Pologne et Pays Neutres (57) Suisse (7)

Armée de Terre helvétique

Historique

Dans cette partie je vais aborder la partie historique concernant l’armée suisse c’est à dire soit les événements postérieurs à 1848 ou les événements antérieurs mais concernant des cantons et des unités militaires suisses servant des entités politiques helvétiques qu’elles soient dépendantes ou indépendantes.

Le 3 février 1798 est créé à Berne un bataillon de volontaires vaudois appelé Légion fidèle car composée de soldats souhaitant lutter contre l’invasion française. Appelée également Légion Romande et Bataillon Rovéréa, cette unité se composait de 620 hommes répartis en cinq compagnies. Elle est dissoute dès le 5 mars 1798.

Les principaux uniformes de la Légion Helvétique

Dans le camp opposé on trouve la Legion Helvétique levée comme son nom l’indique pour servir l’une des républiques-soeurs mises en place par la France à savoir la République Helvétique. La légion est créée le 4 février 1798 et disparaitra en même temps que l’état qu’elle sert en 1803.

Composée de 1500 hommes répartis en quinze compagnies, elle constitue la première tentative nationale d’un service militaire obligatoire formant une milice et dont l’équipement et l’instruction sont uniformisées.

En 1815 suite à la renaissance de la confédération helvétique la question militaire revient rapidement sur le tapis. Chaque canton doit fournir à la armée confédérale (Bundesheer) un contingent correspondant à 2% de sa population. L’objectif est de disposer d’une armée de 33000ch. Il est également interdit aux cantons de déclarer la guerre, de signer des capitulations ou des accords de paix avec des pays étrangers.

Panorama d’uniformes suisses au moment de la guerre du Sonderbund

En 1848 après la guerre du Sonderbund une nouvelle constitution et une nouvelle armée sont mis sur pied.

Enfin c’est plus compliqué que cela car l’article 13 du nouveau texte interdit toute armée permanente et plafonne les effectifs de chaque canton à 300 hommes hors les Landjäger une sorte de police locale.

L’article 18 impose à tout citoyen suisse des obligations militaires. Les effectifs sont plafonés à 3% de la population plus une réserve correspondant à 1.5% de la population soit une armée potentielle de 80000 hommes.

En 1870 à lieu la première mobilisation générale pour mettre à l’abri de la guerre franco-allemande le territoire helvétique. En janvier 1871 néanmoins la Suisse devra interner l’armée du général Bourbaki.

L’armée suisse doit également intervenir pour lutter contre l’agitation sociale. En 1875 la troupe tire sur les grévistes du chantier du tunnel du Gothard. Il y à 4 morts et 13 blessés. Ce ne sera hélas pas la dernière que l’armée suisse va intervenir.

L’année précédente une nouvelle constitution à été promulguée (en réalité c’est celle de 1848 qui à été réactualisée).

Peut être es-ce la conséquence du récent conflit franco-allemand et des unités allemandes et italiennes mais ce qui est sur c’est que la Suisse décide de muscler son dispositif militaire en augmentant massivement les effectifs disponibles.

Désormais les effectifs de l’armée suisse c’est simplement tous les citoyens de sexe masculin aptes au service armé ce qui fait passer l’armée helvétique de 150 à 700000 hommes. Avec l’augmentation de la population au cours du 20ème siècle c’est potentiellement 1.5 millions de soldat que la confédération peut mobiliser. C’est l’une des plus grandes armées du monde rapportée à sa population.

Soldat suisse au début du 20ème siècle

En 1912 le commandant de corps Wille et futur commandant en chef durant le premier conflit mondial organise des manœuvres auxquelles assiste Guillaume II qui comprend la détermination suisse à défendre son territoire. Si jamais l’armée allemande avait envisagé une invasion de la Suisse nul doute que cette idée à été vite remisée au placard.

Elle mobilise au début du premier conflit mondial pour préserver le territoire de toute tentative tant de l’Entente que des Empires Centraux d’utiliser le territoire helvétique pour tenter d’enfin de remporter la décision alors que depuis l’automne 1914 après l’échec de la course à la mer le territoire française est tailladé par un immense front fixe de 700km entre la mer du Nord et la frontière…..suisse.

En 1918 comme nous l’avons vu le pays est sécoué par une grève générale (Landestreik) que certains interprètent comme les prémices d’une révolution bolchévique que ce soit pour s’en rejouir ou pour s’en inquieter. L’armée est déployée, tire et tue trois travailleurs. L’armée suisse est elle aussi victime de la grippe espagnole.

Dans l’immédiat post-premier conflit mondial le fait militaire n’à pas bonne presse. Bien qu’épargnée par les ravages de ce qui aurait du être la Der des Ders la Suisse n’échappe pas à la vague pacifiste qui parcours le continent. Es-ce lié mais en 1921 seulement 55.8% des appelés sont considérés comme aptes (il faut probablement y voir l’impact de la grippe espagnole).

En 1923 une pétition pour un service receuille 39000 signatures et en 1927 l’Assemblée Fédérale gèle les dépenses militaires à 85 millions de francs suisses par an.

Au début des années trente l’armée suisse est peu motorisée, ne possède pas de couverture aérienne ni de moyens antiaériens. Bref en cas d’invasion seul son relief tourmenté pourrait sauver le pays de la débacle et encore………. .

En 1932 pour la dernière fois elle intervient en maintien de l’ordre à Genève. Elle tire sur une manifestation antifascite faisant treize morts et soixante-cinq blessés.

A chaque fois qu’elle intervient l’armée suisse tire et tue. Comment expliquer un tel phénomène ?

Outre le fait que l’emploi d’armes de guerre ne peut que générer des morts chez les manifestants, l’engagement exclusif de soldats venus des cantons ruraux et conservateurs contre des manifestants urbains ne pouvait que générer ce genre de drame, les autorités jouant sur la traditionnelle animosité entre ruraux conservateurs et catholiques et urbains plus protestants et plus libéraux (NdA bien entendu je schématise et je simplifie à l’extrême).

A la suite de cette intervention l’extrême-gauche réclame l’abolition de l’armée.

Avec la montée des périls symbolisée au sud par l’Italie mussolinienne et au nord par l’Allemagne nazie les crédits augmentent à nouveau.

Le parlement helvète accorde ainsi 800 millions de francs suisses entre 1935 et 1939 ce qui permet de moderniser l’armée et de relancer l’économique puisque neutralité oblige la Suisse ne peut pas vraiment s’équiper massivement d’armes étrangères. De toute façon les manufacturiers d’armes suisses comme Oerlikon proposent des armes de bonne qualité.

Le 10.5cm kanon m/34 un canon suédois à été utilisé par la Suisse

De nouvelles armes sont ainsi acquises comme le lance-mines (mortier) de 8.1cm modèle 1933, un canon antichar de 45mm, des canons Bofors de 105 et de 120mm, des chars Skoda mais aussi des chasseurs Me-109 et Morane-Saulnier D-3800 (89 et 74 respectivement).

Le bureau des fortifications dissous en 1921 est réactivé en 1935 pour d’abord renforcer par des blockhaus la couverture des frontières puis pour participer à la mise en place du réduit national.

Ce concept ne date cependant pas de cette époque. En effet il à été imaginé dès les années 1880 alors que comme nous l’avons vu les unités allemandes et italiennes rendent la situation géopolitique de la Suisse moins confortable que quelques années auparavant.

A l’époque il s’agit de mettre sur pied des ceintures fortifiées destinées à couvrir la Suisse utile à savoir une ligne s’appuyant sur les forteresses de Saint Maurice, du Saint-Gothard et de Sargans et d’autres lignes plus frontalières à savoir la ligne fortifiée et la postion d’armée.

Au 20ème siècle il s’agit de créer un refuge inexpugnable où le gouvernement, les autorités, l’armée et l’industrie pourrait se replier pour maintenir la fiction d’une Suisse indépendante. Cela passe notamment par la défense et le contrôle des tunnels ferroviaires et routiers.

Néanmoins après le premier conflit mondial l’intérêt pour les fortifications s’estompe au point qu’en 1921 le bureau des fortifications est dissous. Il est réactivé en 1935 quand non seulement la fortification fixe redevient à la mode avec la construction en France, en Allemagne, en Tchécoslovaquie et en Belgique de fortifications modernes et puissantes mais aussi la montée des périls aux frontières helvétiques.

A cela s’ajoutait le fait que de tels travaux permettrait de relancer l’économie et de diminuer le chômage en offrant aux travailleurs sans-emplois la possibilité de se réinsérer sur le marché du travail.

Avoir du matériel c’est bien mais avec du personnel entrainé c’est mieux. Voilà pourquoi la durée de l’Ecole des Recrues passe de 67 à 90 jours en 1935 puis à 118 en 1939 (cette durée va passer en 1947 à 132 jours avec des rappels plus fréquents et un encouragement à une formation continue).

Mannequins représentant les uniformes de l’armée suisse au moment du second conflit mondial

En 1938 l’armée suisse est réorganisée avec trois corps d’armée avec neuf divisions dont trois de montagne auxquelles il faut ajouter trois brigades légères plus des troupes de couverture à la frontière plus un corps professionnalisé avec une escadrille de surveillance. L’armée suisse souffre de nombreuses lacunes en matière d’armement, d’équipement et d’entrainement.

Le général Guisan durant la guerre de Pologne précise la stratégie. En cas d’invasion étrangère, les troupes déployées à la frontière ne doivent pas opposer une défense ferme mais harceler l’ennemi, gagner du temps pour permettre au gros des forces de s’installer dans le réduit national. Ces combats rétardateurs se doublent de destruction des ponts, des routes et des voies ferrées.

L’armée suisse met les bouchées doubles. Elle est mobilisée et surtout comme en France et en Allemange fait sortir de terre blockhaus, casemates et autres abris, fait couler des dents de dragons antichar (la fameuse Ligne Toblerone), fait poser des champs de fil de fer barbelé. De nouvelles armes sont également commandées portant par exemple le parc d’armes automatiques d’infanterie à 3000 mitrailleuses et 1800 fusils-mitrailleurs.

Au printemps 1940 le dispositif fortifié suisse est impressionnant au moins sur le papier avec 68 ouvrages d’artillerie, 10 batteries de casemates non-armées, 1410 ouvrages et positions d’artillerie, 1545 positions d’infanterie et d’artillerie non armées, 995 abris, postes d’observation et de commandement, 3263 barrages antichars et 1500 kilomètres de barbelées.

Le dispositif fortifié suisse s’appuie sur plusieurs positions souvent de conception ancienne mais régulièrement modernisées.

Forte Airolo

La Forteresse du Gothard comprend plusieurs forteresses et points d’appui fortifiées :

-Les Positions d’Airolo au sud du col du Gothard au dessus de la ville du même nom ont été construites entre 1887 et 1890. Elle comprend une tourelle double de 120mm, quatre canons de 53mm en tourelles simples pour la défense rapprochée et cinq canons de 84mm en casemates, un tunnel de 1km de nom reliant le fort au tunnel ferroviaire du Gothard.

-La Batterie de Motto Bartola est située sur une colline dominant le fort d’Airolo. Construite entre 1888 et 1890 elle comprend quatre canons de 120mm et quatre canons de 84mm, les positions étant reliés par des souterrains à la fois pour la protection au combat mais aussi pour le climat.

-La Batterie de Foppa Grande qui domine la précédente comprend un canon de 105mm et trois canons de 20mm antiaériens installés durant la guerre de Pologne.

-On trouve également les forts d’artillerie de San Carlo et du Stuei

-Le tunnel du Gothard est protégé au sud par un portail relié par un tunnel au fort d’Airolo, position fortifiée construite en 1886/1887 mais vite obsolète en raison de l’extension du tunnel.

-La Redoute Hospiz construite à la fin du 19ème siècle (opérationnelle en 1894) est située près du sommet du col du Gothard. Elle comprend deux canons de 120mm.

-Le Forte Sasso do Pigna opérationnel en 1943 remplace la redoute décrite plus haut même si durant la guerre les deux positions seront armées. La batterie orientale couvre la vallée Leventine et la batterie orientale la vallée de Bedretto. L’entrée principale se situe juste au nord de la redoute Hospsiz et comprend 2400m de galléries qui servent notamment au service des quatre canons de 105mm. Des bunkers d’infanterie sont également construits à différentes périodes.

Position de Göscknen et d’Andermatt

-Les forts de Bühl et de Bäzberg ainsi que le fortin Altkirch couvrent la vallée nord d’Urseren.

-Le col de l’Oberalp sont couverts par les Forts de Stöckli et de Gütsch ainsi que les postions d’infanterie de l’Oberalp.

-Le col de Furka est couvert par les forts de Galenhutten et de Fuchsegg.

La Forteresse de Saint Maurice comprend également plusieurs forts, fortins et positions fortifiées pour couvrir la vallée du Rhône. Le dispositif comprend le fort de Dailly, le fort de Savatan, le fort du Scex et le Fort de Cindey.

La Forteresse de Sarganscomprend six ouvrages majeurs autour de la vallée du même nom dans le canton de Saint-Gall.

-Les Forts de la 1ère barrière du Rhin sont les forts de Schollberg et de Austein

-Les Forts Majeurs les forts de Magletsch, de Castels, de Furggels et Passatiwand

-Les forts du Sud sont les forts de Molinära et d’Hasleborden

-Les forts de la deuxième barrière du Rhin sont les forts de Tschingel, de Nusslock et de Tamina Ragaz.

Durant la guerre de Pologne l’armée suisse est organisée de la façon suivante :

-1er Corps d’Armée (ouest et sud-ouest) 1ère, 2ème, 3ème, 8ème et 9ème divisions, 1ère et 2ème brigades légères, 10ème et 11ème brigades de montagne.

-2éme Corps d’Armée (Nord) : 4ème et 5ème divisions

-3ème Corps d’Armée (Est et Nord-Est) : 6ème et 7ème divisions, 3ème brigade légère, 12ème brigade de montagne

-Des gardes locales pour prevenir l’arrivée de parachutistes et accessoirement rassurer la population.

Bien que la guerre de Pologne se termine dès décembre 1940 ce n’est qu’à partir de février 1940 que la démobilisation est vraiment enclenchée pour comme ailleurs soulager l’industrie et l’agriculture qui manquaient de bras.

Dès le début du second conflit mondial l’armée suisse mobilise, une mobilisation qui se passe bien sans incidents. A noter que dès le premier jour de la mobilisation décision est prise de porter l’âge limite du service armé de 48 à 60 ans. Les hommes concernés dont certains se sont présentés volontairement doivent renforcer la gardes locales et former une sorte de Landsturm (milice).

La mobilisation terminée l’armée suisse est organisée de la façon suivante :

1er Corps d’Armée de Campagne (94000 hommes) avec la 1ère division (20000 hommes), la 2ème division (24000 hommes) et la 7ème division (16000 hommes).

A cela s’ajoute deux brigades de montagne, la n°10 (11000 hommes) et la n°11 (Brigade du Simplon) (13000 hommes) mais aussi la 1ère brigade légère (10000 hommes) et les fortifications de Saint-Maurice (voir plus haut). On trouve également le Commandement urbain de Genève avec les 71ème et 80ème régiments territoriaux d’infanterie.

Le corps d’armée dispose de deux régiments d’artillerie, le 12ème régiment d’artillerie lourde motorisée et le 22ème régiment d’obusiers de campagne.

2ème Corps d’Armée (46000 hommes) avec la 8ème division de montagne (16000 hommes), la 4ème division d’infanterie (20000 hommes) et la 2ème brigade légère (10000 hommes).

A cela s’ajoute le 13ème régiment d’artillerie motorisée, le 24ème régiment d’obusiers lourds le commandement urbain de Bâle, la 11ème brigade frontalière, la brigade d’infanterie de montagne n°11

4ème Corps d’Armée (80000 hommes) avec la 5ème division (22000 hommes), la 6ème division (26000 hommes) et la 3ème brigade légère (10000 hommes). A cela s’ajoute les fortifications de Sargans et le 23ème régiment d’obusiers de campagne.

3ème Corps d’Armée (40000 hommes) avec la 9ème division de montagne (16000 hommes), la brigade de montagne n°9 dite brigade du Gothard (11000 hommes), la 3ème division de montagne (11000 hommes) et les fortifications du Saint-Gothard. A cela s’ajoute le 14ème régiment d’artillerie motorisée, le 25ème régiment d’obusiers et la 9ème brigade frontalière.

A ces effectifs de combat s’ajoutent ceux de l’artillerie (52000 hommes), du génie (30000 hommes), la DCA et l’aviation (30000 hommes), les troupes sanitaires (30000 hommes), les troupes d’approvisionnement alimentaire (7000 hommes), le transport motorisé (9000 hommes), le train (14000 hommes), le service auxiliaire (200000 hommes) et le service complémentaire féminin (SCF) (15000 femmes).

Des vedettes armées sont également construites pour patrouiller sur les lacs alpins notamment neuf vedettes type 41.

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