_, le char léger _futur D1 issu en ligne directe du Renault FT_, un char léger à roues et un char colonial.

Renault propose son Renault VA qui reçoit la dénomination officielle de D3. Le prototype réalisé en acier doux est une version allégée du char puissant Renault D2 avec un poids de 12 tonnes, un blindage limité à 20mm et une vitesse espérée de 30 à 35 km/h.

Le prototype présenté le 30 avril 1932 ne débouche pas sur la production du série en raison de nombreuses déficiences. Il servira de base à un canon d’assaut de 75mm auquel il transmit ses tares puisque lui non plus ne dépassa le stade du prototype.

De ce projet D3 aboutira si l’on peut dire un projet de char rapide pour l’exportation, deux projets en réalité mais un même nom de code _Renault VO_ .

Le premier aurait été une version du D3 avec 14 galets au lieu de seize, un blindage de 16mm pour un poids de 9 tonne avec une tourelle armée de mitrailleuses. Le second aurait été une adaptation de la chenillette de reconnaissance Renault YR à six galets, ces deux projets n’ont pas dépassé le stade de la planche à dessin.

Le lancement le 2 août 1933 d’un programme pour un char léger de 6 tonnes destiné à remplacer le Renault FT à entrainé comme on l’à vu l’adoption du Renault R-35, du FCM-36 et du Hotchkiss H-35.

D’autres constructeurs ont tenté leur chance mais sans succès : Batignolles-Châtillon, Delaunay-Belville (pas construit) et APX, classé hors concours car matériel d’Etat même si sa tourelle sera utilisée sur le R-35 et le H-35.

Dans le cadre du programme AMR qui vit le choix du modèle Renault VM puis de sa variante améliorée Renault ZT, la firme Citroën proposa sa P103 dans l’espoir de concurrencer Billancourt mais le quai de Javel n’obtint pas le succès escompté et le constructeur abandonna aux limbes son projet qui n’apportait semble-t-il pas de progrès par rapport aux AMR 33 et 35.

On trouve également à la fin des années trente, un projet de char léger proposé par AMX, l’AMX-38 et l’AMX-39 _deux variantes d’un même projet_ et qui comme l’AMX-40 allaient servir de démonstrateur technologique pour le Somua S-45 qui triompha du Renault DAC-1 qui avait lui même été préféré aux deux projets AMX.

Là encore, il s’agit de l’oeuvre de l’Ingénieur Général de l’Armement Joseph Molinié, le brillant chef du bureau d’étude de l’Atelier d’Issy les Moulineaux issu de la nationalisation de l’atelier de montagne de chars de combat et de chenillettes de Renault.

Alors que l’atelier est chargé de la production entre-autres du R-35, le bureau d’études est chargé d’étudier l’amélioration de leurs performances en tout-terrain ce qui aboutit au R-40 qui succède au modèle 1935 sur les chaines de montage.

Les ambitions du jeune atelier ne s’arrête pas à l’amélioration. Il souhaite produire ses propres chars légers et concurrencer voir à terme supplanter les manufacturiers privés. Le prototype n°1 ou AMX-38 présenté au printemps 1939 donne ainsi un char d’un poids semblable à celui du FCM-36, propulsé par un moteur diesel avec pour armement un canon de 37mm SA modèle 1938.

Le prototype AMX-39

Le prototype AMX-39

Ce premier projet n’est qu’un galop d’essais puis-qu’aussitôt est mis en chantier un prototype n°2 baptisé AMX-39 plus lourd, mieux protégé et mieux armé avec un canon de 47mm SA modèle 1935 (identique à celui du S-35).

Ce prototype présenté au printemps 1940 ne débouchera par sur une commande série à la fois car il avait été décidé de privilégier la production de chars existants et que le Renault DAC-1 appelé parfois Somua de Billancourt lui fût préféré dans le but non plus de mettre au point un nouveau char léger mais un char moyen appelé à terme à remplacer le S-35 et le S-40 mais comme nous le verrons ultérieurement, ce ne sera pas le cas.

Dans le domaine des prototypes citons également le domaine particulier des chars amphibies dont le premier exemplaire en France est sans surprise un Renault FT modifié à cet effet mais sans tourelle testé sur la Seine le 15 janvier 1919.

C’est ensuite la firme Batignolles-Châtillons qui se lance dans la production d’une automitrailleuse amphibie destinée à la cavalerie qui souhaite disposer pour ses avant garde d’un véhicule capable de franchir les coupures humides et de combattre aussitôt.

Le premier modèle baptisé DP-2 est un échec mais au printemps 1940, les essais d’une DP-3 armée d’un canon de 25mm et d’une mitrailleuse de 7.5mm est satisfaisante.

Néanmoins dans l’immédiat, le dévellopement n’est pas poursuivit, l’armée souhaitant donner la priorité à la construction des véhicules existants et ceux en dévellopement dans des domaines d’utilisation plus communs.

Il faudra donc attendre la relance d’une politique de prototypes décidée par le général Villeneuve en mars 1946 pour le projet d’un véhicule de combat amphibie devienne plus prégnant, plus palpable.

Les prototypes (1946-1948)

En mars 1946, alors que l’industrie française produit des quantités considérables de chars de combat (jusqu’à 30 par mois pour certains blindés), le général Villeneuve se préoccupe de garder une longueur d’avance sur l’Allemagne en prévoyant le coup d’après.

Des chars légers amphibies sont ainsi mis au point par l’entreprise Batignolles-Châtillon qui avait mis au point les DP2 et DP3 qui étaient plus des automitrailleuses que de véritables chars.

La firme installée dans la région parisienne met au point un char léger amphibie DP-4, un char de 15 tonnes disposant d’un canon de 47mm SA modèle 1935 et d’une mitrailleuse avec un équipage de trois hommes.

Six prototypes sortent entre septembre et novembre 1946 avant une petite série de douze véhicules au printemps 1948, le tout formant un escadron amphibie indépendant de dix huit chars déployés en Alsace en cas d’assaut sur le Rhin.

Des projets de chasseurs de chars sont également mis au point. Se rappelant du premier conflit mondial et la perte des industries du Nord, le général Villeneuve veut pouvoir construire rapidement des «chars», des véhicules de combat dans des entreprises peu ou pas habituées à produire du matériel militaire.

La production de char étant difficile avec la tourelle, l’idée est de produire des chassis chenillés sur lesquels ont installerait des canons d’un calibre suffisant pour appuyer l’infanterie ou pour combattre les chars.

Plusieurs projets sont mis au point par l’Entrepôt de Réserve Général du Matériel de Gien (Loiret) pour être produit rapidement. Ces projets sont baptisés GPM (Gien Projet Militaire) suivit d’un numéro.

Dans le domaine des chasseurs de chars notons le projet GPM 1 d’un chassis de Renault R-35 avec un canon de 47mm SA modèle 1941 en superstructure, d’un GPM 3 combinant un chassis de Somua S-35 avec un canon de 75mm TAZ modèle 1939 en superstructure, d’un GPM 5 combinant un chassis d’AMX-42 avec un canon de 90mm modèle 1939 adapté à l’antichar.

Dans le domaine des canons d’assaut, notons le projet GPM 2 combinant le chassis de Renault R-35 avec un canon de 75mm en superstructure _plus simple à produire que les canons d’assaut Somua SA u 40 ou ARL V-39_ , le projet GPM 4 combinant un chassis de Hotchkiss H-39 avec un obusier de 105C modèle 1935B et enfin le projet GPM 6 combinant un chassis Renault G1 avec un canon de 155mm modèle 1946.

Tous ces projets n’existent qu’à deux ou trois exemplaires mais pourraient vite se multiplier en raison de la présence d’un nombre conséquent de chars déclassés ou stockés pour servir de volant de fonctionnement.

Deux projets de chars coloniaux ou tropicaux sont envisagés pour combattre en Afrique Noire ou en Asie du Sud-Est face à des adversaires _Italie et Japon_ ne disposant pas de chars puissants.

Un projet dérivé du H-39 voit le montage d’une tourelle pouvant combiner soit d’un canon de 47mm et d’une mitrailleuse de 7.5mm ou d’un canon de 25mm et d’une mitrailleuse voir de deux mitrailleuses.

Le second reprend pour base le chassis de l’AMX-44 avec une tourelle à canon de 25mm et une mitrailleuse de 7.5mm. Deux prototypes de chaque modèle sont réalisés mais sans qu’une réalisation en série soit envisagée.

Des versions austere des AMX-44 et FCM-44 sont étudiés pour l’export mais la guerre ayant éclaté entre-temps, ces études n’ont pas dépassé le stade de la planche à dessin.

Des démonstrateurs technologiques sont également mis au point notamment le char léger AMX-46 qui combine un moteur diesel turbo, des chenilles souples, une suspension hydropneumatique, un blindage incliné laminé-soudé de nouvelle génération et une tourelle fabriquée en aluminium avec un canon de 47mm SA modèle 1946 à haute vitesse initiale.

La production en série de l’AMX-46 n’est pas prévue mais doit permettre de développer des briques technologiques pour améliorer les chars existants ou développer de nouveau même si l’idée de nouveaux chars légers va paraître de moins crédible au fur et à mesure que la guerre va se prolonger.

Et comme parallèlement, l’augmentation du poids des chars fait craindre la mise au point de monstres patauds peu efficients, une idée révolutionnaire émerge : celle d’un char polyvalent appelé dans la langue de Shakespeare Main Battle Tank (MBT) et traduit dans celle de Molière comme Char Principal de Combat (CPC). Une idée qui serait parue farfelue quelques années plus tôt mais entre l’acceptation et la production…. .

22-Armée de terre : armement et matériel (27)

AMR 33 et 35

Automitrailleuse de Reconnaissance modèle 1933

Automitrailleuse de Reconnaissance modèle 1933

Quand elle se lança dans la motorisation et la mécanisation, la cavalerie identifia plusieurs types d’automitrailleuses, trois catégories au final identifiées ainsi en 1931 :

-découverte : c’est le domaine où l’automitrailleuse trouve sa pleine mesure, elle est chargée d’éclairer le terrain, de prendre contact avec l’ennemi mais pas de combattre. C’est le domaine de la roue où elle est nettement mieux adaptée que la chenille car utilisant la route.

-reconnaissance : elle complète les automitrailleuses de découverte, ils sont plus proches des unités de combat. Véhicules chenillés ils assurent par exemple au sein des dragons portés des missions de liaison.

-combat : c’est l’un des premiers concepts à voir le jour. Si l’idée est rapidement centrée _un véhicule rapide pour contrer rapidement ennemi, mener des missions de couverture, des raids_, techniquement la maturation est plus longue.

Ce qui nous intéresse ici c’est la catégorie AMR qui allait disparaître par fusion avec le concept AMD donnant naissance au concept d’AMP ou Automitrailleuse Puissante avec une automitrailleuse 8X8 et l’utilisation de chars légers, les premiers remplaçant les AMD, les seconds (représentés par le H-39, les FCM-42 et l’AMX-44) les AMR.

Revenons aux origines du concept AMR (figé en 1931). Comme toute nouveauté, la cavalerie tatonant, lançant successivement plusieurs programme comme le programme d’automitrailleuse légère tous terrains pour une grosse voiture à tourelle (24 juillet 1930) qui devient ensuite une voiture de reconnaissance (type L) sans tourelle avec deux ou trois membres d’équipage (9 janvier 1931).
L’apparition des chenillettes de ravitaillement dans le cadre du programme de véhicules blindés de ravitaillement d’infanterie type N (programme du 7 juillet 1930) pousse la 2ème direction du ministère de la Guerre (la cavalerie donc) à changer ses spécifications et demander un petit chenillé à tourelle biplace, utilisée pour la reconnaissance, faiblement armée car usant du terrain pour se dissimuler à la vue de l’ennemi tout en renseignant le haut commandement.

Le programme de l’AutoMitrailleuse de Reconnaissance (AMR) est officiellement lancé le 16 janvier 1932. La cavalerie demande une voiture (le terme char est réservé à l’infanterie) de 3.5 tonnes en ordre de marche avec deux hommes d’équipage, un blindage de 9mm (13mm le 9 décembre 1932), une vitesse moyenne de 35 km/h, tout terrain avec pour armement une mitrailleuse de 7.5mm.

Seul Renault répond à ce programme en modifiant une chenillette Renault UE avec une mitrailleuse casemate, ces prototypes baptisés Renault VM participant aux manoeuvres de septembre 1932 ce qui permet de réaliser de substantielles modifications aboutissant à son adoption en mai 1933 puis sa production en série.

La Renault VM devient l’AMR modèle 1933 et va être utilisée par les régiments de dragons portés pour la reconnaissance et les liaisons. 118 exemplaires de série sont produits auxquels s’ajoutent trois des cinq prototypes reconfigurés en véhicules de série.

Quand éclate la guerre de Pologne, les AMR-33 sont encore en service au sein des trois divisions de cavalerie, les unités «pétrole-picotin» plus précisément au sein des groupes d’automitrailleuses puis après mobilisation au sein des dragons portés de ses divisions.

Suite à la transformation des Divisions de Cavalerie en Divisions Légères Mécaniques, les AMR sont intégrées définitivement aux RDP avec dans un premier temps un nombre inférieur à ceux des 1ère et 2ème DLM soit 32 par régiment de dragon porté soit un total de 96 blindés. Ils seront ensuite remplacés par des chars légers.

Caractéristiques Techniques de l’AMR modèle 1933

Poids total : 5 tonnes

Dimensions : longueur (chenille) 3.50m largeur 1.60m hauteur 1.78m

Motorisation : un moteur essence Renault délivrant 85ch à 2800 tr/minute

Vitesse moyenne : 45km/h   Pente : nc  Autonomie : 200km (128 litres d’essence)

Blindage : maximal 13mm

Armement : une mitrailleuse MAC 31 de 7.5mm sous tourelle avec 2250 cartouches en 15 chargeurs de 150. Une mitrailleuse de rechange peut être utilisé en tir antiaérien
 
Equipage : deux hommes

Suite au succès de l’AMR-33, un modèle amélioré à moteur arrière (latéral sur l’AMR-33) est développé à partir deux VM modifiés (février et avril 1934) puis à l’aide d’un véritable prototype, le Renault ZT apparu en octobre 1934.

Automitrailleuse de Reconnaissance (AMR) modèle 1935

Automitrailleuse de Reconnaissance (AMR) modèle 1935

Commandée en série, l’AMR-35 va être livrée à l’armée française entre avril 1936 et le printemps 1940 avec tout d’abord 167 Renault ZT 1 à mitrailleuse de 7.5 ou de 13.2mm au sein des régiments de dragons portés.

Ils sont suivis de vingt ZT à canon de 25 répartis entre 10 ZT-2 (canon en tourelle) et 10 ZT-3 (canon en casemate) pour armer les GRDI plus précisément les 1er, 3ème, 4ème, 6ème et 7ème GRDI et enfin de 55 ZT-4 à mitrailleuse de 7.5 ou de 13.2mm, initialement prévues pour l’Indochine mais finalement utilisés en  métropole pour motoriser certains GRDI montés à raison de douze véhicules par GRDI en l’occurence les 15ème, 16ème, 17ème et 18ème GRDI, les sept autres étant stockés.

Ces AMR jugées trop légèrement blindées vont être progressivement remplacées par des chars légers type AMX-44, Hotchkiss H-39 ou encore FCM-42. Seule une poignée de véhicules étaient encore disponibles en septembre 1948.

Caractéristiques Techniques de l’AMR modèle 1935 ZT-1

Poids total : 6.5 tonnes

Dimensions : longueur (chenille) 3.84m largeur 1.64m hauteur 1.88m

Motorisation : un moteur essence Renault délivrant 82ch à 2200 tr/minute

Vitesse maximale : 55km/h (40 en service courant)   Pente : nc  Autonomie : 200km (130 litres d’essence)

Blindage : maximal 13mm

Armement : une mitrailleuse MAC 31 de 7.5mm sous tourelle AVIS n°1 ou une mitrailleuse sous tourelle AVIS n°2 avec 1220 cartouches en 37 chargeurs de 20 cartouches (740), le reste en boites. Une mitrailleuse de rechange est disponible
 
Equipage : deux hommes

AMX-42 et 44

Le précurseur : l’AMX-40

Suite aux désastreux accords de Munich de septembre 1938, Paris et Londres se rendent compte de l’inéluctabilité du conflit. La coopération politique, technique et militaire s’intensifie entre les deux pays, de fructueux échanges ont lieu entre les deux pays.

La France comme la Grande Bretagne cherche à combler rapidement leurs lacunes. Les anglais se montrent très intéressés par le char B1bis, décidant d’en commander quelques exemplaires pour à terme développer un char semblable.

Au niveau des chars légers, la France se montre très intéressée par les chars Cruiser à la suspension moderne (à défaut d’un blindage épais) pour développer de nouvelles générations de chars légers.

Un véritable accord bilatéral est signé le 7 février 1940, la France s’engageant à livrer des B1bis ou ter et des Hotchkiss H-39 aux britanniques en échange de technologies modernes de char qu’il s’agisse de la suspension Christie ou de tourelles à commandes hydrauliques. Ils vont aussi fournir de véritables conseils en ergonomie pour les chars de combat.

75 B1bis furent ainsi livrés aux britanniques entre juillet 1940 et janvier 1941, formant cinq bataillons lourds indépendants mais surtout servirent à accélérer le dévellopement d’un nouveau char lourd baptisé Churchill qui combinait un canon de 75mm en casemate et une tourelle avec un canon de 6 livres (57mm).

Quand au Hotchkiss H-39, il fût livré à seulement 32 exemplaires, utilisés non pas comme chars opérationnels mais pour perfectionner dans certains domaines le char Cruiser.

Suite à des essais antérieurs d’un char Cruiser, la société AMX (Atelier d’Issy les Moulineaux issu de la nationalisation de l’établissement de production de chars de Renault) décida de lancer à titre privé une nouvelle étude pour un char de cavalerie utilisant la suspension Christie, un blindage sérieux (entre 15 et 50mm, le B1bis avait lui 60mm de blindage), un moteur diesel Aster et une tourelle biplace disposant d’un canon de 47mm modèle 1935 associé à une mitrailleuse.

Le prototype est présenté officiellement le 15 décembre 1940 devant le général Villeneuve. Des essais sont menés du 21 décembre 1940 au 15 mars 1941. Le concept est jugé bon mais devant la surcharge de l’industrie française, on décide de ne pas produire ce char pourtant prometteur.

Caractéristiques Techniques de l’AMX-40

Poids total : 16 tonnes

Dimensions : longueur hors tout 5.33m largeur hors tout 2.45m hauteur de caisse 1.58m

Motorisation : moteur diesel de 160ch

Vitesse maximale : 45/50 km/h sur chenilles Pente : 77% sur sol dur  Autonomie : supérieure à 500km  

Blindage : minimum 20mm maximum 60mm

Armement : un canon de 47mm modèle 1935 en tourelle bi ou triplace, canon alimenté à 176 obus et deux mitrailleuses de 7.5mm (MAC 31 coaxiale et MAC 34 antiaérienne) avec 4000 cartouches pour les deux

Equipage : mécanicien pilote en caisse, un chef de char tireur et un pourvoyeur en tourelle

Le dévellopement de l’AMX-42

L’Ingénieur Général de l’Armement (IGA) Molinié, responsable du programme décide de poursuivre le dévellopement de ce char, estimant à juste titre qu’il pourrait très bien convenir à  l’armée française.

Anticipation juste car en juin 1941 fût lancé un appel d’offres pour un nouveau char léger destiné à remplacer les chars en service à l’époque mais également pour muscler les régiments de dragons portés et les GRDI _remplacement des AMR-33 et AMR-35_ et offrir aux DLM et aux DCu un char léger de reconnaissance, anticipant sur la réorganisation postérieure des Divisions Légères Mécaniques et des Divisions Cuirassées avec une unité de reconnaissance par BLM/BB.

L’IGA Molinié reprit donc son projet AMX-40 et le perfectionna, remplaçant notamment la tourelle ronde d’origine _tourelle de démonstration plus que réelle tourelle opérationnelle_ par une tourelle biplace FCM armée d’un canon de 47mm SA modèle 1937 et de deux mitrailleuses de 7.5mm, une coaxiale et la seconde antiaérienne.

Le prototype de l’AMX-42 est officiellement présenté le 5 octobre 1941 et satisfait d’emblée la commission qui ne note que quelques modifications mineures à apporter. Il est adopté le 18 février 1942 sous le nom de char léger AMX modèle 1942 tout comme son concurrent le FCM-42, une version nettement améliorée du FCM-36.

Parallèlement, une version améliorée baptisée AMX-44 va être produite avec une tourelle triplace FCM, ce char équipant notamment les GRDI en remplacement des AMR ainsi que la 8ème DLM.

Cela poussera les Forges et Chantiers de la Méditerranée à  développer également un char léger amélioré, le FCM-44 qui allait équiper notamment les DLM.

Unités équipées d’AMX-42

La production est rapidement lancée pour équiper les unités qui appartiennent aussi bien à l’arme des chars de l’infanterie ou à la cavalerie même si le rapprochement est inéluctable, le général Villeneuve ne faisant pas mystère de fusionner ses deux armes même si les résistances importantes l’oblige à passer en douceur et non en force.

Les premiers exemplaires sortent des chaines de fabrication en novembre 1942 et vont équiper les GRDI qui vont délaisser leurs AMR à mitrailleuses pour de véritables chars légers à canon de 47mm, leur donnant un punch redoutable contre les automitrailleuses allemandes voir italiennes.

Le nouveau char léger va ainsi équiper quatre GRDI métropolitains, le 3ème qui reçoit ses vingt AMX-42 en décembre 1942 et janvier 1943, le 17ème qui reçoit ses véhicules en février et mars 1943, le 72ème est servit en avril et mai 1943 alors que le 94ème GRDI est rééquipé en juin et juillet 1943 soit un total en ligne de 80 chars.

Il va ensuite équiper les groupes de reconnaissance des Brigades Légères Mécaniques et des Brigades Blindées, chaque brigade dispose d’un groupe à trois pelotons de quatre chars plus un char pour le chef de groupe soit treize blindés par brigade et vingt-six par division.

La 6ème DLM créée sur ce modèle est la première servie, recevant ses vingt-six chars légers entre septembre et décembre1943. Elle est suivie par la 2ème DLM qui les reçoit entre janvier et mars 1944 et enfin par la 4ème DLM entre avril et juillet 1944 soit un total en ligne de 78 chars.

Les Divisions Cuirassées vont également être équipés de chars légers pour des missions de reconnaissance au sein du régiment de découverte avec pas moins de 45 véhicules et donc au sein des groupes de reconnaissance des BB avec donc un total de 71 par division.

La 2ème Division Cuirassée reçoit ses 71 chars entre septembre 1944 et janvier 1945 et la 4ème Division Cuirassée entre janvier et avril 1945.
L’AMX-42 va également équiper outre-mer trois bataillons de chars de combat (B.C.C) en l’occurence les 61ème, 65ème et 67ème bataillons déployés en Tunisie qui reçoivent leurs chars entre mai 1945 et octobre 1945 ainsi que le 4ème régiment de spahis tunisiens, régiment de découverte de la 1ère DLC qui reçoit ses chars en novembre et décembre 1945.

Les dragons portés des 2ème, 4ème et 6ème DLM sont les derniers à être servis, recevant leurs AMX-42 au rythme d’un bataillon par mois soit un rééquipement qui s’achève en septembre 1947.

858 chars ont alors été produits mais les chaines de fabrication continuent à produire des véhicules pour constituer un parc de réserve pour combler les pertes au combat et par accident mais également pour mettre sur pied les unités de mobilisation. Au rythme de 24 chars par mois, on trouve en stock en septembre 1948 (l’équipement des unités de combat ayant été jusque là privilégié) un total de 288 chars en stock portant le total des chars sortis des chaines à 1146 blindés.

Unités équipées de l’AMX-44

L’AMX-44 est une version améliorée de l’AMX-42 prévue dès l’origine de la conception du char léger _originellement de cavalerie mais qui finit par être utilisé par l’ABC, la fusion des armes de la cavalerie et des chars de l’infanterie_. En effet, l’AMX-42 peut recevoir également la tourelle triplace de son successeur.

Outre un moteur plus puissant, l’AMX-44 se distingue par une tourelle triplace FCM au lieu de la tourelle double ARL ce qui porte l’équipage du char à quatre hommes, un effectif qui à l’aune des premières opérations de guerre se révélera comme être l’optimum, permettant notamment au chef de char de mener pleinement son rôle de commandement et non d’être un véritable homme orchestre.

L’AMX-44 à été en réalité adopté en mars 1943 et aurait pu s’appeler AMX-43 si on n’avait pas compter le temps de l’industrialisation.

En effet,les premiers chars de ce type ne sortent des chaines de la nouvelle usine AMX de Giens en juin 1944 pour être aussitôt livrés aux unités, l’armée ayant fait comme pour l’AMX-42 le choix de privilégier le rééquipement des unités aux stocks, décidant en cas de besoin de piocher dans les nombreux chars légers anciens stockés après démobilisation des unités mobilisées au cours de la guerre de Pologne et non maintenus par la suite.

Ce sont les GRDI qui sont les premiers à recevoir ce nouveau char à raison de 20 véhicules qui leur dotent d’une véritable capacité de combat puisque remplaçant on s’en souvient des AMR simplement équipés d’une mitrailleuse de 7.5 ou de 13.2mm à tel point que certains s’inquiéteront de voir les cavaliers de ces groupements utiliser leurs véhicules de manière trop agressive au risque d’oublier leur mission première.

Six Groupements de Reconnaissance de Division d’Infanterie vont être équipés en l’occurence le 7ème GRDI (septembre 1944), le 21ème GRDI (octobre 1944), le 22ème GRDI (novembre 1944), 73ème GRDI (janvier 1945) 91ème GRDI (mars 1945) et 92ème GRDI (avril 1945) soit un total de 120 véhicules en ligne.

La production est suspendue entre juin 1945 et septembre 1946 pour permettre à l’usine de Giens de prêter main forte à celle d’Issy-les-Moulineaux pour sortir d’avantage d’AMX-42.

En octobre 1946, la production reprend suite à la volonté (officielle en septembre 1947) de créer de nouvelles DC (Divisions Cuirassées) et DLM (Divisions Légères Mécaniques).

L’AMX-44 va ainsi équiper la 8ème DLM à raison de vingt-six chars soit deux groupes de treize blindés (un pour le commandant et trois pelotons de quatre) pour les deux groupes de reconnaissance et surtout les deux régiments de dragons portés qui à eux disposent de 126 blindés, portant le total à 152, la division recevant ces chars entre septembre 1947 et avril 1948.

Elle est suivie par la 6ème DC qui aligne un total de 71 chars répartis entre le régiment de découverte (45 chars) et les deux groupes de reconnaissance des BB (26 chars), la division étant équipée en mai et juin 1948.

La production est alors poursuivie pour constituer des véhicules de réserve destinés à équiper des bataillons de mobilisation mais également à fournir un volant de réserve pour une guerre s’annonçant longue et rude.

Au final, cinq bataillons de chars de combat de mobilisation vont être progressivement équipés d’AMX-44 en l’occurence le 21ème, le 31ème, le 33ème, 36ème et le 40ème BCC à raison de 45 chars par bataillons.

L’usine de Giens ne produisant «que» 30 chars par mois, seul le 21ème BCC peut recevoir sa pleine dotation de chars, les autres bataillons mobilisés avec d’autres véhicules (notamment des chars légers anciens stockés comme le R-35 ou le FCM-36) ne recevant leur monture définitive qu’au début de l’année 1949.

Au total quand éclate la seconde guerre de Pologne, l’armée de terre dispose de 388 AMX-44 en ligne plus une quinzaine en réserve, chars destinés à équiper le 31ème BCC et provisoirement utilisés par l’ERGM de Giens.

Caractéristiques Techniques des AMX-42 et 44

Poids total : 17 tonnes pour l’AMX-42, 17.5 tonnes pour l’AMX-44

Dimensions : longueur hors tout 5.33m largeur hors tout 2.75m hauteur de caisse 1.58m

Motorisation : moteur diesel Aster de 210ch

Vitesse maximale : 55 km/h sur chenilles Pente : 77% sur sol dur  Autonomie : 575km  
Blindage : minimum 20mm maximum 60mm

Armement : un canon de 47mm modèle 1937 en tourelle bi ou triplace, canon alimenté à 180 obus et deux mitrailleuses de 7.5mm (MAC 31 coaxiale et MAC 34 antiaérienne) avec 4000 cartouches pour les deux

Equipage : mécanicien pilote en caisse, un chef de char tireur et un pourvoyeur en tourelle (AMX-42), un mécanicien pilote en caisse, un chef de char, un tireur et un pourvoyeur en tourelle (AMX-44)

22-Armée de terre : armement et matériel (23)

H-Chars léger

Préambule

Par sa présence sur les Champs Elysées lors du défilé de la victoire du 14 juillet 1919, le Renault FT symbolise le «char de la victoire» et conforte l’idée qu’un char léger peut tout aussi bien faire la différence qu’un char plus lourd, mieux armé et mieux protégé.

Il s’en ait fallu de peu pour que ce ne soit pas le cas car les premiers chars français étaient tout sauf léger, le Saint Chamond pesant 23 tonnes et le Schneider 13.5 tonnes contre seulement 6.5/6.7 tonnes pour le Renault FT.

Les déficiences techniques et un baptême du feu désastreux sur le Chemin des Dames en avril 1917 entraina le déclassement de ses chars au profit de la petite merveille conçue par Louis Renault et le général Estienne qui pourtant défendait un char plus lourd et ne cessa jusqu’à sa mort en 1936 de défendre le char moyen/lourd au point d’être vent debout contre le remplacement du Renault FT, combat qu’il finit par perdre.

Au milieu des années trente, le remplacement du Renault FT se pose et un nouveau programme est lancé, aboutissant au Renault R-35 et au Hotchkiss H-35 puis à leurs versions améliorées, les Renault R-40 et les Hotchkiss H-35 mod.39.

D’autres chars légers vont également être mis en service au sein de l’arme des chars de l’infanterie en l’occurence le char D1 _issu du Renault NC, version améliorée du FT_ mais encore le remarquable FCM-36 _blindage laminé soudé et moteur diesel_ .

Suite à la révolution Villeneuvienne, le char léger n’est pas pour autant condamné même si le «Général Tornade» était un disciple du général Estienne. Il le maintien en ligne mais pour un rôle limité au soutien rapproché de l’infanterie au sein des BCC ainsi que des missions de reconnaissance au sein des DC et des DLM.

De nouveaux modèles de chars légers voient le jour au cours de la «fausse guerre» (1940-1948) en l’occurence l’AMX-42 et 44 ainsi que les FCM-42 et 44, des chars légers puissamment armés avec un canon de 47mm.

Bien que la cavalerie n’ait jamais possédé de chars légers mais des automitrailleuses de reconnaissance (AMR), ces petits blindés armés de mitrailleuses vont bien sur figurer dans cette rubrique, la fusion des chars de l’infanterie et de la cavalerie au sein d’une Arme Blindée-Cavalerie voyant les unités de cavalérie s’équiper en terme de chars légers des même chars que les DC en l’occurence les produits FCM et AMX.

Renault FT

Renault FT en version canon avec un canon de 37mm SA modèle 1916

Renault FT en version canon avec un canon de 37mm SA modèle 1916

Préambule

C’est à l’été 1916 que nait l’idée chez Louis Renault d’un char léger. A la différence des futurs Saint Chamond et Schneider, l’idée n’est plus de franchir les tranchées mais d’y plonger et d’en ressortir, bref de coller au terrain, de suivre l’infanterie ce qui aura sur le plan technique et tactique de sérieuses répercussions.

Un an plus tard, la situation de l’armée française est grave. L’échec du Chemin des Dames à provoqué des mutineries qui réprimées démontre que le temps des offensives sanglantes pour gagner quelques centaines de mètres sont révolues. Le général Pétain le résume par cette formule postérieure «J’attends les américains et les chars».

Première véritable guerre industrielle de l’histoire, il faut produire vite de grandes quantités de chars et dans ce domaine, le char léger est nettement plus rapide à produire qu’un char moyen ou un char lourd.

Il est d’abord prévu 300 chars Schneider, 300 chars Saint Chamond, 200 chars FCM (type 1A) et 2400 chars mitrailleurs Renault. A l’automne, les Schneider et Saint Chamond sont passés par les oubliettes, le FCM 1A n’est encore qu’au stade du prototype (stade qu’il ne dépassera pas), laissant seul le char Renault.

Seulement si Renault est une entreprise aux moyens industriels importants, elle ne peut sortir des milliers de chars en quelques mois. Un véritable conglomérat industriel va être mis sur place, mobilisant toutes les ressources de l’industrie automobile et de la sidérurgie, voyant l’alliance contre nature mais imposée par l’état des grands rivaux que sont Renault et Berliet, Schneider et Saint Chamond.

L’ultime réunion de concertation à lieu le 19 octobre 1917 et permet de répartir la commande entre Renault (700 chars), Berliet (800 chars), Somua _filiale de Schneider_ (600 chars) et Delaunay-Belville (280 chars). Sachant que Renault à déjà reçu la commande de 1150 chars, le total des chars légers commandés est donc de 3530 exemplaires qui doivent être tous livrés en juillet 1918.

Bien entendu ce calendrier est hautement irréaliste et ne sera pas tenu d’autant que de nouvelles commandes porte le programme à 4000 chars avec 2000 chars à canon de 37mm, 1100 chars mitrailleurs, 300 chars TSF et 600 chars à canon de 75.

Au printemps 1918, la question du char FT se double d’une question interallié. En vue des offensives prévues en 1918 et 1919, on cherche à standardiser les flottes de chars en mettant au point un nombre réduit de modèles.

Si pour le char lourd c’est le MkVIII Liberty qui est sélectionné, pour le char léger, c’est la petite merveille de Billancourt (qui rappelons à fixé la structure orthodoxe du char de combat _pilote à l’avant, tourelle au milieu et moteur à l’arrière_) qui est choisit pour équiper l’armée britannique et l’armée américaine.

Début mai 1918, une commande supplémentaire de 635 chars est passée portant le total à 4635 chars Renault FT. Cette commande est suivie de commandes régulières pour éviter une rupture de la chaine de fabrication. On parle à l’époque de livrer entre 500 et 1500 chars légers à la Grande Bretagne.

Ces commandes régulières _une idée du ministre de l’Armement Louis Loucheur_ sont d’une remarquable clairvoyance car suite aux succès remportés par le char léger, le GQG (Grand Quartier-Général) demande le 16 septembre 1918 3000 chars supplémentaires (1050 chars canons et 1950 chars mitrailleurs) à livrer au plus tard le 1er juin 1919.

Parallèlement, on espère produire le char Renault aux Etats-Unis avec pas moins de 6000 exemplaires dont 1200 rien que pour la France mais aucun Renault américain ne sera livré à la France.

En ce qui concerne la production, 1036 chars ont été livrés au 30 juin 1918. La cadence s’accélère alors avec l’entrée en ligne des autres constructeurs. C’est ainsi qu’à la fin du mois de septembre 1918, 2731 chars ont été livrés.

Les cadences sont ensuite ralenties par des problèmes d’approvisionnement ainsi que la nécessite de réparer les chars retournés par les armées.

Quand survient l’Armistice du 11 novembre 1918, 7800 chars Renault FT ont été commandés répartis entre Renault (3940), Berliet (1995), Somua (1135) et Delaunay-Belville (700) mais «seulement» 3246 ont été réceptionnés, 627 devant l’être d’ici le 30 novembre alors qu’au total 5260 constructions ont été engagées.

Se pose la question de la poursuite ou non de la fabrication. Si le GQG estime qu’avec 3500 exemplaires ses besoins sont couverts, pour Louis Loucheur, il est improbable pour des raisons industrielles et sociales _en un mot politiques_  de stopper brusquement la fabrication.

Un temps, il espère poursuivre la fabrication jusqu’à 4900 exemplaires mais sur l’insistance de Clemenceau, le nombre sera ramené à 4516 exemplaires dont 3187 exemplaires sortis d’usine avant la fin du premier conflit mondial.

Sur ces 4516 chars (plus un char du souvenir produit en juillet 1920), un certain nombre ont été cédés aux alliés. Avant la fin du conflit, 247 chars (sur 3187 à l’époque) ont été cédés aux alliés en l’occurence, 231 aux Etats-Unis, 12 à la Grande Bretagne et 4 à l’Italie.

La paix revenue, des chars sont cédés à l’étranger. C’est ainsi que novembre 1918 au 1er juillet 1919 sont cédés 12 chars à la Grande Bretagne, 30 à la Finlande, 1 exemplaires à l’Espagne et pas moins de 120 à la Pologne soit un total de 410 chars cédés sur un total de 4517 chars produits, laissant à la France théoriquement 4107 chars.

D’autres chars ayant été ultérieurement cédés à certains pays étrangers, la France ne dispose plus en décembre 1921 «que» de 3588 chars légers destinés à armer 27 bataillons répartis au sein de neuf Régiments de Chars de Combat plus 5 à 600 chars de réserve.

Au 31 décembre 1934, on trouve encore 3499 Renault FT en service même si tous sont loin d’être opérationnels, 30% doivent être cannibalisés pour permettre à la flotte de fonctionner soit tout de même plus de 1000 chars hors service.

Situation en septembre 1939 et son évolution

Quand éclate la guerre de Pologne en septembre 1939, le petit Renault FT est loin d’avoir tiré toute sa révérence même si ses jours sont comptés.

A l’époque, il équipe encore les Bataillons de Chars de Combat (BCC) du temps de paix (Afrique du Nord, Levant), les BCC mis sur pied à la mobilisation à partir des RCC qui deviennent des centres mobilisateurs, des unités indépendantes dans l’Empire ou rattachées aux unités régionales sans oublier un rôle de char de dépannage.

Aux armées, pas moins de huit bataillons disposent chacun de 63 chars Renault FT :

-le le 11ème bataillon affecté au groupement de bataillons de chars 502 de la 4ème armée reçoit au printemps 1940 des Renault R-35 en remplacement du «char de la victoire»

-le 18ème bataillon affecté au groupement de bataillons de chars 516 de la 8ème armée reçoit ultérieurement des Renault R-40

-le 29ème bataillon affecté au groupement de bataillons de chars 513 de la 3ème armée reçoit ultérieurement des Renault R-40

-Le 30ème bataillon affecté au groupement de bataillons de chars 520 de la 3ème armée reçoit ultérieurement des Renault R-40

-Le 31ème bataillon affecté au groupement de bataillons de chars 501 de la 5ème armée reçoit ultérieurement des Renault R-35

-Le 33ème bataillon affecté au groupement de bataillons de chars 518 de la 9ème armée reçoit ultérieurement des Renault R-40

-Le 36ème bataillon affecté au groupement de bataillons de chars 506 de la 8ème armée reçoit ultérieurement des Renault R-40

-Le Bataillon de chars des troupes coloniales reste équipé de Renault FT et est dissous avant son réarmement en véhicules modernes.

On trouve également des chars en instruction, dans les dépôts et les écoles (350 chars), dans les bataillons de manoeuvre (des bataillons mobilisés avec des Renault FT et une poignée de chars modernes en attendant que la livraison suive la mobilisation) (315 chars).

Des chars Renault FT sont affectés aux régiments régionaux pour assurer la défense locale. Au total 192 chars sont répartis en quarante-huit sections de quatre FT 17/31 :

-Les 12ème et 514ème régiments régionaux disposent de quatre sections de chars FT soit seize blindés.

-Les 92ème, 131ème et 142ème régiments régionaux disposent de trois sections de chars FT soit douze blindés

-Les 28ème, 31ème, 41ème, 53ème, 68ème, 77ème,81ème, 157ème, 171ème, 181ème et 216ème régiments régionaux disposent de deux section de chars FT soit huit blindés

-Les 51ème, 91ème, 111ème, 132ème, 143ème, 158ème, 162ème, 203ème et 206ème régiments régionaux disposent d’une seule section.

Ces régiments régionaux étant dissous à la démobilisation, la majorité des Renault FT les équipant vont être feraillés mais certains seront encore en service en septembre 1948 assurant la protection des aérodromes contre les raids de parachutistes.

A la différence de la métropole, les B.C.C déployés dans l’Empire existent dès le paix et eux aussi disposent de Renault FT.

C’est ainsi que le 64ème BCC déployé en Algérie dispose de 45 chars, que le 66ème BCC et une compagnie du 62ème BCC disposent d’un total de 60 chars, que le 63ème BCC disposent de deux compagnies équipées de Renault FT et que 35 chars sont stockés en dépôts ou dans les écoles.

Suite à la démobilisation et avant même celle-ci, le Renault FT est progressivement retiré du service actif, étant dépassé même dans l’Empire. les 62ème et 66ème BCC stationnés au Maroc et le 64ème BCC stationné en Algérie troquent ainsi leurs Renault FT contre des Renault R35 tout comme les 63ème et 68ème BCC stationnés au Levant.

On trouve également des chars FT dans les possessions outre-mer, une section est déployée à Madagascar, une compagnie est déployée à Hanoï, une compagnie est déployée à Saïgon, un détachement motorisé équipé de Renault FT est déployé en Cochinchine, deux sections sont déployés à Tien-Tsin et une compagnie à Shanghai.

La section déployée à Madagascar remplace en 1947 ses Renault FT par des Renault R-35 tout comme les compagnies de chars légers déployées en Indochine, renforçant le Groupement Mécanisé Colonial (GMC) . Les Renault FT  déployés en Chine restent en service.

A noter également que des Renault FT ont été utilisés durant la guerre de Pologne comme chars de servitude selon une note de l’état-major générale datée du 15 novembre 1939 en l’occurence trois pour le dragage de mines, deux pour le transport de ponts Bourguignon et un pour les pionniers.

Quand éclate le second conflit mondial en septembre 1948, seule une infime poignée de Renault FT sont encore en service mais aucun en métropole, y compris pour les taches de servitude ou de défense des aérodromes contre un raid de parachutistes.

Pour les taches définies plus haut, une version spécifique du char équipant le bataillon à été mis sur pied sauf pour les bataillons équipés d’ARL-44 où ce sont les B1bis détourellés qui sont chargés du dépannage. Pour la défense des aérodromes, l’armée de l’air à récupéré des AMR de l’ABC tandis que les régiments régionaux moins nombreux et moins puissants qu’en septembre 1939 ne disposent pas à la mobilisation de chars.

Ecorché d'un Renault FT armé d'une mitrailleuse de 8mm Hotchkiss modèle 1914

Ecorché d’un Renault FT armé d’une mitrailleuse de 8mm Hotchkiss modèle 1914

Caractéristiques Techniques du Renault FT

Poids total : (char-mitrailleur) 6.5 tonnes (char-canon de 37mm) 6.7 tonnes

Dimensions : longueur 4m (5.10m avec la queue passe tranchée) largeur 1.74m hauteur 2.14m

Motorisation : un moteur Renault 4 cylindres développant 35 ch à 1300 tours minutes. Boite à quatre vitesse + une marche arrière. Réservoir de 96 litres d’essence

Vitesse maximale 7.8 km/h, environ 2 km/h en terrain varié Pente 45° Autonomie : 8 heures
Blindage : tourelle blindée à 22 et 16mm, parois verticales 16mm parois obliques 8mm plancher 6mm

Armement : (char-mitrailleur) une mitrailleuse Hotchkiss modèle 1914 de 8mm avec 4800 coups en 50 bandes articulées de 96 cartouches ou un canon de 37mm semi-automatique avec 237 obus. Certains Renault FT mitrailleurs ont été réarmés avec une mitrailleuse Darne de 7.5mm.

Equipage : 2 hommes (mécanicien pilote et chef de char tireur).

22-Armée de terre : armement et matériel (1)

22)° Armée de terre : l’armement et le matériel

Préambule

Dans cette partie, je vais donner un peu plus de chair à ma description de l’armée de terre en abordant non plus les structures et les unités mais l’armement et l’équipement de nos soldats qui en 1948 n’à rien à envier à son adversaire allemand. Mieux même, il le surpasse dans certains domaines comme les Fritz ne tarderont pas à s’en rendre  compte.

Je vais d’abord aborder l’armement de la «reine des batailles», l’infanterie sur laquelle porte l’effort principal de la bataille. Comme le dira un lieutenant anonyme excédé par les prétentions des unités de l’Arme Blindée-Cavalerie «C’est bien beau les chars mais après pour occuper le terrain ils auront besoin de nous !».

Sur le plan de l’armement, l’une des évolutions majeures est un changement de calibre. Le 8mm apparu à la fin du 19ème siècle avec le fusil Lebel disparaît au profit du 7.5mm inspiré de la cartouche allemande de 7.92mm.

Du moins en métropole, dans l’Empire où le besoin d’une cartouche moderne se fait moins sentir, le 8mm est encore assez présent.

Ce changement de calibre s’explique par l’inadaptation de la cartouche à bourellet pour le tir automatique, le lamentable Chauchat étant encore dans toutes les mémoires……. .

Le nouveau fusil standard de l'armée de terre, le MAS 36

Le nouveau fusil standard de l’armée de terre, le MAS 36

Qui dit changement de calibre dit nouvelles armes. Le MAS 36 de 7.5mm devient le fusil standard de l’infanterie française, étant également décliné en une version à crosse repliable pour l’infanterie de l’air, une version courte (équivalent d’un mousqueton utile pour la cavalerie et l’artillerie), en version tireur de précision.

Le MAS modèle 1940 est un fusil semi-automatique qui n'à rien à envier au Garand américain

Le MAS modèle 1940 est un fusil semi-automatique qui n’à rien à envier au Garand américain

On trouve également un fusil semi-automatique, le MAS-40 avec un chargeur à dix coups et le MAS 44 avec un chargeur à vingt-cinq coups, l’ancêtre du fusil d’assaut.

Ces deux armes furent d’abord réservées aux dragons portés des DLM et chasseurs portés des DC avant d’équiper les meilleures divisions d’infanterie recevant ultérieurement le MAS 40 qui aurait totalement remplacé le MAS 36 sans le déclenchement de la guerre qui comme partout à bouleversé bien des plannings.

Pour ce qui est des armes de poings _pistolets et pistolets mitrailleurs_, le 8mm cède la place au 7.65mm mais il est rapidement concurrencé par un calibre jugé meilleur en l’occurence le 9mm qui équipe pistolets et pistolets mitrailleurs. On trouve également du 11.43mm pour les mitraillettes Thompson livrées par les Etats-Unis au printemps 1940.

Mitrailleuse Hotchkiss modèle 1914

Mitrailleuse Hotchkiss modèle 1914

Les armes automatiques lourdes type fusil-mitrailleur et mitrailleuses utilisent principalement le 7.5mm mais on trouve encore du 8mm pour les inusables Hotchkiss modèle 1914 présentes dans l’Empire et du 13.2mm utilisées pour l’armement de certains ouvrages de la ligne Maginot et certains véhicules, le 9mm pour la mitrailleuse MAC 37 n’ayant pas été produite, l’arme étant restée à l’état de prototype.

Pour ce qui est des armes plus lourdes, on trouve des canons antichars de 25 et de 47mm. Si le premier canon est de moins en moins apte à détruire les chars allemands, il fait plus que bonne figure face aux chars italiens et même japonais.

Il y à bien entendu le canon antichar de 75mm TAZ modèle 1939 mais ce dernier appartient à l’artillerie tout comme un canon antichar de 90mm _adaptation du canon antiaérien modèle 1939_ connait une production limitée.

On trouve également des armes singulières comme plusieurs modèles de fusils antichars, des PIAT ainsi qu’un lance-fusée Brandt de 50mm et une série de grenades antichars Brandt qui allaient déboucher sur une toute autre arme une fois le conflit déclenché.

Pour ce qui est des mortiers, les mortiers de 60mm sont toujours là mais le 81mm à cédé la place au moins en Métropole à une arme nettement plus redoutable de 120mm soit une puissance de feu supplémentaire pour l’infanterie française. Seule l’infanterie soviétique avec son mortier de 120mm modèle 1938 pour supporter la comparaison.

Après l’infanterie, nous nous intéresseront au cas de l’artillerie qui à connu entre 1940 et 1948 une modernisation spectaculaire.

Certes des pièces antiques sont encore présents (notamment dans les colonies et au sein des RAP/RAMF) mais l’artillerie de campagne aligne des pièces modernes de 75mm (le TAZ modèle 1939 plus ses cousins de l’artillerie légère et de montagne), de 105mm (obusiers modèle 1934S et modèle 1935B, canons de 105mm modèle 1936S et modèle 1941T) ou de 155mm (Schneider modèle 1946, GPF et GPFT). On trouve également des canons d’assaut et des canons automoteurs pour accompagner au plus près les chars.

Pour l’artillerie lourde, la situation est plus contrastée mais les canons de 194, 220 et 280mm restent malgré leur âge redoutable tout comme les pièces d’artillerie sur voie ferrée appelées à appuyer la Ligne Maginot en attendant de matraquer la ligne Siegfried.

Nous aborderons la question des uniformes. Si les chasseurs alpins et à pieds restent en bleu nuit, les autres unités adoptent au milieu des années trente le kaki moins voyant que le bleu horizon.

Quand à la silhouette du soldat, elle ressemble fortement à celle de son ainé de 14-18 jusqu’à l’arrivée du général Villeneuve à la tête de l’armée qui souhaite une armée jeune et sportive.

C’est ainsi que progressivement, l’équipement individuel du soldat va être allégé. Les dragons et les chasseurs portés sont ainsi en pointe dans ce domaine et par capillarité, les nouveaux équipements, de nouvelles «modes» vont irriguer l’armée de terre.

Une nouvelle tenue apparaît en 1947 mais est loin d’avoir remplacé la tenue modèle 1935. Cette nouvelle tenue garde le pantalon bouffant ou pantalon de golfe mais la veste est repensée et les bandes molletières sont remplacées par l’ensemble chaussures montantes (comparables à nos actuelles chaussures de randonnée) et guêtres en cuir. Un ceinturon d’un nouveau type et un sac mieux pensé complète le tout. Le béret remplace dans toutes les unités le calot comme coiffure standard.

En ce qui concerne les véhicules, l’évolution entre la guerre de Pologne et le début du second conflit mondial est spectaculaire.

Quand la guerre de Pologne éclate en septembre 1939, les chars et véhicules blindés français sont repartis grosso modo en deux catégories : les véhicules de cavalerie généralement rapides pour la percée et les missions traditionnelles de la cavalerie et les chars d’accompagnement de l’infanterie lents et bien protégés, censés accompagnés au plus près les fantassins.

Cette répartition simpliste va être bouleversée par la «révolution villeneuvienne» qui renoue avec les mannes du général Estienne en adoptant une attitude résolument offensive, symbolisée par une motorisation à outrance et par les fameux Corps d’Armée Cuirassés, placé sous les ordres directs du CEMAT et censé être les poings blindés pour percer le front et aboutir avec le soutien des Corps de Cavalerie et des groupes d’armées à la percée décisive tant cherchée et tant souhaitée durant le premier conflit mondial.

Un bon char est un savant compromis _compromis souvent imparfait_ entre vitesse, protection et armement. Le second paramètre était souvent mis en avant pour les chars d’infanterie alors que les automitrailleuses de combat de la cavalerie devaient être surtout rapides. On assiste à un rapprochement de ces trois facteurs dans les différentes catégories qu’il s’agisse des chars de bataille, des chars de combat et des chars légers ou chars d’accompagnement.

En septembre 1939, les chars/automitrailleuses de combat français sont globalement supérieurs à ceux alignés par l’Allemagne. En effet, les chars français étaient généralement plus rapides, mieux protégés et mieux armés.

Si le Renault R-35 était bien plus lent qu’un Panzer I ou II, il était nettement mieux protégé et nettement mieux armé (canon de 37mm face à deux mitrailleuses de 7.92mm ou un canon de 20mm et une mitrailleuse de 7.92mm).

L'Automitrailleuse de Combat (AMC) modèle 1935S dit Somua S-35

L’Automitrailleuse de Combat (AMC) modèle 1935S dit Somua S-35

Le Somua S-35 était aussi rapide, mieux protégé et mieux armé que le Panzer III. Seul le Panzer IV était mieux armé que les chars légers et médians français mais son canon de 75mm court était plus adapté à l’appui de l’infanterie et de plus il était disponible en faible nombre.

Le B1bis lui était insurpassable, son blindage le mettait l’abri de la plupart des canons allemands (à l’exception du 88mm) et son armement mixte (canon de 47 en tourelle et de 75mm en casemate) lui donnait une puissance de feu sans équivalent.

Tout n’était cependant pas rose dans le domaine des chars/automitrailleuses de combat. Plusieurs carences auraient pu avoir des conséquences dramatiques si les allemands avaient attaqué à l’ouest qu’il s’agisse de la configuration monoplace de la tourelle (chars légers biplaces ou chars moyens triplaces) ce qui obligeait le chef de char à être pointeur et tireur en même temps, d’un canon de 37mm SA18 dépassé (il équipait notamment le R-35 et le FCM-36) et de l’absence de radio qui empêchait les unités de chars à pouvoir manoeuvrer rapidement et exploiter la moindre opportunité.

Fort heureusement, les huit années de paix armée vont permettre de résoudre ces carences même si seule l’expérience du feu pouvait valider ou pas les modifications effectuées.

Sur le plan des modèles de véhicules, un grand nombre d’entre-eux en service en septembre 1939 sont encore en service en septembre 1948.

Si les Renault FT, D-2 et les B1bis ont tous été retirés du service (ou peu s’en faut pour le FT qui assurent quelques missions secondaires notamment la défense des aérodromes), on trouve encore des Renault R-35, des Hotchkiss H-39 (neufs ou H-35 modifiés), des Somua S-35, des FCM-36.

De nouveaux modèles sont également mis en service qu’il s’agisse de dérivés de véhicules existants comme le Renault R-40 dérivé du R-35, le FCM-42 issu du FCM-36 ou le Somua S-40 dérivé du S-35 ou de véhicules de conception nouvelle comme l’ARL-44 remplaçant des B1bis ou le Renault G1 qui va remplacer les Hotchkiss H-39 au sein des DC.

Le Somua S-45 en dépit d’une dénomination qui laisserai apparaître un lien de parenté avec le S-35 et le S-40 est un char différent, l’équivalent du G1 pour les DLM. Il est mis en service en février 1945 et en septembre 1948 équipe cinq des huit DLM.

On trouve également l’AMX-42 et l’AMX-44, derniers nés de la famille des chars légers qui allaient devoir se concentrer sur les missions de reconnaissance faute de pouvoir réellement peser dans un combat de char à char. A l’autre bout du spectre, on trouve une poignée de chars de forteresse FCM F1 qui remplacent les antédiluviens FCM-2C issus du premier conflit mondial.

Les chars (automitrailleuses de combat pour la cavalerie) ne sont pas les seuls véhicules en service, on trouve également des canons d’assaut type Somua SAu40 ou ARL V-39, des automitrailleuses de reconnaissance AMR-33 et 35, des automitrailleuses de reconnaissance à roues AMD-178 et AM modèle 1940 P.

Parallèlement, aux véhicules de combat, les DC et les DLM vont disposer de véhicules spécialisés qu’il s’agisse de dérivés de chars et de véhicules de combat ou d’engins spécialement conçus pour le soutien notamment logistique. Dans cette catégorie figurent également les transports destinés aux armes lourdes et aux fantassins, les dragons et les chasseurs portés notamment.

On trouve par exemple des chars de commandement, de tout type. Ils sont soient dépourvus de canon ou alors pourvu d’une radio si encombrante (technologie de l’époque) que la dotation en munitions est généralement réduite de 10%.

Les véhicules de dépannage sont généralement des chars de première série auxquels on à enlevé la tourelle pour le remplacer par une petite superstructure avec des moyens de levage et de remorquage.

Dans cette catégorie, nous trouvons également des véhicules de liaison, des véhicules chenillés comme les AMR-33 présentées plus haut ou des véhicules à roues comme la Panhard 178L (Liaison) qui sera ultérieurement complété par des Daimler Dingo livrés par la Grande-Bretagne.

Pour ce qui est du transport de troupes, on trouve des véhicules toutes roues motrices (hélas non blindés) et vrai nouveauté, des chenillés spécialement conçus pour le transport d’hommes en armes, les Lorraine 39L et les Renault DAJ-1.

Nous enchaineront ensuite par l’ordre de bataille de l’armée de terre en septembre 1948 avec en métropole, trois groupes d’armées, un détachement sur les Pyrénées, deux CAC, trois Corps de Cavalerie et une DLM indépendante. Quand aux troupes déployées dans l’Empire, elles sont nettement plus nombreuses, mieux entrainées et mieux armées.

Enfin, la dernière partie sera consacrée aux plans de défense et d’attaque mis au point par le généralissime Villeneuve qui reprend à son compte la manoeuvre Dyle-Breda imaginée par son prédécesseur tout en ayant mis au point des plans offensifs contre l’Allemagne avec une attaque par la Belgique, le Luxembourg, par le Rhin….. .

Une hypothèse suisse est envisagée tout comme des plans pour contre l’Italie par une attaque dans les Alpes voir par une opération amphibie en Sardaigne et en Sicile voir directement contre la Péninsule.

Les autres fronts ne sont pas oubliés. Face à l’Espagne, il est prévu une posture de défense ferme avec les bataillons de chasseurs pyrénéens chargés de tenir les cols appuyés par la 31ème DIAlp de Montpelier.
En cas d’agression espagnole, les troupes stationnées au Maroc ont pour mission d’occuper le Maroc espagnol. Sur le front Tunisien, il est prévu une défense ferme mais une conquête de l’ASI n’est pas exclue pour sécuriser le flanc sud du dispositif allié et servir de base opérationnelle pour une poussée dans les Balkans.

En Scandinavie et dans les Balkans, des interventions en soutien des gouvernements légitimes sont possibles et planifiées.

Quand à l’Asie du Sud-Est, c’est la défensive qui prévaut, une défense ferme pour rendre le plus indigeste possible une probable offensive japonaise en direction des colonies européennes du Sud-Est asiatique pour s’y emparer des ressources naturelles.