Mitteleuropa Balkans (183) Grèce (27)

L’armée grecque et la guerre gréco-turque

Soldats grecs servant une mitrailleuse St Etienne modèle 1907

De mai 1919 à octobre 1922 les grecs affrontent les turcs de Mustapha Kemal dans une nouvelle guerre gréco-turque. Cette guerre que j’ai déjà présenté dans la partie historique se termine par la Grande Catastrophe, la Grèce subissant une humiliation militaire et politique qui allait être fatale pour la monarchie.

Je vais y me concentrer sur le volet militaire et notamment les différentes unités de l’armée héllène engagées dans ce conflit. Pour éviter les répétitions je vais présenter les différentes batailles dès que l’occurence apparaît dans l’historique d’une grande unité et ensuite simplement la mentionner quand elle revient plus tard.

La 1ère division d’infanterie rassemblée à Kavala débarque à Smyrne le 15 mai après avoir été transportée par 14 navires escortés par trois destroyers britanniques et quatre destroyers grecs.

Cette division comprend alors trois régiments d’infanterie (1er régiment d’evzones, 4ème et 5ème régiment de ligne), une demi-compagnie de cavalerie, les 1er et 2ème escadrons du 1er régiment d’artillerie et deux compagnies du génie.

Elle participe du 27 juin au 4 juillet 1919 à la Bataille d’Aydin. Cette bataille est plutôt une série d’affrontements confus où les civils sont les plus touchés. On assiste à des massacres des deux côtés, les turcs survivants se réfugiant en zone italienne, les grecs qui n’ont pas été massacrés par les turcs ont été déportés en Anatolie.

La division participe ensuite à l’Offensive d’été déclenchée le 22 juin 1920, offensive qui voit l’engagement de 101625 soldats grecs, de 30000 britanniques et de 2000 ottomans qui s’opposant aux 10200 hommes mal armés et mal équipés du gouvernement républicain de la Grande Assemblée Nationale d’Ankara. Elle est ensuite engagée dans la Bataille de Dumlupinar.

La 2ème Division d’infanterie participe également au conflit avec ses 1er, 3ème et 7ème régiments d’infanterie. Elle participe à la Bataille de Sakarya puis à la dernière bataille du conflit, la Bataille de Dumlupinar (26-30 août 1922).

La Grèce est alors épuisée par le conflit, à bout de forces matériellement et moralement. Depuis l’échec de la Bataille de Sakarya (14 août-13 septembre 1921) (NdA voir la 3ème division d’infanterie), Athènes sait qu’elle ne peut plus gagner ce conflit.

Les forces grecques forment l’Armée d’Asie Mineure (QG à Smyrne). Elle couvre un front de 713km entre Cius sur la mer de Marmara s’incline vers le sud-est pour former une poche autour d’Eskisehir s’incline vers le sud direction Afyonkarahisar avant de tourner vers l’ouest et vers le sud au delà de la montagne Akar Dag avant de suivre la rive droite de la rivière Büyük Menderes et de rejoindre la mer Egée. Ce front n’à pas bougé depuis la retraite de l’automne 1921 qui suit la bataille de Sakarya.

Elle comprend environ 220000 hommes dont 140000 hommes étaient situés sur le front mais seulement 80000 hommes étaient des combattants de première ligne. Sur le plan matériel on trouvait 264 pièces d’artillerie, 980 mitrailleuses, 2592 pistolets mitrailleurs et 55 avions.

L’Armée d’Asie Mineure est organisé en trois corps d’armée, le 3ème corps allant de la mer de Marmara à Eskisehir, la poche autour d’Afyonkarahisar est couvert par le 1er corps avec le 2ème corps en réserve immédiate, le reste du front étant faiblement protégé par le Commandement Militaire Général Supérieur de Smyrne. Cela nous donne le dispositif général suivant :

-3ème Corps d’Armée : 11ème DI, 3ème DI, 10ème DI et Division indépendante

-1er Corps d’Armée : 5ème DI, 12ème DI, 4ème DI, 1ère DI et le détachement Plastiras (5ème régiment d’evzones et 13ème escadron d’artillerie de montagne)

-2ème Corps d’Armée : 9ème DI, 13ème DI, 7ème DI, 2ème DI et Division de Cavalerie

Face aux grecs, les turcs alignent environ 195000 hommes dans une meilleure position car ils sentent l’odeur de la victoire.

Cette bataille se déroule du 26 au 30 août 1922. Mustapha Kemal à préparé soigneusement son offensive tant sur le plan purement militaire que sur le plan politique en s’attirant le soutien des français et des italiens, les britanniques restant fidèles à leur tropisme grec.

Sur le plan moral les grecs sont au bord de l’effondrement alors que leur matériel est meilleur que celui des turcs. Ces dernières possèdent de l’artillerie lourde et surtout une excellente cavalerie qui va jouer un rôle majeur dans cette bataille.

Les turcs percent le 27 août. Les grecs doivent se replier mais ce repli se transforme rapidement en déroute. La bataille s’achève le 30 août 1922 et le 9 septembre dans un épouvantable chaos la cavalerie turque rentre dans Smyrne bientôt ravagé par un incendie aux origines discutées.

La 3ème Division d’Infanterie est transférée en Asie mineure en août 1920. Affectée au 3ème Corps d’Armée, la division comprend comme force vive trois régiments d’infanterie en l’occurence le 2ème régiment d’evzones, les 6ème et 11ème régiments de ligne.

Elle va notamment participer à la Bataille de Sakarya (14 août-13 septembre 1921) qui voit l’engagement de 75000 grecs contre 77000 turcs.

L’armée grecque comprend le 1er Corps d’Armée (1ère DI, 2ème DI et 12ème DI et un régiment d’artillerie), le 2ème Corps d’Armée (5ème DI, 9ème DI, 13ème DI, un régiment d’artillerie et un régiment d’artillerie lourde d’armée), le 3ème Corps d’Armée (3ème DI, 7ème DI, 10ème DI, régiment d’artillerie, 16ème RI détaché de la 11ème DI et la brigade de cavalerie avec les 1er et 3ème régiments de cavalerie) et le Groupement Sud de Division (4ème DI, 11ème DI, 9ème RI, 49ème RI, 18ème RI et 47ème RI)

Ce sont les grecs qui attaquent les premiers. Ils approchent d’Ankara mais n’iront pas plus loin car leurs lignes de communication très étirées sont harcelées par la cavalerie kémaliste. Les grecs doivent se replier sur leurs positions de départ à savoir la ligne Eskisehir-Afyonkarahisa.

La retraite à lieu en bon ordre mais c’est une retraite quand même. La Grèce est épuisée au bord de la rupture. C’était clairement l’offensive de la dernière chance et son échec doit pousser les grecs à tirer les conclusions suivantes : ils ne peuvent plus gagner la guerre. La suite leur donnera raison.

La 3ème division d’infanterie va également participer à la bataille de Dumlupinar en août 1922.

La 4ème Division d’Infanterie participe à la campagne d’Asie Mineure, elle est d’ailleurs quasiment détruite lors de la Bataille de Dumlupinar.

La 5ème Division d’Infanterie est l’ancienne Division Crétoise qui est rebaptisée en novembre 1920 après la défaite électorale de Venizelos. La division combat notamment à Sakarya et à Dumlupinar, retraitant sur Chios. Elle est recrée à Serres sous le nom de division crétoise par amalgamation des 5ème et 9ème DI.

Pas d’informations sur l’engagement de la 6ème division d’infanterie dans ce conflit alors que la 7ème DI à eu l’honneur ou pas de combattre durant ce conflit.

La 8ème Division d’Infanterie n’est que partiellement consacrée à ce conflit puisque seul son 3ème régiment d’evzones (40ème RI) est concerné, les autres unités dépendant de la division (10ème RI, 24ème RI) n’étant pas engagés en Asie Mineure.

La 9ème Division d’Infanterie participe aux batailles de Sakarya et de Dumlupinar à chaque fois au sein du 2ème Corps d’Armée.

La 10ème Division d’Infanterie est l’ancienne Division de Smyrne qui change de désignation en novembre 1920 suite à la défaite électorale d’Eleftherios Venizelos. Cette division participe du 10 au 24 juillet 1921 à la Bataille de Kütahya-Eskisehir.

Cette bataille qui fait suite à la 1ère bataille d’Inonü voit les grecs l’emporter et leur permettre de s’emparer des villes de Kütahya et de Eskisehir. Après un débat animé, les grecs décident de poursuivre l’avancée vers Ankara. La suite est connue avec la défaite de Sakarya puis la retraite et enfin l’offensive finale des troupes du futur Ataturk.

La division réussit à évacuer en bon ordre en 1922, ralliant la Thrace orientale à travers la mer de Marmara.

La 11ème Division d’Infanterie créée en décembre 1913 avec les 13ème, 27ème et 28ème RI est restée fidèle au roi. S’opposant militairement aux vénizélistes en août 1916, elle est désarmée par les troupes françaises.

Le 8 juillet 1920 la Division de Magnésie est créée avec le 9ème régiment crétois, le 16ème RI et le 17ème RI. Elle dépend du Corps d’Armée de Smyrne et va naturellement participer à l’offensive grecque de l’été 1920.

En novembre 1920 suite à la défaite électorale du «Clemenceau grec» la division devient la 11ème division qui dépend du 3ème Corps d’Armée qui n’est autre que l’ancien corps d’armée de Smyrne.

La division participe aux batailles de Sakarya et de Dunlupinar au cours de laquelle est détruite, cessant d’exister. Elle est réformée au sein de l’Armée d’Evros (qui existe de décembre 1922 à août 1923, armée qui succède à l’Armée d’Asie Mineure) qui occupe la Thrace occidentale avec les 2ème, 3ème et 4ème Corps d’Armée. L’Armée sera dissoute suite au traité de Lausanne (1923) mais la division est redéployée à Thessalonique et est donc préservée suite à la fin de la guerre.

La 12ème Division d’Infanterie à pour origine la création de la Division Xanthi à Thessalonique en février 1920 avec les 13ème, 14ème et 15ème RI, ces régiments étant composés de recrues venant de Thrace. Ces trois régiments d’infanterie étant appuyés par le 12ème Régiment d’Artillerie de Montagne.

En mai 1920 elle occupe la Thrace occidentale avant de rallier l’Anatolie. Elle retourne en juillet 1920 en Thrace mais en thrace orientale cette fois. En novembre 1920 la Division Xanthi devient la 12ème DI.

En 1921 placée sous le commandement du prince André, la division est formée du 14ème, du 41ème et 46ème RI, débarquant à Smyrne du 29 mai au 6 juin 1921. Elle participe à la bataille de Kütahya-Eskisehir et de Sakarya à chaque fois sous l’autorité du 1er CA.

Détruite à la bataille de Dumlupinar, elle ne disposait plus à l’époque que de 155 officiers, 2240 hommes, 1010 animaux, 18 canons et 15 mitrailleuses autant dire rien. Elle rallie Chios le 31 août 1922, fusionnant avec la Division Indépendante pour former une nouvelle 12ème DI à Feris au sein de l’Armée d’Evros (octobre 1922). Elle reste en Thrace occidentale après le traité de Lausanne.

La 13ème Division d’Infanterie est créée en décembre 1913 avec trois régiments d’infanterie (2ème RI, 3ème RI et 5ème régiment d’evzones), la division dépendant du 1er Corps d’Armée. Elle dissoute en 1916. Reconstituée à la fin du conflit, elle combat sur la rivière Strymon au sein d’un 1er CA.

En 1919 elle est envoyée en Russie pour combattre les bolcheviques et soutenir les Blancs. Dès juin 1919, elle rallie la région de Smyrne pour des tâches d’occupation et non de combat du moins dans l’immédiat puisqu’elle participe à la bataille de Sakarya, à la Bataille de Gediz (24 octobre au 12 novembre 1921).

Durant ce conflit les grecs sont opposés aux 11ème et 61ème DI turques avec des unités irrégulières.

Les résultats sont tactiquement incertains mais stratégiquement les grecs doivent évacuer Gédiz pour gagner leurs quartiers d’hiver et les turcs rentrent peu après dans Gédiz) et la Bataille de Dumlupinar (26-30 août 1922). La division est dissoute à la fin du conflit.

D’une guerre à l’autre

Dire que l’armée grecque sort sonnée de la guerre gréco-turque est un doux euphémisme. C’est le pays entier qui est ébranlé, ébranlement qui sera fatal à la monarchie mais comme nous le savons la république ne fera guère mieux que la monarchie.

Naturellement le retour au temps de paix entraine une réduction des effectifs. C’est ainsi qu’en 1930 l’armée de terre grecque ne comprend que dix divisions réparties pour huit d’entre-elles au sein de quatre corps d’armées, les deux dernières étant indépendantes. On compte également une brigade déployée sur les îles de la mer Egée.

Comme après une autre humiliation militaire (la guerre gréco-ottomane de 1897), la Grèce cherche à l’extérieur l’aide nécessaire pour réorganiser son armée. Elle se tourne à nouveau vers la France qui de 1925 à 1932 va maintenir une mission militaire.

Rappelons qu’après le premier conflit mondial de nombreux pays vont soliciter la France pour bénéficier de son savoir. Comme de mieux que la meilleure armée du monde pour augmenter ses capacités militaires !

C’est en octobre 1924 que la France est officiellement sollicitée par le gouvernement grec. Le général Guillaumat qui connaissait parfaitement le pays pour avoir commandé les troupes alliées sur le front de Macédoine durant le premier conflit mondial est envoyé comme éclaireur. Il approuve la demande grecque.

En mars 1925 le général Nicolas Georges Girard arrive sur place. La principale action de cette mission est la création d »une Ecole Supérieure de Guerre. Rappelons que l’une des causes du désastre en Asie mineure fût le remplacement d’officiers expérimentés par des officiers royalistes moins expérimentés et peut être moins compétents. Girard estt remplacé en avril 1928 par le général Brallion lui même remplacé en 1931 par le général Julien Goubard qui va rester jusqu’en 1932.

L’instabilité du pays ne permet pas une véritable modernisation de l’armée qui en septembre 1939 est mal équipée, mal entrainée mais reste assez motivée. Les tensions avec l’Italie n’ont heureusement pas dégénérés en conflit ouvert car si cela avait été le cas nul doute que l’armée héllène aurait du mal à résister à une attaque italienne décidée.

Durant la guerre de Pologne la Grèce reste neutre mais comme nombre de pays cela sert d’électrochoc et l’armée grecque va bénéficier d’un certain nombre d’investissements pour aboutir à une armée mieux équipée, mieux entrainée et capable de tenir le temps que par exemple les franco-britanniques interviennent en force tout comme durant le premier conflit mondial.

Durant la Pax Armada, l’armée de terre grecque bénéficie comme nous le savons des bons soins de la MMFG, la Mission Militaire Française en Grèce (MMFG) dirigée par le général Georges.

Le général Georges en compagnie du général Gort durant la guerre de Pologne

Cette mission composée de 97 officiers et sous-officiers va servir d’officine de renseignement (ce qui provoquera quelques incidents avec des officiers grecs moins proches des alliés) et de passeurs de savoir, la MMFG promouvant les dernières créations de ce qu’on peut appeler par anachronisme le Complexe Militaro-Industriel français et transmettant les derniers progrès d’une armée française qui effectue sous l’impulsion du Général Villeneuve une véritable révolution culturelle.

Des textes sont ainsi traduits en grecs, des relations sont noués avec les généraux appelés à commander sur le front mais à la différence de la Yougoslavie, la Grèce ne suit pas les conseils français pour améliorer le processus de mobilisation ce qui sera à l’origine d’un certain nombre de problèmes en 1948.

Le char léger modèle 1935 M.39 dit Hotchkis H-39 symbolise la modernisation de l’armée grecque

Sur le plan matériel, on assiste à une relative modernisation mais les lacunes sont en septembre 1948 encore importantes. Comme le dira un officier grec «Trop de lacunes, trop de demandes et pas assez d’argent».

4 réflexions sur “Mitteleuropa Balkans (183) Grèce (27)

  1. Merci pour tout ces détails sur un conflit largement ignoré.
    Mais je pense à un lapsus sur l’armement de l’armée d’Asie mineure grecque :

    Elle comprend environ 220000 hommes dont 140000 hommes étaient situés sur le front mais seulement 80000 hommes étaient des combattants de première ligne. Sur le plan matériel on trouvait 264 pièces d’artillerie, 980 mitrailleuses, 2592  »pistolets mitrailleurs » et 55 avions.

    Je pense qu’il s’agit de fusils mitrailleurs.

    • clausmaster dit :

      Oui c’est pas impossible encore qu’à l’époque le PM était une arme très peu répandue.

      • Je suis étonné de lire ceci que dans le paragraphe dans la 1ere division d’infanterie :
        La division participe ensuite à l’Offensive d’été déclenchée le 22 juin 1920, offensive qui voit l’engagement de 101625 soldats grecs, de 30000 britanniques et de 2000 ottomans.
        Des Turcs antirépublicains engagés du côté grec ?

      • clausmaster dit :

        Oui au tout début les britanniques ont soutenu les grecs avec des ottomans fidèles au sultan mais cela n’à pas duré

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